
« 4e de couverture : « Elle s’appelait Sophie Toscan du Plantier. Un soir de décembre 1996 en Irlande, seule dans sa maison au bord de l’océan, elle a ouvert la porte à un homme. Quelques heures plus tard, elle gisait dans le jardin, le visage tourné vers la mer. Son meurtrier n’a jamais été enfermé. Vingt-cinq ans après, une femme découvre son histoire et se met à l’écrire. Qui était vraiment Sophie ? Pourquoi cette femme, belle, passionnée, s’était-elle exilée dans la lande ? En suivant la trace de Sophie, jeune mère intrépide, épouse insoumise, écrivaine clandestine, la narratrice se heurte à sa propre vie, à ses propres ombres. Dans un roman enquête mêlant l’intime et le fait divers, Emily Barnett part à la rencontre des proches de la disparue et recompose la psyché fascinante d’une femme qui voulait simplement aimer, écrire et vivre librement. »
J’espère que vous survivez à la canicule qui nous frappe depuis dix jours, soi-disant elle touche à sa fin dans la semaine qui vient, on croise les doigts car 41 degrés en Région parisienne, c’est quelque chose que je ne souhaite à personne. On est dans le pays du Démerdez-vous… Donc il est temps que j’aille voir ailleurs si l’herbe est plus verte et c’est à peu près ce que je fais dès que je ne travaille pas.
Je pars, – retourne, je ne sais plus comment le dire tant j’y suis souvent – en Irlande dans une dizaine de jours me décrasser les poumons dans l’Ouest. J’avais repéré ce livre d’Emily Blarnett, autrice et journalise que je n’avais jamais lue.
Sophie Toscan Du Plantier a décidé de se rendre dans sa résidence secondaire à Toormore, dans le West Cork, en Irlande (près de Schull, pour ceux qui connaissent) le 20 décembre 1996. On connait tous la suite de l’histoire. Sa voisine la retrouve décédée le 22 décembre, en leggings et chemise de nuit, le visage atrocement massacré et des traces de lutte tout autour et sur son corps. Elle avait 39 ans. A la fin de l’année 2026, cela fera… trente ans que Sophie est décédée ! Trente ans et pas de justice. C’est révoltant.
C’est toujours casse-gueule de parler des morts, de tenter de percer leur mystère, même à travers leur famille ou leurs amis. J’ai vu il y a quelques années le reportage qui était consacré à l’affaire. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce roman documentaire, j’y suis allée sur la pointe de pied mais finalement j’ai été complètement engloutie.
Personne ne connaissait vraiment l’épouse du producteur Daniel Toscan du Plantier qui évoluait dans son ombre en tant que productrice de documentaires mais on découvre qu’elle écrivait aussi des textes, apparemment sans que personne ne le sache. Le titre de cet ouvrage est appartient à l’un de ses textes. Elle aime également la littérature irlandaise, notamment la poésie et les espaces sauvages, comme la lande en haut de laquelle est située sa maison. Un peu les Hauts de Hurlevent 🙂
Et puis il y a le personnage de Ian Bailey qui se fait appeler de plusieurs manières jusqu’à gaéliser son nom, comme le font les poète irlandais. Journaliste anglais, quand il arrive en Irlande, il est déjà condamné par sa profession pour qui il est un guignol. Imbu de lui-même, alcoolique, il s’autoproclame artiste, poète. Il se met en couple avec une Irlandaise qui vit en marge de la société, elle-même artiste, alcoolique, toxico. On découvre les violences qu’il a eues à son encontre, manquant même la tuer. Il traîne dans les pubs, évidemment, où il déclame des vers de son cru, c’est l’original du coin. Un jour, il a croisé la route de Sophie, quelques années auparavant, où il lui a parlé d’un truc et cherché à avoir son entrée dans le monde du cinéma, elle a vaguement expliqué qu’elle essayerait mais ensuite a oublié. Cela, c’est le fil rouge hypothétique émis par l’autrice au milieu de la folie du bonhomme parfaitement restituée. Pendant son séjour, Sophie manque le heurter alors qu’il divague au bord d’une route. Puis, alors qu’elle retire de l’argent à un distributeur, elle se retourne, percevant quelqu’un qui la fixe derrière son dos et elle voit un type bâti comme une armoire à glace, sans faire tout de suite le rapprochement avec les événements précédents.
Emily Barnett comble les vides avec des indices qu’elle a trouvée et des faits connus, elle a interrogé la famille de la défunte, puis a essayé de comprendre ce qui sa pu se passer sans pour autant proclamer que c’est la vérité. Ce livre n’est pas une enquête, il reste un roman. Très bien écrit, émouvant sans tomber dans le pathos. J’ai aimé la restitution de l’ambiance du village de Schull, des paysages sauvages, des habitants à la fois sympathiques et taiseux, je sens encore l’odeur du fromage dans la cave de Bill !
C’est un bel hommage qui met en lumière une femme de l’ombre, discrète, timide, dont on sait peu de choses et dont l’assassinat n’a toujours pas été résolu, l’assassin ayant emmené avec lui le secret dans sa tombe. Le coupable a été jugé par contumace en France, l’Irlande refusant de l’extrader. Il faut dire que le droit français et irlandais s’opposent. En France on est présumé coupable, notion qui n’existe pas en Irlande. Je n’ai jamais vraiment compris, comme tout le monde, pourquoi les institutions irlandaises ont toujours refusé de le livrer, mais en même temps il n’ a pas la nationalité irlandaise, peut-être y a-t-il un motif a chercher par là-aussi, je ne sais pas. Il faut aussi savoir que les irlandais ont été scandalisés par cette affaire, qu’à leurs yeux, cet homme est devenu coupable, assassin, il était condamné, il était condamné par l’opinion irlandaise. Je me souviens d’une amie qui m’avait montré la maison une fois, quand on passait dans le coin, je ne m’en souviens plus du tout, c’était il y a longtemps, en 2003 je crois, scandalisée qu’elle était par cette histoire.
Je me suis reconnue dans l’attachement viscéral de Sophie à l’Irlande, évidemment. Mon rêve serait d’acheter une maison dans la campagne irlandaise, cette histoire ne remet pas en cause ce projet (c’est plutôt les finances ! 🙂 ).
Une belle lecture dont je vous recommande l’expérience !
En refermant ce livre, j’ai été contente d’apprendre que le fils de Sophie a gardé la maison. Cela demande un certain courage.
J’espère qu’un jour les institutions irlandaises demanderont pardon.
Quelques citations :
« Ici, elle peut parler naturellement, sans timidité excessive, sans rougeur au front. Ses mots sont directs, chaleureux, mais délestés de cette politesse exagérée qu’elle affecte parfois quand elle est mal à l’aise, de ce sourire-muraille qu’elle arbore face aux autres. »
« Lorsqu’elle entre dans la boutique, Bill l’accueille avec gentillesse et elle le suit dans sa cave pleine de fromages odorants Gabriel & Desmond (…) Ils parlent de Yeats, le plus grand des poètes. Elle cite plusieurs vers par coeur. Le commerçant est impressionné : une Française qui connait sur le bout des doigts le plus grand des écrivains national irlandais, il n’en revient pas ! »
« Ici, le relief est trompeur ; il a toujours l’air plus simple que la réalité. La Montagne aux Fées, par exemple : de loin on dirait une grosse colline aux pentes douces et régulières, mais en s’approchant on s’aperçoit que des ravins s’enchevêtrent sans fin et alternent avec de petites vallées marécageuses sillonnées de rochers abrupts. »














