Retour sur Festival America 2016

 

Comme prévu, je n’ai pas failli à Festival America cuvée 2016.  Deux jours et un truc comme 20h de présence sur place. Je suis rentrée complètement caput mais aussi et surtout complètement ravie !
J’avais raté Colum McCann quand il est venu présenter son dernier recueil de nouvelles traduit (Treize façons de voir, éd. Belfond, traduit par Jean-Luc Piningre) au mois de mai parce que ce n’était pas compatible avec mon emploi du temps boulot. Eh bien là j’ai tenu ma revanche puisque j’ai assisté à 3 débats sur 5 auxquels il prenait part. 🙂 La cerise sur la gâteau a été de le trouver par hasard à une heure non répertoriée sur le planning (ou alors je ne l’ai pas remarquée) et de me faire dédicacer le dimanche matin de bonne heure, Etre un homme (éd. 10-18). 75 écrivains (dont Roddy Doyle, Ian McEwan, Edna O’Brien, Joseph O’Connor, Salman Rushdie et lui-même), réunis par Colum McCann qui a créé l’association Narrative 4 autour du concept d' »empathie radicale » : une philosophie du partage, d’échanges d’histoires à travers les pays pour favoriser des rencontres entre des jeunes d’horizons, de cultures, de vécus différents, afin de donner une place à l’espoir.

Samedi j’ai assisté à plusieurs débats dont le plus réussi a été pour moi « L’art de la nouvelle ». Un débat rondement mené par la journaliste Christine Ferniot du magazine Lire, avec, Colum McCann, Dan O’Brien et Ken Liu.

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Colum McCann et Ken Liu

Colum McCann explique que la nouvelle est un genre très populaire aux Etats-Unis, contrairement à la France, même s’il semble que ce soit en train de changer. Aux USA, si vous avez publié des nouvelles, vous avez davantage de chance de publier des romans. Pour sa part, il écrit une nouvelle comme il écrit un roman. Mais la nouvelle a une narration qui « implose », c’est quelque chose à la fois très dense et compact, alors que le roman possède une narration qui « explose ». Ken Liu en a fait son art narratif de prédilection. Son recueil de dix-neuf nouvelles de SF et Fantasy, La ménagerie de papier (éd. Le Bélial, traduit par Pierre-Paul Durastanti) vient de paraître. Il a rendu hommage au travail des traducteurs, c’est à noter !

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Dan O’Brien et son interprète, Dominique Chevallier

L’autre belle présence du débat était Dan O’Brien, le fameux éleveur de bisons, auteur de romans « nature writing wild wild west », mais aussi… professeur. Je découvre qu’il a écrit également des nouvelles et il a avoué avec un petit air coquin que la France publie actuellement un recueil qu’il a écrit il y a… 35 ans ! 🙂 : Haut Domaine, (éd. du Diable Vauvert, traduit par Walter Gripp). Très sympathique auteur en tout cas, dont j’admire la fibre écolo de sauvegarde des bisons et du patrimoine des Grandes Plaines américaines. Sachez aussi qu’il publie les nouvelles qu’il écrit sur son blog! Dan O’Brien est un blogueur!! 😊 J’aurais aimé assister à plus de débats en sa présence, mais on ne peut pas être partout !

L’autre « phénomène » du festival – hormis C. McCann – était la présence de James Ellroy. Pendant que tout le monde faisait la queue pour se faire dédicacer un roman de Laura Kasischke qui n’était pas arrivée à son stand, j’ai repéré une chemise hawaïenne… 🙂

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James Ellroy au boulot ! 🙂

Très souriant et avenant avec ses lecteurs. Et hop, une dédidace de Perfidia (800 p. !!) J’ai apprécié l’attention portée à mon prénom dont beaucoup de Français saccagent l’orthographe sans trop se poser de questions…

Par contre, en public, Ellroy se joue un personnage que j’ai trouvé un zeste pénible à la longue. Ce n’est pas un scoop pour certains. Je ne suis pas restée jusqu’au bout…

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J’ai foncé retrouver la première joute de traduction du festival 2016.

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Joute de traduction entre Pierre Demarty et Nicolas Richard sur un extrait de New York, esquisses nocturnes de Molly Prentiss

Il a été question d’éléphants de mer et autres phoques : on en a appris un rayon sur la faune marine. 🙂 On a bien rigolé, surtout que les deux traducteurs avaient le sens du show.
Le lendemain, deux traductrices (Nathalie Bru et Valérie Julia) se sont essayé sur l’incipit (du moins je crois que c’était l’incipit) des Maraudeurs de Tom Cooper (éd. Albin Michel, traduit par Pierre Demarty). Des phoques du samedi, on est passé aux termites qui se prennent pour des touristes et bonhommes à la drôle de « face ». Pour parfaire le tout, la présence dans le public de locuteurs anglophones de naissance pour nous donner leur avis. C’était génial ! 🙂 Les Maraudeurs sont dans ma PAL depuis quelques mois : faut que je lise ce polar du Bayou…
En tout cas, un franc succès pour les joutes !

Avec « L’Amérique des humbles », j’ai vu pour la première fois Alice McDermott dont je veux lire depuis des siècles Someone (éd. de la Table Ronde, traduit par Cécile Arnaud)

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Alice McDermott explique pourquoi elle a situé Someone dans les années 30.

Bon, ce débat a souffert d’un problème d’animation. Ca ronronnait bien trop gentiment à mon goût. L’animatrice qui lisait ses notes, d’un ton monocorde : j’ai failli faire une sieste et j’ai lâché prise à un moment donné. Heureusement, l’accent singulier et les propos  de Willy Vlautin m’ont fait sortir de ma torpeur !

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Willy Vlautin, écrivain du Nevada, auteur-compositeur et chanteur du groupe de folk-rock Richmond Fontaine

Ses deux précédents romans Motel Life et Plein nord ont été adaptés au cinéma. Son modèle c’est Steinbeck. Son dernier roman, Ballade pour Leroy (éd. Albin Michel, traduit par Hélène Fournier). Ses multiples cordes artistiques m’intriguent. Et j’adore Steinbeck. Et hop in my wish list.

L’autre inconnu découvert fut David Joy, Caroline du Nord, dans les Appalaches.

(Je me suis divertie en voyageant à travers les origines de chacun des protagonistes du débat 🙂 ) Finalement, ce débat aurait presque pu s’intituler « L’Amérique profonde » mais il y avait Alice McDermott…

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David Joy, auteur Là où les lumières se perdent (éd. Sonatine, traduit par Fabrice Pointeau)

« Identités américaines » a été mon débat suivant, mais j’ai quitté la salle avant la fin parce que je m’ennuyais sec (décidément !) et sans doute aussi que j’avais besoin de voir la lumière du jour…
Je reproche à ce débat l’absence d’un écrivain afro-américain, amérindien  etc, pour justement parler des « identités ».

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Jane Smiley, auteur de Nos premiers jours (éd. Rivages, traduit par Carine Chichereau)

J’ai couru à l’hôtel de ville retrouver le café des libraires avec  Colum McCann  sur le thème « Soif de justice » (j’ai pas trop compris le titre par rapport aux discussions : en fait il s’agit plus aux auteurs invités de présenter leur dernier ouvrage, donc c’est parfois un peu tiré par les cheveux par rapport au thème annoncé).

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Colum McCann est revenu sur l’agression dont il a été victime alors qu’il écrivait la novella éponyme du recueil Treize façons de voir. Mais au-delà de ça, on peut remercier son sens de l’humour sur ce plateau d’Américains super sérieux (il y avait aussi Sergio de la Pava – connais pas – et Smith Henderson – que j’aimerais bien lire). Il est revenu sur l’anecdote du matin que ceux qui ont assisté au débat sur « L’art de la nouvelle » ont pu comprendre. 🙂 De « soif de justice », on est passé à tout autre chose l’espace d’un instant, qui avait à voir avec une histoire de mariage… De l’humour irlandais. 🙂 Ouf !

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Smith Henderson, auteur de Yaak Valley, Montana (éd. Belfond, traduit par Nathalie Peronny

Dimanche, j’ai revu mon programme. Je ne voulais pas du tout assister à un truc sur la commémoration du 11-Septembre, ou quelque chose qui y ressemble parce que c’est déprimant, d’autant plus au regard de notre actualité. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et avec mon expérience de la veille, je me suis dit qu’un débat avec McCann ne pouvait qu’être autre chose qu’un truc tout formaté au ras des pâquerettes. Je suis donc allée à « 11-Septembre, quinze ans déjà » (le titre me gonflait d’avance !).

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« 11-septembre, 15 ans déjà » avec de gauche à droite : Molly Prentiss, Eddie Joyce, Colum McCann, Ben Lerner

Molly Prentiss était réticente à participer à ce genre de thématique car elle n’avait que 16 ans au moment des faits.
Colum McCann a expliqué qu’il avait de plus en plus de mal à parler du 11-Septembre, parce que depuis, il y a eu la guerre en Irak et tout ce qui a découlé de cette intervention américaine sous la houlette de Bush Jr. Il n’y a qu’à regarder les élections présidentielles américaines actuelles pour avoir des frissons… Le beau père de McCann était dans l’une des tours, il en a réchappé de justesse. La première chose qu’il a fait en rentrant c’est de retirer ses vêtements, de les mettre dans un sac poubelle et de les jeter. Il a conservé ses chaussures couvertes de poussière dans une boîte qu’il n’a plus jamais ouverte. Colum en a fait donation au musée du 11-Septembre de New York mais avoué qu’il n’ira jamais dans ce musée. J’admire son recul, la hauteur qu’il prend pour analyser les événements. Au-delà du traumatisme post-attentat, quel qu’il soit. (McCann Président de la France ! 🙂 )
A côté de lui, Eddie Joyce, un autre écrivain américain d’origine irlandaise, auteur de Les petites consolations (éd. Rivages, traduit par Madeleine Nasalik), qui raconte l’histoire d’un deuil lié au 11-septembre rejoint le point de vue de McCann. Il y a l’Amérique profonde qui est terrorisée par les attentats actuels et prête au pire. Il a grandi à Staten Island le New York des immigrés que certains ne considèrent pas comme New York…

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Eddie Joyce et Colum McCann, deux humanistes

J’ai achevé mon festival avec le dernier café des libraires : « Désert » avec, entre autres, Kevin Powers, ancien G.I. de la guerre en Irak, auteur du fameux Yellow Birds que je dois lire depuis encore des siècles !

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Kevin Powers

J’ai ma dose de rencontres littéraires pour un moment.
J’ai discuté le bout de gras (littéraire) avec des connu(e)s et inconnu(e)s, croisé Alain Mabankou sans ses lunettes, je suis repartie avec deux dédicaces (de Colum McCann devant qui je me suis plantée en disant : « Bonjour, je sais que vous comprenez le français ! », – faut bien trouver un truc à la con quand on est impressionné pour arriver à se dépasser soi-même… 🙂 – et de James Ellroy).

Je suis repartie avec une petite PAL de 4 livres :
Perfidia de James Ellroy
Etre un homme 75 auteurs réunis par Colum McCann
Dernière nuit à Montréal d’Emily St. John Mandel
Terreur apache de W. R. Burnett

Côté découverte, ce fut riche : Eddie Joyce, Smith Henderson, Willy Vlautin, David Joy, Ken Liu et il paraît qu’il faut que je lise Megan Abbott parce que c’est méga-bien.
C’est juste le big bang dans ma tête de lectrice !!

Un beau voyage littéraire outre-Atlantique le temps d’un week-end, sous des températures caniculaires ou presque. Maintenant il va falloir attendre deux ans.

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Un festival sous l’oeil de Big Jim (photo de Jean-Luc Bertini)

 

Je teste ici la publication de chronique en différé.

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Un coupable presque parfait – Robin Stevens

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Traduit par Faustina Fiore

Daisy Wells et Hazel Wong sont deux élèves du pensionnat de Deepdean, en Angleterre. Nous sommes en 1934 et le récit est fait par Hazel, secrétaire du club de détectives créé par Daisy. Nous tenons dans nos mains le compte rendu du meurtre de Miss Bell, d’après l’enquête menée par ces deux gamines de 13 ans.

A Deepdean, il y a des profs qui donnent des cours, certes. Mais aussi des intrigues amoureuses et autres rivalités professionnelles entre eux. Tout cela fait jaser Daisy et les membres du club des détectives, surtout quand Miss Bell, la prof de sciences est retrouvée morte par Hazel. Puis le cadavre disparaît et Miss Griffin, la directrice du pensionnat fait taire les rumeurs en annonçant tout autre chose. Daisy et Hazel s’interrogent et dressent la liste des suspects, à savoir tous les autres profs, dont la plupart convoitaient le poste de directrice adjointe ou était amoureuse de l' »Unique », alias Mr Reid, professeur de musique, mais surtout le seul professeur mâle dans cet univers de femmes. Cela dit le meurtre est peut-être aussi lié à une relation homosexuelle secrète…

L’imagination de l’intrépide Daisy est sans bornes ! Un personnage que nous découvrons par les yeux de Hazel qui raconte au fur et à mesure le déroulement des événements dans le compte rendu de l’enquête. Deux fillettes aussi différentes l’une que l’autre : Daisy est l’Anglaise blonde typique, exactement comme l’imaginait Hazel dans son lointain Hong Kong :
« Quand on regarde Daisy, on croit comprendre tout de suite quelle fille c’est. Une de ces Anglaises pur jus, mince, avec des yeux bleus et des cheveux blonds. De ces filles qui peuvent galoper sous la pluie à travers des stades boueux avec une crosse de hockey à la main, puis s’asseoir pour engloutir dix brioches avec leur thé.
(…) je me suis retrouvée face à mon idéal : mon amie aux cheveux dorés avait pris vie devant moi. Une fille qui était un pur produit de l’Angleterre de mes livres et de mes tableaux ».

L’amie idéale qui au fur et à mesure se dévoile bien imparfaite. Un personnage orgueilleux, qui, parce qu’elle a créé le club des détectives se croit à peu près tout permis, jusqu’à refuser d’avoir tort. Jusqu’à mettre les autres en danger. Jusqu’au bizutage qui ne lui pose pas non plus de problème.
Hazel est beaucoup plus calme et posée. Loin de chercher à devenir la star du pensionnat, elle finit par arriver à faire descendre Daisy de son perchoir sous les étoiles pour la faire redescendre sur terre et découvrir le coupable.
Un couple d’enquêtrice improbable qui n’est pas sans rappeler Sherlock & Watson ! Watson, c’est ainsi que Daisy surnomme Hazel.
Une enquête à la Agatha Christie aussi avec des personnages qui disparaissent, des cadavres qu’on retrouvent, une scène du crime restreinte : un pensionnat anglais des années 30 !

Robin Stevens, Américaine vivant depuis son tout jeune âge en Angleterre, reprend ici la tactique narrative  de deux auteurs de romans à énigmes majeurs pour la littérature britannique. Pour notre plus grand plaisir. Un suspense qui tient bien en haleine, le fantôme d’une ancienne pensionnaire morte qui plane, un assassin qui rôde dans le pensionnat, parmi les élèves pendant que les disparitions s’enchaînent… Un dénouement inattendu. Tout est réuni pour vous faire passer un bon moment.

Un livre dont on apprécie également la présentation soignée, avec le plan du pensionnat, une présentation des personnages, un lexique en fin d’ouvrage pour expliquer certains termes employés par Daisy, une police de caractère « années 30 » pour illustrer les différentes parties de l’histoire.

Il y aura une suite aux aventures du club Wells & Wong, un club de détectives qui saura sans doute rendre accrocs les jeunes lecteurs français.

Merci à Flammarion Jeunesse pour cette belle découverte !

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Festival America 2016

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Si vous avez le blues en cette rentrée, il y a un remède : le 8e Festival America, qui se déroule à Vincennes du 8 au 11 septembre.
Je n’ai pas le blues mais c’est un rendez-vous noté dans mes tablettes depuis des mois : je savais que Colum McCann était l’un des invités phares mais quand j’ai appris il y a quelques jours qu’il y avait AUSSI James Ellroy (oui, le James Ellroy du Dalhia Noir !!), je me suis dit qu’il fallait être dingue pour rester gentiment dans ses chaussons à la maison le week-end prochain, alors qu’il y a des mythes littéraires encore vivants à quelques kilomètres  – même si de toute façon, en ce qui me concerne, je n’avais aucunement l’intention de rester dans mes chaussons le week-end prochain… 🙂 🙂

Donc voilà, vous êtes prévenus : il y a Colum McCann ET James Ellroy.

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Mais pas que. Evidemment. Le problème avec Festival America c’est qu’il faut arriver à faire des choix parmi les trucs trop bien. Parce que 50 écrivains américains, ça fait quand même sacrément du monde. Et comme dirait judicieusement un mini-monstre que je connais : « je ne peux pas être à deux endroits à la fois » 🙂 .
J’ai bricolé un emploi du temps sur deux jours (samedi et dimanche). Je n’irai pas aux débats où je ne connais aucun nom, ça na pas de sens. Ca permet aussi de faire un tri.

Outre Colum McCann et James Ellroy, il y aura  Alice McDermott, Virginia Reeves, Jane Smiley, Emily St John Mandel, Tom Cooper, Joseph Boyden et sans doute Kevin Powers dans mon programme.

Il y aura aussi au moins une  joute de traduction  : on oublie toujours les traducteurs, sans qui pas grand chose ne serait possible…
Si cela vous tente de savourer la complexité du passage d’une langue à l’autre et de comprendre les choix des traducteurs, il y a une joute samedi de 13h à 14h30 espace Sorano et une autre dimanche de 14h30 à 16h au même endroit. En présence d’écrivains invités.

traducteursAlors, vous faites quoi le week-end prochain ?

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Suis-moi Sophia ! – Fleur Hitchcock

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Traduit par Catherine Guillet

Lottie s’ennuie chez ses parents, des scientifiques qu’elle estime « pas normaux », comme tous les scientifiques, assure-t-elle ! 🙂 Le genre de personnes à tomber en extase devant un tas de compost, à manger des choses bizarres, sapés comme des mendiants, et à partir chasser les phasmes en guise de vacances, pendant que leur maison tombe en ruines. Lottie n’a comme distraction que les romans qu’elle dévore, pour fuir l’univers dans lequel elle vit. Jusqu’au jour où elle part en centre de vacances en compagnie de Sophia, une ado de son âge sur laquelle elle est censée veiller. Sophia semble son exact opposé : menue, soignée et aussi belle qu’une princesse indienne. Les deux gamines se lient d’amitié et Sophia cultive le mystère d’une vie compliquée qui subjugue Lottie : un beau-père gangster aux quatre cents coups, une mère chanteuse d’opéra qu’elle n’a pas vu depuis cinq ans. Un vrai roman pour ado en mal de sensations. Quand Sophia décide de s’enfuir du camp de vacances pour retrouver sa mère, Lottie lui emboîte le pas. L’occasion de devenir une héroïne ! Seulement, entre un roman d’aventures où le héros gagne à tous les coups et la réalité, il y a une marge…
On s’attache rapidement à ces deux gamines à l’imagination débordante. Fleur Hitchcock sème des indices dans son texte qui ancre le doute dans ce que raconte Sophia, mais sans trop insister non plus : on oublie donc pour un temps les pirouettes de la jeune fille, on se dit, comme Lottie,  qu’on a mal compris…
De son côté, Lottie confronte chaque situation difficile dans laquelle elles se trouvent à un roman qu’elle a lu. On ne sait jamais, ça peut servir quand on se rêve en héroïne ! On trouve pelle mêle Le mystère du pied tranché, Le mystère de la phalène morte, L’homme aux pistolets d’argent, Dernier combat au paradis, Mort subite sous le bois mort !(LOL )…  Peu importe si ces romans existent vraiment ou pas : Lottie est rat de bibliothèque impressionnant.
Un coup de coeur aussi pour le personnage de la vieille voisine décédée, qui a eu trois maris (fichtre !) et « a traversé l’Ecosse à pied, seule, sous des vents qui soufflaient en rafales et avec comme seul guide une carte d’aviation ». A sa retraite « elle faisait pousser ses propres légumes et lisait ses romans policiers à la loupe ». ♥  Un modèle parfait pour Lottie !
On se laisse entraîner. Jusqu’au moment où les deux gamines frôlent la mort…

Beaucoup d’humour dans cette aventure qui pourrait aussi s’intituler Comment voyager avec des escargots (nommés Pinky et Perky). Les seuls escargots de Bourgogne au monde ayant connu le luxe de passer une nuit à l’hôtel ! 🙂 Lottie décrit ce qu’elle vit avec ironie : « J’ai beau m’appliquer, je ne suis vraiment pas douée pour la navigation. La balise jaune se révèle être beaucoup plus loin que je ne le pensais et, en quelques minutes, non seulement je transpire, mais des grains de sable coincés dans ma combinaison irritent mes aisselles. Qui plus est, ce satané casque a glissé vers l’avant, où il m’empêche d’y voir d’un oeil. Mon champ de vision se limite désormais plus ou moins à l’avant de notre kayak. Nous essuyons une averse, après laquelle le soleil réapparaît, réchauffant l’eau qui s’est infiltrée dans ma combinaison. Si on aime barboter dans son pipi, c’est bien. Dans le cas contraire, je recommande d’éviter le kayak. »
Un roman qui aborde les thèmes de l’amitié, de la trahison, de la différence tout en dosant le savant suspense d’un roman à énigmes. Une belle part faite à l’aventure et à la littérature également.  J’ai beaucoup aimé !
Mon seul bémol va aux répliques de Lottie, directement au présent, que j’ai trouvé pas trop heureuses avec des verbes du 1er groupe en particulier sous forme interrogative  (mais ce n’est que mon avis )
– Oui, bonne idée… balbutié-je
– Ca n’a pas l’air, murmuré-je
– Des chansons préférées ? suggéré-je
Il y en a vraiment beaucoup sous cette forme. Je ne sais pas si c’est le fait qu’on le voit rarement dans un dialogue en français. D’habitude je crois qu’on met plutôt le passé composé. En tout cas, ça m’a fait une drôle d’impression.

Une bonne pioche pour mon premier roman de la rentrée littéraire.

Merci une fois encore à Flammarion Jeunesse !

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Rentrée littéraire automne 2016 : mes choix

Comme les années passées, voici mes choix pour la sacro-sainte rentrée littéraire. Choix encore non exhaustifs parce que c’est compliqué de s’y retrouver dans la masse énorme de bouquins qui sortent, d’autant plus que ce sont toujours les mêmes qu’on vous met sous le nez, forcément au détriment d’autres qui en valent sûrement la peine. Donc j’ai fouillé les catalogues d’éditeurs, surfé sur Amazon qui est bien pratique pour les annonces de sorties pas encore sur les catalogues (c’est même surprenant !)

Voici donc le résultat des « courses » :
Ce cher Dermot Bolger – dont la vidéo de présentation par lui-même de ce roman m’a encore plus donné envie de le lire ! Commencé dans les années 2000 si j’ai bien compris, avant l’effondrement du Tigre Celtique et terminé après celui-ci. J’espère bien qu’il sera de passage à Paris, même sans match de foot, pour nous en dire plus.  🙂 🙂

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Présentation éditeur : « Par amour pour sa femme Alice, soucieuse de changer de vie, Chris est prêt à tout, même à s’associer à son voisin Ronan, tantôt ami, tantôt rival, dans un projet immobilier dont il est loin de connaître toutes les subtilités. Mais les deux hommes ne s’attendaient pas à unir à ce point leurs destins en se lançant dans la construction d’une maison. Le drame survient lorsqu’ils découvrent dans le jardin de Chris le cadavre de Pavle, l’un des migrants qu’ils employaient illégalement. Ronan convainc Chris de jeter le corps dans un ravin. Ce geste macabre va ainsi cristalliser et exacerber les passions des protagonistes : pourquoi un tel acte s’ils n’ont rien à se reprocher ? Qui était réellement cet ouvrier dont on ne sait absolument rien ? « 

Cela fait bien longtemps que je n’ai pas lu Colm Toibin, ce sera l’occasion d’autant que c’est le genre de sujet que j’adore :

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Présentation éditeur : « Irlande, fin des années 1960. Nora, qui élève seule ses quatre enfants depuis la mort de son mari, tente de refaire sa vie sous l’oeil critique des habitants de la petite ville où elle vit depuis toujours. Opiniâtre et indocile, elle s’affranchit peu à peu des cancans et s’autorise de menues libertés : prendre des cours de chant, s’acheter une chaîne stéréo… La profondeur des émotions que soulève en elle la musique s’accorde au réveil de sa sensibilité et de sa personnalité. »
Le récit de la renaissance de Nora dans une société irlandaise en pleine mutation est magistralement servi par une prose musicale, délicate et nuancée »

 

Comment résister au dernier Edna O’Brien dont on a entendu parler par l’auteure herself lors de son passage à Paris l’automne dernier ?

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Présentation éditeur : « Dès qu’il franchit le seuil de l’unique pub ouvert dans ce trou perdu d’Irlande, l’étranger suscite la fascination. Vladimir Dragan est originaire du Monténégro. Il entend s’établir comme guérisseur. On lui trouve un logement, un cabinet médical, et sa première cliente, une des quatre nonnes du lieu, sort de sa séance totalement régénérée. Rien d’étonnant à ce que Fidelma, très belle et mariée à un homme bien plus âgé qu’elle, tombe sous le charme. L’idylle s’interrompt quand Dragan est arrêté. Recherché par toutes les polices, il a vécu à Cloonoila sous un faux nom. Inculpé pour génocide, nettoyage ethnique, massacres, tortures, il est emmené à La Haye, où il rendra compte de ses crimes. Le titre choisi par Edna O’Brien s’éclaire alors, ainsi que l’introduction rappelant que 11 541 petites chaises rouges avaient été installées à Sarajevo en 2012 pour commémorer la mémoire des victimes du siège. (…) »

Je n’ai jamais rien lu d’Emma Cline, mais cela fait un moment que je vois ce livre tourner sur les réseaux sociaux. Intriguée je suis 🙂

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Présentation éditeur : « Le Nord de la Californie, à l’époque tourmentée de la fin des années 1960. Evie Boyd a quatorze ans, elle vit seule avec sa mère, que son père vient de quitter. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Mais les deux amies se disputent dès le début de l’été qui précède le départ en pension d’Evie. Un après-midi, elle aperçoit dans le parc où elle est venue traîner, un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Très vite, Evie tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell… »

On ne peut pas revenir de Suède et rater le roman d’Henning Mankell publié posthume en France

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Présentation éditeur : « Fedrik Welin, médecin à la retraite, vit reclus sur son île de la Baltique. Une nuit, une lumière aveuglante le tire du sommeil. Au matin, la maison héritée de ses grands-parents n’est plus qu’une ruine fumante. Réfugié dans la vieille caravane de son jardin, il s’interroge : à soixante-dix ans, seul, dépossédé de tout, a-t-il encore une raison de vivre ? Mais c’est compter sans les révélations de sa fille Louise et, surtout, sans l’apparition d’une femme, Lisa Modin, journaliste de la presse locale. Tandis que l’hiver prend possession de l’archipel, tout va basculer de façon insensible jusqu’à l’inimaginable dénouement. Après l’immense succès des Chaussures italiennes, auquel il fait suite, Les Bottes suédoises brosse le portrait en clair-obscur d’un homme tenaillé par le doute, le regret, la peur face à l’ombre grandissante de la mort – mais aussi la soif d’amour et le désir -, d’un être amené par les circonstances à revisiter son destin et à reprendre goût à la vie. Tel est l’ultime roman de Henning Mankell : une oeuvre d’une sobriété élégiaque et poignante, traversée et portée par la beauté crépusculaire des paysages. »

 Et quand on voyage en Suède, on entend obligatoirement parler de la Finlande. Alors un roman qui évoque une page de son histoire, c’est une aubaine et une découverte d’un écrivain inconnu à faire ! 🙂

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Présentation éditeur : « Jusqu’où aller pour survivre ?
1867. Une terrible famine dévaste la Finlande. Malgré l’hiver glacial, Marja n’a d’autre solution que de prendre la route avec ses deux jeunes enfants, abandonnant sa ferme et son mari, au seuil de la mort. Elle ira à Saint-Pétersbourg, dans l’espoir d’un sort meilleur. Et ils sont nombreux à se diriger vers le sud, cohortes de paysans errants désespérés mais résolus à survivre. Sur la route, elle rencontre Ruuni, un jeune garçon qui lui semble digne de confiance. Mais face à un tel dénuement pourra-t-il leur venir en aide ? En butte à la méfiance, l’égoïsme et la haine, une lutte de chaque instant s’engage où le vivant tourne au spectre et le climat extrême à l’angoisse pure. »

Je tente une première lecture de Jane Smiley. J’ai cru dans un premier temps que c’était une dystopie à cause d’une erreur de présentation éditeur sur le site de la FNAC et un classement en dystopie sur Babelio. Le catalogue de l’éditeur n’étant pas à jour, j’ai un peu galéré et je remercie Marie, la blogueuse qui m’a signalé l’erreur (en gros pour être sûr, il faut aller sur Electre !). Donc voilà. Mais ça ne change rien à mon envie de lire Nos premiers jours : une fresque familiale sur fond historique qui se déroule dans l’Iowa a tout pour me plaire a priori, moi qui adore voyager en livre (et en vrai aussi).
De plus, Jane Smiley sera à Festival America : l’occasion d’acheter le roman sur place, d’assister à un débat si ça rentre dans mes cases RDV. 🙂

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(sortie le 24 août)
Présentation éditeur :
« Walter Langdon rêve d’avoir sa ferme et d’obtenir son indépendance, loin du regard paternel. Avec sa femme Rosanna, il décide d’acheter une exploitation agricole dans l’Iowa. Sur cette terre, sa famille connaît les grands bouleversements historiques de la première moitié du XXe siècle, de 1920, à l’aube de la dépression, jusqu’en 1953. »

Je ne peux pas résister à Joyce Maynard, rencontrée à Festival America en 2014 et dont j’ai dévoré et adoré L’homme de la montagne et Les filles de l’ouragan. 🙂

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Présentation éditeur : « Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l’entoure, faisant d’étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d’Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d’amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents – et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l’ont vue grandir ? Emouvante histoire de reconstruction, Les règles d’usage évoque avec brio la perte d’un être cher, l’adolescence et la complexité des rapports familiaux. Un roman lumineux. »

A priori, la dystopie ne me réussit pas spécialement, mais je suis intriguée par ce roman américain qui même Shakespeare et ses pièces à un univers de fin du monde… Emily Saint John Mandel sera aussi à Festival America, raison de plus pour aller se rendre compte où elle veut nous embarquer avec cette fiction. :

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Présentation éditeur : « Dans un monde où la civilisation s est effondrée suite à une pandémie foudroyante, une troupe d acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Un répertoire qui en est venu à représenter l espoir et l humanité au milieu de la désolation. »

La littérature jeunesse n’est pas en reste :

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(sortie le 24 août)
Présentation éditeur : « Le dernier album en date de la grande Eva Lindström, une des auteures phare de la scène jeunesse suédoise.  Alors que ses camarades s’amusent entre eux, un petit garçon rentre seul chez lui. Pour se consoler, il se lance dans la préparation d’un gâteau, qui attire bientôt la gourmandise des autres enfants… Subtil, elliptique et poétique, un livre d’une grande finesse qui aborde les questions de l’amitié, de la solitude et de l’exclusion.  « 

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(sortie le 24 août)
Présentation éditeur :
« Lottie s’ennuie. Elle rêve d’une vie d’héroïne de roman. Lorsqu’elle rencontre Sophia dont l’existence est truffée de mystères, tout lui semble possible. Ensemble elles partent à la recherche de la mère de Sophia… »

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Présentation éditeur : « Angleterre, 1934. A l’école de filles Deepdean, deux élèves, Daisy Wells et Hazel Wong fondent leur agence secrète de détectives privés. Peu après, Hazel découvre le corps d’une prof dans le gymnase… »

Et puis, le deuxième tome des aventures d’Enael, écrites par Helen Falconer, sort le
5 octobre
et s’intitule La rivale. J’avais adoré les aventures fantasy faisant la part belle au folklore et à la mythologie irlandaises, j’attends donc avec une certaine impatience la suite… et des mini-monstres aussi ! 🙂

Irlande, Etats-Unis, Finlande, Suède, Grande-Bretagne : de quoi prolonger les vacances…
Bonne rentrée !

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Daisy Sisters – Henning Mankell

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Traduit par Agneta Ségol et Marianne Ségol-Samoy

Nous sommes en Suède. Elna et Vivi sont toutes les deux nées sous le signe du Verseau à quelques semaines d’écart, en 1924. Vivi habite le sud de la Suède, à Landskrona en Scanie ; Elna habite dans le nord du pays à Sandviken. Leur rencontre improbable est l’initiative de l’insitutrice d’Elna, arrivée un jour en classe en demandant si quelqu’un voulait un correspondant. Le début d’une longue histoire d’amitié et d’apprentissage de la vie pour ces deux gamines, qui rapidement sympathisent jusqu’à se rencontrer quelques années plus tard, en 1941, lors d’une virée en vélo à la frontière norvégienne. Premiers frissons en allant tutoyer la guerre alors que la Norvège est occupée par les nazis, contrairement à la Suède, pays demeuré neutre. S’amuser et trouver l’amour, c’est leur mot d’ordre. Pourtant, les choses vont mal tourner. Elna sera violée par un soldat garde-garde frontière dont on n’entendra plus jamais parler. La voici propulsée dans le monde des adultes sans ménagement. Enceinte, elle tentera d’avorter dans l’illégalité au péril de sa vie. Elle accouchera finalement d’une petite Eivor qui occupera la devant de scène dans ce roman.

1956. Eivor a un caractère bien trempé, elle n’a pas froid aux yeux. Le destin met sur sa route, ou plutôt dans la maison voisine de celle de sa mère et son beau-père, un jeune fuyard, un certain Lasse Nyman. Sous le charme Eivor, l’adolescente fugue de chez elle et taille la route avec cet individu qu’elle ne connaît pas. Le début d’une vie d’adulte, qu’elle voudrait différente de celle de sa mère. Pourtant la route de la vie va être semée d’embûches, Eivor déchirée entre ses désirs profonds d’indépendance et son grand coeur qui lui joue la comédie des erreurs indélébiles.

Daisy Sisters est le tout premier roman d’Henning Mankell, écrit en 1982 et traduit seulement en 2015 en France. Eh bien merci aux traductrices de nous donner enfin accès à cette magnifique fresque féminine suédoise !

On retrouve les thèmes qui seront chers à Mankell comme la mélancolie et la fatalité. L’écrivain scrute l’évolution de la société suédoise (des années 40 aux années 80), la montée du chômage et des licenciements, les ravages de l’amiante, la violence faites aux femmes dans une société machistes qui préfère les voir à la maison qu’à l’usine. Oui Mankell ne fait pas toujours dans le super gai, mais c’est le réalisme social qui lui importe.

En bonne fan des romans d’Henning Mankell c’est en sa compagnie que j’ai décidé de découvrir un petit bout de son immense pays. Un bon gros pavé de plus de 500 pages au format poche que j’ai englouti en me promenant en Suède. Malgré quelques imperfections (il y a parfois un peu de lourdeur répétitive dans les interrogations d’Eivor, par moments), je me suis vraiment régalée et été happée par l’histoire, riche en rebondissements et en émotions !

Quel bonheur et quel trouble aussi de poser ses valises pour une nuit à Börange au moment même où Eivor part y travailler !! S’approcher de la fenêtre de la chambre d’hôtel en se disant qu’on pourrait bien l’apercevoir !
Assez rigolo aussi de croiser de « Belles Américaines » sur les routes de Dalécarlie et de trouver une note en bas de page qui explique l’origine de cette passion suédoise !
Une passion suédoise pour ce qui vient des Etats-Unis que l’on retrouve d’ailleurs jusque dans le titre :
« Pourquoi les Daisy Sisters ? intervient Eivor. Vous ne me l’avez jamais expliqué.
Vivi jette un regard interrogateur à Elna.
– Tu sais quoi ?
– Non, pas vraiment. « Daisy » sans doute parce que ça faisait américain et que ça sonnait bien. »

Un roman qui est à la fois une saga familiale et une fresque sociale suédoise.

Un roman que je ne peux que vous conseillez, d’autant plus si vous prévoyez un road trip en Suède !

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Stsignée

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La drôle de vie de Zelda Zonk – Laurence Peyrin

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Hanna Reagan est irlandaise et vit avec son mari écrivain américain près de Cork, à Dearbly-Upon-Haven. Suite à un grave accident de voiture, elle est hospitalisée. Dans sa chambre, il y a une autre patiente, une vieille dame qui dit s’appeler Zelda Zonk. La mamie est malicieuse, pétillante et fort sympathique. Sortie de l’hôpital et très intriguée par cette vieille femme, Hanna trouve un prétexte pour la recontacter. Elle s’est mis dans la tête que Zelda Zonk est Marylin Monroe !! Elle se rapproche de son fils pour tenter de percer le secret. Sauf que Michael McCann (le fils) est trop beau, trop attirant, trop tout. Hanna commence à se monter des films et tout le tintouin. Et paf ! il l’invite à Paris (oui parce qu’il va souvent à Paris). Et paf, devinez ce qui arrive ? Ouais, non mais pas la première fois en fait, il faudra un autre rendez-vous, à Kinsale et puis un autre voyage à Paris pour Hanna devienne adultère, pendant que son mari, de son côté, est retourné aux Etats-Unis finir son polar pourri (et la trompe aussi : quelle originalité !). Et on perd l’histoire de Marylin déguisée Zelda Zonk pour s’embarquer dans du remplissage de pages sur les parties de jambes en l’air de Michael et Hanna. Et puis quoi ? Eh ben, quand elle lui dit qu’elle l’aime, il lui dit que c’est pas pour lui. La casa avec lui,  c’est niet !  L’oiseau reste sur sa branche et le nid, c’est pas pour lui. C’était juste une aventure comme ça, comme ils avaient convenu. Après Paris, c’est fini. Et même que normalement, Paris c’était sans lit… Donc Hanna se prend la tête, retourne avec son mari et ils déménagent aux USA. Et puis, paf, devinez quoi encore ? Ben Hanna est enceinte alors qu’elle pensait être stérile.  ! Oh, quelle surprise ! Enceinte, oui mais pas de son mari. De l’autre… OMG ! quel suspense pendant tout ce bouquin !!! Je vous ai tout « spoilé », sorry !

J’ai trouvé ce roman dans mon supermarket en édition de poche. Je n’ai jamais rien lu  de Laurence Peyrin. Quand j’ai vu qu’il se passait en Irlande, près de Cork, je me suis décidée à l’acheter. Eh bien grand grand mal m’en a pris !!!! Je ne savais pas qu’il s’agissait d’une romance. Je n’en lis pas, ça ne m’intéresse pas vraiment, mais je n’ai rien contre ce genre, à condition que ce soit un peu original, un tant soit peu surprenant, amusant et bien écrit. Que ça brise un peu les clichés.
Question clichés, j’ai eu ma dose : Hanna est couturière un jour (ou deux, je ne sais plus) par semaine dans une boutique de Cork. Elle est obligée de demander à son mari l’autorisation de travailler davantage (non mais allô, quoi !!). L’amant est un coeur d’artichaut mais pas Hanna. Dommage ! 🙂
Hanna habite dans un cottage irlandais : ouais, sauf qu’en vrai aujourd’hui les Irlandais en général, habitent comme vous et moi dans une maison souvent mitoyenne, et parfois en appartement. Et maintenant, de plus en plus en colocation (crise oblige). Les cottages c’est pour les touristes, dans les brochures des tour-operators, un terme marketing qui fait vendre… Mais bon, ce détail aurait pu passer s’il n’y avait que ça, vu que la maison est dans un village…
J’arrive p. 155 et je lis :
« De quelle couleur voudras-tu les cheveux de ta poupée ? Roux comme ceux d’une vraie Irlandaise ?
– Oui, roux !
– Dans ce cas, nous lui trouverons un prénom d’ici. Que dis-tu de… Seursheu ? Cela signifie « liberté » en gaélique. »
Toutes les Irlandaises qui ne sont pas rousses ne sont pas de vraies Irlandaises ??? Pourtant il y en a un paquet de gens pas roux en Irlande…
Mais ce n’est rien à côté du massacre du joli prénom Saoirse, qui signifie bien « liberté » mais se prononce « circha » (j’en sais quelque chose…).
Et rebelotte p. 162 :
« La poupée Seursheu.
« Regarde, dit-elle, voici comme ça s’écrit. Seur-sheu. »
Elle prit un papier et un crayon et écrivit, en grosses lettres : « Saoirse ». Patti n’en revenait pas. »
Moi non plus je n’en reviens pas !!! Pauvre poupée rousse, ça fait beaucoup pour un jouet !

Je passe sur l’allusion aux huîtres que soi-disant on mange davantage à Cork qu’à Paris…

Pour conclure quelques extraits :
« Sous ce porche germanopratin aussi cliché qu’une fontaine, il lui avait rendu son baiser, caressant sa langue, tenant sa nuque. Ils s’étaient arrêtés comme ça deux ou trois fois, au gré des portes cochères, à se bousculer contre les murs, à se coller l’un contre l’autre, se prenant la tête à pleines mains, se mordant la bouche. »

« Alors que ce soir, elle atterrissait en Irlande, non loin de sa maison, elle se souvenait qu’à Paris Michael avait embrassé sa main. Et, la gratifiant d’un dernier sourire, une lueur dansant dans ses beaux yeux gris-vert, il était resté dans le taxi, repartant très vite, la laissant là sur le trottoir, le coeur fou. »

« Hanna accorda une attention particulière à sa tenue. Elle avait sorti de sa valise une robe en coton toute simple, droite, sans manches, dont l’imprimé à petites fleurs violettes servait de toile de fond à la danse de ses cheveux châtains lâchés sur ses épaules nues.
Jeffrey adorait la voir dans cette robe. A cette pensée, elle se mordit les lèvres. »
(C’est une vraie maladie dans ce livre de se mordre les lèvres ! 🙂 )

« Derrière ses lunettes de soleil, elle fixa la cuisse droite de Michael, hypnotisée par le mouvement des muscles sous le jean chaque fois qu’il changeait de vitesse. »

Et la meilleure de toutes : « Il était beau à faire mal. »
(oh, Michael, t’exagères !!! 🙂 )
« Ses cheveux étaient humides de pluie, son col de chemise était déboutonné sous son manteau où perlaient de petites gouttes. »

Et pour conclure, la quatrième de couverture : « Notons la plume alerte et rafraîchissante de Laurence Peyrin, qui fait preuve d’un talent d’écrire rare. Une véritable gourmandise. Metronews
Cet ouvrage a reçu le Prix Maison de la Presse »

Le clavier s’est coincé, je ne peux pas continuer à dire ce que j’en pense… 🙂 🙂

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Le 14e poisson rouge – Jennifer L. Holm

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Traduit par Marie Hermet

A San Francisco, une maîtresse de l’école maternelle offre à ses élèves un poisson rouge chacun en expliquant aux parents qu’il aidera leur enfant à comprendre le cycle de la vie. Ellie emporte son poisson chez elle et le prénomme Bubulle. Les années passent. Les poissons rouges de ses amis sont tous morts depuis longtemps mais Bubulle est toujours là. Jusqu’au jour où Ellie la trouve le ventre en l’air, à la fin de sa classe de CM2. Bubulle aura vécu 7 ans. C’est du moins ce que croit Ellie avant que sa mère lui révèle la vérité : elle a remplacé toutes les Bubulle par d’autres Bubulle identiques pendant tout ce temps !
Le début des surprises pour la jeune Ellie. En effet, un drôle d’ado, à peine plus âgé qu’elle va s’immiscer dans sa vie. Pourtant, cet ado, elle le connaît parfaitement puisque c’est… son grand-père !
Au fil de l’histoire, on apprend que Melvin (c’est le nom du grand-père) est un savant un peu fou, mais assez brillant pour avoir découvert « une méthode pour inverser le processus de sénescence par régénération cellulaire ».
Le début des grandes découvertes pour Ellie et des galères pour Melvin. Le problème pour ce vieil ado c’est qu’il a beau avoir le corps d’un gamin de 13 ans, il a gardé l’esprit d’un vieux monsieur. Se couler dans le moule de l’ado contemporain n’est pas tout à fait une mince affaire. Mais il va pouvoir compter sur sa petite-fille pour l’aider à affronter le collège et à retrouver ce qu’il reste de la Turritopsis melvinus, une sous-espèce de méduse qui lui a permis d’« isoler la molécule capable d’enrayer le processus de sénescence ».

Un roman à la fois très sérieux par son contenu scientifique et très drôle par le comique de situation provoqué par le décalage de ce vieux monsieur assez obtu dans un corps d’ado. Jennifer L. Holm arrive à capter l’attention du jeune lecteur en alliant les deux. L’écrivain ne cache pas que son but est de susciter sa curiosité scientifique. Elle lui donne d’ailleurs quelques conseils en fin d’ouvrage et l’encourage :
« Toi aussi, tu peux devenir un ou une scientifique. Observe le monde qui t’entoure. Pose des questions. Parle avec tes professeurs. N’abandonne jamais.
Sois inspiré(e) par les scientifiques qui t’ont précédé(e) et laisse-toi aller à la passion de la découverte.
Et surtout, crois au possible. »

Une initiation originale aux découvertes faites par Marie Curie, Louis Pasteur, Galilée, Isaac Newton, Robert Oppenheimer et Jonak Salk, à travers les aventures fantasques d’Ellie et Melvin.

Un détail m’a aussi fait sourire par son côté « américain » concernant l’exemple sur la pasteurisation : « Louis Pasteur a découvert une manière de tuer les bactéries qui se développaient dans les éléments liquides : la pasteurisation. Il suffit de chauffer à très haute température. A l’époque, c’était pratiquement un miracle ! Et c’est grâce à ce miracle qu’aujourd’hui, nous pouvons boire du lait et manger du fromage sans risque pour la santé. » Mais moi, je suis une warrior comme beaucoup de mes compatriotes français : je mange et j’aime le fromage au lait cru, et ça ne m’a pas (encore) tuée, hé, hé ! 🙂
Et puis, quand j’étais enfant, j’ai eu un poisson rouge qui a duré très très très longtemps et je suis sûre que mes parents ne le remplaçaient pas par un poisson identique car, à force de sauter par dessus son aquarium – oui, il avait une tendance suicidaire en mode kangourou 🙂 -, il avait une marque de « fabrique » : il lui manquait des écailles. Il a dû mourir à l’âge de 6 ou 7 ans, si ce n’est plus. Finalement, ce devait être le 14e poisson rouge, Melvin Sagarsky, allez savoir !
Un roman bien sympathique et instructif, idéal pour s’instruire en allant buller à la plage cet été. Vous serez comme des poissons dans l’eau !

Pour en savoir plus, on peut visiter le site de Jennifer L. Holm : jenniferholm.com ou la suivre sur Twitter : @jenniferholm.com

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L’amie prodigieuse – Elena Ferrante

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Traduit par Elsa Damien

Le roman commence in medias res : un appel inquiet sur la disparition d’une femme d’une soixantaine d’années. La narratrice est coutumière des frasques de Raffaella Cerullo, qu’elle connaît depuis trois décennies : c’est sa meilleure amie. Pleine de colère vis-à-vis de celle qu’elle a toujours appelé Lila, elle dégaine son ordinateur et commence à écrire leur histoire.

Nous sommes plongés dans le quotidien de deux gamines d’un quartier populaire de Naples dans les années 50. Lenuccia Greco, dite « Lenu » devient l’amie de Rafaella Cerullo, appelée par tout le monde Lina mais qui restera à tout jamais « Lila » pour Lenu…
Lenu est fascinée par Lila, bien que celle-ci soit quelqu’un de très méchant (!). Mais elles se complètent toutes les deux comme le ying et le yang. Lenu est blonde, belle, plutôt spontanée, naïve et studieuse. Lila est brune, maigre, laide, calculatrice et surdouée. Le père de Lenu est portier à la mairie de Naples, celui de Lila est cordonnier.
Lila est obligée d’arrêter l’école pour aider son père à la cordonnerie. Lenu aura la chance de poursuivre ses études jusqu’au grand lycée, grâce à l’insistance de ses enseignants qui devinent en elle quelqu’un de brillant.
Elles rêvent d’avoir de l’argent, de devenir riches comme l’a fait l’auteur des Quatre filles du docteur March, le roman chéri qu’elles ont lu et relu toutes les deux jusqu’à ce qu’il devienne un torchon. L’idée était « qu’en travaillant beaucoup (elles) écrir(aient) des livres et ces livres [les] rendraient riches ».
La manière de devenir riche va évoluer au fil du roman où le lecteur suit la vie de ces deux gamines adolescentes dans la société italienne de l’après guerre : une société menée par les hommes, où l’argent sale et la violence sont le quotidien. Violence de la rue ou violence familiale. En effet, ça hurle dans les « chaumières » de ce quartier populaire de Naples où les objets passent par la fenêtre assez facilement. La violence des règlements de compte que l’on devine mafieux même si ce n’est pas dit clairement. L’argent sale de cette même mafia ou du fascisme qui a permis à certains d’ouvrir leur commerce et de le faire prospérer…
Un roman d’apprentissage plutôt violent aussi dans la rivalité entre Lila et Lenu. Elles sont amies mais tout de même d’une drôle de manière. Coups bas et petits règlements de compte entre amies sont leur manière de garder le lien (ça m’a laissée perplexe!). Mais aussi inséparables que des soeurs jumelles. Elles se crêpent le chignon à leur façon, sans effusion de sang mais de manière à en laisser des traces….
L’une deviendra une femme entretenue et qui fera l’objet de sarcasmes sur le pourquoi du comment elle parvient à s’attacher un homme qui lui voue une dévotion aveugle et un peu débile.

« Je me rendis compte que la richesse dont nous rêvions enfants était encore en train de se métamorphoser. Les coffres remplis de pièces d’or qu’une procession de serviteurs viendrait déposer dans notre château quand nous aurions publié un livre comme
Les Quatre Filles du docteur March – richesse et célébrité – s’étaient définitivement évaporés. Restait peut-être l’argent comme ciment capable de consolider notre existence et celle des personnes qui nous étaient chères(…) » observe Lenu.

Je n’ai pas eu de sympathie pour le personnage de Lila, son côté calculateur et son génie pendant que sa copine trime comme une malheureuse pour ses études (même si elle réussit à merveille), en devient grosse et boutonneuse pendant que l’autre devient belle et attirante, apprend grec et latin sans être allée au lycée : la vie est injuste !!  🙂  Mais le début du roman fait comprendre qu’il y a une récompense…

Je me suis laissée emporter par ce roman qu’on voit partout et partout et encore partout ! Elena Ferrante (dont on ignore tout et qui reste volontairement un mystère) brosse avec justesse le tableau de la société napolitaine des années cinquante. Derrière le bleu de la mer, il y a la violence. Derrière le boom économique, il y a l’argent sale.
Je reproche juste une certaine longueur sur la fin, avec l’épisode de la préparation du mariage.
Un roman un peu singulier sur l’amitié également, hors des sentiers battus.
J’ai tout de même moins aimé la plume d’Elena Ferrante que celle de Niccolò Ammaniti et d’Andrea Molesini, sans doute parce qu’il n’y a pas d’humour.Je lirai sans doute la suite (Le nouveau nom) quand il sera publié en poche.

Cela ne m’étonnerait qu’à moitié que ce premier volume ne soit pas transformé en film…

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Les suprêmes – Edward Kelsey Moore

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Traduit par Cloé Tralci
avec la collaboration d’Emmanuelle et de Philippe Aronson

Odette, Clarice et Barbara Jean sont des Afro-américaines cinquantenaires et se sont connues dans les années 60, dans la petite ville de l’Indiana qu’elles ont toujours habité. Elles ont été surnommées « Les suprêmes » par le propriétaire du restaurant où elles avaient l’habitude de se retrouver, Big Earl.
Le récit commence à la première personne du singulier et nous apprend la mort de Big Earl, justement. On comprend que c’est Odette qui s’exprime, en nage dans sa chemise de nuit. Elle pense que ses suées nocturnes sont dues à la ménopause. Sa mère, qui lui annonce la mauvaise nouvelle, a la particularité de voir des fantômes. Puis on apprend qu’en fait, ce n’est pas vraiment sa mère ou plutôt si, mais son fantôme. Vous suivez ?
Deuxième chapitre : c’est toujours Odette qui cause et on apprend qu’elle est née dans un sycomore…. Vous suivez toujours ? (parce que moi, je commençais à trouver ça un peu lourd, tous ces trucs extraordinaires…).
Troisième chapitre : ce n’est plus Odette qui s’exprime, mais un narrateur extérieur.
On apprend que Barbara Jean est portée sur la bouteille et que Clarice endure l’infidélité de son mari. Je vous le fais court parce qu’en vérité le récit est très fragmenté et s’attarde sur tout un tas de détails et surtout on passe son temps à faire des aller-retour dans le passé et le présent.
Je me suis accrochée pendant 200 pages. J’ai cru que j’allais capituler –  mais je ne suis pas quelqu’un qui capitule facilement. Et miracle, à cette moitié du roman le récit a commencé à vraiment capter mon attention avec l’assassinat de Martin Luther King et les révélations qui se font jour sur le passé des personnages. Un zeste de racisme, un couple mixte qui renonce de peur d’être harcelé et de devoir s’exiler dans un autre Etat que l’Indiana. Un cancer qui ronge Odette, une tentative pour le soigner (ou du moins atténuer la douleur) avec de la marijruana.
Je pensais que cela allait devenir intéressant…
Bah non ! Il a fallu que ça retombe comme un soufflet. Parce qu’il y a trop de bavardages, de détails de pistes ouvertes et pas forcément suivies. Les détails à outrance ne me gênent pas d’habitude. Sauf qu’ici, entre changement de narrateur sans trop prévenir et changement d’époque sans prévenir non plus, avec les détails en plus, on finit par s’y perdre !!

Je pensais trouver un roman de la trempe de La couleur des sentiments, avec le même genre d’humour et surtout un contexte sociétal bien ancré. Mais ici le roman est d’avantage centré sur la vie conjugale des trois amies. L’évocation du racisme est juste frôlé et les conséquences sur le devenir de ces femmes pas suffisamment appuyé à mon goût.

Il y a tout de même un humour certain, c’est sans doute ce qui fait qu’on termine ce roman de 400 pages dont j’avais beaucoup entendu parler de manière dithyrambique.
L’histoire d’une amitié indéfectible certes, mais j’ai eu du mal à m’attacher à ces trois « suprêmes », même si j’ai quand même un petit faible pour le personnage d’Odette, née dans un sycomore, qui voit des fantômes et se tape un cancer pour couronner le tout. 🙂

Mais ce roman reste pour moi une vraie déception. Edward Kelsey Moore n’a pas su me faire décoller de mon siège vers de nouveaux horizons. 🙂
Je continue quand même mon road trip, débuté l’an dernier, à travers les USA.
En prévision de Festival America en septembre, d’ailleurs, où j’espère découvrir des auteurs sympathiques ! J’en recause bientôt…

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