
Un roman dont la quatrième de couverture m’a attirée comme un aimant : « Risten est une petite fille du cercle polaire. Née tout au nord de la Norvège, chez les Sames, elle vit désormais au Danemark avec son père et sa belle-mère. » Je ne la dévoile pas en entier car elle en dit un peu trop.
J’ai déjà lu Là où sont les oiseaux de Maren Uthaug, un été il y a deux ans. Je ne l’ai pas chroniqué et je n’en ai aucun souvenir précis, en tout cas pas désagréable ni un coup de coeur sinon je m’en souviendrais parfaitement. Quand j’ai acheté Et voilà tout, j’avais complètement oublié que j’avais déjà lu cette autrice, ce qui est rare !
Mauren Uthaug est née d’une mère norvégienne et d’un père same et ce livre date de 2013 et a été publié en 2017 en France chez Actes Sud sous le titre La petite fille et le monde secret . Donc il s’agit d’une réédition, comme souvent chez Gallmeister.
Si vous ne connaissez rien à la culture same du Finnemark (Laponie norvégienne), c’est un excellent roman pour apprendre pas mal de choses sur les croyances et les modes de vie. Mais pas seulement. L’autrice aborde le thème du déracinement, de la xénophobie et de l’assimilation forcée dont on été victime les Sames.
La mère de Risten est same, une femme fantasque et libre qui tombe enceinte d’un Norvégien du sud, Knut. Ce n’est pas vraiment une histoire d’amour entre eux, plutôt l’histoire d’un soir qui a dérapé. Finalement Knut quitte la mère de Risten pour une Danoise et part vivre avec elle à Copenhague. Il emmène sa fille Risten avec lui, âgée alors de sept ans, mi-same, mi-norvégienne, qui n’a jamais vécu ailleurs que dans le nord de la Norvège.Elle était très attachée à sa grand-mère maternelle, Ahkku. Ahkku lui transmet en cachette toutes les croyances ancestrales : comment se protéger des sous-terriens (l’équivalent des créatures vivant dans le Tir Na Nog irlandais finalement) avec un bijou ou un objet en argent et de se méfier des aurores boréales. Elle lui explique bien qu’il s’agit d’un secret qui ne doit être dévoilé à personne.
On suit l’apprentissage de la vie des yeux d’une gamine déracinée, d’une culture autochtone complètement inconnue des Danois (elle fait tout en cachette mais quand même, parfois sa belle-mère s’interroge sur son comportement) puis d’une adolescente assimilée qui finit par perdre l’usage du same du Nord et voit son prénom modifié en « Kristen ». Le pire, c’est qua sa belle-mère pense le faire pour son bien. Sa belle-mère est gentille, mais elle agit sans réfléchir et ne se rend pas compte que parfois ses agissements sont liés à des préjugés, elle comme la société qui l ‘entoure. Une gamine qui tente d’effacer ses origine dès qu’elle ouvre la bouche, car elle prononce mal certains sons danois (comme le « R » dur »), finit pour cela par éviter de prononcer certains mots avec ce son avant de finir, par la force de l’habitude parler la langue comme une native.
Son meilleur pote n’est pas un Danois mais un viêt-namien que sa belle-mère a plus ou moins adopté pour lui permettre de vivre dans de meilleures conditions. Avec lui, elle fait quatre cents coups. Il y avait quand même un côté un peu too much dans ce domaine. En tout cas, elle lui transmet sa culture same sans qu’il en ait conscience, ni elle.
Puis arrive l’âge adulte. Mère d’un garçon métisse (je ne dis rien de plus), Risten devenue Kristen retourne dans son village natal avec son fils pour revoir sa mère. Mais voilà elle ne parle plus same, sa mère n’est pas vraiment celle dont elle se souvenait, la grand-mère a tiré sa révérence depuis longtemps et elle découvre un secret de famille !
Un roman qui parlera à tous ceux qui n’ont pas grandi où ils sont nés. Une plume pleine d’humour, d’impertinence et de tendresse qui m’a pourtant parfois perdue en chemin et dont je n’ai pas compris les détails récurrents un peu scatologiques ou scènes de sexe crues qui n’apportent rien de spécial à l’histoire.
Une plongée l’univers des Sames du Finnemark : dépaysant et instructif. Et si vous ne savez pas qui sont les Kvènes, autre peuple vivant au Finnemark, originaire de la Finlande, eh bien vous en apprendrez tout autant.
