Mes dernières bonnes feuilles 2021… peut-être !

La fin de l’année arrive à grands pas et je n’ai pas eu le temps de chroniquer tout ce que j’ai lu ces dernières semaines.

Coup de ❤ pour Le ghetto intérieur

Pourtant j’ai eu un coup de coeur avec la découverte du Ghetto intérieur de l’écrivain argentin Santiago H. Amigorena. J’ai mis plusieurs jours à me remettre de ce récit très fort, que l’on comprend autobiographique. C’est l’histoire de Vicente Rosenberg, jeune Polonais de Varsovie, qui décide de partir vivre en Argentine en 1928. Sa mère n’a pas voulu suivre. Le reste de la famille reste en Pologne. Vicente fait sa vie à Buenos Aires, il y fonde une famille. Vit bien, profite. Pourtant, en Pologne, Vicente avait un bel horizon à l’époque. Sa mère, Gustawa Goldwag « en bonne mère juive, rêvait d’un fils médecin et d’un autre fils avocat « . Mais Vicente veut voir du pays, quitter le Vieux Continent. « (…) Lui qui aimait tant plaisanter sur les Juifs restés dans le shtetlech, bien que parfois il se sentît lui-même antisémite, supportait mal l’antisémitisme de ses compatriotes polonais« . En effet, Vicente a participé à la dernière guerre pour sauver la Pologne. Il est Polonais avant d’être juif. Ce n’est pourtant pas un vantard. Il ne revendique pas ses exploits militaires devant ses amis argentins. Mais « comment tolérer que de jeunes étudiants inscousciants, parce qu’ils étaient polonais de souche, puisse se moquer de lui, qui, aux côtés du maréchal Pilsudski, avait combattu pour libérer leur patrie ? » On découvre que Vicente a eu un problème personnel d’intégration que n’ont pas ressenti ses frères, soeurs, parents. Depuis l’enfance, il a été brimé par ses bévues (rendre une copie en yiddish au lieu de la rendre en polonais, tout simplement parce ignorance car tout le monde dans son quartier de Chelm parle yiddish). Son engagement patriotique n’aura servi à rien. En partant en Argentine, c’est une façon de mettre tout ça à distance. Il oublie le yiddish qui devient une langue étrangère. Il est dorénavant argentin. Point. Pourtant, l’Histoire va le rattraper. La Deuxième Guerre mondiale éclate. On mure les Juifs dans un ghetto à Varsovie. Vicente apprend tout cela par les lettres de sa mère, de plus en plus alarmantes, puis de plus en plus rares. On affame les Juifs, dans le ghetto où les nazis parque volontairement jusqu’à la surpopulation. Les maladies se propagent. Vicente est de plus en plus inquiet. Il perd sa joie de vivre. Il a des échos de déportation. Mais c’est le flou, le brouillard. Les nouvelles arrivent difficilement de l’Europe. Vicente est submergé par un ghetto intérieur, se mure dans un silence qui l’étouffe mais dont il est difficile de le faire sortir.

C’est un récit incroyablement émouvant que nous livre Santiago H. Amigorena, qui questionne d’une plume sublime les questions de l’identité, de la culpabilité, du poids du silence qu’on ne parvient pas à briser. De l’absurdité des choses et du monde. J’ai adoré la manière dont il souligne certaines débilités sur l’identité juive. « (…) je ne voudrais jamais vivre dans un pays il n’y aurait que des Juifs. Mais n’est pas le problème. Ce que je voulais dire, c’est que c’est ridicule d’imaginer ça [avec le recul historique, la lectrice se marre de ce qu’il va se passer après la guerre et c’est l’un des points forts du livre]. C’est absurde de vouloir nous définir de cette façon. Techniquement on est juifs. Mais pratiquement, on ne l’est pas. Que nos mères soient juives peut impliquer, pour certains, que nous aussi nous le soyons, mais ça n’empêche pas que pour d’autres, cela peut ne rien vouloir dire du tout. D’ailleurs, imagine à quel point cette définition est ridicule : si je me marie avec une goy, mais enfants ne seront pas juifs, mais si eux, à leur tour, tout goyim qu’ils soient, ils épousent une Juive, j’aurai des petits-enfants juifs ! C’est pas aberrant, ça ? »

Ce livre est à mettre dans toutes les mains, en particulier des « zemmouriens », vous savez, ces bestioles grâce auxquelles un gros facho-nazo-prout se déclare à la présidentielle, pétri l’imbécilité et d’ignorance volontairement crasse pour faire passer ses idées nausabondes auprès des masses ignorantes et idiotes, scotchés sur les réseaux sociaux. 😒 Ce livre est un sacré rappel de l’histoire de ce que l’on appellera plus tard la Shoa. C’est très documenté sans être difficile à lire (au-delà de l’émotion suscitée), car Santiago H. Amigorena écrit d’une manière très simple (qui ne signifie pas simpliste). A lire un jour où on a le moral, clairement. Mais c’est plus facile à lire que Semprun ou Primo Levy, parce que l’angle est différent et que ce n’est pas directement un déporté qui s’exprime mais sa descendance par le prisme à peine voilé d’une pseudo-fiction. Un de mes coups de ❤ 2021 !

J’ai également lu La fille qu’on appelle de Tanguy Viel, roman publié pour cette rentrée littéraire d’automne. Sans trop savoir de quoi ça causait car la quatrième de couv est assez susccinte.

Verdict : dans la mouvance des romans tendance « Me too », dont j’avoue que je sature un peu (pas parce qu’il ne faut pas dénoncer, mais parce que l’édition s’est engouffrée là-dedans un peu trop et que c’est devenu la dernière tendance. Tanguy Viel a une écriture originale, qui désarçonne un peu au début. Puis on plonge dans l’histoire de ce boxeur amateur qui a connu ses heures de gloire par le passé et s’apprête à faire son grand retour sur le ring. C’est le chauffeur du maire. Sa fille, Laura, a décidé de revenir vivre avec lui. Mais elle n’a pas de boulot et a besoin d’un logement. C’est une belle jeune femme. Quelques années auparavant, elle a été approchée par des mecs qui lui ont promis une belle carrière dans le mannequinat. On devine rapidement qu’elle s’est fait avoir. Les griffes libidineuses sont partout. Vivent tranquillement leur vie. Jusqu’au jour où la fille décide de porter plainte contre le maire de cette ville cossue, où le patron du Casino sait faire magouille avec le maire. Le retour du boxeur va se faire. Mais pas forcément comme prévue. La fin est rageante. Un bon roman, sans coup de coeur.

Une petite déception

J’ai assisté au Livre sur la Place à Nancy à une table ronde. C’est ainsi que j’ai découvert Lilia Hassaine. C’est l’histoire d’une famille algérienne qui émigre en France dans les années 50. Ils obtiennent un logement en HLM, ce qui est le luxe de la classe ouvrière à l’époque. Français et immigrés vivent ensemble et se côtoient, s’entraident dans la cité, sans discrimination. Les deux derniers enfants sont des jumeaux. Une grossesse non voulue et déjà beaucoup de bouches à nourrir. La voisine, Eve, devenue une amie de la famille, est stérile. La mère lui donne un des jumeaux. Il s’appellera Daniel. Celui qui lui reste se nommera Amir. Les années passent. 1970-1975, le chômage de masse fait son apparition. Les Français quittent la cité grâce à l’accession à la propriété. Les immigrés se retrouvent entre eux. Pendant que la discrimination et le racisme font leur apparition. Le père doit renoncer à une promo à l’usine, poussé par ses compatriotes eux-mêmes qui lui mettent des bâtons dans les roues en lui disant que ce serait un enfer pour lui par rapport aux Français. Années 80 : Amir est un élève brillant. Il intègre des études de médecine. Mais il doit travailler car son père, décédé, a laissé le peu qu’il possédait à.. Daniel. La mère fait des ménages. C’est difficile. Grâce à une de sa mère, Amir trouve du travail comme boulanger. Le matin, avant les études, il fait le pain pour le propriétaire de la boulangerie. Et il se passe un truc que je ne vais pas vous spoiler mais qui finalement a été l’effet too much pour moi ! A présent, la drogue coule à flots dans la cité, les overdoses y sont monnaie courante car les jeunes ne trouvent pas de boulot.

Je pensais lire un roman beaucoup plus fouillé sur les causes à effets. Finalement j’ai trouvé un livre qui énonce des faits (pas faux), déjà connus mais qui reste en surface. Il manque une dimension d’analyse vraiment fouillée. L’histoire avec le boulanger est assez dingue pour être totalement crédible. Un haut pouvoir symbolique mais c’est carrément caricatural ! C’est dommage ! J’attendais beaucoup plus. L’intégration est une chose complexe, difficile qui ne peut pas être traitée avec simplicité. Mais c’est un roman intéressant tout de même.

Voilà pour une chronique 3 en 1. 😁 Je ne referai pas une chronique de Transatlantic de Colum McCann car je me suis aperçu que je l’avais déjà lu… et chroniqué !🤣

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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4 commentaires pour Mes dernières bonnes feuilles 2021… peut-être !

  1. Oui comme tu le dis le Tanguy Viel a été également pour moi le livre de trop sur le sujet…. Je sature et j’ai trouvé qu’il manquait d’originalité et était très stéréotypé…. Tellement loin de Article 353. 🙂

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