Prodigieuses créatures

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Traduit par Annouck Neuhoff

4e de couverture : « La foudre m’a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai » Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l’existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes, qui la cantonne dans un rôle de figuration. Mary Anning trouve heureusement en Elizabeth Philpot une alliée inattendue. Celte vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d’une rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme. Avec une finesse qui rappelle fane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l’histoire d’une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l’une des plus grandes découvertes du XIXe siècle. »

A vrai dire, je ne m’attendais pas du tout à un tel récit. Je n’imaginais pas que les deux héroïnes étaient ce qu’elles étaient, à savoir une vieille fille bourgeoise (Elizabeth Philpot) et une paysanne (Mary Anning). En fait, je m’attendais à être directement en contact avec des femmes scientifiques, à être plongée dans le monde de la science. Que Nenni !

L’immense mérite de ce roman est de faire connaître la condition – scientifique – des femmes au début du XIXe siècle. Dans un monde d’hommes, elles voient leurs découvertes réappropriées par ces derniers. Mary et Elizabeth devront, plus d’une fois monter au créneau pour qu’une certaine vérité soit rétablie. C’est d’autant plus difficile pour Mary qu’elle est issue d’un milieu très modeste et habite dans un village perdu bien différent de l’univers londonien. Cependant, au fil du temps, elle arrivera à se faire connaître et à être reconnue.

Ce roman est aussi une histoire d’amitié entre deux femmes que vingt ans d’âge séparent et un milieu social. Une amitié plus forte que tout, même si ce n’est pas un long fleuve tranquille…

J’ai vraiment été happée par le récit dès les premières pages. Le lecteur se retrouve aux côtés de Mary et Elizabeth sur la plage par tous les temps, à fouiller le sable, la glaise et les rochers. C’est incroyable. Un récit prenant donc.
Cependant, j’ai fini par m’ennuyer un petit peu au bout d’un moment. Et j’ai trouvé quelques faits invraisemblables (surtout au début), comme le fait que l’un des éboulements de la falaise, qui a anéanti l’espoir de Mary de dégager son premier « croco », se trouve miraculeusement balayé par une tempête…

Ce livre n’est donc pas un coup de coeur mais un roman que j’ai bien aimé malgré tout, bien écrit et bien documenté.

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En un monde parfait

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4e de couverture : « Jiselle, trentenaire et toujours célibataire. croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark Dorn, un superbe pilote veuf et père de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement idyllique qu’elle accepte aussitôt, quittant les tracasseries de sa vie d’hôtesse de l’air pour celle, a priori plus apaisante, de femme au foyer. C’est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les Etats-Unis. lui donnant des allures de pays en état de guerre. Tandis que les événements s’accélèrent autour d’elle, l’existence de Jiselle prend un tour dramatique. l’obligeant à puiser dans ses ressources pour affronter cette situation inédite… « 

Dès le début , avec Mark Dorn, ce pilote de ligne sorti tout droit d’une publicité pour « Ultra bright », on sent l’entourloupe. Pourtant, Jiselle, trentenaire toujours célibataire accepte aussitôt sa demande en mariage, qui pourtant semble un peu trop rapide pour être tout à fait honnête, et renonce à sa vie d’hôtesse de l’air pour s’occuper des trois enfants de Monsieur… Ce conte de fée est une manière pour elle de fuir un univers professionnel stressant et de céder à la pression sociale au regard de son célibat. Pourtant une crise énergétique et sanitaire sans précédent (plus d’essence, plus d’électricité, une pandémie dite « grippe de Phoenix » ) va bouleverser ses projets alors que Jiselle, trop obnubilée par son mariage, n’y prête pas une oreille attentive. Pourtant, la réalité du monde extérieur rattrappe au fur et à mesure l’univers feutré de la jeune-femme, qui se rétrécit comme peau de chagrin.

J’ai trouvé intéressante la tentative de mélange des genres (conte de fée/fantastique gothique/science-fiction). Pourtant, trop de « grosses ficelles », trop de clichés pas vraiment rompus et des invraisemblances : par exemple, comment une petite peste comme Sara peut-elle devenir subitement un angelot ? Et je ne parle même pas de la mystérieuse disparition de Mark Dorn, retenu en quarantaine en Allemagne, qui disparaît sans que cela n’inquiète pas plus le reste de la famille… : on a l’impression que l’auteur s’est débarrassé du personnage ne sachant qu’en faire.

Par moments, le roman prend des allures de « thriller écologique ». C’est à ce niveau-là que l’intensité dramatique est la plus forte et l’aspect du roman le plus intéressant. Les hommes sont réduits à vivre comme il y a des centaines d’années en arrière, renonçant, contraints et forcés, au confort moderne et à la société de consommation, obligés de tout économiser et de réfléchir avant d’agir et de dépenser.

C’est l’occasion pour l’écrivain de jouer avec la frontière du fantastique : des glapissements lointains et inquiétants surgissent dans la nuit sans que leur nature ne soit vraiment élucidée, la nature végétale reprend ses droits, transformant la ville en jungle dangereuse, les fantômes (ou hallucinations ?) apparaissent…

Pourtant, on a l’impression que Laura Kasischke ne va pas au bout de ses idées et du coup, le ton général du roman reste tiède voire mièvre.Le coup de griffe que l’on sentait ne vient pas. Le lecteur reste sur sa faim. C’est dommage, d’autant que ce roman, écrit dans un style fluide très agréable. Mais je suis restée sur ma faim.

Donc avis mitigé pour moi.  C’est le premier roman que je lis de l’auteur

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2011

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La couleur des sentiments

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Traduit par Pierre Girard

4e de couverture : « Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. Passionnant, drôle, émouvant, La Couleur des sentiments a conquis l’Amérique avec ses personnages inoubliables. Vendu à plus de deux millions d’exemplaires, ce premier roman, véritable phénomène culturel outre-Atlantique, est un pur bonheur de lecture. »

Un immense coup de coeur pour ce roman ! Pourtant, au regard des dernières lignes de la 4e de couverture, ce n’était pas gagné d’avance dans ma tête, sachant que je me méfie de ce genre d’effet d’annonce.

Et pourtant. Quelle merveille ! Un récit envoûtant qui entraîne le lecteur à Jackson, dans le Mississippi entre 1962 et 1964, où sévissent encore les lois raciales, interdisant aux Noirs et aux Blancs de se mélanger, et même de se marier entre eux,et  où le Ku Kux Klan sévit encore pour punir les récalcitrants noirs…

Les trois personnages principaux, Aibileen, Minnie et Skeeter sont particulièrement attachants. Minnie m’a fait mourir de rire plus d’une fois – un grand coeur derrière une carapace en fer – en particulier lorsqu’elle dévoile la fameuse Chose Abominable Epouvantable qu’elle a fait à sa patronne blanche, Miss Hilly. Celle-ci est vraiment une grosse truie (c’est le mot qui m’est venu à l’esprit à la fin, en lisant ce qu’elle essaie de faire à Aibileen) ! La pire de toutes les femmes de Jackson, prisonnière de sa bêtise et d’une méchanceté incroyable.  Aibileen, 53 ans, bonne depuis 40 ans, est d’une philosophie à toute épreuve – ou presque – face aux événements. Skeeter (surnom parce qu’elle a un profil qui rappelle quelque chose comme un moustique) est une jeune femme qui apprend à dépasser les carcans familiaux, raciaux et sociaux pour gagner sa liberté. La vie toute tracée qui s’annonce à elle ne l’intéresse pas car dans cet univers elle devra soit mentir, soit se censurer en permanence. Une vraie amitié naît entre ces trois personnages qui prennent des risques considérables pour venir à bout de leur projet, malgré un chemin pavé d’embûches. Et ça en valait la peine. Même si la fin n’est pas tout à fait une happy end. Mais c’est aussi la force du roman, qui est, de plus, une page de l’histoire des Etats-Unis. Une part de vécu aussi.

Un récit subtil qui évite les écueils, une écriture dynamique et très agréable à lire, beaucoup d’humour malgré un sujet grave, mais aussi des moments d’émotion intense. On laisse vraiment à regret les personnages quand on referme le livre, pourtant c’est un pavé de plus de 500 pages ! Un conseil : jetez-vous dessus, vous ne pourrez plus le lâcher !

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2011 (il fut d’ailleurs le lauréat).

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Certaines n’avaient jamais vu la mer

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Traduit par Carine Chichereau

4e de couverture : « Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d’un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Choeur vibrant, leurs voix s’élèvent pour raconter l’exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l’humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l’oubli. »

Le roman a obtenu le prix Femina étranger en 2012. Cela faisait un moment que le sujet me paraissait à la fois intéressant et intriguant. La parution en poche a fini de me convaincre de lire ce livre.

Mon avis va être rapide et aussi mince que ce roman pourtant dense.

Il s’agit à la fois d’une page de l’histoire du Japon et de celle des Etats-Unis, à savoir l’immigration japonaise vers les USA au début du XXe siècle, en particulier celle des Japonaises mariées à des Américains qu’elles ne connaissent pas et qui fuient leur pays parce qu’on leur promet un avenir meilleur là-bas. Mais la réalité est tout autre pour la plupart d’entre elles. Puis la Seconde Guerre mondiale surgit, avec ses hordes d’horreurs et de suspicions. Une page d’Histoire rayée des mémoires. Ce roman se veut un hommage et de ce point de vue-là il est réussi. Mais il y a quand même un bémol.

Ce bémol concerne le style d’écriture choisit par Julie Otsuka. Un choix courageux car on accroche ou pas. Elle choisit de ne recourir au « nous » collectif pour évoquer la multiplicité des situations mais aussi la communauté et l’anonymat de toutes ces Japonaises expatriées. Résultat me concernant : je suis restée en dehors du récit, je n’ai pas tout à fait réussi à m’accrocher aux personnages ni à ressentir autant d’émotion que les scènes décrites l’auraient voulues. J’ai fini par me lasser. Mais j’ai néanmoins appris une page d’Histoire que j’ignorais.

Une lecture en demi-teinte. J’attendais mieux.

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Schroder

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Traduit par Isabelle D. Philipp

Premier livre traduit en France d’Amity Gaige, je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec un titre aussi énigmatique que Schroder. Et puis quand je me suis rendu compte que le personnage qui s’empare du récit s’appelle Erik, j’ai même un très fugace instant pensé qu’il pouvait s’agir de l’homme politique homonyme. Mais non, heureusement, on est loin du récit d’une vie d’un homme politique !

Erik Schroder est en prison quand débute le roman. Il risque vingt-cinq ans de prison. Il n’a pas prononcé un mot depuis des jours. Son avocat lui a conseillé de tout raconter dans le journal que nous lisons, depuis qu’il a disparu avec sa fille Meadow, dans un road trip qui nous emmènera à un rythme effréné à proximité de la frontière avec le Canada. C’est un récit-confession, une lettre d’excuses de plus de trois cents pages que nous avons entre les mains, Erik est divorcé de sa femme Laura. Il connaît les « joies » de la garde alternée. Jusqu’au jour où il décide d’emmener sa fille en promenade avec lui, sans donner de nouvelles à sa femme. L’occasion pour lui de dire la vérité à Meadow, sur qui il est vraiment. Parce que Erik n’est pas qu’il a dit être.

Arrivé à l’âge de neuf ans aux Etats-Unis (« J’avais quatorze ans et je vivais aux Etats-Unis depuis cinq ans seulement. »), il a vécu à Dorchester, une banlieue populaire de Boston, avec son père, Otto qui a fui l’Allemagne de l’Est. Mais Erik falsifie son identité, se crée un personnage et se fait appeler Erik Kennedy. Il voulait un nom de héros et « à Dorchester, un seul homme pouvait prétendre à ce qualificatif. Un garçon du pays,un Irlandais persécuté, un demi-dieu. Il était aussi l’homme qui avait harangué sous les vivats la foule déprimée des Berlinois de l’Ouest en 1963″. Il a réécrit son enfance et son adolescence pour se faire résident américain d’une banlieue chic. Sa vie entière est fut un mensonge. Une réinvention de soi qu’il portera finalement comme un fardeau.

Ce roman n’est pas – heureusement – un récit sur les « joies » du divorce et la douleur d’un couple qui se déchire. Laura n’est pas présente, juste décrite par Erik comme quelqu’un qui n’est pas vraiment facile à vivre. Pourtant, on ne se dit pas : « Bon sang, il est gonflé ». Erik est un personnage attachant. C’est un homme blessé, qui porte comme une croix un sentiment de culpabilité mais surtout un amour sans commune mesure pour son enfant. Il sait qu’il ne ressortira pas intact de ce qu’il a fait, il sait que c’est une voie sans retour qu’il a emprunté et pour cela, il veut offrir le meilleur à Meadow, petite fille qu’il décrit comme surdouée. Leur chemin croisera celui de personnages haut en couleurs, comme April, une ex-star de variété vivant à présent en marge de la société, mais qui leur sauvera la mise. On lit avec délice ce récit de moments volés, de bonheur entre père et fille. On s’amuse aussi de la manière dont la petite fille fait parfois tourner son père en bourrique !

Amity Gaige se met dans la peau d’un homme avec une aisance bluffante. Elle démontre ainsi que les sentiments paternels et maternels se valent, que les sentiments maternels ne sont pas supérieurs aux sentiments paternels. Elle prend donc à contre-courant un certain puritanisme américain. Une plume poétique et efficace.
Seul bémol : les notes en bas de page, assez conséquentes, gênent parfois la lecture, au point qu’en fin de compte, on finit par ne pas les lire. Mais à part ça, j’ai vraiment aimé : on ne s’ennuie pas une seule seconde.

Je remercie les Editions Belfond.

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Desolation Road

 

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4e de couverture : « CALIFORNIE, 1930. Dans le quartier des femmes de la prison de San Quentin, une jeune fille de dix-sept ans attend le jour de son exécution. Elle s’appelle June, a une bouille d’ange, parle avec maladresse et timidité. Elle raconte ce qui l’a menée là, sur la desolation road, la route de la désolation qu’on emprunte un jour et qu’on ne peut plus jamais quitter : une passion absolue, déchirante pour un garçon nommé David, une histoire d’amour ponctuée par le vol, le kidnapping et le meurtre à travers la Californie de la Grande Dépression, en compagnie des parias, des criminels et des fantômes. Quand le journaliste venu l’interviewer demande à June ce qu’est l’amour à ses yeux, elle répond : « De la poussière et des étoiles, monsieur. » Le long de la desolation road, il n’y a rien d’autre à contempler. »

 L’histoire nous plonge dans l’Amérique de la prohibition, pays où, qui plus est, la peine de mort existe (toujours). C’est June, une adolescente condamnée à mort par pendaison qui raconte son histoire à un journaliste qui voudrait changer les choses, David. June raconte comment, peu à peu, par amour et parce qu’elle n’a pas fait forcément une bonne rencontre, elle se laisse entraîner dans la spirale du meurtre. Son histoire personnelle est compliquée, sa mère l’a abandonnée : elle est partie pour refaire sa vie ailleurs, laissant la gamine livrée à elle-même. June tombe amoureuse de son jeune voisin, un pauvre môme, tout aussi livré à lui-même qu’elle, père alcoolique et violent. Le gamin dérape, la violence engendrant la violence : il tue son père. Les deux gosses décident de tailler la route et c’est l’engrenage de la violence dans l’Amérique en crise.
On croise toute une galerie de personnages, pas forcément sympathiques. On apprend qu’à Los Angeles, faut pas rêver, il n’y a pas de boulot, même avec la meilleure volonté du monde. Mais des escrocs profitant du malheur des autres, il y en a plein. J’ai beaucoup pensé à John Steinbeck, écrivain américain génialissime qui décrit tellement bien cette Amérique-là dans Les Raisins de la colère, entre autres.

Je me suis prise de sympathie pour ces gamins, malgré toutes les graves bêtises qu’ils ont semé sur leur route. Sans doute parce que les autres sont bien pire qu’eux. June, la seule survivante du couple à ce road trip, trouve qu’elle mérite la sanction qu’on lui inflige. Et c’est le jugement du lecteur qui se met en balance, évidemment.

Ce roman, très bien documenté sur l’Amérique des années trente, dispose également d’un excellent suspense. Un roman d’apprentissage hors normes rondement mené.

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J’ai mon propre monde à regarder

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(attention spoiler)

Paul est un ado de quinze ans qui vit une vie sans histoire jusqu’au jour où il se prend la baffe de sa vie : son père quitte le foyer familial sans explication ni adresse. « Ne rien savoir, ne rien comprendre m’a anéanti. »
Sa mère, désespérée, décide de tracer la route. Les voilà tous les deux embarqués dans un road trip à travers les route françaises, accordant un choix particulier avant tout aux CD emportés plutôt qu’aux fringues. Puis ils rentrent au bercail. Et deuxième baffe pour Paul : sa mère décide de partir au Burkina Faso car elle pense que son mari est là-bas, sans se soucier de se que deviendra son fils, laissé aux bons soins de sa meilleure amie, Isa. Puis coup de théâtre : le père de Paul revient et explique à son fils pourquoi il est parti.

Le thème de l’éclatement du foyer familial et des conséquences sur un adolescent était prometteur. Pourtant je suis restée à l’extérieur de l’histoire sans parvenir à m’attacher à Paul et à ses déboires. J’ai trouvé sa mère à peine crédible dans son comportement adolescent. Paul, lui, est presque trop parfait dans son attitude. C’est un peu le monde à l’envers dans le sens où c’est lui qui donne des conseils à sa mère (ne pas s’emporter, ne pas insulter les flics qui leur demandent ce qu’ils font dans une voiture au bord de la route un 31 décembre. La seule crise de Paul, son seul pétage de câble surviendra au retour de son père. Et là, on est presque dans l’excès.
Le lecteur est accompagné tout au long de sa lecture par la musique des années 70 qu’écoute Paul. Le titre du roman fait référence à If 6 was 9 de Jimi Hendrix. Là encore, j’ai dû rater quelque chose parce que je n’ai pas compris ce que cela apporte au roman, si ce n’est d’annoncer la thématique de chaque chapitre.
Seul le clin d’oeil au roman d’Olivier Adam, A l’abri de rien, que lit la mère de Paul m’a fait sourire.
Les coups de théâtre successifs ne sont pas parvenus à changer la donne concernant cette lecture, dont j’ai trouvé l’écriture « plate » et  froide : elle ne parvient pas à faire passer de l’émotion. Il manque donc à ce roman un petit supplément d’âme.

Bref, j’ai raté mon rendez-vous ! Dommage.

Je remercie néanmoins les Editions Tertium.

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Sur la route de Blue Earth

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Traduit par Marie Hermet

 Hattie et Dolorès, deux jeunes Américaines du New Hampshire, décident de sauver Speed, le vieux cheval des Ferguson, destiné à l’abattoir. Speed a passé toute sa vie dans des foires, à promener des enfants sur son dos. A tel point que lorsqu’il y a un chemin sur sa gauche, il prendra inexorablement cette direction. Pour Hattie, son esclavage sur les manèges l’a dénaturé. Ce qu’elle veut, c’est lui offrir une vraie vie de cheval. Alors, les deux amies subtilisent une camionnette à un cousin, Hattie laisse une lettre d’explication aux Ferguson et elles tracent la route, direction le grand Ouest et son mythique « Big Sky », ou plutôt Blue Earth, là où le ciel s’ouvre comme nulle part ailleurs. Là, Speed pourra terminer sa vie dans la grande prairie, aux côtés de ses congénères sauvages.

L’occasion pour les deux amies de laisser leur ancienne vie derrière elle, de devenir adulte. Dolorès en a conscience : « Tu sais, parfois, je pense que notre vraie raison pour partir avec Speed et pour l’emmener jusqu’à la grande prairie, c’est qu’on ne veut pas qu’il passe le reste de sa vie à tourner en rond. Tu vois ce que je veux dire ? Speed, c’est nous ». Les deux gamines ont une vie de famille un peu cabossée, en particulier Dolorès, que sa mère vient de mettre à la porte et dont le père a quitté le foyer il y a des années sans se soucier de sa fille. Les parents de Hattie ont divorcé et elle vit avec sa mère.

L’occasion aussi pour elles de faire prendre conscience à leurs proches qu’elles existent. Leur décision folle de traverser les Etats-Unis seules, chamboulera leurs familles qui n’auront de cesse de savoir où elles sont et ce qu’elles font. La distance ressoudera les liens et permettra à tous de prendre du recul et de choisir une nouvelle route dans leur vie.

Un magnifique roman, très distrayant, aux deux héroïnes attachantes par leur grand coeur, leur sensibilité et leur amitié indéfectible. Des gamines libres à qui on pardonne leur inconscience d’adolescentes. Mais le vrai héros est Speed, tellement vieux qu’on ne sait pas vraiment quel âge il a. Il tient le lecteur en haleine : arrivera-t-il à destination vivant ? Parviendra-t-il à passer l’hiver rude de la grande prairie ?

Un road trip où l’on croise des personnages hauts en couleurs, en particulier les mythiques cowboys au Stetson vissé sur la tête, fan de rodéos.
J’ai lu ce livre quasiment d’une traite, ne pouvant le lâcher, happée par la cavale vers l’Ouest, me nourrissant, avec les héroïnes, de sandwiches fraise-beurre de cacahuètes et de Cheetos. Dépaysement garanti et optimisme sont au rendez-vous !

Une écriture à la fois simple, soignée et poétique en font définitivement un roman de qualité, qui saura séduire les jeunes lecteurs (à partir de 12 ans) mais aussi les adultes.

Merci à Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce roman.

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Orphans tome 2 : La danse de l’hippocampe

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Voici la suite des aventures de Marin Weiss, l’ado rencontré dans Double disparition.
A la fin du premier volume, il rencontre dans le monde parallèle dans lequel il a pénétré, une fille de son lycée avec laquelle il a un peu sympathisé : Tessa. Il est arrivé à la jeune fille la même mésaventure. Comme lui, elle ne comprend pas ce qui se passe. Leur malheur va rapprocher les deux ados. Pendant ce temps-là, dans notre monde, la mère et la soeur de Marin poursuivent les recherches, avec l’aide de la police mais surtout d’une jeune journaliste. Cette dernière, dans le premier tome, enquêtait sur le Seahorse Institute, tenu par l’influent Zacharie Speruto, alias Proteus. Cet institut est expert en cure de remise en forme d’un genre bien particulier, c’est du moins ce qu’elle découvrira… Speruto est, pour les gens de la Roche d’Aulnay, un homme au-dessus de tout soupçon. Pourtant, en secret, il est adepte du transhumanisme, une « approche qui vise à surmonter les limites biologiques de l’être humain par le biais du progrès technologique ». Son idéologie « est une approche individualiste qui ne se préoccupe absolument pas du reste de la société« … Dans ce volume, on découvre également que la soeur de Marin, est une activiste du groupe « Pas de science sans conscience », que la mère de Marin cache un secret. Et puis, il y a la fameuse danse de l’hippocampe…
Voilà pour la trame narrative, j’en ai déjà presque trop dit !

J’ai trouvé ce volume beaucoup plus fouillé que le premier tome et tout aussi prenant. Les fils de l’intrigue commencent à se rejoindre, les pièces du puzzle à se mettre en ordre. On ne s’ennuie pas une seule seconde et j’avoue que j’ai été bluffée par l’imagination débridée de Clair Gratias : on va de surprise en surprise, sans aucun répit !
Cette lecture m’a fait pensé par moments à Harry Potter car ici aussi il existe un passage à un endroit bien précis entre notre monde et le monde parallèle dans lequel ont été plongés Marin et Tessa. Le tout saupoudré d’un zeste de Frankenstein ou le Prométhée moderne… (avec dans le rôle de Prométhée, Proteus-Zacharie, évidemment !) . On pense aussi à Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll…
On est effrayé par la conception de la société de Proteus, par ce côté sombre qu’il dissimule derrière des apparences un peu trop lisses pour être tout à fait honnêtes. On n’est pas non plus tout à fait rassuré par un membre du groupe « Pas de science sans conscience », dont les idées sont un peu trop extrêmes et qui sera à l’origine du coup de théâtre qui clôt ce volume. L’intrigue prend une dimension scientifico-philosophique intéressante.

Il reste à lire le troisième tome pour savoir si elle sera un peu approfondie et comment les deux jeunes héros se sortiront (ou pas) du pétrin dans lequel ils se sont fourrés.

Une lecture qui tient en haleine !

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Orphans tome 1 : double disparition

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Marin Weiss, 17 ans, fait un peu la tête à sa mère parce qu’elle lui a refusé la permission d’organiser une fête avec ses amis. Il reçoit une série de SMS qu’il prend pour de la publicité.
« T’en as marre de tes vieux ? Lis le SMS de tout à l’heure ».
Devant le harcèlement de son mystérieux interlocuteur et piqué par la curiosité, Marin finit par faire ce qu’il lui demande.
« Il y a des jours où tu rêverais d’être orphelin ?
Tu ne supportes plus que tes parents ne te fassent pas confiance ?
Tu n’es pas le seul. http://www.orphans-project.com »
Marin croit d’abord à une blague, d’autant que son smartphone semble avoir le don de lire dans ses pensées.
« Arrête de te poser des questions.
On t’attend sur http://www.-orphans.com ».
Un site interdit aux parents. Rejoins-nous vite. »

Et c’est le début d’une aventure incroyable. Ce roman relève à la fois du polar et de la science-fiction. Cela commence par un jeu de pistes truché de QR Code, avant de basculer dans un autre espace-temps, un monde parallèle, une sorte de quatrième dimension. Comme Marin, le lecteur ne comprend pas ce qui se passe, pourquoi tout est si semblable et pourtant si différent, quelle est la raison de tout cela, quels sont les mystérieux hommes à la chevelure blanche, quel est leur but…
Bref, le livre ne vous tombe pas des mains avant de l’avoir terminé. J’espérais avoir la résolution de l’énigme. Mais, là, j’avoue, j’ai été déçue : il faut lire le volume suivant. L’occasion de s’interroger sur la mystérieuse lumière verte du Photomaton, qui apparemment est dotée de bien des pouvoirs , (méfiez-vous la prochaine fois que vous entrez dans une de ces cabines, certaines sont piégées!)…

J’ai aimé cette histoire bien ficelée, bourrée de technologies, très divertissante. On ne peut qu’aller lire le volume suivant !

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