Mes désirs futiles – Bernardo Zannoni

Traduit par Romane Lafore

Archy est une fouine. Comme toutes les fouines, il est né dans une tanière, dans une forêt. Au début, il est une fouine comme les autres, comme ses frères et soeurs. Sa mère n’est pas franchement du genre « maman poule ». On ne rigole pas avec les sentiments dans le monde des fouines. C’est plutôt marche ou crève. Archy découvre le monde qui l’entoure. Un jour, pour jouer les gros bras et épater la galerie pour garder sa place dans la tanière, il décide de monter dans un arbre pour voler les oeufs d’un nid. Pas de chance : une branche cède, il chute, fait une belle omelette par la même occasion, et se blesse à une patte. Archy devient « le boiteux ». Sa mère le vend à un renard prêteur sur gage, le rusé Solomon, contre une poule et demie. Eh oui, on a faim dans la tanière ! Solomon fait d’Archy son esclave. Mais au fil du temps se prend d’affection pour ce « poil de cul » (charmant surnom que lui a donné sa mère !😮). Il va faire d’Archy une fouine pas comme les autres, lui révélant le livre de Dieu. Les leçons du renard vont au fil du temps porter leurs fruits. Archy prend conscience de sa mortalité. A partir de là, il n’est plus tout à fait un animal – mais pas un humain non plus. Dans les moments difficiles, sa part animale reprend le dessus. Mais on retrouve aussi dans cette part animale, celle d’un humain. Par ricochets, Bernardo Zannoni interroge la nature humaine .

On se laisse emporter tambour battant dans cette histoire pleine de rebondissements. Bernardo Zannoni a tour à tour la plume tendre, drôle, crue et cruelle pour décrire sans ambages la réalité de la nature. Je me suis régalée de rencontrer tous ces animaux (en vrac, renard, chien, cochons, sangliers, lynx, poules, blaireaux…). Évidemment l’auteur reprend l’antropomorphisme que l’on connait, pour raconter l’histoire d’une vie : celle d’une fouine devenue savante, cherchant un sens à son existence.

Je n’ai pas abordé ce livre en me disant que j’allais lire une fable. Il n’y a pas de morale (heureusement). L’auteur nous laisse nous interroger sur le sens de cette histoire, entre roman d’aventures, conte philosophique et roman d’apprentissage.

Un livre très distrayant qui m’a emportée loin de l’environnement dans lequel je me trouvais. Sourires et émotions à gogo sont au rendez-vous. J’ai beaucoup aimé ! Une belle réussite pour un premier roman. Il a d’ailleurs obtenu plusieurs prix en Italie.

Merci aux éditions de La Table Ronde et à ma comparse Camille Mondo qui a attiré mon attention avec sa chronique sur IG (allez jeter un 👁), car ce livre avait échappé à mon oeil de lynx).👀

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Troubles – Louise Kennedy

Traduit par Cécile Leclère

Décidément, la rentrée littéraire d’hiver est nord-irlandaise ! Voici le 2e livre que je lis qui se passe en Irlande du Nord, à Belfast (et j’ai dans ma PAL Ce que Majella n’aimait pas, de Michelle Gallen qui m’attend depuis un moment). Après avoir dévoré Les ravissements de Jan Carson, j’ai englouti en quelques jours le premier roman de Louise Kennedy, Troubles (mais dont le titre original est Trespasses ).

1975, Belfast. Cushla est une jeune institutrice d’une vingtaine d’années qui enseigne dans une école primaire catholique dans une enclave protestante de la ville. Son père a été tué. Le frère de Cushla, Eamon, a repris le pub familial pendant que leur mère, Gina, se noie régulièrement dans le gin. Cushla prête main forte à son frère le soir au pub. C’est là qu’un soir, justement, se pointe un bel avocat protestant : Michael Agnew. Coup de foudre immédiat réciproque. Ce n’est pas l’homme qu’elle devrait aimer : il est marié, il a un enfant (ce dernier point, elle l’ignore), il est bien plus âgé et il est protestant ! Ça fait beaucoup dans une société nord-irlandaise sur le qui-vive en permanence. Mais Cushla n’écoute que son coeur et c’est un grand coeur (elle le porte en elle par son prénom même). Elle se lance à coeur perdu dans cette liaison folle et passionnelle. Le reste du temps, elle tente de prendre soin de Gina, qu’elle a toujours peur de voir succomber à un coma éthylique. Elle prend également sous son aile un de ses élèves, Davy, 7 ans, dont le père a été gravement blessé par une agression de faction protestante. La famille entière est dans la mouise tant financièrement que psychologiquement. Cushla tente de les aider par l’intermédiaire de son directeur d’école, un ecclésiastique âpre. Tommy, le frère aîné de Davy se remet mal de l’agression de son père. Cushla tente de le persuader de continuer ses études. Elle lui prête des romans, aussi. Quant à Michael, elle le voit dans le plus grand secret, personne ne sait. Elle donne des cours d’irlandais aux amis protestants de son amant. Des « bohèmes » habillés comme des gens d’une époque révolue. On les imagine bien dans quelques manoirs tombés en ruines. Tout se passe relativement bien dans le groupe, même si certains ne peuvent s’empêcher quelques piques et préjugés envers les catholiques, en présence de Cushla.

C’est un roman que je verrais bien adapté en film. L’écriture de Louise Kennedy est cinématographique, chaque geste est décrit, scruté, épié. On ressent le malaise comme si on y était. Dans mon esprit, les images étaient en noir et blanc. Un peu comme un film des années 40-50. C’était étrange. Le malaise, c’est aussi le drame que le lecteur sent poindre sans pour autant deviner la totalité de l’engrenage des faits. L’autrice joue sur le point de tension, une accélération qui va crescendo : le piège se referme sur Cushla et Michael comme un collet. 😱 De quoi devenir paranoïaque.

Je n’ai pas eu un avis très tranché sur Michael, que j’ai globalement bien aimé, mais dont le côté « Don Juan » modère la sympathie qu’on peut lui trouver. Il a un côté lâche dans sa vie privée, alors qu’il est exemplaire dans sa vie d’avocat en défendant la cause républicaine, les catholiques victimes des gens de sa communauté. Cushla, quant à elle, est une jeune femme libre, passionnée, au caractère fort, qui jure comme une charretier. Je l’ai trouvé très mûre pour son âge. Pas du tout prude ou hypocrite. Cependant prudente. Mais il faut croire qu’à l’époque des troubles, cela ne suffit pas. Un mot, un geste et tout peut déraper.

Je me suis pris une claque que je ne peux pas vous révéler sous peine de spoiler. Ce roman m’a emportée mais ne pensez pas qu’il s’agit purement d’une romance. Louise Kennedy décrit de manière magistrale la société nord-irlandaise des années 70.

Côté traduction, je me suis posé quelques questions sur les appels de note bourrés d’erreur : où on lit que « Derry » est « l’abréviation de Londonderry, deuxième ville d’Irlande du Nord après Belfast, et siège du Bloody Sunday le 30 janvier 1992 » (p. 185) : absolument délirant !!! Faut le faire, autant d’erreurs en si peu de lignes !😤 J’ai vu aussi des Gitans (vraiment ?) et à plusieurs reprises on vous fait boire de l’ « irish-coffee ». A 24€ le bouquin, j’aurais aimé un peu plus de qualité dans la relecture.

Heureusement, l’excellente qualité de l’histoire vous fait oublier ces erreurs.

Ce livre a reçu le prestigieux prix irlandais An Post dans la catégorie « Eason : book of the year » 2022.

J’ai adoré et ne peux que vous inciter à découvrir ce livre.

Louise Kennedy sera au Centre culturel irlandais à Paris le 28 mars. Je regrette déjà de ne pas pouvoir être présente, je serai en vadrouille.

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La maison – Emma Becker

Je crois que c’est la première expérience littéraire de la sorte que je fais : j’ai passé une vingtaine de jours dans deux maisons closes de Berlin, le temps de lire les 450 pages de ce livre. La maison n’est pas un livre qui s’avale d’une traite et c’est presque une victoire quand on le termine.

Emma Becker, à travers cette autofiction nous fait passer la porte des maisons closes. Fascinée depuis longtemps par l’image de la pute véhiculée en France par des écrivains comme Maupassant,  et s’interrogeant sur sa relation aux hommes,  notamment ce Stéphane, homme  marié qui a le double de son âge,  avec qui elle entretient une relation purement sexuelle, elle se dit que pour écrire un livre sur la prostitution féminine, il faut franchir le cap, à la fois pour avoir les témoignages les plus sincères des prostituées que pour pouvoir retranscrire sa propre expérience. 

Contrairement à la France, les maisons closes sont légales en Allemagne (comme aux Pays-Bas d’ailleurs et je ne me suis jamais penchée sur la question pour les autres pays européens). Bon, une fois que j’ai dit ça,  qu’est-ce que je peux dire sur cette lecture particulière où j’ai alterné avec des sentiments contradictoires.  Parfois l’écoeurement,  parfois l’étonnement,  parfois la frayeur et le dégoût. De la colère.  Mais aussi  – un peu – du rire. Parfois presque de l’admiration. Mais à un moment donné, je me suis posé des questions sur la motivation initiale de l’autrice. Je n’ai pas encore les idées claires et tranchées sur le sujet mais peu importe car le livre n’est pas – officiellement  du moins – un plaidoyer pour la prostitution ni un plaidoyer contre. Et encore moins livre sur le désir féminin, comme indiqué sous la plume de Busnel, sur la couverture de l’édition de poche.

Emma Becker fréquente successivement deux maisons closes différentes. Le Manège où elle fait ses premières armes. Puis le quitte. Le bordel est tenu par une espèce de mafia locale, les femmes sont obligées de se « déguiser  » et pas autorisée à porter des chaussures plates. Les talons sont obligatoires. Elle fait une expérience traumatisante avec un type détraqué sans que la direction de la maison ne s’en émeuve. Elle a un quota, elle ne peut pas refuser. Le décor est luxueux comme pour mieux cacher la maltraitance qui s’y exerce. Elle continue avec La Maison, plus petite,  plus humaine, dont la hausedame est elle-même une ancienne prostituée. Les filles s’habillent comme elles le souhaitent, peuvent refuser des hommes et si violence il y a, ils sont interdits de cité. A La Maison, comme  au Manège,  la direction de l’établissement perçoit un pourcentage sur  les passes faites par les filles. Donc, on en vient directement au problème qui me dérange : la prostitution, qu’elle soit voulue ou subie, sur le trottoir ou dans un établissement dédié, ou ailleurs, reste un business avec traite humaine. Rien à voir avec la liberté sexuelle à mon sens.

Le principal intérêt de ce livre est de casser le cliché de la pute qu’on peut avoir : ce n’est pas forcément quelqu’un qui ne fait que ça, ce ne sont pas forcément des femmes sans autres solutions, sans papiers ou marginales. La plupart sont bien insérées dans la société. Il y en a un certain nombre qui ont acquis un train de vie de luxe et ne peuvent plus décrocher. Certaines disparaissent après un certain temps, en prévenant – ou pas. Les collègues d’Emma sont des femmes qui ont une autre vie, une vie « normale » et un travail et ne viennent à la Maison qu’à temps partiel, sous un pseudonyme, comme toutes les prostituées. Emma officie sous le nom de « Justine », en référence à Sade. Et le fait d’être française lui attire une clientèle qui fantasme là-dessus. Le cliché de la Française…🙄

L’écriture est très crue, les scènes de sexe nombreuses et détaillées. Ça finit par filer la nausée.  Les hommes, c’est, sans surprise, de Monsieur Toulemonde aux pires détraqués, en passant par ceux qui veulent approfondir une expérience voire qui n’en n’ont aucune, où ceux qui n’osent pas avec leur femme,  ou encore des spectateurs. L’image masculine n’en sort pas vraiment grandie mais par instants il y a vraiment des séances décrites avec humour.

Emma Becker ne fait pas dans le larmoyant ni ne passe sous silence la maltraitance parfois subie. Elle tente dénonce un certain puritanisme hypocrite en France où les bordels avec pignon sur rue n’existent plus (officiellement). En Allemagne, les prostituées sont reconnues comme travailleuses du sexe et paient des impôts (à partir d’un certain plafond).

Je ne pense pas que ce livre vous fera forcément changer d’avis sur la prostitution. Il a néanmoins le mérite de susciter le débat. Emma Becker réhabilite l’image estropiée de la pute de façon brillante. Qu’on soit d’accord ou non avec ses propos.

« Le bordel est la part d’humilité inexorable de la société, l’homme et la femme réduits à leur plus stricte vérité (…) »

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Le bleu des abeilles – Laura Alcoba

C’est l’histoire d’une petite fille argentine de 10 ans dont le papa est emprisonné à La Plata, pour dissidence. C’est l’histoire de l’autrice, Laura Alcoba, qui va devoir rejoindre sa mère en France. L’histoire d’un exil vu par une enfant,  donc. Le point de vue, l’expérience, m’intéressait.

La narratrice apprend le français au pays, grâce à une professeure. Dans ses cours, Paris est celui des cartes postales, tous les chiens s’appellent Médor et les chats Minou, les personnages de son livre de lecture se nomment Marguerite,  Jean, Catherine. Elle apprend  des chansons par coeur, comme  Au clair de la Lune, Frères Jacques. Elle s’applique tout ce qu’elle peut à prononcer correctement  ses « voyelles sous le nez« . Le plus important est de s’intégrer,  d’être invisble, de se fondre dans la masse des Français.

Nous sommes dans la France et l’Argentine de 1979. La petite fille, après plein d’histoires de papier administratifs jamais tout à fait complets, traverse l’océan et rejoint sa mère.  Première surprise : sa mère n’habite pas à Paris, mais au Blanc- Mesnil, en Seine-Saint-Denis, dans la cité de la Voie Verte, avec pour voisins tout plein d’immigrés espagnols, portugais, italiens. Le quartier latin, quoi ! En face, c’est le quartier des Noirs et des Arabes. Parfois, elle accompagne sa mère qui travaille dans les quartiers huppés de Paris, pour emmener les enfants handicapés mentaux de riches familles, dans une maison de thérapie appelée Claparede. Elle se rend bien compte qu’il y a (déjà) deux France différentes : celle des gens aisés et celle des immigrés, qui vivent en marge de ce Paris où tout brille.

La petite fille correspond avec son père emprisonné. Celui-ci n’a droit qu’à un seul livre, et écrit en espagnol. Il a choisi Le bleu des abeilles de Maeterlink. Laura le trouve en français et c’est l’occasion d’un échange « prétexte  » entre eux sur une bizarrerie de la nature : est-il vrai que les abeilles aiment le bleu ?

Bleu. C’est la couleur de ce livre « frais », qui raconte sous un air faussement innocent, la réalité d’un exil, d’un déracinement, d’un accent qui ne s’efface pas, du regard des autres, comme cette bibliothécaire qui pense que Les fleurs bleus de Queneau est trop compliqué pour une petite fille étrangère de dix ans. Ça raconte la honte quand les gens vous parlent comme à une débile parce que vous faites des erreurs dans votre langue d’adoption ou que votre accent vous trahit.

J’ai trouvé le déracinement, la découverte d’un nouveau pays réussis, notamment la confrontation entre le pays fantasmé et la réalité, racontés avec humour, ce qui ne gâche rien ! Cela parlera à n’importe quelle famille qui a vécu l’exil.

En revanche, j’ai trouvé qu’on perdait complètement et assez rapidement le père de vue. Que l’ensemble des dix-huit chapitres qui constituent ce livre manquait de liant. On saute un peu du coq à l’âne, si je puis dire. C’est dommage.

Malgré ce défaut selon moi, j’ai globalement apprécié cette lecture qui me donne envie de creuser un peu plus du côté de la littérature et de l’histoire de l’Argentine dont j’ai une ignorance crasse. Je suis toute ouïe si vous avez des livres à me conseiller.

Laura Alcoba est professeure d’espagnol, traductrice et écrit en français.

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American Predator – Maureen Callahan

Traduit par Corinne Daniellot

J’aurais aimé que ce livre soit un polar, une fiction. Mais c’est une histoire vraie ! Croyez-moi, après une lecture pareille, on devient peut-être un peu parano. J’ai terminé ma lecture lors d’un périple entre la France et un pays hors UE, en me disant que dans le train, il y avait peut-être un tueur.🥶 Bon, ce qui est rassurant, si on peut dire, c’est que cette sordide « histoire » se passe aux États-unis, qui a vu naître tellement de serial killers, qu’on peut s’interroger… Il y en a très peu en France, du moins, on pense, mais si c’est comme cette affaire ahurissante ce n’est pas très rassurant non plus.😱

En effet, c’est vraiment un hasard qui a mis au jour Israël Keyes. Le 1er février 2012, par une nuit glaciale dont l’Alaska a le secret, Samantha Koenig, 18 ans, disparaît subitement. Elle travaillait dans un café d’Anchorage depuis 1 mois. C’est sa collègue qui donne l’alerte quand elle ne la trouve pas le lendemain. La brigade criminelle (Anchorage Police Department) est sur l’affaire, avec une stagiaire, et Serge Payne, agent du FBI . Aucune alarme n’a été déclenchée par Samantha, son petit ami est interrogé mais n’a aucune info, à part une querelle d’amoureux. Il est rapidement mis hors soupçon. Le visionnage de la caméra montre une scène étrange. Un homme imposant, une voiture, Samantha les mains en l’air, ils repartent ensemble très calmes. L’ADP pense un instant que Samantha n’est peut-être pas une victime. Le père commence à prendre les choses en main devant les supputations un peu débiles de la police. Il balance la disparition de Samantha sur Facebook. Une voiture est identifiée, retrouvée, finalement par l’ADP qui craint un retentissement médiatique de l’affaire et l’avis de l’opinion publique. Un homme est intercepté sur le parking d’un hôtel et interrogé. Il avoue facilement. Le lecteur connaît donc quasiment dès le début le coupable.

A l’instar de l’ADP et du FBI, c’est une lente descente aux enfers qui commence. Israël Keyes a l’habitude de commencer ses histoires par la fin. Il conclut un pacte avec la police : il veut la peine de mort. Il ne veut pas que l’affaire soit livrée aux médias. Il racontera tout. Dans le détail. Ses parents étaient carrément tarés, membres successivement de multiples sectes, des Mormons aux Amishs, pour les plus connus. Ils vivaient en marge de la société, en total autarcie. Israël, comme ses nombreux frères et soeurs ne connaissent rien de la modernité : pas de télé, pas de cinéma, pas de musique etc. Comme l’héroïne des Ravissements de Jan Carson, son enfance a été abîmée par des fondamentalistes religieux. Pourtant, c’est le seul enfant à avoir rapidement un comportement déviant, pour finir par devenir un tueur en série. On suppose que ses premiers meurtres ont été perpétrés à l’adolescence, après avoir franchi un cap dans le sadisme pervers. Mais personne ne s’aperçoit de rien. Ils sont plusieurs dans sa tête, au moins deux, c’est lui qui le dit. De toute façon, il ne va pas à l’école, il n’est pas identifié officiellement sur les registres des naissances (je ne sais pas comment ça se passe aux États-unis), bref, officiellement il n’existe pas. Jusqu’au jour où il décide de rentrer dans l’armée. C’est à ce moment qu’il se rend compte qu’il n’a pas été élevé comme les autres, devant les réactions étonnées de ses camardes. Il rencontre d’autres types pas franchement recommandables. Il découvre l’alcool, le LSD, mais est capable de garder le contrôle même complètement ivre. Il a des capacités et une intelligence hors normes. Comme beaucoup de serial killers, d’ailleurs.

Keyes explique aux flics comment il est parvenu à ne jamais laisser de traces de son passage après les meurtres, comment il n’a jamais été pincé, comment il choisit ses victimes. Comment de nombreuses personnes lambda ont croisé son chemin et échappé à la mort de justesse, par hasard. Le hasard, c’est l’autre « jeu » de Keyes. Pas de profils types. Ça peut être toi ou moi.😱

Brièvement on a l’impression qu’il est devenu quelqu’un de bien quand il devient père, que la naissance de sa fille l’a transformé. Évidemment, c’est un leurre.

Maureen Callahan, journaliste d’investigation, montre également comment les querelles de clocher de la police et du FBI et autres décisions absurdes ont nuit à l’enquête, fait échoué certaines tactiques pour découvrir toutes les victimes de Keyes. Officiellement, il y en a onze. Mais en vérité certainement beaucoup plus à travers tous les États-unis. Car le psychopathe avait comme stratégie de mettre de la distance entre le lieu du meurtre et le cadavre de sa victime.

On ne saura jamais l’entière vérité sur cette affaire puisque le monstre est resté maître jusqu’au bout, en faisant une douzième victime officielle : vous saurez qui en lisant ce livre, pas très reposant d’un point de vu nerveux, mais très bien écrit et qui se lit vraiment comme un thriller – dont on aurait aimé que le true crime soit une fiction, en fait.

L’affaire Keyes ne sera jamais classée. Le profil psychologique de ce mec reste en partie brumeuse. Ça file vraiment la frousse, d’autant plus quand on ne fait pas spécialement confiance en l’être dit humain.

Grand Prix de littérature policière 2022.

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Quand tu écouteras cette chanson – Lola Lafon

Lola Lafon décide de passer une nuit dans le musée Anne Frank à Amsterdam, où se trouve la fameuse Annexe où la famille Frank a vécu terrée avant d’être déportée. Toute la famille va périr dans les camps de concentration, de faim, de froid. Seul Otto Frank, le père d’Anne a survécu, est revenu à Amsterdam. Lola Lafon ne sait pas vraiment pourquoi elle a eu cette idée de passer une nuit là, dans cette ancienne maison peuplée de fantômes. On le découvre, comme elle, à la fin.

Tout le monde (ou presque) a lu le fameux journal d’Anne Frank, étudié par des centaines de collégiens en France. On garde tous en mémoire qu’il s’agit du journal intime d’une adolescente juive qui décrit son quotidien dans l’Amsterdam occupée par les nazis. Lola Lafon, après avoir rencontré la dernière survivante ayant connu la jeune fille, apporte un éclairage nouveau et déconstruit l’image un peu naïve qu’on nous a donné à l’école. Anne Frank savait déjà qu’elle voulait être écrivain. Ce n’est pas un simple journal qu’elle a laissé, mais bien une oeuvre destinée à être lue : un témoignage travaillé, réécrit et malheureusement en partie détruit, éparpillé, quand les nazis ont découvert l’Annexe. C’est Otto Frank qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour rendre hommage à sa fille, qu’il découvre sous un nouveau jour, en faisant publier son journal, après reconstitution partielle.

Ma première rencontre avec Lola Lafon, à force de lire des éloges. Je n’ai pas lu le résumé du livre, je ne savais pas de quoi exactement il était question, un secret bien gardé par un titre énigmatique : Quand tu écouteras cette chanson, énigme résolue uniquement dans les dernières pages.

Lola Lafon à son tour rend hommage à la famille Frank en nous faisant découvrir ce père, mais aussi Margot, la sœur aînée d’Anne. Elle explique aussi que le journal, dans certains pays, et à certaines époques, a été édulcoré concernant la sexualité naissante de la jeune fille, mais aussi de toute trace de judéité. L’image a été remodelée. Avant, heureusement, d’être plus proche de la vérité, et notamment de réelle personnalité de cette jeune fille mature pour son âge et au caractère bien trempé. Vivre deux ans et demi terrée, cachée, avec 7 personnes, et arriver à penser à la postérité, à ce qu’on va laisser derrière, il faut quand même être doté d’une force mentale peu commune.

Lola Lafon mêle à ce récit sur la vie de la famille Frank, celle de sa propre famille, par petites touches, sans pour autant faire de calque, le point commun étant la judéité laïque et la déportation. Bizarrement, je n’ai pas réussi à m’intéresser vraiment à cette dimension du livre, contrairement à La carte postale d’Anne Berest. C’est certes un livre différent, avec un angle d’attaque différent (Anne Berest mène une véritable enquête, ici c’est davantage dans le spirituelo-philosophique ). La chute est celle d’une perte, qui donne son titre au récit. Et qui est la raison pour laquelle Lola Lafon a passé une nuit dans un endroit peuplé de fantômes. J’ai été assez déconcertée et j’ai trouvé que c’était un peu tiré par les cheveux.

Si j’ai trouvé l’éclairage nouveau sur Anne Frank et sa famille instructif, son histoire toujours aussi émouvante, le devoir de mémoire parfaitement réussi pour cette page très sombre de l’Histoire, je suis restée à l’extérieur pour le reste, avec un sentiment final de déception. Je sais que ce n’est pas l’avis majoritaire. 😉

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Les ravissements – Jan Carson

Traduit par Dominique Goy-Blanquet

Rappelez-vous : Les lanceurs de feu, le premier roman de Jan Carson traduit en français en 2021 avait été un de mes coups de coeurs de l’année, une vraie révélation ! Enfin quelque chose qui changeait dans la façon de narrer le réel, en particulier la vie en Irlande du Nord, par le prisme du réalisme magique. J’avais été bluffée. J’attendais donc avec impatience ce deuxième roman.

Nous sommes en 1993, le 25 juin, l’école s’achève pour les enfants de la petite bourgade de Ballylack, en Irlande du Nord. Pourtant l’été ne va pas se dérouler comme ils le pensaient. Un mystérieux mal va frapper les enfants les uns après les autres et les tuer. Ça commence avec une fièvre glandulaire. Les adultes sont aux abois. La panique paranoïaque s’installe : qui sera le prochain ? On dépêche un Paddy du Sud pour enquêter sur l’affaire. Nous sommes immergés dans la communauté protestante d’Irlande du Nord, orangiste, mais pas que. Les parents d’Hannah, gamine de 11 ans au centre du récit, sont des fondamentalistes. Hanna, à qui l’autrice laisse la parole au premier et dernier chapitre, explique qu’elle se sent exclue, à part, à cause de la religion intégriste de ses parents : « Notre espèce à nous, c’est les chrétiens charismatiques évangélistes. Ça veut dire que nous croyons au salut et à l’Enfer, à Jésus et au Saint-Esprit. Dans notre Eglise, les femmes portent des chapeaux. On utilise la Bible avec des mots anciens, mais on chante des choeurs modernes avec le rétroprojecteur. On parle des langues, ça s’appelle glossolalie, et on se tient les mains pour les prières à une intention spéciale. On ne croit pas au cinéma et au chewing-gum. (…). Notre espèce de protestants n’est pas populaire. «  Je préfère vous laisser découvrir tout ce à quoi Hannah n’a pas droit plutôt que d’énumérer mais c’est impressionnant et surtout effrayant !! Pourtant ses parents ne pensent pas être de mauvais parents, ils pensent avoir la bonne éducation pour leur fille. Malgré tout, c’est de la souffrance qu’ils engendrent. Et c’est bien le point de tous ces gamins qui vont mourir : être les victimes des adultes.

Alors que les mômes agonisent au fil du récit, ils rendent à chaque fois visite à Hannah. Transformés. En un autre eux. Je ne peux pas en révéler davantage sous peine de spoiler.

J’ai été emportée par cette histoire aux multiples rebondissements, écrite avec beaucoup d’humour et d’ironie. Jan Carson rend hommage aux enfants d’Irlande du Nord et fustige la religion, le sectarisme du pays mais aussi le racisme. Les gamins de ce roman sont drôles, étonnants, espiègles, parfois bêtes comme les ados qu’ils ne deviendront jamais. Ils deviennent eux-mêmes une fois qu’ils se sont échappés dans un autre espace-temps hors de portée des adultes. Le gang des EM (Enfants Morts), c’est quelque-chose !😜 Les adultes, quant à eux, sont pathétiques. Du début à la fin, ils ne changent pas, ne comprennent rien, sont carrément chiants. La solitude et la souffrance d’Hannah restée dans le monde des vivants, sont décrites avec finesse et minutie. On s’attache au personnage, qui ressemble le plus à sa créatrice (elle l’a dit).

Je ne peux que vous conseiller de vous jeter dans cette histoire (pas par la fenêtre !). Un bon petit pavé de plus de 400 pages écrit tout serré, mais qui nous obsède dès qu’on le pose. N’y aurait-il pas un peu de sorcellerie dans la plume de Jan Carson ?

Le premier roman, Les lanceurs de feu, est disponible depuis peu au format poche, chez J’ai Lu je crois. J’ai vu la couverture : franchement dommage qu’elle révèle carrément un des mystères de l’histoire…🙄 Mais, c’est une bonne occasion pour commencer à lire Jan Carson.

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Dégradation – Benjamin Myers

Traduit par Isabelle Maillet

En partant à Londres, évidemment je voulais lire de la littérature anglaise. J’ai entamé Le royaume désuni de l’excellentissime Jonathan Coe, mais il est sur ma tablette, donc pas très pratique à trimballer. Donc il fallait que je dégote un livre de poche léger. Celui-ci dormait sur mes étagères depuis l’été 2020, acheté dans une librairie de Granville.

Dégradation de Benjamin Myers se passe dans les landes désolées du Yorkshire. C’est exactement ce qui m’a poussé à acheter ce polar

Quand on dit « Yorkshire  » on pense immédiatement aux soeurs Brontë et à la poésie de Wordsworth. Oubliez ! Jetez aussi votre tasse de thé et vos envies de littérature romantique échevelée (entendons-nous : j’adore la Brontë Family, j’ai même visité leur maison et tout et tout, et une de celles de Wordsworth ! ). C’est dans un univers beaucoup plus glauque que nous embarque l’auteur, qui préface pourtant son livre d’une citation de D. H. Lawrence : « L’amour sacré est désintéressé, détaché de toute quête égoïste. Celui qui est amoureux sert l’être aimé et recherche la fusion en communion parfaite avec lui. » Trompeur une fois encore. C’est une drôle d’histoire d’amour que l’on va suivre. A la veille de Noël, une jeune fille disparaît au coeur de la lande désolée des Yorkshire Dales. Le détective Brindle est envoyé dans ce dernier endroit sauvage d’Angleterre pour aider la police locale, bien peu habituée aux disparitions dans ce coin paumé mais tranquille. Qu’est-il arrivé à Melanie Muncy, la fille du garagiste ? Steven Rutter, un fermier célibataire, crasseux, reclus et rejeté attire son attention.

Le lecteur sait depuis le début ce qui est arrivé à Melanie, contrairement au détective. On plonge dans l’horreur qui va crescendo. Benjamin Myers épluche au scalpel la vie du coupable. Une mère cintrée, un univers underground dans ce coin paumé comme on n’en imaginerait jamais. Je ne peux pas en dire vraiment davantage sous peine de spoiler.

Après cette lecture, vous ne verrez jamais plus les cochons de la même manière (personnellement, je n’ai rien appris de nouveau, mais trop de gens pensent que ce sont des animaux sympas et inoffensifs !🥴). J’ai parfois eu le coeur au bord des lèvres à la lecture de scènes très crues, tendance gore ou porno. Beurk ! La fin de l’histoire m’a laissée un peu perplexe, ou plutôt sur ma faim. Il y a un côté un peu bâclé et brouillon. Parfois je me suis aussi paumée en chemin…

Vous aimerez ce livre si vous aimez les polars avec du gore (et du goret ! Lol😅 ), mais moi je n’ai pas été passionnée par cette sordide histoire, avec un chouïa trop de délayage qui m’a fait trainer en longueur sur les 406 pages du format poche.

Une déception, donc.

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Les enragés – Paola Nicolas

1886, Paris. Jules Rouyer, un jeune garçon vient de décéder. Quelques jours auparavant, il a été mordu par un chien atteint de la rage. L’histoire en serait restée là s’il n’avait pas reçu les nouvelles injections du vaccin rabique mis au point par Louis Pasteur et l’équipe du docteur Roux, récemment mis en oeuvre sur l’homme.

Une grosse claque pour Pasteur, mais une aubaine pour ses détracteurs. En effet, un certain nombre de médecins ont des thèses opposées à la lutte contre les épidémies par l’hygiène et la vaccination. Pour eux, vacciner, c’est tuer.

Ce livre, qui est un roman, restitue les souffrances engendrées par la rage, que de nos jours on a complètement oubliées. Les symptômes atroces qui précèdent une mort certaine, qu’elle soit animale ou humaine. L’autrice restitue également très bien le débat médical, philosophique, et académique qui a eu lieu. Du moins, c’est ce qui est largement sous-entendu dans ce roman.

J’ai cependant regretté d’avoir quasiment l’impression de revivre la période covid (non achevée) : la guerre des nerfs entre les antivax et le reste de la population, les arguments à deux balles des premiers, les infox qui intoxique davantage que le virus, les guerres de laboratoires (il n’y a pas ce dernier point dans le roman). Je me suis interrogée sur la frontière entre la vérité et la fiction parce que je trouvais que l’autrice avait tendance à vouloir absolument calquer tout ça sur la période actuelle.

On apprend quelques infos sur Pasteur : il était hémiplégique suite à un accident et il a perdu ses enfants suite à des maladies. Mais c’est vraiment en filigrane.

Le fil de l’intrigue est de savoir de quoi est vraiment mort le petit Rouyer : du vaccin ou d’une insuffisance rénale, maladie antérieure et ignorée à sa vaccination.

J’ai globalement bien aimé ce livre malgré quelques longueurs, notamment scientifiques et judiciaires et le défaut de vouloir calquer cet épisode « enragé  » sur la période contemporaine. Peut-être lirai-je un autre livre sur le sujet pour me faire une idée plus précise.

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Un profond sommeil – Tiffany Quay Tyson

Traduit par Héloïse Esquié

Mississippi, 1977, à White Forest, Roberta, Willet et Pansy se rendent en forêt, sur les lieux d’une ancienne carrière, noyée au fond d’un lac. C’est l’été, il fait chaud. Pansy, la plus petite, se baigne en faisant la planche. Roberta part cueillir des baies, pendant que Willet vit sa vie. Roberta vit un moment des plus étranges, est prise dans un orage foudroyant et aperçoit une créature. Elle perd connaissance et quand elle revient à elle, son obsession est de retrouver son frère et sa soeur. Cependant, Pansy reste introuvable. Volatilisée comme par magie. Il faut dire que la carrière est un lieu qui alimente les conversations, un lieu maudit pour les habitants, un lieu où les esprits rôdent. Cette ancienne carrière a été creusée par des esclaves : un lieu qui sent la mort, la souffrance et le sang. Clem, la grand-mère de Bert, Willet et Pansy, personnage à cheval entre la chamane et la hippi est quasiment la mémoire de White Forest, raconte très bien les histoires et connaît les remèdes du fond des âges… Elle cache aussi un secret.

L’intrigue débute sur la disparition de Pansy, gamine qui est différente des autres membres de la famille, même physiquement, et petite dernière chouchoute de la mère de Bert et Willet. Sa disparition fait voler la famille en éclat. Le père, professionnel dans la production de faux billets, disparaît. La mère sombre dans une profonde dépression. Bert et Willet se retrouvent rapidement livrés à eux-mêmes et mènent l’enquête pour retrouver leur soeur. Les années passent. Ils changent. Mais Bert ne lâche rien. Elle ne sait pas qu’elle va déterrer un secret, découvrir la vérité sur ses racines, celle de leur famille. Entre le Mississippi et la Floride.

Tiffany Quay Tyson connaît bien le Mississippi dont elle est originaire. Son roman est bien davantage qu’une enquête sur une disparition. C’est le prétexte pour parler du passé sombre de cet Etat américain, meurtri par le racisme. Et c’est toujours le cas. Elle joue subtilement sur la couleur de la peau (je ne peux pas en dire davantage), insinuant par là que personne ne connaît, finalement, la vraie « couleur » de son sang. Elle nous embarque dans un road trip jusqu’aux mangroves des Everglades en Floride, où j’ai vécu un moment hors du temps. Elle rend hommage aux laissés-pour-compte. On côtoie des personnages cabossés et on découvre une famille qui est peut-être le résumé de l’histoire tourmentée du sud des États-unis. Elle joue sur l’imagination du lecteur, à la frontière du fantastique avec également un peu de folklore.

Si j’ai trouvé au début que l’intrigue patinait un peu, j’ai ensuite plongé dans cette histoire envoûtante, même si je pense que le livre aurait gagné à être un peu plus court.

J’adore les romans américains des Etats du Sud (Nouvelle-Orleans, Mississippi, Floride). J’adore les romans qui évoquent les Premières Nations. Je n’ai pas été déçue !

Petit remarque : cette histoire n’a rien à voir avec chantent les écrevisses, que je n’ai d’ailleurs pas du tout aimé. Un profond sommeil est beaucoup plus profond, travaillé. Mettre ce genre d’annonce sur la couverture doit faire vendre…

Tiffany Quay Tyson au Festival America 2022 (à gauche)
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