"Partout des livres. Sur les étagères et sur le petit espace au-dessus des rangées de livres, et par terre, sous les chaises, des livres que j'ai lus, des livres que je n'ai pas lus…" (Edna O'Brien – Fille de la campagne)
Nous suivons pendant 3 mois, entre juin et août 1994, la vie de Maeve, 18 ans, qui vient de terminer ses études secondaires et espère intégrer l’université de Londres. Comme ses deux copines Caroline et Aoife, elles rêvent de quitter l’Irlande. Maeve et Caroline ont grandi à Belfast et viennent d’un milieu modeste. Aoife est issue d’un milieu plus aisé et a passé son enfance dans « le Sud », comprendre la République d’Irlande.
Toutes les trois décident de travailler pour avoir des économies pour leur vie rêvée de future étudiante. C’est ainsi qu’elles sont embauchées par Andy, proprio rosbif de la fabrique de chemises de Belfast, elles se mettent en coloc dans un appart et c’est parti pour la vie d’ouvrière du textile. L’occasion de fréquenter la communauté des « réformés », dans cette Irlande du Nord qui sort à peine d’une guerre civile de 30 ans, le lendemain des Accords de paix de 1993. C’est un peu plus joli sur le papier qu’en réalité, bien évidemment.
J’ai dévoré ce bon pavé de 350 pages qui nous plonge dans la vie quotidienne des ouvrières et ouvriers de Belfast où les préjugés sont encore tenaces mais où, malgré tout, quand ça commence à sentir le roussi et que le patron rosbif commence à vouloir enfler tout le monde, la solidarité voit le jour.
Il s’agit également d’un très chouette roman d’apprentissage et de sonorité. Maeve est une jeune fille au caractère bien trempé, qui rêve de devenir journaliste et n’a pas sa langue dans sa poche pour dire ce qu’elle pense sans détour ! Elle en a bavé, sa famille en a bavé, il se passe un truc pas cool pour elle à la fin, une injustice mais qui finalement sera un coup de pied au cul ultime pour aller vers la lumière (on espère, y aura-t-il une suite ?).
La vie est rude à Belfast mais qu’est-ce que j’ai ri ! Il y a des moments où Michelle Gallen « se lâche » sans prévenir : attention à la crise de fou rire en public !
Les personnages sont magnifiquement incarnés et attachants. J’ai eu du mal à quitter Maeve, Fidelma et les copines de l’usine.
J’ai aimé la justesse du ton et le fait que cette petite Maeve à la grande gueule s’en sorte haut la main, mettant à rude épreuve son amitié avec Aoife, malgré elle. La jalousie fait des massacres… mais ce roman est un beau pied de nez au « tu es bien né, tu iras dans les meilleures écoles ».
Un roman qui aborde donc des thèmes comme le déterminisme social, l’amitié, la solidarité et l’injustice. J’espère vraiment qu’on pourra suivre la suite des aventures de Maeve.
Voilà pour une petite chronique écrite rapidement.
Mon deuxième coup de coeur irlandais2025 après l’inoubliable roman de Paul Lynch. Cela va sans dire que je vous conseille ce roman.
J’ai tellement lu et tellement pas chroniqué en février que j’ai décidé de faire une chronique globale, en ajoutant même un roman lu en janvier. Et, franchement, mon année littéraire est fantastique : je n’ai globalement que des bonnes voire très bonnes pioches, hormis une déception. Il s’agit de choix personnels, influencée par personne et rémunérée par personne pour le faire. Sans aide d’intelligence artificielle non plus ! 🙂 A l’heure où l’on ne sait plus qui fait vraiment quoi et pour quoi il le fait sous des apparences anodines, il n’est pas inutile de le rappeler.
Bref, voilà l’état des « dégâts » ! Je n’ai pas compté le nombre de pages que cela fait, mais c’est pas mal pour un mois de 28 jours et un livre terminé le 31 janvier. J’ai varié les plaisirs, mais les addicts à la littérature irlandaise repérerons au moins 3 ouvrages !
En janvier, j’ai lu Son odeur après la pluie de Cédric Sapin-Defour, un roman que je voyais partout partout partout depuis sa sortie en grand format, ce qui a toujours un effet ambivalent sur moi car je sais parfaitement que ce n’est pas forcément les meilleurs réussites du moment. Pourtant, quelque chose m’attirait : un chien et un homme et aussi une odeur de montagnes et de vadrouille. Sorti en poche , l’occasion de tenter l’expérience. Je sors quand même de ma zone de confort, n’étant pas une grosse fan de la race canine, exception faite des très gros chiens (mais pas les molosses). Un bouvier bernois, j’en croise un une fois par semaine, un gros patapouf qui fait semblant de monter la garde devant la porte d’un pavillon : impressionnant mais une crème. Bref, ce fut une excellente surprise ce récit. Le narrateur raconte comment il a rencontré Ubac, récupéré chez une dame après avoir lu une annonce. A l’époque, il est célibataire, il adopte ce chiot. On suit son évolution, sa vie, celle inévitablement de son propriétaire qui trouve aussi une autre âme soeur, bien humaine, elle. Ubac devient un peu l’enfant de cette famille hors norme, un couple de baroudeurs qui ont décidé de retaper un chalet. On se promène en montagne et en campagne, c’est une belle bouffée d’air loin du tohu-bohu du monde. Et puis, Ubac voit un jour arriver une soeur nommée Cordée (LOL, vous aurez compris dans quel environnement se passe cette histoire). Et un jour il sera papa d’une petite Frison ! 🙂 On se laisse emporter tranquillement par les chemins de traverse et les bêtises animales. Il s’agit d’un roman lumineux, sans gagatisme ni mièvreries, Du Nature Writing aux poils de chien. Par la même occasion, j’ai découvert la jolie plume d’un auteur itinérant.
Puis j’ai continué ma route au Royaume-Uni, en particulier sur le South West Coast Path, avec Le chemin de sel de l’autrice (galloise ?) Raynor Winn (traduit par Marc Amfreville) qui est un coup de coeur ! Bien que cela ne soit pas officiellement indiqué, il semble qu’il s’agisse d’un récit autobiographique. Moth, l’époux de « Ray », la narratrice, est atteint d’une maladie neurologique incurable, selon les médecins. Et comme la malchance n’arrive jamais seule, il se trouve que qu’à la suite de la trahison d’un ami, la maison du couple est saisie et ils sont expulsés. Ils deviennent donc du jour au lendemain SDF. Ray et Moth décident alors de faire le South West Coast Path, soit 1031 kilomètres de chemin de grande randonnée au sud-ouest du Royaume-Uni (la 4e de couverture parle de sud-ouest de l’Angleterre, ce qui est une erreur : n’allez pas dire aux « Cornish », qu’ils sont anglais ! ). J’ai adoré ce livre pour tous les paysages traversés mais aussi son aspect critique sociale bien sentie. La narratrice nous conte aussi souvent l’histoire des lieux traversés, on apprend une foule de choses, ou comment le gouvernement britannique a mis en place une usine de fabrication de gaz sarin, qui a fait plusieurs centaines de victimes chez les ouvriers, et comment il a rechigné à reconnaître la vérité jusqu’à être acculé ; l’interdiction toujours en vigueur de mendier ou de dormir dehors en Angleterre et au Pays de Galles, l’interdiction de faire du camping sauvage, etc. Le tourisme de masse et ses dérives en tout genre, notamment sur l’environnement est également pointé du doigt. J’ai revu avec bonheur des lieux traversés, le site supposé du château du Roi Arthur où j’ai fait une randonnée il y a quelques années et le fameux Land’s End où finalement j’avais eu beaucoup de chance de n’y trouver pas grand monde. J’avais peur que ce livre parle de maladie tout le long, que ce soit un tire-larmes. Que nenni ! En revanche, il montre les bienfaits de la marche sur le moral, le cerveau, l’effet positif sur la santé et la maladie. C’est une belle histoire de « résilience » (j’aime pas trop ce mot, mais bon). Enfin, j’ai apprécié l’humour, la présence de la littérature de marche (le couple part avec le livre de Paddy Dillon dédié à ce sentier de grande randonnée, ce qui donne des moments croustillants). Ma plus grande surprise a été de voir débouler Seamnus Heaney via la traduction du Beowulf . Enfin, marcher, c’est forcément l’occasion de croiser des gens. Le couple n’est pas déçu du voyage et nous non plus ! 🙂 . Je vous conseille vivement ce best-seller !
J’ai lu La nuée des âmesde Mike McCormack (traduit par Nicolas Richard) : ma lecture la plus énigmatique. Je me suis laissée embarquer dans une drôle d’histoire. Celle de Nealon qui rentre chez lui après une longue absence, dans une maison vide et son smartphone qui ne cesse de sonner. Une voix mystérieuse semble tout savoir de lui. Je me disais, « laisse tomber, bloque le numéro, ne répond plus aux appels ». En fait, il m’a agacé ce personnage qui se laisse faire. Je n’ai pas trop compris pourquoi il répond. En tout cas on peut dire que l’ambiance est plutôt angoissante, surtout quand finalement, il décide de rencontrer son harceleur. Qui perd ou gagne, telle est la question. Une ambiance de thriller psychologique, j’ai passé un bon moment même si la fin me laisse un peu perplexe.
J’ai lu le roman graphique Americana du dublinois Luke Healy (traduit par Basile Béguerie) qui est une petite merveille qui vous emmène avec lui faire l’expérience du Pacific Crest Trail, sur les pas, entre autres de Cheryl Strayed (Wild). L’auteur raconte ce qui l’a poussé dans cette expérience : son amour irraisonné pour les Etats-Unis, où il est parti ensuite faire des études de bandes dessinées, avant de se faire jeter car ses papiers n’étaient plus renouvelables, biberonné dès son plus jeune âge à la culture américaine qui fascinait toute l’Irlande des années 90. Bref, il se lance dans ce trek de haute volée de façon un peu inconsciente, sans même être ni spécialement sportif, ni spécialement entraîné. Je me suis régalée ! On vit toute sa souffrance, ses galères, ses moments de désespoir, ses bosses, ses plaies, ses ampoules, les paysages du sud de la Californie au sud du Canada. On intègre le monde un peu particulier des randonneurs au long cours, des amitiés se nouent, même si elles seront sans lendemain, des moments de l’instant, des surnoms (ouais, les randonneurs au long cours qui finissent pas se croiser et se recroiser pendant des centaines de milliers de kilomètres, se donnent des surnoms)… Le tout n’était pas gagné avec un graphisme en blanc, beige, noir et des dessins pas forcément très travaillés au premier abord, mais cela a vraiment fonctionné à merveille. Ce roman graphique est vendu 12€ : raison de plus pour ne pas s’en priver, c’est un bijou de 332 pages.
J’ai lu Les étoiles, la neige, le feu de l’Américain John Haines (traduit par Camille Fort) : du pur nature writing dans la droite ligne de Walden de H. D. Thoreau, ou l’expérience immersive écrite des années après les faits de 25 ans en Alaska à la fin des années 40 où l’auteur vit de sa chasse, de sa pêche, de ce que veut bien lui donner la forêt. On n’échappe à rien, certainement pas aux scènes de chasse et de dépeçage du gibier. Certaines scènes choqueront sans doute les vegans mais c’est l’occasion de rappeler qu’avoir le choix de ce qu’on mange ou pas est celle d’une vie aisée. Il y a une scène truculente avec une grizzly, une histoire de cuisson du porc-épic. J’ai bien aimé, c’est joliment écrit malgré quelques longueurs sur la fin. Ce livre date de 1989, il a initialement été publié en français sous le titre Vingt-cinq ans de solitude.
J’ai lu Epoque, de Laura Poggioli qui voudrait traiter de l’addiction de la jeunesse et des moins jeunes aux écrans. C’est un « romdoc » (roman documentaire). Qu’est-ce que je me suis ennuyée !!! L’écriture est sèche, c’est une expérience dans un hôpital psychiatrique dans un service dédié à l’addiction. Ce côté était assez intéressant et pas mal angoissant pour le futur (il suffit de regarder les zombies du smartphone dans les transports parisiens pour flipper de toute façon). Ou comment certains jeunes parviennent à ne plus manger, ne plus sortir de chez eux, avoir une phobie de l’extérieur par excès de virtuel en tous genres, comment les mauvaises rencontres peuvent survenir. Malheureusement, ce livre traite davantage du harcèlement de la narratrice par un médecin de famille pervers narcissique avec qui elle a eu une liaison, qui va tenter de détruire sa vie, son mariage, sa famille, en piratant son téléphone. Sauf que ça prend trop le dessus sur le reste du documentaire. Cela finit par devenir chiant, soyons clair. C’était too much. Puis il y a un côté « c’était mieux avant » qui m’a saoulée. Il y a toujours du positif et du négatif. J’aurais aimé qu’on parle du côté positif d’internet, des smartphones qui ont simplifié quand même pas mal de choses. Bref, ce n’est pas un livre très objectif, même si on ne peut pas lui enlever la réalité de l’aspect documentaire, qui est réel. Ma déception du moment.
Enfin, j’ai lu Entre leurs mains d’Annelise Heurtier qui traite des couvents de la Madeleine en Irlande. Un roman jeune adulte très bien documenté, une histoire rondement menée, une plume agréable, j’ai passé un bon moment même si personnellement je n’ai rien appris de nouveau sur le sujet. En revanche, je n’ai pas compris la mention de l’avertissement en début d’ouvrage indiquant que ce roman « comporte des scènes qui évoquent le viol, la maltraitance physique ou psychologique, ainsi que le suicide » car c’est écrit avec subtilité, évitant les scènes crues et traumatisantes, justement, sans pour autant éluder les faits. De même que la mise en garde sur le point de vue du personnage de Finegan. Un jeune lecteur pas trop idiot l’aura compris sans cette mention, d’autant que le personnage évolue positivement. Bref, rien de traumatisant dans ce roman jeunesse, si ce n’est de se confronter à la réalité de la société irlandaise d’une certaine époque. Les jeunes lisent des choses beaucoup plus trash il me semble à travers les dark romance etc.
Voilà pour le bilan de lecture. J’ai entamé hier Du fil à retordre de l’autrice nord-irlandaise Michelle Gallen. A suivre ici même bientôt. 🙂
Jeudi, j’espère arriver à aller écouter Hugo Hamilton au CCI (ouiiii , himself !). Un de mes auteurs chouchoux dont il me reste uniquement Berlin sur la Baltique à lire. J’ai dévoré tous ses autres romans ou polars il y a déjà un moment.
On est presque mi-février, j’ai déjà lu deux des romans de la rentrée littéraire irlandaise parus en janvier. Je m’apprête bientôt à entamer la troisième et je n’ai toujours pas écrit la chronique désormais légendaire sur la littérature de mon pays adoption. 🙂 Je me lance donc, sachant que j’ajouterai sans doute quelques parution au fil du printemps.
Hormis Le Chant du prophète de Paul Lynch dont j’ai déjà parlé…
voici les parutions repérées :
Le deuxième roman de Mike McCormack, La nuée des âmes (traduit par Nicolas Richard) que j’ai terminé il y a une dizaine de jours .
« Lorsque Nealon rentre chez lui, sa maison est vide et son téléphone se met à sonner. L’homme au bout du fil prétend le connaître, il aimerait le rencontrer pour discuter face à face. Mais alors que Nealon s’apprête à mettre fin à cette discussion absurde, le mystérieux interlocuteur lui fait comprendre qu’il est actuellement en train de l’observer. Qu’il devrait éviter de rester ainsi, assis dans le noir. À partir de ce moment, l’homme ne va plus arrêter d’appeler Nealon pendant que celui-ci erre de pièce en pièce dans cette maison devenue étrangère. Un lieu presque vide mais qui cache pourtant les souvenirs d’une vie déjà lointaine : sa femme Olwyn, leur fils Cuan, la routine d’une famille avant que Nealon ne soit arrêté et mis en prison. Le téléphone sonne à nouveau, l’homme semble connaître tous les détails de ce quotidien brisé. Les disputes du couple, les motifs de l’incarcération, puis la libération après l’acquittement. Nealon nie en bloc même s’il est intrigué, et il accepte finalement de le rencontrer pour en savoir plus. Cependant, alors qu’il est en voiture pour le retrouver, un flash à la radio annonce une attaque terroriste imminente sur le sol irlandais. Est-ce vraiment une coïncidence ? La vérité peut éclater à tout moment, surgir du hasard ou du plus profond de nos âmes, ou encore de la longue discussion que Nealon se prépare à avoir avec l’étrange inconnu. »
C’est également le retour de la Nord-Irlandaise Michelle Gallen, avec également un deuxième roman, Du fil à retordre, (traduit par Carine Chichereau) qui sera présente à Paris à la librairie Gallimard mercredi 12 février (voir le site de la librairie ou de l’éditeur pour en savoir davantage). J’avais beaucoup aimé son premier roman Ce que Majella n’aimait pas, donc je me suis procuré le deuxième.
« 1994. Maeve, dix-huit ans, habite une petite ville pauvre d’Irlande du Nord et vient de passer l’équivalent du baccalauréat. À la fin de l’été, elle connaîtra ses résultats et saura si elle entre ou non dans l’université londonienne qui l’a pré-acceptée. Partir pour Londres, c’est s’éloigner enfin de sa ville pourrie. Maeve trouve un job à l’usine de chemises de la ville, dont le séduisant patron anglais est réputé pour harceler ses jeunes employées. Elle découvre l’épreuve physique et mentale du travail (repassage toute la journée, rythmé par les pauses clope et les pauses thé-biscuits), mais aussi la solidarité ouvrière. »
Un autre roman, de teneur irlandaise mais pas du tout d’autrice irlandaise, catégorie jeunesse/jeune adulte : Entre leurs mains, d’Annelise Heurtier dont j’ai déjà lu plusieurs romans jeunesse il y a quelques années. Le roman qui évoque le désormais thème rebattu, pour les amateurs de littérature irlandaise, des Magdalen Sisters dont on ne parlera certes jamais assez, en mémoire de toutes celles qui ont péri dans ces couvents d’un genre un peu particulier, c’est le moins qu’on puisse dire (cf. le film éponyme de Peter Mullan sur le sujet, également). Je suis curieuse de voir ce qu’apporte de plus ce roman, comment il est traité par l’autrice. Je devine entre les lignes. Il me semble avoir été contactée par l’autrice également, si je me souviens bien.
« Elles affirmaient que c’était la seule façon de chasser le Malin qui s’était installé en nous. » C’est l’histoire de Deirdre, de Sinead, de milliers de jeunes Irlandaises enfermées derrière les murs d’un couvent. C’est l’histoire de ces femmes condamnées pour avoir eu le tort d’être la proie des hommes. C’est l’histoire d’un jeune homme qui écoute et prend conscience qu’il porte en lui la même violence. C’est l’histoire de la lumière au milieu de la souffrance. Inspiré de l’histoire vraie des Couvents de la Madeleine, l’un des plus grands scandales de l’Irlande du 20ᵉ siècle. »
Vient de paraître une réédition d’un roman semi-autobiographique de John McGahern, Journée d‘adieu qui semble bien tentant !
« D’inspiration largement autobiographique, Journée d’adieu reprend des thèmes familiers aux lecteurs de McGahern : l’épreuve traumatisante de la mort de sa mère, partie trop tôt ; les absences fréquente du père gendarme ; les années d’apprentissage débouchant non pas sur la prêtrise, comme le souhaitait sa mère, mais sur l’enseignement. Parti à Londres pour une année sabbatique après quelques déboires sentimentaux et surtout avec le besoin d’échapper à l’emprise étouffante de la religion, le narrateur y épouse, civilement, celle qui deviendra la femme de sa vie. »
Autre parution de février, le troisième roman du Nord-Irlandais David Park, Rappel à la vie (traduit par Cécile Arnaud). Le deuxième roman est toujours quelque part sur mes étagères, je l’ai reçu alors que je résidais à Nantes, autant dire que je n’avais pas eu le temps de le lire et ensuite, dans le charivari du retour, il a largement été oublié (shame one me ! 🙂 ) . J’avais bien aimé le premier qui se passait un jour de tempête de neige, de mémoire…
« Depuis la mort de sa femme, Maurice traîne chez lui en se nourrissant de malbouffe et ne vit plus que pour sauver sa fille d’un conjoint violent. Mais en attendant qu’elle accepte son aide, il décide de rejoindre un programme de running, « Du canapé aux 5 kilomètres », histoire de reprendre le dessus et d’être capable, le moment venu, d’envoyer son poing dans la figure de son gendre. Vêtu de son maillot demi-zip Fusion Pro bleu roi à séchage rapide (taille XL) flambant neuf, il retrouve chaque semaine un groupe de coureurs presque aussi amateurs que lui. Parmi eux, Brendan et Angela, qui n’attendent pas la même chose de leur mariage à venir mais peinent à se l’avouer ; Yana, réfugiée syrienne qui court depuis son enfance dans un pays en guerre ; ou encore Cathy, bibliothécaire divorcée, soulagée d’avoir échappé à un pépin de santé. Unis par le sentiment d’un rappel à la vie, tous se mettent en mouvement, bravant doutes et intempéries. Dans ce court texte écrit pour la BBC, dont les personnages ne sont pas sans rappeler ceux de Ken Loach, David Park radiographie la société irlandaise et souligne son sens de la communauté. »
A paraître le 5 mars, le premier roman de Colin Barrett, Fils prodigues (traduit par Charles Bonnot) « Gabe et Sketch, deux petits escrocs du comté de Mayo, enlèvent Doll English, le jeune frère d’un homme du coin qui leur doit quelques milliers de dollars pour dette de drogue. Ils se terrent le temps d’un week-end chez Dev, âme sensible et introvertie dont la ferme isolée constitue l’endroit idéal où attendre la rançon. Dans cette Irlande prolétaire où les rêves s’effilochent avant même qu’on n’y croie, Colin Barrett capture avec grâce la mélancolie des vies minuscules. Portrait d’une poignée d’âmes en peine et d’une génération perdue, ce roman contient autant d’amour et d’humanité qu’un film de Ken Loach, et nous touche au coeur. Sélection du Booker Prize 2024. »
Bref, que de tentations ! Lequel vous fait le plus envie ?
Mon année littéraire commence en tout cas très bien : je n’ai lu que des excellents romans jusqu’à présent. Je suis en retard dans les chroniques. Je suis actuellement en vadrouille littéraire dans le Sentier de Grande Randonnée sur Sud Ouest (du Royaume-Uni), avec Laroute de sel de Raynor Winn , portrait social au vitriol mais aussi Nature Writing qui est un bonheur à la fois de souvenirs de promenades et de grand air iodé qui vous requinquent d’une journée de travail harassante avant de rechausser vos godillots de randonnée, ce qui ne saurait tarder me concernant. Vivement !
Edit du 8 mars : Un nouveau roman de DonalRyan à paraître le 30 avril : Lavieestunechose étrange 🤩 Bizarrement, la couverture est disponible sur Amazon le Cafteur mais pas sur le site de l’éditeur, donc ça peut changer ! 😉 Je m’attendais plus ou moins à cette nouvelle publication vu le succès en Irlande.
Juno et Legs de Karl Geary est déjà en librairie. J’ai envie de lire ce roman, je n’étais pas très emballée par le sujet de son premier roman que je n’ai pas lu, du coup, mais j’ai peut-être tort… Traduit par Céline Leroy : « Deux gamins dans le Dublin des années 1980. Les adultes boivent ou cognent, les enfants trompent l’ennui dans la délinquance, et la pauvreté façonne inexorablement le destin de Juno. Pourtant, lorsqu’elle se lie d’amitié avec Legs, tout change. La dureté est toujours là mais ils créent ensemble un espace protégé où ils parlent, rient, imaginent d’autres horizons possibles. »
Edit du 14 mars : La route de la côte d’Alan Murrin, nouveau venu des lettres irlandaises dans les librairies de l’Hexagone est disponible depuis le 5 mars.
« Dans la petite bourgade d’Ardglas, sur la côte ouest magnifique et sauvage du nord de l’Irlande, tout se sait. La nouvelle se répand donc vite lorsque Colette Crowley, une poétesse qui a suivi un homme marié à la capitale, revient au village. Elle s’installe dans un cottage sur la propriété de Dolores, elle-même mère de famille épuisée qui, comme le reste des habitants, considère sa locataire avec méfiance.Alors que le divorce est encore illégal en Irlande dans les années quatre-vingt-dix, Colette est tiraillée entre le poids du passé et la liberté qu’elle a conquise. Seule Izzy, une femme au foyer en froid avec son époux, accepte de lui tendre la main.Malgré les contraintes d’une société étriquée, les trois femmes vont tenter de se forger leur propre destin. »
Mon année littéraire commence de manière fracassante avec la lecture d’un chef d’œuvre, le terme n’est pas trop fort et je n’ai pas du tout été influencée par le bandeau de couverture.😊 J’ai terminé hier le monumental Chant du prophète de Paul Lynch et je me sens orpheline. Tout ce que j’ai lu avant est comme balayé. Juste avant j’avais lu Undimanche du souvenir de Darragh McKeon : ciao, je me rappelle à peine de quoi ça parle (j’exagère à peine). En tout cas, je sais que je me rappelerai du Chant du prophète, et c’est exactement pareil pour Apeirogon de Colum McCann, lu il y a plusieurs années. Bref, depuis ce matin, je tourne comme une âme en peine devant bibliothèque : je prends un livre, je lis quelques pages et je le repose ; j’en prends un autre et rebelote. Bref (bis), la différence entre un bon livre, un excellent livre et un chef d’œuvre dans une vie de lecteur, c’est qu’un chef d’œuvre a la capacité de s’incruster dans votre cerveau pour à peu près toujours (sauf problème de santé affectant la mémoire).
Résumé succinct car tout est dans l’expérience immersive de ce roman : à Dublin, Eilish mère de famille de 4 enfants, voit un jour débarquer deux hommes qui s’avèrent travailler pour un équivalent des renseignements intérieurs (une nouvelle sorte de police secrète, GNSB). Ils veulent parler à son époux, enseignant et syndicaliste, mais comme il est absent, ils demandent à ce qu’il passe au commissariat. Larry s’y rend le lendemain et se volatilise. Eilish se retrouve seule avec 4 enfants dont l’aîné va passer ses examens universitaires et le plus jeune est encore un bébé. Sans oublier son père qui perd peu à peu la boule. Accaparée par le quotidien, elle ne se rend pas compte que le monde extérieur tel qu’elle l’a connu du moins l’Irlande, s’écroule, que le pays bascule dans un régime totalitaire.
Paul Lynch vous fait vivre de l’intérieur et en direct cette expérience terrifiante 293 pages d’une écriture dense où l’espace pour respirer est absent, des dialogues incarcérés dans la narration, sans repères, qui vous déstabilisent – au début. Vous plongez dans cette atmosphère suffocante et vertigineuse. De surcroît, la force de Paul Lynch est d’arriver à rendre son texte agréable à lire. On ne s’ennuie pas un instant. La logique du monde bascule cul par dessus tête, Eilish se demande si elle n’est pas en train de tomber dingue mais c’est plutôt le monde qui devient fou. Son père finit par être atteint de quelque chose qui ressemble à la maladie d’Alzheimer. Son fils cadet parle de Ver. L’auteur semble tester toutes les formes de folies qui peuvent s’abattre sur l’humanité à plusieurs échelles.
J’ai lu un peu partout des articles qui parlaient de dystopie. Je ne suis pas d’accord ! Si l’action se déroule dans une Irlande fictionnelle certes, il n’y quand même qu’à regarder le monde d’aujourd’hui pour s’apercevoir que ce que vit Eilish se déroule tous les jours : en Ukraine, à Gaza, en Syrie… et j’en passe. Il suffit de regarder l’Italie avec son gouvernement d’extrême droite où des droits fondamentaux sont remis en question (notamment pour les migrants, mais aussi le droit à l’avortement). Je me souviens des premières images de la guerre en Ukraine, où l’on voyait des gens qui s’étaient réfugiés dans le métro avec leur smartphone, qui ne se rendaient pas vraiment compte de ce qu’il leur arrivait. Et que doit-on penser de la situation politique de la France en ce moment, des États-Unis avec le retour du Brutus Peroxydé ?… Bref, on croit toujours que cela se passe dans des pays sous-développés, que la liberté du monde occidental est acquise pour toujours. Pourtant, on a réussi à nous mettre sous clé pendant la crise du Covid. Paul Lynch a débuté son roman pendant cette période, inspirante, c’est sûr !😅
Je vous rassure, ce n’est pas un roman politique en soi. On voit toute cette histoire à la hauteur d’une mère de famille, bien installée socialement. Elle nous ressemble, avec nos vies débordées. Tellement débordée que je n’ai pas encore eu le temps de faire un saut en librairie pour acheter les dernières nouveautés irlandaises et autres qui me font envie. 🤯
Le titre m’intriguait car il n’y a pas de prophète dans cette histoire et, chose rare, c’est l’auteur qui a trouvé le titre (ProphetSong). J’ai eu la chance de pouvoir l’écouter lors d’une des rares rencontres organisées en France, à la Librairie Millepages de Vincennes : il a expliqué que c’est grâce au titre du groupe Queen qu’il a eu la révélation du titre pour son roman🤘auquel s’ajoute aussi la dimension mythologique et métaphysique. Ne pas chercher du religieux, les gars, ouf !
Je suis Paul Lynch depuis ses débuts, du moins depuis qu’il est publié en France, j’ai lu tous ses romans. Je confirme qu’avec Le Chant du prophète, il a franchi un cap supplémentaire ! Le Booker Prize, le plus prestigieux prix littéraire dans le monde anglophone, est largement mérité, ce n’a rien d’un simple effet d’annonce.
Ma seule interrogation est : pourquoi la couverture est si moche ?😅 C’est la même couverture que l’édition VO : faut faire quelque chose, c’est pas très attirant.
Ah puis si, j’ai encore une question ! Quel sera le prochain roman (le sixième) après un tel livre ? J’ai oublié de poser la question. 🫢
Je vous conseille vivement ce livre qui est mon premier coup de cœur ❤️ de l’année !
Paul Lynch et Dominique Chevallier (interprète) à la Librairie Millepages le 9 janvier 2025
En guise d’entrée en matière pour l’année 2025, voici ma rétrospective 2024 en une photo de mon année littéraire irlandaise ! Dix livres, pour la plupart assez grassouillets, qui ont réconforté mes soirées et agrémenté mes trajets vers mon nouveau travail.
Je rentre tout juste de Dublin où j’ai encore passé un merveilleux séjour.
Mon année 2024 a ressemblé à un Grand Huit et le début de l’année a été particulièrement angoissant les deux premiers mois, avec un mémoire à soutenir, un classement ou un virement 😱, essuyer ensuite la jalousie des frustrés dans un univers clos sur lui-même, [avoir l’impression d’être un 👽 chez les 🧌], les remettre à leur place en ne leur donnant pas prise, assurer sa légitimité par ses compétences et sa capacité les développer encore et toujours, s’ouvrir un max de portes : l’année s’est terminée à merveille !
J’ai petit à petit repris mes habitudes, notamment de lecture : j’ai lu davantage par rapport à l’an dernier – et pour cause ! – mais je n’ai pas encore retrouvé mon plein régime avec seulement 43 livres lus (ok, ça dépend de la difficulté du sujet/d’écriture et du nombre de pages) alors que je suis d’habitude davantage vers 50-55 livres par an.
J’ai pu retourner aux festivals littéraires : celui du FICEP *La nuit de la lecture* en mai, avec Dermot Bolger * et le Festival America en septembre, avec beaucoup d’auteurs irlandais. Ça m’a requinquée aussi !🤗 Et les escapades aussi. Le combo gagnant !
J’ai déjà les yeux sur la rentrée littéraire d’hiver avec Le chant du prophète de Paul Lynch qui sort aujourd’hui chez Albin-Michel. En attendant, je termine Undimanche du souvenir de Darragh McKeon.
Une chronique sur les sorties littéraires irlandaises est prévue dès que j’y vois plus clair – mais vous pouvez retrouver sur Babelio ma liste en cours de construction (4 livres actuellement). Je vous reparle de tout ça – et de ma virée dublinoise sans doute – bientôt.
Quoi de mieux que de digérer son réveillon et repas de Noël en refaisant surface sur le blog pour rédiger un billet sur un de mes coups de coeur de l’année : le mythique Country Girls d’Edna O’Brien ?
Je l’ai terminé il y a une bonne quinzaine de jours (je devrais dire j’ai terminé les trois romans contenus dans ce volume, en fait, qui se découpe en Country Girls ; Seule; La félicité conjugale, sans parler du copieux Epilogue qui clôture cette fresque ).
Je ne vais pas me risquer à faire une analyse approfondie de cette oeuvre mythique, qui m’impressionne beaucoup trop : je n’ai pas cette prétention, malgré mes compétences littéraires [oui, j’ai fait des études de lettres]
Nous suivons Baba et Caithleen de leur adolescence (14 ans) à leur vie de jeunes femmes qui ont bien l’intention de s’amuser un max, puis de femmes mariées. Il y a un drame, que dis-je ? plusieurs drames, c’est même pétri de drames, mais pourtant c’est tout sauf larmoyant, même si cela est émouvant, en particulier la fin, qui m’a mis un uppercut – au moment où je ne m’y attendais pas, évidemment ! On se surprend à pouffer de rire ou à faire des yeux comme des billes au regard de l’audace de l’autrice, qui savait parfaitement ce qu’elle faisait ! 🙂 Bref, une lecture riche en émotions variées vous attend !
Baba et Caithleen, au début vivent dans un trou perdu de la campagne irlandaise, entre Limerick et Nenagh, je ne me souviens plus exactement où. Au début, j’ai eu du mal à comprendre comment elles pouvaient être amies car franchement, Baba est une peste, je ne l’ai pas du tout aimée. Elle est prétentieuse et méprisante, elle rabaisse souvent cette pauvre Caith. Leur caractère est diamétralement opposé et pourtant, elles sont inséparables bien, qu’en plus, elles viennent d’un milieu social complètement différent. Baba est une mini-bourgeoise dont le père est vétérinaire, elle vit dans une belle maison et tout et tout avec son père et sa mère. Caith vient d’un milieu plus modeste et sa famille est en vrac : un père alcoolique et violent qui se plaît à disparaître quand ça lui chante et à dilapider sa paie dans des pintes ; une mère en apparence plutôt soumise mais qu’on découvre sous un autre jour avant qu’elle ne se noie. Un jour, Caith décroche une bourse scolaire pour aller étudier chez les Soeurs au couvent. Baba y est admise. Et c’est là que commencent leurs quatre cents coups.
Je ne vais pas tout vous raconter, ce serait parfaitement stupide, mais en plus c’est impossible car c’est une oeuvre dense, très détaillée : tout y est. Vous ouvrez le livre, vous commencez à lire et Edna O’Brien vous emporte littéralement dans son univers, l’Irlande des années 60. Vous franchissez la frontière fictionnelle sans effort et en même temps sans rupture. Rien ne manque, tout est décrit avec soin : vous ressentez l’air vivifiant, la pluie qui mouille, humez l’odeur de la cuisine, vous avez le goût des tasses de thé, les virages des routes sinueuses, l’herbe verte qui scintille après la pluie… Pourtant, ne pas s’y méprendre : la prose d’Edna O’Brien n’est pas du tout celle de Proust ! Il y a beaucoup de dialogues, de changement de focalisation, le ton est souvent irrévérencieux.
Vous croiserez beaucoup d’hommes et Edna O’Brien leur fait juste la peau !!! Chacun à sa manière est insupportable. La société patriarcale irlandaise est écorchée à vif sous la plume de l’autrice. Je ne vous raconte même pas ce que prenne dans la tronche les gens d’Eglise : c’est hilarant. Il y a même un type français dans l’histoire, qui est surnommé Monsieur Gentleman : tout un programme ou comment profiter d’une ado en fleurs pourrait être le résumé…
Vous pérégrinez un chouia dans les rues de Dublin, et partant dans la capitale irlandaise après demain, je m’étais dit que rechercherais la pension de famille où habitent les deux héroïnes (oui, j’adore chasser les fantômes, c’est un de mes passe-temps favoris !). Puis vous partez à Londres puisque finalement, elles finissent pas quitter Dublin pour la capitale britannique. A l’instar de leur créatrice dont on sent ici une part de vécu.
Malgré ses soixante piges, ce livre n’a pas pris une ride. On ne va pas parler de l’affaire Pelicot, mais on se rend compte que les femmes aujourd’hui, continuent à morfler à cause d’hommes franchement à vomir – même si tous les hommes ne sont pas ainsi, on peut tout de même s’interroger sur ce qu’ils ont dans la tronche pour être aussi pervers et cruels. Tous les jours ou presque, on a notre lot de scandale sexuel, ici en France. On n’a rien à envier à l’Irlande en la matière. Pensez à l’abbé Pierre pour ne parler que de ceux qui pensaient l’emporter dans la tombe mais même morts, on est en train de déterrer des pourris…
Bref, ce roman résonne d’une actualité absolue, d’un féminisme absolument moderne et intelligent (oui parce qu’il y a aussi du féminisme carrément con) qui règle ses comptes à la société prétendument menée par des hommes qui se font tout de même massacrer par la littérature et tout le monde le sait : la littérature est immortelle. On rigole comme des dingues de leur ridicule de petits coqs sous la plume d’Edna O’Brien.
Vous l’aurez compris : IL FAUT LIRE CETTE TRILOGIE que je classe parmi mes coups de coeur de l’année.
Quelques extraits :
« Veux-tu, pour l’amour du ciel, cesser de demander aux types s’ils ont lu les Gens de Dublin de James Joyce ? Ils s’en foutent. Ce qu’ils cherchent, c’est à passer la nuit. Bouffe et bois autant que tu peux, et laisse Joyce faire tout seul sa pub. – Il est mort. «
« J’achetais des soutien-gorges bon marché. Baba assurait que les soutien-gorges perdaient au lavage leur élasticité ; par conséquent, mieux valait en acheter de bon marché, et les porter jusqu’à ce qu’ils soient sales. Nous jetions les sales aux ordures(…). »
« Elle sortit son stylo de sa poche, ainsi qu’une jolie image pieuse bleu ciel, qui représentait la Sainte Vierge sortant des nuées, un manteau bleu déployé derrière elle. – Ecris-le, toi, dis-je. -Nous signerons nos deux noms », dit-elle en s’agenouillant. (…) -Rends-toi compte, continuait Baba, elle a lu tout haut : « Le père Tom a enfoncé son long machin… » et quand elle a compris de quoi il retournait, elle s’est mise à tempêter à travers la salle de récréation. Elle a frappé plusieurs filles avec sa ceinture en gueulant : « Où sont-elles, ces enfants de Satan ». (…) Maintenant, toutes les filles poussaient des cris; pourtant, la moitié des petites ne comprenaient pas de quel machin il était question ».
Et pour clôturer cette chronique, je vous souhaite presque en retard, un joyeux Noël !
Je m’aperçois que j’ai laissé passer mon anniblog !🫢🫣
Pourtant, le 28 novembre, le blog a soufflé ses 15 ans d’existence, qui a débuté sur la plateforme Canalblog un 28 novembre 2009, avec Nuala O’Faolain. L’époque où les réseaux sociaux étaient encore à leurs balbutiements et où Instagram complètement off. On n’était qu’une petite communauté qui avions choisi de partager nos lectures sur les blogs littéraires, et cela reste un excellent moyen de garder un carnet de lectures infini, toujours enrichi. Évidemment, la lectrice que j’étais il y a 15 ans a inévitablement évolué. Mais finalement pas fondamentalement changé. Je lis toujours autant de littératureirlandaise, mon refuge ! 😁 Cela dait plus de 20 ans que ça dure et je ne suis toujours pas vaccinée contre cette maladie bizarre. Je doute que les médecins aient d’ailleurs trouvé un vaccin !!
Et pour preuve, je suis actuellement plongée dans la trilogie qui a rendu célèbre Edna O’Brien : Country Girls, rassemblée sous un seul volume comme le voulait l’autrice.
Je viens de passer le cap des 600 pages et franchement, je ne m’ennuie pas un instant. C’est pas mal pour fêter un anniblog d’être plongée dans une lecture pareille. 😍 Le plus drôle, c’est que souvent, quand elle évoque la campagne des environs de Nenagh et Limerick, je pense inévitablement à Donal Ryan… avant de soudain me souvenir qu’il a dit qu’ils étaient de la même famille. 😂 Je crois que j’aurais dû m’en douter avant même de le savoir. Edna O’Brien est ma « copine » : sa plume ouvre mon blog. Regardez bien !
J’ai appris cette semaine que Donal Ryan est nominé pour le « An Post Prize » décerné tous les ans en Irlande, dans la catégorie roman pour son dernier (pas encore publié en France, OMG, fingers crossed, guys!), Heart, Beat peace … en partie autobiographique il me semble puisqu’il y évoque sa mère ou quelque chose de ce genre.
EDIT du 25/12/2024 : Donal Ryan vient de remporter cette semaine le très populaire prix An Post catégorie roman pour son roman (j’avais pas bien lu, auparavant, il faisait simplement partie de la « short list », j’ai modifié ! 🙂 ). Et en plus ça ne parle a prori pas de sa mère. LOL !
Je retourne à Dublin fin décembre, tellement pressée que c’est horrible d’attendre 27 jours et j’ai hâte de retrouver la joie de vivre irlandaise, encore plus en période de fêtes ! Écumer les librairies pour tenter de repérer quelques pépites à venir (ou pas 🙃) dans l’Hexagone, retourner dans les musées, traîner mes guêtres pour faire un petit reportage.
Bref, je suis toujours pleine d’énergie pour évoquer la littérature et la culture irlandaises, même après 15 ans de blogging. Les chroniques sont peut-être moins nombreuses que par le passé, je suis mon rythme sans contraintes. But still alive ! Beaucoup de mes lectures (non irlandaises) ne font pas forcément l’objet d’une chronique, ça dépend de mon temps et de mon envie de le faire. Sinon, tout cela n’aurait guère de sens de se transformer en machine.
A bientôt pour mon retour sur CountryGirls, la rentrée d’hiver concernant la littérature irlandaise, la vie à dublinoise…
Merci d’être toujours fidèle. Le blog reste très fréquenté. J’ai déjà largement dépassé les chiffres de l’an dernier.
Traduit de l’anglais d’Irlande du Nord par Dominique Goy-Blanquet
Ma 629e chronique est consacrée au recueil de nouvelles de l’une de mes autrices irlandaises favorites depuis son premier roman : je veux parler de Jan Carson, bien sûr ! J’ai dévoré ses deux premiers romans et… j’ai dévoré les quelques 300 pages de ce recueil qui contient plutôt des « novellas », que des « nouvelles courtes ». Une fois plongée dans ma lecture, il était difficile de m’arracher à son univers bien particulier.
Souvent, on cherche un fil conducteur dans les recueils de nouvelles, un personnage récurrent. Je ne pense pas avoir trouvé un personnage qui apparaît dans un récit et puis dans un autre, ou dans un roman passé. Quant à l’avenir, peut-être que …
Le seul fil conducteur qui ne peut nous échapper, c’est l’Irlande du Nord. Mais oubliez les récits « conventionnels ». Vous serez surpris de trouver un fantôme sur une banquette arrière, nouvelle éponyme pour l’édition française. Il est difficile d’en parler sans dévoiler la surprise, mais sachez que l’Histoire de l’Irlande du Nord n’est jamais très loin.
Ouvrez le frigo et trouvez-y une main. Hum ! Il y a de l’Ulster dans l’air !
Filez à Londres pour admirer le dernier cheval de Grande-Bretagne (nouvelle qui donne son titre à la version originale). Mais quelle est la différence entre un cheval et un poney ? Un poney vaut-il un cheval ?
J’ai croisé un mec bizarre nommé Victor Soda dans une histoire tragiquement drôle qui met en exergue, de manière comique, un certain esprit coincé de la société irlandaise.
Les enfants sont les victimes des adultes dans ce pays au passé trouble (sans jeu de mots ! 🙂 ). Jan Carson n’a pas de limites, pas de tabou, elle joue entre fiction, Histoire, surnaturel, souvent est à la limite de la science-fiction. L’autrice joue avec les frontières dans toutes ses dimensions. Elle fait des expériences, elle s’embarque dans des trucs un peu dingues, mais cela fonctionne à merveille !
C’est divertissant, caustique, drôle, on ne peut pas s’ennuyer. Un troisième rendez-vous réussi qui fait de cette autrice, l’une de celles qui rejoint mon podium personnel.
Je ne peux que vous inviter à découvrir ses livres. J’attends avec impatience la prochain parution !
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Breaking News : La liste des parutions irlandaises 2025 est en piste sur Babelio. N’hésitez à y jeter un oeil, je l’enrichis au fur et à mesure.
Traduit du néerlandais de Belgique par Emmanuelle Tardif
Voici le premier roman que je lis de l’autrice belge Lize Spit, que j’ai entendue au dernier Festival America sur le thème du refuge, de l’exil. Et ce fut une bonne surprise !
Nous sommes dans un petit village de Belgique flamande dans les années 90. Une famille Kosovar qui a fuit la guerre des Balkans s’y est installée. Le jeune Tristan fait son entrée à l’école et il est épaulé par Jimmy, un gamin de son âge dont les parents viennent de divorcer et qui n’est donc pas forcément au meilleur moment de sa vie. Pour tromper son angloisse ou du moins sa tristesse, Jimmy se passionne pour les flippos, des vignettes que l’on trouve dans les paquets de chips (à l’heure où en France on collectionnait les pin’s, en fait ! :). Il rêve d’avoir une collection de rêve – justement . Son quotidien plutôt morne va être bouleversé par son nouvel ami kosovar, notamment le jour où la famille de celui-ci apprend son expulsion du pays. Une idée germe alors dans la tête de Tristan pour y échapper. Il va demander l’aide de son pote Jimmy mais celui-ci devra passer une épreuve.
Un roman très court, à peine 134 pages, mais qui sont aussi fortes qu’un expresso ! A l’heure où tout le monde se rue dans les salles obscures pour aller voir L’histoire de Souleymane, ceux que la thématique de l’exil intéresse y trouveront leur compte.
L’exil est vu ici par les yeux des enfants. J’avais peur d’un tire-larmes, mais ce n’est pas le cas tout au long du récit, mais attention à la chute ! J’ai apprécié cette histoire tirée d’un fait réel, qui allie une dose d’humour, du suspense et tension dramatique. Je me suis vraiment demandé, à l’instar de Jimmy, pourquoi on devait passer par épreuve d’eau glacée baignée de légumes surgelés (des petits pois, si ma mémoire est bonne. 🙂 ). J’ai aussi appris la recette du papriboulga (l’équivalent belge du crisy sandwich irlandais, à mes yeux). Bref, j’ai beaucoup souri malgré la thématique plutôt pas drôle du tout.
Lize Spit joue avec le lecteur qu’elle déssoude de son fauteuil… à la dernière phrase et le fait basculer cul par dessus tête… Donc il faut lire le roman jusqu’à la dernier ligne pour avoir le fin mot de l’histoire. Je n’en dis pas plus mais je conseille ce roman belge.
Le week-end dernier, je suis allée au Festival America qui se déroule tous les deux ans à Vincennes, pour ceux qui ne le sauraient pas (oui, je connais des gens qui habitent plus près que moi et qui ignorent l’existence de ce festival de qualité !).
Malgré l’intitulé du festival, qui a évolué depuis sa création, il n’y a pas que des invités étatsuniens. L’Europe était bien représentée cette année, et en particulier l’Irlande, avec Donal Ryan, Jan Carson,Michael Magee, Darragh McKeon et Colm Toibin. Autant dire que je piétinais d’impatience depuis que j’avais appris la nouvelle. J’y ai passé deux jours, malgré le froid saisissant, une fin de rhino qui a eu du mal à me lâcher et m’avait mis sur les rotules les jours qui précédaient – j’avais initialement prévu d’y aller aussi le vendredi, mais mon corps disait vraiment niet. Heureusement, une journée en off et j’étais suffisamment requinquée pour ne pas rater l’événement, ce qui n’aurait fait qu’aggraver mon état de santé ! 🙂 .
Chaque festival est différent : quoi qu’on s’imagine, cela ne se passe pas exactement comme on le croyait et certainement pas comme le précédent. En 2022, je n’avais d’ailleurs fait qu’un rapide passage un après midi. Mais les vrais amateurs de littérature irlandaise ne peuvent pas rater autant d’auteurs irlandais en France !
« L’écrivaine est une lectrice ». Jan Carson à gauche, Ayana Mathis à gauche
Bon, j’ai dû faire trop longtemps la queue pour récupérer mon bracelet d’entrée, donc j’ai raté la rencontre avec Colm Toibin, auteur que je n’ai jamais écouté. Donc je suis allée directement, en ratant le début, à la la rencontre « L’écrivaine est une lectrice » avec Jan Carson (Irlande du Nord), mais aussi Ayana Mathis (USA) et Szilvia Molnar (USA). Pas totalement assez concentrée après les commodités pratiques et le fait d’arriver en retard, j’ai quand même retenue que Jan Carson est inspirée par Toni Morrison ! Quand elle est en panne d’écriture, qu’elle se remet en question, elle retourne lire Beloved et ça la remet en piste. 🙂 J’ai envie de découvrir les romans d’Ayana Mathis qui mettent en scène les femmes déshéritées, comme très souvent, a-t-elle expliqué. Son dernier livre, paru en août dernier, Les égarés (traduit par François Happe) chez Gallmeister, a l’air de valoir le détour. Concernant Jan Carson, je l’ai déjà dit, mais je le répète car je suis une inconditionnelle de l’autrice depuis ses premiers romans parus en France, vient de paraître un recueil de nouvelles, Le fantôme de la banquette arrière (traduit par Dominique Goy-Blanquet, éditions Sabine Weispieser) que je suis en train de dévorer. Pour quelqu’un qui dit qu’elle n’est pas une écrivaine de nouvelles, je me demande ce que ça donnerait si elle l’était car elles sont justes géniales (j’en ai lu cinq pour l’instant). Elle a dit que ça lui servait un peu de « brouillon » entre deux romans car elle écrit des romans assez volumineux.
J’enchaine avec la rencontre suivante « Loin des villes » avec Donal Ryan, Claire Fuller et Antoine Wauters. Je ne connaissais pas ces deux derniers. Donal Ryan explique que la plupart de ses livres se déroulent dans la maison de son enfance, dans la campagne où il est né (cf. Nenagh, tout près de Limerick, que je connais assez bien 🙂 ). Les auteurs expliquent que la campagne est un lieu très ouvert psychologiquement, contrairement à ce qu’on s’imagine, et que la langue est intrinsèquement liée au lieu, surtout en Irlande. Donal Ryan explique qu’un de ses romans a été adapté au théâtre et que les gens étaient en mode « wow », très étonnés. Ecrire sur les gens de la campagne, c’est aussi une manière de faire une expérience avec lui-même et ses contradictions. Souvent, il n’a pas conscience de la misère de ses personnages, mais le bonheur est un thème ennuyeux en littérature. Et contrairement à ce que les gens imaginent, on se sent plus seul en ville (lui en tout cas) qu’à la campagne. Personnellement, je mettrai un bémol en disant que ça dépend de quelle ville et de quel village à la campagne. Il y a des villages qui ont été fondés par des clans (famille) installés là depuis très longtemps et si on n’est pas du clan, ou qu’un membre du clan des générations passées s’en est éloigné, il est souvent difficile d’y trouver sa place, de nouer des liens. En ville, on est plus dans l’anonymat, cela a des avantages et des inconvénients. Donal Ryan explique que ses personnages sont des taiseux et que le silence de ses personnages est une partie importante de son travail d’écrivain. Il faut qu’il vienne en Corse, c’est un excellent lieu où l’on peut expérimenter le silence des gens ! Je n’ai pas l’impression que les Irlandais soient des taiseux, plutôt des bavards mais qui ne parlent pas des sujets sérieux.
Virée au salon du livre du festival…
Et c’est reparti avec (encore !) Donal Ryan sur le thème « Trouver refuge », qui traite entre autres de l’exil, des demandeurs d’asile et des réfugiés, avec la Belge Lize Spit, et Hisham Matar. L’auteur irlandais explique qu’il a travaillé plusieurs années comme inspecteur du travail et qu’il a malheureusement constaté qu’un nombre important de travailleurs non déclarés étaient des étrangers. Dans le cadre de son travail, il a rencontré des Syriens, des Afghans, des Ougandais, qui lui ont raconté leur histoire et que c’était des histoire horribles. Il écoutait aussi un podcast diffusé en Irlande intitulé « Je cherche refuge ». Il dit qu’il n’était pas un bon inspecteur du travail car il écoutait les histoires des gens. Je trouve que ce n’est pas contradictoire. Lize Spit, dont je me suis procurée le dernier roman L’honorable collectionneur, (traduit par Emmanuelle Tardif), aux éditions Actes Sud a très bien évoqué également le thème de l’exil. Si on doit fuir, on devient quelqu’un d’autre, les enfants grandissent trop vite à cause de la guerre, notamment. Pour écrire son roman, tiré d’un fait réel expliqué à la fin de l’ouvrage, elle a demandé à une amie de lui raconter ce qu’elle a vécu. Celle-ci lui a expliqué pourquoi, maintenant, elle dort toujours avec la lumière allumée. Donal Ryan explique qu’à un moment donné, on entendait tous les jours parler d’histoires de naufrages, et que d’une certaine manière, parce que les médias nous martèlent le cerveau avec cela, on finit par devenir insensible et que c’est là que la littérature a le pouvoir de raconter les choses de façon différente. Cf Par une mer basse et tranquille (traduit par Marie Hermet).
Une rapide incursion à la rencontre « Au coeur des ténèbres » avec Michael Magee (dont j’espère retrouver la photo !) où l’auteur nord-irlandais évoque la partie autobiographique de son roman. Je me doutais en le lisant mais ne connaissant pas la vie de l’auteur, je ne pouvais pas l’affirmer (Sean Maguire/Michael Magee, ça m’avait mis la puce à l’oreille, d’autant plus que le personnage a fait des études de lettres et fréquente un peu le milieu littéraire). Il explique que dans le roman le personnage tente de comprendre le geste malheureux qu’il a eu envers l’homme avec qui il s’est battu (je n’ai pas lu cela pour ma part) et que Belfast où il vit est encore dans un processus de réparation. Sean Maguire, son personnage, est né la même année que lui et ils font partie de la génération post-conflit. On avait promis à sa génération qu’elle récolterait les dividendes de la paix mais que le problème c’est qu’elle fait partie de la classe sociale des travailleurs, de la classe populaire et que les inégalités ne sont pas réparées. Et que la mère de Sean lui transmet le double héritage de cela : les Troubles et la pauvreté.
Et puis, direction le clou de la journée, la rencontre sur le thème « Gens de Dublin, écrivains d’Irlande », sauf que je ne m’attendais pas à une foule pareille. Quelques frayeurs de ne pas pouvoir rentrer car malgré 15 minutes d’avance, j’étais très loin de la porte. Bref, finalement plus de 300 personnes d’après les personnes chargés de l’accueil étaient venus pour la littérature irlandaise, lire autre chose que ce dont ils ont l’habitude, pour les quelques conversations que j’ai eues, ou là par hasard, attirés par la foule (lol). Darragh McKeon, Donal Ryan, Sinead Mac Aodha (en charge de la promotion de la littérature irlandaise en Europe et ancienne directrice du Centre culturel irlandais), le tout animé par Marianne Payot. On a évoqué l’influence de James Joyce et Ulysse (je suis pour ma part toujours kéblo au chapître 10), Donal Ryan l’a lu en entier pour impressionner sa prof de français à l’époque. Il a aussi été question de John McGahern (dont l’oeuvre est actuellement réédité chez Sabine Wespieser) qui a été inspirant car il écrit sur l’Irlande rurale. Et damned, je ne sais plus qui de Darragh ou de Donal (mais je crois que c’est Donal) a dit qu’Edna O’Brien était la soeur de sa grand-mère (déjà, là, je commençais a être au bout de ma vie, donc faire le lien dans ma tête, la soeur de la grand-mère ou la soeur de la grande-tante, j’étais perdue 🙂 et que donc, il a grandi dans son ombre. La grand-mère de son père avait ramené des livres interdits en Irlande (pour mémoire, Edna O’Brien s’est exilée au Royaume Uni) : des prêtres, des juges venaient chez lui pour lire les auteurs… Sachez également que les Irlandais sont les meilleurs menteurs du monde. Ne vous fiez jamais à eux, c’est dû à mille ans de colonisation dixit l’inénarable Donal.
Sinead MacAodha explique qu’avant, le sud de l’Irlande (la République) ne pouvait pas se permettre d’écrire sur l’Irlande du Nord et qu’en ce moment, les écrivains du Nord souffrent beaucoup car les bibliothèques ferment, il y a des problèmes économiques qui impactent le Livre. Mais le Sud est généreux et essaie d’octroyer des bourses, même si c’est compliqué car c’est un autre pays, même si c’est une même île. Elle a expliqué également que c’est compliqué d’éditer dans des maisons d’édition irlandaises quand on a un pays voisin géant de l’édition britannique, que c’est un peu l’équivalent de la Belgique vis-à-vis de la France.
Dimanche matin, j’ai chopé mon RER par un froid de gueux pour rejoindre la rencontre sur « L’art de la nouvelle » en compagnie de Jan Carson, Donal Ryan (nan, mais je ne me suis pas rendue compte que je l’avais suivi à ce point, mais il était très invité !), Véronique Ovaldé, Dominique Chevalier en maîtresse de cérémonie et une écrivaine mexicaine dont j’ai oublié le nom 😦
Je l’ai déjà dit maintes fois ici, la nouvelle n’est pas un genre populaire en France. Pourtant, il y avait du monde, c’est donc bien qu’il y a un public intéressé. Personnellement, j’aime beaucoup les nouvelles et je suis bien contente de pouvoir lire celles du monde anglophone à défaut d’avoir vraiment le choix dans le secteur francophone. Bon, ça a été l’occasion d’apprendre que Véronique Ovaldé a écrit un recueil donc tout n’est pas perdu ! En Irlande, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, les auteurs, à défaut de vivre facilement de leur plume tout de suite, ont des facilités pour se faire publier dans les journaux via des nouvelles. Chose inexistante en France : la presse ne publie pas de nouvelles. Jan Carson explique qu’elle écrit plutôt des romans que des nouvelles car cela demande moins de concentration mais qu’elle en écrit car elle trouve ça super, même s’il n’y a pas de festival dédié et d’infrastructure. Elle a déclaré que peut-être que le public français devrait faire pression sur les éditeurs pour avoir davantage de recueils de nouvelles. Elle écrit des nouvelles car elle écrit de gros romans et qu’ensuite elle a besoin de penser à autre chose. Elles lui permettent de faire des choses un petit peu dingues. Donal Ryan a avoué sa difficulté pour en écrire alors qu’il pensait que c’était facile, quand il a quitté son emploi. Un mois après, il était sec, l’angoisse de l’écrivain, la page blanche etc. Un jour, son épouse l’a trouvé allongé sur le carrelage de la cuisine, en PLS et elle lui a demandé s’il avait un problème de santé. Il a répondu qu’il n’arrivait pas à écrire de nouvelles. Elle lui a mis la pression et comme il a eu la trouille, il a réussi, mais il évite d’en écrire – un jour, je pense qu’il va écrire un roman sur sa femme, j’ouvre les paris sur un billet aller-retour à Dublin. ou à Paris, top là ! 🙂 Véronique Ovaldé déclare qu' »un roman ça lui colonise le cerveau » pendant des mois, alors que la nouvelle exige la complicité du lecteur. Jan Carson annonce qu’elle a deux recueils de nouvelles dont un qui n’est pas encore traduit et qu’elle essaie de faire circuler ses personnages d’une nouvelle dans une autre, voire dans un roman. C’est une forme d’écriture adultérine, c’est souvent des excroissances des romans qu’elle est en train d’écrire. Il y a actuellement un troisième roman en préparation. Son recueil actuel est axé sur la notion de déception, notamment les promesses faites aux Nord-Irlandais. Bientôt un recueil de micro-fictions (micro-nouvelles) va sortir en France : j’ai hâte de voir du haïku irlandais ! Pour Donal Ryan, le seul point commun de ses nouvelles est l’endroit où il a grandi. Et ce sont des histoires volées car ce sont les histoires des gens. Il a écrit l’histoire d’une Ougandaise que son employeur faisait travailler illégalement en Irlande, cela a touché sa corde sensible et il s’est senti obligé d’écrire l’histoire de cette femme alors qu’il était en train de mener l’employeur au tribunal. Jan Carson raconte qu’on lui demande d’écrire sur la frontière, qu’il y a beaucoup de commandes éditoriales sur ce sujet suite au Brexit. On la trouve dans son recueil sous forme de métaphore.
L’après-midi, j’ai assisté à la renconte « Une société corrompue » avec l’Ecossais Alan Parks qui écrit une série sur le Glasgow des années 70 que j’ai très envie de découvrir suite à son intervention so scotish (si on veut de l’ambiance dans une table ronde littéraire, il faut un(e) Irlandais(e) ou/et un(e) Ecossais(e) ! Darragh McKeon a évoqué son roman en disant qu’il n’a pas choisi de mettre l’épilepsie au coeur de son livre et qu’il n’avait pas l’intention d’écrire un roman sur les troubles. Il vivait à New York, il venait de divorcer, il lisait l’Idiot et qu’il était lui-même au bout du rouleau. Il travaillait dans un hôpital où il s’occupait des gens en fin de vie. Cela l’a conduit à travailler sur le thème de l’enfance et de la mémoire. J’ai pas trop vu le rapport avec le sujet de la rencontre…
J’ai fini le festival sur les 80 ans de Richard Ford ! Ce n’était pas vraiment prévu, mais c’est la joie des festivals. Il y a le backstage. Je suis revenue avec de nouvelles idées de lectures en découvrant de nouveaux auteurs. J’ai échangé avec beaucoup de gens, connus ou inconnus. Vous ne me verrez jamais (ou du moins rarement) faire la queue pour un autographe car je ne sais jamais quoi dire aux auteurs. Je préfère les lire.
Je me rends compte que j’ai écrit le billet le plus long depuis des années ! 🙂 Cela me fera un souvenir. Et vivement le prochain Festival America !
Pour ceux qui ont raté l’Irlande à Vincennes, elle sera à Cognac dans le cadre du LEC Festival (Littérature Européenne de Cognac) donc l’Irlande est le pays invité cette année du 12 au 17 novembre. Pour plus d’informations, c’est ICI
Je ne me suis pas relue, je suis fatiguée, donc désolée pour les éventuelles fautes. 🙂