Long Island – Colm Toibin

Traduit par Anna Gibson

Long Island est la suite de Brooklyn, donc vous ne pouvez difficilement comprendre l’intégralité de l’histoire si vous n’avez pas lu le premier volume paru il y a des années. Brooklyn est le roman qui a propulsé Colm Toibin sur le devant de la scène littéraire française. J’ai lu le livre à sa sortie, il y a longtemps – entre 12 et 15 ans ? -, il est chroniqué sur le blog).

Eilis Lacey a émigré il y a quelques vingt ans à Brooklyn, où elle a rencontré Tony, un Américain d’origine italienne, qu’elle a épousé. Lors d’un retour en Irlande, à Enniscorthy, elle a eu une liaison amoureuse avec Jim Farell, un brave gars qui a du mal à extérioriser ses sentiments mais qui était raide dingue d’elle. Je ne me souviens plus pourquoi Eilis a émigré à Brooklyn, ni si elle connaissait bien Jim avant son départ. Long Island vous rappelle de toute façon qu’elle était rentrée aux Etats-Unis en catimini et qu’elle n’a jamais avoué à personne qu’elle s’était mariée à Brooklyn.

Le deuxième volume s’ouvre sur l’appel d’un homme en colère qui explique à Eilis, stupéfaite, que son mari, Tony, a eu un bébé avec son épouse et qu’il déposera l’enfant à sa naissance devant sa porte. Eilis est bien évidemment furieuse mais dans un premier temps n’ose pas affronter Tony. Puis elle le contraint à avouer son infidélité. Celui-ci ne nie pas. Sa mère a l’air ravi, considère déjà l’enfant comme faisant partie de la famille. Eilis décide donc de retourner à Enniscorthy sous prétexte de l’anniversaire des quatre-vingts ans de sa mère. Elle s’imagine qu’elle va l’accueillir à bras ouverts. Elle décide que ses deux enfants, qui n’ont jamais mis les pieds en Irlande, la rejoindront dans un deuxième temps.

Je l’avais dit, j’avais des craintes par rapport à la suite d’une histoire. Malheureusement, cela s’est confirmé. J’ai trouvé cette suite abracadabrante au début, puis cela a viré à l’ennui. La scène de départ est peu crédible : avez-vous déjà vu quelqu’un victime d’infidélité, téléphoner pour annoncer qu’il refilera le lardon à celui qui l’a fait cocu en interpellant l’épouse de celui-ci ? Eilis refuse évidemment d’accueillir le futur enfant, expliquant à Tony qu’elle n’y est pour rien et que cela ne la regarde pas, ce n’est pas son histoire, qu’il se débrouille.

La majeure partie de ce deuxième opus se déroule en Irlande, à Enniscorthy et Cush. Au lieu d’un séjour reposant, propice à la réflexion, on se retrouve dans une ambiance de village où tout le monde sait tout sur l’autre et ressasse les vieilles histoires du passé : ceci est totalement crédible, il n’y a pas besoin d’aller en Irlande pour le vivre. Eilis retrouve sa meilleure amie d’antan, Nancy. Pas très franche du collier. Je ne me souviens plus comment elle était au début. Evidemment, elle retrouve le Grand Amour qu’elle a planté des années auparavant. S’ensuit un mic-mac de oui-non-oui-peut-être…. A un moment, j’étais ahurie de voir que cela se résumait à : vont-ils passer la nuit ensemble ?

Aucune surprise, ce roman est une autoroute toute tracée, sans déviation ! J’ai lu les 397 pages de plus en plus déçue, voire carrément agacée.

Colm Toibin dresse le portrait de personnages profondément indécis. La seule chose que j’aie trouvé bien analysée c’est le déchirement dans tous les sens du terme : l’éloignement fait que l’on oublie sa vie d’avant, bien que cela soit involontaire, même si cela est provisoire. Si on revient, on s’attend à retrouver ce qu’on a laissé tel qu’il était, en oubliant que de l’eau a coulé sous les ponts, que la vie a continué en votre absence et que vous-même, vous avez continué à vivre, qu’on peut difficilement revenir en arrière et encore moins effacer le passé. Eilis revient mais bien que la petite ville d’Enniscorthy soit en apparence telle qu’elle était avant son départ, elle a conscience que son histoire avec Jim Farrell est de toute façon un cul de sac. Elle n’est pas revenue pour lui, mais dans les petites villes, on croise facilement ceux qu’on ne veut pas voir ! Pourtant, elle fait ce qu’elle redoute (aucun caractère fort ! LOL) Lui, a une forme de caprice, où elle cède comme une andouille. Puis, il se met à faire des plans sur la comète, en éludant la difficulté du réel : elle est mariée et elle a une famille là-bas. Lui-même a entamé une relation avec quelqu’un d’autre (je ne dis pas qui !) Mais c’est quelque chose de bien plus trivial qui scellera finalement leur avenir à tous les deux. Les deux personnages sont des marionnettes dans les mains des autres.

J’aurais voulu avoir un peu plus de vue sur ce qui se passait du côté de Tony et sa famille. Mais comme la situation est peu crédible dès le départ, j’ai eu le sentiment qu’elle était volontairement éludée. A mon goût, il n’ y a aucune surprise dans ce deuxième opus qui plaira sans doute à ceux qui aiment les histoires d’amour ratées.


Publié dans Littérature irlandaise, Rentrée littéraire | Tagué , , | 4 commentaires

Retour à Belfast – Michael Magee

Traduit par Paul Matthieu

J’inaugure la rentrée littéraire par le premier roman de Michael Magee, déjà multi-primé. Un petit mot sur l’auteur : il est nord-irlandais et rédacteur en chef du magazine littéraire Tangerine. Ses textes ont par ailleurs été publiés dans la plupart des revues cotées, comme The Stining Fly.

Une découverte qui fut une excellente surprise en ce qui concerne ma lecture. J’ai dévoré en quelques jours les 419 pages de ce roman. Je l’ai même trimballé dans mon sac à dos dans le sud de la France, malgré son poids, pour être sûre de ne pas décrocher de l’ambiance.

Sean Maguire rentre à Belfast après des études de lettres à Liverpool. Il vit en coloc avec un pote, Ryan, dans un appartement squatté. Il navigue de petits boulots en petits boulots :  travaille dans un pub miteux le soir, parfois dans une librairie, en attendant de trouver mieux. Malheureusement, on ne peut pas dire qu’il soit aidé par ses fréquentations. Ses potes (qu’il connaît depuis toujours), et même son frère ne sont pas de ceux qui vous tirent vers le haut, mais plutôt qui vous entraînent vers le bas avec eux, si vous n’avez pas la force de résister. Sniffer de la coke et se saouler la gueule est à peu près la seule chose qu’ils savent faire, la quintessence d’une journée réussie se résume à ça, selon eux et ce n’est pas forcément de leur faute. Sean a pourtant fait des études  supérieures, a le goût des lettres, il aimerait écrire un livre, mais il a l’impression que tout se ligue contre lui. Il se laisse entraîner par la « bande » et un jour, ou plutôt un soir, ça va trop loin : alcoolisé, il a une grave altercation avec un type. Il échappe à la prison de justesse mais écope de Travaux d’intérêt général. Il se retrouve donc avec ce travail obligatoire et il continue à naviguer entre les petits boulots pour survivre. Quitte à truander à la caisse automatique du supermarché, ce qui pourrait aggraver son cas s’il se fait choper. On a du mal à l’accabler, même s’il déconne.

Mairead, la fille dont il est toujours amoureux et qu’il connaît, comme les autres, depuis toujours, sort de Queen Univeristy. Elle a grands rêves, comme partir à Berlin. Mais aussi des secrets qui vont surgir. La mère de Sean a vécu les Troubles et s’est engagée à son niveau pour la Cause. Elle galère comme femme de ménage et l’alcool est son seul remontant. Il manque un père de famille.

Ce n’est pas du Zola, mais cela y ressemble fortement. Je me suis demandé si Michael Magee avait lu cet auteur. En tout cas, c’est avec une plume magistrale et un sens du récit épatant que l’écrivain nous trimballe dans le Belfast contemporain où le déterminisme social  en « rajoute une couche ». Peut-on se sortir de la galère quand on n’est pas bien entouré ? Bien sûr que non, me direz-vous. Mais comment avoir assez de recul quand on n’a connu que ça ? Michael Magee montre avec talent  la difficulté de s’extraire de son milieu social.

Les personnages sont à la fois agaçants  et attachants. On a envie de dire à Sean de couper les ponts avec ses potes pour prendre son envol et sortir de la galère. J’ai pensé pendant un moment que Mairead, qui fréquente un monde d’artistes littéraire (dont la peinture qu’en fait l’auteur est jubilatoire) pourrait l’aider à réaliser son rêve.  Mais c’est une vaste plaisanterie. La plaisanterie de Kundera clôture le roman.

C’est excellent, je commence la rentrée littéraire avec un coup de coeur ❤️ .

L’auteur sera le 18 septembre au Centre culturel irlandais de Paris et au Festival America de Vincennes qui se déroule du 26  au 29 septembre.  Youpi !!!🤗

Et en parlant du Festival America, il sera très irlandais cette année avec la présence également de Donal Ryan, Jan Carson et peut-être que  j’en oublie en route. En tout cas mon planning sur deux jours voire trois est en cours de préparation !

Publié dans Littérature irlandaise, Rentrée littéraire | Tagué , , | 2 commentaires

Rentrée littéraire irlandaise

Je crois bien que c’est la rentrée… 🙂 Parlons donc un peu des nouveautés irlandaises à paraître, ou parues fin août ou dont j’ai envie de signaler l’existence !

Je ne sais pas vous, mais qu’on nous bombarde dès juillet des bouquins de la rentrée littéraire a l’effet inverse de celui escompté : ça me fait fuir, j’ai l’impression qu’on veut me gaver le cervau ! Encore davantage quand je sais que ce sont des SP qui tournent en boucle sur les réseaux grâce à des éditeurs qui ont copieusement arrosé toujours les mêmes. Le « partenariat » a ses limites : on finit par savoir qui n’achète jamais un livre ou ceux qui vivent du commerce du livre. Ici, et depuis toujours, j’achète – ou j’emprunte en bibliothèque – 99,99% des livres dont je parle (et en tout état de cause, si on me l’a proposé, je le signale : la base ). Ce ne sont pas les livres qui remplissent mon frigo et je n’ai pas un fonds de commerce à faire tourner… Bref, free literary blogger, as usual ! 🙂

Passons à l’essentiel : le traditionnel billet sur la rentrée littéraire irlandaise – que je n’ai point pu faire l’an dernier, au regard de mon actualité personnelle : je me rattrape cette année et vous rappelle que la liste des livres parus en la matière pour l’année 2024 (et 2023) est régulièrement mise à jour sur Babelio par ma pomme !

Voici les trois principales parutions que j’attendais avec impatience :

  • Jan Carson avec un recueil de nouvelles à paraître en septembre : Le fantôme de la banquette arrière. J’ai littéralement dévoré et adhéré à ses précédents romans, dont j’ai hâte de voir ce que ces premiers écrits ont pu donner.
  • Un petit nouveau d’Irlande du Nord : Michael Magee avec Retour à Belfast que je suis en train de dévorer. Pour l’instant, ce n’est pas un coup de coeur mais c’est tout de même un roman bien entraînant sur le Belfast post-troubles. Je suis à plus de la moitié de l’histoire et je me demande vraiment comment ça va virer.Je est en plein dans une soirée littéraro-artistique, snobinarde à souhait dans laquelle le jeune Sean Maguire des quartiers populaires de la ville est de retour à la maison après des études littéraires à Liverpool. Il retrouve une copine d’avant son départ, Mairead, qui a l’air de galérer autant que lui pour s’en sortir. Mais là, je me pose des questions sur elle… Je vous reparle de ce livre bientôt. J’ai pas mal fréquenté les pubs avec lui, pas forcément bien fréquenté d’ailleurs, où il a fait quelques conneries aussi, et purge un travail d’intérêt général…

*Le dernier Colm Toibin, Long Island, a aussi rejoint mes étagères. Il s’agit de la suite de Brooklyn, qui avait rendu l’auteur populaire en France. J’avoue que j’ai hésité avant de l’acheter, j’aime pas trop les suites des années après, c’est souvent décevant. Mais il y a des exceptions (cf. Dermot Bolger). De plus, j’aime certains livres de l’auteur mais j’en ai trouvé d’autres un peu barbant. Mais Le souvenir du Magicien a fait pencher la balance et je l’ai acheté.

Je regrette pour cette rentrée littéraire de ne pas voir un livre de Paul Lynch (il a publié The Prophet l’an dernier il me semble) et tout le retard accumulé en France avec les bouquins de Donal Ryan (il y en a 2 ou 3 de parus en Irlande et nous, en France,on est resté planté… 😦 )

Voici deux autres bouquins qui m’intéressent, parus il y a quelques mois mais que je n’ai pas eu l’occasion d’évoquer ici : celui d’une Irlandaise d’origine nigériane, Melatu Uche Okorie, avec Cette vie, qui évoque la vie des femmes migrantes en Irlande. L’autrice a vécu huit ans en centre de rétention en Irlande dans l’attente d’un statut de réfugiée. Et le retour du très prolifique Adrian McKinty, avec une enquête de Sean Duffy : Des promesses sous les balles. Je m’aperçois que j’ai lu un polar de cette série l’an dernier mais que je n’en ai jamais parlé !

Enfin, pour ceux que ça intéresse, mais moi je vais m’abstenir : le dernier Sally Ronney, Intermezzo, où l’on sait à quoi s’attendre : une histoire de fesses de trentenaires désoeuvrés et déprimés qui se regardent le nombril à deux (ou plus) en pleurant. Je passe mon chemin et je garde 22€ pour des oeuvres un peu plus intéressantes que le nombrilisme qui est le fonds de commerce de cette autrice (oui, je ne mâche pas mes mots, mais il y a de quoi ! 🙂 )

Je ne doute pas que certaines parutions irlandaises vont voir le jour d’ici le mois de novembre, mais je ne comprends jamais pourquoi elles sont gravement planquées et surgissent sans prévenir ! 🙂 En tout état de cause, je les ajouterai, si ce n’est ici, sur la liste Babelio.

BONNE RENTREE ! 🙂

NB : J’espère vous reparler bientôt deux romans nordiques que j’ai dévoré en vacances : Celui qui a vu la forêt grandir de Lina Nordquist et Là où sont les oiseaux de Maren Uthaug (un cran en dessous de l’autre, tout de même). Mais il n’est pas impossible que je n’en reparle jamais, mais je vous conseille d’ores et déjà grandement le premier !

Publié dans Littérature irlandaise, Littérature nord-irlandaise, Rentrée littéraire | 2 commentaires

Bonnes feuilles et pause estivale !

Pas très présente en ce moment, mais j’ai pas mal lu. J’ai juste une immense flemme due à une année trépidante et épuisante. Je rédige beaucoup dans le cadre de mon nouveau poste, je parle beaucoup, je réfléchis beaucoup aussi parce que les décisions que je prends ne sont pas sans conséquences. Résultat : pas trop envie de reprendre le clavier pendant mon temps libre. Du moins pour le moment, en cette phase d’acquisition de nouvelles compétences.

Mais bon, heureusement, j’ai droit à quelques jours de congés et je compte bien profiter. Le programme s’annonce chargé là aussi 😂, histoire de recharger les batteries. 

Voici ce que j’ai lu ces dernières semaines. Globalement de très chouettes découvertes. Et l’Irlande me suit partout, faut-il croire car je la trouve partout :

🇮🇪 Dans le roman de l’autrice américaine Jeanine Cummins, avec Le garcon du dehors, qui nous plonge à la fin des années 50, dans la communauté des gens du voyage d’Irlande. C’est un véritable coup de coeur ❤️❤️❤️. Beaucoup de thématiques sont abordées : le racisme  (évidemment) mais aussi la quête d’identité d’un gamin qui perce le secret de ses origines. On plonge aussi dans le mode de vie, la culture de sa communauté. L’autrice a un vrai don de conteuse irlandaise. On rencontre un petit gars réellement attachant, avec une soif d’apprendre incroyable. D’ailleurs, il lit Gulliver de  Jonathan Swift dès qu’il en a l’occasion. J’ai juste regretté une traduction très médiocre où il y a des erreurs pas piquées des hannetons mais qui m’ont beaucoup fait rire : la foire de Puck. Ben voui, no problemo, tout le monde connaît la ville ou le village de Puck en Irlande ! 😇  La traductrice ignore appartement ce qu’est la Puck Fair et l’éditeur aussi. Ensuite beaucoup de mots qui posent difficulté ne sont carrément pas traduits : travellers, tinkers… débrouillez-vous avec ça. Dommage car c’est vraiment un très chouette roman. Et je lirai les autres de l’autrice,  en particulier La branche tordue qui se passe en partie pendant la Grande Famine, mais quand il sera sorti en poche ou si je le trouve d’occasion, car 24,50€, ça commence à faire un peu trop cher.😬

J’ai beaucoup aimé Migrations de l’autice australienne Charlotte McConaghy, qui évoque, derrière la thématique écologique prémonitoire de la disparition des dernières sternes arctiques, une femme à la recherche de ses racines (encore !) irlandaises. Je n’ai pas trouvé le personnage sympathique, c’est une femme  pas loin de la folie, qui a purgé une peine de prison à Limerick mais trahit la confiance d’à peu près tout ceux qu’elle croise. On comprend pourquoi à la fin. C’est bouleversant.

J’ai lu Vers Belfast de Joël Schuermans, qui n’est pas une fiction mais un périple à travers les îles britanniques en train. C’était enthousiasmant, drôle et surtout réaliste. Mention particulière quand il décrit les lieux où il atterrit en Ecosse. Normal, l’auteur est belge, d’après ce que j’ai compris en lisant son périple ferroviaire. 😅

Les enfants de Haretz de l’Italienne Rosa Ventrella évoque la période nazie à travers deux enfants juifs tchécolslovaques dont les parents sont enlevés et déportés. Ils traversent une partie de l’Europe pour sauver leur peau.

Mauvaise pioche pour Clara lit Proust de Stéphane Carlier. J’ai trouvé ça à la fois caricatural et artificiel, bref, peu crédible. Je me suis plutôt ennuyée.

Il manque sur la photo La vie secrète des arbres en BD (oups, les auteurs de la BD, c’est qui ?🫣). Mouais, de la difficulté d’adapter un tel livre en BD… On apprend quand même des choses.

Je vous retrouve fin août début septembre après des petits road trips que j’espère salutaires. ⛵️⚓️

Publié dans Littérature américaine, Littérature australienne, Littérature belge, Littérature française | Laisser un commentaire

Une proie trop facile – Yishaï – Sarid

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

J’ai quasiment tout lu depuis un moment pour mon challenge sur la Palestine, il doit m’en rester deux. Mais c’est pour moi l’occasion de lire pour la première fois un auteur israélien : Yishaï Sarid. C’est quelqu’un qui dénonce avec beaucoup d’humour noir les travers de son pays et nous plonge dans l’ambiance de Tel-Aviv. Une proie trop facile existe au format poche chez Babel.

Il s’agit d’une histoire simple mais racontée de manière assez dense. On n’est pas vraiment dans un polar au sens classique du terme. Il n’y a pas de meurtre, le personnage principal n’est pas un flic. C’est plutôt un « roman prétexte » pour scruter la société israélienne dans tout son paradoxe et sa paranoïa.

Nous suivons donc un jeune avocat qui doit mener une enquête alors qu’il est réserviste dans l’armée israélienne, plus précisément dans la police militaire. Déjà, ce n’est pas un statut banal, j’ai mis un petit moment à comprendre…

Il se trouve qu’une jeune soldate accuse un officier reconnu par sa hiérarchie de l’avoir violée. Notre avocat reconverti en détective de police militaire part donc à la rencontre des différents protagonistes et nous dresse un tableau truculent. Des parents de la victime sont des religieux intégristes qui étouffent leur fille, celle-ci est complétement paumée mais pas totalement claire non plus. Le soldat incriminé passe sa vie dans un bunker du Sud-Liban, en mode parano, à traquer le moindre grain de sable qui bouge…

Chaque personnage nous offre sa version des faits à travers l’enquête de l’avocat. On n’est pas trop sûr que chacun soit bien net, bien clair, bien propre sur lui. Franchement, les parents de la fille sont complètement barrés. Je crois que dans cette histoire, on ne s’attache à personne. En tout cas, je n’en ai aimé aucun. Je me suis en revanche pas mal amusée. La fin est particulièrement étonnante, ce qui m’a amenée à revenir quelques pages en arrière en me disant que j’avais raté un truc. Mais la société israélienne est bien, sinon folle, du moins absurde et déboussolante ! C’est en tout cas ce que semble suggérer Yishaï Sarid.

L’auteur ne propose pas un portrait en noir et blanc de son pays, avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants. C’est plutôt du gris pour peindre une espèce de folie généralisée. Son coup de griffe fait mouche. Un pays qui vit au détecteur de mensonge. 🙂

J’ai également bien aimé l’expérience de la promenade dans les rues embouteillées, poussiéreuses et bétonnées de Tel-Aviv mais aussi à l’extérieur, jusqu’au Sud-Liban. L’ensemble ne me donne pas trop envie d’y aller, j’avoue. L’office du tourisme israélien a encore du boulot pour me convaincre.

« Avec les années, on est obligé de s’éloigner de plus en plus de Tel-Aviv si l’on veut une vue dégagée. Avant l’horizon apparaissait juste après Ramat-Aviv. Quand j’étais chez les scouts, il suffisait d’aller dans les dunes au nord de Sdé-Dov pour voir un vrai désert (…) »

« La mer, bleue et déchaînée, a fait une brève apparition sur notre gauche, rapidement cachée par une résidence de vacances en construction. »

« Regardez un peu les villas qu’ils se font construire, a noté Koby au moment où on traversait le wadi Ara, une zone où la concentration de villages arabes était particulièrement dense. Vous avez vu cette petite tour Eiffel ! Ils font tout par eux-mêmes, alors ça leur revient beaucoup moins cher. Il y a quelques maisons dans lesquelles je n’aurais pas refusé d’habiter. Et ils les décorent magnifiquement bien. »

Un auteur à découvrir.

Publié dans Littérature israélienne | Tagué , , | 4 commentaires

La maison aux orangers – Claire Hajaj

Traduit de l’anglais par Julie Groleau

La maison aux orangers de Claire Hajaj fut ma première lecture de mon challenge personnel sur le conflit israélo-palestinien. Je l’ai dévoré !

Pour une fois, je vais me fendre de la quatrième de couverture pour le résumé : « Jaffa, Palestine, 1948. Salim attend impatiemment le jour de ses huit ans. Enfin, il va pouvoir accompagner son père pour la cueillette des oranges, symbole du passage à l’âge adulte. Mais il n’aura jamais cette joie : la guerre israélo-arabe débute et sa famille est obligée de fuir en laissant derrière elle la maison et les orangers. Sunderland, Angleterre, 1959. Judith, douze ans, doit préparer sa Bat Mitsvah. Elle voudrait pourtant oublier son prénom trop connoté, le poids écrasant du passé familial, hanté par les pogroms russes et les camps allemands, et elle se jette à corps perdu dans la natation. Londres, swinging sixties. Lorsque leurs chemins se croisent, Judith et Salim tombent follement amoureux. »

Bizarrement, c’est en cours de lecture que je me suis aperçu que ce roman était une traduction. Allez savoir pourquoi, je pensais qu’il était francophone, ce qui est une hérésie. Mais c’est peut-être aussi parce qu’il y a beaucoup de références à la culture juive et la culture palestinienne et que rien n’est expliqué par une note en bas de page ! Pour les néophytes, je pense que c’est vraiment dommage. La traductrice aurait pu pousser le bouchon un peu plus loin …

C’est d’autant plus dommage parce que l’histoire est à la fois documentée et romanesque. L’autrice montre à merveilles les contradictions des personnages, pris au piège malgré eux. Salim se fait appeler « Sal », il suit Judith, rebaptisée « Jude », à Londres. Mais c’est un type un peu parano, qui pense que tout le monde lui en veut, surtout les employeurs qui le voient comme un Arabe, un Palestinien, un moins que rien : c’est dans sa tête, mais il se coupe l’herbe sous le pied tout seul et du coup se faire renvoyer ou quitte son emploi de lui-même. Il devient aigri et se laisse embobiner par les hommes de sa famille, prêts à en découdre avec les Israéliens. Bref, l’intégration dans le monde des Blancs se passe mal, même à Dubaï où la famille déménage un temps et impacte la vie familiale. Judith et Salim ont en effet deux enfants. Paul est un petit garçon fragile, qui aime les arbres et la danse. Il ne se remettra jamais de la mort d’un citronnier que son père, colérique, finit par arracher. Il se jette à corps perdu dans la danse alors que son père voudrait qu’il apprennent l’arabe. Et pourtant, Judith accepte que les enfants apprennent cette langue.

De son côté, Judith a été victime de l’antisémitisme de ses camarades de classe qui lui font un sale coup en la renommant « Jude », alors qu’elle-même découvre la signification de ce terme trop tard pour sortir la tête haute. De l’autre côté, ses parents sont juifs à l’extrême. Ils sont juifs avant tout et personne ne peut l’ignorer. Un jour, Judith claque la porte du domicile familial. Mais néanmoins elle va regretter son geste. Sa grand-mère, Rebecca, lui laisse une lettre qu’elle ne devra lire que le jour de sa Bat Mistvah qui lui révélera l’histoire de sa famille.

On a un joli portait d’une famille écartelée entre deux cultures. Quand l’un prend le dessus sur l’autre, c’est foutu, tout part en quenouille. La tension s’accentue au fil du roman.

Il faut dire qu’il y a de quoi être en colère côté palestinien car, on apprend, que les Israéliens se sont arrogés de droit, tout seuls comme des grands pourris de se réapproprier les maisons que les Palestiniens avaient abandonnés (ouais, mais ils ne sont pas franchement partis de leur plein gré, mais poussés dehors , à peu près de la même manière que ce qui fait encore l’actualité tous les jours. Il s’agit de la Loi israélienne sur la propriété des absents (1950) : « Un absent est un citoyen palestinien qui a quitté son lieu de résidence habituel avant le 1er septembre 1948 pour un lieu occupé par les forces cherchant à empêcher la fondation de l’Etat d’Israël. Tout droit détenu sur une propriété par un absent devra automatiquement être cédé au Conseil de tutelle pour la propriété des absents ». On imagine sans peine les dérives !!! On les constate encore aujourd’hui. Le sionisme a fait temps de dégât, créé tant de tension, toujours entretenu par des gouvernements israéliens extrêmistes qui ont donné naissance aujourd’hui à des leaders du même acabit côté palestinien. Bref, c’est un pays de fous et de furieux qui fait oublier que les victimes sont des civils. J’aurais peut-être aimé que le roman développe davantage le fond historique, le pourquoi du comment on en est arrivé là.

Si j’ai globalement bien aimé ce page-turner, je trouve que la fin est un peu rocambolesque et peu cohérente. Il y a un revirement de situation dans le couple formé par Salim et Judith peu crédible. On va dire que l’autrice a voulu donner de l’espoir, je pense qu’il y a de cela. Néanmoins, ça paraît artificiel et peu travaillé. C’est dommage.

Bon, on a besoin d’espoir en ce moment, n’est-ce pas ? N’oubliez pas d’aller virer les fachos de ce pays ou de toute façon, ce qui se passera sera non seulement un drame, une perte de la démocratie, un reniement de nos valeurs républicaines, mais également le début d’une période qui sera très très mouvementée. On ne pourra pas leur laisser piétiner la mémoire des résistants et de tous ceux qui se sont battus au fil de l’Histoire pour qu’on vive dans un pays libre. La démocratie est un luxe mais un certains nombre d’abrutis incultes, débiles profonds n’en n’ont pas conscience et l’autre moitié sont des descendants de collabos. Le genre peste brunâtre qui s’éradique si on ne veut pas en crever. Quant à Macron, on peut dire que c’est le Président du Traumatisme qui a permis l’ascension des fachos. Je vous laisse, je vais vomir et dimanche j’irai faire le pompier.

Je vous retrouve aussi bientôt pour continuer à la découverte du conflit israélo-palestinien à travers la littérature. J’ai dévoré Une proie trop facile d’Yishaï Sarid qui ne manque pas d’humour noir et Un détail mineur d’Adani Shibli qui m’a hypnotisée.

Publié dans Palestine | Tagué , | Un commentaire

Le conflit israélo-palestinien en littérature

La triste actualité des derniers mois en provenance du Proche-Orient et le fait d’avoir également vadrouillé au-delà de l’Hexagone et d’avoir vu que les choses ne se passent pas forcément comme en France, où toute opinion exprimée qui fait du tort à Israël est rapidement réprimée, muselée, taxée d’antisémite et d’apologie du terrorisme – ce qui est un comble pour la majorité pacifiste ! C’est un peu facile et n’est en tout état de cause pas un argument mais un manque total de courage. Pour mémoire, vous pouvez noter que la France vend des armes à Israël. Cela donne un début de réponse au pourquoi du comment…

En Irlande, nombre d’auteurs, d’artistes comme Lisa Hannigan, se mobilisent depuis longtemps pour la Paix. A Londres, j’ai vu des manifestations autorisée le week-end, sous haute surveillance, bien sûr.

Bref, tout ça pour dire que j’ai eu envie de découvrir de la littérature palestinienne (ou qui évoque la Palestine) et israélienne, juive, arabe, ou les deux à la fois parfois, de celle qui ne se fige pas, s’engage, mais pas celle de va-t-en-guerre. J’ai choisi des auteurs reconnus. Je me suis heurté à un premier problème : trouver des auteurs palestiniens en librairie en France : mission impossible, pour l’expérience que j’ai faite. Pourtant elle existe et elle est traduite en français. J’ai donc été obligée d’avoir recours au géant « Vilainpasbeau ». Parfois il n’y avait pas de stock papier, donc j’ai acheté des e-books.

J’ignore où cette aventure littéraire va me mener, mais vous en entendrez parler dans les mois qui viennent. Je ne me suis pas mis de dead line (j’ai déjà assez de charge mentale en ce moment pour ne pas m’en ajouter ! 🙂 ) .

Claire Hajaj est née en 1973 à Londres, d’une mère juive anglaise et d’un père palestinien. Elle travaille pour l’ONU dans les zones de guerre. La maison aux orangers (Ishmaeus Oranges) a paru en français en 2018.

Hubert Haddad est né à Tunis en 1947 d’une famille judéo-berbère. Il a reçu nombre de prix, dont le Prix Renaudot du livre de poche en 2009 pour Palestine.

Yishaï Sarid est un auteur de polars israélien né en 1965 à Tel-Aviv. Il a obtenu le Grand Prix de la littérature policière en 2011 pour Le poète de Gaza. Il est le fils du militant pour la paix Yossi Sarid. Il est procureur. Une proie trop facile est traduit de l’hébreu.

Adania Shibli est une autrice palestinienne née en 1974. Elle vit à Berlin et écrit en arabe. Elle a obtenu un prix en 2001. Un détail mineur, est un texte tiré d’une histoire vraie qui s’est déroulée en 1949. Lors de l’édition de la Foire du livre de Francfort d’octobre 2023, elle aurait dû recevoir un prix pour ce livre mais en raison du conflit, on ne lui a pas remis

Donc raison de plus pour la lire !

Susan Abulhawa est une journaliste née en 1970 dans un camp de réfugiés palestiniens au Koweit. Elle est palestino-américaine, militante des Droits de l’Homme. En 2002, elle visite le camp de réfugiés palestiniens de Jénine en tant qu’observateur international. Elle vit en Pennsylvanie. Les matins de Jénine est un best seller.

Voilà donc pour mon programme. Si vous voulez vous joindre à moi, you’re welcome !

Je termine La maison aux orangers et vous en parle prochainement.

Publié dans Palestine | 4 commentaires

Un fantôme dans la gorge – Doireann Ni Ghriofa

Traduit par Elisabeth Peelaert

La meilleure lecture de mon mois de mai a été sans conteste cette pépite, Un fantôme dans la gorge de Doireann Ni Ghriofa que j’ai aperçu mille fois dans les librairies dublinoises dès 2021 lorsque j’ai pu retourner dans le pays. Je me disais qu’il allait certainement être traduit en français, donc je ne l’avais pas acheté. Les années ont passé et : RIEN ! Et puis, c’est vraiment par hasard que j’ai appris sa parution en France au mois d’avril 2024. Merci aux Editions du Globe d’avoir eu cette idée. Franchement quand je vois le retard que l’on a pris pour de nombreux livres irlandais carrément géniaux… Il n’y a pas que Sally Rooney et Maggie O’Farrell dans la vie ! Où est passé Donal Ryan, sérieux ? Il y a pourtant 2 livres publiés depuis longtemps en Irlande, dont le fameux Strange Flowers où je me disais qu’il serait traduit avant que j’ai fini de le le lire : ben même pas ! Il y a aussi Louise Nealon, autrice du populaire et acclamé Snowflake, que finalement je ne regrette pas d’avoir acheté puisqu’il ne paraît pas dans l’Hexagone. Voiilà pour le petit coup d’humeur… 🙂

Revenons à notre fantôme… La narratrice est une femme au foyer dans l’Irlande d’aujourd’hui, occupée par les tâches quotidiennes d’une famille de la classe ouvrière. Sa charge mentale l’occupe à tel point qu’elle fait des listes sur les choses quotidiennes et répétitives à faire et les raye consciencieusement, avec satisfaction, une fois que c’est du passé. Mère de plusieurs enfants, enceinte du quatrième, son quotidien la satisfait, elle est d’un dévouement totale à son rôle de mère et d’épouse. Elle allaite ses enfants et utilise même un tire-lait pour envoyer son lait à d’autres qui n’ont pas cette chance, via un système qui existe en Irlande.

« Il y a des matins, quand je me sens particulièrement fatiguée. où je me laisse aller à rêver un peu, à passer dix minutes sur un livre de bibliothèque, mais aujourd’hui, comme tant d’autres jours, je prends ma photocopie usée de Caoineadh Art Ui Laoghaire, et j’invite la voix d’une autre femme à hanter ma gorge un moment. C’est de cette façon que je remplis le seul petit silence de ma journée, en montant le volume de cette voix et en la mêlant au ronron sifflant de la pompe, jusqu’à ce que mon oreille occulte tout le reste. Dans la marge, mon crayon entame un dialogue avec de nombreuses versions antérieures de moi-même, une transcription de pensées flottantes dans laquelle chaque point d’interrogation s’attache à la vie de la poétesse auteure du Caoineadh , mais n’interroge jamais la mienne. Après plusieurs minutes, je reviens à moi tout étonnée, devant le tire-lait débordant de liquide pâle et tiède.

Quand nous nous sommes connues, j’étais enfant et elle, morte depuis des siècles. »

C’est à la découverte de cette femme ayant réellement existé que nous emmène la narratrice. Nous lui emboitons le pas car plus le temps passe, plus cette femme 18e siècle l’obsède ainsi que d’un chant funèbre, Caoineadh, dont elle est l’autrice. Caoineadh est né d’une histoire d’amour tragique entre Eibhlin Dubh Ni Chonaill et Art O’Laoghaire. Nous plongeons dans l’histoire de l’Irlande, sur la trace des O’Connell. Cette femme au foyer nous faire rêver par ses découvertes de chercheuse néophyte. Ses recherches vont totalement l’absorber et finalement lui faire prendre conscience qu’à un moment donné, elle devra rendre sa liberté à cette femme devenue un fantôme obsédant qu’elle harcèle, qu’il faut tourner la page, passer à autre chose. Cette femme oubliée au détriment du héros qu’est son amant, gardera une partie de son mystère. Une naissance prématurée et le risque pour le bébé vont être un fil ténu entre le passé et le présent.

Reprenant pied dans sa réalité de femme au foyer, avec entre-temps un enfant supplémentaire et un mari qui lui dit stop, je vais me faire stériliser, elle encaisse le choc, mais son pas de côté dans son quotidien à travers sa recherche aura changé la perception de sa vie et de sa vie de couple.

« Malgré la violence de mon refus, je sens pourtant que je ne peux plus le désavouer. Cette décision et la douleur physique qu’il s’est infligée en passant à l’acte sont un cadeau étrange. Non seulement il se libère, mais par cette coupure, il me libère aussi. Ne plus pouvoir tenir un nourrisson dans mes bras me permettra peut-être de faire grandir autre chose – que je n’imagine pas encore. »

Si comme moi vous êtes du genre à partir vous promener à la recherche d’un monde disparu dans des lieux improbables, ce livre est pour vous ! Kilcrea est maintenant un endroit qui n’est plus tout à fait comme les autres.

Par ailleurs, Doireann Ni Ghriofa redonne ses lettres de noblesse à une poétesse oubliée du monde des hommes et la rend accessible aux lecteurs.

Un récit féminin et féministe, subtil, superbement écrit. Et la cerise sur le gâteau est l’intégralité du poème traduit du gaélique en français accessible à la fin de l’ouvrage. Parfois, j’ai souri à sa lecture. Oui, c’était une femme de caractère :

« ô mon bien-aimé, hardi !
Lève-toi maintenant, allez, debout,
rentre à la maison avec moi, main dans la main,
je ferai tuer des boeufs (…) »

(je la voyais bien tapant du pied, lui disant, ça suffit, arrête de faire l’andouille… tant elle ne peut évidemment accepter la réalité de sa mort).

Ce livre est un coup de coeur. Un peu difficile à résumer mais faites l’expérience de sa lecture et vous m’en direz des nouvelles !

NB : désolée pour les accents irlandais, mais je n’ai toujours pas trouvé comment les mettre avec un clavier français.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 2 commentaires

Lecture de deux BD qui valent le détour !

Ces derniers temps, je me suis remise à lire des BD et romans graphiques.

En voici deux qui valent le détour : une dont tout le monde a entendu parler : Algues vertes, l’histoire interdite , d’Inès Léraud (journaliste) et Pierre Van Hove (illustrateur) et Jours de sable d’Aimée de Johgh qui se déroule en 1937 pendant la Grande Dépression.

La majorité des Français ont entendu, vaguement (oups, c’est pas un jeu de mots !) parler de cette histoire de pollution aux algues vertes sur les côtes bretonnes, sans pour autant connaître la réelle ampleur du désastre et le scandale d’Etat à la clé de tout ça. Je viens de passer six mois de ma vie en Bretagne, mais, même si je connaissais l’existence de cette BD sortie en 2021 et le film qui en a été tiré, je n’avais pas encore trouvé l’occasion de me plonger dedans. Si j’ai eu du mal avec le style graphique, je dois dire que tout le reste l’a emporté au fur et à mesure que la colère grandissait en moi. Cette BD est une tuerie (encore une fois, sans jeu de mots ! 🙂 ) Une histoire juste dingue et scandaleuse qui dure depuis plus de quarante ans. A ce jour, il y a eu pas moins de quarante animaux morts et trois humains. Mais ce ne sont que les chiffres officiels car pendant des décennies, les gouvernements successifs et leur bureaucratie ont mis l’histoire sous le tapis, trouvant de motifs de santé défaillante aux personnes décédées ou animaux. Le tout au nom du tourisme, du lobby de l’industrie agro-alimentaire et de l’agriculture intensive (les deux dernières étant liées). Aujourd’hui, l’Etat a reconnu une partie des faits. Mais on se contente de mesurettes, on ramasse les algues… L’industrie agroalimentaire s’en fiche. Les éleveurs produisent des porcs et poulets en batterie essentiellement pour l’exportation. Le lisier continue à produire du nitrate qui pollue indéfectiblement le sol, les rivières et la mer et favorise la prolifération des algues vertes qui elles-mêmes produisent de l’hydrogène sulfuré mortel à une certaine dose…. Annexes, repères et documents sont disponibles à la fin de l’ouvrage. Je n’ai pas encore vu le film mais ça ne saurait tarder ! Une lecture impérative .

La solution est dans les réflexes de consommateur. C’est compliqué, pas à la portée de toutes les bourses mais malheureusement il faut en passer par là, c’est à peu près le seul moyen qu’on a, chacun à notre niveau. Trop de gens n’ont pas les moyens, certes, mais surtout s’en fichent complètement de manger du caca, n’ont pas conscience que cela leur filera, plus tard, un cancer dans le meilleur des cas…

Dans un autre genre, mais encore une histoire vraie, Jours de sable met en avant un phénomène méconnu.

Traduit par Jérôme Wicky

Remarque : le titre en français est à côté de la plaque, parce que tout le long de l’ouvrage, on nous explique qu’il ne s’agit pas de sable mais de poussière !

En 1937 aux Etats-Unis, John Clark, jeune photographe est engagé par un organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission est de témoigner, grâce à la photographie, de la vie de ces fermiers dans ce qu’on a appelé le Dust Bowl, situé en Oklahoma, Kansas et Texas. Cette région vit une sécheresse depuis plusieurs années. Des tempêtes de poussières spectaculaires rendent la vie impossible et plongent les habitants dans la misère quand ce n’est pas la mort car il s’agit d’un phénomène dangereux pour la santé. Les plus chanceux arrivent à migrer vers la Californie.

C’est passionnant, très documenté. Il y a de nombreuses photos. Cette sécheresse va durer dix ans alors qu’avant la région était verdoyante. On apprend également ce qui, cumulé à la sécheresse, a déclenché la naissance des tempêtes de poussière : l’agriculture intensive.

J’ai aimé les dessins très travaillés qui rendent bien l’ambiance.

A découvrir absolument aussi !

Publié dans BD | Tagué , | 4 commentaires

Compte et page Facebook piratés

Je ne sais pas comment c’est possible après  plus de 15 ans tranquilles, de se faire pirater son compte et (du coup) sa page Facebook. Mais voilà : c’est ce que me dit Facebook.  Je n’ai aucune visibilité puisque l’ensemble a été bloqué. Je vais devoir tout recréer, la Page et ses 237 abonnés… Mais aucune énergie pour ça tout simplement parce que c’est impossible. Je ne tiens pas non plus à donner toutes les infos que me demande Facebook (faudrait vraiment être stupide pour le faire).

Voilà pour l’info dont je me serais bien passée. Alors il reste, la boîte mail, Instagram et  ICI !😍 On a commencé sans les réseaux sociaux, après tout. Et pour ce qu’est devenu FB (le néant), ben laissons tomber.

Je reviens bientôt pour vous parler BD et nouveaux romans irlandais.

Publié dans blabla | 7 commentaires