La branche tordue – Jeanine Cummins

Traduit par Christine Auché

Me voici de retour en France depuis un mois mais un nouveau périple normalement dans cinquante jours. J’ai passé d’excellentes vacances malgré une météo accablante même en Angleterre mais qu’est-ce que c’était bien ! Le logement en province en B & B m’a fait rencontrer des autochtones adorables qui ont mis les petits plats dans les grands pour mon confort et un breakfast gargantuesque. Les Anglais sont de toute façon très polis. Dès qu’ils te voient avec ta valise ou ton sac à dos, ils te proposent une place assise dans les transports. Même chose en Irlande. On revient en France et on est surpris par le manque de savoir-vivre, les gens qui te bousculent sans même s’excuser. J’ai beaucoup lu cet été, fait baisser ma Pile à Lire et beaucoup utilisé ma liseuse pour les voyages, c’est tellement plus pratique !

Voici un roman, La branche tordue, que j’ai acheté d’occasion il y a plus d’un an et puis mis dans un coin. Les dernières vacances ont été l’occasion d’un petit rangement dans ma bibliothèque et du coup, de le déterrer de ma PAL… 🙂 On va revenir au prix des livres – celui-ci était à… 25€ neuf et il a été publié en 2024. Même pas en rêve j’achète un livre à ce tarif prohibitif. J’avoue que, de toute façon, je n’ai pas acheté un livre neuf depuis avril et ce n’est pas prêt de recommencer car, pour avoir fait un tour en librairie, j’ai reposé direct tout ce qui me faisait envie dès que je voyais : 24, 25€ pour la plupart… On est dans un pays qui souffre de schizophrénie bipolaire : d’un côté ça chiale que les librairies ferment, que les gens ne lisent plus… pas d’accord avec cette deuxième affirmation un peu facile et déculpabilisante (c’est encore ce « connard » de lecteur le responsable de tous les maux ! LOL) irgnorant d’un revers de main que 99% de lecteurs qui n’ont pas une librairie. On met un peu facilement sous le tapis le vrai problème :un livre neuf devient peu accessible en France. C’est carrément une honte car je n’ai pas vu de tels tarifs ailleurs. Donc : où va l’argent ? Qui s’engraisse sur le dos des lecteurs ?? Bref, je vais m’arrêter là, ça rejoint ce que je disais en avril sur le Festival du Livre Paris et depuis ce jour j’ai décidé de n’acheter plus que de l’occasion ou de me tourner vers la médiathèque de quartier qui disposent aussi de pas mal de ressources en e-book. Et surtout, je plonge dans ma Pile à Lire : ça me laisse encore de la marge et du choix. La preuve est ce roman dont je l’ai extirpé. 🙂 D’ailleurs je viens de déterrer une pépite : Berlin sous la Baltique d’Hugo Hamilton, acheté en occasion il y a longtemps et désormais introuvable, publié en 2005 en France alors qu’il date de 1990…

La branche tordue est ma deuxième rencontre avec l’autrice américaine Jeanine Cummins, dont j’avais adoré Le garçon du dehors qui parle de la communauté des gens du voyage irlandais et dont vous trouverez la chronique ici même. L’autrice est américaine, mais comme Colum McCann, il y a presque toujours l’Irlande dans ses récits.

Cette histoire est construite en deux récits alternatifs qui nous plonge l’un dans le New York des années 2010 et l’autre dans en Irlande de 1848 pendant la Grande Famine. A New York, nous suivons Majella qui vient de donner naissance à son premier enfant et tombe dans la dépression post-partum. Quelques mois plus tôt, elle a repris la maison où vivaient ses parents, partis sur un coup de tête sous le soleil de Californie. Un jour elle découvre un journal d’une certaine Ginny Doyle qui s’avère être son arrière arrière grand-mère. Evidemment, intriguée, elle dévore le journal jusqu’à un moment où elle lit une scène glaçante qui va la faire plonger encore davantage dans la dépression, puisqu’elle pense avoir alors une tare familiale. En même temps, elle découvre par inadvertance via le baby-phone une situation bizarre dans l’une des maisons voisines : une autre jeune mère qui semble peu empathique avec ses jumeaux nouveaux-nés. L’autre récit nous raconte donc l’histoire de Ginny jusqu’à la fameuse scène et la raison pour laquelle elle a embarqué aux USA.

J’ai dévoré cette histoire bien que le personnage de Majella m’ait passablement agacée : quelle chouineuse !! On suit ses séances de psychanalyse et son couple qui se met à tanguer car son époux a du mal à comprendre son attitude, pourtant ce n’est pas pour autant un mauvais gars. Un jour, il lui conseille de s’inscrire à un club réunissant des mères de famille qui s’avère être plutôt un club de mégères. 🙂 Des vraies têtes à claques mal dégrossies. C’est néanmoins là qu’elle sympathise avec sa voisine qui semble aussi dépitée qu’elle sur ce club… Majella cumule les problèmes car elle a en plus, depuis toujours, des problèmes de communication avec sa mère. Côté Irlande, Ginny est une mère courage à l’opposé de Majella. Son mari est parti pour chercher du travail aux Etats-Unis mais elle reste sans nouvelles. Au bout d’un moment, elle confie ses enfants à son aînée et part à son tour à la quête d’un emploi. Elle est embauchée par une Anglo-irlandaise où elle découvre l’opulence. La maîtresse de maison est quasiment folle mais elle l’aime bien. Pour en ajouter au malheur, Ginny se rend compte qu’elle est enceinte et accouche d’une bouche supplémentaire à nourrir. Un petit garçon qui attire beaucoup la maîtresse de maison…

Pour la situation en Irlande à l’époque de la Grande Famine, je n’ai pas appris grand chose de nouveau, on sait que la famine était « ciblée », que ce n’est pas toute la population qui en souffrait. J’ai beaucoup aimé cette histoire pour le rappel historique des faits.

Jeanine Cummins met en scène deux femmes qui se débattent chacune avec des problèmes qui paraissent insurmontables et les sacrifices qu’elles font pour s’en sortir. Majella se débat seule avec sa dépression et son premier enfant dont personne ne lui a donné un mode d’emploi, elle met en off son job, consulte un psy. C’est finalement l’histoire de son aïeule qui va lui ôter de la culpabilité dont elle s’afflige, se pensant, de plus, folle. La résolution de la scène « mystère » retourne la situation. A ce titre, ce qu’a fait Ginny par la suite est surprenant !!

Une bonne lecture. Je vous conseille ce livre que vous pouvez trouver maintenant au format poche chez 10/18. Un nouveau roman de l‘autrice vient de paraître et elle sera au Festival America à Vincennes. A ce titre, il y a aura aussi Colum McCann. Si j’y vais, ce sera pour eux deux avant tout. Il y a beaucoup trop d’auteurs que je ne connais pas cette année. Le prix de l’entrée pour deux jours (25€) me fait gamberger à la stratégie. 😉

J’ai encore trois millions de livres lus dont il faut que je parle : Je pleure encore la beauté du monde de l’Australienne Charlotte McConaghy qui m’a un peu déçue par rapport à l’encensement dont il fait l’objet sur les réseaux (de même que celui d’après) ; Fabriquer une femme de Marie Darrieussecq, excellentissime dont il faut que je lise les romans précédents avec les mêmes personnages ; La trilogie de Copenhague, autobiographie de Tove Ditlevsen dont j’ai détesté l’autrice pour son arrivisme et son nombrilisme, ça ne m’a pas du tout donné envie de lire ses bouquins pour le coup ; Hildur de la Finandaise Satu Ramo, polar qui se déroule Islande, superbe ; L’enfant du vent des Féroé d’Aurélien Gautherie, magnifiquement écrit ; Les vaches de Staline de l’Estonienne Sofi Oksanen, pas aimé ; Mon roman pourpre aux pages parfumées, recueil de nouvelles de Ian McEwan que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire ; Hâte-toi quand la nuit vient de Marie Pavlenko qui, contre toute attente, m’a carrément gonflée ; L’homme qui lisait des livres de Rachid Benzine, sublime poignant et indispensable ; Le mal du pays de Colin Barrett, recueils de nouvelles truculentes !

Je vous parle aussi bientôt de la littérature irlandaise à paraître en France.

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About Maeve

Blogueuse littéraire depuis 2009, lectrice compulsive depuis l'âge de 6 ans ^_^ .
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