Causes mortelles

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Traduit par Michèle Witta

4e de couverture : « Le festival théâtral d’Édimbourg bat son plein. Mais l’inspecteur John Rebus n’a pas le cœur à se mêler à la liesse générale: on a découvert, dans les couloirs de la vieille ville souterraine, le cadavre d’un jeune homme. Il a été torturé et assassiné selon la méthode utilisée par l’IRA pour punir les traîtres. Or la victime semble avoir été plutôt liée aux nationalistes écossais. Les feux d’artifice du festival risquent d’être particulièrement explosifs cette année… »

J’étais un peu inquiète en commençant cette histoire car Le Carnet noir m’avait laissé avec un avis mitigé…. mais je dois dire que celui-ci c’est du grand Rebus et du grand Rankin (le dernier inspirant le premier) !  Nous voilà de nouveau en train d’arpenter les rues sinueuse d’Edimbourg, les rues que peu de touristes prennent le temps de visiter car elles sont à peines visibles, puisque enterrées – ou presque. C’est là qu’est découvert Billy Cunningham, mort d’un « pack de six » (comprendre 6 balles tirées façon IRA). Un cadavre d’autant plus embarrassant qu’il s’agit du fils de l’abominable Gerald Cafferty, dit « le Gros Gerry », le mafiso de la ville, que Rebus avait mis à l’ombre à la fin du Carnet noir et qui depuis jure de lui faire la peau à la première occasion.

Rebus, toujours dans les bons plans de sa hiérarchie, est obligé d’intégrer la Brigade criminelle écossaise, rebaptisée par lui-même (attention chastes yeux fermez vous !)  la « Brigade des Connards d’Enculés » : de la poésie à la Rebus ! Accueilli comme un chien dans un jeu de quilles, on l’envoie se promener façon catapulte une journée à Belfast pour rencontrer un collègue de la RUC…

Le flic nord-irlandais qui accueille Rebus lui rappelle, au cas où il ne s’en souviendrait pas que « vous, les Ecossais vous vous êtes installés ici au XVIIIe siècle en chassant les catholiques » et qu’en plus il confond la RUC avec l’UDR. Dans la RUC, il y a des catholiques. Les « jaffas »,ce ne sont pas des oranges, mais le surnom donné aux orangistes. Autant dire qu’on s’éclate un max avec le fond historique de l’intrigue dans ce tome-là. Bref, Rebus rentre en Ecosse avec tout un tas de filons sur les groupuscules protestants/loyalistes extrêmistes et mafieux, du Bouclier d’Ecosse, au Temple du rite écossais en passant par l’Armée du Tartan… Lui, qui a fait ses armes en Irlande du Nord, en sort avec plein de pistes fumantes, mais qu’il garde pour lui afin de mener l’enquête seul, notamment dans une infâme cité d’Edimbourg, la Garibaldi, surnommée le Gourbi par ses habitants : tout un programme…

Si vous ne savez pas qui est Cuchullain de la Main Rouge, lisez ce livre ! Côté humour, le lecteur n’est pas en reste. On retrouve là toute la verve de Ian Rankin à son meilleur niveau ! J’ai donc passé un très bon moment avec mon copain Rebus, et appris de nouvelles insultes, telles que « FKB » ou « FTP » (l’une étant de faction catho/nationaliste et l’autre son pendant protestant-loyaliste)…Plus sérieusement, j’ai beaucoup apprécié la documentation de l’auteur sur les milices paramilitaires et l’analyse sociale qu’il en fait, dans les bas fonds d’Edimbourg. On visite des coins de la ville où les touristes n’iront jamais et qui n’ont rien à envier aux « quartiers » des villes françaises. Rankin plonge au-delà des apparences du festival attractif d’Edimbourg pour creuser un peu plus en profondeur. Au-delà des problèmes communautaires, que ce soit en Irlande du Nord ou en Ecosse, il y a avant tout des problèmes de chômages, de drogue, de misère et de grosses mains qui manipulent des pantins qui s’ennuient.

Le seul bémol concerne l’édition française version poche qui m’a mise en pétard : faute d’orthographe dans une page au début, impression très mauvaise avec carrément des morceaux de mots qui manquent, des mots coupés sans tirets et j’en passe : désolant !!!  (mon édition date du 10 août 2010, il serait temps à l’éditeur de rectifier le tir !) et encore une quatrième de couv qui présente Rankin comme l’un des auteurs majeurs du polar anglais » : de quoi s’étrangler !

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus :

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer (lu)
  3. Rebus et le loup-garou de Londres (lu)
  4. Piège pour un élu (lu)
  5. Le Carnet noir (lu)
  6. Causes mortelles (lu)
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
  14. Cicatrices
  15. Fleshmarket Close
  16. L’appel des morts
  17. Exit Music
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Le carnet noir

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4e de couverture : « John Rebus était en train de lire la Bible dans son salon de massage préféré, lorsque tout a commencé : un type qui croit malin de venir se vider de son sang à la boucherie Sanzau ; un collègue qui se fait défoncer le crâne à la sortie d’un restau tenu par deux fanas d’Elvis ; et puis cette vieille affaire d’incendie à déterrer – cadavres compris – où se trouve impliqué Aengus le Noir, le fils terrible du roi de la bière locale. Le rapport entre tout ça ? Il se trouve sans doute dans ce satané carnet noir. Encore faut-il pouvoir le déchiffrer… ».

Ce livre des aventures de l’inspecteur écossais Rebus, personnage haut en couleurs, n’est pas le premier de la série – ni le premier que je lis, puisque je suis devenu addict depuis l’été dernier – mais le premier traduit en France : mystère des traductions de livres dans ce pays !

Je dois avouer que j’ai eu très peur au début et pendant une bonne centaine de pages où je me suis plutôt ennuyée : un peu trop de personnages qui se croisent qu’on finit par se perdre sur l’identité des uns et des autres et surtout sur le pourquoi du comment ils sont là. Mais, étant donné ma très grand confiance en Ian Rankin, j’ai persévéré et j’en fus bien récompensée : une histoire qui finit par se « caler », le suspense qui finit par monter avec des rebondissements tout à fait inattendus qui nous font avaler les pages au triple galop !

Et puis, cette série, c’est aussi le personnage de John Rebus avec sa vie perso rocambolesque. Ceux qui ont déjà lu les autres titres le savent que Rebus est un homme volage et l’ont vu aux bras de compagnes variées. Ici, Patience Atikson, déjà présente dans Piège pour un élu, est… à bout de patience ! Et il y a aussi un « Rebus n°2 » : à savoir le frère de John, j’ai nommé Michaël, ancienne racaille qui tente de se reconvertir en squattant l’appart de son frère, lequel est loué à des étudiants depuis que Rebus n°1 a emménagé avec Patience. Mais voilà, comme il y a de l’eau dans le gaz avec elle, Rebus va devoir réinvestir son quartier, lui qui avait plutôt l’habitude de vivre tout seul en célibataire, ça va le changer…
On retrouve aussi Brian Holmes, le « bras droit » et ami de Rebus : non seulement il s’est fait largué (décidément, cet épisode est dur pour les hommes !!), mais en plus, voulant jouer les enquêteurs solitaires à la manière de son modèle (Rebus, évidemment!), il se retrouve à l’hosto : il est donc assez absent de l’histoire…
Bon, je ne peux pas trop dévoiler l’intrigue : la quatrième de couv en dit bien assez !

Si dans L’Etrangleur d’Edimbourg, Rebus et le loup-garou de Londres, j’avais beaucoup apprécié les promenades et les regards sur la capitale écossaise, l’Ecosse ou la comparaison culturelle entre Ecossais et Anglais, je dois avouer qu’ici ils sont pratiquement absents : à peine quelques allusions au Fife, à Cardenden en particulier, où Rebus est né et a grandi (comme son auteur!). C’est vraiment dommage, parce que c’est aussi tout ce qui fait la saveur des polars de Ian Rankin. Reste cependant un humour décapant !
Juste un truc encore : ici le super-intendant Watson, dans les autres volumes a un surnom traduit en français par « le Paysan » qui, je trouve, sonnait assez bien. Ici il devient carrément le Péquenot ! (aheum, beaucoup plus péjoratif, beaucoup TROP péjoratif, sachant qu’en V.O. il est Watson The Farmer !!).

Et une légère bricole sur la quatrième de couverture de l’édition de poche française  où l’on nous dit que « Ian Rankin est devenu en quelques années l’un des grands du nouveau polar anglais » !!! Re-Aheum !!!! Chercher l’erreur !!!! Rankin est tout ce qu’il y a d’Ecossais…

Un bon moment à passer donc, même si personnellement, je ne trouve pas que ce soit le meilleur de la série !

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer (lu)
  3. Rebus et le loup-garou de Londres (lu)
  4. Piège pour un élu (lu)
  5. Le Carnet noir (lu)
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
  14. Cicatrices
  15. Fleshmarket Close
  16. L’appel des morts
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Piège pour un élu

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 4e de couverture : « Lorsque Gregor Jack, jeune et brillant député, se fait surprendre dans un bordel à l’occasion d’une rafle de police, la presse à scandale est prompte à se déchaîner. Si le sémillant politicien peut compter sur le soutien du Clan, un groupe d’amis qui ne se sont jamais perdus de vue depuis les bancs de l’école, en revanche, Liz, son épouse, une riche héritière, brille par son absence. Ce qui pouvait passer pour une bouderie vire à la tragédie lorsque le cadavre de la jeune femme est retrouvé. Plus aucun doute n’est permis : quelqu’un veut la peau de Jack. L’inspecteur Rebus se retrouve alors plongé dans un univers de faux-semblants, où les paillettes cachent souvent une réalité des plus glauques. Pris entre une hiérarchie calculatrice et des subordonnés entreprenants, il mène l’enquête dans la campagne écossaise, s’ingéniant à faire tomber les masques les uns après les autres. « 

Après avoir balancé son héros dans la jungle londonienne dans Rebus et le Loup-garou de Londres, Ian Rankin lui fait, dans cet épisode, affronter le « Nord ». « Quoi, le Pôle Nord ? », me direz-vous. Non. Quand un Ecossais du Sud dit qu’il va dans le Nord, c’est qu’il va… dans les Highlands, cette vaste étendue montagneuse dont certains lieux, comme le Sutherland, sont les moins peuplés d’Europe.

Suite à une rafle policière dans une maison close d’Edimbourg, un élu, Gregor Jack, se trouve au coeur d’un scandale. Rebus a du fil à retordre, d’autant qu’il aime bien cet homme politique. Pour lui c’est un coup monté. Cela dit, son épouse, Liz, s’avère beaucoup moins sage que lui, aimant la fiesta avec sa « Meute ». Alors que penser lorsqu’elle n’est pas dans la maison de campagne perdue des Highlands où elle est censée être ? Le doute se creuse lorsque son cadavre est retrouvé.
Parallèlement, un universitaire se fait dérober un précieux livre de bibliophile. On sait que Rebus est un lecteur compulsif. On lui demande de mener l’enquête. C’est ainsi que nous suivons notre inspecteur la bavure dans une librairie alléchante, Suey Books, gardée par un matou un brin agressif. Evidemement, on va découvrir que les deux affaires ont un lien…

Dans ce volume, Rebus est secondé dans ses enquêtes par Brian Holmes, le « bleu » qui fait son apparition dans Le fond de l’Enfer : il a pris du galon (il est sergent)  et de l’assurance et s’est maintenant installé avec sa femme bibliothécaire dans la banlieue d’Edimbourg, faute de mieux, au regard du prix de l’immobilier. Les deux font la paire et c’est génial, surtout quand l’élève surpasse le maître. Rebus rappelle au quidam qu’il ne faut pas prénommer son équipier « Sherlock ». Au cas où, par hasard, cher lecteur, cette idée vous viendrait à l’esprit, c’est même pas la peine d’essayer…

Par contre, c’est avec stupéfaction que j’ai découvert ici que notre inspecteur avait encore changé de copine. Il squatte à mi-temps chez  Patience sans être tout à fait prêt à emménager à temps complet. Donc exit la petite copine canadienne du volume précédent. Quel coeur d’artichaut ! D’ailleurs, là, il n’est pas non plus prêt à emménager à temps complet, ça dépendra de ce qu’il adviendra du commissariat de Great London Road… Ca promet pour la suite !

J’ai, une fois de plus, beaucoup apprécié cette aventure de Rebus. L’intrigue prend le dessus cette fois mais le texte est bourré de clins d’oeil.  Notre héros se demande par ailleurs si Liz, la femme du député, n’est pas partie faire une retraite à Iona. Et un petit retour du cri de guerre de Rebus quand on l’embête trop (TAJTM) au tout début en clin d’oeil au précédent épisode. En ce qui concerne l’intrigue a proprement parler, la fin est inattendue et « ouverte ». J’ai franchement rigolé sur le crâne de notre pauvre inspecteur…

Quelques extraits : « Ce n’était pas les gens qui s’installaient à Edimbourg mais la ville qui s’installait chez eux ».

« Rebus était collectionneurs de livres. Enfin, façon de parler. Mettons qu’il achetait plus de livres qu’il n’avait le temps d’en lire, attiré par la couverture, le titre ou les conseils grapillés ici ou là. »  Voilà pourquoi aussi, on aime Rebus !

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer (lu)
  3. Rebus et le loup-garou de Londres (lu)
  4. Piège pour un élu (lu)
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
  14. Cicatrices
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  16. L’appel des morts
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Rebus et le loup-garou de Londres

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4e de couverture : « Un tueur en série sème la terreur à Londres. Parce que sa première victime a été retrouvée dans Wolf Street (rue du Loup), parce qu’il laisse une morsure sur le ventre des femmes qu’il assassine, la presse l’a baptisé le Loup-Garou. Désemparée, la police londonienne fait appel à l’inspecteur John Rebus en qui elle voit, depuis l’affaire de L’Etrangleur d’Edimbourg, un expert ès tueurs en série. L’Ecossais plonge alors dans l’univers de la métropole, avec ses métros bondés et -ses quartiers dangereux. Fidèle à lui-même, Rebus ne se fait pas que des amis dans la police londonienne et manque d’ -renvoyé à Édimbourg. Quand une jeune et séduisante psychologue propose de réaliser un profil du tueur, l’occasion est trop belle pour qu’il la refuse. Toujours adepte des méthodes peu orthodoxes il cherche encore à provoquer l’assassin. Celui-ci néanmoins garder une longueur d’avance sur la police: Meurtre après meurtre, le Loup-Garou, rattrapé par sa folie, sombre peu à peu dans une spirale destructrice qui menace d’emporter Rebus et sa jolie – mais pas si innocente – psychologue… « 

Je passe sur la traduction du titre en français un rien bêtifiante (le genre de détail qui fait qu’on se priverait d’un petit bijou si l’on s’en tenait au titre) car Tooth & Nail est sans doute le plus hilarant « Rebus » que j’ai lu jusqu’à présent

Notre inspecteur écossais est envoyé à Londres chez les rosbeefs Anglais qui sont à la hauteur de leur réputation pour l’accueil réservé à tout ce qui ressemble à un Ecossais, un Irlandais, ou tout ce qui ne ressemble pas à un rosbeef Anglais de toute façon. C’est du moins l’expérience de Rebus :  » Londres était très raciste, surtout dans les quartiers sud-est. Un basané qui s’aventure dans certaines cités est sûr d’en ressortir émasculé. Rebus en avait fait personnellement l’expérience, en affrontant la xénophobie de Lamb » : Lamb, c’est la caricature du sale flic qui va l’enquiquiner tout au long de son séjour à Londres, juste comme ça, parce qu’il n’est pas Anglais, que c’est l’homme du Nord. Heureusement que l’inspecteur George Flight est un peu plus sympathique et qu’il formera avec Rebus une paire de flics originale, même si l’Ecossais dépasse parfois les bornes,comme à son habitude, manque plus d’une fois d’être viré de l’enquête et renvoyé à Edimbourg. Mais pour survivre dans cette jungle sans tuer quelques rosbeefs Anglais, Rebus a une formule secrète : « TAJT ! » Hé, hé !
En plus, il y a le problème de l’accent où chacun en rajoute pour faire croire qu’ils ne se comprennent pas entre Anglais et Ecossais (et ça j’ai pu remarquer moi-même le plaisir que les Ecossais ont à dire qu’ils ne comprennent pas les Anglais !)

Dans ce polar, un vrai suspens avec un crime de psychopathe (par moment je me suis mis à penser à Jack l’Eventreur, celui qui sème la terreur dans la ville, même si là ce ne sont pas des prostituées les victimes).

Et puis Rebus a beau détester les rosbeefs Anglais, il trouve l’amour à Londres en la personne d’une Canadienne d’origine… écossaise…

Ian Rankin dresse un portrait de Londres loin des cartes postales et des images d’Epinal. Le hasard a fait que j’étais en train de lire ce polar lorsque les émeutes ont débuté dans la capitale britannique.  Je me suis dit que la réalité dépassait parfois la fiction, que les effets, aussi répréhensibles soient-ils, ont toujours une cause, que rien n’est vraiment gratuit :

« Un pauvre innocent s’était fait tabasser pour s’être aventuré dans une cité où il avait demandé son chemin. Son crime ? Etre noir et avoir mis les pieds dans un quartier blanc ».

Du très bon Rankin.

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer (lu)
  3. Rebus et le loup-garou de Londres (lu)
  4. Piège pour un élu
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
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Le fond de l’enfer

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Traduit par Frédéric Grellier

4e de couverture : « Un junkie retrouvé mort dans un squat d’Édimbourg, juste un cadavre dont le corps a été placé sur le sol selon un étrange rituel. Une jeune fugueuse terrifiée qui pense que son ami a été assassiné. Mais tout le monde s’en moque. Ce sont les déchets de la société, des drogués et des petits délinquants. Mieux vaut s’intéresser aux nouvelles entreprises en plein essor et aux lotissements flambant neufs qui vont apporter la prospérité à une ville qui se vante déjà de sa  » qualité de vie « . Il n’y a guère que l’inspecteur Rébus pour s’en préoccuper, sentir quelque chose de trop malsain, de trop dangereux pour être laissé dans l’ombre… Quelque chose qui n’est peut-être pas sans lien avec le monde merveilleux que promettent promoteurs et publicistes… « 

Voici le deuxième épisode des aventures de l’inspecteur Rebus, après L’étrangleur d’Edimbourg. La quatrième de couverture m’avait particulièrement alléchée : les promoteurs immobiliers avides d’un côté, les laissés-pour-compte de l’autre, le tout dans Edimbourg, c’était prometteur d’un point de vue sociétal !

Malheureusement je dois avouer que ce Rankin-là ne tient pas ses promesses. Certes, il se lit fort bien mais le fond historique que l’on retrouve dans les polars lus jusqu’à présent est quasiment absent. C’est même parfois un peu too much : la piste de la sorcellerie blanche ou noire, le personnage de Tracy, la copine du junkie retrouvé mort est un zeste invraisemblable dans son attitude envers Rebus et la copine de son acolyte Brian Holmes à qui elle assène un violent coup de tête avant d’aller lui manger dans la main… L’intrigue s’enlise avant d’être résolue par une solution un peu tirée par les cheveux, le tout mâtiné d’un fond de Mister Hyde.
Reste que l’inspecteur John Rebus est toujours aussi attachant !

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer (lu)
  3. Rebus et le loup-garou de Londres
  4. Piège pour un élu
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
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L’étrangleur d’Edimbourg

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Traduit par Frédéric Grellier

4e de couverture : « John Rebus parcourait la jungle de la ville, une jungle que les touristes ne voient jamais, trop occupés à mitrailler les temples dorés du passé. Édimbourg était une ville d’apparences ; le crime n’y était pas moins présent, tout juste plus difficile à repérer. Édimbourg était schizophrène, la ville de Jekyll et Hyde, bien entendu, mais aussi celle de Deacon Brodie, des manteaux de fourrure sans petite culotte, comme on disait à Glasgow. Mais c’était aussi une petite ville. Un avantage pour Rebus. Il traqua sa proie dans les bars à voyous, dans les lotissements où le chômage et l’héroïne tenaient lieu de blason, parce qu’il savait que quelqu’un d’aguerri saurait survivre dans cet anonymat. Jetant un coup d’œil à la ronde, il vit qu’il avait atterri au cœur du désespoir. »

Un livre à lire absolument avant tout départ en vacances à Edimbourg parce que c’est le roman qui vous fera voir la ville comme vous n’aurez jamais l’occasion de la voir, touriste de passage que vous êtes !

Comme le souligne l’Inspecteur Rebus, les touristes n’en ont en général que « pour le coeur central » d’Edimbourg. « Ils ne s’aventure[nt] jamais dans les HLM de banlieue, à Pilton, Niddrie ou Oxgangs pour faire une interpellation dans un immeuble puant la pisse ». John Rebus, lui, « parcour[e] la jungle de la ville, une jungle que les touristes ne voient jamais (…). Cette jugnle gagn[e] inexorablement du terrain » dans l’Edimbourg des années 1980.

Ce polar date de 1987 mais ne fut traduit et publié en France qu’en 2004 ! Mieux vaut tard que jamais car on passe un excellent moment avec cet inspecteur extrêmement humain, se débattant avec des problèmes familiaux compliqués mais adorant plus que tout sa fille Samatha, pré-ado, lectrice assidue et mature pour son âge (12 ans), dont son ex-femme a la garde.

Ce livre m’a donné l’envie, justement de visiter la bibliothèque vieillotte et humide, (mais ça va tellement bien avec l’ambiance de la ville ici)  où se déroule une partie de l’action du roman (en supposant qu’elle existe). Il a  aussi a aiguisé ma curiosité sur la ville . On peut atteindre la bibliothèque en traversant « The Meadows, un vaste espace vert, avec en ligne de mire à l’horizon l’imposante forteresse grise et son drapeau qui flott[e] dans la bruime au-dessus des remparts. » Il faut passer « devant la Royal Infirmary, qui gard[e] la mémoire de tant de découvertes et d’illustres personnages, devant une partie de l’université et devant le cimetière de Greyfriars Kirk et sa petit statue de bobby ».

Dans la bibliothèque des escaliers mènent à ses entrailles. Cachés au fond d’une arrière-salle, en bas de ces escaliers,  il y a un autre « escalier métallique très escarpé et mal éclairé qui s’enfonce dans les fondations de la bibliothèque ». Un endroit dont certains « Edimbourgeois » ont entendu parler car « la bibliothèque a été construite sur l’emplacement de l’ancien tribunal de police » et qu’on « a conservé les cellules qui se trouvaient en sous-sol », « tout un dédale de cellules et de couloirs, directement sous la ville ». Il y existerait « des sorties, dans des endroits comme le nouveau tribunal ou la cathédrale Saint-Gilles ». Mais en plus, « sous l’hôtel de ville, on dit qu’il reste des rues entières de la vieille ville. On a construit directement par-dessus, sans s’embêter ». Des rues entières, avec les boutiques, les maisons, la chaussée. Et tout ça date de plusieurs centaines d’années… ».
Ca met l’eau à la bouche tout ça, que cette bibliothèque municipale existe ou pas. Et quand Rebus vous dit qu’Edimbourg est une « ville d’apparences », que c’est « la ville de Jekyll et Hyde, bien entendu mais aussi celle de Deacon Brodie, des manteaux de fourrure sans petite culotte, comme on dit à Glasgow », ça donne envie d’en savoir plus sur son passé « black tartan » en quelque sorte.

Car au-delà de l’intrigue policière, l’intérêt de ce roman est vraiment la promenade dans cette Edimbourg « noire » et mystérieuse, où l’on croise des personnages non moins mystérieux, dont un affreux journaliste pot de colle. J’ai adoré les références à Docteur Jekyll et Mister Hyde mais aussi à Crime et Châtiment dont le psychopathe tueur de 4 gamines, est un fan. Le suspens se fait galopant sur la fin du livre, impossible de le lâcher avant de l’avoir lu jusqu’au dernier mot. L’écriture est simple, fluide, donc facile à lire : impeccable pour une lecture de vacances écossaises. J’ai aimé la nouvelle couverture du Livre de Poche pour ce roman également. Bref, tout m’a plu. C’est un coup de coeur !

********

C’était mon premier livre de Ian Rankin. L’écrivain qui m’a donné envie de visiter la capitale écossaise. Depuis j’ai visité 2 fois Edimbourg, me suis rendue au pub fétiche de l’inspecteur et de son créateur (The Oxford Bar), j’ai vu la fresque parlant de Decan Brodie, emprunté les passages, visité la cathédrale Saint-Gilles où est enterré Stevenson (et où il faut jeter un oeil à son parvis)  etc. Bref, tout ce que Rebus reproche aux touristes ! Et je n’ai pas encore tout vu – heureusement !

Photos prises par moi-même 🙂

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer
  3. Rebus et le loup-garou de Londres
  4. Piège pour un élu
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
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  16. L’appel des morts
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De vieux os

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Traduit par Céline Schwaller

4e de couverture : « Certains secrets devraient rester enterrés à tout jamais, se dit Murray Watson, enfoncé jusqu’aux
genoux dans la boue du cimetière de Lismore, au nord de l’Écosse, en compagnie d’une femme qui
avait toujours refusé de lui parler. Mais pourquoi s’est-il obstiné à chercher la vérité sur ce poète
mort noyé à vingt-cinq ans et à peu près inconnu ? »
(4e de couverture non intégrale pour cause de révélation du pourquoi du comment ou presque…)

Murray Watson est docteur en littérature anglaise à l’université de Glasgow. Il cherche à faire revivre et donner son aura à un mystérieux auteur, Archie Lunan, contre l’avis même de son directeur de département. Peu importe, Murray se lance à corps perdu à la recherche de cet écrivain qui aurait mis fin à ses jours. De chercheur en littérature anglaise à enquête quasi-policière ou journalistique, il n’y a qu’un pas… en tout cas dans ce roman (d’ailleurs Murray ne cesse de répéter « Je ne suis pas journaliste. Je suis docteur en littérature anglaise. »)

Dans un premier temps, ce roman n’a pas arrêté de me faire pester : les personnages parlent comme des chartiers, l’histoire part dans tous les sens ou dans aucun sens, je ne voyais pas où tout cela allait me mener. J’ai trouvé Murray un peu crétin sur les bords pour un professeur d’université, dépressif, se laissant plaquer comme un abruti par la femme de son chef département qui décide de rester avec son mari. La vie de cet homme est vide, sa quête sur Lunan est quasiment son unique raison de vivre. J’ai même failli abandonner parce que je n’accrochais ni au sytle ni à l’histoire. Je ne ressentais même pas l’Ecosse dans cette lecture.

Heureusement, page 201 Murray a l’excellente idée de faire ses valises et de s’embarquer pour l’île de Lismore, au nord-ouest de l’Ecosse pour en savoir davantage sur son écrivain adoré. Et là, révélation !!! Le récit prend réellement son envol et tourne au thriller. Vous êtes embarqué avec Murray sur les routes défoncées de cette île humide et boueuse. Murray se trouve dans un trou paumé sans même un pub (obligé de s’acheter ses bouteilles de whisky à la seule épicerie du coin). Juste un B&B pour crécher, avec une propriétaire haute en couleur. Vous voici arrivé dans l’Ecosse profonde : les légendes font partie du quotidien, la frontière entre féérie et monde des hommes, rêve et réalité, passé et présent est abolie – ou presque.
La logeuse de Murray en sait quelque chose : « Je me suis souvenue de contes parlant de gens qui se perdaient dans les collines. Les fées organisaient une fabuleuse fête à la tombée du jour, où tout le monde festoyait, buvait et chantait, et le lendemain matin, elles remettaient leur invité sur le chemin de la maison. »  L’ancienne compagne de Lunan vit là, dans un château isolé. Murray se laisse emporter par ce monde mystérieux : « J’avais cru être le Petit Chaperon Rouge, maintenant j’étais Alice tombée dans le terrier du lapin blanc ».

Le héros ne ressortira pas indemne de cette histoire. Et le lecteur non plus !

Un bon roman donc, même si, pour moi, à cause de la première partie, ce n’est pas un coup de coeur. Mais j’ai tout de même passé un excellent moment à Lismore.

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Le chant des sirènes

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Traduit par Annie Hamel, revu par Agnès Colomb

4e de couverture : « Il n’a pas voulu de moi. Je ne demandais qu’à lui donner de l’amour, mais il a refusé tout ce que je lui offrais. C’est à ce moment-là que les meurtres ont commencé à Bradfield. Les flics ont même demandé l’aide d’un profileur, sous prétexte qu’ils n’ont jamais rencontré un tel tueur en série… A Bradfield, personne n’avait jamais eu peur. Je ne voulais que les aimer, mais ils ont eu peur de moi, parce qu’ils ne me connaissaient pas. Ils ont eu tort. Ils ont eu tous eu tort d’hésiter. »

C’est le premier volume de la série « Tony Hill et Carol Jordan », respectivement profileur du ministère de l’Intérieur – en train de monter une unité de profileurs – et inspectrice de police.

Le lecteur passe tour à tour dans la tête d’un tueur en série particulièrement pervers, maniaque et doté d’une intelligence hors norme (le parfait psychopathe) puis dans celle du profileur et de son équipière nommée pour l’affaire. L’Ecossaise Val McDermind nous balance dans l’univers de la prostitution et du monde homosexuel, dénonçant au passage l’homophobie (policière notamment) et le machisme.

Le suspens est haletant et il est difficile de lâcher le livre une fois qu’on l’a commencé. J’ai trouvé cet épisode très réussi, même si très noir (difficile les scènes de torture, Val McDermid choque le lecteur pour le réveiller, semble-t-il). L’histoire d’amour naissante entre Tony Hill et Carol Jordan en paraît presque incongrue, surtout que le « gentil profileur » reçoit de bien étrangers coups de téléphone. Il flirte avec l’esprit du psychopathe pour tenter de comprendre ses motivations et anticiper ses prochains meurtres. L’attitude du personnage en devient parfois aussi énigmatique que celle du meurtrier, d’autant plus qu’il n’est pas aussi bien dans sa peau qu’il n’y paraît.

 

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Sans laisser de traces

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Traduit par Matthieu Farcot

4e de couverture : « L’affaire paraissait insoluble à l’époque : une riche héritière et son fils kidnappés en Ecosse, une remise de rançon catastrophique aboutissant à la mort de la femme et à la disparition de l’enfant. Malgré l’indice découvert vingt-cinq ans plus tard, Karen Pirie, l’experte en cold cases en charge du dossier, a donc peu d’espoirs de résoudre la célèbre énigme. Une autre affaire classée occupe déjà l’esprit de la détective : en 1984, au plus fort de la grève des mineurs qui divisait le Royaume-Uni, un gréviste avait disparu sans laisser de traces, abandonnant les siens. Mais de nouveaux éléments suggèrent qu’il ne s’agissait pas d’une simple désertion. A mesure que les enquêtes avancent, Karen va de révélation en révélation et s’enfonce toujours plus loin dans les labyrinthes du mystère… La reine incontestée du thriller psychologique joue avec nos nerfs dans un suspense démoniaque. « 

Deux intrigues, deux héroïnes (l’inspecteur Karen Pirie et Anabelle Richmond, journaliste), deux lieux d’action (le Fife écossais et la Toscane italienne), deux époque (1984-85 et 2007). On pourrait se dire que c’est risqué. Et pourtant, à la fin, tout se tient d’un bloc, d’une logique implacable, d’une cohérence parfaite. Un roman complexe et fouillé.

Il faut dire que Val McDermid, Ecossaise petite-fille de mineur, connaît son sujet. Et comme elle le dit elle-même, c’est sans doute son roman noir le plus intime, même si les personnages sont fictifs. Elle dédit d’ailleurs son livre à ses grands-parents :
« Ce livre est dédié à la mémoire de Meg et Tom McCall, mes grands parents maternels. Ils m’ont montré ce qu’est l’amour, ils m’ont enseigné l’esprit de communauté, et ils n’ont jamais oublié l’humiliation que l’on ressent à faire la queue à la soupe populaire pour nourrir ses enfants. Grâce à ceux, j’ai appris à aimer la mer, la forêt, et les livres d’Agatha Christie. Une dette non négligeable », écrit-elle.

En 1984-1985, les mineurs britanniques sont en grève, Thatcher les méprisera. C’est à cette époque que l’un d’entre-eux, Mick Prentice, disparaît, abandonnant sa femme et sa fille. A l’époque, tout le monde pense qu’il a trahi la communauté et qu’il est parti avec les « jaunes » (ceux qui ont abandonné la grève et ont quitté les lieux) à Glasgow. Pourtant, alors que tout semble accâbler un syndicaliste, au fur et à mesure, les pistes se multiplient puis se resserrent comme un étau autour du disparu lui-même…
Parallèlement, Bel Richmond, journaliste en vacances en Toscane, fait une découverte dont elle comprend rapidement qu’elle peut bouleverser sa carrière car elle renvoie à une affaire non élucidée : celle des circonstances du meurtre de Catriona  Maclennan Grant, jeune et très belle héritière de la plus grosse fortune d’Ecosse et de l’enlèvement de son fils. Le père de la belle n’est autre que  l’entrepreneur et promoteur immobilier Sir Broderick Maclennan Grant. Un nom aussi connu que Berlusconi en Italie.

L’ensemble peut paraître sombre comme la tourbe, mais ce n’est pas le cas. L’amour est très présent dans ce roman et les meurtriers ne sont pas des psychopathes sanguinaires. Juste des gens pris dans une spirale infernale. Val McDermid réinvente ici les codes du roman noir  à la Agatha Christie en ancrant sa fiction dans un contexte social fort, comme souvent dans ses romans. Elle démonte et analyse chaque rouage de la machine infernale.

J’ai aimé le personnage de l’inspectrice Karen, une femme qui lutte comme une tigresse dans un univers de macho, malgré les bâtons dans les roues que lui tend un chef qui la déteste. Une héroïne qui a une faible pour les bons petits plats que l’écrivain décrit à merveille  :
« Devant elle reposait un pithiviers de filet de pigeon parfaitement présenté, entouré de toutes petites pommes grenailles et d’une tour de minicarottes et de minicourgettes rissolées. Le Laird’o Wemyss était plus qu’à la hauteur de sa réputation. » On en mangerait !!
L’héritière tuée des années auparavant est une femme libre, malgré sa condition privilégiée. Elle sait ce qu’elle veut : vivre une vie d’artiste et vivre avec qui elle souhaite, quand elle le souhaite, quitte à contrer les siens. La journaliste Bel est par contre trop ambitieuse (le style à avoir les dents qui rayent le parquet) pour être totalement sympathique.
Val Mcdermid creuse ses personnages au-delà des apparences et bouleverse les idées reçues et les préjugés. C’est aussi le côté intéressant du livre.

Enfin, c’est un roman noir qui a l’accent du Fife écossais (Newton of Wemyss,  East Wemyss, Kirkcaldy – où Val McDermid a passé son enfance), et où le lecteur se promène sur ses plages et dans ses grottes, entre quelques escapades en Toscane.

C’est sans doute le roman le plus accompli de Val McDermid que j’ai lu jusqu’ici.

Seul bémol du livre : sa couverture du livre en édition française.  C’est en fait celle d’un autre roman de Val McDermid : 🙂

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Le tueur des ombres

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Traduit par Eric Moreau

4e de couverture : Lorsque le corps de Drew Shand, écrivain à succès, est retrouvé mutilé dans le quartier historique d’Édimbourg, la police conclut à un crime crapuleux. Mais après l’assassinat brutal de Jane Elias, la reine du thriller, il faut se rendre à l’évidence : un tueur s’attaque aux stars du roman noir. Et, non content de les éliminer, il reproduit les scènes de leurs propres livres. A quand la troisième victime ? Fiona Cameron s’attend au pire. Psychologue, experte en affaires criminelles, elle vit avec un auteur de polars, Kit Martin, réputé pour la violence de ses intrigues. Or il a reçu une lettre de menace. Et dans le roman qui l’a rendu célèbre, le meurtrier saignait ses victimes pour peindre des fresques murales…

Avec Val McDermid, pas d’effusion de sang à outrance, pas de « gore ». Ses romans policiers jouent avant tout sur l’imagination du lecteur, et elle s’en sert à merveille. Tout est dans le psychologique. Le titre en VO est d’ailleurs Killing the Shadows.

L’héroïne vit en couple avec un auteur de polar et voici que les assassinats d’écrivains se multiplient. Elle voit rouge, d’autant plus que sa jeune soeur a été assassinée des années plus tôt par sa faute (c’est du moins ce qu’elle s’imagine). La culpabilité ne l’a pas quittée depuis. Fiona est une psy qui doute et qui s’inquiète pour son conjoint. Alors qu’au contraire, celui-ci tente de dédramatiser la situation, jusqu’au moment où….(je ne peux pas dire ce qui va se passer, vous comprendrez-bien !!)

J’ai beaucoup aimé l’idée du couple auteur de polar/psy profiler et du « plagiat » : Jack l’Eventreur (ou plutôt son double dégradé : « Jacot l’Eventreur« , plagiaire du premier) et tout ce que cela suppose, la mise en abyme qui fait monter le suspens en brouillant la frontière entre fiction et réalité.

Bref, un roman policier très bien construit, qui, de plus, fait la part belle aux femmes, au pouvoir de l’imagination et de la littérature.

Je ne me suis pas ennuyée une minute, d’un bout à l’autre des 600 pages ! J’ai dévoré.

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