Personne ne meurt à Longyearbyen – Morgan Audic

Je continue mes chroniques sur les livres lus pour mon périple en Laponie, même s’ils ne se passent pas tous strictement en Laponie mais en tout état de cause en pays nordiques. Les voyages, c’est bien car quand on est grand lecteur, cela oblige à découvrir des auteurs qu’on ne connaissait pas ! Du moins, j’essaie toujours de faire concorder mes lectures avec ma destination de voyage – c’est plus ou moins facile selon ladite destination.

L’auteur n’a rien de nordique puisqu’il est malouin, enseignant en histoire dans un lycée. L’histoire nous emmène dans un coin d’Europe méconnu : l’archipel du Svalbard (où se trouve le Spitzberg), bien au nord de la Norvège, le dernier archipel avant le Pôle Nord où se trouve Longyearbyen, la dernière ville avant le Pôle Nord, justement ! La narration mêle deux histoires parallèles dans deux endroits différents. Une chercheuse en biologie arctique est retrouvée morte dans l’archipel. Plus au sud, dans les îles Lofoten, un ex-journaliste est retrouvée sans vie.

Bizarrement, au tout début, je n’ai pas compris qu’il s’agissait de deux personnes différentes, je pensais qu’il s’agissait d’une seule femme parfois appelée avec un diminutif : Asa / Agneta. Tout laisse à croire que l’étudiante a été dévorée par un ours polaire, le Svalbard abritant le plus grand nombre d’ours polaires de la planète. Pourtant Lottie Svandic, enquêtrice volontairement mutée dans ce coin perdu, va rapidement douter. Les ours s’attaquent à l’homme seulement s’ils ont peur ou faim. Quant à Nils Madsen, reporter de guerre, ses compétences de grand reporter lui permettront de démontrer que sa (ex)-compagne et collègue ne s’est pas suicidée.

Le début est un peu emberlificoté, surtout quand on ne comprend pas d’emblée qu’il se passe dans deux lieux différents dans les coins perdus de l’Arctique, mais c’est finalement rapidement assez clair ! 🙂

L’intrigue n’est qu’un prétexte. Une fois de plus, j’ai adoré ce polar pour son côté documentaire. Il ne se passe jamais rien au Svalbard ? C’est effectivement ce qu’on pourrait croire. L’auteur nous donne pourtant une petite leçon d’histoire géo-politique. J’ai complété par un reportage sur Arte TV complètement intéressant, que je vous conseille vivement après cette lecture. Si le territoire du Svalbard est en majorité norvégien de nos jours, il possède des enclaves… russes dépeuplées aujourd’hui. Autrefois l’archipel possédait encore des colonies russes habitées qui ont été finalement en majorité désertées progressivement à la fin de la Guerre Froide. Il en reste actuellement une, l’enclave de Pyramiden où la Russie exploitait un gisement de charbon jusqu’à la fin des années 90, devenue une colonie fantôme peuplée seulement de quelques gardes russes qui maintiennent l’illusion. Du moins c’est ce qu’on croit. Complété avec le documentaire Arte, vous apprendrez que les Russes sont en train de repeupler les colonies, tant l’archipel est un point stratégique. Les villageois des deux nations tentent actuellement de maintenir des relations cordiales, en dépit de l’actualité internationale tendue.

Concernant le polar, je ne peux pas évidemment, dévoiler l’intrigue mais l’aspect documentaire et les projections suggérées pour l’avenir donnent un coup de massue à l’image de coin de la planète tranquille. Utilisation des animaux marins à des fins d’espionnage, réserve mondiale de semences dans le sous-sol de Longyearbyen que le réchauffement climatique met en péril quand la couche terrestre censée ne jamais fondre se met à dégeler (c’est tout à fait réel et pas de la fiction). Ce n’est peut-être pas des ours dont il faut se méfier.

J’ai une pensée pour tous les touristes fortunés qui font des croisières de luxe pour observer les cétacés ! 🙂

Prix Quai du Polar 2024 bien mérité.

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NB: j’ai décidé de ne plus acheter un seul livre neuf. Je ne me procurerai plus que des livres en achat d’occasion ou en bibliothèque. On mange sur notre dos de lecteur mais on nous contingente les accès au Festival du Livre de Paris, qu’on devrait rebaptiser Le Pince-Cul du Livre de Paris – organisé par le Syndicat National de l’Edition (SNE) je le rappelle. Bolloré peut racheter toute l’édition française et limoger tout le monde de cet univers d’hypocrites et de pissepartout. Profitez pour acheter des livres d’occasion car ça fait déjà un moment qu’on est dans le viseur, nous, les lecteurs, pour nous faire payer une taxe sur ce type d’achat. Vraiment ils sont dégoûtants. Beurk, beurk.

Oups, je file faire mon sac pour le pays le plus heureux du monde ! 🙂

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About Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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