Rentrée littéraire irlandaise

Bientôt octobre et je n’ai toujours pas publié mon désormais mythique billet concernant la rentrée littéraire irlandaise, alors que je suis en train de dévorer mon deuxième bouquin : l’excellent Pauvre de Katriona O’Sullivan.

Donc c’est parti, allez chercher un thé chaud, un bon scone plein de confiture et de beurre salé, un plaid et un petit carnet pour prendre des notes ! 🙂

Pas mal de nouveaux venus en traduction française, j’avoue. Tout d’abord Le garçon venu de la mer de Garrett Carr (traduit par Pierre Bondil) qui m’a beaucoup plu et ce sera ma prochaine chronique. Il y a juste le prix du livre (éditions Gallemeister) qui ne m’a pas fait rire : 24,90€… 25, pour être clair. Comment voulez-vous que ça ne plombe pas la vente de livres ?

Extrait de la présentation éditeur : » Irlande 1973. Un bébé trouvé sur la plage d’une petite ville de la côte ouest est adopté par un pêcheur local et sa femme. Très vite, l’enfant fascine. Au fil des années, « le garçon venu de la mer » continuer à captiver les habitants, à l’exception de son frère, dont l’aversion ne cesse de grandir. Mais qui pourrait vraiment comprendre ce garçon ? Dans ce petit coin du Donegal, chacun doit grandir et trouver sa place, au sein d’un monde qui évolue à toute allure. »

Deuxième nouvelle venue en traduction française, comme je le disais plus haut : Katriona O’Sullivan, avec Pauvre (traduit par Simon Baril) qui nous raconte son parcours de vie, sans misérabilisme mais sans éclipser toutes les difficultés qu’elle a rencontrées dans sa vie, le cercle infernal dans lequel on est enfermé quand on est pauvre et en plus enfant de junkies et d’alcooliques. Franchement, c’est très bien écrit je trouve. J’y reviendrai lors d’une prochaine chronique (aussi). La confiance en l’éditeur a fait le reste, me concernant.
Extrait de la présentation éditeur : « Troisième d’une fraterie de cinq enfants, élevés dans la plus grande précarite par des parents toxicomanes, Katriona O’Sullivan avait peu de chances de faire un jour des études et encore moins d’enseigner à l’université. Son extraordinaire parcours, elle le raconte sans fard dans ce livre qui, chemin faisant, révèle une écrivaine. » Ca me fait penser au livre d’Emilie Pine ou encore au parcours de Nuala O’Faolain. Pour moi, dans les temps chaotiques que nous vivons actuellement, je trouve que c’est un histoire à mettre dans toutes les mains.

Ensuite un très connu écrivain irlandais qui m’a un peu déçue par le passé, même si j’avais bien aimé le dernier paru en poche et que je n’ai pas encore lu le précédent : John Boyne, Les éléments (traduit par Sophie Aslanides). Cette histoires ou plutôt ces histoires, sont publiées en trois volumes en Irlande, d’après ce que j’ai vu cet été. Ici, c’est un énorme pavé one shot .
Extrait de la présentation éditeur : « D’une mère en fuite sur une île à un jeune prodige des terrains de football en passant par une chirurgienne des grands brûlés hantée par des traumatismes, et enfin, un père qui monte dans un avion pour un voyage initiatique avec son fils, John Boyne crée un kaléidoscope de quatre récits entrelacés pour former une fresque magistrale. »

Autre nouvel auteur découvert par le plus grand des hasard de la navigation Internet : Mark O’Connell, Sur le fil de la violence (traduit par ?)

 Extrait de la présentation éditeur : « En 1982, dans une Irlande secouée par les attentats, le chômage et les grèves de la faim, Malcolm Macarthur se retrouve, à l’âge de 37 ans, dans une impasse financière. Ce dandy intellectuel qui ne se sort jamais sans son noeud de papillon est pris de panique à l’idée de devoir travailler pour gagner sa vie. Il échafaude alors un plan improbable : braquer une banque. Pour ce faire, il a besoin d’une voiture et d’une arme. Pour se les procurer, il assassine sauvagement une infirmière et un jeune fermier. Mark O’Connell a longtemps été hanté par l’histoire de ce double meurtre. Alors que Macarthur a purgé ses trente ans d’emprisonnement, le voilà libéré et de retour à Dublin. Afin de percer les mystères qui entourent encore ces crimes brutaux et inexplicables, Mark O’Connell décide de le rencontrer. L’auteur se retrouve ainsi confronté à son propre récit : que signifie écrire sur un meurtrier ? » Mark O’Connell est journaliste, ce livre a obtenu un prix en Irlande. Je ne sais pas trop quoi en penser, en lisant la 4e de couverture. 🙂

Une réédition (enrichie?) et peut-être une nouvelle traduction (par Pierre-Emmanuel Dauzat et Aude de Saint-Loup) d’un recueil de nouvelles que j’ai vu en poche (mais épuisé) Edna O’Brien : L’objet d’amour (à paraître en novembre).
Extrait de la présentation éditeur :  « Edna O’Brien, à la fin de sa vie, confiait « My short stories are better than my novels ». À l’entendre, ses nouvelles seraient meilleures que ses romans. Il est certain que les trente et un textes de L’Objet d’amour, sélectionnés parmi la centaine publiée pendant plus de soixante ans d’écriture, sont magistraux. Fête irlandaise, qui inaugure le recueil, date de 1962 : Mary, dix-sept ans, s’éloigne à vélo de sa ferme familiale dans un élan de liberté pour se rendre à sa première fête au village. L’humour avec lequel la jeune autrice de trente-deux ans (Edna O’Brien est née en 1930) décrit la manière dont les attentes de sa protagoniste, qui repartira à pied au petit matin, seront déçues, son évocation vive et nuancée de cette petite société rurale et la finesse de ses notations font déjà autorité.« 


Et pour terminer, une parution en poche (dont je n’ai jamais vu le grand format : Emma Donoghue, La fille que j’ai embrassée (traduit par Chloé Royer). J’avais été déçue par son précédent ouvrage, Les combattantes, que j’ai trouvé très ras des pâquerettes.
Présentation éditeur : « L’histoire vraie du premier amour d’Anne Lister, femme de lettres et exploratrice anglaise. King’s Manor, pensionnat pour jeunes filles, 1805. Depuis l’arrivée de la  » nouvelle « , les certitudes d’Eliza Raine ont volé en éclats. Ainsi il est possible de se comporter sans souci des règles, des conventions… Rebelle et un peu garçonne, Anne Lister est tout ce qu’Eliza n’est pas : une exploratrice, une future femme de lettres. Et pourtant… À l’abri de leur soupente, l’orpheline au sang mêlé se sent de jour en jour plus proche de cette  » amie  » si extravertie. Trop, sans doute, pour l’Angleterre corsetée de la Régence, où les femmes comme elles doivent affronter tous les interdits… »

Par ailleurs, je ne sais plus si j’en avais parlé, mais j’ai trouvé (et acheté d’occasion) le dernier volume paru en France des aventures du Docteur Quirke, médecin légiste et personnage récurrent de John Banville qui a commencé à publier le début de ses aventures il y a bien une quinzaine d’années maintenant, sous le pseudo Benjamin Black. Ce printemps est paru sans que personne ne relaie cet événement, Le printemps basque d’April Latimer (traduit par Michèke Albaret Maatscht). Je vais me faire une joie de le dévorer et me replonger dans les notes écrites ici, car il s’agit du personnage d’un volume précédent, dont aucun ne m’a déçue, si je me souviens bien.
Extrait de la présentation éditeur : « Le docteur Quirke, médecin légiste dublinois, est en vacances avec son épouse, la désarmante Evelyn, au Pays basque espagnol. Incapable de s’adonner au farnienten il se livre à l’études des autochtones. Lorsqu’il aperçoit un visage familier, celui d’une femme portée disparue et supposée morte depuis bien longtemps, il se demande si son imagination ne lui joue pas des tours. » C’est toujours une joie pour moi de voir paraître des volumes de cette série, même si je trouve que ça lambine beaucoup entre chaque parution française. 🙂

Voilà de quoi tenir jusqu’à Noël !

J’en profite aussi pour remercier tous ceux qui passent dans le coin, car j’ai déjà battu la fréquentation bloguesque de l’année dernière. Un pic de 200 visites en une journée, ça ne passe pas inaperçu.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , | 4 commentaires

Le livre de Kells – Sorj Chalandon

Tout d’abord très soulagée d’avoir retrouvé l’accès au blog après une semaine de bataille avec le Support WordPress pour prouver que c’était bien moi et une interruption d’accès pour le moins étrange : la semaine dernière, je me connecte comme d’habitude sur Jetpack, je tape mon identifiant et mon mot de passe sans le moindre problème, je tape ma chronique et voulant me reconnecter sur mon ordinateur pour rectifier la mise en page : le CAUCHEMAR ABSOLU. Mot de passe non reconnu alors qu’il n’a pas changé, identifiant non reconnu, alors que je n’en ai pas changé ! Il a fallu une semaine pour que je récupère un accès via un mic-mac en donnant une partie des coordonnées bancaires de ma dernière transaction bancaire (ce qui m’a obligée à éplucher mes relevés de compte bancaire puisque je paie une fois par an ! ) On vit dans un monde de fous qui nous oblige à prouver qui nous sommes. Donc voilà ça m’a bien saoulée mais je ne les ai pas lâchés (il n’y a que pour débiter ta carte bancaire qu’on ne te demande pas grand chose !) Bref….

Donc je vais pouvoir vous parler de ma première lecture de la rentrée littéraire après une petite virée à la librairie Millespages à Vincennes qui est bien pratique pour mes envies frénétiques de lecture ! Il s’agit de : Le livre de Kells de Sorj Chalandon

Bien évidemment avec un titre pareil, n’importe quel amateur de littérature irlandaise sera intrigué. De plus, j’aime bien les romans de Sorj Chalandon, donc c’était sans hésitation avec en plus ce truc qui m’intriguait entre le titre, le narrateur et l’histoire, tout en sachant que l’histoire ne se passait pas en Irlande mais sur les trottoirs parisiens.

Il s’agit d’un roman, c’est-à-dire d’une oeuvre de fiction, mais ici avec une dimension autobiographique. On ne va pas chercher à savoir laquelle, on ne saura pas et ce n’est pas le sujet. On est dans le « mentir vrai » on va dire.

Kells, c’est un adolescent émancipé avant l’âge, qui quitte Lyon et la violence de son père en mars 1970, renonce à sa scolarité alors qu’il est pas loin du bac, pour se lancer dans l’aventure, avec dans sa poche Guignol, La Nausée de Sartre et une carte postale représentant le Livre de Kells, envoyée par son meilleur pote, lors d’un voyage en Irlande. Après avoir envisagé de rejoindre Ibiza puis Katmandou, ses rêves vont rapidement tourner courts devant la réalité de la rue.

Sorj Chalandon raconte la dureté du « dehors » et de la société française à cette époque. Ce dernier point est super intéressant car on n’en parle nulle part, on ne l’ apprend pas dans les livres d’Histoire, les parents ne l’évoquent pas vraiment. On découvre des mondes undergrounds : celui des SDF et celui des partis d’extrême gauche de l’époque qui se font la guéguerre entre eux en plus de faire la guerre aux bourgeois, aux flics, aux fachos des groupuscules comme Ordre Nouveau, Nouvelle Action Française qui ont précédé le Front National et autre Rassemblement National. On plonge en particulier dans l’univers des maoïste, pour qui cogner c’est la vie. Ne savent pas s’exprimer autrement.

J’y ai trouvé un écho avec l’époque actuelle et son absurdité : un gouvernement français qui est sourd et veut faire payer les Français alors que le vote des élections législatives de juillet 2024 après que Macron a dissolu l’Assemblée nationale n’a pas été respecté, puis l’immense déception de voir les partis de gauche se bouffer entre eux, incapables de se mettre d’accord rapidement pour nommer un potentiel candidat au poste de Premier Ministre. Et pendant ce temps, l’extrême gauche et l’extrême droite rassemblent les foules de crétins de base. Rappelons que le 10 septembre, des individus autoproclamés justiciers ont décidé de bloquer le pays mais sans expliquer comment. C’est ballot ! Leur méthode de mafioso : tentative de manipulation de l’opinion via les réseaux en boostant leurs posts pour être sûrs d’avoir de la visibilité : niveau d’échange dans les commentaires dignes d’handicapés mentaux : à mourir de rire. On sait à peu près qui traîne là-dedans : entre fachos, crevards, bricolos, et autres fouteurs de merde professionnels (Sud Rails !). Pas les salariés. Pas les commerçants. Pourquoi on devrait laisser notre paye et prendre le risque de se faire virer ? Ceux qui prônent le blocage n’auront de compte à rendre qu’à eux-mêmes bien souvent !!!! Qu’ils se confinent dans leur frigo, qu’ils arrêtent la carte bancaire, qu’ils fassent des grèves de la faim, arrêtent d’acheter (c’est ce que j’ai lu dans certains commentaires) je ne vois pas trop ce que ça va empêcher. Pourquoi ne vont-ils pas à Matignon ou à l’Elysée ? Le tout sachant que, d’ici demain soir, on n’aura plus de gouvernement puisque Macron a bien compris qu’il valait mieux leur couper l’herbe sous le pied. En tout cas, gare au glandu qui voudra décider pour les autres par la force !!! Les rassemblements en after work et le week-end pour protester contre l’austérité, c’est aussi la solution la plus festive ! Mais les Français n’ont aucun sens de l’humour…. Je me rappelle des concerts de klaxon à Dublin par les routiers protestant contre une réforme ! Toute la rue en riait. Ca fait son petit effet.

Oups, j’ai fait une grosse digression, mais finalement, on retrouve la violence évoquée par Chalandon dans son roman. L’extrême gauche se trompe de cible, violente pour être violente. Usante. L’ambiance avant la fin est cataclysmique. mais une petite lumière pointe derrière la porte ouverte avec l’entrée de Kells à Libération.

Kells est attachant par sa naïveté. Il est sauvé de la rue par des maoïstes alors que le bourgeois se détourne dégouté et le quidam Lambda joue à l’aveugle. Les maos sont sans nuances. Il faudra à Kells une certaine maturité d’esprit, un peu de culture et de lectures, de l’observation pour se rendre compte, quelques années après, qu’il existe un entre-deux qui n’empêche pas de défendre l’immigré ou l’ouvrier malmené.Que les mots sont plus fort que les poings.

Il y a une scène d’anthologie qui ne me fera plus jamais regarder The Book Of Kells et ses entrelacs de la même façon ! Est-ce que les copistes étaient sous substance ? 🙂

J’ai dévoré la moitié du roman, qui m’a fait sourire dès que je voyais une référence irlandaise – et il y en a beaucoup pendant un bout de chemin, puis plus rien, avant une allusion finale – mais je me suis embourbée sur le dernier tiers. La fin m’a un peu déçue car je l’ai trouvée pas assez achevée, même si j’ai globalement passé un bon moment !

Tout au long de ma lecture, je me suis amusé à noter les références irlandaises – il y en a peut-être d’autres qui auront échappé à ma vigilance :
p 15 : « La carte postale que Jacques m’avait envoyée d’irlande »
p 47 : la référence à son surnom (que je ne spoile pas)
p 58: « Et je ne voulais pas encore libérer le Kells tapi en moi » qui m’a intriguée un moment !!!
p 64 : Vous voulez retrouver Kells ? Allez en Irlande. »
p 68 : Saoirse
p 75 à 77 : moment d’anthologie que je ne spoile pas ! 🙂
p 94 : « J’avais percé le mystère dub dire, tatoué en moi les monstres et la beauté du Book of Kells »
p 103 : « Alors, à peine sorti du voyage, j’ai regretté de ne pas pouvoir reprendre le chemin de Kells. Et offrir ma peau à des moines copistes de l’an 800. »
p 188 : « Quel est ton rapport avec The Book of Kells ?
– Une carte postale, j’ai dit
C’est aussi une preuve d’amitié »

p 232 : La fille de Ryan
p 237 : « Après deux tentatives pour comprendre Finnegans Wake, il m’avait déculpabilisé. Tu es fou ! Entre dans Joyce par Gens de Dublin. Et lui lisait l’Irlandais en version originale. Moi, j’errais au milieu de ses phrases comme un homme ivre. »
p 253 : Pub irlandais
p 369 :« Ce soir-là, Yann m’a saoulé d’Irlande et de bière noire »
Et aussi tout un passage où Yann quitte la France pour rejoindre le combat en Irlande du Nord.
[Rah, je pensais que ça se finirait en Irlande du Nord ! 🙂 ]

Un roman d’apprentissage ou comment sortir de la violence – celle du père puis celle des Maos pour devenir un adulte.

Avez-vous lu ce roman ou vous tente-t-il?

Je suis actuellement plongée dans Le garçon venu de la mer de Garrett Carr qui vient de paraître et je vous en parle bientôt. Le traditionnel billet de rentrée littéraire irlandaise est également en cours de préparation (mais y aurait-il pénurie irlandaise en cette rentrée littéraire ?)



Publié dans Littérature française, Rentrée littéraire | Tagué , , | 6 commentaires

La route de la côte  – Alan Murrin

Traduit par Emmanuelle Heurtebize

Nouvel auteur traduit en français, je me suis donc précipité pour me procurer le roman d’Alan Murrin qui se déroule essentiellement dans le Donegal. Voici enfin la chronique. 🤭

En octobre 1994, Izzy, une habitante d’Ardglas, petite bourgade paumée dans la campagne irlandaise est à la messe. Et là,  elle aperçoit la présence de Colette Crowley, poétesse qui avait quitté les lieux pour vivre avec son amant, politicien à Dublin. Pas de pot, il n’a pas quitté son épouse pour autant.  Elle : mariée, un enfant. Autant dire que son retour va susciter des gorges chaudes et que la population ne va pas lui faire de cadeau, dans cette Irlande où le divorce n’est pas encore autorisé mais qu’un amendement sur la suppression de cette interdiction inscrite dans la Constitution est sur la sellette par voie référendaire.

Colette loue un cottage à Dolores qui enchaîne les grossesses et supporte un imbuvable époux qui la trompe à gogo. Dolores ne voit cependant pas d’un bon oeil Colette, jalouse de sa liberté,  finalement. La poétesse ouvre un atelier d’écriture ouvert à tous. Elle trouve son public, notamment Izzy, dont l’époux est un politicien du hasard, qui a mené à bien la lutte pour la défense de la pêche irlandaise dans la bourgade. Si je me souviens bien, il est au Dail (parlement). Il connaît l’ex-amant de Colette qu’il retrouve de temps à autre au Dail, notamment ce jour en plein dans les festivités de Noël. Izzy et lui ne forme pas le couple parfait, leur foyer est un lieu de disputes permanent, notamment à propos de leurs deux enfants.

J’ai démarré à fond de train cette histoire qui m’a happée dès les premières chapitres.  Les personnages sont tous complexes.  L’auteur restitue bien la face sombre qui réside dans chacun de nous. On ne peut pas dire que les hommes de ce roman ont le beau rôle : ce sont tous des c***ds,  chacun à leur manière. Exception faite de l’époux dd Colette qui ressemble plutôt à une victime à qui on a piqué les lettres qu’il écrit.  Le trophée 🏆 du parfait c***d revient sans doute à Donal,  l’époux de Dolores. Mais du coup,  dans cette histoire, Colette n’est pas un ange non plus. La fin de l’histoire vire au thriller.

Il y a pas mal de personnages secondaires que l’on croise, perd de vue et qui réapparaissent. À un moment, je me suis un peu perdue en route sur la côte à force de voir des points de vue s’entrecroiser. De même,  j’aurais voulu que le côté bouleversement législatif imminent soit davantage mis en avant. Évidemment, le référendum de 1995 n’a pas obtenu haut la main la fin de l’interdiction du divorce en Irlande, mais j’ai trouvé qu’il manquait un petit quelque chose. Néanmoins, l’ambiance étouffante d’une bourgade du comté reculé et tellement à part (mon avis, par rapport  à sa position géographique) est bien restituée. On se prend un coup de poing aussi, avec un twist inattendu et tout ce qui en découle, qui vous met un peu les nerfs !😆

Quelques semaines après avoir terminé le roman, mon impression est en demi-teinte : le droit au divorce, un sujet encore peu traité dans la littérature irlandaise (en tout cas, pas de souvenir de l’avoir trouvé jusqu’à présent), d’où l’intérêt de ce roman, mais il m’a laissée un peu restée sur ma faim.

Pour information, l’interdiction du divorce est encore un problème en Irlande puisque jusqu’en 2019, il y avait des conditions strictes à respecter pour qu’il puisse être prononcé. Et je crois savoir que ce n’est pas encore la panacée même si on avance.

La suppression de l’interdiction du divorce   date du 25 novembre 1995 et la loi du 17 juin 1996 a été adoptée à une majorité  inférieure à 1%. (Indication de l’auteur à la fin de l’ouvrage)

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 4 commentaires

Le prince des marées

Retour rapide sur Le prince des marées  de Pat Conroy, ce pavé de plus de 1100 pages, qui a occupé mon mois littéraire en juillet en lecture commune, bien que je l’aie commencé un peu avant cette idée.

Traduit par  Françoise  Cartano

On nous le vend comme un chef-d’œuvre mais pourtant, selon moi, ce n’est pas le roman parfait dont on se souviendra longtemps. C’est un bon page turner au style simple et fluide : on enchaîne les pages mais aussi les intrigues. Et ce dernier point,  s’il vous amène à entamer le chapitre suivant avec empressement, est finalement le gros point faible. Aucune réponse,  aucune résolution, si ce n’est un traitement « par-dessus la jambe  » pour l’un des ressorts majeures de l’intrigue : quel est l’événement qui a traumatisé toute la fratrie Wingo ? Quand j’ai eu la réponse, franchement, je me suis dit que cela apparaissait peu crédible même si aucun détail sordide ne vous est épargné  – traumatisme garanti, certes :  on se demande pourquoi l’auteur ressort comme par magie des personnages de derrière les fagots, qui ne font finalement qu’une brève et fatale réapparition, mais vous laisse perplexe sur le vide narratif abyssal qui les entoure. 

Quant à savoir pourquoi Savanah, enfermée dans un hôpital psychiatrique à New York, refuse de voir Tom, son frère jumeau, eh bien cela a achevé ma déception face au chef-d’œuvre annoncé.

Cependant, on passe quand même un bon (gros) moment, notamment dans cette île (imaginaire ?) de la Caroline du Sud où l’on vit de la pêche à la crevette 🦐 et l’auteur n’est pas dénué d’humour : il y a des passages savoureux en mode « aventures du Club des Cinq » ; les parents sont complètement fêlés et le père en particulier enchaîne les idées loufoques, ce qui donne des situations cocasses.

Pat Conroy s’est sans doute beaucoup amusé en écrivant ce roman inspiré de son enfance maltraitée.

Tenterez-vous l’expérience de cette lecture ?

Par ailleurs,  je viens de terminer La route de la côte de l’Irlandais Alan Murrin. Je vous en parle bientôt.  Je suis toujours en mode « je vide ma PAL » et il est hors de question de me parler de rentrée littéraire en août ! 😝

PS : sorry, je tape cette chronique avec mon téléphone,  donc la mise en page risque d’être un peu défaillante !

Publié dans Littérature américaine | Tagué , , | 2 commentaires

Retour sur les lectures de mai et juin

Non, je n’ai pas abandonné le blog : j’étais juste partie en vacances en Irlande ! 🙂 Et avant cela, tellement fatiguée, que je n’avais pas le courage de prendre le clavier pour gribouiller quelques chroniques. Donc voilà, après une dizaine de jours sur mon île préférée, à vadrouiller sous un soleil de plomb (oui, oui, il a fait 27 degrés et j’ai pris le coup de soleil du siècle, jusqu’à être obligée d’aller en parapharmacie me chercher un apaisant pour ne pas continuer à cuire gentiment la nuit !), je suis en pleine forme. Je vous raconterai un bout de mes – folles – escapades mouture 2025 à travers le sud-est irlandais.

Je tenais malgré tout à faire un retour sur mes lectures des deux derniers mois, pas du tout irlandaises pour une fois. En mai, je suis allée passer un week-end à Caen pour assister au festival Epoque (c’était le prétexte pour un week-end détente et j’ai découvert une ville fort sympathique !) C’est à cette occasion que j’ai assisté à une rencontre avec François-Henri Désérable pour un récit autobiographique d’un auteur-voyageur :

Chagrin d’un chant inachevé – Sur la route de Che Guevara. L’auteur sait parfaitement séduire son public : on a beaucoup ri en l’écoutant et j’ai acheté le bouquin dans la foulée. Il raconte sa virée avec un pote en Amérique du Sud de Buenos Air à Caracas, sur les traces d’Ernesto Guevara, avant qu’il ne devienne le Che. Son ami, finalement admissible à un grand concours va l’abandonner en chemin et il va continuer seul. Ce récit est un bonheur, une évasion dont j’avais besoin, même si l’Amérique du Sud ne m’attire pas spécialement, à part la pointe du Chili et de l’Argentine. 🙂 Voilà François-Henri qui balance quelques livres dans son sac à dos, en bon littéraire, dont Voyage à motocyclette d’Ernesto avant le Che. La seule contrainte de son voyage, sa motivation même, est d’emprunter le chemin du fameux futur révolutionnaire. Je vous rassure, on ne va pas parler de révolution ni de politique, mais de la réalité d’un voyage à travers l’Amérique du Sud, réécrit avec le prisme et le recul de la mémoire. Comme il l’a évoqué, ce n’est pas ce qui se passe bien qui donne matière à écriture, mais ce qui se passe moins bien voire mal ! Le tout est également truffé de références littéraires, dont le fameux Usage du monde de Nicolas Bouvier mais pas seulement (j’avoue pour ma part que ma rencontre avec Nicolas Bouvier n’avait pas été convaincante dans son récit « irlandais »).

Contre toute attente, mais largement influencée par une Insta-pote, j’ai lu La nuit ravagée de Jean-Baptiste Del Amo qui a fait le buzz sur les réseaux. Ce n’est pas tous les jours que je me laisse convaincre par un buzz, un peu trop buzz pour être totalement convaincant. Cela faisait des années que je n’avais pas lu un roman d’horreur, car oui, il s’agit bien d’un roman d’horreur ! Si au début cela m’a amusée, je me suis ensuite trouvée empêtrée dans une espèce de gloubiboulga à la moitié du livre, au point de penser à un moment l’abandonner

Ce roman est une petite brique mais franchement, il aurait mérité d’être raccourci et la fin m’a vraiment profondément ennuyée. C’est avant tout un roman hommage aux années 90, à Stephen King, à l’apogée du gore cinématographique,etc. On y retrouve moult références qui nous font sourire, mais pour moi, ça s’est arrêté là.

J’ai lu Jacaranda de Gaël Faye : évidemment un bijou. Si j’avais beaucoup aimé Petit Pays, j’ai trouvé celui-ci encore plus réussi mais encore plus horrible ! Vraiment, il y a des passages très difficiles émotionnellement, mais il faut le lire. C’est horrible, mais c’est malheureusement la vérité sur ce pays et le génocide qui y a été perpétré. On le vit de l’intérieur.

J’ai lu Illaria ou la conquête de la désobéissance, de l’autrice franco-italo-anglaise Gabriella Zalapi, qui nous plonge dans l’Italie des années 1980, de Rome à Trieste en passant par Bologne. Une fuite en avant vécu à travers les yeux d’une enfant de huit ans. Un écriture minimaliste mais qui fait mouche, des non-dits qui mettent en avant ce qu’il se passe, qui n’est jamais cité. Un côté thriller. Une belle réussite doublement primée (Prix Fémina des lycéens ; Prix Roman des étudiants France Culture).

J’ai lu L’art de voyager sans billet de Jack London, qui est un recueil de nouvelles : à mon grand étonnement, moi qui adore cet auteur, cela n »a pas fonctionné, je me suis ennuyée, parfois je n’ai rien compris à ce que je lisais. Fatigue ? Pas dans le « mood » ? Je lui redonnerai sa chance plus tard.

Enfin, j’ai lu il y a un moment (en avril) Eva dort de l’Italienne Francesca Melandri qui est un pur chef-d’oeuvre. La narratrice part sur les traces de son père adoptif et traverse toute l’Italie en train, depuis le Tyrol du Sud. Je suis allée lors d’une brève incursion pendant un voyage en Autriche dans cette région, mais sans me douter de la douloureuse histoire qui se cachait derrière. Ce roman m’a tellement donné envie de visiter cette région, riche en histoire et multiculturelle. Le Tyrol du Sud est à lui seul le personnage de ce roman. Ou comment l’Histoire, dont Mussolini, a ostracisé ses habitants germanophones, ont tenté de les italianiser de force en faisant venir pour ce faire des Italiens du Sud, pauvres. J’ai acheté le troisième roman de l’autrice qui a visiblement des textes très documentés et très fouillés. Sa plume est en outre bien agréable à lire. L’une de mes plus belles découvertes de l’année, pourtant il est paru depuis un moment.

Voilà pour le petit résumé. En attendant la rentrée littéraire et je ne veux absolument pas qu’on me parle de rentré littéraire maintenant, ça me fait fuir, je dévore l’énorme roman de Pat Conroy : Le prince de marées . Je me régale, en lecture commune, d’ailleurs. Je pense qu’il va me faire la fin de mes vacances. Et en Irlande, j’ai commencé sur ma liseuse, Yaak Valley, Montana, de Smith Henderson : dans le registre sombre, on ne fait pas mieux ! Je vous reparle peut-être bientôt de ces deux lectures.

En attendant, je vous souhaite un bel été avec cette magnifique glace irlandaise
(appelée « 99 » :-), qui valait vraiment le détour aussi.

N’hésitez pas à me faire savoir quelles sont vos lectures de l’été !

Publié dans Littérature américaine, Littérature française, Littérature italienne | Tagué , , , , , , , , , , , | 6 commentaires

Ulysse et moi

A quelques jours du Bloomsday, le 16 juin prochain, j’ai repris ma lecture du monument mythique de James Joyce, je nomme Ulysse – et tout le monde l’aura deviné avant même que je termine ma phrase. 🙂
J’ai le roman dans sa dernière édition française de 2013, qui est celle d’une nouvelle traduction. J’ai commencé ma lecture en 2021. En 2022, on a fêté les 100 ans de la parution du roman. Pourquoi pas avant ? Je vais enfoncer une porte ouverte en répondant parce que ce roman fait peur. Tellement commenté, réputé illisible par certains, porté au Panthéon par d’autres, glorifié ou rejeté, même par certains Irlandais. D’ailleurs qui a vraiment lu cette oeuvre ? C’est bien le paradoxe de Joyce et de ce livre en particulier : peu de gens alors que tout le monde en parle, qu’il est partout à Dublin. J’étais encombrée par tous les on-dit finalement et peut-être la peur de m’ennuyer. Mais ne peut-on pas parler que de ce qu’on connaît ? J’ai donc décidé de me lancer dans l’aventure, l’expérience classée au niveau mythique. 🙂

Ainsi, en 2021, pendant plusieurs semaines, tous les samedis au matin j’ai lu un chapitre, systématiquement. Et j’ai arrêté en plein dans le chapitre X (Les Rochers Errants), soit la seule fois où je ne suis pas parvenue à en terminer un. Un peu plus de 400 pages lues tout de même. Je crois que tout a commencé en novembre 2015. Juste après les attentats de Paris, je me suis « enfuie » à Dublin encore plus vite, on est allés à la Tour James Joyce de Sandycove sur la côte dublinoise, l’endroit même où commence le roman (ce que je ne savais pas vraiment à l’époque, étant encore dans le brouillard de tout texte mythique pas encore lu, dont on a dit tout et rien sur le sujet). J’avais un peu discuté avec les bénévoles passionnés qui tiennent la tour à disposition du public, car on m’avait été présentée comme française – et je ne compte plus le nombre de fois où on m’a présenté des condoléances en raison des attentats, comme si j’avais perdu quelqu’un dans ma famille, même si comme tout le monde, j’étais ébranlée par ces événements. Quand j’ai dit que je n’avais jamais lu Ulysse mais Portrait de l’artiste en jeune homme, on m’a convaincue de tenter l’expérience (il faut dire qu’elle était tellement sympathique cette dame ! 🙂 ), de lire au moins un chapitre. J’ai presque promis.

Ensuite, pourquoi je n’ai pas repris ma lecture ? Je n’envisageais pas d’arrêter, mais je l’ai retiré le livre de ma table de chevet car il prenait un peu trop de place, remis sur son étagère dans la bibliothèque : erreur fatale. Puis, ma vie a pris un virage en 2023, ce qui fait que j’ai eu un peu moins de place dans mon cerveau pour la prose d’Ulysse. Voilà les deux excuses que je trouve (LOL).

Toutefois, ce qui est génial avec Ulysse et c’est ce dont je m’aperçois aujourd’hui, c’est qu’on peut reprendre sa lecture même après l’avoir arrêté des années avant. J’avais peur de ne plus rien comprendre, mais est-ce qu’il est nécessaire de tout comprendre ? CERTAINEMENT PAS. Otez-vous ça de la tête ! Prenez-le comme une balade à Dublin (car c’est une balade à Dublin de 24 heures). Donc vous pouvez reprendre la promenade quand vous le souhaitez et les personnages que vous rencontrez sont comme des gens avec qui vous discutez d’un peu de tout et sur tous les tons.

Oeuvre baroque s’il en est dans la multiplicité des tons et de la prose – des proses – , forcément, il y a des moments où j’ai eu des baisses de régime dans ma lecture, mais j’adore me revoir Dublin à travers cette oeuvre – bien que la ville qu’a connu Joyce n’est pas à l’identique, on s’en doute. C’est haut en couleurs et en prenant quelques notes, ça donne envie de (re)visiter quelques quartiers ou rues.

Par ailleurs, la chose la plus drôle et dont l’origine est totalement étrangère à Joyce : je vais passer quelques jours à Trieste cet été car je voulais visiter cette région italienne à la frontière de plusieurs mondes, culturels et linguistiques. Cependant, il n’est pas aisé d’aller à Trieste depuis la France sans perdre une journée entière car il n’y a pas de vol direct et en plus il faut perdre quasiment une journée entière dans un aéroport à Rome ou Milan avant d’arriver à bon port. Donc comme j’avais aussi projet de visiter la Slovénie, j’ai décidé de passer la majorité de mon séjour à Ljubljana et rayonner en Slovénie puis passer plusieurs jours à Trieste avant de reprendre mon avion pour Paris en Slovénie. C’est ensuite que je me suis souvenue que avait vécu longuement à Trieste ! Il n’y a aucun guide touristique digne de ce nom sur cette ville, mais j’ai trouvé grâce à la magie de l’autoédition le livre d’un passionné, celui Alden Wilder qui donne une mine d’informations, notamment la vie littéraire, les lieux fréquentés par les écrivains. Au delà de la statue de Joyce sur le Ponte Rosso, on apprend que le Caffè Pirona était le préféré de Joyce où il a travaillé sur Ulysse, car c’est là qu’il a écrit son roman. C’est aussi à Trieste qu’il a fait la connaissance de Svevo qui sera influencé par son oeuvre (La conscience de Zenon) . Il y a aussi le Caffè San Marco, le café littéraire le plus littéraire de la ville et aussi le plus « révolutionnaire » que firent fermer les Autrichiens pendant un moment. Et ensuite je rejoindrai Dublin.

Donc voilà, finalement ma reprise de lecture d’Ulysse tombe à point, et 2025 est l’année où je devrai célébrer pour la première fois Bloomsday en bonne et due forme sauf si on m’attache à une chaise et qu’on me prive d’une demi-journée de liberté, ce dont je doute.

Et vous, avez-vous tenté l’expérience de lire Ulysse ? Qu’est-ce que vous en pensez? Dans quel état d’esprit abordez-vous ce roman ? Ou bien pourquoi en retardez-vous la lecture ?

#bloomsday #jamesjoyce

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 4 commentaires

La vie est une chose étrange – Donal Ryan

Traduit par Sabine Porte

Enfin, je me visse derrière l’ordinateur et non derrière le smartphone qui me fait faire des fautes et autres coquilles pour gribouiller une chronique sur le dernier roman de Donal Ryan paru en France en mai, mais qui, a paru en 2020 en Irlande ! Je ne comprendrai jamais le retard : je veux bien qu’il faille acheter des droits d’auteurs et trouver parfois des financements, mais quand même… cinq ans de retard ! Ne le voyant pas paraître j’avais commencé à le lire en VO. Seulement, je lis moins vite et pour ce roman, la prose ryanaise est faite de longues phrases descriptives. Donc, j’en étais à peu près à la moitié quand je l’ai reposé en me disant que je le continuerai plus tard, mais quand j’ai eu connaissance de sa parution en France, je l’ai acheté… (on ne se refait pas !)

Bon, alors tout d’abord, je dois dire qu’ai fait une double lecture en VO et en VF car arrivé à la moitié (justement), je trouvais la version française beaucoup plus fadasse que mon souvenir en VO. Le souvenir de ma lecture en VO c’était qu’il y avait beaucoup de sensations et de sentiments dans ce roman, alors j’ai eu l’impression qu’en VF passait souvent outre. Et que dire du titre ! SOS ! Quand on termine le roman on comprend pourquoi il s’intitule Strange Flowers. L’expression se retrouve à une ou deux reprise dans la narration mais on comprend vraiment sur la fin, en tout cas, cela a été mon cas. Bien loin d’un titre mou.

Nous sommes dans les années 70 dans un village des environs de Nenagh, comté de Tipperary, cher à l’auteur. Un jour Moll, la fille de Kit et Paddy Gladney quitte le domicile familial en secret et sans un mot. Les parents se démènent pour la retrouver, faisant à l’occasion un voyage à Dublin qui est un moment savoureux (et dramatique) du roman. Puis cinq ans plus tard, elle réapparaît comme elle avait disparu. La raison de sa disparition est finalement le fil ténu de l’histoire. Puis, apparaît un homme noir qui attire l’attention de tout le village, un Britannique qui recherche Moll, accompagné d’un enfant. Aussi bien le lecteur que les parents de Moll sont pour le moins surpris ! S’ensuit une enchaînement de surprises jusqu’aux dernières pages et sur plusieurs générations.

La vie est en partie faite de hasards, de contingences. Si Moll n’avait pas claqué la porte du domicile familial pour se rendre à Londres, elle n’aurait pas rencontré le père de son fils. Et il n’y aurait pas eu cette histoire. Mais la question qu’on se pose tout au long de la lecture est « pourquoi est-elle partie »? » Il y a quelques fausses pistes savamment distillées par l’auteur. Mais on va de rebondissements en rebondissements.

Au début, et jusqu’à la moitié du roman, j’ai suivi… et puis, il y a eu LA révélation qui m’a fait revenir en arrière, pour être sûre d’avoir bien lu, bien compris. Cela tient à l’emploi d’un mot. Et j’avoue que je me suis dit : ce n’est pas un peu too much ? Même si la thématique est totalement une bonne idée, mais il faut savoir qu’avant cette révélation, on a vu ATTENTION SPOILER : Alexander mourir (bêtement), Josh (le fils), s’enfuir à Londres, Paddy mourir.

Il faut dire que les parents de Moll vivent sur le terrain d’une famille fortunée (les Jackman), comme à l’ancienne. Paddy est facteur, mais il entretient le terrain du couple avec qui il a des relations policées. Un couple qui a l’air de filer le parfait amour…

Je le dis tout de suite : si j’ai globalement apprécié ce roman, il n’est pas mon préféré de l’auteur. Il est différent des autres : j’ai cherché en vain l’humour légendaire de Donal Ryan et je ne l’ai pas trouvé. Le style m’a semblé différent. Ensuite, s’il lance des pistes, j’ai eu l’impression qu’il n’allait pas au fond des choses et que les personnages étaient un peu trop accablés, surtout Moll. On passe même l’espace de quelques pages à une sorte de thriller.

L’auteur aborde de nombreuses thématiques com comme le racisme et les préjugés, le poids des conventions et des non-dits, les fractures intimes qui vous font saigner et crier en silence, l’incompréhension, pourtant je suis restée sur ma faim.

Et vous, vous l’avez lu ?

Je devrais repartir en Irlande en juillet et je me dis déjà que je vais en profiter pour me procurer le dernier.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , | 7 commentaires

Lectures irlandaises, avril et mai 2025 : Fils prodigues   de Colin Barrett et Juno & Legs de Karl Geary

Petit retour sur mes deux lectures irlandaises des semaines passées avec deux auteurs que je n’avais jamais lus : Colin Barrett qui publie son premier roman, Fils prodigues   (traduit par Charles Bonnot), après un recueil de nouvelles (Jeunes loups) et Karl  Geary, avec Juno et Legs (traduit par Céline Leroy) dont c’est le deuxième roman.

Eh bien ma foi, ce sont deux belles découvertes ! Leur point commun (involontaire dans mon enchaînement de lectures irlandaises ) : la jeunesse cabossée.

Fils prodigues se déroule dans le comté de Mayo où deux frères « caïds » embarquent un petit dealer de quartier plus jeune pour se venger. Le gamin s’appelle Doll (tout un programme !) et ils décident de le cacher dans une ferme isolée, chez un mec, Dev, qui travaille parfois pour eux, sans vraiment savoir comment il en est arrivé là. Celui-ci a perdu sa mère et sa seule compagnie est un chien. Il détonne complètement dans l’univers de la magouille et du deal. C’est un gars fragile et sensible. Doll, le môme, le trouve étrange, il joue les durs à cuire mais il faut dire que son horizon est bouché, il se la joue adulte avec sa copine et même sa mère qui s’arrache les cheveux avec le frère aîné Cillian English (visez-moi le nom de famille !) qui décidément n’en rate pas une et entraîne toute la famille cabossée dans une nouvelle embrouille. Un lien va se tisser entre Dev et Doll. On ne peut pas dire qu’ils deviennent amis, mais finalement, ils arrivent à se comprendre. Un roman sombre et lumineux à la fois par la solidarité entre les personnages et des femmes courage. Seul défaut : j’ai trouvé la fin un peu expédiée, j’attendais davantage et du coup elle m’a laissé sur ma faim. Mais c’est un roman à lire !

Juno et Legs,  c’est l’histoire de deux mômes des environs de Dublin, dans les années 80 et on les suit jusque dans les années 90, j’imagine, car ce n’est pas écrit.  On fait la connaissance de Juno alors qu’elle a 14 ans et va au collège, tenu par d’infâmes religieux.  Sa mère se débrouille avec une machine à coudre Singer et le père dilapide le peu d’argent dans la boisson. Au collège,  Juno fait la connaissance de Legs, qui n’arrête ps d’être puni et convoqué par le religieux à la tête de l’établissement. Le courant passe entre les deux ados et ils enchaînent les quatre cents coups, jusqu’au jour où un drame survient qui fera basculer la vie de Legs en particulier. Et pas de pot, Juno perd sa mère pour un accident stupide.

Un roman qui ne manque pas de rebondissements et le lecteur se prend des coups durs ! Une narration en élipses qui met en relief les non-dits. L’histoire est divisée en deux parties. La deuxième nous plonge dans un Dublin underground, on traine dans une cave à vins (oui !) aux personnages hauts en couleurs, entre alcooliques, drogues, LGBT et SDF, artistes autoproclamés, un monde de la fange insoupçonné. L’histoire d’une chute. Et d’une maladie terrible dont le nom n’est jamais prononcé. Malgré tous les coups durs, qui ne manquent pas, Juno et Legs vont se soutenir. A nous d’imaginer la fin. Juno trouve un abri au milieu des livres, son truc à elle, en plus de l’alcool. J’avoue que la deuxième partie n’en fini pas d’en finir sur les dernières pages. Je n’ai pas compris  non plus pourquoi les deux ados n’évoluent pas du tout dans leur façon de s’exprimer : en tout cas je trouve que la Juno de 14 ans s’exprime comme une adulte (qui jure comme un chartier aussi !),  qu’il y avait un décalage qui fait perdre en crédibilité au personnage.  Mais c’est un roman addictif !

Et vous, quelles sont vos dernières lectures irlandaises ?

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 6 commentaires

Dublin aux fêtes de fin d’année

J’avais écrit que je parlerai de mon séjour à Dublin à la période des fêtes, mais à la veille du mois de mai, ce n’est toujours pas fait !🫣 Il faut dire qu’entre le boulot et les voyages, je suis assez peu derrière les écrans. Qu’à cela ne tienne,  chose écrite,  chose due !

Pour ceux qui hésitent à aller en Irlande en hiver : vous avez tort. Les Irlandais ont le sens de la fête et de la bonne ambiance, même en dehors des périodes de fête, alors pendant la période des fêtes, c’est un truc de doux dingues !😅 Ensuite, en France,  tout le monde me disait que la météo serait peu propice : les préjugés ont la peau dure. Pas une goutte de pluie en 5 jours et même un beau soleil (contrairement à l’Italie où j’ai vécu une semaine sous une flotte incessante !)

Place aux images et bienvenue dans le monde des illuminations et décos de Noël à peu près partout et sous toutes les formes imaginables…

Suivez-moi, on prend le Luas …

Ma déco-trouvaille préférée,  c’est bien celle-là, 😂

James Joyce and Santa

Sachez qu’à Dublin, la faune ne manque pas, même en pleine ville,  grâce au très connu St Stephen’s Green, entre autres. Néanmoins, en pleine journée,  vous vous contenterez des cygnes, canards et goélands – géants, pour ces derniers). Mais de bonne heure,  que de surprises. La qualité de ma vidéo n’est pas géniale, je n’avais que mon smartphone…

St Stephen’s à l’aube

Et cette lumière unique…

Une petite envie de promenade au bord de la mer pour digérer ? Hop, un petit coup de DART qui, pour environ 2€, vous emmène à Howth où il y a le choix des balades. Cette fois, j’ai choisi la colline – il était assez tôt et pourtant déjà pas mal de monde🙄, mais cela restait gérable. Il faut dire que ce jour-là, il y avait des travaux sur la ligne qui empêchaient d’aller à Greystone ou Bray, donc je pense que les gens se sont rabattus sur Howth.  Mais c’est une ville très (trop ?) fréquentée, et pour cause…

Et puis, quelques photos du côté de Phoenix Park (qui n’est pas du tout mon parc préféré, trop de routes le traversent, ce qui gâche la tranquillité d’une promenade. Je suis aussi allée faire un tour du côté de Smithfield, quartier populaire (autrefois,  un peu plus bourgeois maintenant) où l’on vendait des chevaux.

Et puis, encore quelques photos de Dublin, au fil de mes pas. N’hésitez pas à prendre le Luas (tram) en cas de fatigue pour rentrer. Je vous conseille d’acheter la Leap Card (rechargeable même avec votre smartphone), qui permet de prendre tous les transports publics de Dublin et le DART,  mais elle est également valable dans certaines grandes villes comme Cork (voir leur site, car cela évolue).

Et regardez où vous marchez ! Il y a également des surprises sur les trottoirs de Dublin. 🤗

J’espère avoir réussi à vous transmettre quelques sensations dublinoises et vous avoir donné l’envie de découvrir la capitale irlandaise. Je ne suis pas payée par l’office du tourisme ni par personne. 😁

Publié dans Vadrouilles irlandaises, Voyage | Tagué | 2 commentaires

Virée italienne

Parce que je pars quelques jours en vacances en Italie, j’ai acheté de quoi m’accompagner, mais je n’ai pas résisté à en lire la moitié avant le départ. 😆

Et c’était une excellente idée car j’ai eu u gros coup de coeur pour Le train des enfants de Viola Ardone. L’histoire débute au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand le parti communiste a l’idée d’envoyer les enfants défavorisés du sud de l’Italie,  dans le Nord du pays, en Lombardie, dans des familles d’accueil le temps des vacances. La société italienne et cet événement est vu à travers le yeux d’un gamin de 7 ans très attachant et magnifiquement incarné par la plume de l’autrice. Qu’est-ce que j’ai ri !🤭 C’est succulent,  dans tous les sens du terme ! Si vous ne connaissez pas la différence gastronomique entre le Sud et le Nord de l’Italie,  là, vous êtes servi ! Une pizza fritta contre de la mortadelle lombarde. 😋  Il y a vraiment des moments drôles dans cette histoire.

Il s’agit aussi d’un roman très documenté où on apprend une foule de choses. L’autrice aborde la thématique du déterminisme social et du déchirement du personnage principal entre ses origines modestes, son Sud natal et le nouvel univers qu’il découvre. Dommage que cette nouvelle édition de poche soit d’une mocheté calamiteuse qui dessert le livre. Mais sivous voulez un petit voyage du sud au nord de la Botte, foncez,  c’est un bonheur.

Ensuite, j’ai lu Fleur de Roche de Ilaria Tutti, qui se déroule en 1915 dans le Frioul.  Si c’est également très documenté, j’ai cependant trouvé le style froid et sec, avec l’impression de lire un documentaire un peu poussif sur le rôle des femmes à la frontière alpine  italo-autrichienne. Ou comment elle ravitaillaient à pied dans la montagne les soldats alpins. L’Autriche ayant également conquis le Nord de l’Italie par le passé, on comprend l’animosité d’une potentielle nouvelle défaite. L’héroïne finit par sauver un ennemi blessé. Une lecture avec des hauts et des bas, j’étais au bord de l’abandon.🫤

Je commence un troisième roman pour mon départ en Italie demain. La météo promet d’être un désastre, alors j’ai pris du stock au cas où…

Ciao et à bientôt !

Publié dans Littérature italienne | Tagué | 6 commentaires