Schroder

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Traduit par Isabelle D. Philipp

Premier livre traduit en France d’Amity Gaige, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec un titre aussi énigmatique que Schroder. Et puis quand je me suis rendu compte que le personnage qui s’empare du récit s’appelle Erik, j’ai même un très fugace instant pensé qu’il pouvait s’agir de l’homme politique homonyme. Mais non, heureusement, on est loin du récit d’une vie d’un homme politique !

Erik Schroder est en prison quand débute le roman. Il risque vingt-cinq ans de prison. Il n’a pas prononcé un mot depuis des jours. Son avocat lui a conseillé de tout raconter dans le journal que nous lisons, depuis qu’il a disparu avec sa fille Meadow, dans un road trip qui nous emmènera à un rythme effréné à proximité de la frontière avec le Canada. C’est un récit-confession, une lettre d’excuses de plus de trois cents pages que nous avons entre les mains, Erik est divorcé de sa femme Laura. Il connaît les « joies » de la garde alternée. Jusqu’au jour où il décide d’emmener sa fille en promenade avec lui, sans donner de nouvelles à sa femme. L’occasion pour lui de dire la vérité à Meadow, sur qui il est vraiment. Parce que Erik n’est pas qu’il a dit être.

Arrivé à l’âge de neuf ans aux Etats-Unis (« J’avais quatorze ans et je vivais aux Etats-Unis depuis cinq ans seulement. »), il a vécu à Dorchester, une banlieue populaire de Boston, avec son père, Otto qui a fui l’Allemagne de l’Est. Mais Erik falsifie son identité, se crée un personnage et se fait appeler Erik Kennedy. Il voulait un nom de héros et « à Dorchester, un seul homme pouvait prétendre à ce qualificatif. Un garçon du pays,un Irlandais persécuté, un demi-dieu. Il était aussi l’homme qui avait harangué sous les vivats la foule déprimée des Berlinois de l’Ouest en 1963″. Il a réécrit son enfance et son adolescence pour se faire résident américain d’une banlieue chic. Sa vie entière est fut un mensonge. Une réinvention de soi qu’il portera finalement comme un fardeau.

Ce roman n’est pas – heureusement – un récit sur les « joies » du divorce et la douleur d’un couple qui se déchire. Laura n’est pas présente, juste décrite par Erik comme quelqu’un qui n’est pas vraiment facile à vivre. Pourtant, on ne se dit pas : « Bon sang, il est gonflé ». Erik est un personnage attachant. C’est un homme blessé, qui porte comme une croix un sentiment de culpabilité mais surtout un amour sans commune mesure pour son enfant. Il sait qu’il ne ressortira pas intact de ce qu’il a fait, il sait que c’est une voie sans retour qu’il a emprunté et pour cela, il veut offrir le meilleur à Meadow, petite fille qu’il décrit comme surdouée. Leur chemin croisera celui de personnages haut en couleurs, comme April, une ex-star de variété vivant à présent en marge de la société, mais qui leur sauvera la mise. On lit avec délice ce récit de moments volés, de bonheur entre père et fille. On s’amuse aussi de la manière dont la petite fille fait parfois tourner son père en bourrique !

Amity Gaige se met dans la peau d’un homme avec une aisance bluffante. Elle démontre ainsi que les sentiments paternels et maternels se valent, que les sentiments maternels ne sont pas supérieurs aux sentiments paternels. Elle prend donc à contre-courant un certain puritanisme américain. Une plume poétique et efficace.
Seul bémol : les notes en bas de page, assez conséquentes, gênent parfois la lecture, au point qu’en fin de compte, on finit par ne pas les lire. Mais à part ça, j’ai vraiment aimé : on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Je remercie les Editions Belfond.

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Desolation Road

 

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4e de couverture : « CALIFORNIE, 1930. Dans le quartier des femmes de la prison de San Quentin, une jeune fille de dix-sept ans attend le jour de son exécution. Elle s’appelle June, a une bouille d’ange, parle avec maladresse et timidité. Elle raconte ce qui l’a menée là, sur la desolation road, la route de la désolation qu’on emprunte un jour et qu’on ne peut plus jamais quitter : une passion absolue, déchirante pour un garçon nommé David, une histoire d’amour ponctuée par le vol, le kidnapping et le meurtre à travers la Californie de la Grande Dépression, en compagnie des parias, des criminels et des fantômes. Quand le journaliste venu l’interviewer demande à June ce qu’est l’amour à ses yeux, elle répond : « De la poussière et des étoiles, monsieur. » Le long de la desolation road, il n’y a rien d’autre à contempler. »

 L’histoire nous plonge dans l’Amérique de la prohibition, pays où, qui plus est, la peine de mort existe (toujours). C’est June, une adolescente condamnée à mort par pendaison qui raconte son histoire à un journaliste qui voudrait changer les choses, David. June raconte comment, peu à peu, par amour et parce qu’elle n’a pas fait forcément une bonne rencontre, elle se laisse entraîner dans la spirale du meurtre. Son histoire personnelle est compliquée, sa mère l’a abandonnée : elle est partie pour refaire sa vie ailleurs, laissant la gamine livrée à elle-même. June tombe amoureuse de son jeune voisin, un pauvre môme, tout aussi livré à lui-même qu’elle, père alcoolique et violent. Le gamin dérape, la violence engendrant la violence : il tue son père. Les deux gosses décident de tailler la route et c’est l’engrenage de la violence dans l’Amérique en crise.
On croise toute une galerie de personnages, pas forcément sympathiques. On apprend qu’à Los Angeles, faut pas rêver, il n’y a pas de boulot, même avec la meilleure volonté du monde. Mais des escrocs profitant du malheur des autres, il y en a plein. J’ai beaucoup pensé à John Steinbeck, écrivain américain génialissime qui décrit tellement bien cette Amérique-là dans Les Raisins de la colère, entre autres.

Je me suis prise de sympathie pour ces gamins, malgré toutes les graves bêtises qu’ils ont semé sur leur route. Sans doute parce que les autres sont bien pire qu’eux. June, la seule survivante du couple à ce road trip, trouve qu’elle mérite la sanction qu’on lui inflige. Et c’est le jugement du lecteur qui se met en balance, évidemment.

Ce roman, très bien documenté sur l’Amérique des années trente, dispose également d’un excellent suspense. Un roman d’apprentissage hors normes rondement mené.

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J’ai mon propre monde à regarder

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(attention spoiler)

Paul est un ado de quinze ans qui vit une vie sans histoire jusqu’au jour où il se prend la baffe de sa vie : son père quitte le foyer familial sans explication ni adresse. « Ne rien savoir, ne rien comprendre m’a anéanti. »
Sa mère, désespérée, décide de tracer la route. Les voilà tous les deux embarqués dans un road trip à travers les route françaises, accordant un choix particulier avant tout aux CD emportés plutôt qu’aux fringues. Puis ils rentrent au bercail. Et deuxième baffe pour Paul : sa mère décide de partir au Burkina Faso car elle pense que son mari est là-bas, sans se soucier de se que deviendra son fils, laissé aux bons soins de sa meilleure amie, Isa. Puis coup de théâtre : le père de Paul revient et explique à son fils pourquoi il est parti.

Le thème de l’éclatement du foyer familial et des conséquences sur un adolescent était prometteur. Pourtant je suis restée à l’extérieur de l’histoire sans parvenir à m’attacher à Paul et à ses déboires. J’ai trouvé sa mère à peine crédible dans son comportement adolescent. Paul, lui, est presque trop parfait dans son attitude. C’est un peu le monde à l’envers dans le sens où c’est lui qui donne des conseils à sa mère (ne pas s’emporter, ne pas insulter les flics qui leur demandent ce qu’ils font dans une voiture au bord de la route un 31 décembre. La seule crise de Paul, son seul pétage de câble surviendra au retour de son père. Et là, on est presque dans l’excès.
Le lecteur est accompagné tout au long de sa lecture par la musique des années 70 qu’écoute Paul. Le titre du roman fait référence à If 6 was 9 de Jimi Hendrix. Là encore, j’ai dû rater quelque chose parce que je n’ai pas compris ce que cela apporte au roman, si ce n’est d’annoncer la thématique de chaque chapitre.
Seul le clin d’oeil au roman d’Olivier Adam, A l’abri de rien, que lit la mère de Paul m’a fait sourire.
Les coups de théâtre successifs ne sont pas parvenus à changer la donne concernant cette lecture, dont j’ai trouvé l’écriture « plate » et  froide : elle ne parvient pas à faire passer de l’émotion. Il manque donc à ce roman un petit supplément d’âme.

Bref, j’ai raté mon rendez-vous ! Dommage.

Je remercie néanmoins les Editions Tertium.

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Sur la route de Blue Earth

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Traduit par Marie Hermet

 Hattie et Dolorès, deux jeunes Américaines du New Hampshire, décident de sauver Speed, le vieux cheval des Ferguson, destiné à l’abattoir. Speed a passé toute sa vie dans des foires, à promener des enfants sur son dos. A tel point que lorsqu’il y a un chemin sur sa gauche, il prendra inexorablement cette direction. Pour Hattie, son esclavage sur les manèges l’a dénaturé. Ce qu’elle veut, c’est lui offrir une vraie vie de cheval. Alors, les deux amies subtilisent une camionnette à un cousin, Hattie laisse une lettre d’explication aux Ferguson et elles tracent la route, direction le grand Ouest et son mythique « Big Sky », ou plutôt Blue Earth, là où le ciel s’ouvre comme nulle part ailleurs. Là, Speed pourra terminer sa vie dans la grande prairie, aux côtés de ses congénères sauvages.

L’occasion pour les deux amies de laisser leur ancienne vie derrière elle, de devenir adulte. Dolorès en a conscience : « Tu sais, parfois, je pense que notre vraie raison pour partir avec Speed et pour l’emmener jusqu’à la grande prairie, c’est qu’on ne veut pas qu’il passe le reste de sa vie à tourner en rond. Tu vois ce que je veux dire ? Speed, c’est nous ». Les deux gamines ont une vie de famille un peu cabossée, en particulier Dolorès, que sa mère vient de mettre à la porte et dont le père a quitté le foyer il y a des années sans se soucier de sa fille. Les parents de Hattie ont divorcé et elle vit avec sa mère.

L’occasion aussi pour elles de faire prendre conscience à leurs proches qu’elles existent. Leur décision folle de traverser les Etats-Unis seules, chamboulera leurs familles qui n’auront de cesse de savoir où elles sont et ce qu’elles font. La distance ressoudera les liens et permettra à tous de prendre du recul et de choisir une nouvelle route dans leur vie.

Un magnifique roman, très distrayant, aux deux héroïnes attachantes par leur grand coeur, leur sensibilité et leur amitié indéfectible. Des gamines libres à qui on pardonne leur inconscience d’adolescentes. Mais le vrai héros est Speed, tellement vieux qu’on ne sait pas vraiment quel âge il a. Il tient le lecteur en haleine : arrivera-t-il à destination vivant ? Parviendra-t-il à passer l’hiver rude de la grande prairie ?

Un road trip où l’on croise des personnages hauts en couleurs, en particulier les mythiques cowboys au Stetson vissé sur la tête, fan de rodéos.
J’ai lu ce livre quasiment d’une traite, ne pouvant le lâcher, happée par la cavale vers l’Ouest, me nourrissant, avec les héroïnes, de sandwiches fraise-beurre de cacahuètes et de Cheetos. Dépaysement garanti et optimisme sont au rendez-vous !

Une écriture à la fois simple, soignée et poétique en font définitivement un roman de qualité, qui saura séduire les jeunes lecteurs (à partir de 12 ans) mais aussi les adultes.

Merci à Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce roman.

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Orphans tome 2 : La danse de l’hippocampe

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Voici la suite des aventures de Marin Weiss, l’ado rencontré dans Double disparition.
A la fin du premier volume, il rencontre dans le monde parallèle dans lequel il a pénétré, une fille de son lycée avec laquelle il a un peu sympathisé : Tessa. Il est arrivé à la jeune fille la même mésaventure. Comme lui, elle ne comprend pas ce qui se passe. Leur malheur va rapprocher les deux ados. Pendant ce temps-là, dans notre monde, la mère et la soeur de Marin poursuivent les recherches, avec l’aide de la police mais surtout d’une jeune journaliste. Cette dernière, dans le premier tome, enquêtait sur le Seahorse Institute, tenu par l’influent Zacharie Speruto, alias Proteus. Cet institut est expert en cure de remise en forme d’un genre bien particulier, c’est du moins ce qu’elle découvrira… Speruto est, pour les gens de la Roche d’Aulnay, un homme au-dessus de tout soupçon. Pourtant, en secret, il est adepte du transhumanisme, une « approche qui vise à surmonter les limites biologiques de l’être humain par le biais du progrès technologique ». Son idéologie « est une approche individualiste qui ne se préoccupe absolument pas du reste de la société« … Dans ce volume, on découvre également que la soeur de Marin, est une activiste du groupe « Pas de science sans conscience », que la mère de Marin cache un secret. Et puis, il y a la fameuse danse de l’hippocampe…
Voilà pour la trame narrative, j’en ai déjà presque trop dit !

J’ai trouvé ce volume beaucoup plus fouillé que le premier tome et tout aussi prenant. Les fils de l’intrigue commencent à se rejoindre, les pièces du puzzle à se mettre en ordre. On ne s’ennuie pas une seule seconde et j’avoue que j’ai été bluffée par l’imagination débridée de Clair Gratias : on va de surprise en surprise, sans aucun répit !
Cette lecture m’a fait pensé par moments à Harry Potter car ici aussi il existe un passage à un endroit bien précis entre notre monde et le monde parallèle dans lequel ont été plongés Marin et Tessa. Le tout saupoudré d’un zeste de Frankenstein ou le Prométhée moderne… (avec dans le rôle de Prométhée, Proteus-Zacharie, évidemment !) . On pense aussi à Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll…
On est effrayé par la conception de la société de Proteus, par ce côté sombre qu’il dissimule derrière des apparences un peu trop lisses pour être tout à fait honnêtes. On n’est pas non plus tout à fait rassuré par un membre du groupe « Pas de science sans conscience », dont les idées sont un peu trop extrêmes et qui sera à l’origine du coup de théâtre qui clôt ce volume. L’intrigue prend une dimension scientifico-philosophique intéressante.

Il reste à lire le troisième tome pour savoir si elle sera un peu approfondie et comment les deux jeunes héros se sortiront (ou pas) du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Une lecture qui tient en haleine !

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Orphans tome 1 : double disparition

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Marin Weiss, 17 ans, fait un peu la tête à sa mère parce qu’elle lui a refusé la permission d’organiser une fête avec ses amis. Il reçoit une série de SMS qu’il prend pour de la publicité.
« T’en as marre de tes vieux ? Lis le SMS de tout à l’heure ».
Devant le harcèlement de son mystérieux interlocuteur et piqué par la curiosité, Marin finit par faire ce qu’il lui demande.
« Il y a des jours où tu rêverais d’être orphelin ?
Tu ne supportes plus que tes parents ne te fassent pas confiance ?
Tu n’es pas le seul. http://www.orphans-project.com »
Marin croit d’abord à une blague, d’autant que son smartphone semble avoir le don de lire dans ses pensées.
« Arrête de te poser des questions.
On t’attend sur http://www.-orphans.com ».
Un site interdit aux parents. Rejoins-nous vite. »

Et c’est le début d’une aventure incroyable. Ce roman relève à la fois du polar et de la science-fiction. Cela commence par un jeu de pistes truché de QR Code, avant de basculer dans un autre espace-temps, un monde parallèle, une sorte de quatrième dimension. Comme Marin, le lecteur ne comprend pas ce qui se passe, pourquoi tout est si semblable et pourtant si différent, quelle est la raison de tout cela, quels sont les mystérieux hommes à la chevelure blanche, quel est leur but…
Bref, le livre ne vous tombe pas des mains avant de l’avoir terminé. J’espérais avoir la résolution de l’énigme. Mais, là, j’avoue, j’ai été déçue : il faut lire le volume suivant. L’occasion de s’interroger sur la mystérieuse lumière verte du Photomaton, qui apparemment est dotée de bien des pouvoirs , (méfiez-vous la prochaine fois que vous entrez dans une de ces cabines, certaines sont piégées!)…

J’ai aimé cette histoire bien ficelée, bourrée de technologies, très divertissante. On ne peut qu’aller lire le volume suivant !

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Cher Dylan

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Traduit par Marie Hermet

 Georgie, 14 ans, est fan de Dylan Curtland, qui joue dans une série TV. Elle décide de lui envoyer un e-mail. Et lorsqu’il lui répond, c’est le début d’un échange qui ne prendra pas du tout le chemin qu’on s’imaginait. Parce que Georgie, loin d’être stupide, s’aperçoit assez rapidement que Dylan a des réponses un peu trop standards et impersonnelles. Jusqu’au jour où… elle aura une surprise de taille, et le lecteur aussi !

Georgie a une histoire familiale douloureuse : son père s’est tué en moto, elle vit avec sa mère, un zeste alcoolique et surtout complètement soumise à son nouveau compagnon, un homme brutal et grossier. Georgie le surnomme « Sourdingue »« Quand il se met en rage, il devient violet et les veines lui sortent du front. Il a l’air d’un crapaud. » Georgie a la lourde responsabilité de s’occuper de sa demi-soeur de 4 ans qu’elle adore. Quand elle ne s’occupe pas de la petite, elle s’occupe de sa copine égocentrique qui lui pourrit aussi la vie, avec son obsession « fashion victime », genre « look saut du lit à Paris » . Heureusement, elle a une passion, le théâtre et l’échange avec la personne au bout d’Internet sera pour elle un exutoire à son existence compliquée mais aussi une belle histoire d’amitié. Et l’aboutissement de son rêve.

A priori, au regard de la couverture rose et du titre, je n’aurais sans doute jamais ouvert ce roman, qui au premier abord, fait un peu trop « Chick Litt » pour moi, genre qui ne m’attire pas. Mais heureusement, parfois, il y a aussi des indices qui vous poussent à aller au-delà des apparences.

J’avoue : j’ai passé un excellent moment ! Ce roman est incroyable. Malgré l’histoire dramatique de cette gamine dont la famille part en vrille, on rit beaucoup ! Parce que Georgie est une ado à la fois naïve et intelligente, à l’imagination sans bornes pour inventer des mots qui décrivent ses pensées et son quotidien. Quand elle aime vraiment, vraiment quelque chose, c’est « sorbet fraise ». C’est la couleur du livre de l’édition française et celle de sa rencontre avec la mystérieuse personne de son échange email. C’est un récit qui vous mène aussi pas loin des larmes mais qui reste toujours optimiste : « la vie ressemble à un livre : les mauvais chapitres ne durent pas éternellement ». Le leitmotiv de Siobhan Curham est d’ailleurs de toujours croire en ses rêves, de ne jamais les lâcher même si la vie vous malmène.
Un livre 2.0 qui plaira aux ados mais aussi aux adultes ! Un roman frais malgré une thématique grave, qui renouvelle le genre de la Chick Litt de manière intelligente. Merveilleusement écrit et traduit.

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Un coeur noir

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Melkior 17 ans, vient de se faire piquer un scooter qui n’est même pas à lui par une racaille qui a lancé un pavé dans la vitrine d’une pâtisserie. Le scoot appartient à « Tonton », le caïd du quartier. Du moins, le scoot fait partie du « trafic » en tous genres de Tonton. Melkior rêve d’être admiré par Tonton. Mais il le craint aussi. Il décide de cambrioler une maison qui a l’air abandonnée pour rembourser le scoot et briller aux yeux de la petite frappe. Rien ne se passe comme prévu et c’est le début d’une histoire rocambolesque et surréaliste.

Olivier Ka décrit la vie morne d’un ado en quête de lui-même et qui n’a d’autre moyen de se projeter dans l’avenir que par les jeunes qu’il fréquente. Et comme les jeunes qu’il fréquente sont des voyous, évidemment, ça ne peut pas aller très loin. Là dessus, l’auteur plaque une autre réalité : celle d’une drôle de quadragénaire qui vit seul dans la pénombre de sa maison, avec pour unique ami(e), sa chienne Chaussette. La rencontre entre Melkior et celui qui s’appelle François va ouvrir l’horizon du gamin, le distancer de la bande qu’il fréquente et finir par le rapprocher de ses  parents qu’il ne comprend pas. Cette rencontre va lui donner l’espoir. Mais le chemin sera pavé d’embûches.

Le début du roman était prometteur mais je ne vais pas y aller par quatre chemins : je me suis vite lassée et ennuyée de beaucoup de topoï,  de beaucoup trop de pistes ouvertes un peu trop facilement et sans vraiment d’originalité : la quête de soi de l’ado qui passe par la tentation de devenir un voyou ; l’homosexualité ; le qu’en-dira-t-on ; l’accident ; la vengeance (par le meurtre?); la renaissance.

A côté de cela, l’histoire a un côté invraisemblable : on voit mal un inconnu donner tout l’argent qu’il souhaite à un gamin qui vient cambrioler sa maison. On voit mal un gamin mettre une raclée finale à la racaille du quartier jusqu’à le laisser pour mort sur une place publique sans être interpelé par la police. On trouve un peu trop cliché l’ancien agent immobilier devenu une sorte de hippie vivant reclus dans la montagne – et expert en conseils pour ados en mal d’identité… Une maison qui a le don de capter les émotions et fait remonter les souvenirs secrets, une sorte d’Amityville sauce française…

Finalement, cela donne une impression de manque de profondeur, de personnages un peu trop dans le stéréotype que réellement fouillés, le tout dans une ambiance surréaliste. Bref, je suis déçue par ce roman bancal à mon goût. Je ne suis pas trop sûre que les ados accrochent à cette histoire

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Notre fin sera si douce

notre fin sera si douce

Traduit par Michel Pagel

4e de couverture :  » En 2023, le taux de chômage aux Etats-Unis a explosé, la crise économique bat son plein, les conflits pour l’accès à l’eau potable se multiplient, le gouvernement ne peut plus rien faire face aux gangs de tous bords. Et pourtant, pour ceux qui ont encore un travail et un toit, l’apocalypse à venir n’est qu’une menace diffuse. La crise va sûrement passer, les choses vont s’arranger, la vie va reprendre ses droits ? Jasper ne fait pas partie de ceux qui connaissent encore ce confort. Il migre de ville en ville avec sa « tribu », des jeunes issus de la classe moyenne qui n’ont jamais réussi à s’insérer dans une société devenue impénétrable. Jasper est un romantique, et dans ce monde qui refuse de lui donner une place, il s’est fixé un objectif : trouver l’âme soeur, connaître l’amour avant que tout ne s’écroule. Pendant ce temps, une nouvelle drogue fait fureur : le Dr Bonheur, censée rendre les gens heureux… Serait-ce l’ultime solution en attendant la fin du monde ? »

Autant dire tout de suite que la quatrième de couverture est mieux écrite que ce livre ! Ce n’est pas problématique de la révéler ni de la lire dans son entier. Je m’attendais à voir les effets d’une crise économique traitée avec des tenants et des aboutissants. On attend une intrigue, mais même au bout de 150 pages, elle est toujours absente. On attend une analyse du monde dans lequel vit Jasper : il n’y en pas aucune ! C’est juste un catalogue glauque, avec des virus artificiels, des gens qui meurent, des gens qui se battent, des « Saute-sauteurs » (sic!), des gens qu’on déporte (mais aucune explication sur tout ça).

Un texte que j’ai jugé mal écrit : les gros mots, voire les obscénités, ça va un peu, ça peut parfois se justifier, mais à longueur de lignes, on commence à se poser des questions… Du remplissage de pages (366 !), voilà ce qui peut résumer ce livre. Je déplore d’autant plus le manque de recherche dans l’écriture, les vulgarités, que le genre de la dystopie est très prisé par les jeunes lecteurs. On ne voit pas bien ce que cette lecture va leur apporter. Jasper tombe amoureux toutes les trente pages et quand il ne le fait pas, il a des considérations tout à fait essentielles dans la vie…. :

Voici quelques extraits :

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Voici aussi quelques vulgarités (il n’y a pas de raisons que je vous épargne ça !) :

« … Ca s’est bien passé au boulot ?
– C’était à chier. » (p.16)

« Et c’est quoi, ton plan ? C’est quoi notre putain de stratégie commerciale ? » (p. 21)

« Fais voir tes nibards, chérie ! a crié  un Noir émacié aux dents pourries.
Ange lui a fait un doigt d’honneur sans se retourner.
– Hé, a lancé Jeannie pendant que la bagnole s’éloignait, comment tu sais que c’est tes nibards qu’il voulait voir ? C’est peut-être à moi qu’il parlait.
Ange a pivoté vers nous, soulevé son T-Shirt et agité ses seins. Je ne les avais encore jamais vus : ils étaient assez petits mais fabuleux, comme toute sa personne. J’ai regretté de les voir disparaître sous le vêtement avant qu’elle ne se retourne.
– Il pouvait très bien te parler à toi, ai-je assuré à Jeannie. Ils sont super tes nibards.
– Ta gueule, a lancé Colin, tandis que l’intéressée éclatait de rire.
– Non, vraiment, ai-je persisté, ils sont magnifiques. Gros, fermes, de vraies noix de coco italiennes. » (p.22)

Franchement, super intéressant comme propos ! Bref, ça dépasse largement les bornes de l’admissible….

Et puis, voir citer les biscuits Oreo deux fois en moins de cinquante pages, ça vous faire reposer ce livre commercial, que je ne peux pas appeler roman.
J’avoue : je n’ai pas terminé la lecture. Il faut dire que les Oreo ça fait grossir, je ne voulais pas terminer avec 10 kilos de plus…

Je remercie néanmoins les Editions du Fleuve pour l’envoi.

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4e de couverture : « Adrien et Hadrien ont treize ans et habitent tous les deux en Picardie. Ils ont les mêmes préoccupations : l’école, la famille, les filles… Une seule chose les sépare : Adrien vit en 2014 et Hadrien en 1914. Grâce à une boîte aux lettres mystérieuse, les deux adolescents vont s’échanger du courrier et devenir amis.
Mais la Grande Guerre est sur le point d’éclater pour Hadrien et leur correspondance pourrait bien s’interrompre de façons dramatique… ».

Roman lu sans consulter la quatrième de couverture, juste inspirée par le titre et les lignes qui suivent, je pensais avoir affaire à un livre qui parlait de la guerre (« Centenaire de la Première Guerre mondiale »). Ce n’est pas tout à fait le cas, ou du moins, ce n’est pas ce qui occupe la majeure partie du texte. Il s’agit plutôt des préoccupations de deux adolescents à cent ans d’écart, avec leurs points communs et leurs différences.

Adrien a le coeur brisé par Marion qui en aime un autre. Il se met soudainement, suite à sa déprime amoureuse, à décrocher à l’école : mauvaises notes, mère inquiète etc. L’école, il se met à s’en fiche : à quoi ça sert ? . Pour Hadrien, au contraire, l’école est tout. Elle passe même avant Simone, sa « bonne amie ». Il veut être ingénieur. Mais son père s’y oppose. Pas question de poursuivre des études, il a besoin de lui pour tenir la ferme. Simone finit par prendre la mouche parce qu’il la délaisse trop à son goût…

Deux garçons du même âge mais à la vie si différente et au langage si éloigné. C’est d’ailleurs le langage qui va leur mettre la puce à l’oreille sur l’anomalie de leur correspondance. Adrien ne comprend pas pourquoi à l’heure des textos, son ami s’acharne à lui envoyer des lettres ! Hadrien ne comprend pas le vocabulaire de geek employé par Adrien. Alors, quand il lui dit que son père est en Chine….
C’est la confrontation des deux mondes qui est intéressant dans ce roman pour ado. La dimension fantastique ajoute une touche de suspense et en fin de compte, la résolution de l’intrigue sera : comment éviter à Hadrien d’être tué, lui, sa famille, ses amis. Comment arriver à lui faire prendre conscience de l’imminence de la guerre, parce qu’il n’arrive pas à y croire : il vit dans un lieu si paisible…

Néanmoins, il n’est pas question de la guerre en elle-même ni même des prémisses, de ce qui amène la guerre à éclater, de l’opinion des gens en 1914, etc. C’est ce qui m’a déçue et a donné à ma lecture un tour inattendu. Ce n’est pas un mauvais roman : il est bien écrit, original, doté d’une bonne dose de suspense et de fantastique. Mais avec une annonce comme « Centenaire de la Première Guerre mondiale », on pouvait s’attendre à voir la guerre surgir dans le texte de façon plus imminente et plus profonde. Finalement, ce n’est qu’une toile de fond un peu trop lointaine. Il y est davantage question des conditions de vie en 1914, de la maladie qui emporte facilement les enfants et de comment Adrien arrivera à modifier la destinée de son ami.

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