La parole de Fergus – Siobhan Dowd

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Traduit par Cécile Dutheil de la Rochère

Drumleash, une petit bourgade en Irlande du Nord, près de la frontière, où vit Fergus McCann, avec ses deux soeurs et ses parents. Il a un frère aîné, aussi, Joe. Celui-ci est enfermé dans la sinistre prison de Maze  à Belfast. Nous sommes au début des années 80. Bobby Sands vient de mourir de grève de la faim. Fergus a 18 ans et il reste à distance autant que faire se peut de la lutte des « Provos » (comprendre les membres de l’Armée Républicaine irlandaise Provisoire). Il passe ses examens qui doivent lui donner accès à l’université. Son rêve est de devenir médecin et surtout de fuir loin de l’Irlande du Nord. Pourtant quelques événements vont venir bouleverser sa vie et mettre son univers en question. Près du poste frontière, dans un coin en travaux, il découvre un cadavre dans la tourbe.« Une petite main. Avec un bracelet ». Tout est possible. Joe décide, dans sa prison, de faire grève de la faim. Une jolie Dublinoise vient faire tourner le coeur de notre Fergus, qui lui-même se trouve embrigadé dans la lutte armée, malgré lui.

Dans un premier temps, l’histoire a une allure de thriller : qui est le cadavre dans la tourbe ? Qu’est-ce qui lui est arrivé. Des spécialistes sont déplacés sur les lieux. Dont Felicity, accompagnée de son ado de fille, Cora. Fergus va découvrir l’histoire fascinante de ce qu’on appelle les « Gens de la Tourbe », ces cadavres parfaitement conservés. L’occasion d’une plongée dans le passé de ce coin d’Irlande.

Parallèlement, Fergus va vouloir venir en aider à Joe, lui sauver la vie, le ramener vers le monde des vivants, le sortir de l’endoctrinement et du jusqu’auboutisme qui ne peut que le mener à une mort certaine. Il y a, à Drumleash, un autre ado, Michael, qui dit avoir des liens directs avec les gens de pouvoir de l’IRA Provisoire. Michael dit  à Fergus qu’il connaît quelqu’un qui peut demander à Joe de cesser sa grève de la faim. Mais qu’il faut que Fergus collabore en devenant passeur. Il doit récupérer des enveloppes, les déposer à des endroits précis, sans poser de questions ni sur ce qu’elles contiennent, ni sur leur destinataire. Le petit jeu dure un certain temps mais rien ne change : Joe continue de se laisser mourir. Personne n’a l’air d’intervenir pour changer quoi que ce soit. Fergus est de plus en plus réticent et veut arrêter. Pas si simple quand on se retrouve pris dans un chantage…

Fergus s’est lié d’amitié avec un soldat gallois, Owain, qui s’est embrigadé dans l’armée faute d’avoir le choix entre ça ou la mine ! Et puis, il y a Cora, la belle Dublinoise, l’ado qui a mal vécu le divorce de ses parents et le départ de son père vers les Etats-Unis.

Siobhan Dowd nous réserve quelques surprises dans cette histoire. Sa plume n’est pas dénuée d’humour, ses personnages sont attachants. Un roman riche et très documenté  sur les Troubles et les grévistes de la faim, le rôle du père Paul, l’aumônier de la prison de Maze.
Siobhan Dowd pose des questions pertinentes : jusqu’où peut-on aller pour une cause ? Est-ce trahir cette cause que de choisir à la place de ceux qui sont prêts à se supprimer pour arriver à leurs fins ? Le poids de la culpabilité.
« Nous causons plus de mal en péchant par omission que par par action. »
Il est question d’amitié et d’amour, de sincérité et de trahison.

Seul bémol : j’ai trouvé dommage que, finalement, l’histoire de la jeune fille retrouvée dans la tourbe soit laissée de côté pendant une bonne partie du roman, qui se focalise surtout sur le conflit nord-irlandais. Nous n’avons que de très (trop) brefs aperçus de la vie menée par Mel (le nom donné par Fergus à cette Bog People, qui lui « parle » à Fergus dans ses rêves. Les Bog People ne sont qu’un prétexte. La couverture de l’édition française est aussi trompeuse puisque l’histoire est avant tout le conflit nord-irlandais des années 80 vécu par un adolescent.
Par ailleurs, l’idylle entre Cora et Fergus paraît un peu plaquée là, pas très approfondie non plus. Le divorce des parents de celle-ci et les conséquences appris un peu à « l’arrache » à la toute fin. On va dire que ce n’était pas le but de l’auteure que de nous raconter une histoire d’amour. Cora n’est d’ailleurs pas un personnage très travaillé.

Néanmoins, c’est un beau roman dont la densité et la documentation font que ce n’est pas un récit uniquement pour les adolescents. La fin n’est ni tout rose, ni tout noir, donc réaliste.

 

 

A propos Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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2 commentaires pour La parole de Fergus – Siobhan Dowd

  1. alexmotamots dit :

    Je le note pour mes ados, malgré ton bémol.

    Aimé par 1 personne

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