"Partout des livres. Sur les étagères et sur le petit espace au-dessus des rangées de livres, et par terre, sous les chaises, des livres que j'ai lus, des livres que je n'ai pas lus…" (Edna O'Brien – Fille de la campagne)
Enfin, je me visse derrière l’ordinateur et non derrière le smartphone qui me fait faire des fautes et autres coquilles pour gribouiller une chronique sur le dernier roman de Donal Ryan paru en France en mai, mais qui, a paru en 2020 en Irlande ! Je ne comprendrai jamais le retard : je veux bien qu’il faille acheter des droits d’auteurs et trouver parfois des financements, mais quand même… cinq ans de retard ! Ne le voyant pas paraître j’avais commencé à le lire en VO. Seulement, je lis moins vite et pour ce roman, la prose ryanaise est faite de longues phrases descriptives. Donc, j’en étais à peu près à la moitié quand je l’ai reposé en me disant que je le continuerai plus tard, mais quand j’ai eu connaissance de sa parution en France, je l’ai acheté… (on ne se refait pas !)
Bon, alors tout d’abord, je dois dire qu’ai fait une double lecture en VO et en VF car arrivé à la moitié (justement), je trouvais la version française beaucoup plus fadasse que mon souvenir en VO. Le souvenir de ma lecture en VO c’était qu’il y avait beaucoup de sensations et de sentiments dans ce roman, alors j’ai eu l’impression qu’en VF passait souvent outre. Et que dire du titre ! SOS ! Quand on termine le roman on comprend pourquoi il s’intitule Strange Flowers. L’expression se retrouve à une ou deux reprise dans la narration mais on comprend vraiment sur la fin, en tout cas, cela a été mon cas. Bien loin d’un titre mou.
Nous sommes dans les années 70 dans un village des environs de Nenagh, comté de Tipperary, cher à l’auteur. Un jour Moll, la fille de Kit et Paddy Gladney quitte le domicile familial en secret et sans un mot. Les parents se démènent pour la retrouver, faisant à l’occasion un voyage à Dublin qui est un moment savoureux (et dramatique) du roman. Puis cinq ans plus tard, elle réapparaît comme elle avait disparu. La raison de sa disparition est finalement le fil ténu de l’histoire. Puis, apparaît un homme noir qui attire l’attention de tout le village, un Britannique qui recherche Moll, accompagné d’un enfant. Aussi bien le lecteur que les parents de Moll sont pour le moins surpris ! S’ensuit une enchaînement de surprises jusqu’aux dernières pages et sur plusieurs générations.
La vie est en partie faite de hasards, de contingences. Si Moll n’avait pas claqué la porte du domicile familial pour se rendre à Londres, elle n’aurait pas rencontré le père de son fils. Et il n’y aurait pas eu cette histoire. Mais la question qu’on se pose tout au long de la lecture est « pourquoi est-elle partie »? » Il y a quelques fausses pistes savamment distillées par l’auteur. Mais on va de rebondissements en rebondissements.
Au début, et jusqu’à la moitié du roman, j’ai suivi… et puis, il y a eu LA révélation qui m’a fait revenir en arrière, pour être sûre d’avoir bien lu, bien compris. Cela tient à l’emploi d’un mot. Et j’avoue que je me suis dit : ce n’est pas un peu too much ? Même si la thématique est totalement une bonne idée, mais il faut savoir qu’avant cette révélation, on a vu ATTENTION SPOILER : Alexander mourir (bêtement), Josh (le fils), s’enfuir à Londres, Paddy mourir.
Il faut dire que les parents de Moll vivent sur le terrain d’une famille fortunée (les Jackman), comme à l’ancienne. Paddy est facteur, mais il entretient le terrain du couple avec qui il a des relations policées. Un couple qui a l’air de filer le parfait amour…
Je le dis tout de suite : si j’ai globalement apprécié ce roman, il n’est pas mon préféré de l’auteur. Il est différent des autres : j’ai cherché en vain l’humour légendaire de Donal Ryan et je ne l’ai pas trouvé. Le style m’a semblé différent. Ensuite, s’il lance des pistes, j’ai eu l’impression qu’il n’allait pas au fond des choses et que les personnages étaient un peu trop accablés, surtout Moll. On passe même l’espace de quelques pages à une sorte de thriller.
L’auteur aborde de nombreuses thématiques com comme le racisme et les préjugés, le poids des conventions et des non-dits, les fractures intimes qui vous font saigner et crier en silence, l’incompréhension, pourtant je suis restée sur ma faim.
Et vous, vous l’avez lu ?
Je devrais repartir en Irlande en juillet et je me dis déjà que je vais en profiter pour me procurer le dernier.
Petit retour sur mes deux lectures irlandaises des semaines passées avec deux auteurs que je n’avais jamais lus : Colin Barrett qui publie son premier roman, Fils prodigues (traduit par Charles Bonnot), après un recueil de nouvelles (Jeunesloups) et Karl Geary, avec Juno etLegs (traduit par Céline Leroy) dont c’est le deuxième roman.
Eh bien ma foi, ce sont deux belles découvertes ! Leur point commun (involontaire dans mon enchaînement de lectures irlandaises ) : la jeunesse cabossée.
Fils prodigues se déroule dans le comté de Mayo où deux frères « caïds » embarquent un petit dealer de quartier plus jeune pour se venger. Le gamin s’appelle Doll (tout un programme !) et ils décident de le cacher dans une ferme isolée, chez un mec, Dev, qui travaille parfois pour eux, sans vraiment savoir comment il en est arrivé là. Celui-ci a perdu sa mère et sa seule compagnie est un chien. Il détonne complètement dans l’univers de la magouille et du deal. C’est un gars fragile et sensible. Doll, le môme, le trouve étrange, il joue les durs à cuire mais il faut dire que son horizon est bouché, il se la joue adulte avec sa copine et même sa mère qui s’arrache les cheveux avec le frère aîné Cillian English (visez-moi le nom de famille !) qui décidément n’en rate pas une et entraîne toute la famille cabossée dans une nouvelle embrouille. Un lien va se tisser entre Dev et Doll. On ne peut pas dire qu’ils deviennent amis, mais finalement, ils arrivent à se comprendre. Un roman sombre et lumineux à la fois par la solidarité entre les personnages et des femmes courage. Seul défaut : j’ai trouvé la fin un peu expédiée, j’attendais davantage et du coup elle m’a laissé sur ma faim. Mais c’est un roman à lire !
Juno et Legs, c’est l’histoire de deux mômes des environs de Dublin, dans les années 80 et on les suit jusque dans les années 90, j’imagine, car ce n’est pas écrit. On fait la connaissance de Juno alors qu’elle a 14 ans et va au collège, tenu par d’infâmes religieux. Sa mère se débrouille avec une machine à coudre Singer et le père dilapide le peu d’argent dans la boisson. Au collège, Juno fait la connaissance de Legs, qui n’arrête ps d’être puni et convoqué par le religieux à la tête de l’établissement. Le courant passe entre les deux ados et ils enchaînent les quatre cents coups, jusqu’au jour où un drame survient qui fera basculer la vie de Legs en particulier. Et pas de pot, Juno perd sa mère pour un accident stupide.
Un roman qui ne manque pas de rebondissements et le lecteur se prend des coups durs ! Une narration en élipses qui met en relief les non-dits. L’histoire est divisée en deux parties. La deuxième nous plonge dans un Dublin underground, on traine dans une cave à vins (oui !) aux personnages hauts en couleurs, entre alcooliques, drogues, LGBT et SDF, artistes autoproclamés, un monde de la fange insoupçonné. L’histoire d’une chute. Et d’une maladie terrible dont le nom n’est jamais prononcé. Malgré tous les coups durs, qui ne manquent pas, Juno et Legs vont se soutenir. A nous d’imaginer la fin. Juno trouve un abri au milieu des livres, son truc à elle, en plus de l’alcool. J’avoue que la deuxième partie n’en fini pas d’en finir sur les dernières pages. Je n’ai pas compris non plus pourquoi les deux ados n’évoluent pas du tout dans leur façon de s’exprimer : en tout cas je trouve que la Juno de 14 ans s’exprime comme une adulte (qui jure comme un chartier aussi !), qu’il y avait un décalage qui fait perdre en crédibilité au personnage. Mais c’est un roman addictif !
Et vous, quelles sont vos dernières lectures irlandaises ?
J’avais écrit que je parlerai de mon séjour à Dublin à la période des fêtes, mais à la veille du mois de mai, ce n’est toujours pas fait !🫣 Il faut dire qu’entre le boulot et les voyages, je suis assez peu derrière les écrans. Qu’à cela ne tienne, chose écrite, chose due !
Pour ceux qui hésitent à aller en Irlande en hiver : vous avez tort. Les Irlandais ont le sens de la fête et de la bonne ambiance, même en dehors des périodes de fête, alors pendant la période des fêtes, c’est un truc de doux dingues !😅 Ensuite, en France, tout le monde me disait que la météo serait peu propice : les préjugés ont la peau dure. Pas une goutte de pluie en 5 jours et même un beau soleil (contrairement à l’Italie où j’ai vécu une semaine sous une flotte incessante !)
Place aux images et bienvenue dans le monde des illuminations et décos de Noël à peu près partout et sous toutes les formes imaginables…
Suivez-moi, on prend le Luas …
Ma déco-trouvaille préférée, c’est bien celle-là, 😂
James Joyce and Santa
Sachez qu’à Dublin, la faune ne manque pas, même en pleine ville, grâce au très connu St Stephen’s Green, entre autres. Néanmoins, en pleine journée, vous vous contenterez des cygnes, canards et goélands – géants, pour ces derniers). Mais de bonne heure, que de surprises. La qualité de ma vidéo n’est pas géniale, je n’avais que mon smartphone…
St Stephen’s à l’aubeLes petits canailloux de St Stephen’s
Et cette lumière unique…
Une petite envie de promenade au bord de la mer pour digérer ? Hop, un petit coup de DART qui, pour environ 2€, vous emmène à Howth où il y a le choix des balades. Cette fois, j’ai choisi la colline – il était assez tôt et pourtant déjà pas mal de monde🙄, mais cela restait gérable. Il faut dire que ce jour-là, il y avait des travaux sur la ligne qui empêchaient d’aller à Greystone ou Bray, donc je pense que les gens se sont rabattus sur Howth. Mais c’est une ville très (trop ?) fréquentée, et pour cause…
Et puis, quelques photos du côté de Phoenix Park (qui n’est pas du tout mon parc préféré, trop de routes le traversent, ce qui gâche la tranquillité d’une promenade. Je suis aussi allée faire un tour du côté de Smithfield, quartier populaire (autrefois, un peu plus bourgeois maintenant) où l’on vendait des chevaux.
Et puis, encore quelques photos de Dublin, au fil de mes pas. N’hésitez pas à prendre le Luas (tram) en cas de fatigue pour rentrer. Je vous conseille d’acheter la Leap Card (rechargeable même avec votre smartphone), qui permet de prendre tous les transports publics de Dublin et le DART, mais elle est également valable dans certaines grandes villes comme Cork (voir leur site, car cela évolue).
Et regardez où vous marchez ! Il y a également des surprises sur les trottoirs de Dublin. 🤗
J’espère avoir réussi à vous transmettre quelques sensations dublinoises et vous avoir donné l’envie de découvrir la capitale irlandaise. Je ne suis pas payée par l’office du tourisme ni par personne. 😁
Parce que je pars quelques jours en vacances en Italie, j’ai acheté de quoi m’accompagner, mais je n’ai pas résisté à en lire la moitié avant le départ. 😆
Et c’était une excellente idée car j’ai eu u gros coup de coeur pour Letrain desenfants de Viola Ardone. L’histoire débute au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quand le parti communiste a l’idée d’envoyer les enfants défavorisés du sud de l’Italie, dans le Nord du pays, en Lombardie, dans des familles d’accueil le temps des vacances. La société italienne et cet événement est vu à travers le yeux d’un gamin de 7 ans très attachant et magnifiquement incarné par la plume de l’autrice. Qu’est-ce que j’ai ri !🤭 C’est succulent, dans tous les sens du terme ! Si vous ne connaissez pas la différence gastronomique entre le Sud et le Nord de l’Italie, là, vous êtes servi ! Une pizza fritta contre de la mortadelle lombarde. 😋 Il y a vraiment des moments drôles dans cette histoire.
Il s’agit aussi d’un roman très documenté où on apprend une foule de choses. L’autrice aborde la thématique du déterminisme social et du déchirement du personnage principal entre ses origines modestes, son Sud natal et le nouvel univers qu’il découvre. Dommage que cette nouvelle édition de poche soit d’une mocheté calamiteuse qui dessert le livre. Mais sivous voulez un petit voyage du sud au nord de la Botte, foncez, c’est un bonheur.
Ensuite, j’ai lu Fleur de Roche de IlariaTutti, qui se déroule en 1915 dans le Frioul. Si c’est également très documenté, j’ai cependant trouvé le style froid et sec, avec l’impression de lire un documentaire un peu poussif sur le rôle des femmes à la frontière alpine italo-autrichienne. Ou comment elle ravitaillaient à pied dans la montagne les soldats alpins. L’Autriche ayant également conquis le Nord de l’Italie par le passé, on comprend l’animosité d’une potentielle nouvelle défaite. L’héroïne finit par sauver un ennemi blessé. Une lecture avec des hauts et des bas, j’étais au bord de l’abandon.🫤
Je commence un troisième roman pour mon départ en Italie demain. La météo promet d’être un désastre, alors j’ai pris du stock au cas où…
Nous suivons pendant 3 mois, entre juin et août 1994, la vie de Maeve, 18 ans, qui vient de terminer ses études secondaires et espère intégrer l’université de Londres. Comme ses deux copines Caroline et Aoife, elles rêvent de quitter l’Irlande. Maeve et Caroline ont grandi à Belfast et viennent d’un milieu modeste. Aoife est issue d’un milieu plus aisé et a passé son enfance dans « le Sud », comprendre la République d’Irlande.
Toutes les trois décident de travailler pour avoir des économies pour leur vie rêvée de future étudiante. C’est ainsi qu’elles sont embauchées par Andy, proprio rosbif de la fabrique de chemises de Belfast, elles se mettent en coloc dans un appart et c’est parti pour la vie d’ouvrière du textile. L’occasion de fréquenter la communauté des « réformés », dans cette Irlande du Nord qui sort à peine d’une guerre civile de 30 ans, le lendemain des Accords de paix de 1993. C’est un peu plus joli sur le papier qu’en réalité, bien évidemment.
J’ai dévoré ce bon pavé de 350 pages qui nous plonge dans la vie quotidienne des ouvrières et ouvriers de Belfast où les préjugés sont encore tenaces mais où, malgré tout, quand ça commence à sentir le roussi et que le patron rosbif commence à vouloir enfler tout le monde, la solidarité voit le jour.
Il s’agit également d’un très chouette roman d’apprentissage et de sonorité. Maeve est une jeune fille au caractère bien trempé, qui rêve de devenir journaliste et n’a pas sa langue dans sa poche pour dire ce qu’elle pense sans détour ! Elle en a bavé, sa famille en a bavé, il se passe un truc pas cool pour elle à la fin, une injustice mais qui finalement sera un coup de pied au cul ultime pour aller vers la lumière (on espère, y aura-t-il une suite ?).
La vie est rude à Belfast mais qu’est-ce que j’ai ri ! Il y a des moments où Michelle Gallen « se lâche » sans prévenir : attention à la crise de fou rire en public !
Les personnages sont magnifiquement incarnés et attachants. J’ai eu du mal à quitter Maeve, Fidelma et les copines de l’usine.
J’ai aimé la justesse du ton et le fait que cette petite Maeve à la grande gueule s’en sorte haut la main, mettant à rude épreuve son amitié avec Aoife, malgré elle. La jalousie fait des massacres… mais ce roman est un beau pied de nez au « tu es bien né, tu iras dans les meilleures écoles ».
Un roman qui aborde donc des thèmes comme le déterminisme social, l’amitié, la solidarité et l’injustice. J’espère vraiment qu’on pourra suivre la suite des aventures de Maeve.
Voilà pour une petite chronique écrite rapidement.
Mon deuxième coup de coeur irlandais2025 après l’inoubliable roman de Paul Lynch. Cela va sans dire que je vous conseille ce roman.
J’ai tellement lu et tellement pas chroniqué en février que j’ai décidé de faire une chronique globale, en ajoutant même un roman lu en janvier. Et, franchement, mon année littéraire est fantastique : je n’ai globalement que des bonnes voire très bonnes pioches, hormis une déception. Il s’agit de choix personnels, influencée par personne et rémunérée par personne pour le faire. Sans aide d’intelligence artificielle non plus ! 🙂 A l’heure où l’on ne sait plus qui fait vraiment quoi et pour quoi il le fait sous des apparences anodines, il n’est pas inutile de le rappeler.
Bref, voilà l’état des « dégâts » ! Je n’ai pas compté le nombre de pages que cela fait, mais c’est pas mal pour un mois de 28 jours et un livre terminé le 31 janvier. J’ai varié les plaisirs, mais les addicts à la littérature irlandaise repérerons au moins 3 ouvrages !
En janvier, j’ai lu Son odeur après la pluie de Cédric Sapin-Defour, un roman que je voyais partout partout partout depuis sa sortie en grand format, ce qui a toujours un effet ambivalent sur moi car je sais parfaitement que ce n’est pas forcément les meilleurs réussites du moment. Pourtant, quelque chose m’attirait : un chien et un homme et aussi une odeur de montagnes et de vadrouille. Sorti en poche , l’occasion de tenter l’expérience. Je sors quand même de ma zone de confort, n’étant pas une grosse fan de la race canine, exception faite des très gros chiens (mais pas les molosses). Un bouvier bernois, j’en croise un une fois par semaine, un gros patapouf qui fait semblant de monter la garde devant la porte d’un pavillon : impressionnant mais une crème. Bref, ce fut une excellente surprise ce récit. Le narrateur raconte comment il a rencontré Ubac, récupéré chez une dame après avoir lu une annonce. A l’époque, il est célibataire, il adopte ce chiot. On suit son évolution, sa vie, celle inévitablement de son propriétaire qui trouve aussi une autre âme soeur, bien humaine, elle. Ubac devient un peu l’enfant de cette famille hors norme, un couple de baroudeurs qui ont décidé de retaper un chalet. On se promène en montagne et en campagne, c’est une belle bouffée d’air loin du tohu-bohu du monde. Et puis, Ubac voit un jour arriver une soeur nommée Cordée (LOL, vous aurez compris dans quel environnement se passe cette histoire). Et un jour il sera papa d’une petite Frison ! 🙂 On se laisse emporter tranquillement par les chemins de traverse et les bêtises animales. Il s’agit d’un roman lumineux, sans gagatisme ni mièvreries, Du Nature Writing aux poils de chien. Par la même occasion, j’ai découvert la jolie plume d’un auteur itinérant.
Puis j’ai continué ma route au Royaume-Uni, en particulier sur le South West Coast Path, avec Le chemin de sel de l’autrice (galloise ?) Raynor Winn (traduit par Marc Amfreville) qui est un coup de coeur ! Bien que cela ne soit pas officiellement indiqué, il semble qu’il s’agisse d’un récit autobiographique. Moth, l’époux de « Ray », la narratrice, est atteint d’une maladie neurologique incurable, selon les médecins. Et comme la malchance n’arrive jamais seule, il se trouve que qu’à la suite de la trahison d’un ami, la maison du couple est saisie et ils sont expulsés. Ils deviennent donc du jour au lendemain SDF. Ray et Moth décident alors de faire le South West Coast Path, soit 1031 kilomètres de chemin de grande randonnée au sud-ouest du Royaume-Uni (la 4e de couverture parle de sud-ouest de l’Angleterre, ce qui est une erreur : n’allez pas dire aux « Cornish », qu’ils sont anglais ! ). J’ai adoré ce livre pour tous les paysages traversés mais aussi son aspect critique sociale bien sentie. La narratrice nous conte aussi souvent l’histoire des lieux traversés, on apprend une foule de choses, ou comment le gouvernement britannique a mis en place une usine de fabrication de gaz sarin, qui a fait plusieurs centaines de victimes chez les ouvriers, et comment il a rechigné à reconnaître la vérité jusqu’à être acculé ; l’interdiction toujours en vigueur de mendier ou de dormir dehors en Angleterre et au Pays de Galles, l’interdiction de faire du camping sauvage, etc. Le tourisme de masse et ses dérives en tout genre, notamment sur l’environnement est également pointé du doigt. J’ai revu avec bonheur des lieux traversés, le site supposé du château du Roi Arthur où j’ai fait une randonnée il y a quelques années et le fameux Land’s End où finalement j’avais eu beaucoup de chance de n’y trouver pas grand monde. J’avais peur que ce livre parle de maladie tout le long, que ce soit un tire-larmes. Que nenni ! En revanche, il montre les bienfaits de la marche sur le moral, le cerveau, l’effet positif sur la santé et la maladie. C’est une belle histoire de « résilience » (j’aime pas trop ce mot, mais bon). Enfin, j’ai apprécié l’humour, la présence de la littérature de marche (le couple part avec le livre de Paddy Dillon dédié à ce sentier de grande randonnée, ce qui donne des moments croustillants). Ma plus grande surprise a été de voir débouler Seamnus Heaney via la traduction du Beowulf . Enfin, marcher, c’est forcément l’occasion de croiser des gens. Le couple n’est pas déçu du voyage et nous non plus ! 🙂 . Je vous conseille vivement ce best-seller !
J’ai lu La nuée des âmesde Mike McCormack (traduit par Nicolas Richard) : ma lecture la plus énigmatique. Je me suis laissée embarquer dans une drôle d’histoire. Celle de Nealon qui rentre chez lui après une longue absence, dans une maison vide et son smartphone qui ne cesse de sonner. Une voix mystérieuse semble tout savoir de lui. Je me disais, « laisse tomber, bloque le numéro, ne répond plus aux appels ». En fait, il m’a agacé ce personnage qui se laisse faire. Je n’ai pas trop compris pourquoi il répond. En tout cas on peut dire que l’ambiance est plutôt angoissante, surtout quand finalement, il décide de rencontrer son harceleur. Qui perd ou gagne, telle est la question. Une ambiance de thriller psychologique, j’ai passé un bon moment même si la fin me laisse un peu perplexe.
J’ai lu le roman graphique Americana du dublinois Luke Healy (traduit par Basile Béguerie) qui est une petite merveille qui vous emmène avec lui faire l’expérience du Pacific Crest Trail, sur les pas, entre autres de Cheryl Strayed (Wild). L’auteur raconte ce qui l’a poussé dans cette expérience : son amour irraisonné pour les Etats-Unis, où il est parti ensuite faire des études de bandes dessinées, avant de se faire jeter car ses papiers n’étaient plus renouvelables, biberonné dès son plus jeune âge à la culture américaine qui fascinait toute l’Irlande des années 90. Bref, il se lance dans ce trek de haute volée de façon un peu inconsciente, sans même être ni spécialement sportif, ni spécialement entraîné. Je me suis régalée ! On vit toute sa souffrance, ses galères, ses moments de désespoir, ses bosses, ses plaies, ses ampoules, les paysages du sud de la Californie au sud du Canada. On intègre le monde un peu particulier des randonneurs au long cours, des amitiés se nouent, même si elles seront sans lendemain, des moments de l’instant, des surnoms (ouais, les randonneurs au long cours qui finissent pas se croiser et se recroiser pendant des centaines de milliers de kilomètres, se donnent des surnoms)… Le tout n’était pas gagné avec un graphisme en blanc, beige, noir et des dessins pas forcément très travaillés au premier abord, mais cela a vraiment fonctionné à merveille. Ce roman graphique est vendu 12€ : raison de plus pour ne pas s’en priver, c’est un bijou de 332 pages.
J’ai lu Les étoiles, la neige, le feu de l’Américain John Haines (traduit par Camille Fort) : du pur nature writing dans la droite ligne de Walden de H. D. Thoreau, ou l’expérience immersive écrite des années après les faits de 25 ans en Alaska à la fin des années 40 où l’auteur vit de sa chasse, de sa pêche, de ce que veut bien lui donner la forêt. On n’échappe à rien, certainement pas aux scènes de chasse et de dépeçage du gibier. Certaines scènes choqueront sans doute les vegans mais c’est l’occasion de rappeler qu’avoir le choix de ce qu’on mange ou pas est celle d’une vie aisée. Il y a une scène truculente avec une grizzly, une histoire de cuisson du porc-épic. J’ai bien aimé, c’est joliment écrit malgré quelques longueurs sur la fin. Ce livre date de 1989, il a initialement été publié en français sous le titre Vingt-cinq ans de solitude.
J’ai lu Epoque, de Laura Poggioli qui voudrait traiter de l’addiction de la jeunesse et des moins jeunes aux écrans. C’est un « romdoc » (roman documentaire). Qu’est-ce que je me suis ennuyée !!! L’écriture est sèche, c’est une expérience dans un hôpital psychiatrique dans un service dédié à l’addiction. Ce côté était assez intéressant et pas mal angoissant pour le futur (il suffit de regarder les zombies du smartphone dans les transports parisiens pour flipper de toute façon). Ou comment certains jeunes parviennent à ne plus manger, ne plus sortir de chez eux, avoir une phobie de l’extérieur par excès de virtuel en tous genres, comment les mauvaises rencontres peuvent survenir. Malheureusement, ce livre traite davantage du harcèlement de la narratrice par un médecin de famille pervers narcissique avec qui elle a eu une liaison, qui va tenter de détruire sa vie, son mariage, sa famille, en piratant son téléphone. Sauf que ça prend trop le dessus sur le reste du documentaire. Cela finit par devenir chiant, soyons clair. C’était too much. Puis il y a un côté « c’était mieux avant » qui m’a saoulée. Il y a toujours du positif et du négatif. J’aurais aimé qu’on parle du côté positif d’internet, des smartphones qui ont simplifié quand même pas mal de choses. Bref, ce n’est pas un livre très objectif, même si on ne peut pas lui enlever la réalité de l’aspect documentaire, qui est réel. Ma déception du moment.
Enfin, j’ai lu Entre leurs mains d’Annelise Heurtier qui traite des couvents de la Madeleine en Irlande. Un roman jeune adulte très bien documenté, une histoire rondement menée, une plume agréable, j’ai passé un bon moment même si personnellement je n’ai rien appris de nouveau sur le sujet. En revanche, je n’ai pas compris la mention de l’avertissement en début d’ouvrage indiquant que ce roman « comporte des scènes qui évoquent le viol, la maltraitance physique ou psychologique, ainsi que le suicide » car c’est écrit avec subtilité, évitant les scènes crues et traumatisantes, justement, sans pour autant éluder les faits. De même que la mise en garde sur le point de vue du personnage de Finegan. Un jeune lecteur pas trop idiot l’aura compris sans cette mention, d’autant que le personnage évolue positivement. Bref, rien de traumatisant dans ce roman jeunesse, si ce n’est de se confronter à la réalité de la société irlandaise d’une certaine époque. Les jeunes lisent des choses beaucoup plus trash il me semble à travers les dark romance etc.
Voilà pour le bilan de lecture. J’ai entamé hier Du fil à retordre de l’autrice nord-irlandaise Michelle Gallen. A suivre ici même bientôt. 🙂
Jeudi, j’espère arriver à aller écouter Hugo Hamilton au CCI (ouiiii , himself !). Un de mes auteurs chouchoux dont il me reste uniquement Berlin sur la Baltique à lire. J’ai dévoré tous ses autres romans ou polars il y a déjà un moment.
On est presque mi-février, j’ai déjà lu deux des romans de la rentrée littéraire irlandaise parus en janvier. Je m’apprête bientôt à entamer la troisième et je n’ai toujours pas écrit la chronique désormais légendaire sur la littérature de mon pays adoption. 🙂 Je me lance donc, sachant que j’ajouterai sans doute quelques parution au fil du printemps.
Hormis Le Chant du prophète de Paul Lynch dont j’ai déjà parlé…
voici les parutions repérées :
Le deuxième roman de Mike McCormack, La nuée des âmes (traduit par Nicolas Richard) que j’ai terminé il y a une dizaine de jours .
« Lorsque Nealon rentre chez lui, sa maison est vide et son téléphone se met à sonner. L’homme au bout du fil prétend le connaître, il aimerait le rencontrer pour discuter face à face. Mais alors que Nealon s’apprête à mettre fin à cette discussion absurde, le mystérieux interlocuteur lui fait comprendre qu’il est actuellement en train de l’observer. Qu’il devrait éviter de rester ainsi, assis dans le noir. À partir de ce moment, l’homme ne va plus arrêter d’appeler Nealon pendant que celui-ci erre de pièce en pièce dans cette maison devenue étrangère. Un lieu presque vide mais qui cache pourtant les souvenirs d’une vie déjà lointaine : sa femme Olwyn, leur fils Cuan, la routine d’une famille avant que Nealon ne soit arrêté et mis en prison. Le téléphone sonne à nouveau, l’homme semble connaître tous les détails de ce quotidien brisé. Les disputes du couple, les motifs de l’incarcération, puis la libération après l’acquittement. Nealon nie en bloc même s’il est intrigué, et il accepte finalement de le rencontrer pour en savoir plus. Cependant, alors qu’il est en voiture pour le retrouver, un flash à la radio annonce une attaque terroriste imminente sur le sol irlandais. Est-ce vraiment une coïncidence ? La vérité peut éclater à tout moment, surgir du hasard ou du plus profond de nos âmes, ou encore de la longue discussion que Nealon se prépare à avoir avec l’étrange inconnu. »
C’est également le retour de la Nord-Irlandaise Michelle Gallen, avec également un deuxième roman, Du fil à retordre, (traduit par Carine Chichereau) qui sera présente à Paris à la librairie Gallimard mercredi 12 février (voir le site de la librairie ou de l’éditeur pour en savoir davantage). J’avais beaucoup aimé son premier roman Ce que Majella n’aimait pas, donc je me suis procuré le deuxième.
« 1994. Maeve, dix-huit ans, habite une petite ville pauvre d’Irlande du Nord et vient de passer l’équivalent du baccalauréat. À la fin de l’été, elle connaîtra ses résultats et saura si elle entre ou non dans l’université londonienne qui l’a pré-acceptée. Partir pour Londres, c’est s’éloigner enfin de sa ville pourrie. Maeve trouve un job à l’usine de chemises de la ville, dont le séduisant patron anglais est réputé pour harceler ses jeunes employées. Elle découvre l’épreuve physique et mentale du travail (repassage toute la journée, rythmé par les pauses clope et les pauses thé-biscuits), mais aussi la solidarité ouvrière. »
Un autre roman, de teneur irlandaise mais pas du tout d’autrice irlandaise, catégorie jeunesse/jeune adulte : Entre leurs mains, d’Annelise Heurtier dont j’ai déjà lu plusieurs romans jeunesse il y a quelques années. Le roman qui évoque le désormais thème rebattu, pour les amateurs de littérature irlandaise, des Magdalen Sisters dont on ne parlera certes jamais assez, en mémoire de toutes celles qui ont péri dans ces couvents d’un genre un peu particulier, c’est le moins qu’on puisse dire (cf. le film éponyme de Peter Mullan sur le sujet, également). Je suis curieuse de voir ce qu’apporte de plus ce roman, comment il est traité par l’autrice. Je devine entre les lignes. Il me semble avoir été contactée par l’autrice également, si je me souviens bien.
« Elles affirmaient que c’était la seule façon de chasser le Malin qui s’était installé en nous. » C’est l’histoire de Deirdre, de Sinead, de milliers de jeunes Irlandaises enfermées derrière les murs d’un couvent. C’est l’histoire de ces femmes condamnées pour avoir eu le tort d’être la proie des hommes. C’est l’histoire d’un jeune homme qui écoute et prend conscience qu’il porte en lui la même violence. C’est l’histoire de la lumière au milieu de la souffrance. Inspiré de l’histoire vraie des Couvents de la Madeleine, l’un des plus grands scandales de l’Irlande du 20ᵉ siècle. »
Vient de paraître une réédition d’un roman semi-autobiographique de John McGahern, Journée d‘adieu qui semble bien tentant !
« D’inspiration largement autobiographique, Journée d’adieu reprend des thèmes familiers aux lecteurs de McGahern : l’épreuve traumatisante de la mort de sa mère, partie trop tôt ; les absences fréquente du père gendarme ; les années d’apprentissage débouchant non pas sur la prêtrise, comme le souhaitait sa mère, mais sur l’enseignement. Parti à Londres pour une année sabbatique après quelques déboires sentimentaux et surtout avec le besoin d’échapper à l’emprise étouffante de la religion, le narrateur y épouse, civilement, celle qui deviendra la femme de sa vie. »
Autre parution de février, le troisième roman du Nord-Irlandais David Park, Rappel à la vie (traduit par Cécile Arnaud). Le deuxième roman est toujours quelque part sur mes étagères, je l’ai reçu alors que je résidais à Nantes, autant dire que je n’avais pas eu le temps de le lire et ensuite, dans le charivari du retour, il a largement été oublié (shame one me ! 🙂 ) . J’avais bien aimé le premier qui se passait un jour de tempête de neige, de mémoire…
« Depuis la mort de sa femme, Maurice traîne chez lui en se nourrissant de malbouffe et ne vit plus que pour sauver sa fille d’un conjoint violent. Mais en attendant qu’elle accepte son aide, il décide de rejoindre un programme de running, « Du canapé aux 5 kilomètres », histoire de reprendre le dessus et d’être capable, le moment venu, d’envoyer son poing dans la figure de son gendre. Vêtu de son maillot demi-zip Fusion Pro bleu roi à séchage rapide (taille XL) flambant neuf, il retrouve chaque semaine un groupe de coureurs presque aussi amateurs que lui. Parmi eux, Brendan et Angela, qui n’attendent pas la même chose de leur mariage à venir mais peinent à se l’avouer ; Yana, réfugiée syrienne qui court depuis son enfance dans un pays en guerre ; ou encore Cathy, bibliothécaire divorcée, soulagée d’avoir échappé à un pépin de santé. Unis par le sentiment d’un rappel à la vie, tous se mettent en mouvement, bravant doutes et intempéries. Dans ce court texte écrit pour la BBC, dont les personnages ne sont pas sans rappeler ceux de Ken Loach, David Park radiographie la société irlandaise et souligne son sens de la communauté. »
A paraître le 5 mars, le premier roman de Colin Barrett, Fils prodigues (traduit par Charles Bonnot) « Gabe et Sketch, deux petits escrocs du comté de Mayo, enlèvent Doll English, le jeune frère d’un homme du coin qui leur doit quelques milliers de dollars pour dette de drogue. Ils se terrent le temps d’un week-end chez Dev, âme sensible et introvertie dont la ferme isolée constitue l’endroit idéal où attendre la rançon. Dans cette Irlande prolétaire où les rêves s’effilochent avant même qu’on n’y croie, Colin Barrett capture avec grâce la mélancolie des vies minuscules. Portrait d’une poignée d’âmes en peine et d’une génération perdue, ce roman contient autant d’amour et d’humanité qu’un film de Ken Loach, et nous touche au coeur. Sélection du Booker Prize 2024. »
Bref, que de tentations ! Lequel vous fait le plus envie ?
Mon année littéraire commence en tout cas très bien : je n’ai lu que des excellents romans jusqu’à présent. Je suis en retard dans les chroniques. Je suis actuellement en vadrouille littéraire dans le Sentier de Grande Randonnée sur Sud Ouest (du Royaume-Uni), avec Laroute de sel de Raynor Winn , portrait social au vitriol mais aussi Nature Writing qui est un bonheur à la fois de souvenirs de promenades et de grand air iodé qui vous requinquent d’une journée de travail harassante avant de rechausser vos godillots de randonnée, ce qui ne saurait tarder me concernant. Vivement !
Edit du 8 mars : Un nouveau roman de DonalRyan à paraître le 30 avril : Lavieestunechose étrange 🤩 Bizarrement, la couverture est disponible sur Amazon le Cafteur mais pas sur le site de l’éditeur, donc ça peut changer ! 😉 Je m’attendais plus ou moins à cette nouvelle publication vu le succès en Irlande.
Juno et Legs de Karl Geary est déjà en librairie. J’ai envie de lire ce roman, je n’étais pas très emballée par le sujet de son premier roman que je n’ai pas lu, du coup, mais j’ai peut-être tort… Traduit par Céline Leroy : « Deux gamins dans le Dublin des années 1980. Les adultes boivent ou cognent, les enfants trompent l’ennui dans la délinquance, et la pauvreté façonne inexorablement le destin de Juno. Pourtant, lorsqu’elle se lie d’amitié avec Legs, tout change. La dureté est toujours là mais ils créent ensemble un espace protégé où ils parlent, rient, imaginent d’autres horizons possibles. »
Edit du 14 mars : La route de la côte d’Alan Murrin, nouveau venu des lettres irlandaises dans les librairies de l’Hexagone est disponible depuis le 5 mars.
« Dans la petite bourgade d’Ardglas, sur la côte ouest magnifique et sauvage du nord de l’Irlande, tout se sait. La nouvelle se répand donc vite lorsque Colette Crowley, une poétesse qui a suivi un homme marié à la capitale, revient au village. Elle s’installe dans un cottage sur la propriété de Dolores, elle-même mère de famille épuisée qui, comme le reste des habitants, considère sa locataire avec méfiance.Alors que le divorce est encore illégal en Irlande dans les années quatre-vingt-dix, Colette est tiraillée entre le poids du passé et la liberté qu’elle a conquise. Seule Izzy, une femme au foyer en froid avec son époux, accepte de lui tendre la main.Malgré les contraintes d’une société étriquée, les trois femmes vont tenter de se forger leur propre destin. »
Mon année littéraire commence de manière fracassante avec la lecture d’un chef d’œuvre, le terme n’est pas trop fort et je n’ai pas du tout été influencée par le bandeau de couverture.😊 J’ai terminé hier le monumental Chant du prophète de Paul Lynch et je me sens orpheline. Tout ce que j’ai lu avant est comme balayé. Juste avant j’avais lu Undimanche du souvenir de Darragh McKeon : ciao, je me rappelle à peine de quoi ça parle (j’exagère à peine). En tout cas, je sais que je me rappelerai du Chant du prophète, et c’est exactement pareil pour Apeirogon de Colum McCann, lu il y a plusieurs années. Bref, depuis ce matin, je tourne comme une âme en peine devant bibliothèque : je prends un livre, je lis quelques pages et je le repose ; j’en prends un autre et rebelote. Bref (bis), la différence entre un bon livre, un excellent livre et un chef d’œuvre dans une vie de lecteur, c’est qu’un chef d’œuvre a la capacité de s’incruster dans votre cerveau pour à peu près toujours (sauf problème de santé affectant la mémoire).
Résumé succinct car tout est dans l’expérience immersive de ce roman : à Dublin, Eilish mère de famille de 4 enfants, voit un jour débarquer deux hommes qui s’avèrent travailler pour un équivalent des renseignements intérieurs (une nouvelle sorte de police secrète, GNSB). Ils veulent parler à son époux, enseignant et syndicaliste, mais comme il est absent, ils demandent à ce qu’il passe au commissariat. Larry s’y rend le lendemain et se volatilise. Eilish se retrouve seule avec 4 enfants dont l’aîné va passer ses examens universitaires et le plus jeune est encore un bébé. Sans oublier son père qui perd peu à peu la boule. Accaparée par le quotidien, elle ne se rend pas compte que le monde extérieur tel qu’elle l’a connu du moins l’Irlande, s’écroule, que le pays bascule dans un régime totalitaire.
Paul Lynch vous fait vivre de l’intérieur et en direct cette expérience terrifiante 293 pages d’une écriture dense où l’espace pour respirer est absent, des dialogues incarcérés dans la narration, sans repères, qui vous déstabilisent – au début. Vous plongez dans cette atmosphère suffocante et vertigineuse. De surcroît, la force de Paul Lynch est d’arriver à rendre son texte agréable à lire. On ne s’ennuie pas un instant. La logique du monde bascule cul par dessus tête, Eilish se demande si elle n’est pas en train de tomber dingue mais c’est plutôt le monde qui devient fou. Son père finit par être atteint de quelque chose qui ressemble à la maladie d’Alzheimer. Son fils cadet parle de Ver. L’auteur semble tester toutes les formes de folies qui peuvent s’abattre sur l’humanité à plusieurs échelles.
J’ai lu un peu partout des articles qui parlaient de dystopie. Je ne suis pas d’accord ! Si l’action se déroule dans une Irlande fictionnelle certes, il n’y quand même qu’à regarder le monde d’aujourd’hui pour s’apercevoir que ce que vit Eilish se déroule tous les jours : en Ukraine, à Gaza, en Syrie… et j’en passe. Il suffit de regarder l’Italie avec son gouvernement d’extrême droite où des droits fondamentaux sont remis en question (notamment pour les migrants, mais aussi le droit à l’avortement). Je me souviens des premières images de la guerre en Ukraine, où l’on voyait des gens qui s’étaient réfugiés dans le métro avec leur smartphone, qui ne se rendaient pas vraiment compte de ce qu’il leur arrivait. Et que doit-on penser de la situation politique de la France en ce moment, des États-Unis avec le retour du Brutus Peroxydé ?… Bref, on croit toujours que cela se passe dans des pays sous-développés, que la liberté du monde occidental est acquise pour toujours. Pourtant, on a réussi à nous mettre sous clé pendant la crise du Covid. Paul Lynch a débuté son roman pendant cette période, inspirante, c’est sûr !😅
Je vous rassure, ce n’est pas un roman politique en soi. On voit toute cette histoire à la hauteur d’une mère de famille, bien installée socialement. Elle nous ressemble, avec nos vies débordées. Tellement débordée que je n’ai pas encore eu le temps de faire un saut en librairie pour acheter les dernières nouveautés irlandaises et autres qui me font envie. 🤯
Le titre m’intriguait car il n’y a pas de prophète dans cette histoire et, chose rare, c’est l’auteur qui a trouvé le titre (ProphetSong). J’ai eu la chance de pouvoir l’écouter lors d’une des rares rencontres organisées en France, à la Librairie Millepages de Vincennes : il a expliqué que c’est grâce au titre du groupe Queen qu’il a eu la révélation du titre pour son roman🤘auquel s’ajoute aussi la dimension mythologique et métaphysique. Ne pas chercher du religieux, les gars, ouf !
Je suis Paul Lynch depuis ses débuts, du moins depuis qu’il est publié en France, j’ai lu tous ses romans. Je confirme qu’avec Le Chant du prophète, il a franchi un cap supplémentaire ! Le Booker Prize, le plus prestigieux prix littéraire dans le monde anglophone, est largement mérité, ce n’a rien d’un simple effet d’annonce.
Ma seule interrogation est : pourquoi la couverture est si moche ?😅 C’est la même couverture que l’édition VO : faut faire quelque chose, c’est pas très attirant.
Ah puis si, j’ai encore une question ! Quel sera le prochain roman (le sixième) après un tel livre ? J’ai oublié de poser la question. 🫢
Je vous conseille vivement ce livre qui est mon premier coup de cœur ❤️ de l’année !
Paul Lynch et Dominique Chevallier (interprète) à la Librairie Millepages le 9 janvier 2025
En guise d’entrée en matière pour l’année 2025, voici ma rétrospective 2024 en une photo de mon année littéraire irlandaise ! Dix livres, pour la plupart assez grassouillets, qui ont réconforté mes soirées et agrémenté mes trajets vers mon nouveau travail.
Je rentre tout juste de Dublin où j’ai encore passé un merveilleux séjour.
Mon année 2024 a ressemblé à un Grand Huit et le début de l’année a été particulièrement angoissant les deux premiers mois, avec un mémoire à soutenir, un classement ou un virement 😱, essuyer ensuite la jalousie des frustrés dans un univers clos sur lui-même, [avoir l’impression d’être un 👽 chez les 🧌], les remettre à leur place en ne leur donnant pas prise, assurer sa légitimité par ses compétences et sa capacité les développer encore et toujours, s’ouvrir un max de portes : l’année s’est terminée à merveille !
J’ai petit à petit repris mes habitudes, notamment de lecture : j’ai lu davantage par rapport à l’an dernier – et pour cause ! – mais je n’ai pas encore retrouvé mon plein régime avec seulement 43 livres lus (ok, ça dépend de la difficulté du sujet/d’écriture et du nombre de pages) alors que je suis d’habitude davantage vers 50-55 livres par an.
J’ai pu retourner aux festivals littéraires : celui du FICEP *La nuit de la lecture* en mai, avec Dermot Bolger * et le Festival America en septembre, avec beaucoup d’auteurs irlandais. Ça m’a requinquée aussi !🤗 Et les escapades aussi. Le combo gagnant !
J’ai déjà les yeux sur la rentrée littéraire d’hiver avec Le chant du prophète de Paul Lynch qui sort aujourd’hui chez Albin-Michel. En attendant, je termine Undimanche du souvenir de Darragh McKeon.
Une chronique sur les sorties littéraires irlandaises est prévue dès que j’y vois plus clair – mais vous pouvez retrouver sur Babelio ma liste en cours de construction (4 livres actuellement). Je vous reparle de tout ça – et de ma virée dublinoise sans doute – bientôt.
Quoi de mieux que de digérer son réveillon et repas de Noël en refaisant surface sur le blog pour rédiger un billet sur un de mes coups de coeur de l’année : le mythique Country Girls d’Edna O’Brien ?
Je l’ai terminé il y a une bonne quinzaine de jours (je devrais dire j’ai terminé les trois romans contenus dans ce volume, en fait, qui se découpe en Country Girls ; Seule; La félicité conjugale, sans parler du copieux Epilogue qui clôture cette fresque ).
Je ne vais pas me risquer à faire une analyse approfondie de cette oeuvre mythique, qui m’impressionne beaucoup trop : je n’ai pas cette prétention, malgré mes compétences littéraires [oui, j’ai fait des études de lettres]
Nous suivons Baba et Caithleen de leur adolescence (14 ans) à leur vie de jeunes femmes qui ont bien l’intention de s’amuser un max, puis de femmes mariées. Il y a un drame, que dis-je ? plusieurs drames, c’est même pétri de drames, mais pourtant c’est tout sauf larmoyant, même si cela est émouvant, en particulier la fin, qui m’a mis un uppercut – au moment où je ne m’y attendais pas, évidemment ! On se surprend à pouffer de rire ou à faire des yeux comme des billes au regard de l’audace de l’autrice, qui savait parfaitement ce qu’elle faisait ! 🙂 Bref, une lecture riche en émotions variées vous attend !
Baba et Caithleen, au début vivent dans un trou perdu de la campagne irlandaise, entre Limerick et Nenagh, je ne me souviens plus exactement où. Au début, j’ai eu du mal à comprendre comment elles pouvaient être amies car franchement, Baba est une peste, je ne l’ai pas du tout aimée. Elle est prétentieuse et méprisante, elle rabaisse souvent cette pauvre Caith. Leur caractère est diamétralement opposé et pourtant, elles sont inséparables bien, qu’en plus, elles viennent d’un milieu social complètement différent. Baba est une mini-bourgeoise dont le père est vétérinaire, elle vit dans une belle maison et tout et tout avec son père et sa mère. Caith vient d’un milieu plus modeste et sa famille est en vrac : un père alcoolique et violent qui se plaît à disparaître quand ça lui chante et à dilapider sa paie dans des pintes ; une mère en apparence plutôt soumise mais qu’on découvre sous un autre jour avant qu’elle ne se noie. Un jour, Caith décroche une bourse scolaire pour aller étudier chez les Soeurs au couvent. Baba y est admise. Et c’est là que commencent leurs quatre cents coups.
Je ne vais pas tout vous raconter, ce serait parfaitement stupide, mais en plus c’est impossible car c’est une oeuvre dense, très détaillée : tout y est. Vous ouvrez le livre, vous commencez à lire et Edna O’Brien vous emporte littéralement dans son univers, l’Irlande des années 60. Vous franchissez la frontière fictionnelle sans effort et en même temps sans rupture. Rien ne manque, tout est décrit avec soin : vous ressentez l’air vivifiant, la pluie qui mouille, humez l’odeur de la cuisine, vous avez le goût des tasses de thé, les virages des routes sinueuses, l’herbe verte qui scintille après la pluie… Pourtant, ne pas s’y méprendre : la prose d’Edna O’Brien n’est pas du tout celle de Proust ! Il y a beaucoup de dialogues, de changement de focalisation, le ton est souvent irrévérencieux.
Vous croiserez beaucoup d’hommes et Edna O’Brien leur fait juste la peau !!! Chacun à sa manière est insupportable. La société patriarcale irlandaise est écorchée à vif sous la plume de l’autrice. Je ne vous raconte même pas ce que prenne dans la tronche les gens d’Eglise : c’est hilarant. Il y a même un type français dans l’histoire, qui est surnommé Monsieur Gentleman : tout un programme ou comment profiter d’une ado en fleurs pourrait être le résumé…
Vous pérégrinez un chouia dans les rues de Dublin, et partant dans la capitale irlandaise après demain, je m’étais dit que rechercherais la pension de famille où habitent les deux héroïnes (oui, j’adore chasser les fantômes, c’est un de mes passe-temps favoris !). Puis vous partez à Londres puisque finalement, elles finissent pas quitter Dublin pour la capitale britannique. A l’instar de leur créatrice dont on sent ici une part de vécu.
Malgré ses soixante piges, ce livre n’a pas pris une ride. On ne va pas parler de l’affaire Pelicot, mais on se rend compte que les femmes aujourd’hui, continuent à morfler à cause d’hommes franchement à vomir – même si tous les hommes ne sont pas ainsi, on peut tout de même s’interroger sur ce qu’ils ont dans la tronche pour être aussi pervers et cruels. Tous les jours ou presque, on a notre lot de scandale sexuel, ici en France. On n’a rien à envier à l’Irlande en la matière. Pensez à l’abbé Pierre pour ne parler que de ceux qui pensaient l’emporter dans la tombe mais même morts, on est en train de déterrer des pourris…
Bref, ce roman résonne d’une actualité absolue, d’un féminisme absolument moderne et intelligent (oui parce qu’il y a aussi du féminisme carrément con) qui règle ses comptes à la société prétendument menée par des hommes qui se font tout de même massacrer par la littérature et tout le monde le sait : la littérature est immortelle. On rigole comme des dingues de leur ridicule de petits coqs sous la plume d’Edna O’Brien.
Vous l’aurez compris : IL FAUT LIRE CETTE TRILOGIE que je classe parmi mes coups de coeur de l’année.
Quelques extraits :
« Veux-tu, pour l’amour du ciel, cesser de demander aux types s’ils ont lu les Gens de Dublin de James Joyce ? Ils s’en foutent. Ce qu’ils cherchent, c’est à passer la nuit. Bouffe et bois autant que tu peux, et laisse Joyce faire tout seul sa pub. – Il est mort. «
« J’achetais des soutien-gorges bon marché. Baba assurait que les soutien-gorges perdaient au lavage leur élasticité ; par conséquent, mieux valait en acheter de bon marché, et les porter jusqu’à ce qu’ils soient sales. Nous jetions les sales aux ordures(…). »
« Elle sortit son stylo de sa poche, ainsi qu’une jolie image pieuse bleu ciel, qui représentait la Sainte Vierge sortant des nuées, un manteau bleu déployé derrière elle. – Ecris-le, toi, dis-je. -Nous signerons nos deux noms », dit-elle en s’agenouillant. (…) -Rends-toi compte, continuait Baba, elle a lu tout haut : « Le père Tom a enfoncé son long machin… » et quand elle a compris de quoi il retournait, elle s’est mise à tempêter à travers la salle de récréation. Elle a frappé plusieurs filles avec sa ceinture en gueulant : « Où sont-elles, ces enfants de Satan ». (…) Maintenant, toutes les filles poussaient des cris; pourtant, la moitié des petites ne comprenaient pas de quel machin il était question ».
Et pour clôturer cette chronique, je vous souhaite presque en retard, un joyeux Noël !