Rites d’automne – Dan O’Brien

Traduit par Laura Derajinski

Dan O’Brien a écrit ce livre en 1988. Il fait aujourd’hui quasiment partie des classiques de la littérature américaine. Dan O’Brien n’est pas un auteur comme les autres : c’est avant tout un « fermier », autrement dit un cowboy, un éleveur mais également un spécialiste de la faune sauvage en voie de disparition. Mais aussi un enseignant en littérature et écologie des Grandes Plaines.

Ce livre n’est pas une fiction mais le périple qu’il a fait à travers les États-unis, des Rocheuses américaines au Texas pour apprendre à Dolly, un bébé faucon pèlerin né en captivité, à vivre dans son milieu naturel sans l’aide des hommes.

En fait, Dolly est une rescapée. Pas la proie des hommes, mais des aigles royaux qui ont la fâcheuse tendance à aimer en déjeuner les jeunes faucons ne sachant pas tout à fait voler. Les frères et soeurs de captivité de Dolly ont disparu tour à tour entre les serres des grands oiseaux, le jour où Dan et ses collègues de la Peregrine Fund avaient décidé de les réintroduire dans leur milieu naturel. « Nous avions appris à faire se reproduire les faucons en laboratoire et à les relâcher dans leur milieu naturel. Certaines années, une centaine de rapaces étaient élevés pour être relâchés dans les Rocheuses. Avec un taux de mortalité annuel estimé de soixante à soixante-dix pour cent, environs trente-cinq faucons atteignaient l’âge d’un an, bien plus qu’il n’en naissait à l’état naturel après l’utilisation massive du DDT. »

En 1986, l’extinction de l’espèce semble écartée, grâce à l’élevage et à la diminution de l’usage du DDT, interdit. Dan O’Brien, en haut d’une falaise du Montana pense tourner la page, sa mission accomplie. Mais il assiste en direct au massacre des faucons pèlerins par les aigles royaux, oiseaux également protégés, dont la loi interdit de les tuer. Un peu las, n’ayant pas trop envie de retrouver l’asphalte et la vie dite « civilisée », divaguant sur des histoires de trappeurs en traversant Three Forks, il décide de prolonger sa mission au-delà de ce qui lui est imparti.

« Un faucon pèlerin, ai-je pensé, est davantage qu’un oiseau de proie d’un noir bleuté, à peine plus grand qu’un corbeau. Bien plus encore, c’est « un vagabond, l’oiseau qui pique avec plus de vitesse et de grâce que n’importe quel autre volatile ». Je me suis dit qu’un oiseau à l’aile brisée n’était plus, par définition, un faucon pèlerin. Un oiseau dans une boîte en carton posée sur le siège passager d’un pick up n’était pas non plus un faucon pèlerin. »

Dan O’Brien, dans un état qu’il dit lui-même un peu halluciné, remet à plus tard ses obligations de fermier du Dakota du Sud pour redonner sa fierté à Dolly. On va les suivre des montagnes Rocheuses, en passant par les plaines du Nord, les prairies, le Llano Estacado et la Laguna Madre. Un grand voyage où l’on croisera des tétras, oiseaux de prédilection des faucons pèlerins, des armoises, végétation emblématique des grandes plaines que les hommes se sont acharnés à détruire, détruisant par là l’habitat des tetras. Dolly va aussi se régaler avec la chasse aux canards (sarcelles, fuligules, colverts, harles huppés). Grâce à Dan, mais aussi aux deux chiens, le vieux Jack et le jeune Spud, Dolly va devenir une vraie dame faucon pèlerin. J’avoue qu’il y a beaucoup de parties de chasse dans ce livre, les hommes aimant bien se manger une petite gelinotte grillée ou un canard. C’est un peu paradoxal pour un écrivain amoureux de la nature et qui donne sa vie pour sauver des espèces en voie de disparition. J’ai également trouvé la même chose dans Espaces sauvages de Jim Fergus. On croise un Jim dans le récit. Je me suis demandé si c’était un anonyme ou Fergus, ou Harrison. Dans nos têtes d’Européens, la chasse est bannie par tous les écolos. Ça n’a pas l’air d’être le cas aux États-unis.

Mis à part cela, j’ai admiré tout le savoir de Dan O’Brien, toute sa passion et son énergie pour sauver cet oiseau, lui redonner sa grandeur. La fin est poignante. J’ai imaginé son immense déception. Eh oui, ça ne finit pas tout à fait en happy end. Mais il est plus tempéré que moi !!

« Parfois, j’ai envie de dire que l’aigle du Montana était un obstacle naturel mais que le fil électrique du Texas était artificiel, façonné par la main de l’homme et donc, injuste. Mais je n’en suis pas certain. De temps à autre, je crois être devenu plus sage. »

Un superbe livre à lire absolument : c’est à la fois une vraie balade dans les contrées sauvages de l’Ouest des États-unis (le Texas fait partie « mythologiquement » parlant de l’Ouest) et une source d’instruction indéniable. Bref, on en sort moins bête !

On peut lire dans la postface : « Grâce à ce livre, j’ai rencontré des personnes qui avaient pris conscience que le fond du problème venait du schisme entre l’écologie populaire et la compréhension profonde de la lutte pour la survie, cette règle principale qui régit la planète depuis l’aube des temps. Tout le monde aime les fins heureuses et, en quelque sorte, ce qui est arrivé depuis la parution de ce texte a pris un semblant de fin heureuse. Mais l’histoire contée dans Rites d’automne est triste (…) en partie à cause de la destruction constante de l’habitat animal et du développement de l’Ouest américain qui porte avec lui une multitude de luxes auxquels il est impossible de résister. Nous voulons des terres sauvages et suffisamment de place pour en profiter, mais nous ne voulons pas nous priver pour autant du superflu. (…) Pour tout dire, nous ne savons pas vraiment ce que nous voulons. « 

A l’heure post-confinement, ce livre qui date d’une trentaine d’années est toujours d’actualité.

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour Rites d’automne – Dan O’Brien

  1. alexmotamots dit :

    Toujours d’actualité, malheureusement ?

    Aimé par 1 personne

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