Le blog a eu 15 ans !

Je m’aperçois que j’ai laissé passer mon anniblog !🫢🫣

Pourtant,  le 28 novembre, le blog a soufflé ses 15 ans d’existence, qui a débuté sur la plateforme Canalblog un 28 novembre 2009, avec Nuala O’Faolain. L’époque où les réseaux sociaux étaient encore à leurs balbutiements et où Instagram complètement off. On n’était qu’une petite communauté qui avions choisi de partager nos lectures sur les blogs littéraires, et cela reste un excellent moyen de garder un carnet de lectures infini, toujours enrichi. Évidemment, la lectrice que j’étais il y a 15 ans a inévitablement évolué.  Mais finalement pas fondamentalement changé.   Je lis toujours autant de littérature irlandaise, mon refuge ! 😁 Cela dait plus de 20 ans que ça dure et je ne suis toujours pas vaccinée contre cette maladie bizarre. Je doute que les médecins aient d’ailleurs trouvé un vaccin !!

Et pour preuve, je suis actuellement plongée dans la trilogie qui a rendu célèbre Edna O’Brien : Country Girls,  rassemblée sous un seul volume comme le voulait l’autrice.

Je viens de passer le cap des 600 pages et franchement, je ne m’ennuie pas un instant. C’est pas mal pour fêter un anniblog d’être plongée dans une lecture pareille. 😍 Le plus drôle, c’est que souvent,  quand elle évoque la campagne des environs de Nenagh et Limerick, je pense inévitablement à Donal Ryan… avant de soudain me souvenir qu’il a dit qu’ils étaient de la même famille. 😂 Je crois que j’aurais dû m’en douter avant même de le savoir. Edna O’Brien est ma « copine » : sa plume ouvre mon blog. Regardez bien !

J’ai appris cette semaine que Donal Ryan est nominé pour le « An Post Prize » décerné tous les ans en Irlande,  dans la catégorie roman pour son dernier (pas encore publié en France, OMG, fingers crossed, guys!), Heart, Be at peace … en partie autobiographique il me semble puisqu’il y évoque sa mère ou quelque chose de ce genre.

EDIT du 25/12/2024 : Donal Ryan vient de remporter cette semaine le très populaire prix An Post catégorie roman pour son roman (j’avais pas bien lu, auparavant, il faisait simplement partie de la « short list », j’ai modifié ! 🙂 ). Et en plus ça ne parle a prori pas de sa mère. LOL !

Je retourne à Dublin fin décembre,  tellement pressée que c’est horrible d’attendre 27 jours et j’ai hâte de retrouver la joie de vivre irlandaise, encore plus en période de fêtes ! Écumer les librairies pour tenter de repérer quelques pépites à  venir (ou pas 🙃) dans l’Hexagone, retourner dans les musées, traîner mes guêtres pour faire un petit reportage.

Bref, je suis toujours pleine d’énergie pour évoquer la littérature et la culture irlandaises, même après 15 ans de blogging.    Les chroniques sont peut-être moins nombreuses que par le passé, je suis mon rythme sans contraintes. But still alive ! Beaucoup de mes lectures (non irlandaises) ne font pas forcément l’objet d’une chronique, ça dépend de mon temps et de mon envie de le faire. Sinon, tout cela n’aurait guère de sens de se transformer en machine.

A bientôt pour mon retour sur Country Girls, la rentrée d’hiver concernant la littérature irlandaise, la vie à dublinoise…

Merci d’être toujours fidèle. Le blog reste très fréquenté. J’ai déjà largement dépassé les chiffres de l’an dernier.

🇮🇪 Cheers ! ☘️

Publié dans blabla, Littérature irlandaise | Tagué | 14 commentaires

Le fantôme de la banquette arrière – Jan Carson

Traduit de l’anglais d’Irlande du Nord par Dominique Goy-Blanquet

Ma 629e chronique est consacrée au recueil de nouvelles de l’une de mes autrices irlandaises favorites depuis son premier roman : je veux parler de Jan Carson, bien sûr ! J’ai dévoré ses deux premiers romans et… j’ai dévoré les quelques 300 pages de ce recueil qui contient plutôt des « novellas », que des « nouvelles courtes ». Une fois plongée dans ma lecture, il était difficile de m’arracher à son univers bien particulier.

Souvent, on cherche un fil conducteur dans les recueils de nouvelles, un personnage récurrent. Je ne pense pas avoir trouvé un personnage qui apparaît dans un récit et puis dans un autre, ou dans un roman passé. Quant à l’avenir, peut-être que …

Le seul fil conducteur qui ne peut nous échapper, c’est l’Irlande du Nord. Mais oubliez les récits « conventionnels ». Vous serez surpris de trouver un fantôme sur une banquette arrière, nouvelle éponyme pour l’édition française. Il est difficile d’en parler sans dévoiler la surprise, mais sachez que l’Histoire de l’Irlande du Nord n’est jamais très loin.

Ouvrez le frigo et trouvez-y une main. Hum ! Il y a de l’Ulster dans l’air !

Filez à Londres pour admirer le dernier cheval de Grande-Bretagne (nouvelle qui donne son titre à la version originale). Mais quelle est la différence entre un cheval et un poney ? Un poney vaut-il un cheval ?

J’ai croisé un mec bizarre nommé Victor Soda dans une histoire tragiquement drôle qui met en exergue, de manière comique, un certain esprit coincé de la société irlandaise.

Les enfants sont les victimes des adultes dans ce pays au passé trouble (sans jeu de mots ! 🙂 ). Jan Carson n’a pas de limites, pas de tabou, elle joue entre fiction, Histoire, surnaturel, souvent est à la limite de la science-fiction. L’autrice joue avec les frontières dans toutes ses dimensions. Elle fait des expériences, elle s’embarque dans des trucs un peu dingues, mais cela fonctionne à merveille !

C’est divertissant, caustique, drôle, on ne peut pas s’ennuyer. Un troisième rendez-vous réussi qui fait de cette autrice, l’une de celles qui rejoint mon podium personnel.

Je ne peux que vous inviter à découvrir ses livres. J’attends avec impatience la prochain parution !

*********************************

Breaking News : La liste des parutions irlandaises 2025 est en piste sur Babelio. N’hésitez à y jeter un oeil, je l’enrichis au fur et à mesure.

Publié dans Littérature irlandaise, Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

L’honorable collectionneur – Lize Spit

Traduit du néerlandais de Belgique par Emmanuelle Tardif

Voici le premier roman que je lis de l’autrice belge Lize Spit, que j’ai entendue au dernier Festival America sur le thème du refuge, de l’exil. Et ce fut une bonne surprise !

Nous sommes dans un petit village de Belgique flamande dans les années 90. Une famille Kosovar qui a fuit la guerre des Balkans s’y est installée. Le jeune Tristan fait son entrée à l’école et il est épaulé par Jimmy, un gamin de son âge dont les parents viennent de divorcer et qui n’est donc pas forcément au meilleur moment de sa vie. Pour tromper son angloisse ou du moins sa tristesse, Jimmy se passionne pour les flippos, des vignettes que l’on trouve dans les paquets de chips (à l’heure où en France on collectionnait les pin’s, en fait ! :). Il rêve d’avoir une collection de rêve – justement . Son quotidien plutôt morne va être bouleversé par son nouvel ami kosovar, notamment le jour où la famille de celui-ci apprend son expulsion du pays. Une idée germe alors dans la tête de Tristan pour y échapper. Il va demander l’aide de son pote Jimmy mais celui-ci devra passer une épreuve.

Un roman très court, à peine 134 pages, mais qui sont aussi fortes qu’un expresso ! A l’heure où tout le monde se rue dans les salles obscures pour aller voir L’histoire de Souleymane, ceux que  la thématique de l’exil intéresse y trouveront leur compte.

L’exil est vu ici par les yeux des enfants. J’avais peur d’un tire-larmes, mais ce n’est pas le cas tout au long du récit, mais attention à la chute ! J’ai apprécié cette histoire tirée d’un fait réel, qui allie une dose d’humour, du suspense et tension dramatique. Je me suis vraiment demandé, à l’instar de Jimmy, pourquoi on devait passer par épreuve d’eau glacée baignée de légumes surgelés (des petits pois, si ma mémoire est bonne. 🙂 ). J’ai aussi appris la recette du papriboulga (l’équivalent belge du crisy sandwich irlandais, à mes yeux). Bref, j’ai beaucoup souri malgré la thématique plutôt pas drôle du tout.

Lize Spit joue avec le lecteur qu’elle déssoude de son fauteuil… à la dernière phrase et le fait basculer cul par dessus tête… Donc il faut lire le roman jusqu’à la dernier ligne pour avoir le fin mot de l’histoire. Je n’en dis pas plus mais je conseille ce roman belge.

Publié dans Littérature belge | Tagué , , | 4 commentaires

Un air irlandais au Festival America 2024

Le week-end dernier, je suis allée au Festival America qui se déroule tous les deux ans à Vincennes, pour ceux qui ne le sauraient pas (oui, je connais des gens qui habitent plus près que moi et qui ignorent l’existence de ce festival de qualité !).

Malgré l’intitulé du festival, qui a évolué depuis sa création, il n’y a pas que des invités étatsuniens. L’Europe était bien représentée cette année, et en particulier l’Irlande, avec Donal Ryan, Jan Carson, Michael Magee, Darragh McKeon et Colm Toibin. Autant dire que je piétinais d’impatience depuis que j’avais appris la nouvelle. J’y ai passé deux jours, malgré le froid saisissant, une fin de rhino qui a eu du mal à me lâcher et m’avait mis sur les rotules les jours qui précédaient – j’avais initialement prévu d’y aller aussi le vendredi, mais mon corps disait vraiment niet. Heureusement, une journée en off et j’étais suffisamment requinquée pour ne pas rater l’événement, ce qui n’aurait fait qu’aggraver mon état de santé ! 🙂  .

Chaque festival est différent : quoi qu’on s’imagine, cela ne se passe pas exactement comme on le croyait et certainement pas comme le précédent. En 2022, je n’avais d’ailleurs fait qu’un rapide passage un après midi. Mais les vrais amateurs de littérature irlandaise ne peuvent pas rater autant d’auteurs irlandais en France !

« L’écrivaine est une lectrice ». Jan Carson à gauche, Ayana Mathis à gauche

Bon, j’ai dû faire trop longtemps la queue pour récupérer mon bracelet d’entrée, donc j’ai raté la rencontre avec Colm Toibin, auteur que je n’ai jamais écouté. Donc je suis allée directement, en ratant le début, à la la rencontre « L’écrivaine est une lectrice » avec Jan Carson (Irlande du Nord), mais aussi Ayana Mathis (USA) et Szilvia Molnar (USA). Pas totalement assez concentrée après les commodités pratiques et le fait d’arriver en retard, j’ai quand même retenue que Jan Carson est inspirée par Toni Morrison ! Quand elle est en panne d’écriture, qu’elle se remet en question, elle retourne lire Beloved et ça la remet en piste. 🙂 J’ai envie de découvrir les romans d’Ayana Mathis qui mettent en scène les femmes déshéritées, comme très souvent, a-t-elle expliqué. Son dernier livre, paru en août dernier, Les égarés (traduit par François Happe) chez Gallmeister, a l’air de valoir le détour. Concernant Jan Carson, je l’ai déjà dit, mais je le répète car je suis une inconditionnelle de l’autrice depuis ses premiers romans parus en France, vient de paraître un recueil de nouvelles, Le fantôme de la banquette arrière (traduit par Dominique Goy-Blanquet, éditions Sabine Weispieser) que je suis en train de dévorer. Pour quelqu’un qui dit qu’elle n’est pas une écrivaine de nouvelles, je me demande ce que ça donnerait si elle l’était car elles sont justes géniales (j’en ai lu cinq pour l’instant). Elle a dit que ça lui servait un peu de « brouillon » entre deux romans car elle écrit des romans assez volumineux.

J’enchaine avec la rencontre suivante « Loin des villes » avec Donal Ryan, Claire Fuller et Antoine Wauters. Je ne connaissais pas ces deux derniers. Donal Ryan explique que la plupart de ses livres se déroulent dans la maison de son enfance, dans la campagne où il est né (cf. Nenagh, tout près de Limerick, que je connais assez bien 🙂 ). Les auteurs expliquent que la campagne est un lieu très ouvert psychologiquement, contrairement à ce qu’on s’imagine, et que la langue est intrinsèquement liée au lieu, surtout en Irlande. Donal Ryan explique qu’un de ses romans a été adapté au théâtre et que les gens étaient en mode « wow », très étonnés. Ecrire sur les gens de la campagne, c’est aussi une manière de faire une expérience avec lui-même et ses contradictions. Souvent, il n’a pas conscience de la misère de ses personnages, mais le bonheur est un thème ennuyeux en littérature. Et contrairement à ce que les gens imaginent, on se sent plus seul en ville (lui en tout cas) qu’à la campagne. Personnellement, je mettrai un bémol en disant que ça dépend de quelle ville et de quel village à la campagne. Il y a des villages qui ont été fondés par des clans (famille) installés là depuis très longtemps et si on n’est pas du clan, ou qu’un membre du clan des générations passées s’en est éloigné, il est souvent difficile d’y trouver sa place, de nouer des liens. En ville, on est plus dans l’anonymat, cela a des avantages et des inconvénients. Donal Ryan explique que ses personnages sont des taiseux et que le silence de ses personnages est une partie importante de son travail d’écrivain. Il faut qu’il vienne en Corse, c’est un excellent lieu où l’on peut expérimenter le silence des gens ! Je n’ai pas l’impression que les Irlandais soient des taiseux, plutôt des bavards mais qui ne parlent pas des sujets sérieux.

Virée au salon du livre du festival…

Et c’est reparti avec (encore !) Donal Ryan sur le thème « Trouver refuge », qui traite entre autres de l’exil, des demandeurs d’asile et des réfugiés, avec la Belge Lize Spit, et Hisham Matar. L’auteur irlandais explique qu’il a travaillé plusieurs années comme inspecteur du travail et qu’il a malheureusement constaté qu’un nombre important de travailleurs non déclarés étaient des étrangers. Dans le cadre de son travail, il a rencontré des Syriens, des Afghans, des Ougandais, qui lui ont raconté leur histoire et que c’était des histoire horribles. Il écoutait aussi un podcast diffusé en Irlande intitulé « Je cherche refuge ». Il dit qu’il n’était pas un bon inspecteur du travail car il écoutait les histoires des gens. Je trouve que ce n’est pas contradictoire. Lize Spit, dont je me suis procurée le dernier roman L’honorable collectionneur, (traduit par Emmanuelle Tardif), aux éditions Actes Sud a très bien évoqué également le thème de l’exil. Si on doit fuir, on devient quelqu’un d’autre, les enfants grandissent trop vite à cause de la guerre, notamment. Pour écrire son roman, tiré d’un fait réel expliqué à la fin de l’ouvrage, elle a demandé à une amie de lui raconter ce qu’elle a vécu. Celle-ci lui a expliqué pourquoi, maintenant, elle dort toujours avec la lumière allumée. Donal Ryan explique qu’à un moment donné, on entendait tous les jours parler d’histoires de naufrages, et que d’une certaine manière, parce que les médias nous martèlent le cerveau avec cela, on finit par devenir insensible et que c’est là que la littérature a le pouvoir de raconter les choses de façon différente. Cf Par une mer basse et tranquille (traduit par Marie Hermet).

Une rapide incursion à la rencontre « Au coeur des ténèbres » avec Michael Magee (dont j’espère retrouver la photo !) où l’auteur nord-irlandais évoque la partie autobiographique de son roman. Je me doutais en le lisant mais ne connaissant pas la vie de l’auteur, je ne pouvais pas l’affirmer (Sean Maguire/Michael Magee, ça m’avait mis la puce à l’oreille, d’autant plus que le personnage a fait des études de lettres et fréquente un peu le milieu littéraire). Il explique que dans le roman le personnage tente de comprendre le geste malheureux qu’il a eu envers l’homme avec qui il s’est battu (je n’ai pas lu cela pour ma part) et que Belfast où il vit est encore dans un processus de réparation. Sean Maguire, son personnage, est né la même année que lui et ils font partie de la génération post-conflit. On avait promis à sa génération qu’elle récolterait les dividendes de la paix mais que le problème c’est qu’elle fait partie de la classe sociale des travailleurs, de la classe populaire et que les inégalités ne sont pas réparées. Et que la mère de Sean lui transmet le double héritage de cela : les Troubles et la pauvreté.

Et puis, direction le clou de la journée, la rencontre sur le thème « Gens de Dublin, écrivains d’Irlande », sauf que je ne m’attendais pas à une foule pareille. Quelques frayeurs de ne pas pouvoir rentrer car malgré 15 minutes d’avance, j’étais très loin de la porte. Bref, finalement plus de 300 personnes d’après les personnes chargés de l’accueil étaient venus pour la littérature irlandaise, lire autre chose que ce dont ils ont l’habitude, pour les quelques conversations que j’ai eues, ou là par hasard, attirés par la foule (lol). Darragh McKeon, Donal Ryan, Sinead Mac Aodha (en charge de la promotion de la littérature irlandaise en Europe et ancienne directrice du Centre culturel irlandais), le tout animé par Marianne Payot. On a évoqué l’influence de James Joyce et Ulysse (je suis pour ma part toujours kéblo au chapître 10), Donal Ryan l’a lu en entier pour impressionner sa prof de français à l’époque. Il a aussi été question de John McGahern (dont l’oeuvre est actuellement réédité chez Sabine Wespieser) qui a été inspirant car il écrit sur l’Irlande rurale. Et damned, je ne sais plus qui de Darragh ou de Donal (mais je crois que c’est Donal) a dit qu’Edna O’Brien était la soeur de sa grand-mère (déjà, là, je commençais a être au bout de ma vie, donc faire le lien dans ma tête, la soeur de la grand-mère ou la soeur de la grande-tante, j’étais perdue 🙂 et que donc, il a grandi dans son ombre. La grand-mère de son père avait ramené des livres interdits en Irlande (pour mémoire, Edna O’Brien s’est exilée au Royaume Uni) : des prêtres, des juges venaient chez lui pour lire les auteurs…
Sachez également que les Irlandais sont les meilleurs menteurs du monde. Ne vous fiez jamais à eux, c’est dû à mille ans de colonisation dixit l’inénarable Donal.

Sinead MacAodha explique qu’avant, le sud de l’Irlande (la République) ne pouvait pas se permettre d’écrire sur l’Irlande du Nord et qu’en ce moment, les écrivains du Nord souffrent beaucoup car les bibliothèques ferment, il y a des problèmes économiques qui impactent le Livre. Mais le Sud est généreux et essaie d’octroyer des bourses, même si c’est compliqué car c’est un autre pays, même si c’est une même île. Elle a expliqué également que c’est compliqué d’éditer dans des maisons d’édition irlandaises quand on a un pays voisin géant de l’édition britannique, que c’est un peu l’équivalent de la Belgique vis-à-vis de la France.

Dimanche matin, j’ai chopé mon RER par un froid de gueux pour rejoindre la rencontre sur « L’art de la nouvelle » en compagnie de Jan Carson, Donal Ryan (nan, mais je ne me suis pas rendue compte que je l’avais suivi à ce point, mais il était très invité !), Véronique Ovaldé, Dominique Chevalier en maîtresse de cérémonie et une écrivaine mexicaine dont j’ai oublié le nom 😦

Je l’ai déjà dit maintes fois ici, la nouvelle n’est pas un genre populaire en France. Pourtant, il y avait du monde, c’est donc bien qu’il y a un public intéressé. Personnellement, j’aime beaucoup les nouvelles et je suis bien contente de pouvoir lire celles du monde anglophone à défaut d’avoir vraiment le choix dans le secteur francophone. Bon, ça a été l’occasion d’apprendre que Véronique Ovaldé a écrit un recueil donc tout n’est pas perdu ! En Irlande, au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, les auteurs, à défaut de vivre facilement de leur plume tout de suite, ont des facilités pour se faire publier dans les journaux via des nouvelles. Chose inexistante en France : la presse ne publie pas de nouvelles.
Jan Carson explique qu’elle écrit plutôt des romans que des nouvelles car cela demande moins de concentration mais qu’elle en écrit car elle trouve ça super, même s’il n’y a pas de festival dédié et d’infrastructure. Elle a déclaré que peut-être que le public français devrait faire pression sur les éditeurs pour avoir davantage de recueils de nouvelles. Elle écrit des nouvelles car elle écrit de gros romans et qu’ensuite elle a besoin de penser à autre chose. Elles lui permettent de faire des choses un petit peu dingues.
Donal Ryan a avoué sa difficulté pour en écrire alors qu’il pensait que c’était facile, quand il a quitté son emploi. Un mois après, il était sec, l’angoisse de l’écrivain, la page blanche etc. Un jour, son épouse l’a trouvé allongé sur le carrelage de la cuisine, en PLS et elle lui a demandé s’il avait un problème de santé. Il a répondu qu’il n’arrivait pas à écrire de nouvelles. Elle lui a mis la pression et comme il a eu la trouille, il a réussi, mais il évite d’en écrire – un jour, je pense qu’il va écrire un roman sur sa femme, j’ouvre les paris sur un billet aller-retour à Dublin. ou à Paris, top là ! 🙂
Véronique Ovaldé déclare qu' »un roman ça lui colonise le cerveau » pendant des mois, alors que la nouvelle exige la complicité du lecteur.
Jan Carson annonce qu’elle a deux recueils de nouvelles dont un qui n’est pas encore traduit et qu’elle essaie de faire circuler ses personnages d’une nouvelle dans une autre, voire dans un roman. C’est une forme d’écriture adultérine, c’est souvent des excroissances des romans qu’elle est en train d’écrire. Il y a actuellement un troisième roman en préparation. Son recueil actuel est axé sur la notion de déception, notamment les promesses faites aux Nord-Irlandais. Bientôt un recueil de micro-fictions (micro-nouvelles) va sortir en France : j’ai hâte de voir du haïku irlandais !
Pour Donal Ryan, le seul point commun de ses nouvelles est l’endroit où il a grandi. Et ce sont des histoires volées car ce sont les histoires des gens. Il a écrit l’histoire d’une Ougandaise que son employeur faisait travailler illégalement en Irlande, cela a touché sa corde sensible et il s’est senti obligé d’écrire l’histoire de cette femme alors qu’il était en train de mener l’employeur au tribunal.
Jan Carson raconte qu’on lui demande d’écrire sur la frontière, qu’il y a beaucoup de commandes éditoriales sur ce sujet suite au Brexit. On la trouve dans son recueil sous forme de métaphore.

L’après-midi, j’ai assisté à la renconte « Une société corrompue » avec l’Ecossais Alan Parks qui écrit une série sur le Glasgow des années 70 que j’ai très envie de découvrir suite à son intervention so scotish (si on veut de l’ambiance dans une table ronde littéraire, il faut un(e) Irlandais(e) ou/et un(e) Ecossais(e) ! Darragh McKeon a évoqué son roman en disant qu’il n’a pas choisi de mettre l’épilepsie au coeur de son livre et qu’il n’avait pas l’intention d’écrire un roman sur les troubles. Il vivait à New York, il venait de divorcer, il lisait l’Idiot et qu’il était lui-même au bout du rouleau. Il travaillait dans un hôpital où il s’occupait des gens en fin de vie. Cela l’a conduit à travailler sur le thème de l’enfance et de la mémoire. J’ai pas trop vu le rapport avec le sujet de la rencontre…

J’ai fini le festival sur les 80 ans de Richard Ford ! Ce n’était pas vraiment prévu, mais c’est la joie des festivals. Il y a le backstage. Je suis revenue avec de nouvelles idées de lectures en découvrant de nouveaux auteurs. J’ai échangé avec beaucoup de gens, connus ou inconnus. Vous ne me verrez jamais (ou du moins rarement) faire la queue pour un autographe car je ne sais jamais quoi dire aux auteurs. Je préfère les lire.

Je me rends compte que j’ai écrit le billet le plus long depuis des années ! 🙂 Cela me fera un souvenir. Et vivement le prochain Festival America !

Pour ceux qui ont raté l’Irlande à Vincennes, elle sera à Cognac dans le cadre du LEC Festival (Littérature Européenne de Cognac) donc l’Irlande est le pays invité cette année du 12 au 17 novembre. Pour plus d’informations, c’est ICI

Je ne me suis pas relue, je suis fatiguée, donc désolée pour les éventuelles fautes. 🙂

Publié dans Littérature irlandaise, Rencontres littéraires | Tagué , , | Laisser un commentaire

Long Island – Colm Toibin

Traduit par Anna Gibson

Long Island est la suite de Brooklyn, donc vous ne pouvez difficilement comprendre l’intégralité de l’histoire si vous n’avez pas lu le premier volume paru il y a des années. Brooklyn est le roman qui a propulsé Colm Toibin sur le devant de la scène littéraire française. J’ai lu le livre à sa sortie, il y a longtemps – entre 12 et 15 ans ? -, il est chroniqué sur le blog).

Eilis Lacey a émigré il y a quelques vingt ans à Brooklyn, où elle a rencontré Tony, un Américain d’origine italienne, qu’elle a épousé. Lors d’un retour en Irlande, à Enniscorthy, elle a eu une liaison amoureuse avec Jim Farell, un brave gars qui a du mal à extérioriser ses sentiments mais qui était raide dingue d’elle. Je ne me souviens plus pourquoi Eilis a émigré à Brooklyn, ni si elle connaissait bien Jim avant son départ. Long Island vous rappelle de toute façon qu’elle était rentrée aux Etats-Unis en catimini et qu’elle n’a jamais avoué à personne qu’elle s’était mariée à Brooklyn.

Le deuxième volume s’ouvre sur l’appel d’un homme en colère qui explique à Eilis, stupéfaite, que son mari, Tony, a eu un bébé avec son épouse et qu’il déposera l’enfant à sa naissance devant sa porte. Eilis est bien évidemment furieuse mais dans un premier temps n’ose pas affronter Tony. Puis elle le contraint à avouer son infidélité. Celui-ci ne nie pas. Sa mère a l’air ravi, considère déjà l’enfant comme faisant partie de la famille. Eilis décide donc de retourner à Enniscorthy sous prétexte de l’anniversaire des quatre-vingts ans de sa mère. Elle s’imagine qu’elle va l’accueillir à bras ouverts. Elle décide que ses deux enfants, qui n’ont jamais mis les pieds en Irlande, la rejoindront dans un deuxième temps.

Je l’avais dit, j’avais des craintes par rapport à la suite d’une histoire. Malheureusement, cela s’est confirmé. J’ai trouvé cette suite abracadabrante au début, puis cela a viré à l’ennui. La scène de départ est peu crédible : avez-vous déjà vu quelqu’un victime d’infidélité, téléphoner pour annoncer qu’il refilera le lardon à celui qui l’a fait cocu en interpellant l’épouse de celui-ci ? Eilis refuse évidemment d’accueillir le futur enfant, expliquant à Tony qu’elle n’y est pour rien et que cela ne la regarde pas, ce n’est pas son histoire, qu’il se débrouille.

La majeure partie de ce deuxième opus se déroule en Irlande, à Enniscorthy et Cush. Au lieu d’un séjour reposant, propice à la réflexion, on se retrouve dans une ambiance de village où tout le monde sait tout sur l’autre et ressasse les vieilles histoires du passé : ceci est totalement crédible, il n’y a pas besoin d’aller en Irlande pour le vivre. Eilis retrouve sa meilleure amie d’antan, Nancy. Pas très franche du collier. Je ne me souviens plus comment elle était au début. Evidemment, elle retrouve le Grand Amour qu’elle a planté des années auparavant. S’ensuit un mic-mac de oui-non-oui-peut-être…. A un moment, j’étais ahurie de voir que cela se résumait à : vont-ils passer la nuit ensemble ?

Aucune surprise, ce roman est une autoroute toute tracée, sans déviation ! J’ai lu les 397 pages de plus en plus déçue, voire carrément agacée.

Colm Toibin dresse le portrait de personnages profondément indécis. La seule chose que j’aie trouvé bien analysée c’est le déchirement dans tous les sens du terme : l’éloignement fait que l’on oublie sa vie d’avant, bien que cela soit involontaire, même si cela est provisoire. Si on revient, on s’attend à retrouver ce qu’on a laissé tel qu’il était, en oubliant que de l’eau a coulé sous les ponts, que la vie a continué en votre absence et que vous-même, vous avez continué à vivre, qu’on peut difficilement revenir en arrière et encore moins effacer le passé. Eilis revient mais bien que la petite ville d’Enniscorthy soit en apparence telle qu’elle était avant son départ, elle a conscience que son histoire avec Jim Farrell est de toute façon un cul de sac. Elle n’est pas revenue pour lui, mais dans les petites villes, on croise facilement ceux qu’on ne veut pas voir ! Pourtant, elle fait ce qu’elle redoute (aucun caractère fort ! LOL) Lui, a une forme de caprice, où elle cède comme une andouille. Puis, il se met à faire des plans sur la comète, en éludant la difficulté du réel : elle est mariée et elle a une famille là-bas. Lui-même a entamé une relation avec quelqu’un d’autre (je ne dis pas qui !) Mais c’est quelque chose de bien plus trivial qui scellera finalement leur avenir à tous les deux. Les deux personnages sont des marionnettes dans les mains des autres.

J’aurais voulu avoir un peu plus de vue sur ce qui se passait du côté de Tony et sa famille. Mais comme la situation est peu crédible dès le départ, j’ai eu le sentiment qu’elle était volontairement éludée. A mon goût, il n’ y a aucune surprise dans ce deuxième opus qui plaira sans doute à ceux qui aiment les histoires d’amour ratées.


Publié dans Littérature irlandaise, Rentrée littéraire | Tagué , , | 4 commentaires

Retour à Belfast – Michael Magee

Traduit par Paul Matthieu

J’inaugure la rentrée littéraire par le premier roman de Michael Magee, déjà multi-primé. Un petit mot sur l’auteur : il est nord-irlandais et rédacteur en chef du magazine littéraire Tangerine. Ses textes ont par ailleurs été publiés dans la plupart des revues cotées, comme The Stining Fly.

Une découverte qui fut une excellente surprise en ce qui concerne ma lecture. J’ai dévoré en quelques jours les 419 pages de ce roman. Je l’ai même trimballé dans mon sac à dos dans le sud de la France, malgré son poids, pour être sûre de ne pas décrocher de l’ambiance.

Sean Maguire rentre à Belfast après des études de lettres à Liverpool. Il vit en coloc avec un pote, Ryan, dans un appartement squatté. Il navigue de petits boulots en petits boulots :  travaille dans un pub miteux le soir, parfois dans une librairie, en attendant de trouver mieux. Malheureusement, on ne peut pas dire qu’il soit aidé par ses fréquentations. Ses potes (qu’il connaît depuis toujours), et même son frère ne sont pas de ceux qui vous tirent vers le haut, mais plutôt qui vous entraînent vers le bas avec eux, si vous n’avez pas la force de résister. Sniffer de la coke et se saouler la gueule est à peu près la seule chose qu’ils savent faire, la quintessence d’une journée réussie se résume à ça, selon eux et ce n’est pas forcément de leur faute. Sean a pourtant fait des études  supérieures, a le goût des lettres, il aimerait écrire un livre, mais il a l’impression que tout se ligue contre lui. Il se laisse entraîner par la « bande » et un jour, ou plutôt un soir, ça va trop loin : alcoolisé, il a une grave altercation avec un type. Il échappe à la prison de justesse mais écope de Travaux d’intérêt général. Il se retrouve donc avec ce travail obligatoire et il continue à naviguer entre les petits boulots pour survivre. Quitte à truander à la caisse automatique du supermarché, ce qui pourrait aggraver son cas s’il se fait choper. On a du mal à l’accabler, même s’il déconne.

Mairead, la fille dont il est toujours amoureux et qu’il connaît, comme les autres, depuis toujours, sort de Queen Univeristy. Elle a grands rêves, comme partir à Berlin. Mais aussi des secrets qui vont surgir. La mère de Sean a vécu les Troubles et s’est engagée à son niveau pour la Cause. Elle galère comme femme de ménage et l’alcool est son seul remontant. Il manque un père de famille.

Ce n’est pas du Zola, mais cela y ressemble fortement. Je me suis demandé si Michael Magee avait lu cet auteur. En tout cas, c’est avec une plume magistrale et un sens du récit épatant que l’écrivain nous trimballe dans le Belfast contemporain où le déterminisme social  en « rajoute une couche ». Peut-on se sortir de la galère quand on n’est pas bien entouré ? Bien sûr que non, me direz-vous. Mais comment avoir assez de recul quand on n’a connu que ça ? Michael Magee montre avec talent  la difficulté de s’extraire de son milieu social.

Les personnages sont à la fois agaçants  et attachants. On a envie de dire à Sean de couper les ponts avec ses potes pour prendre son envol et sortir de la galère. J’ai pensé pendant un moment que Mairead, qui fréquente un monde d’artistes littéraire (dont la peinture qu’en fait l’auteur est jubilatoire) pourrait l’aider à réaliser son rêve.  Mais c’est une vaste plaisanterie. La plaisanterie de Kundera clôture le roman.

C’est excellent, je commence la rentrée littéraire avec un coup de coeur ❤️ .

L’auteur sera le 18 septembre au Centre culturel irlandais de Paris et au Festival America de Vincennes qui se déroule du 26  au 29 septembre.  Youpi !!!🤗

Et en parlant du Festival America, il sera très irlandais cette année avec la présence également de Donal Ryan, Jan Carson et peut-être que  j’en oublie en route. En tout cas mon planning sur deux jours voire trois est en cours de préparation !

Publié dans Littérature irlandaise, Rentrée littéraire | Tagué , , | 2 commentaires

Rentrée littéraire irlandaise

Je crois bien que c’est la rentrée… 🙂 Parlons donc un peu des nouveautés irlandaises à paraître, ou parues fin août ou dont j’ai envie de signaler l’existence !

Je ne sais pas vous, mais qu’on nous bombarde dès juillet des bouquins de la rentrée littéraire a l’effet inverse de celui escompté : ça me fait fuir, j’ai l’impression qu’on veut me gaver le cervau ! Encore davantage quand je sais que ce sont des SP qui tournent en boucle sur les réseaux grâce à des éditeurs qui ont copieusement arrosé toujours les mêmes. Le « partenariat » a ses limites : on finit par savoir qui n’achète jamais un livre ou ceux qui vivent du commerce du livre. Ici, et depuis toujours, j’achète – ou j’emprunte en bibliothèque – 99,99% des livres dont je parle (et en tout état de cause, si on me l’a proposé, je le signale : la base ). Ce ne sont pas les livres qui remplissent mon frigo et je n’ai pas un fonds de commerce à faire tourner… Bref, free literary blogger, as usual ! 🙂

Passons à l’essentiel : le traditionnel billet sur la rentrée littéraire irlandaise – que je n’ai point pu faire l’an dernier, au regard de mon actualité personnelle : je me rattrape cette année et vous rappelle que la liste des livres parus en la matière pour l’année 2024 (et 2023) est régulièrement mise à jour sur Babelio par ma pomme !

Voici les trois principales parutions que j’attendais avec impatience :

  • Jan Carson avec un recueil de nouvelles à paraître en septembre : Le fantôme de la banquette arrière. J’ai littéralement dévoré et adhéré à ses précédents romans, dont j’ai hâte de voir ce que ces premiers écrits ont pu donner.
  • Un petit nouveau d’Irlande du Nord : Michael Magee avec Retour à Belfast que je suis en train de dévorer. Pour l’instant, ce n’est pas un coup de coeur mais c’est tout de même un roman bien entraînant sur le Belfast post-troubles. Je suis à plus de la moitié de l’histoire et je me demande vraiment comment ça va virer.Je est en plein dans une soirée littéraro-artistique, snobinarde à souhait dans laquelle le jeune Sean Maguire des quartiers populaires de la ville est de retour à la maison après des études littéraires à Liverpool. Il retrouve une copine d’avant son départ, Mairead, qui a l’air de galérer autant que lui pour s’en sortir. Mais là, je me pose des questions sur elle… Je vous reparle de ce livre bientôt. J’ai pas mal fréquenté les pubs avec lui, pas forcément bien fréquenté d’ailleurs, où il a fait quelques conneries aussi, et purge un travail d’intérêt général…

*Le dernier Colm Toibin, Long Island, a aussi rejoint mes étagères. Il s’agit de la suite de Brooklyn, qui avait rendu l’auteur populaire en France. J’avoue que j’ai hésité avant de l’acheter, j’aime pas trop les suites des années après, c’est souvent décevant. Mais il y a des exceptions (cf. Dermot Bolger). De plus, j’aime certains livres de l’auteur mais j’en ai trouvé d’autres un peu barbant. Mais Le souvenir du Magicien a fait pencher la balance et je l’ai acheté.

Je regrette pour cette rentrée littéraire de ne pas voir un livre de Paul Lynch (il a publié The Prophet l’an dernier il me semble) et tout le retard accumulé en France avec les bouquins de Donal Ryan (il y en a 2 ou 3 de parus en Irlande et nous, en France,on est resté planté… 😦 )

Voici deux autres bouquins qui m’intéressent, parus il y a quelques mois mais que je n’ai pas eu l’occasion d’évoquer ici : celui d’une Irlandaise d’origine nigériane, Melatu Uche Okorie, avec Cette vie, qui évoque la vie des femmes migrantes en Irlande. L’autrice a vécu huit ans en centre de rétention en Irlande dans l’attente d’un statut de réfugiée. Et le retour du très prolifique Adrian McKinty, avec une enquête de Sean Duffy : Des promesses sous les balles. Je m’aperçois que j’ai lu un polar de cette série l’an dernier mais que je n’en ai jamais parlé !

Enfin, pour ceux que ça intéresse, mais moi je vais m’abstenir : le dernier Sally Ronney, Intermezzo, où l’on sait à quoi s’attendre : une histoire de fesses de trentenaires désoeuvrés et déprimés qui se regardent le nombril à deux (ou plus) en pleurant. Je passe mon chemin et je garde 22€ pour des oeuvres un peu plus intéressantes que le nombrilisme qui est le fonds de commerce de cette autrice (oui, je ne mâche pas mes mots, mais il y a de quoi ! 🙂 )

Je ne doute pas que certaines parutions irlandaises vont voir le jour d’ici le mois de novembre, mais je ne comprends jamais pourquoi elles sont gravement planquées et surgissent sans prévenir ! 🙂 En tout état de cause, je les ajouterai, si ce n’est ici, sur la liste Babelio.

BONNE RENTREE ! 🙂

NB : J’espère vous reparler bientôt deux romans nordiques que j’ai dévoré en vacances : Celui qui a vu la forêt grandir de Lina Nordquist et Là où sont les oiseaux de Maren Uthaug (un cran en dessous de l’autre, tout de même). Mais il n’est pas impossible que je n’en reparle jamais, mais je vous conseille d’ores et déjà grandement le premier !

Publié dans Littérature irlandaise, Littérature nord-irlandaise, Rentrée littéraire | 2 commentaires

Bonnes feuilles et pause estivale !

Pas très présente en ce moment, mais j’ai pas mal lu. J’ai juste une immense flemme due à une année trépidante et épuisante. Je rédige beaucoup dans le cadre de mon nouveau poste, je parle beaucoup, je réfléchis beaucoup aussi parce que les décisions que je prends ne sont pas sans conséquences. Résultat : pas trop envie de reprendre le clavier pendant mon temps libre. Du moins pour le moment, en cette phase d’acquisition de nouvelles compétences.

Mais bon, heureusement, j’ai droit à quelques jours de congés et je compte bien profiter. Le programme s’annonce chargé là aussi 😂, histoire de recharger les batteries. 

Voici ce que j’ai lu ces dernières semaines. Globalement de très chouettes découvertes. Et l’Irlande me suit partout, faut-il croire car je la trouve partout :

🇮🇪 Dans le roman de l’autrice américaine Jeanine Cummins, avec Le garcon du dehors, qui nous plonge à la fin des années 50, dans la communauté des gens du voyage d’Irlande. C’est un véritable coup de coeur ❤️❤️❤️. Beaucoup de thématiques sont abordées : le racisme  (évidemment) mais aussi la quête d’identité d’un gamin qui perce le secret de ses origines. On plonge aussi dans le mode de vie, la culture de sa communauté. L’autrice a un vrai don de conteuse irlandaise. On rencontre un petit gars réellement attachant, avec une soif d’apprendre incroyable. D’ailleurs, il lit Gulliver de  Jonathan Swift dès qu’il en a l’occasion. J’ai juste regretté une traduction très médiocre où il y a des erreurs pas piquées des hannetons mais qui m’ont beaucoup fait rire : la foire de Puck. Ben voui, no problemo, tout le monde connaît la ville ou le village de Puck en Irlande ! 😇  La traductrice ignore appartement ce qu’est la Puck Fair et l’éditeur aussi. Ensuite beaucoup de mots qui posent difficulté ne sont carrément pas traduits : travellers, tinkers… débrouillez-vous avec ça. Dommage car c’est vraiment un très chouette roman. Et je lirai les autres de l’autrice,  en particulier La branche tordue qui se passe en partie pendant la Grande Famine, mais quand il sera sorti en poche ou si je le trouve d’occasion, car 24,50€, ça commence à faire un peu trop cher.😬

J’ai beaucoup aimé Migrations de l’autice australienne Charlotte McConaghy, qui évoque, derrière la thématique écologique prémonitoire de la disparition des dernières sternes arctiques, une femme à la recherche de ses racines (encore !) irlandaises. Je n’ai pas trouvé le personnage sympathique, c’est une femme  pas loin de la folie, qui a purgé une peine de prison à Limerick mais trahit la confiance d’à peu près tout ceux qu’elle croise. On comprend pourquoi à la fin. C’est bouleversant.

J’ai lu Vers Belfast de Joël Schuermans, qui n’est pas une fiction mais un périple à travers les îles britanniques en train. C’était enthousiasmant, drôle et surtout réaliste. Mention particulière quand il décrit les lieux où il atterrit en Ecosse. Normal, l’auteur est belge, d’après ce que j’ai compris en lisant son périple ferroviaire. 😅

Les enfants de Haretz de l’Italienne Rosa Ventrella évoque la période nazie à travers deux enfants juifs tchécolslovaques dont les parents sont enlevés et déportés. Ils traversent une partie de l’Europe pour sauver leur peau.

Mauvaise pioche pour Clara lit Proust de Stéphane Carlier. J’ai trouvé ça à la fois caricatural et artificiel, bref, peu crédible. Je me suis plutôt ennuyée.

Il manque sur la photo La vie secrète des arbres en BD (oups, les auteurs de la BD, c’est qui ?🫣). Mouais, de la difficulté d’adapter un tel livre en BD… On apprend quand même des choses.

Je vous retrouve fin août début septembre après des petits road trips que j’espère salutaires. ⛵️⚓️

Publié dans Littérature américaine, Littérature australienne, Littérature belge, Littérature française | Laisser un commentaire

Une proie trop facile – Yishaï – Sarid

Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz

J’ai quasiment tout lu depuis un moment pour mon challenge sur la Palestine, il doit m’en rester deux. Mais c’est pour moi l’occasion de lire pour la première fois un auteur israélien : Yishaï Sarid. C’est quelqu’un qui dénonce avec beaucoup d’humour noir les travers de son pays et nous plonge dans l’ambiance de Tel-Aviv. Une proie trop facile existe au format poche chez Babel.

Il s’agit d’une histoire simple mais racontée de manière assez dense. On n’est pas vraiment dans un polar au sens classique du terme. Il n’y a pas de meurtre, le personnage principal n’est pas un flic. C’est plutôt un « roman prétexte » pour scruter la société israélienne dans tout son paradoxe et sa paranoïa.

Nous suivons donc un jeune avocat qui doit mener une enquête alors qu’il est réserviste dans l’armée israélienne, plus précisément dans la police militaire. Déjà, ce n’est pas un statut banal, j’ai mis un petit moment à comprendre…

Il se trouve qu’une jeune soldate accuse un officier reconnu par sa hiérarchie de l’avoir violée. Notre avocat reconverti en détective de police militaire part donc à la rencontre des différents protagonistes et nous dresse un tableau truculent. Des parents de la victime sont des religieux intégristes qui étouffent leur fille, celle-ci est complétement paumée mais pas totalement claire non plus. Le soldat incriminé passe sa vie dans un bunker du Sud-Liban, en mode parano, à traquer le moindre grain de sable qui bouge…

Chaque personnage nous offre sa version des faits à travers l’enquête de l’avocat. On n’est pas trop sûr que chacun soit bien net, bien clair, bien propre sur lui. Franchement, les parents de la fille sont complètement barrés. Je crois que dans cette histoire, on ne s’attache à personne. En tout cas, je n’en ai aimé aucun. Je me suis en revanche pas mal amusée. La fin est particulièrement étonnante, ce qui m’a amenée à revenir quelques pages en arrière en me disant que j’avais raté un truc. Mais la société israélienne est bien, sinon folle, du moins absurde et déboussolante ! C’est en tout cas ce que semble suggérer Yishaï Sarid.

L’auteur ne propose pas un portrait en noir et blanc de son pays, avec d’un côté les bons et de l’autre les méchants. C’est plutôt du gris pour peindre une espèce de folie généralisée. Son coup de griffe fait mouche. Un pays qui vit au détecteur de mensonge. 🙂

J’ai également bien aimé l’expérience de la promenade dans les rues embouteillées, poussiéreuses et bétonnées de Tel-Aviv mais aussi à l’extérieur, jusqu’au Sud-Liban. L’ensemble ne me donne pas trop envie d’y aller, j’avoue. L’office du tourisme israélien a encore du boulot pour me convaincre.

« Avec les années, on est obligé de s’éloigner de plus en plus de Tel-Aviv si l’on veut une vue dégagée. Avant l’horizon apparaissait juste après Ramat-Aviv. Quand j’étais chez les scouts, il suffisait d’aller dans les dunes au nord de Sdé-Dov pour voir un vrai désert (…) »

« La mer, bleue et déchaînée, a fait une brève apparition sur notre gauche, rapidement cachée par une résidence de vacances en construction. »

« Regardez un peu les villas qu’ils se font construire, a noté Koby au moment où on traversait le wadi Ara, une zone où la concentration de villages arabes était particulièrement dense. Vous avez vu cette petite tour Eiffel ! Ils font tout par eux-mêmes, alors ça leur revient beaucoup moins cher. Il y a quelques maisons dans lesquelles je n’aurais pas refusé d’habiter. Et ils les décorent magnifiquement bien. »

Un auteur à découvrir.

Publié dans Littérature israélienne | Tagué , , | 4 commentaires

La maison aux orangers – Claire Hajaj

Traduit de l’anglais par Julie Groleau

La maison aux orangers de Claire Hajaj fut ma première lecture de mon challenge personnel sur le conflit israélo-palestinien. Je l’ai dévoré !

Pour une fois, je vais me fendre de la quatrième de couverture pour le résumé : « Jaffa, Palestine, 1948. Salim attend impatiemment le jour de ses huit ans. Enfin, il va pouvoir accompagner son père pour la cueillette des oranges, symbole du passage à l’âge adulte. Mais il n’aura jamais cette joie : la guerre israélo-arabe débute et sa famille est obligée de fuir en laissant derrière elle la maison et les orangers. Sunderland, Angleterre, 1959. Judith, douze ans, doit préparer sa Bat Mitsvah. Elle voudrait pourtant oublier son prénom trop connoté, le poids écrasant du passé familial, hanté par les pogroms russes et les camps allemands, et elle se jette à corps perdu dans la natation. Londres, swinging sixties. Lorsque leurs chemins se croisent, Judith et Salim tombent follement amoureux. »

Bizarrement, c’est en cours de lecture que je me suis aperçu que ce roman était une traduction. Allez savoir pourquoi, je pensais qu’il était francophone, ce qui est une hérésie. Mais c’est peut-être aussi parce qu’il y a beaucoup de références à la culture juive et la culture palestinienne et que rien n’est expliqué par une note en bas de page ! Pour les néophytes, je pense que c’est vraiment dommage. La traductrice aurait pu pousser le bouchon un peu plus loin …

C’est d’autant plus dommage parce que l’histoire est à la fois documentée et romanesque. L’autrice montre à merveilles les contradictions des personnages, pris au piège malgré eux. Salim se fait appeler « Sal », il suit Judith, rebaptisée « Jude », à Londres. Mais c’est un type un peu parano, qui pense que tout le monde lui en veut, surtout les employeurs qui le voient comme un Arabe, un Palestinien, un moins que rien : c’est dans sa tête, mais il se coupe l’herbe sous le pied tout seul et du coup se faire renvoyer ou quitte son emploi de lui-même. Il devient aigri et se laisse embobiner par les hommes de sa famille, prêts à en découdre avec les Israéliens. Bref, l’intégration dans le monde des Blancs se passe mal, même à Dubaï où la famille déménage un temps et impacte la vie familiale. Judith et Salim ont en effet deux enfants. Paul est un petit garçon fragile, qui aime les arbres et la danse. Il ne se remettra jamais de la mort d’un citronnier que son père, colérique, finit par arracher. Il se jette à corps perdu dans la danse alors que son père voudrait qu’il apprennent l’arabe. Et pourtant, Judith accepte que les enfants apprennent cette langue.

De son côté, Judith a été victime de l’antisémitisme de ses camarades de classe qui lui font un sale coup en la renommant « Jude », alors qu’elle-même découvre la signification de ce terme trop tard pour sortir la tête haute. De l’autre côté, ses parents sont juifs à l’extrême. Ils sont juifs avant tout et personne ne peut l’ignorer. Un jour, Judith claque la porte du domicile familial. Mais néanmoins elle va regretter son geste. Sa grand-mère, Rebecca, lui laisse une lettre qu’elle ne devra lire que le jour de sa Bat Mistvah qui lui révélera l’histoire de sa famille.

On a un joli portait d’une famille écartelée entre deux cultures. Quand l’un prend le dessus sur l’autre, c’est foutu, tout part en quenouille. La tension s’accentue au fil du roman.

Il faut dire qu’il y a de quoi être en colère côté palestinien car, on apprend, que les Israéliens se sont arrogés de droit, tout seuls comme des grands pourris de se réapproprier les maisons que les Palestiniens avaient abandonnés (ouais, mais ils ne sont pas franchement partis de leur plein gré, mais poussés dehors , à peu près de la même manière que ce qui fait encore l’actualité tous les jours. Il s’agit de la Loi israélienne sur la propriété des absents (1950) : « Un absent est un citoyen palestinien qui a quitté son lieu de résidence habituel avant le 1er septembre 1948 pour un lieu occupé par les forces cherchant à empêcher la fondation de l’Etat d’Israël. Tout droit détenu sur une propriété par un absent devra automatiquement être cédé au Conseil de tutelle pour la propriété des absents ». On imagine sans peine les dérives !!! On les constate encore aujourd’hui. Le sionisme a fait temps de dégât, créé tant de tension, toujours entretenu par des gouvernements israéliens extrêmistes qui ont donné naissance aujourd’hui à des leaders du même acabit côté palestinien. Bref, c’est un pays de fous et de furieux qui fait oublier que les victimes sont des civils. J’aurais peut-être aimé que le roman développe davantage le fond historique, le pourquoi du comment on en est arrivé là.

Si j’ai globalement bien aimé ce page-turner, je trouve que la fin est un peu rocambolesque et peu cohérente. Il y a un revirement de situation dans le couple formé par Salim et Judith peu crédible. On va dire que l’autrice a voulu donner de l’espoir, je pense qu’il y a de cela. Néanmoins, ça paraît artificiel et peu travaillé. C’est dommage.

Bon, on a besoin d’espoir en ce moment, n’est-ce pas ? N’oubliez pas d’aller virer les fachos de ce pays ou de toute façon, ce qui se passera sera non seulement un drame, une perte de la démocratie, un reniement de nos valeurs républicaines, mais également le début d’une période qui sera très très mouvementée. On ne pourra pas leur laisser piétiner la mémoire des résistants et de tous ceux qui se sont battus au fil de l’Histoire pour qu’on vive dans un pays libre. La démocratie est un luxe mais un certains nombre d’abrutis incultes, débiles profonds n’en n’ont pas conscience et l’autre moitié sont des descendants de collabos. Le genre peste brunâtre qui s’éradique si on ne veut pas en crever. Quant à Macron, on peut dire que c’est le Président du Traumatisme qui a permis l’ascension des fachos. Je vous laisse, je vais vomir et dimanche j’irai faire le pompier.

Je vous retrouve aussi bientôt pour continuer à la découverte du conflit israélo-palestinien à travers la littérature. J’ai dévoré Une proie trop facile d’Yishaï Sarid qui ne manque pas d’humour noir et Un détail mineur d’Adani Shibli qui m’a hypnotisée.

Publié dans Palestine | Tagué , | Un commentaire