
Tout arrive, même ma première lecture irlandaise de l’année ! 🙂
Encore une nouvelle autrice qui arrive dans le monde francophone, le titre original (Falling animals) m’a fait me souvenir que j’ai dû voir le bouquin en Irlande mais depuis il y a en un autre qui est publié How to Gut a Fish, un recueil de nouvelles à paraître en France aussi.
Sheila Armonstrong est originaire de Sligo, que je connais bien et vit aujourd’hui à Dublin. Elle a écrit ce roman pendant les années de confinement.
Je ne sais pas trop comment parler de ce livre qui m’a étonnée et que j’ai beaucoup aimé, bien que la fin m’ait laissée un peu sur ma faim, finalement.
Nous sommes dans une petite station balnéaire du nord-Ouest de l’Irlande, envahie par les touristes l’été mais morne le reste du temps, il ne se passe pas grand chose de génialement intéressant, tout le monde connaît tout le monde et peut-être épie tout le monde. Seulement voilà, c’est en pleine saison touristique que Frank, le collecteur est chargé de récupérer un phoque mort sur le rivage avant que la foule des baigneurs arrive : la routine ou presque parce qu’il y a un élément du décor qu’il ne remarque pas et qui pourtant va agiter la vie des habitants. Heureusement que chaque village a sa commère à la fenêtre….
L’autrice pose déjà le décor avec soin: « au commencement, il y a un phoque sans yeux » que les grandes marées ont repoussé sur le rivage, la plage à marée haute, est réduite à un croissant, le toit des caravanes sur la falaise scintillent au soleil, on sent les bourrasques de vent qui nous envoient le sable dans les yeux, et l’épave d’un bateau se découvre alors que la mer se retire. Frank ramasse la bestiole qu’il embarque dans sa camionnette blanche en faisant attention de ne pas s’enliser dans le sable. Dans son rétroviseur, la plage évolue au gré de la marée. « L’homme assit dans les dunes a l’air serein, les jambes croisées à hauteur des chevilles ». Le village en forme de spirale de coquillage est encore plongé dans l’ombre. « Au centre, il y a un café, un pub et un petit supermarché ».
Le « plot » qui est resté ancré dans mon cerveau pendant tout le bouquin, même si on nous fait passer par des chemins déviés, c’est : qui est cet homme? De quoi est-il mort? Pourquoi est-il là ? Si la rumeur s’est propagée dans le village, c’est au pub que l’événement prend de l’envergure : on y ajoute son grain personnel ! Vous la sentez l’Irlande? 🙂 « On a eu vent d’un accident sur la plage ce matin, mais sans grand détails, alors on écoute de récit d’Oona, on le savoure, on le commente. On décrit la posture de l’homme, ses vêtements bien pliés, ce visage terriblement bleuté. (…) Le mort n’est pas de la région, s’accordent-ils tout à dire ; sinon Oona l’aurait identifié; »
Ca aurait pu être un polar, je partais presque sur une histoire de ce genre mais je savais que ce ne serait pas le cas car le livre n’était pas dans une collection « polar » de chez Albin-Michel. 🙂 Peut-être cela aurait pu être aussi un recueil de nouvelles, où chaque histoire est reliée à une autre par un fil ténu pour raconter l’histoire d’un village, des habitant en passant par l’histoire de certains éléments du décor. Finalement, c’est peut-être un peu tout ça, le mystère du décès de cet homme passe au second plan sans totalement disparaître pour sonder les histoires individuelles et leur trauma personnels qui font ressurgir d’autres morts derrière celui retrouvé sur la plage.
Dans ce roman en trois parties, l’autrice met tour à tour sur le devant de la scène dix-huit personnages, dans une histoire qui plonge ses racines sur plusieurs années et nous embarque parfois en dehors du pays. Le tout dernier est dédié aux disparus en mer.
La forme m’a fait carrément penser au roman de Donal Ryan, Le coeur qui tourne, qui fait parler vingt-et-un personnages d’un village irlandais. C’est même assez troublant bien que l’histoire et le style soient différents.
J’ai passé un bon moment dans ce village de la région de Sligo, qui me renvoyait aussi à mes propres souvenirs de plages irlandaises de cet été du côté de Waterford.
L’autrice sera le 31 mars à 19h30 au Centre culturel irlandais pour présenter son roman. C’est gratuit mais n’oubliez pas de vous inscrire si vous voulez y aller (en anglais, of course).
J’espère arriver à vous parler des parutions irlandaises des prochains mois, mais pour l’instant, c’est un peu plat : juste Kevin Barry et Anna McPartlin en vue.



































