Les vainqueurs – Roy Jacobsen

Traduit du norvégien par Alain Gnaedig

En attente des résultats du premier tour des municipales, j’ai décidé de prendre la – conséquente – pile de livres lus ces derniers mois entassés sur mon bureau pour écrire quelques chroniques pour lutter contre le stress – du résultat électoral, avec une liste de fachos qu’on n’a jamais vus, jamais, même pas eu un tract, tellement courageux qu’ils sont à se confronter à la réalité de ce qu’on pense d’eux : descendants de collabos et autres nazillons prêt à tout mais derrière l’isoloir, en hypocrites. Bref, les livres sont toujours une bonne compagnie pour oublier la Bêtise à l’état pur, qui semble vouloir gouverner une partie de la planète. Mon refuge de vacances était juste une merveille inoubliable. Je ferai peut-être une petite chronique sur le sujet si j’ai le temps.

Avant de partir, j’ai lu beaucoup de littérature nordique. Ce fut l’occasion de ma troisième rencontre avec le regretté Roy Jacobsen : après Les invincibles et Mer blanche, lus et chroniqués ici il y a quelques années, j’ai englouti Les vainqueurs, qui m’a occupée quasiment un mois entier avec ses 773 pages écrites en police de petit caractère et paragraphe compacts. Cela en valait la peine, franchement !

Le roman se divise en deux parties : « Le chant de Marta » et « Gamin ». L’histoire commence par la bêtise de trois gamins, Gunnar, Randi et Martha qui font sauter « le Géant » avec de la dynamite volée à leur père, ignorant tout du désastre qu’ils viennent de commettre envers les pêcheurs du coin.

Le Norvégien Roy Jacobsen est féru de saga familiale, souvent en plusieurs opus. Ici c’est un seul volume qui nous emmène sur la côte du Helgeland, un coin perdu du nord de la Norvège en 1927. Nous suivons une famille nombreuses dont le père, Johan trime pour nourrir la famille dans le pays le plus pauvre d’Europe, partageant son temps entre la pêche, la culture des terres et la construction de la voie de chemin de fer. Seulement, il arrive un moment où cela ne suffit plus, où la pêche devient moins abondante, où la famille s’agrandit avec la « Gitane » qui arrive avec ses propres enfants. Johan envoie alors sa fille comme domestique chez une riche famille à Oslo.

Nous parcourons cinquante ans d’Histoire norvégienne, de la vie ouvrière du père, à l’irruption de la Seconde Guerre mondiale, de la découverte du pétrole qui fera basculer la position du pays sur la scène européenne, mais tout cela en arrière plan très discret. C’est peut-être ce que j’ai regretté dans cette histoire, je pensais avoir un fond historique plus présent. Néanmoins, si j’ai eu un petit coup de mou au milieu du roman où j’ai trouvé que c’était un peu trop délayé, que ça trainait en longueur, j’ai globalement beaucoup apprécié cette lecture.

On est plongé dans la vie compliquée de cette famille aux nombreux personnages mais pour autant on n’est pas complètement perdu. Tout y est, de la sensation du froid, à l’odeur du bois, la force du vent, l’air iodé de l’océan…. Et des histoires dans l’histoire qui sont difficilement énumérables.

La deuxième partie m’a perturbée pendant un temps car j’ai mis un petit moment à identifier qui s’exprimait. C’était un peu le polar dans le roman. J’ai pas mal souri des bêtises de Rogern, de ses expériences de vie et de celle de sa fratrie dans un monde où tout s’accélère. Le gamin, gamin de cité nouvellement sortie de terre dans les environs d’Oslo, ignore tout de la région d’origine de sa mère. Jusqu’au jour où il y va avec sa famille. J’ai pas mal souri du regard truculent que le gamin qui grandit porte sur son pays et la société dans laquelle il vit, de ses histoires à l’école. J’ai franchement ri quand j’ai vu revenir son frère qui voulait reprendre la ferme du grand-père dans le Nord dans les années 70, changer radicalement d’avis dix ans plus tard pour se lancer dans le nouvel Eldorado norvégien des années 90.

La seule chose que j’ai regretté à part le délayage à mi-parcours, c’est que le style d’écriture choisi par Roy Jacobsen est franchement peu aéré. Je me suis demandée s’il ne voulait pas étouffer son lecteur. 🙂

Au Finnmark, j’ai repensé à ces pages – qui ne se passent pas en Laponie mais le paysage est similaire, et l’expérience du froid du Grand Nord vous rappelle la rudesse des conditions de vie, dans ces contrées les plus sauvages d’Europe, où la solidarité entre les habitants est primordiale. J’insiste pour dire que si l’on est bien équipé, on ne souffre pas du froid à partir du moment où l’on bouge. C’est l’équipement obligatoire de toute façon pour ne pas mettre sa vie en danger.

Et vous, quels romans nordiques me conseillez-vous ?

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About Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 Responses to Les vainqueurs – Roy Jacobsen

  1. Avatar de alexmotamots alexmotamots dit :

    Une sacrée couverture (de roman, pas de vêtements).

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