The Girls – Emma Cline

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Traduit par Jean Esch

Californie, été 1969. Evie Boyd est une gamine de 14 ans qui vit seule avec sa mère tout juste divorcée, absente la plupart du temps. Evie n’a qu’une amie, Connie. Jusqu’au jour où une dispute les éloigne. Un point de rupture qui fera tout basculer. Evie s’ennuie, se traîne, a une piètre idée d’elle-même. Un jour elle croise une bande de filles à peine plus âgées qu’elle, habillées de vêtements usés à la corde, sales et qui pourtant n’ont l’air d’avoir aucun complexe, même pas le fait d’être réduites à piquer du papier WC. Une des filles, Suzanne, attire particulièrement l’oeil d’Evie. Elles sympathisent. Suzanne l’embarque vers « le Ranch », sorte de repaire hippy, endroit crasseux où ce gang de filles vit, sous la houlette de Russell, un soi-disant chanteur. Fascinée par cette communauté hors-normes, où tout semble n’être qu’amour, liberté et partage, Evie intègre le groupe, tout en retournant chez elle de temps en temps. Elle y découvre la drogue et la sexualité. Certains l’ont vue traîner avec ce groupe marginal et la mettent en garde. En vain. Jusqu’au jour où un autre point de rupture est atteint… L’histoire est racontée par Evie elle-même, devenue adulte qui se remémore son passé et l’évoque à des jeunes d’aujourd’hui, dont Sasha, que j’ai perçue comme un double contemporain d’elle-même au presque même âge.

On a tellement parlé de ce roman depuis sa sortie que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir dire de plus que ce qui a déjà été dit ! 🙂 La toile de fond de l’histoire est l’affaire Charles Manson, qui défraya la chronique aux Etats-Unis dans les années 70, suite à une kyrielle de meurtres perpétrés par une bande de jeunes filles sous l’ascendance de ce type. Ici les noms ont été changés, on devine que Russell, le « gourou » du ranch, est le personnage fictionnel de Manson. Il n’est pas du tout mis en avant, on ne le voit (quasiment) pas, on en entend parler par les filles. Le sujet du roman n’est évidemment pas cette affaire, qui est plutôt un prétexte pour ce roman d’initiation. L’histoire d’une adolescente comme beaucoup d’autres : mal dans ses baskets, désenchantée, naïve, fragile (sa famille à la dérive ajoute une touche de fragilité, sans doute), en quête d’attention, d’amour, de raisons d’exister. Un besoin de liberté, de sensations et de mystère pour combler un vide existentiel.

J’ai assisté à la rencontre avec Emma Cline à Paris le 23 septembre dernier, et il a été évoqué un parallèle avec l’enrôlement des adolescents par Daesh. C’est tout à fait juste. Pourquoi ? La réponse n’est pas donnée puisque personne ne la connaît mais c’est intéressant.

J’ai été absolument stupéfaite par l’écriture d’Emma Cline, très recherchée, poétique, précise, sensuelle, et sensitive, colorée mais aussi parfois crue. Elle décortique à merveille le phénomène de fascination qui dépasse totalement Evie. Et la violence tant physique que psychologique. Les points de rupture qui font que tout bascule. Epatant pour une jeune femme de 27 ans dont c’est le premier roman. Un vrai talent qu’on peut lui envier. Elle a depuis écrit des nouvelles et un autre roman. Vivement de les lire, alors !
Je n’ai moi-même pas tout le talent et le vocabulaire nécessaire pour parler aussi bien du roman que je le voudrais…

Extraits :

« Il s’était retrouvé pris dans un groupe en pleine effervescence, aux abords du Haight, des satanistes qui portaient plus de bijoux que n’importe quelle adolescente. Médaillons en forme de scarabée et poignards en platine, bougies rouges et musique d’orgue. Puis un jour, Guy avait croisé Russell qui jouait de la guitare sur le parking. Russell et sa tenue de daim de pionnier qui lui rappelait peut-être les livres d’aventures de sa jeunesse, les séries télé où les héros dépeçaient des caribous et traversaient à gué des rivières gelées en Alaska. Depuis Guy n’avait pas quitté Russell. »

« – Mais je vis avec lui. Genre, c’est lui qui paie le loyer et tout ça.
– Il y a d’autres endroits où aller », dis-je.
Pauvre Sasha. Pauvres filles. Le monde les engraisse avec des promesses d’amour. Elles en ont terriblement besoin et la plupart d’entre-elles en auront si peu. Les chansons pop à l’eau de rose, les robes décrites dans les catalogues avec des mots comme « coucher de soleil » et « Paris ». Puis on leur arrache leurs rêves de manière si violente : la main qui tire sur les boutons du jean, personne ne regarde l’homme qui crie après sa petite amie dans le bus. Ma tristesse envers Sasha me nouait la gorge. »

« Ce n’est pas que j’étais incapable de me remémorer ma vie avant Suzanne et les autres, mais elle avait été limitée et prévisible, les objets et les gens occupaient leurs espaces restreints. Le gâteau jaune que ma mère confectionnait pour les anniversaires, dense et glacé quand il sortait du freezer. Les filles à l’école qui déjeunaient à même le bitume, assises sur leurs sacs à dos renversés. Depuis que j’avais rencontré Suzanne, ma vie avait pris un relief tranchant et mystérieux, qui dévoilait un monde au-delà du monde connu, le paysage caché derrière la bibliothèque. »

 

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Emma Cline lors de son passage à Paris, avec Alice Déon (à gauche), l’éditrice des Editions de La Table Ronde et la libraire de la librairie Gallimard (c) Mille (et une ) lectures de Maeve

Chouette rencontre où j’ai manqué de temps pour rester un peu plus longtemps. 🙂

 

 

 

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Les maraudeurs – Tom Cooper

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Traduit par Pierre Demarty

Le premier roman de Tom Cooper traduit en français nous embarque en Louisiane, dans la Barataria, un coin du bayou, après Katrina, après l’explosion de la plateforme pétrolière BP. D’emblée, le lecteur rencontre alternativement plusieurs personnages qui peupleront le roman :
•Les frères Toup, qui font leur business avec de la « beuh », jalousement cultivée sur une île cachée dans le marais. Des types hargneux et pas franchement haut de plafond intellectuellement comme physiquement.
•Gus Lindquist, propriétaire du Jean Lafitte, un crevettier qui porte le nom que le fameux fibustier. Lindquist est manchot. Dès le début du roman, tout commence mal pour lui : quelqu’un lui a piqué sa prothèse ! Evidemment, à l’instar des habitants du bayou, on en rit. On se moque. Pour tout le monde, il est le type qui a « les fils qui se touchent ». Il rêve de découvrir un trésor et se balade dans le bayou avec un détecteur de métaux dès qu’il n’est plus en train de pêcher. Abandonné par sa femme et sa fille, dépressif, il se shoote aux médocs censés endormir la douleur de son bras manquant.
•West Trench, un ado de 17 ans qui a perdu sa mère lors du cyclone Katrina : tombée du toit de la maison où la famille s’était réfugiée et emportée par les eaux à tout jamais. Son père, pêcheur de crevette comme Lindquist, sombre dans l’alcool depuis le décès de son épouse. Wes décide de voler de ses propres ailes. Le hasard veut qu’il rencontre Lindquist qui l’embauchera sur son bateau parce que pêcher avec un seul bras, c’est devenu impossible pour lui !
•Grimes, un assureur à la solde de la compagnie pétrolière, qui harcèle les habitants du bayou pour obtenir des signatures les engageant à ne pas porter plainte pour la pollution des eaux. Mais un pauvre type lui-aussi, bien trop faible psychologiquement pour obtenir ce qu’il cherche. Il se fait plutôt chasser à coup de pied dans les fesses…
•Hanson et Cosgrove, deux allumés qui cherchent à gagner de l’argent rapidement. Alors quand ils découvrent l’île des frère Toup, ils pensent voir arriver la fin de la galère.

Tom Cooper n’y va pas de main morte et peuple le bayou de personnages haut en couleurs, qui ne donnent pas franchement envie de s’aventurer dans le coin. Néanmoins on s’attache à Lindquist, le capitaine Crochet du bayou, certes déjanté, dépressif et shooté, mais attachant par sa passion pour la chasse au trésor et son amour du métier de pêcheur, qu’il ne peut se résoudre à abandonner, même si la pêche devient toujours plus difficile, plus maigre et peu rentable. Un métier devenu un gagne misère et qui faisait vivre la plupart des habitants du bayou. La faute à Katrina, mais surtout à BP dont l’explosion de la plateforme pétrolière a engendré une catastrophe écologique sans précédent dans les eaux du Golfe du  Mexique. On l’aime aussi parce qu’il a un grand coeur et prend sous son aile le jeune Wes comme un père de substitution. Je ne peux absolument pas révéler ce qu’il va lui arriver, mais on n’en revient pas tout à fait.

Une ambiance de western qui se passe pourtant bien loin du far west. Une police corrompue qui ferme les yeux sur ce qu’elle sait. Des dealers-meurtriers en liberté qui gagnent leur vie illégalement par la culture de l’herbe, pendant que les autres triment pour rien à aller pêcher dans des eaux qui s’appauvrissent. Un univers où l’alcool coule à flot à côté de la drogue.

J’ai beaucoup aimé le style de Tom Cooper, qui s’attache à la précision, au vocabulaire adéquat (une pensée pour le traducteur qui dû avoir du fil à retordre). Une écriture qui fait vraiment voyager, découvrir des bestioles et un univers aquatique qu’on ne connaît pas, le tout associé au langage châtié des personnages.

« Wes accrocha la palangre de tribord au treuil. Le moteur se mit à fumer et à forcer, et bientôt le chalut refit surface, gonflé comme un sac amniotique, rempli d’une masse grouillante d’ailerons, de pinces et d’yeux noirs vitreux. (…) Crabes à carapace dure claquant des pinces comme des castagnettes. Poissons-chats, flétans et fretin d’appât. Crabes à carapace molle, par centaines, si minuscules et d’une telle pâleur, presque transparents qu’on aurait dit des fantômes d’eux-mêmes. Une petite raie fouettant l’air de sa queue hérissée de barbillons, une tortue serpentine rétractant sa tête à l’intérieur de sa carapace.
Et puis les crevettes, pas plus grosses que le petit doigt, la cervelle et le coeur palpitant comme de minuscules grains noirs sous une membrane de peau plus fine que du papier de riz.
« Jamais vu pire », lâcha le père de Wes (…)
On est foutus. Ces marais vont finir par nous la mettre profond. Bien profond, comme une pute à mille balles. »

La nature partout, envahissante, vivante, grouillante et hostile, quasiment un personnage à part entière. Elle domine le marais comme les hommes.

« Derrière le tronc abattu d’un pin, Lindquist tomba nez à nez avec un vieux lynx au museau gris. L’animal grimpa se réfugier dans les branches d’un laurier et darda sur lui deux yeux jaunes enragés. Lindquist remarqua qu’il lui manquait une oreille, réduite à un moignon de chair déchiquetée. Il ressenti envers la pauvre bête un élan de compassion solidaire, mais sentit que ce n’était pas réciproque.
Rats musqués, opossums, ragondins – Lindquist perdit très vite le compte des animaux sauvages qu’il croisa. (…) Le bourdonnement des insectes comme un mantra. Les petits lézards aux fanons rouges déployés en éventail autour de la gorge. Les taons gros comme des prunes. Les scarabés semblables à des pommes de terre ailées. »

Une page d’histoire aussi sur le bayou :

« Autrefois dans la Barataria, il n’y avait pas si longtemps, les gens subsistaient uniquement grâce au bayou. Ils pêchaient leurs crevettes et leurs crabes. Ils braconnaient l’alligator pour son cuir et chassaient le rat musqué et le ragondin pour leur peau. C’était du temps de ses grands-parents et de ses arrière-grands-parents, avant que les gens ne se mettent à brader leurs terres, les cédant pour une bouchée de pain aux compagnies pétrolières dans les années vingt et trente, avant que BP ne défigure le marais en le transperçant de part en part de canaux et de pipelines. »

Un roman aux allures de thriller, avec une fibre écologique, qui ne vous lâche pas.
Très jolie découverte !

(Je cherche toujours les termites de la joute de traduction de Festival America, mais je crois qu’elles ont été transformées en phalènes – je ne me souviens plus du mot original, mais une bestiole qui est un ovni pour nous, Européens.)

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Treize façons de voir – Colum McCann

 51uyposwgwlTraduit par Jean-Luc Piningre

Quand j’ai commencé à m’intéresser à la littérature irlandaise, Colum McCann est l’un des premiers écrivains que j’ai lus. A l’époque je ne savais pas qu’il vivait aux Etats-Unis. J’ai dû me faire à un genre peu populaire en France et pourtant si connu en Irlande et aux USA, la nouvelle : La rivière de l’exil (lu en V.O. – Fishing the Sloe-Black River, 1994)  et Ailleurs en ce pays – Everything in this country must, 2000), m’avaient fait trouver McCann sacrément talentueux mais aussi un peu ardu (et glauque). Il faut dire qu’il y a énormément d’intertextualité chez cet auteur, un vrai « joycien » qui joue avec les mots, reprend ce qui existe pour mieux le retourner. Alors, en V.O., ça donne un peu du fil à retordre.
Colum McCann a depuis publié des romans, que je n’ai pas tous lus, j’avoue, et c’est le roman justement, qui l’a révélé au grand public en France.
Pourtant, avec Treize façons de voir, il revient à ses premières amours.

Le recueil, que l’auteur dédie, entre autres,  à la mémoire de son père, est composé originellement de 4 nouvelles :
« Treize façons de voir » (une novella)
« Quelle heure est-il maintenant là où vous êtes ? »
« Sh’khol »
« Traité »
et l’éditeur français lui en a fait ajouter une cinquième : « Comme s’il y avait des arbres ».
Les textes ont en commun la violence, sous plusieurs formes, mais aussi la solitude.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai eu un immense coup de coeur pour ce recueil ! Pour moi, pas grand chose à voir avec ce qu’il écrivait à ses débuts, j’ai trouvé que le style avait changé, c’est peut-être plus limpide, plus achevé, il y a davantage d’humour, le lecteur est tenu en haleine, et il y a énormément d’émotion, McCann sait vraiment jouer avec ça ! (C’est aussi peut-être ma mémoire qui me fait défaut par rapport à ce que j’ai lu de lui avant).

« Treize façons de voir » est mon texte préféré. (Je suis partie à New York – même si en vrai j’étais au fin fond de la campagne irlandaise : un double voyage, donc !)
Il raconte le dernier jour d’un vieux juge qui vit à New York, veuf, vivant seul avec l’infirmière qui s’occupe de lui. Il a un fils qui est apparemment un crétin fini, bien trop occupé par sa carrière. Un homme seul donc, lituanien de confession juive, marié à une Irlandaise catholique. Le lecteur apprend qu’il va être assassiné par les analepses du texte, révélant une enquête de police. De plus, ce pauvre homme porte le patronyme de Mendhelsson. Le titre est tiré d’un poème très connu du monde anglophone qui fait référence au chant du merle. McCann nous rend dingue d’angoisse pour ce vieux monsieur à la démarche plus qu’instable et hésitante. Il nous fait aussi beaucoup rire par les réflexions du bonhomme qui s’en prend jusqu’au glouglou dans les tuyaux du chauffage domestique à 5 heures du matin (avant, on se les gèle !). Notre coeur se serre quand il évoque sa femme et on fulmine contre son fils. Et puis la mort arrive en direct, comme si nous étions à la place du vieux monsieur. La raison : à vous de vous faire une idée d’après tout ce qu’il nous a dit avant.

Extraits :

« Sally James a englouti un oiseau, un de ceux qui se lèvent tôt. La voici donc, de bonne humeur, fraîche comme une cime, solide comme un chêne, grande comme un séquoïa. »

« Ils ont un tel sens de la langue, ces Anglais. Normal, puisqu’ils ont eu des Irlandais comme professeurs, disait toujours Eileen. »

« Passons la page, tournons l’éponge. »


« Tout comme le poème fait du lecteur un complice, les inspecteurs deviennent complices du meurtre. »


« Quelle ville ! New York ne cesse de m’épater. Une Rhodésienne blonde servant un juif lituanien, né en Pologne, dans un restaurant italien qui emploie – voyons – deux commis mexicains(…) ».

« Notre père qui êtes au bordel des cieux »
« Pourquoi un bordel de merde ? se demandait Eileen.
Pourquoi pas un bordel de beauté ? »  🙂

« Quelle heure est-il là où vous êtes ? » : un homme doit écrire une nouvelle pour le nouvel an. Au début, l’angoisse d’un homme devant sa page blanche, l’art de repousser à plus tard ce qui devrait être écrit maintenant, la deadline. Mais l’imagination qui s’enflamme. Le lecteur assiste à la création d’un univers de fiction : les décors, les personnages, qui prennent de l’épaisseur sous nos yeux, au fil des lignes, mais ce monde reste inachevé : des questions restent en suspens sur les personnages, sur ce qui pourrait (ou pas) arriver, le champ des possibles est celui du lecteur et de son imagination. Bien joué !

« Sh’khol » : une femme traductrice et divorcée vit dans la baie de Galway, seule avec son fils adoptif handicapé à qui elle a eu la mauvaise idée d’offrir une combinaison de plongée à Noël. Une allusion aux selkies du folklore irlandais, « créatures cousines des sirènes, qui se déguisent en phoques et danses nues sur la grève au clair de lune ». La solitude d’une mère, donc, dont l’imagination s’enflamme, seule face à son angoisse. Le titre de la nouvelle est le mot qui désignent les parents d’enfant mort en hébreux, d’après ce que dit McCann (je ne sais pas si c’est exact). J’ai beaucoup aimé !

« Traité » : le secret d’une nonne (un viol) qui, des années après reconnaît son agresseur à la télévision. Violent, c’est le moins qu’on puisse dire.

« Comme s’il y avait des arbres » : sur le racisme, la violence envers les Roumains dans une citée du nord de Dublin.
« Les étrangers, on le sert pas, ou alors on les fait attendre, parce qu’il y a toujours des ennuis avec eux. »
La fameuse 5e nouvelle ajoutée à l’édition française du recueil : je n’ai pas trop accroché à celle-ci.
Mais pour tous les autres textes, le recueil mérite largement la lecture, pour tout l’humanisme qu’il contient, l’émotion et les clins d’oeil à l’Irlande (et à Joyce !). Même si Colum McCann vit depuis plus de vingt ans à New York, il reste profondément irlandais, notamment par son sens de l’humour ! L’Irlande reste toujours dans un coin de son coeur, comme ces nouvelles le prouvent ! Pour moi, il n’est pas américain ! 🙂

Je suis heureuse de ne pas avoir encore lu toute son oeuvre, en particulier ses romans : il me reste donc du « grain » à moudre !
En tout cas, un recueil sublimement écrit ! ❤

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Ensemble séparés

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Traduit par Marie-Hélène Dumas

Deux couples d’Irlandais dans l’Irlande du Tigre celtique : Chris et Alice; Ronan et Kim. Dans un quartier chic de Dublin où le prix de l’immobilier s’envole, comme partout dans la ville, comme partout en Irlande. L’époque où les Irlandais s’imaginent qu’il est facile de devenir riche, que l’argent tombe à présent du ciel, après des années de privation et d’exil. Alors, autant ne pas se contenter de ce qu’on a, autant tenter d’en avoir toujours plus. Peu importe le moyen employé pour y arriver… Un chantier au black, avec des ouvriers immigrés payés au black, ce n’est pas une chose rare dans cette Irlande-là. Un chantier dans son jardin pour construire une nouvelle maison dans le jardin de sa maison. La réussite par l’argent pour sauver son couple du vide intersidérale dans lequel il est plongé. L’argent pour racheter son couple. Construire des murs dans son jardin pour vaincre les murs qui vous séparent de l’autre. Et pourtant, on n’est pas au bout de nos surprises !

J’ai déjà lu quatre romans de Dermot Bolger (Toute la famille sur la jetée du Paradis, Une seconde vie, Une illusion passagère, Le sort en est jeté) et un recueil d’histoires truculentes à son initiative (Finbar’s Hotel). Je ne pouvais pas savoir ce que me réservait ce livre au titre mystérieusement oxymorique dans l’édition française (le titre original est Tanglewood), illustré par cette couverture blanche d’où émerge une scie. La surprise est bien gardée, surtout quand on le lit en version électronique sans avoir la 4e de couverture…
Je pensais assez bien connaître la plume et l’oeuvre de Dermot Bolger. Mais à côté, tout ce que j’ai lu de lui jusqu’à présent est bien « gentil ».
Ici, il y va cash et trash, c’est le moins qu’on puisse dire ! Sans doute son roman le plus caustique, pour décrire deux couples d’Irlandais proches de la cinquantaine, en phase de ménopause et d’andropause, qui, en plus de cachet de Viagra pour essayer de sauver les meubles, arrivent à se mettre dans de sales draps, tout seuls comme des grands, simplement par cupidité, en pensant qu’on peut dorénavant tout acheter, dans cette Irlande des années 2000. Des personnages bien agaçants, bourrés de complexes, calculateurs… Bref, le lecteur ne s’en fait pas des copains ! On trouve Chris trop gentil, Alice trop dépressive et manquant furieusement de courage (envie de la secouer), Ronan trop magouilleur et profiteur (le faux ami de service). Pourtant leurs histoires intimes et leur obsession pour l’argent, vont assez rapidement être supplantées par un problème beaucoup plus grave : un cadavre.

La narration en puzzle permet de découvrir plusieurs facettes des personnages : leur passé, leurs échecs, leurs secrets, leurs désirs, leurs mensonges.

Le roman vire au thriller quand le cadavre d’un des ouvriers  du chantier au black est découvert dans le jardin. Panique à bord : c’est chacun pour sa pomme, et de préférence celle de l’autre si l’inspecteur du travail passait dans le coin… Petits coups bas entre amis et compagnie ! L’occasion pour se faire une virée dans les montagnes du Wicklow, histoire de s’aérer les neurones ou plutôt de débarrasser de cet ouvrier immigré encombrant (ce personnage abuse : il est cadavre et  immigré ! 🙂 ).

Et même quand vous pensez que le roman est fini, eh bien non ce n’est pas fini ! Dermot Bolger, qui vous a déjà bien fait lire les yeux écarquillés comme des soucoupes, vous assène un coup de théâtre (c’est même plus que ça mais je ne trouve pas le terme exact). La fin de la fin.  L’occasion de réduire les petits histoires de couple de ces Irlandais frustrés à quelque chose de vraiment ridicule au regard du reste. La souffrance d’un homme qui a vécu la guerre et ses crimes.

Finalement un hommage  à ceux qu’on a pensé exploiter pour s’enrichir, ceux qui ne comptent pas dans cette Irlande du Tigre celtique.

Quelques extraits :
« Elle croyait qu’il s’aventureraient plus loin le long de la côte, vers Bray, mais au lieu de cela, il avait sillonné des quartiers de Dublin dont elle connaissait à peine l’existence, un labyrinthe d’immeubles derrière la M 50 qui ne semblaient être habités que par des étrangers. »

« Ce nouveau Dublin dans lequel Ezal la conduisait semblait vaste et incompréhensible. »

« Tu vas me prendre pour une folle, avait-elle commencé, mais je suis convaincue qu’une seconde version de moi existe ».

« Ces grands maîtres avaient saisi le vrai secret de l’argent : il n’avait pas de réalité. Au-delà d’un certain chiffre, il n’était plus qu’une abstraction – la plus importante abstraction de la planète. »

« Tu as voulu m’avoir comme certains désirent acheter une maison au Portugal, pour rendre les autres jaloux. »

« Es-tu en train de me dire qu’une femme de quatre-vingt-dix ans sait se servir de Facebook ? »

« J’aime ne pas avoir besoin de chercher un double sens à ce qu’elle dit, contrairement aux Irlandais, dont les phrases doivent être décodées aussi soigneusement que les secrets cryptés de la guerre froide. »

Un roman caustique, truffé de secrets, aux multiples rebondissements, au langage parfois cru, le tout arrosé d’une bonne dose de suspense. Il y aurait encore beaucoup à dire, parce que c’est dense ! Génialement construit. J’ai beaucoup aimé !
Vivement le prochain ! 🙂

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Retour sur Festival America 2016

 

Comme prévu, je n’ai pas failli à Festival America cuvée 2016.  Deux jours et un truc comme 20h de présence sur place. Je suis rentrée complètement caput mais aussi et surtout complètement ravie !
J’avais raté Colum McCann quand il est venu présenter son dernier recueil de nouvelles traduit (Treize façons de voir, éd. Belfond, traduit par Jean-Luc Piningre) au mois de mai parce que ce n’était pas compatible avec mon emploi du temps boulot. Eh bien là j’ai tenu ma revanche puisque j’ai assisté à 3 débats sur 5 auxquels il prenait part. 🙂 La cerise sur la gâteau a été de le trouver par hasard à une heure non répertoriée sur le planning (ou alors je ne l’ai pas remarquée) et de me faire dédicacer le dimanche matin de bonne heure, Etre un homme (éd. 10-18). 75 écrivains (dont Roddy Doyle, Ian McEwan, Edna O’Brien, Joseph O’Connor, Salman Rushdie et lui-même), réunis par Colum McCann qui a créé l’association Narrative 4 autour du concept d' »empathie radicale » : une philosophie du partage, d’échanges d’histoires à travers les pays pour favoriser des rencontres entre des jeunes d’horizons, de cultures, de vécus différents, afin de donner une place à l’espoir.

Samedi j’ai assisté à plusieurs débats dont le plus réussi a été pour moi « L’art de la nouvelle ». Un débat rondement mené par la journaliste Christine Ferniot du magazine Lire, avec, Colum McCann, Dan O’Brien et Ken Liu.

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Colum McCann et Ken Liu

Colum McCann explique que la nouvelle est un genre très populaire aux Etats-Unis, contrairement à la France, même s’il semble que ce soit en train de changer. Aux USA, si vous avez publié des nouvelles, vous avez davantage de chance de publier des romans. Pour sa part, il écrit une nouvelle comme il écrit un roman. Mais la nouvelle a une narration qui « implose », c’est quelque chose à la fois très dense et compact, alors que le roman possède une narration qui « explose ». Ken Liu en a fait son art narratif de prédilection. Son recueil de dix-neuf nouvelles de SF et Fantasy, La ménagerie de papier (éd. Le Bélial, traduit par Pierre-Paul Durastanti) vient de paraître. Il a rendu hommage au travail des traducteurs, c’est à noter !

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Dan O’Brien et son interprète, Dominique Chevallier

L’autre belle présence du débat était Dan O’Brien, le fameux éleveur de bisons, auteur de romans « nature writing wild wild west », mais aussi… professeur. Je découvre qu’il a écrit également des nouvelles et il a avoué avec un petit air coquin que la France publie actuellement un recueil qu’il a écrit il y a… 35 ans ! 🙂 : Haut Domaine, (éd. du Diable Vauvert, traduit par Walter Gripp). Très sympathique auteur en tout cas, dont j’admire la fibre écolo de sauvegarde des bisons et du patrimoine des Grandes Plaines américaines. Sachez aussi qu’il publie les nouvelles qu’il écrit sur son blog! Dan O’Brien est un blogueur!! 😊 J’aurais aimé assister à plus de débats en sa présence, mais on ne peut pas être partout !

L’autre « phénomène » du festival – hormis C. McCann – était la présence de James Ellroy. Pendant que tout le monde faisait la queue pour se faire dédicacer un roman de Laura Kasischke qui n’était pas arrivée à son stand, j’ai repéré une chemise hawaïenne… 🙂

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James Ellroy au boulot ! 🙂

Très souriant et avenant avec ses lecteurs. Et hop, une dédidace de Perfidia (800 p. !!) J’ai apprécié l’attention portée à mon prénom dont beaucoup de Français saccagent l’orthographe sans trop se poser de questions…

Par contre, en public, Ellroy se joue un personnage que j’ai trouvé un zeste pénible à la longue. Ce n’est pas un scoop pour certains. Je ne suis pas restée jusqu’au bout…

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J’ai foncé retrouver la première joute de traduction du festival 2016.

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Joute de traduction entre Pierre Demarty et Nicolas Richard sur un extrait de New York, esquisses nocturnes de Molly Prentiss

Il a été question d’éléphants de mer et autres phoques : on en a appris un rayon sur la faune marine. 🙂 On a bien rigolé, surtout que les deux traducteurs avaient le sens du show.
Le lendemain, deux traductrices (Nathalie Bru et Valérie Julia) se sont essayé sur l’incipit (du moins je crois que c’était l’incipit) des Maraudeurs de Tom Cooper (éd. Albin Michel, traduit par Pierre Demarty). Des phoques du samedi, on est passé aux termites qui se prennent pour des touristes et bonhommes à la drôle de « face ». Pour parfaire le tout, la présence dans le public de locuteurs anglophones de naissance pour nous donner leur avis. C’était génial ! 🙂 Les Maraudeurs sont dans ma PAL depuis quelques mois : faut que je lise ce polar du Bayou…
En tout cas, un franc succès pour les joutes !

Avec « L’Amérique des humbles », j’ai vu pour la première fois Alice McDermott dont je veux lire depuis des siècles Someone (éd. de la Table Ronde, traduit par Cécile Arnaud)

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Alice McDermott explique pourquoi elle a situé Someone dans les années 30.

Bon, ce débat a souffert d’un problème d’animation. Ca ronronnait bien trop gentiment à mon goût. L’animatrice qui lisait ses notes, d’un ton monocorde : j’ai failli faire une sieste et j’ai lâché prise à un moment donné. Heureusement, l’accent singulier et les propos  de Willy Vlautin m’ont fait sortir de ma torpeur !

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Willy Vlautin, écrivain du Nevada, auteur-compositeur et chanteur du groupe de folk-rock Richmond Fontaine

Ses deux précédents romans Motel Life et Plein nord ont été adaptés au cinéma. Son modèle c’est Steinbeck. Son dernier roman, Ballade pour Leroy (éd. Albin Michel, traduit par Hélène Fournier). Ses multiples cordes artistiques m’intriguent. Et j’adore Steinbeck. Et hop in my wish list.

L’autre inconnu découvert fut David Joy, Caroline du Nord, dans les Appalaches.

(Je me suis divertie en voyageant à travers les origines de chacun des protagonistes du débat 🙂 ) Finalement, ce débat aurait presque pu s’intituler « L’Amérique profonde » mais il y avait Alice McDermott…

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David Joy, auteur Là où les lumières se perdent (éd. Sonatine, traduit par Fabrice Pointeau)

« Identités américaines » a été mon débat suivant, mais j’ai quitté la salle avant la fin parce que je m’ennuyais sec (décidément !) et sans doute aussi que j’avais besoin de voir la lumière du jour…
Je reproche à ce débat l’absence d’un écrivain afro-américain, amérindien  etc, pour justement parler des « identités ».

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Jane Smiley, auteur de Nos premiers jours (éd. Rivages, traduit par Carine Chichereau)

J’ai couru à l’hôtel de ville retrouver le café des libraires avec  Colum McCann  sur le thème « Soif de justice » (j’ai pas trop compris le titre par rapport aux discussions : en fait il s’agit plus aux auteurs invités de présenter leur dernier ouvrage, donc c’est parfois un peu tiré par les cheveux par rapport au thème annoncé).

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Colum McCann est revenu sur l’agression dont il a été victime alors qu’il écrivait la novella éponyme du recueil Treize façons de voir. Mais au-delà de ça, on peut remercier son sens de l’humour sur ce plateau d’Américains super sérieux (il y avait aussi Sergio de la Pava – connais pas – et Smith Henderson – que j’aimerais bien lire). Il est revenu sur l’anecdote du matin que ceux qui ont assisté au débat sur « L’art de la nouvelle » ont pu comprendre. 🙂 De « soif de justice », on est passé à tout autre chose l’espace d’un instant, qui avait à voir avec une histoire de mariage… De l’humour irlandais. 🙂 Ouf !

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Smith Henderson, auteur de Yaak Valley, Montana (éd. Belfond, traduit par Nathalie Peronny

Dimanche, j’ai revu mon programme. Je ne voulais pas du tout assister à un truc sur la commémoration du 11-Septembre, ou quelque chose qui y ressemble parce que c’est déprimant, d’autant plus au regard de notre actualité. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et avec mon expérience de la veille, je me suis dit qu’un débat avec McCann ne pouvait qu’être autre chose qu’un truc tout formaté au ras des pâquerettes. Je suis donc allée à « 11-Septembre, quinze ans déjà » (le titre me gonflait d’avance !).

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« 11-septembre, 15 ans déjà » avec de gauche à droite : Molly Prentiss, Eddie Joyce, Colum McCann, Ben Lerner

Molly Prentiss était réticente à participer à ce genre de thématique car elle n’avait que 16 ans au moment des faits.
Colum McCann a expliqué qu’il avait de plus en plus de mal à parler du 11-Septembre, parce que depuis, il y a eu la guerre en Irak et tout ce qui a découlé de cette intervention américaine sous la houlette de Bush Jr. Il n’y a qu’à regarder les élections présidentielles américaines actuelles pour avoir des frissons… Le beau père de McCann était dans l’une des tours, il en a réchappé de justesse. La première chose qu’il a fait en rentrant c’est de retirer ses vêtements, de les mettre dans un sac poubelle et de les jeter. Il a conservé ses chaussures couvertes de poussière dans une boîte qu’il n’a plus jamais ouverte. Colum en a fait donation au musée du 11-Septembre de New York mais avoué qu’il n’ira jamais dans ce musée. J’admire son recul, la hauteur qu’il prend pour analyser les événements. Au-delà du traumatisme post-attentat, quel qu’il soit. (McCann Président de la France ! 🙂 )
A côté de lui, Eddie Joyce, un autre écrivain américain d’origine irlandaise, auteur de Les petites consolations (éd. Rivages, traduit par Madeleine Nasalik), qui raconte l’histoire d’un deuil lié au 11-septembre rejoint le point de vue de McCann. Il y a l’Amérique profonde qui est terrorisée par les attentats actuels et prête au pire. Il a grandi à Staten Island le New York des immigrés que certains ne considèrent pas comme New York…

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Eddie Joyce et Colum McCann, deux humanistes

J’ai achevé mon festival avec le dernier café des libraires : « Désert » avec, entre autres, Kevin Powers, ancien G.I. de la guerre en Irak, auteur du fameux Yellow Birds que je dois lire depuis encore des siècles !

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Kevin Powers

J’ai ma dose de rencontres littéraires pour un moment.
J’ai discuté le bout de gras (littéraire) avec des connu(e)s et inconnu(e)s, croisé Alain Mabankou sans ses lunettes, je suis repartie avec deux dédicaces (de Colum McCann devant qui je me suis plantée en disant : « Bonjour, je sais que vous comprenez le français ! », – faut bien trouver un truc à la con quand on est impressionné pour arriver à se dépasser soi-même… 🙂 – et de James Ellroy).

Je suis repartie avec une petite PAL de 4 livres :
Perfidia de James Ellroy
Etre un homme 75 auteurs réunis par Colum McCann
Dernière nuit à Montréal d’Emily St. John Mandel
Terreur apache de W. R. Burnett

Côté découverte, ce fut riche : Eddie Joyce, Smith Henderson, Willy Vlautin, David Joy, Ken Liu et il paraît qu’il faut que je lise Megan Abbott parce que c’est méga-bien.
C’est juste le big bang dans ma tête de lectrice !!

Un beau voyage littéraire outre-Atlantique le temps d’un week-end, sous des températures caniculaires ou presque. Maintenant il va falloir attendre deux ans.

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Un festival sous l’oeil de Big Jim (photo de Jean-Luc Bertini)

 

Je teste ici la publication de chronique en différé.

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Un coupable presque parfait – Robin Stevens

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Traduit par Faustina Fiore

Daisy Wells et Hazel Wong sont deux élèves du pensionnat de Deepdean, en Angleterre. Nous sommes en 1934 et le récit est fait par Hazel, secrétaire du club de détectives créé par Daisy. Nous tenons dans nos mains le compte rendu du meurtre de Miss Bell, d’après l’enquête menée par ces deux gamines de 13 ans.

A Deepdean, il y a des profs qui donnent des cours, certes. Mais aussi des intrigues amoureuses et autres rivalités professionnelles entre eux. Tout cela fait jaser Daisy et les membres du club des détectives, surtout quand Miss Bell, la prof de sciences est retrouvée morte par Hazel. Puis le cadavre disparaît et Miss Griffin, la directrice du pensionnat fait taire les rumeurs en annonçant tout autre chose. Daisy et Hazel s’interrogent et dressent la liste des suspects, à savoir tous les autres profs, dont la plupart convoitaient le poste de directrice adjointe ou était amoureuse de l' »Unique », alias Mr Reid, professeur de musique, mais surtout le seul professeur mâle dans cet univers de femmes. Cela dit le meurtre est peut-être aussi lié à une relation homosexuelle secrète…

L’imagination de l’intrépide Daisy est sans bornes ! Un personnage que nous découvrons par les yeux de Hazel qui raconte au fur et à mesure le déroulement des événements dans le compte rendu de l’enquête. Deux fillettes aussi différentes l’une que l’autre : Daisy est l’Anglaise blonde typique, exactement comme l’imaginait Hazel dans son lointain Hong Kong :
« Quand on regarde Daisy, on croit comprendre tout de suite quelle fille c’est. Une de ces Anglaises pur jus, mince, avec des yeux bleus et des cheveux blonds. De ces filles qui peuvent galoper sous la pluie à travers des stades boueux avec une crosse de hockey à la main, puis s’asseoir pour engloutir dix brioches avec leur thé.
(…) je me suis retrouvée face à mon idéal : mon amie aux cheveux dorés avait pris vie devant moi. Une fille qui était un pur produit de l’Angleterre de mes livres et de mes tableaux ».

L’amie idéale qui au fur et à mesure se dévoile bien imparfaite. Un personnage orgueilleux, qui, parce qu’elle a créé le club des détectives se croit à peu près tout permis, jusqu’à refuser d’avoir tort. Jusqu’à mettre les autres en danger. Jusqu’au bizutage qui ne lui pose pas non plus de problème.
Hazel est beaucoup plus calme et posée. Loin de chercher à devenir la star du pensionnat, elle finit par arriver à faire descendre Daisy de son perchoir sous les étoiles pour la faire redescendre sur terre et découvrir le coupable.
Un couple d’enquêtrice improbable qui n’est pas sans rappeler Sherlock & Watson ! Watson, c’est ainsi que Daisy surnomme Hazel.
Une enquête à la Agatha Christie aussi avec des personnages qui disparaissent, des cadavres qu’on retrouvent, une scène du crime restreinte : un pensionnat anglais des années 30 !

Robin Stevens, Américaine vivant depuis son tout jeune âge en Angleterre, reprend ici la tactique narrative  de deux auteurs de romans à énigmes majeurs pour la littérature britannique. Pour notre plus grand plaisir. Un suspense qui tient bien en haleine, le fantôme d’une ancienne pensionnaire morte qui plane, un assassin qui rôde dans le pensionnat, parmi les élèves pendant que les disparitions s’enchaînent… Un dénouement inattendu. Tout est réuni pour vous faire passer un bon moment.

Un livre dont on apprécie également la présentation soignée, avec le plan du pensionnat, une présentation des personnages, un lexique en fin d’ouvrage pour expliquer certains termes employés par Daisy, une police de caractère « années 30 » pour illustrer les différentes parties de l’histoire.

Il y aura une suite aux aventures du club Wells & Wong, un club de détectives qui saura sans doute rendre accrocs les jeunes lecteurs français.

Merci à Flammarion Jeunesse pour cette belle découverte !

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Festival America 2016

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Si vous avez le blues en cette rentrée, il y a un remède : le 8e Festival America, qui se déroule à Vincennes du 8 au 11 septembre.
Je n’ai pas le blues mais c’est un rendez-vous noté dans mes tablettes depuis des mois : je savais que Colum McCann était l’un des invités phares mais quand j’ai appris il y a quelques jours qu’il y avait AUSSI James Ellroy (oui, le James Ellroy du Dalhia Noir !!), je me suis dit qu’il fallait être dingue pour rester gentiment dans ses chaussons à la maison le week-end prochain, alors qu’il y a des mythes littéraires encore vivants à quelques kilomètres  – même si de toute façon, en ce qui me concerne, je n’avais aucunement l’intention de rester dans mes chaussons le week-end prochain… 🙂 🙂

Donc voilà, vous êtes prévenus : il y a Colum McCann ET James Ellroy.

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Mais pas que. Evidemment. Le problème avec Festival America c’est qu’il faut arriver à faire des choix parmi les trucs trop bien. Parce que 50 écrivains américains, ça fait quand même sacrément du monde. Et comme dirait judicieusement un mini-monstre que je connais : « je ne peux pas être à deux endroits à la fois » 🙂 .
J’ai bricolé un emploi du temps sur deux jours (samedi et dimanche). Je n’irai pas aux débats où je ne connais aucun nom, ça na pas de sens. Ca permet aussi de faire un tri.

Outre Colum McCann et James Ellroy, il y aura  Alice McDermott, Virginia Reeves, Jane Smiley, Emily St John Mandel, Tom Cooper, Joseph Boyden et sans doute Kevin Powers dans mon programme.

Il y aura aussi au moins une  joute de traduction  : on oublie toujours les traducteurs, sans qui pas grand chose ne serait possible…
Si cela vous tente de savourer la complexité du passage d’une langue à l’autre et de comprendre les choix des traducteurs, il y a une joute samedi de 13h à 14h30 espace Sorano et une autre dimanche de 14h30 à 16h au même endroit. En présence d’écrivains invités.

traducteursAlors, vous faites quoi le week-end prochain ?

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Suis-moi Sophia ! – Fleur Hitchcock

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Traduit par Catherine Guillet

Lottie s’ennuie chez ses parents, des scientifiques qu’elle estime « pas normaux », comme tous les scientifiques, assure-t-elle ! 🙂 Le genre de personnes à tomber en extase devant un tas de compost, à manger des choses bizarres, sapés comme des mendiants, et à partir chasser les phasmes en guise de vacances, pendant que leur maison tombe en ruines. Lottie n’a comme distraction que les romans qu’elle dévore, pour fuir l’univers dans lequel elle vit. Jusqu’au jour où elle part en centre de vacances en compagnie de Sophia, une ado de son âge sur laquelle elle est censée veiller. Sophia semble son exact opposé : menue, soignée et aussi belle qu’une princesse indienne. Les deux gamines se lient d’amitié et Sophia cultive le mystère d’une vie compliquée qui subjugue Lottie : un beau-père gangster aux quatre cents coups, une mère chanteuse d’opéra qu’elle n’a pas vu depuis cinq ans. Un vrai roman pour ado en mal de sensations. Quand Sophia décide de s’enfuir du camp de vacances pour retrouver sa mère, Lottie lui emboîte le pas. L’occasion de devenir une héroïne ! Seulement, entre un roman d’aventures où le héros gagne à tous les coups et la réalité, il y a une marge…
On s’attache rapidement à ces deux gamines à l’imagination débordante. Fleur Hitchcock sème des indices dans son texte qui ancre le doute dans ce que raconte Sophia, mais sans trop insister non plus : on oublie donc pour un temps les pirouettes de la jeune fille, on se dit, comme Lottie,  qu’on a mal compris…
De son côté, Lottie confronte chaque situation difficile dans laquelle elles se trouvent à un roman qu’elle a lu. On ne sait jamais, ça peut servir quand on se rêve en héroïne ! On trouve pelle mêle Le mystère du pied tranché, Le mystère de la phalène morte, L’homme aux pistolets d’argent, Dernier combat au paradis, Mort subite sous le bois mort !(LOL )…  Peu importe si ces romans existent vraiment ou pas : Lottie est rat de bibliothèque impressionnant.
Un coup de coeur aussi pour le personnage de la vieille voisine décédée, qui a eu trois maris (fichtre !) et « a traversé l’Ecosse à pied, seule, sous des vents qui soufflaient en rafales et avec comme seul guide une carte d’aviation ». A sa retraite « elle faisait pousser ses propres légumes et lisait ses romans policiers à la loupe ». ♥  Un modèle parfait pour Lottie !
On se laisse entraîner. Jusqu’au moment où les deux gamines frôlent la mort…

Beaucoup d’humour dans cette aventure qui pourrait aussi s’intituler Comment voyager avec des escargots (nommés Pinky et Perky). Les seuls escargots de Bourgogne au monde ayant connu le luxe de passer une nuit à l’hôtel ! 🙂 Lottie décrit ce qu’elle vit avec ironie : « J’ai beau m’appliquer, je ne suis vraiment pas douée pour la navigation. La balise jaune se révèle être beaucoup plus loin que je ne le pensais et, en quelques minutes, non seulement je transpire, mais des grains de sable coincés dans ma combinaison irritent mes aisselles. Qui plus est, ce satané casque a glissé vers l’avant, où il m’empêche d’y voir d’un oeil. Mon champ de vision se limite désormais plus ou moins à l’avant de notre kayak. Nous essuyons une averse, après laquelle le soleil réapparaît, réchauffant l’eau qui s’est infiltrée dans ma combinaison. Si on aime barboter dans son pipi, c’est bien. Dans le cas contraire, je recommande d’éviter le kayak. »
Un roman qui aborde les thèmes de l’amitié, de la trahison, de la différence tout en dosant le savant suspense d’un roman à énigmes. Une belle part faite à l’aventure et à la littérature également.  J’ai beaucoup aimé !
Mon seul bémol va aux répliques de Lottie, directement au présent, que j’ai trouvé pas trop heureuses avec des verbes du 1er groupe en particulier sous forme interrogative  (mais ce n’est que mon avis )
– Oui, bonne idée… balbutié-je
– Ca n’a pas l’air, murmuré-je
– Des chansons préférées ? suggéré-je
Il y en a vraiment beaucoup sous cette forme. Je ne sais pas si c’est le fait qu’on le voit rarement dans un dialogue en français. D’habitude je crois qu’on met plutôt le passé composé. En tout cas, ça m’a fait une drôle d’impression.

Une bonne pioche pour mon premier roman de la rentrée littéraire.

Merci une fois encore à Flammarion Jeunesse !

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Rentrée littéraire automne 2016 : mes choix

Comme les années passées, voici mes choix pour la sacro-sainte rentrée littéraire. Choix encore non exhaustifs parce que c’est compliqué de s’y retrouver dans la masse énorme de bouquins qui sortent, d’autant plus que ce sont toujours les mêmes qu’on vous met sous le nez, forcément au détriment d’autres qui en valent sûrement la peine. Donc j’ai fouillé les catalogues d’éditeurs, surfé sur Amazon qui est bien pratique pour les annonces de sorties pas encore sur les catalogues (c’est même surprenant !)

Voici donc le résultat des « courses » :
Ce cher Dermot Bolger – dont la vidéo de présentation par lui-même de ce roman m’a encore plus donné envie de le lire ! Commencé dans les années 2000 si j’ai bien compris, avant l’effondrement du Tigre Celtique et terminé après celui-ci. J’espère bien qu’il sera de passage à Paris, même sans match de foot, pour nous en dire plus.  🙂 🙂

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Présentation éditeur : « Par amour pour sa femme Alice, soucieuse de changer de vie, Chris est prêt à tout, même à s’associer à son voisin Ronan, tantôt ami, tantôt rival, dans un projet immobilier dont il est loin de connaître toutes les subtilités. Mais les deux hommes ne s’attendaient pas à unir à ce point leurs destins en se lançant dans la construction d’une maison. Le drame survient lorsqu’ils découvrent dans le jardin de Chris le cadavre de Pavle, l’un des migrants qu’ils employaient illégalement. Ronan convainc Chris de jeter le corps dans un ravin. Ce geste macabre va ainsi cristalliser et exacerber les passions des protagonistes : pourquoi un tel acte s’ils n’ont rien à se reprocher ? Qui était réellement cet ouvrier dont on ne sait absolument rien ? « 

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas lu Colm Toibin, ce sera l’occasion d’autant que c’est le genre de sujet que j’adore :

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Présentation éditeur : « Irlande, fin des années 1960. Nora, qui élève seule ses quatre enfants depuis la mort de son mari, tente de refaire sa vie sous l’oeil critique des habitants de la petite ville où elle vit depuis toujours. Opiniâtre et indocile, elle s’affranchit peu à peu des cancans et s’autorise de menues libertés : prendre des cours de chant, s’acheter une chaîne stéréo… La profondeur des émotions que soulève en elle la musique s’accorde au réveil de sa sensibilité et de sa personnalité. »
Le récit de la renaissance de Nora dans une société irlandaise en pleine mutation est magistralement servi par une prose musicale, délicate et nuancée »

 

Comment résister au dernier Edna O’Brien dont on a entendu parler par l’auteure herself lors de son passage à Paris l’automne dernier ?

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Présentation éditeur : « Dès qu’il franchit le seuil de l’unique pub ouvert dans ce trou perdu d’Irlande, l’étranger suscite la fascination. Vladimir Dragan est originaire du Monténégro. Il entend s’établir comme guérisseur. On lui trouve un logement, un cabinet médical, et sa première cliente, une des quatre nonnes du lieu, sort de sa séance totalement régénérée. Rien d’étonnant à ce que Fidelma, très belle et mariée à un homme bien plus âgé qu’elle, tombe sous le charme. L’idylle s’interrompt quand Dragan est arrêté. Recherché par toutes les polices, il a vécu à Cloonoila sous un faux nom. Inculpé pour génocide, nettoyage ethnique, massacres, tortures, il est emmené à La Haye, où il rendra compte de ses crimes. Le titre choisi par Edna O’Brien s’éclaire alors, ainsi que l’introduction rappelant que 11 541 petites chaises rouges avaient été installées à Sarajevo en 2012 pour commémorer la mémoire des victimes du siège. (…) »

Je n’ai jamais rien lu d’Emma Cline, mais cela fait un moment que je vois ce livre tourner sur les réseaux sociaux. Intriguée je suis 🙂

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Présentation éditeur : « Le Nord de la Californie, à l’époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l’été qui précède le départ en pension d’Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell… »

On ne peut pas revenir de Suède et rater le roman d’Henning Mankell publié posthume en France

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Présentation éditeur : « Fedrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n’est plus qu’une ruine fumante. Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s’interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre ? Mais c’est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, sans l’apparition d’une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale. Tandis que l’hiver prend possession de l’archipel, tout va basculer de façon insensible jusqu’à l’inimaginable dénouement. Après l’immense succès des Chaussures italiennes, auquel il fait suite, Les Bottes suédoises brosse le portrait en clair-obscur d’un homme tenaillé par le doute, le regret, la peur face à l’ombre grandissante de la mort – mais aussi la soif d’amour et le désir -, d’un être amené par les circonstances à revisiter son destin et à reprendre goût à la vie. Tel est l’ultime roman de Henning Mankell : une oeuvre d’une sobriété élégiaque et poignante, traversée et portée par la beauté crépusculaire des paysages. »

 Et quand on voyage en Suède, on entend obligatoirement parler de la Finlande. Alors un roman qui évoque une page de son histoire, c’est une aubaine et une découverte d’un écrivain inconnu à faire ! 🙂

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Présentation éditeur : « Jusqu’où aller pour survivre ?
1867. Une terrible famine dévaste la Finlande. Malgré l’hiver glacial, Marja n’a d’autre solution que de prendre la route avec ses deux jeunes enfants, abandonnant sa ferme et son mari, au seuil de la mort. Elle ira à Saint-Pétersbourg, dans l’espoir d’un sort meilleur. Et ils sont nombreux à se diriger vers le sud, cohortes de paysans errants désespérés mais résolus à survivre. Sur la route, elle rencontre Ruuni, un jeune garçon qui lui semble digne de confiance. Mais face à un tel dénuement pourra-t-il leur venir en aide ? En butte à la méfiance, l’égoïsme et la haine, une lutte de chaque instant s’engage où le vivant tourne au spectre et le climat extrême à l’angoisse pure. »

Je tente une première lecture de Jane Smiley. J’ai cru dans un premier temps que c’était une dystopie à cause d’une erreur de présentation éditeur sur le site de la FNAC et un classement en dystopie sur Babelio. Le catalogue de l’éditeur n’étant pas à jour, j’ai un peu galéré et je remercie Marie, la blogueuse qui m’a signalé l’erreur (en gros pour être sûr, il faut aller sur Electre !). Donc voilà. Mais ça ne change rien à mon envie de lire Nos premiers jours : une fresque familiale sur fond historique qui se déroule dans l’Iowa a tout pour me plaire a priori, moi qui adore voyager en livre (et en vrai aussi).
De plus, Jane Smiley sera à Festival America : l’occasion d’acheter le roman sur place, d’assister à un débat si ça rentre dans mes cases RDV. 🙂

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(sortie le 24 août)
Présentation éditeur :
« Walter Langdon rêve d’avoir sa ferme et d’obtenir son indépendance, loin du regard paternel. Avec sa femme Rosanna, il décide d’acheter une exploitation agricole dans l’Iowa. Sur cette terre, sa famille connaît les grands bouleversements historiques de la première moitié du XXe siècle, de 1920, à l’aube de la dépression, jusqu’en 1953. »

Je ne peux pas résister à Joyce Maynard, rencontrée à Festival America en 2014 et dont j’ai dévoré et adoré L’homme de la montagne et Les filles de l’ouragan. 🙂

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Présentation éditeur : « Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l’entoure, faisant d’étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d’Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d’amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents – et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l’ont vue grandir ? Emouvante histoire de reconstruction, Les règles d’usage évoque avec brio la perte d’un être cher, l’adolescence et la complexité des rapports familiaux. Un roman lumineux. »

A priori, la dystopie ne me réussit pas spécialement, mais je suis intriguée par ce roman américain qui même Shakespeare et ses pièces à un univers de fin du monde… Emily Saint John Mandel sera aussi à Festival America, raison de plus pour aller se rendre compte où elle veut nous embarquer avec cette fiction. :

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Présentation éditeur : « Dans un monde où la civilisation s est effondrée suite à une pandémie foudroyante, une troupe d acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Un répertoire qui en est venu à représenter l espoir et l humanité au milieu de la désolation. »

La littérature jeunesse n’est pas en reste :

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(sortie le 24 août)
Présentation éditeur : « Le dernier album en date de la grande Eva Lindström, une des auteures phare de la scène jeunesse suédoise.  Alors que ses camarades s’amusent entre eux, un petit garçon rentre seul chez lui. Pour se consoler, il se lance dans la préparation d’un gâteau, qui attire bientôt la gourmandise des autres enfants… Subtil, elliptique et poétique, un livre d’une grande finesse qui aborde les questions de l’amitié, de la solitude et de l’exclusion.  « 

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(sortie le 24 août)
Présentation éditeur :
« Lottie s’ennuie. Elle rêve d’une vie d’héroïne de roman. Lorsqu’elle rencontre Sophia dont l’existence est truffée de mystères, tout lui semble possible. Ensemble elles partent à la recherche de la mère de Sophia… »

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Présentation éditeur : « Angleterre, 1934. A l’école de filles Deepdean, deux élèves, Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence secrète de détectives privés. Peu après, Hazel découvre le corps d’une prof dans le gymnase… »

Et puis, le deuxième tome des aventures d’Enael, écrites par Helen Falconer, sort le
5 octobre
et s’intitule La rivale. J’avais adoré les aventures fantasy faisant la part belle au folklore et à la mythologie irlandaises, j’attends donc avec une certaine impatience la suite… et des mini-monstres aussi ! 🙂

Irlande, Etats-Unis, Finlande, Suède, Grande-Bretagne : de quoi prolonger les vacances…
Bonne rentrée !

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Daisy Sisters – Henning Mankell

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Traduit par Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy

Nous sommes en Suède. Elna et Vivi sont toutes les deux nées sous le signe du Verseau à quelques semaines d’écart, en 1924. Vivi habite le sud de la Suède, à Landskrona en Scanie ; Elna habite dans le nord du pays à Sandviken. Leur rencontre improbable est l’initiative de l’insitutrice d’Elna, arrivée un jour en classe en demandant si quelqu’un voulait un correspondant. Le début d’une longue histoire d’amitié et d’apprentissage de la vie pour ces deux gamines, qui rapidement sympathisent jusqu’à se rencontrer quelques années plus tard, en 1941, lors d’une virée en vélo à la frontière norvégienne. Premiers frissons en allant tutoyer la guerre alors que la Norvège est occupée par les nazis, contrairement à la Suède, pays demeuré neutre. S’amuser et trouver l’amour, c’est leur mot d’ordre. Pourtant, les choses vont mal tourner. Elna sera violée par un soldat garde-garde frontière dont on n’entendra plus jamais parler. La voici propulsée dans le monde des adultes sans ménagement. Enceinte, elle tentera d’avorter dans l’illégalité au péril de sa vie. Elle accouchera finalement d’une petite Eivor qui occupera la devant de scène dans ce roman.

1956. Eivor a un caractère bien trempé, elle n’a pas froid aux yeux. Le destin met sur sa route, ou plutôt dans la maison voisine de celle de sa mère et son beau-père, un jeune fuyard, un certain Lasse Nyman. Sous le charme Eivor, l’adolescente fugue de chez elle et taille la route avec cet individu qu’elle ne connaît pas. Le début d’une vie d’adulte, qu’elle voudrait différente de celle de sa mère. Pourtant la route de la vie va être semée d’embûches, Eivor déchirée entre ses désirs profonds d’indépendance et son grand coeur qui lui joue la comédie des erreurs indélébiles.

Daisy Sisters est le tout premier roman d’Henning Mankell, écrit en 1982 et traduit seulement en 2015 en France. Eh bien merci aux traductrices de nous donner enfin accès à cette magnifique fresque féminine suédoise !

On retrouve les thèmes qui seront chers à Mankell comme la mélancolie et la fatalité. L’écrivain scrute l’évolution de la société suédoise (des années 40 aux années 80), la montée du chômage et des licenciements, les ravages de l’amiante, la violence faites aux femmes dans une société machistes qui préfère les voir à la maison qu’à l’usine. Oui Mankell ne fait pas toujours dans le super gai, mais c’est le réalisme social qui lui importe.

En bonne fan des romans d’Henning Mankell c’est en sa compagnie que j’ai décidé de découvrir un petit bout de son immense pays. Un bon gros pavé de plus de 500 pages au format poche que j’ai englouti en me promenant en Suède. Malgré quelques imperfections (il y a parfois un peu de lourdeur répétitive dans les interrogations d’Eivor, par moments), je me suis vraiment régalée et été happée par l’histoire, riche en rebondissements et en émotions !

Quel bonheur et quel trouble aussi de poser ses valises pour une nuit à Börange au moment même où Eivor part y travailler !! S’approcher de la fenêtre de la chambre d’hôtel en se disant qu’on pourrait bien l’apercevoir !
Assez rigolo aussi de croiser de « Belles Américaines » sur les routes de Dalécarlie et de trouver une note en bas de page qui explique l’origine de cette passion suédoise !
Une passion suédoise pour ce qui vient des Etats-Unis que l’on retrouve d’ailleurs jusque dans le titre :
« Pourquoi les Daisy Sisters ? intervient Eivor. Vous ne me l’avez jamais expliqué.
Vivi jette un regard interrogateur à Elna.
– Tu sais quoi ?
– Non, pas vraiment. « Daisy » sans doute parce que ça faisait américain et que ça sonnait bien. »

Un roman qui est à la fois une saga familiale et une fresque sociale suédoise.

Un roman que je ne peux que vous conseillez, d’autant plus si vous prévoyez un road trip en Suède !

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Stsignée

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