Rentrée littéraire hiver & printemps # 1

L’hiver semble tout juste arriver, aujourd’hui 16 janvier. Le jour idéal pour commencer à préparer sa liste de tentations livresques pour les mois à venir – même si on n’a pas terminé ses lectures de la rentrée littéraire de septembre, comme moi, n’est-ce pas ? – j’en ai 3 encore non lus dont mon chouchou Arnaldur avec son Opération Napoléon et une nouvelle découverte écossaise qui a l’air alcoolisé (affaire à suivre !).

En attendant, quelques repérages nouveautés pour les mois à venir.

Côté littérature irlandaise j’attends avec impatience le nouveau Roddy Doyle de chez Flammarion Jeunesse qui sort le 10 février : Plus froid que le pôle nord – parfaite lecture hivernale, non ?

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Disponible aussi en ebook
(vivement le 10 février !)

Résumé : « Johnny et Tom partent à la recherche de leur mère disparue lors d’un safari de traîneaux à chiens. Pendant ce temps, leur demi-soeur retrouve treize ans plus tard celle qui l’avait abandonnée.
Un roman d’aventures sur fond de drame familial en pleine Laponie finlandaise. »

Autre belle surprise – qui a failli me faire tomber de ma chaise ! : une série fantasy enrichie par l’imaginaire irlandais : Enael , tome 1 : « L’appât » de Helen Falconer, chez Flammarion Jeunesse encore (je les aime ! )

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Disponible en ebook à partir du 3 février
et en version papier avec cette belle couverture le 2 mars

Résumé : « Enael est différente : des visions l’obsèdent et elle développe de mystérieux pouvoirs. Quand elle apprend qu’elle est en réalité la fille d’une fée, elle décide de partir à la recherche de ses origines dans le pays de l’éternelle jeunesse. Commence alors pour elle un étrange voyage au pays des elfes et des maléfices où l’amour semble être le plus attirant des poisons… »

 Toujours de la littérature irlandaise, version Irlande du Nord avec Phalène Fantôme de Michèle Forbes, aux Editions de la Table Ronde

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Paru le 6 janvier (disponible aussi en ebook)

Résumé : « Belfast, 1969 : tension dans les rues, trouble dans les âmes. De loin, Katherine a tout d’une femme comblée. Trois petites filles, un bébé adorable, un mari valeureux, George, ingénieur et pompier volontaire. Seulement, Katherine a un passé… En 1949, chanteuse lyrique amateur, passionnée par son rôle de Carmen, elle fait la connaissance de Tom, jeune tailleur chargé de lui confectionner son costume de scène. Le coup de foudre est immédiat, mais elle est déjà fiancée à George et la double vie a un prix. Vingt ans après le drame qui a décidé de son destin, Katherine ne parvient plus à garder ses émotions sous cloche. Au moment où sa ville se déchire, où certains de ses voisins protestants la regardent d’un mauvais œil, où ses filles grandissent et se mettent à poser des questions, elle sent son corps la lâcher. Fatigue, douleur lancinante dans le dos, le verdict est implacable. Talonnée par le temps, Katherine doit affronter les zones d’ombre de son passé. Exploration de la mémoire, de l’enfance, de l’amour illicite et de la perte, Phalène fantôme dépeint des morceaux de vie ordinaire qui ouvrent sur de riches paysages intérieurs. »

Au printemps, on reste en Irlande du Nord et à Belfast aussi avec Un sale hiver de Sam Millar, à paraître aux éditions du Seuil le 7 avril (visuel non disponible actuellement : snif !)

Si vous avez besoin d’optimisme et de zénitude dans ce monde de brutes, il y a Bubulle , Le 14e poisson rouge de Jennifer L. Holm (Etats-Unis) :

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Paru le 13 janvier

Présentation éditeur : « J’ai emporté mon poisson chez moi et je l’ai baptisé Bubulle, comme tous les autres enfants, chacun se croyant très original. Finalement, Bubulle était vraiment original. Quand tous les poissons rouges de mes amis se sont retrouvés au paradis des poissons, Bubulle était encore là. Sept ans plus tard, il est toujours là. J’en étais à croire que mon poisson avait trouvé le secret de l’éternelle jeunesse, les prochaines semaines allaient me montrer qu’en effet, tout était possible… »

Et aussi :
Arnaldur Indridason revient le 3 mars avec Le lagon noir ; 2016 verra aussi le retour de chouchou Joseph O’Connor avec Maintenant ou jamais . Mystère total pour ces deux romans. Ca met un peu de piment dans la chasse au trésor !

D’autres idées de lecture Lettres d’Irlande et d’ailleurs.

Enjoy !

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Les affligés

 

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Traduit par Valérie Malfoy

A Flint (Nouvelles-Galles du Sud)  en 1909. Quinn  Walker est accusé du meurtre de sa petite soeur Sarah. La ville est en émoi, son père veut le tuer. Terrorisé, Quinn prend la fuite et s’engage comme soldat. Dix ans plus tard, c’est un homme défait par la guerre des tranchées qui revient chez lui, en clandestin. Tourmenté par l’accusation dont il fait l’objet, hanté par la disparition tragique de sa petite soeur, traumatisé par la Grande Guerre, c’est un véritable chemin de croix qui l’attend. L’Australie est de plus en proie à l’épidémie de grippe espagnole qui décime la population. Tout le monde pense d’ailleurs qu’il s’agit de la peste noire. Un jour Quinn se réveille avec à ses côtés une petite fille : Sadie. Ses parents sont morts et elle ne veut pas qu’on l’attrape pour la mettre dans un orphelinat ou chose du même genre. Il se trouve qu’elle fuit l’oncle de Quinn, celui-là même qui a mit la tête de celui-ci à prix. Ben oui, en plus c’est « l’homme de loi » du coin !  Les deux vagabonds vont faire un bout de route de vie ensemble.

Un chemin de croix pour Quinn disais-je. Mais aussi le chemin de la rédemption, de la paix avec lui-même mais aussi de la vengeance. L’atmosphère de ce roman est tout de mystère et d’affliction. Mais aussi, par instants, Chris Womersley frôle le fantastique à travers le personnage de Sadie, qui apparaît comme par magie, sait tout de tout le monde, parle comme un adulte et s’emporte parfois comme un diable. Je me suis demandé pendant une bonne partie de la lecture si elle n’était pas le fantôme de Sarah. C’est par elle qu’arrivera la vengeance.

En tout cas, une atmosphère pleine de fantômes : Sarah qui hante Quinn autant que les tranchées de la Grande Guerre ; la mère de Quinn sur son lit de mort qui se demande si elle ne rêve pas en voyant son fils lui rendre visite en cachette (puisque son père veut toujours le tuer) car elle le croyait décédé, c’est la nouvelle qu’on lui avait portée : votre fils est mort à la guerre.

J’ai vraiment apprécié ce roman qui est tout en mystères. Chris Womersley n’en dit pas trop et laisse le lecteur écrire un peu de l’histoire : de Sadie on ne sait presque rien. Le rêve le plus fou de la gamine est de fuir en Angleterre avec Quinn car là-bas, « c’est plein d’arbres. Il y a des fées vêtues de fleurs. Elles sont partout, même si on ne peut pas les voir. Elles vivent sous les racines des arbres (…). Il y a des oiseaux qui se transforment en garçon ou en fille. Des cygnes, un corbeau appelé Salomon. La nuit ils font des fêtes. Toutes les fées viennent y danser et leur reine exauce les voeux ». Un Paradis perdu. Je vous laisse le soin de découvrir le livre pour savoir si Quinn et Sarah l’atteindront après tant de malheurs dans une Australie accablée par la mort.

Un écrivain australien  à découvrir.

 

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L’anneau de Claddagh tome 1 : Seamrog

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Nous sommes dans le Connemara en 1848. Keira est servante dans une « Big House » tenu par des Anglo-Irlandais. Sa mère y est cuisinière. Avant de mourir, la grand-mère de Keira a légué à celle-ci un bijou traditionnel dans la région : un anneau de Claddagh. Celui-ci a un pouvoir magique. C’est du moins ce qu’apprend le lecteur au début du roman. Keira évoque assez régulièrement la chaleur qui émane de lui. Surtout quand elle est en difficulté. L’anneau lui permet de communiquer (même si ce n’est pas vraiment le terme approprié!) avec sa grand-mère décédée, qu’elle appelle « mamina » – une surprise pour moi !
La famine tombe sur l’ouest de l’Irlande. Les Irlandais meurent de faim les uns après les autres. Keira vole de la nourriture pour aider ses amis, avec la complicité de sa mère. Elle tombe amoureuse d’Arthur, le fils du propriétaire du château. Un amour réciproque puisque le jeune homme fait tout ce qu’il peut pour reculer son départ pour Oxford où veut l’envoyer sa famille. Un amour inconcevable pour l’époque. D’autant qu’une jeune fille du même milieu qu’Arthur a des vues sur lui. Je n’en dis pas plus sur l’histoire, qui est plus intéressante qu’il n’y paraît au premier abord mais qui m’a fait acheter le livre avec un zeste de suspicion d’une romance à deux balles.

Pourtant j’ai été agréablement surprise par l’aspect documentaire de ce roman où l’on apprend beaucoup sur l’Irlande du temps de la Famine. Béatrice Nicodème agrémente son récit de termes gaéliques dont elle explique la signification et de références à l’histoire irlandaise qui permet de comprendre le contexte du roman, pour le néophyte en la matière, grâce à des appels de note.
Vous saurez tout également sur les traditions irlandaises, qu’elles soient culinaires ou festives.  Le colcannon, « le fameux ragoût de pommes de terre, de navets et de poireaux dans lequel on cachait [à All Hallow Eve= la veille de tous les saints] une pièce de monnaie ».
On apprend que « Samain, l’ancienne fête celtique décrétée païenne des siècles auparavant [est] remplacée désormais par All Hallow’s Eve ». Pourtant Keira a tenu à « respecter la coutume de Samain » : « La nuit de Samain, les Celtes éteignaient tous les feux pour se plonger dans l’obscurité, symbole de la mort, afin d’entrer en contact avec ceux qui avaient déjà franchi le grand passage ».
Un beau voyage pour le lecteur.

La seule chose que je reproche à ce livre jeunesse, c’est qu’à force de vouloir le rendre riche en documentation, on a l’impression que l’histoire en elle-même a été un peu négligée. Dans ce premier volume, on ne comprend pas le titre de la série parce que l’anneau n’est pas du tout au centre de l’intrigue. Et Seamrog, qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne me rappelle pas avoir lu l’explication.

Si les personnages sont relativement fouillés, on trouve que Keira se tire un peu facilement des guêpiers dans lesquels elle se met. Elle vole mais tombe aussi dans un guet-apens monté par sa rivale et s’en sort sans aller en prison. Et il suffit qu’elle s’explique pour qu’on la croit et qu’on lui demande « juste » de partir. Même pas de case prison. Un peu étonnant pour l’époque : « J’ai longtemps apprécié vos services, Keira, reprit Lady Winterbottom. Je tenais à vous le dire malgré tout. C’est pourquoi je propose de reporter votre départ à la fin du mois de mars. Cela vous laisse un mois et demi pour vous retourner, et vous évitera de vous retrouver sans travail au coeur de l’hiver. Si vous faites preuve de bonne volonté, je ne dirais rien à Lord Winterbottom. Vous éviterez ainsi le pire, la honte et la prison. » Cela m’a vraiment surpris comme attitude mais en même temps, les personnages ne sont pas complètement manichéen, ce qui est appréciable. Mais quand même…
J’ai trouvé un peu facile aussi de faire disparaître Arthur de l’intrigue.

Malgré tout, cette histoire ménage un bon suspense même s’il y a quelques invraisemblances à mon goût et l’écriture est agréable.

Un roman que j’ai apprécié avant tout pour le côté documentaire et donc l’ambiance. Je lirai le tome 2 qui sort en mars parce que je suis curieuse de voir comment ça rebondit et avoir peut-être l’explication sur le titre de la série.

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Bonne année 2016 !

Pour la nouvelle année, j’offre au blog une nouvelle plateforme ici même, après 6 ans passés chez Canalblog. J’ai transféré la quasi-totalité de mes chroniques antérieures (en tout cas plus de 200).

En 2015, j’ai lu 59 livres et abandonné 4 ou 5. J’en ai 2 sous le coude, commencés cet été, mais pas terminés alors qu’ils sont plutôt positifs (Hortense et Queenie d’Andrea Lévy et Orgueil et préjugés de Vous-savez-qui). J’ai lu 2 livres non chroniqués juste parce que j’ai oublié (les choses se bousculent parfois trop en trop peu de temps et on oublie sa tête) : La distance entre nous de Maggie O’Farrell et Le retour de Cherokee Brown de Siobhan Curham, emprunté à la bibliothèque.

Pour parfaire tout ça, j’ai eu la chance de pouvoir me rendre au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, au Salon du livre de Paris, de rencontrer Paul Lynch (ma révélation irlandaise de l’année) interviewé par Robert McLiam Wilson en septembre au Centre culturel irlandais, puis d’écouter Edna O’Brien qui n’a rien perdu de sa verve ! De sacrés bons moments !
Cet été j’ai traversé la Manche et beaucoup marché pour visiter la maison des Brontë, la ville natale de Shakespeare. Je suis partie sur les traces du poète Wordsworth et de Ian Rankin.
En novembre, on m’a entraînée sur les traces de James Joyce à Dublin – avec des phoques en prime. 🙂

Pour inaugurer 2016 ; voici ce que j’ai prévu (lus ces deux derniers mois) : de la littérature australienne, anglaise, américaine, finlandaise et française.
Il y aura aussi le retour de Roddy Doyle avec Plus froid que le Pôle Nord (en février) et Joseph O’Connor (mais je n’en sais guère plus pour l’instant).

En tout cas, je vous souhaite une année douce et bercée de belles découvertes littéraires !

 

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Mon traître

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4e de couverture : « Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir… » Sorj Chalandon

C’est la 4e de couverture qui m’a intriguée et le fait que ce roman sur l’Irlande du Nord, soit écrit par un Français  (déduction faite grâce à la photo de l’édition de poche). Ca ne pouvait qu’être intéressant à mes yeux.

L’auteur a changé le nom des protagonistes mais a réellement vécu cette histoire d’amitié avec un membre de l’IRA et cette découverte de l’Irlande.

Dans ce récit, Sorj se prénomme Antoine, luthier à Paris : « J’ai rencontré la République Irlandaise à Paris un matin de novembre 1974 » grâce à un Breton. L’Irlande d’Antoine à cette époque est celle du Taxi mauve, de l’Homme tranquille, les « pulls blancs torsadés », l’Eire où il s’est déjà rendu 3 fois. Le Breton lui dit que s’il n’a jamais mis les pieds en Irlande du Nord, alors il ne connait pas l’Irlande! Et tout part de là, parce que cette phrase le vexe  (je le comprends, même si ce que dit le Breton est parfaitement vrai !).

Antoine part donc à la découverte du Nord et c’est la révélation, le coup de foudre pour les Irlandais et leur combat, la découverte de leur histoire et de leur calvaire sous ces années thatcheriennes. Il met sa vie française entre parenthèses, perd ses amis de l’Hexagone qui ne comprennent pas son comportement envers un pays qui n’est pas le sien.

Il s’y fait rapidement des amis, jusqu’au jour où il rencontre Tyron Meehan, celui qui deviendra son « traitre ».Tyron Meehan est dans la réalité Denis Donaldson, membre de l’IRA…

Je n’en dis pas plus sur ce magnifique roman sur l’amitié, la solidarité, l’engagement, la confiance aveugle. Mais aussi sur la trahison, et la perpétuelle interrogation qu’elle engendre : pourquoi? Un roman qui vous prend aux tripes.

Un vrai coup de coeur. La « suite » de Mon Traître est Retour à Killybegs, encore plus réussi.  Accorchez-vous parce que ça secoue.

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Le quatrième mur

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En 1974, Georges, étudiant en histoire, militant pro-palestinien, fait par hasard la connaissance de Sam. Sam est grec, juif et metteur en scène. Georges ignore que cette rencontre va changer sa vie à tout jamais, le propulser au coeur du confilt libano-israélo-palestinien, de la guerre civile qui ravage le Liban en 1982-1983, et ébranler ses certitudes.
Sam a un rêve : monter l’Antigone d’Anouilh à Beyrouth, sur la ligne verte qui disloque la ville. Seulement Sam est rongé par la maladie. Il demande à Georges de réaliser ce rêve. George accepte. Il lui faut réunir toutes les communautés et religions du pays qui s’entre-déchire. Une Palestinienne sunnite, un chiite, un Druze, une chrétienne, un maronite. C’est Imane, la belle Palestinienne qui incarnera Antigone « la petite maigre »… Seulement voilà, la réalité de la guerre reprend le dessus sur la fiction de la pièce et le rêve de paix. La veille du jour J, Beyrouth est bombardée par les Israéliens et Chatila massacrée.

Cela fait des semaines que je recule à écrire un billet sur ce roman. Pas parce que je n’ai pas aimé, bien au contraire. Parce qu’il m’a laissée stupéfaite et retournée et que je sais d’avance que je n’en parlerai pas à la hauteur de ce qu’il mérite.

Sorj Chalandon m’avait déjà scotchée avec Mon traître et Retour à Killybegs. Cet écrivain, ancien reporter de guerre, met vraiment ses tripes dans ses romans (et quand il en parle aussi, d’ailleurs).

Outre la dimension éminement littéraire et l’écriture magistrale, ce roman restitue le traumatisme psychique de la guerre, la manière dont les certitudes peuvent être ébranlées, le néant des mots face à l’atrocité. Comment il est impossible de revenir en arrière et de tout effacer quand on a vu le martyr des corps déchiquetés, torturés, violés, brûlés, et entendus les cris de douleur des survivants.

Sorj Chalandon a dit, lors de la mini-conférence au Salon du livre de Paris, que Georges était son double fictionnel : ce roman restitue son expérience de reporter de guerre et la difficulté qui surgit quand il faut retourner dans un pays en paix avec des images de guerre dans la tête. Comment supporter le quotidien de la paix ?

Le « quatrième mur » est le terme employé au théâtre pour désigner l’espace, le mur invisible qui sépare les acteurs du public, qui met à distance les comédiens des spectateurs. Hélas, Georges, à la différence de Sorj, franchira ce mur.

« Je quittais tout. Je n’avais plus rien à faire de la paix. Dans un monde où les enfants pleurent pour une boule de glace. »

En lisant ce roman, vous verrez la guerre, vous saurez ce qui s’est passé à Chatila même si vous n’étiez pas pas né ou pas en âge de comprendre, Chatila ne sera plus un mot flou. Et cela restera ancré dans votre esprit pour longtemps.

Sorj Chalandon allie ici son talent d’écrivain et de journaliste. A lire absolument.

Bravo aux lycéens qui ont fait de ce livre leur Prix Goncourt de l’année 2013 : amplement mérité !

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L’amour et les forêts

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Bénédicte Ombredanne est agrégée de lettres et enseigne dans un lycée. Parce qu’elle n’est pas retenue pour être membre du jury d’un prix littéraire, elle décide d’écrire à Eric Reinhardt pour lui dire que si elle avait été retenue, elle aurait défendu son dernier roman qu’elle a adoré. Eric Reinhardt lui répond et s’ensuit, non sans hésitation et réflexion de la part de l’écrivain (les écrivains ayant « la réputation d’être des croqueurs de lectrices »), une correspondance e-mail suivie de deux rencontres. L’écrivain est rapidement intrigué par cette jeune femme, habillée avec recherche, à la manière d’une dandy toute droit sortie du XIXe siècle (veste en pane de velours, bottines lacées, bague ancienne…). Il se confie sur son travail d’écrivain (l’angoisse d’écrire un prochain roman plus mauvais que celui qui l’a rendu célèbre) et cette confidence (un zeste manipulatrice, mais pas totalement) incite à son tour Bénédicte à la confidence : elle avoue être victime de harcèlement conjugal. L’écrivain, indigné, se prend d’amitié pour cette femme. De son côté, Bénédicte tente de changer sa vie : sur un coup de tête et de colère, elle s’inscrit sur Meetic.

C’est le premier roman que je lis d’Eric Reinhardt. J’avoue que j’ai été bluffée par la qualité de son écriture et les divers niveaux narratifs que contient ce roman. L’écrivain est d’abord narrateur puis s’efface pour laisser la plume à Bénédicte qui raconte son calvaire. On change souvent de registre de langue. On passe d’une écriture très soignée, aux longues phrases proustiennes, à un style très cru qui vous met des coups de poing dans les yeux, une écriture 2.0 qui vous plonge dans la jungle plutôt mal-famée de Meetic comme qui vous y étiez vous-même en direct (mais en même temps, c’était comique). On a l’impression de vraiment se faire harceler et insulter par le mari de Bénédicte. Enfin, la dernière partie du roman se fait presque polar : l’écrivain revient sur scène pour enquêter sur le passé de Bénédicte.

Autant le dire tout de suite : malgré tout le malheur de Bénédicte, j’ai eu du mal à avoir totalement de l’empathie pour elle. Pas que je ne trouve pas que ce qu’elle vit est insupportable (ça l’est vraiment totalement !), mais j’ai eu envie de la secouer à longueur de pages, de lui dire : « Mais purée, barre-toi ! Ne reste pas avec ce cinglé. Pour moins que ça d’autres l’ont fait ! En plus tu es agrégée, tu as les moyens financiers de te barrer ! » Bref, Bénédicte est un personnage très agaçant parce qu’elle ne va pas au bout de ce qu’elle décide. Elle fait les choses sous le coup de la colère, de sursauts, puis n’assume pas et retourne dans ses pénates.
Voilà un exemple presque « soft » de la manière dont lui parle son mari : « Regarde-moi dans les yeux au lieu d’interroger la moquette, on dirait une demeurée. Ce n’est pas en adoptant cette attitude de contrition que tu vas t’en sortir, hypocrite, salope. » Et quand je dis que ça c’est « soft », ça l’est vraiment. C’est quand il est « gentil » qu’il lui parle ainsi. Je ne parle même pas du reste qui va au-delà de ce qu’on peut imaginer. Ce type est un pervers narcissique et sa femme tombe dans les pièges qu’il lui tend (il pleure, il supplie, il promet) à tous les coups (sans jeux de mots!). Pourtant cette femme n’est pas une demeurée et elle le sait.  Elle entreprend des choses (la rencontre sur Meetic d’un homme bien qui la rend plus heureuse en une demi-journée que son mari en x années de mariage) mais elle rêve sa vie plutôt que de passer à l’action. Elle s’imagine un avenir : « Elle arrêterait l’enseignement : elle sortirait de cette prison-là (…). Elle en avait assez, en somme, de se dévouer quasi exclusivement, dans l’ordre, à son mari, à ses enfants, et aux enfants des autres, sans aucun retour constructif. Elle suivrait une formation pour travailler dans l’édition : après tout, elle était agrégée de lettres, ce n’était pas rien, sans doute pourrait-elle devenir correctrice, ou bien lectrice, ou bien encore, un jour, qui sait, une éditrice appréciée par ses auteurs, pourquoi pas ? »

Déjà le lecteur a son compte d’émotion devant cette histoire. Mais il n’est pas au bout de ses surprises. On imagine totalement que Bénédicte va finir assassinée par son époux. Eh bien non ! Et là attention je suis obligée de raconter la fin alors SPOILERS :
Bénédicte meurt d’un deuxième cancer (parce qu’elle en a eu un premier !). Mais avant de mourir, elle est encore accablée par son mari (et dénigrée par ses enfants). Bénédicte, mourante, souhaite qu’on la laisse seule et surtout que son mari ne dorme pas au bout de son lit d’hôpital. Evidemment c’est ce qu’il fait ! Et finit par lui faire comprendre qu’elle ne crève pas assez vite !!  A peine morte, sa fille dégage toutes les affaires de sa mère de la maison.
Alors là, pour tout ça j’ai dit : STOP. C’est « too much » ! J’ai trouvé que ça perdait en crédibilité par excès de malheurs. J’ai peut-être tort mais c’est mon ressenti. Limite il y a de quoi se pendre à la fin !

C’est d’autant dommage que l’idée du rebondissement qui fait de l’écrivain un enquêteur « familial » après la mort de Bénédicte est originale. L’idée de la jumelle de Bénédicte surprenante. Le contenu des révélations de la jumelle peut-être un peu moins, en fin de compte (j’avais en partie deviné).

En tout état de cause, malgré la dernière partie du livre qui m’a déçue par excès de malheurs, ce roman est vraiment un bouquin marquant et bluffant qui reste dans la mémoire même quinze jours après l’avoir refermé.

Ce roman a été écrit sur la base de témoignage de lectrices qui ont écrit à Eric Reinhardt pour témoigner de leur calvaire. L’une d’entre elles lui a même demandé d’écrire sa vie. Témoignage pour celles qui souffrent en silence. Comme je l’ai pensé dès le début : il ne faut sans doute pas aller très bien pour confier sa vie à ce point à un écrivain.

Eric Reinhardt brosse le portrait d’une femme en souffrance mais non sans quelques piques bien senties par instants.

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Le cinquième enfant

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4e de couverture : « Pour Harriett et David, un couple modèle qui a fondé une famille heureuse, l’arrivée du cinquième enfant inaugure le temps des épreuves. Fruit d’une grossesse difficile, anormalement grand, vorace et agressif, Ben suscite bientôt le rejet des autres enfants, tandis que les parents plongent dans la spirale de l’impuissance et de la culpabilité.
La romancière du Carnet d’or, prix Nobel de littérature 2007, mêle ici de façon impressionnante réalisme et fantastique, dans une fable cruelle qui met à nu l’envers et le non-dit des relations familiales. »

 Harriett et David ont dès le début envie de fonder une grande famille. Et pour pouvoir loger un grande famille, il faut une grande maison ! Pour cela il leur faut quitter Londres pour une ville assez proche, où ils tombent sous le charme d‘ »une grande maison victorienne au jardin mal entretenu ». « Une maison à deux étages, avec un grenier, pleine de chambres,, de corridors et de paliers »… Voici pour le décor, victorien et gothique à souhait.  Et dans cette maison au jardin mal entretenu, il y a comme une chambre magique à faire des bébés ! Harriett enchaîne les grossesses en un temps record. La famille, les voisins, les amis débarquent dans la grande maison pour Noël et Pâques, pendant des années, à tel point que le couple devient réputé pour les fêtes qu’il organise.

Tout va bien dans le meilleur des mondes, jusqu’au jour où s’annonce la cinquième grossesse.  A partir de ce moment-là, Doris Lessing se délecte à casser l’image de la femme enceinte heureuse et de son accomplissement à travers la maternité. Une ambiance à la Rose-Mary’s Baby s’installe (c’est du moins la très forte impression que j’ai eue !). Avant même d’être né, le bébé a décidé d’en faire voir de toutes les couleurs à sa mère, l’empêchant de dormir par son agitation intra-utérine. Une fois né, Ben (puisque c’est ainsi qu’il sera prénommé) est « une créature batailleuse », très costaud, qui a besoin de double ration de biberon prescrites pour un bébé de son âge : il lui en faut pas moins de dix par jour et même davantage… Et quand il tête sa mère, il la laisse meurtrie de bleus ! Ben n’est pas un beau bébé, d’ailleurs il ne ressemble pas un bébé :

« Il avait la tête rentrée dans les épaules, comme s’il avait été accroupi et non couché. Le front offrait une pente uniforme, et les cheveux poussaient curieusement en deux épis sur le devant, formant un genre de triangle qui descendait assez bas sur le front, jaunâtres et hirsutes, tandis que, derrière et sur les côtés, ils étaient aplatis. Il avait les mains épaisses et lourdes, avec les paumes noueuses. » Il a des « yeux vert-jaune » sans « aucune lueur de reconnaissance ». Harriett trouve qu’il ressemble à « un troll ou un lutin » ! Elle finit même par sincèrement croire qu’il n’est pas humain, qu’il vient du monde du Petit Peuple, etc. Cela revient souvent dans ses propos !

Une chose est certaine : cet enfant fait peur. La famille, les amis prennent leurs distances avec le couple. Ben est un être violent. Il lui prend de tuer des animaux en les étranglant. Harriett et David finissent par l’enfermer dans une des chambres de la maison, de peur qu’il ne fasse du mal à ses frères et soeurs, qui d’ailleurs, ne l’aiment pas. Puis David décide de le placer dans une institution pour inadaptés… (je ne raconte pas la suite mais ça ne s’arrête pas là).

Doris Lessing se fait sarcastique sur le sort réservé aux êtres différents, hors normes, sur le regard d’autrui et des proches en particulier. Cependant, elle fait de Ben un personnage effrayant, pas du tout sympathique. On n’a aucune empathie pour lui. Elle maintient donc une certaine ambiguité pour montrer également la difficulté à gérer un enfant différent, sans pour autant s’apitoyer sur le sort des parents. On trouve Harriett stupide quand elle pense sérieusement que son fils n’est pas humain !

Doris Lessing vous happe littéralement, maintient un suspense de tous les diables, jouant avec la frontière du fantastique et l’imagination du lecteur en experte ! On suit l’évolution de Ben jusqu’à l’âge adulte et on n’est pas trop surpris du chemin social qu’il emprunte. Il y a une suite à ce roman : Le monde de Ben. J’espère avoir le temps de le lire dans le cadre du challenge, parce que là, franchement, celui-ci est un coup de maître et j’ai découvert un roman de Doris Lessing très différent de ceux que j’avais lus par le passé.

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Un enfant de l’amour

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4e de couverture : « James Reid est un jeune homme romantique dont le principal défaut est d’avoir trop rêvé sa vie avant qu’elle ne commence véritablement. Durant l’été 1939, il embarque pour l’Inde avec son régiment et, lors d’une escale au Cap, croit trouver en Daphné, jeune femme mariée, le grand amour qu’il attendait. À la fin de la guerre, il apprend que de cette liaison passionnée est né un enfant qui ne se sait pas illégitime. James va alors tout entreprendre pour rencontrer son fils… »

 

Ce roman de Doris Lessing, publié en 2003 est un roman d’apprentissage, celui d’un jeune Anglais mobilisé pendant la Seconde Guerre mondiale et envoyé aux Indes, avec escale en Afrique du Sud. C’est là qu’il connaîtra l’amour, dans sa rencontre avec Daphné, jeune Anglaise en mal d’enfant.

Mais Si Doris Lessing raconte ici une histoire d’amour sans retour (parce que Daphné fera sa vie sans James mais lui en sera incapable), c’est surtout la restitution d’une époque qui est le tour de force de ce roman.
Celle des Anglais, colons installés en toute impunité dans un pays qui n’est pas le leur, servis par des autochtones qui leur sont dévoués.
C’est celle de l’effervescence intellectuelle et culturelle, le socialisme (James se lie d’amitié avec Donald qui en est un fervent défenseur), la passion littéraire dévorante de James qui devient un lecteur et un admirateur invetéré de Kipling.
Celle de la souffrance, de l’ennui et du gâchis humain : la souffrance sur le bateau qui emmène les soldats de Grande-Bretagne jusqu’en Afrique du Sud : à notre époque, on a dû mal à imaginer ce que c’était de faire une telle traversée dans les années quarante et Doris Lessing nous le rappelle avec talent : on a dû mal à lâcher le livre et c’est sans doute ce qui m’a le plus plu.
Quant à l’ennui et au gâchis, il s’agit de ces mêmes soldats, qui après une traversée des mers très pénible, arrivent en Inde pour finalement souffrir… du climat et mourir d’ennui ! Autrement dit, ils ont été envoyés là-bas pour rien, ou plus précisément « jusqu’au cas où ».

En somme, Doris Lessing offre ici un roman d’atmosphère que j’ai beaucoup aimé. Elle ne faillit pas à la réputation de sa qualité d’écriture, à son humour, parfois noir. On se dit que ce n’est pas pour rien qu’elle fut Prix Nobel de littérature en 2007 (même si c’est une reconnaissance bien tardive !).

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Alfred et Emily

 

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Traduit par Philippe Giraudon

4e de couverture : « Parce que le poids de la Première Guerre mondiale a brisé son père, parce que l’émigration en Rhodésie a fait perdre à sa mère le goût de vivre, Doris Lessing a voulu imaginer l’existence de ses parents si l’histoire avait pris un autre cours : la guerre n’a pas eu lieu, l’Angleterre est florissante… et Alfret et Emily ne se sont jamais mariés. »

 Au premier abord, on pourrait penser que l’idée de Doris Lessing est un peu saugrenue : à quoi cela sert-il de réinventer la vie de ses parents ?  Mais elle avoue que « la colère ramenée des tranchées par mon père s’est emparée d'[elle] très tôt et ne [l’]a plus jamais quittée ». Elle précise dans l’avant-propos du livre que ses parents furent «  Tous deux furent dévastés par la Première Guerre mondiale. Après avoir eu la jambe fracassée par un obus [son] père dut porter une prothèse de bois. Il ne se remit jamais de l’expérience des tranchées. (…). Sur son certificat de décès, il aurait fallu inscrire comme cause de la mort : la Grande Guerre. »

Le livre, constitué de deux parties, est organisé de manière originale sinon surprenante : la première partie est une fiction : « Le roman d’Alfred et Emily » ; la deuxième (« Alfred et Emily : deux vies ») est une réflexion de Doris Lessing qui évoque l’impact qu’a eu la vie de ses parents sur la sienne, en tant que personne, écrivain et femme engagée.
L’ensemble du livre est agrémenté de photos et d’un extrait du London Encyclopaedia qui relate l’histoire du Royal Free Hospital, premier hôpital public et gratuit de Londres, où travaillait la mère de Doris Lessing.

L’écrivain reprend les grands traits de caractère de ses parents pour réinventer leur histoire. Emily McVeagh est une jeune femme de la bourgeoisie londonienne. Avec sa meilleure amie Daisy, elle décide de s’engager comme infirmière au Royal Free Hospital pour défier son père. C’est le pire boulot que l’on puisse imaginer, un travail réservé alors aux femmes de basses conditions. Les conditions de travail sont effroyables, le salaire misérable, on y souffre de la faim. Comme c’est un acte de rébellion, évidemment, cela ne va pas durer très longtemps… le temps pour Emily de trouver un mari, avec qui elle s’ennuiera mais qui mourra rapidement !
Emily se découvre des talents de conteuse, c’est du moins les enfants des voisins qui lui révèlent cette corde à son arc. Qui dit contes, dit lecture, dit école… De fil en aiguille, Emily finit par monter un réseaux d’école Montessori. Pour les achalander en livres, « elle se rendit dans plusieurs librairies, où elle déclara qu’elle comptait commander un grand nombre de livres et se renseigna sur les prix des livres en gros ». La mère de Doris était effectivement une lectrice invétérée à tel point qu’elle se rappelle qu’un flots de livres entraient et sortaient de la maison car sa mère étaient prise par les gens du coin « pour une sorte de bibliothécaire ». En Rhodésie, c’est une bouffée d’oxygène pour la mère comme pour la fille . Doris se rappelle qu‘ »elle avait lu allongée sur son lit, ou assise à cet endroit même. Les livres – un lieu de paix et de sérénité, où elle pouvait se réfugier… Les livres étaient une bénédiction. La lecture était une bénédiction. »
Une soupape de sécurité pour résister à la vie africaine difficile, où Emily avait cru pouvoir reconstituer la vie de salon anglais. C’est en Perse qu’Alfred et Emily décident d’aller vivre en Afrique, parce qu’en Rhodésie on disait qu’on pouvait faire fortune avec la culture du maïs. Mais c’est une toute autre réalité qui les y attendait…

Alfred, dans la fiction, est beaucoup moins présent qu’Emily. Un indice qui révèle l’obsession de Doris Lessing quant à sa mère avec qui elle ne s’entendait pas. Son père, amputé d’une jambe, qui ne mourra pas physiquement dans les tranchées de la Grande Guerre, sera vaincu des années plus tard par le diabète. Sa mère, traumatisée par tous les blessés qu’elle a vu arriver à l’hôpital, n’est plus que l’ombre d’elle même et ne se relèvera jamais. Des parents traumatisés par la guerre pèsera lourdement sur Doris : « C’était pour moi une réalité aussi présente que ce que je voyais autour de moi. Aujourd’hui encore je m’efforce d’échapper à cet héritage monstrueux, pour être enfin libre. » Ces propos sont tenus en 2007.

Un livre en forme d’exutoire où la guerre est expurgée de la fiction, au mieux présente sous forme de coupes de cheveux partisanes : les femmes au carré raide sont pro-serbes ; celles au carré flou soutiennent les turcs. Et si vous êtes neutres, il n’y a plus qu’à vous tresser une natte ! Aussi ridicule que la guerre ! Un écrit d’ambiance sur une époque.

J’avoue que je ne m’attendais pas à un tel livre. J’imaginais une petite fiction tranquille. Réécrire la vie de ses parents n’est pas chose aisée. Doris Lessing parvient néanmoins à ne pas tomber le piège de la fiction d’une « vie de rêve » et de personnes « zéro défauts ». Les liens entre fiction et réalité se tissent à la lecture la deuxième partie du livre, qui, toutefois, m’a donné quelques fils à retordre, par les redites et les divers sujets abordés.

Un bel hommage et une manière de rappeler que la guerre n’est pas une chose anodine (j’ai l’impression d’enfoncer une porte ouverte mais l’actualité mérite qu’on le rappelle).

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