Phalène fantôme – Michèle Forbes

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Traduit par Anouk Neuhoff

Katherine Bedford vit à Belfast avec son mari et ses quatre enfants en 1969. Une famille unie, comme les autres. George est ingénieur et pompier volontaire. Katherine est mère au foyer. Un jour, elle manque se noyer, paniquée par un phoque qui semble l’avoir attaquée. Elle est sauvée in extremis par George (qui ne sait pas nager !). La vie aurait pu reprendre normalement mais cet incident va engendrer un tsunami dans la vie de Katherine, ranimant des souvenirs vieux de vingt ans,  agitant le long fleuve de sa vie en apparence tranquille. Au même moment, les premiers troubles communautaires se font sentir à Belfast, les brimades contre les « taigs », se multiplient, en particulier dans le quartier à majorité protestante où vie la famille Bedford, qui est catholique. C’est la fin des jours heureux.

Le récit alterne entre deux époques : 1969 et 1949. Michèle Forbes multiplie les analepses pour révéler au lecteur le secret de Katherine, ce qui va la plonger dans un désarroi. Ainsi, nous découvrons qu’en 1949 Katherine était commis aux comptes à la banque d’Ulster et chanteuse lyrique amateur. C’est en montant le spectacle de Carmen (tout un symbole !) qu’elle s’amourache de son costumier, Tom, alors qu’elle vient de se fiancer à George. Deux hommes qui sont l’exact opposé : Tom amoureux fougueux ; George amoureux transi, un petit « pépère » bien sous tous rapports. 🙂  On découvre aussi, avec pas mal d’horreur, qu’il s’est aussi passé quelque chose d’effroyable à cette époque, dont Katherine semble être en partie responsable. La figure lisse de la femme au foyer se brise doucement, tout au fil du récit car un jour, Katherine a dû faire un choix, qui semblait celui de la raison mais qui a engendré un drame…

Phalène Fantôme est le premier roman de Michèle Forbes, qui est elle-même actrice de théâtre, de cinéma et de télévision (elle a joué dans le poignant Omagh dont je vous recommande le visionnage, un jour où vous avez le moral, mais qui résonne comme un écho dans notre actualité si troublée !).
J’ai été impressionnée par sa maîtrise d’écriture:  très cinématographique d’ailleurs où elle décrit chaque geste, chaque frisson ou mimique, mais aussi très empreinte de poésie, avec une touche presque fantastique par instants. L’histoire se lit bien, on ne s’ennuie pas, on va plutôt de surprise en surprise, de stupéfaction en stupéfaction.

On grince des dents aussi. Tout d’abord sur les brimades grandissantes infligées aux catholiques. Mais, en ce qui me concerne, les deux personnages principaux, Katherine et George m’ont pas mal agacée eux aussi. J’ai trouvé George un peu too much dans le rôle du parfait mari aimant après tout ce que lui a fait Katherine. Il est trop parfait à mon goût pour être totalement crédible. Même s’il cache quelque chose de terrible lui aussi (mais finalement le récit ne s’attarde pas sur ce qu’il a fait), il est brave dans tous les sens du terme (d’ailleurs, il est pompier ! 🙂 ). Katherine cumule un peu trop dans le négatif, si je puis dire.

Un roman remarquablement écrit donc, mais il a un côté un peu excessif, dans son histoire et ses personnages, qui vous laisse quelque peu écrabouillé. Un livre qui ne vous laissera pas indifférent, ça c’est certain. Riche en émotions et en symboles…

Extraits :
« Son mari, George, l’appelle depuis le rivage, sa voix lui parvenant tel le cri d’une mouette solitaire, la cherchant. Mais elle ne répond pas. Pétrifiée par le regard du phoque, par cette étrange et troublante apparition, par la peur de la mer toujours prête à l’engloutir, elle demeure immobile. »

« Elle sentait les marbrures écarlates de la mauvaise conscience envahir son cou puis les follicules se contracter sous sa peau tandis qu’elle rangeait ses affaires et quittait la Banque d’Ulster pour rejoindre High Street. »

 » Tout ce qu’elle a à faire c’est attendre. Attendre même peut-être jusqu’à ce qu’elle se réveille dans le jaune-gris de l’aube. Elle va attendre et elle va attirer les phalènes voltigeantes. Elle va les capturer puis les ramener à la maison. Les âmes des morts. »

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Les petites chaises rouges – Edna O’Brien

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Traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Fidelma vit  à Cloonoila, un village paumé d’Irlande. Elle est propriétaire, avec son mari Jack, un homme plus âgé qu’elle, d’un magasin de « nouveautés », qui a connu son heure de gloire. Mais à présent, les affaires vont mal depuis que l’autoroute toute proche permet aux habitants de se rendre facilement en ville. On s’ennuie un peu ferme dans ce village où le lieu de réunion est l’unique pub (tradition irlandaise par excellence!) et le club de lecture (là j’étais déjà en train de sourire !). Alors, quand un jour se pointe un homme charismatique qui se dit guérisseur et sexologue, c’est tout le village qui est en émoi et fasciné. Le type prétend s’appeler Vladimir Dragan et être bosniaque. Il arrive même à mettre dans sa poche le curé du village (qui voit plutôt d’un mauvais oeil ce sexologue  🙂 ) en trouvant un rapprochement entre l’église orthodoxe de son pays et celle d’Irlande. Grand causeur devant l’Eternel, il se fait aussi prof de littérature au club de lecture dont Fidelma est présidente, en expliquant l’histoire d’amour mythique d’Enée et Didon, L’Enéide,  dont celle qui s’est chargée d’en faire la lecture pour le club avoue s’être fait royalement suer par son sujet. Bref, ce type envoûte tout le monde d’une manière ou d’une autre, et Fidelma sera sa victime en mal d’enfant…
La première partie du roman s’achève sur la capture de l’imposteur démasqué, parce que le monde est bien plus petit qu’il ne se l’imaginait, surtout quand on est criminel de guerre, et l’un des monstres les plus sanguinaires du XXe siècle. Fidelma devra fuir à Londres, une Irlandaise immigrée chez les Britanniques où elle côtoiera d’autres immigrés, victimes de guerres, laissés pour compte de la société, survivant comme ils peuvent, rongée par la culpabilité, décuplée par les vies ruinées (autant que la sienne) de ceux qui seront ses compagnons d’infortune.
Le titre du roman, Les petites chaises rouges, est expliqué en exergue : « Le 6 avril 2012, pour commémorer le vingtième anniversaire du début du siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, 11 541 chaises rouges furent alignées sur les huit cents mètres de la grand-rue de Sarajevo. Une chaise vide pour chaque Sarajévien tué au cours des 1 425 jours de siège. Six cent quarante-trois petites chaises représentaient les enfants tués par les snipers et l’artillerie lourde postés dans les montagnes à l’entour. » Le personnage de Vladir Dragan est la figure fictionnelle Radovan Karadzic. Tout cela est une réalité historique dont l’écrivain se sert pour montrer autre chose que vous raconter une nouvelle fois la guerre de l’ex-Yougoslavie.
Edna O’Brien s’attache davantage à montrer comment une femme ordinaire, généreuse, cultivée, curieuse et naïve arrive à se laisser berner par un homme au charme certain et au charisme apparemment hors norme, pourtant menteur, manipulateur, psychopathe : un fou qui vit dans le déni. Une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui. Une femme complètement dépassée parce qu’elle a fait et surprise elle-même d’une audace dont elle ne se serait pas cru capable.
Fidelma est vraiment un personnage attachant. Edna O’Brien est tendre avec elle mais la malmène également.Elle lui en fait vraiment baver. Et nous fait passer par mille émotions qui vont de la romance au film d’horreur. Il y a des passages durs, pétris de violence, des descriptions qui vous glacent d’effroi devant la barbarie guerrière dont a été capable son amant dont elle ignorait tout. Et la violence dont elle sera victime elle aussi. On frôle le thriller. Jusqu’à quel point connaît-on quelqu’un ? Ce roman m’a fait penser au Liseur de Bernhard Schlink (dont je vous conseille très vivement la lecture !)
Il y a aussi beaucoup de poésie dans la prose d’Edna O’Brien, qui s’attache méticuleusement à décrire la nature irlandaise. Et aussi un humour sans bornes. Je me suis vraiment tordue de rire à certains passages.

Extraits :

« Longtemps après, d’aucuns rapporteraient d’étranges événements ce même soir d’hiver ; les aboiements fous des chiens, comme s’il y avait du tonnerre, et le timbre du rossignol dont on n’avait jamais entendu si à l’ouest le chant et les gazouillis. L’enfant d’une famille de Gitans, qui habitait une caravane au bord de la mer, jura avoir vu le Pooka s’approcher d’elle par la fenêtre, montrant du doigt une hachette. » Glurps, non ?

« Comme d’habitude, la soirée commença par une brève lecture, histoire de leur rafraîchir l’esprit. Fidelma demanda à Bridget si elle voulait bien lire et, de son fauteuil roulant, dans ses vieux habits déchirés et ses bottes de suède verte, elle lut le chapitre intitulé Didon dans le chant IV de L’Enéide, avec le calme et la cérémonie qui s’imposaient :
Troupeaux, oiseaux de toutes couleurs, habitants des grands lacs limpides ou des landes broussailleuses, tous dormaient sous couvert de la nuit silencieuse. Mais non la Phénicienne, à l’âme infortunée… Ses tourments ne font que redoubler, l’amour resurgit et fait rage…
« Putain », fut le premier mot qui jaillit, suivi d’un chapelet de putains, qui donnèrent le ton à l’invective qui allait suivre.
« Qu’est-ce que ça m’a fait chier.
– Rien à voir avec nos vies…
-Exactement dit Moira… Il y a des gens sans foyer… des mères célibataires…
-Ouais, ouais.
– … Les gens pointent…. les salauds du gouvernement nous baisent et on nous demande de nous apitoyer sur le sort de Didon… »(sérieusement, j’ai pleuré de rire ! 🙂 ; un passage qui est aussi un bel écho à ce qui va arriver à Fidelma)

Un autre extrait, mais qui cette fois m’a fait un peu tiquer par sa traduction :
« (…) le gérant qui a rappliqué aussi sec et demandé qu’on serve un irish coffee à tout le monde, faisant péter un câble au personnel ». Je vois mal Edna O’Brien, 85 ans,  écrire cette expression tellement à la mode et argotique de « péter un câble » dans son équivalent anglais. Je me trompe peut-être mais ça m’a fait un drôle d’effet : si quelqu’un a la version originale et peut me dire ce qui est écrit, je suis intéressée… 🙂

Je classe ce roman parmi mes coups de coeur de la rentrée littéraire et de l’année 2016. Sans doute l’un des meilleurs d’Edna O’Brien. Je suis déçue qu’il n’ait pas décroché le prix Femina Etranger, cela aurait été amplement mérité, d’autant qu’il était en lice ! Reste le Prix de l’ambassade de France en Irlande (mais elle est en concurrence avec le dernier Dermot Bolger qui j’ai adoré aussi).

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Nora Webster – Colm Tóibín

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Traduit par Anna Gibson

Dans les années 60 en Irlande. Nora Webster vient de perdre son mari décédé de maladie. Elle a  4 enfants, peu d’argent. Vend la maison pour survivre le temps de trouver un emploi. Sa vie, qui tournait autour de son époux et de sa famille, a basculé. Elle va apprendre à se retrouver,  à prendre de nouveaux repères et finalement devenir une femme libre, ce qui n’a rien d’évident dans l’Irlande de cette époque, surtout quand on habite une petite ville, un petit village où tout se sait, où le commérage va bon train, surtout à la messe.
Le début du livre est sympa car il y a des allusions aux personnages de Brooklyn, le précédent roman à succès de Colm Tóibín, adapté (de façon édulcoré selon moi) au cinéma.
J’avais beaucoup aimé Brooklyn qui était ma première lecture de l’auteur. J’en attendais autant de celui-ci. Pourtant, je vais y aller tout droit, bien que je déteste absolument dire du mal de la littérature irlandaise, surtout quand il s’agit de maîtres incontestés, mais franchement je me suis ENNUYÉE assez copieusement.
C’est d’autant plus gênant de dire du mal de ce roman quand il s’agit de la vie de la mère de l’auteur.Là, ça me gêne pas mal.
Le personnage de Nora est intéressant et je l’ai trouvé sympathique : c’est quelqu’un qui a du caractère, ne se laisse pas marcher sur les pieds, un coeur énorme du genre à donner sa chemise pour rendre service, avec qui la société et en particulier le monde du travail n’est pas toujours tendre. Mais elle sait faire entendre sa voix avec force et raison et retombe sur ses pieds.  Même si elle se laisse embrigader un peu malgré elle dans le syndicalisme (très peu de temps, cela dit car elle voit à qui elle à affaire). Ou dans un genre de « questions pour un champion » local pour rendre service à une collègue. Ou encore pour des vacances avec une tante dont elle sait, même avant de partir, qu’elle va le regretter.

Quelques épisodes m’ont amusée tout de même : le premier passage chez les coiffeur pour une couleur (qui stupéfie tout l’entourage et elle encore plus que les autres) ; la malédiction qu’elle jette aux religieux de l’école des Frères chrétiens, dont le directeur  a osé rétrograder son fils de classe derrière son dos : extra ! L’épisode des vacances avec la tante acariâtre qui ronfle comme un sonneur.
On aperçoit des événements de l’histoire de l’Irlande, comme les émeutes en Irlande du Nord, et ce qui est le Bloody Sunday (même si ce n’est pas nommément cité). Les répercussions vengeresses à Dublin.
Un roman intéressant en ce qui concerne les conditions de travail des femmes dans les bureaux.  Nora a, qui plus est,  affaire à une virago hors-pair mais à qui elle sait clouer le bec pour qu’elle lui fiche la paix !

Pourtant, globalement, je le repète, je me suis ennuyée. J’ai cherché à savoir pourquoi. Je me dis que c’est peut-être dû à l’écriture elle-même (ô rage ! que je déteste écrire ça, sorry Colm !). J’ai trouvé que c’était assez plat au niveau du style. Je n’ai pas retrouvé le « piquant » que je trouve chez Dermot Bolger ou Joseph O’Connor. Ce n’était, de mémoire, pourtant pas mon impression avec Brooklyn. Et il y a pas mal de longueurs qui m’ont fait traîner, faire des efforts pour terminer le livre. Dommage. 😦 Le roman aurait mérité quelque chose de plus condensé pour gagner en force.

Extraits :

« Nora mit au point un code à son propre usage pour identifier les représentants. TC signifiait Très Chauve, SO Sac d’Os. GS Grand Sourire, J Jockey, DP Dents Pourries, PL Pellicules. (…)
Mlle Kavanagh se querellait avec tout le monde, sauf avec William Gibney Senior et ses deux fils. Dès que ceux-ci se montraient, elle n’était que sourires et courbettes, mais dès qu’ils avaient le dos tourné elle convoquait dans son bureau l’une des dactylos ou des aides-comptables les moins rémunérées et lui hurlait dessus, ou alors allait dans la grande salle, s’approchait d’une fille par-derrière et criait : « Que faites-vous ? Que faites-vous à cet instant qui  justifie votre présence entre ces murs ? »

« Elle l’a tellement poussée à bout qu’un jour la pauvre femme a ouvert une armoire et s’est mise à jeter les dossiers en l’air en hurlant des choses sur le compte de Miss Francis qui n’étaient pas jolies à entendre. »

« Nora assista à une réunion syndicale; la discussion s’enflamma sur le thème de savoir qui ferait partie du comité et qui détiendrait quelle position au sein de ce même comité. Elle n’y retourna plus. »

« (…) La syndicalisation ne changeait pas grand-chose pour les employées administratives, dont le nombre baissait peu à peu sans donner matière à protestation. »

« Elle était en forme à présent, excitée par l’idée de la journée à venir. Elle alla dans la salle de bain et prit une douche froide. En revenant, elle vit à sa montre qu’il n’était que cinq heures. Elle enfila son maillot, une robe et des sandales, fourra sa serviette de bain et des sous-vêtements dans un sac et sortit de l’hôtel à pas de loup. La moindre rencontre eu suffi à briser l’enchantement. »

« L’idée de ce qu’elle pourrait faire des pièces du rez-de-chaussée la tenait éveillée la nuit. Elle devait faire un effort pour se rappeler qu’elle était libre, que Maurice n’était plus là pour s’inquiéter du coût ou renâcler devant tout ce qui risquait de déranger ses habitudes. Elle était libre. »

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Enael – tome 2 : La rivale – Helen Falconer

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Traduit par Marie Hermet

Au mois de mars, je vous présentais le premier volume des aventures d’Enael, adolescente irlandaise qui découvre qu’elle appartient au monde de Tir na Nog, le pays de la Jeunesse Eternelle (celui de Tuatha De Danann), qui n’a pas de secret pour aucun fan de l’Irlande, n’est-ce pas ?
Après une première incursion dans ce monde souterrain du Connaught, Enael est revenue chez ses parents adoptifs humains, avec Eva, leur véritable enfant, enlevée par une banshee quand elle était toute petite et malade, remplacée par Enael, enfant fée. Dans sa première aventure Enael était accompagnée de Shay, un garçon différent des autres puisqu’il possède également des origines féériques : c’est un lenanshee, comme sa mère. Une créature qui a pour particularité d’aspirer toute la vie de ceux qui ont le malheur d’en tomber amoureux, de les tuer à petit feu. Vous voyez ce que je veux dire ? 🙂
Enael est donc revenue chez elle. Elle doit se réadapter, et surtout faire face à ses camarades qui la prennent pour une folle. Ben oui, les fées c’est pour les fous et les bébés !
Sinead et sa bande ont décidé de lui pourrir la vie. Même Carla a dû mal à la croire mais ne veut pas la blesser. Pourtant Enael voit bien qu’elle la prend en pitié et met sa disparition et ses histories de fées sur le compte d’une dépression.
Et le comble dans tout ça, c’est que Shay prend également ses distances en lui expliquant qu’il est un danger pour elle (puisqu’il est un lenanshee) et que leur amour est une histoire impossible. Pourtant, il se jette dans les bras d’une belle jeune fille aux longues jambes et aux longs cheveux blonds presque blancs.
Quant aux parents humains d’Enael, ils ont quelques soucis à expliquer la présence d’une petite fille chez eux à une assistance sociale…
La première moitié du roman se passe dans le monde humain où l’on se croit à l’abri des créatures maléfiques de Tir na Nog. Les adolescents se préparent à fêter Halloween. Il va y avoir quelques événements vont dépasser leur imagination…

Je ne peux pas continuer à raconter ce qui va se passer mais vous aurez bien compris que cette belle jeune fille aux longues jambes et cheveux très clairs a  quelque chose de suspect. Enael  va devoir retourner dans le monde souterrain pour sauver Shay. Le problème c’est que Carla va la suivre dans cet univers qui n’est pas le sien et auquel elle ne croit pas. Un monde où, en plus,  la chronologie temporelle n’est pas la même que dans celui des humains.

Amateurs de sensations fortes de tous genres, vous ne serez pas déçus ! Je me suis demandé pendant un bon moment si on allait vraiment replonger dans le monde féérique parce qu’Helen Falconer sait ménager son suspense et jouer de votre impatience avec art.  J’ai même fini par penser que dans ce tome 2, ce serait les aventures des créatures féériques dans le monde des humains. Pourtant quand l’écrivain (et sa traductrice) vous fait soudain plonger, après vous avoir fait descendre des marches plutôt casse gueule, ce n’est pas pour vous faire remonter tout de suite, même si vous avez peur, embarqué sur un bateau enchanté ! Trop tard, vous devrez affronter pookas (qui ont la particularité de prendre l’apparence d’êtres qui vous sont chers avant de reprendre leur aspect monstrueux pour vous tuer), sluaghs (rapaces qui ont des têtes ratatinées de vieux humains), chat-sibhe (chat sauvage géant), dullahans (démons sans tête qui puent) et, évidemment, Dorocha, le prince des ténèbres dit le Bien Aimé, qui se révélera être aussi un fieffé menteur manipulateur. Sans parler de sa copine la deargdue, la démone au coeur brisé qui se venge sur les hommes en leur suçant le coeur avec une paille (j’ai beaucoup aimé ce détail !!) 🙂

Extraits :
« Tiens, prends une caille rôtie ou quelques fraises des bois, ou un peu de champagne d’aubépine… C’est très doux, pas du tout comme la liqueur de Donal. Et enlève ce châle, on dirait une vieille. »

« – Le vieux McNally n’arrête pas de dire partout que la femme de son neveu est une lenanshee, et que c’est la raison pour laquelle son neveu s’est mis à écrire de la poésie. Il ne fait strictement rien d’autre, et il est en train de mourir d’épuisement. »

Une sacrée évasion une fois de plus, une histoire pleine de rebondissements qui vous étonnent ! On prête à peine attention à la disparition un peu facile de Carla (certes on est dans un monde de fairy).
Je me découvre amatrice de Fantasy – certes irlandaise et de qualité ! Comme quoi, on se découvre tous les jours ! 🙂

Un roman palpitant, à l’imagination débridée, sur fond de romance.
Et une parfaite lecture pour Halloween ! Enjoy !

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Je crois qu’il y a une suite en cours d’écriture, d’après ce que dit Helen Falconer herself. Youpi!

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The Girls – Emma Cline

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Traduit par Jean Esch

Californie, été 1969. Evie Boyd est une gamine de 14 ans qui vit seule avec sa mère tout juste divorcée, absente la plupart du temps. Evie n’a qu’une amie, Connie. Jusqu’au jour où une dispute les éloigne. Un point de rupture qui fera tout basculer. Evie s’ennuie, se traîne, a une piètre idée d’elle-même. Un jour elle croise une bande de filles à peine plus âgées qu’elle, habillées de vêtements usés à la corde, sales et qui pourtant n’ont l’air d’avoir aucun complexe, même pas le fait d’être réduites à piquer du papier WC. Une des filles, Suzanne, attire particulièrement l’oeil d’Evie. Elles sympathisent. Suzanne l’embarque vers « le Ranch », sorte de repaire hippy, endroit crasseux où ce gang de filles vit, sous la houlette de Russell, un soi-disant chanteur. Fascinée par cette communauté hors-normes, où tout semble n’être qu’amour, liberté et partage, Evie intègre le groupe, tout en retournant chez elle de temps en temps. Elle y découvre la drogue et la sexualité. Certains l’ont vue traîner avec ce groupe marginal et la mettent en garde. En vain. Jusqu’au jour où un autre point de rupture est atteint… L’histoire est racontée par Evie elle-même, devenue adulte qui se remémore son passé et l’évoque à des jeunes d’aujourd’hui, dont Sasha, que j’ai perçue comme un double contemporain d’elle-même au presque même âge.

On a tellement parlé de ce roman depuis sa sortie que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir dire de plus que ce qui a déjà été dit ! 🙂 La toile de fond de l’histoire est l’affaire Charles Manson, qui défraya la chronique aux Etats-Unis dans les années 70, suite à une kyrielle de meurtres perpétrés par une bande de jeunes filles sous l’ascendance de ce type. Ici les noms ont été changés, on devine que Russell, le « gourou » du ranch, est le personnage fictionnel de Manson. Il n’est pas du tout mis en avant, on ne le voit (quasiment) pas, on en entend parler par les filles. Le sujet du roman n’est évidemment pas cette affaire, qui est plutôt un prétexte pour ce roman d’initiation. L’histoire d’une adolescente comme beaucoup d’autres : mal dans ses baskets, désenchantée, naïve, fragile (sa famille à la dérive ajoute une touche de fragilité, sans doute), en quête d’attention, d’amour, de raisons d’exister. Un besoin de liberté, de sensations et de mystère pour combler un vide existentiel.

J’ai assisté à la rencontre avec Emma Cline à Paris le 23 septembre dernier, et il a été évoqué un parallèle avec l’enrôlement des adolescents par Daesh. C’est tout à fait juste. Pourquoi ? La réponse n’est pas donnée puisque personne ne la connaît mais c’est intéressant.

J’ai été absolument stupéfaite par l’écriture d’Emma Cline, très recherchée, poétique, précise, sensuelle, et sensitive, colorée mais aussi parfois crue. Elle décortique à merveille le phénomène de fascination qui dépasse totalement Evie. Et la violence tant physique que psychologique. Les points de rupture qui font que tout bascule. Epatant pour une jeune femme de 27 ans dont c’est le premier roman. Un vrai talent qu’on peut lui envier. Elle a depuis écrit des nouvelles et un autre roman. Vivement de les lire, alors !
Je n’ai moi-même pas tout le talent et le vocabulaire nécessaire pour parler aussi bien du roman que je le voudrais…

Extraits :

« Il s’était retrouvé pris dans un groupe en pleine effervescence, aux abords du Haight, des satanistes qui portaient plus de bijoux que n’importe quelle adolescente. Médaillons en forme de scarabée et poignards en platine, bougies rouges et musique d’orgue. Puis un jour, Guy avait croisé Russell qui jouait de la guitare sur le parking. Russell et sa tenue de daim de pionnier qui lui rappelait peut-être les livres d’aventures de sa jeunesse, les séries télé où les héros dépeçaient des caribous et traversaient à gué des rivières gelées en Alaska. Depuis Guy n’avait pas quitté Russell. »

« – Mais je vis avec lui. Genre, c’est lui qui paie le loyer et tout ça.
– Il y a d’autres endroits où aller », dis-je.
Pauvre Sasha. Pauvres filles. Le monde les engraisse avec des promesses d’amour. Elles en ont terriblement besoin et la plupart d’entre-elles en auront si peu. Les chansons pop à l’eau de rose, les robes décrites dans les catalogues avec des mots comme « coucher de soleil » et « Paris ». Puis on leur arrache leurs rêves de manière si violente : la main qui tire sur les boutons du jean, personne ne regarde l’homme qui crie après sa petite amie dans le bus. Ma tristesse envers Sasha me nouait la gorge. »

« Ce n’est pas que j’étais incapable de me remémorer ma vie avant Suzanne et les autres, mais elle avait été limitée et prévisible, les objets et les gens occupaient leurs espaces restreints. Le gâteau jaune que ma mère confectionnait pour les anniversaires, dense et glacé quand il sortait du freezer. Les filles à l’école qui déjeunaient à même le bitume, assises sur leurs sacs à dos renversés. Depuis que j’avais rencontré Suzanne, ma vie avait pris un relief tranchant et mystérieux, qui dévoilait un monde au-delà du monde connu, le paysage caché derrière la bibliothèque. »

 

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Emma Cline lors de son passage à Paris, avec Alice Déon (à gauche), l’éditrice des Editions de La Table Ronde et la libraire de la librairie Gallimard (c) Mille (et une ) lectures de Maeve

Chouette rencontre où j’ai manqué de temps pour rester un peu plus longtemps. 🙂

 

 

 

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Les maraudeurs – Tom Cooper

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Traduit par Pierre Demarty

Le premier roman de Tom Cooper traduit en français nous embarque en Louisiane, dans la Barataria, un coin du bayou, après Katrina, après l’explosion de la plateforme pétrolière BP. D’emblée, le lecteur rencontre alternativement plusieurs personnages qui peupleront le roman :
•Les frères Toup, qui font leur business avec de la « beuh », jalousement cultivée sur une île cachée dans le marais. Des types hargneux et pas franchement haut de plafond intellectuellement comme physiquement.
•Gus Lindquist, propriétaire du Jean Lafitte, un crevettier qui porte le nom que le fameux fibustier. Lindquist est manchot. Dès le début du roman, tout commence mal pour lui : quelqu’un lui a piqué sa prothèse ! Evidemment, à l’instar des habitants du bayou, on en rit. On se moque. Pour tout le monde, il est le type qui a « les fils qui se touchent ». Il rêve de découvrir un trésor et se balade dans le bayou avec un détecteur de métaux dès qu’il n’est plus en train de pêcher. Abandonné par sa femme et sa fille, dépressif, il se shoote aux médocs censés endormir la douleur de son bras manquant.
•West Trench, un ado de 17 ans qui a perdu sa mère lors du cyclone Katrina : tombée du toit de la maison où la famille s’était réfugiée et emportée par les eaux à tout jamais. Son père, pêcheur de crevette comme Lindquist, sombre dans l’alcool depuis le décès de son épouse. Wes décide de voler de ses propres ailes. Le hasard veut qu’il rencontre Lindquist qui l’embauchera sur son bateau parce que pêcher avec un seul bras, c’est devenu impossible pour lui !
•Grimes, un assureur à la solde de la compagnie pétrolière, qui harcèle les habitants du bayou pour obtenir des signatures les engageant à ne pas porter plainte pour la pollution des eaux. Mais un pauvre type lui-aussi, bien trop faible psychologiquement pour obtenir ce qu’il cherche. Il se fait plutôt chasser à coup de pied dans les fesses…
•Hanson et Cosgrove, deux allumés qui cherchent à gagner de l’argent rapidement. Alors quand ils découvrent l’île des frère Toup, ils pensent voir arriver la fin de la galère.

Tom Cooper n’y va pas de main morte et peuple le bayou de personnages haut en couleurs, qui ne donnent pas franchement envie de s’aventurer dans le coin. Néanmoins on s’attache à Lindquist, le capitaine Crochet du bayou, certes déjanté, dépressif et shooté, mais attachant par sa passion pour la chasse au trésor et son amour du métier de pêcheur, qu’il ne peut se résoudre à abandonner, même si la pêche devient toujours plus difficile, plus maigre et peu rentable. Un métier devenu un gagne misère et qui faisait vivre la plupart des habitants du bayou. La faute à Katrina, mais surtout à BP dont l’explosion de la plateforme pétrolière a engendré une catastrophe écologique sans précédent dans les eaux du Golfe du  Mexique. On l’aime aussi parce qu’il a un grand coeur et prend sous son aile le jeune Wes comme un père de substitution. Je ne peux absolument pas révéler ce qu’il va lui arriver, mais on n’en revient pas tout à fait.

Une ambiance de western qui se passe pourtant bien loin du far west. Une police corrompue qui ferme les yeux sur ce qu’elle sait. Des dealers-meurtriers en liberté qui gagnent leur vie illégalement par la culture de l’herbe, pendant que les autres triment pour rien à aller pêcher dans des eaux qui s’appauvrissent. Un univers où l’alcool coule à flot à côté de la drogue.

J’ai beaucoup aimé le style de Tom Cooper, qui s’attache à la précision, au vocabulaire adéquat (une pensée pour le traducteur qui dû avoir du fil à retordre). Une écriture qui fait vraiment voyager, découvrir des bestioles et un univers aquatique qu’on ne connaît pas, le tout associé au langage châtié des personnages.

« Wes accrocha la palangre de tribord au treuil. Le moteur se mit à fumer et à forcer, et bientôt le chalut refit surface, gonflé comme un sac amniotique, rempli d’une masse grouillante d’ailerons, de pinces et d’yeux noirs vitreux. (…) Crabes à carapace dure claquant des pinces comme des castagnettes. Poissons-chats, flétans et fretin d’appât. Crabes à carapace molle, par centaines, si minuscules et d’une telle pâleur, presque transparents qu’on aurait dit des fantômes d’eux-mêmes. Une petite raie fouettant l’air de sa queue hérissée de barbillons, une tortue serpentine rétractant sa tête à l’intérieur de sa carapace.
Et puis les crevettes, pas plus grosses que le petit doigt, la cervelle et le coeur palpitant comme de minuscules grains noirs sous une membrane de peau plus fine que du papier de riz.
« Jamais vu pire », lâcha le père de Wes (…)
On est foutus. Ces marais vont finir par nous la mettre profond. Bien profond, comme une pute à mille balles. »

La nature partout, envahissante, vivante, grouillante et hostile, quasiment un personnage à part entière. Elle domine le marais comme les hommes.

« Derrière le tronc abattu d’un pin, Lindquist tomba nez à nez avec un vieux lynx au museau gris. L’animal grimpa se réfugier dans les branches d’un laurier et darda sur lui deux yeux jaunes enragés. Lindquist remarqua qu’il lui manquait une oreille, réduite à un moignon de chair déchiquetée. Il ressenti envers la pauvre bête un élan de compassion solidaire, mais sentit que ce n’était pas réciproque.
Rats musqués, opossums, ragondins – Lindquist perdit très vite le compte des animaux sauvages qu’il croisa. (…) Le bourdonnement des insectes comme un mantra. Les petits lézards aux fanons rouges déployés en éventail autour de la gorge. Les taons gros comme des prunes. Les scarabés semblables à des pommes de terre ailées. »

Une page d’histoire aussi sur le bayou :

« Autrefois dans la Barataria, il n’y avait pas si longtemps, les gens subsistaient uniquement grâce au bayou. Ils pêchaient leurs crevettes et leurs crabes. Ils braconnaient l’alligator pour son cuir et chassaient le rat musqué et le ragondin pour leur peau. C’était du temps de ses grands-parents et de ses arrière-grands-parents, avant que les gens ne se mettent à brader leurs terres, les cédant pour une bouchée de pain aux compagnies pétrolières dans les années vingt et trente, avant que BP ne défigure le marais en le transperçant de part en part de canaux et de pipelines. »

Un roman aux allures de thriller, avec une fibre écologique, qui ne vous lâche pas.
Très jolie découverte !

(Je cherche toujours les termites de la joute de traduction de Festival America, mais je crois qu’elles ont été transformées en phalènes – je ne me souviens plus du mot original, mais une bestiole qui est un ovni pour nous, Européens.)

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Treize façons de voir – Colum McCann

 51uyposwgwlTraduit par Jean-Luc Piningre

Quand j’ai commencé à m’intéresser à la littérature irlandaise, Colum McCann est l’un des premiers écrivains que j’ai lus. A l’époque je ne savais pas qu’il vivait aux Etats-Unis. J’ai dû me faire à un genre peu populaire en France et pourtant si connu en Irlande et aux USA, la nouvelle : La rivière de l’exil (lu en V.O. – Fishing the Sloe-Black River, 1994)  et Ailleurs en ce pays – Everything in this country must, 2000), m’avaient fait trouver McCann sacrément talentueux mais aussi un peu ardu (et glauque). Il faut dire qu’il y a énormément d’intertextualité chez cet auteur, un vrai « joycien » qui joue avec les mots, reprend ce qui existe pour mieux le retourner. Alors, en V.O., ça donne un peu du fil à retordre.
Colum McCann a depuis publié des romans, que je n’ai pas tous lus, j’avoue, et c’est le roman justement, qui l’a révélé au grand public en France.
Pourtant, avec Treize façons de voir, il revient à ses premières amours.

Le recueil, que l’auteur dédie, entre autres,  à la mémoire de son père, est composé originellement de 4 nouvelles :
« Treize façons de voir » (une novella)
« Quelle heure est-il maintenant là où vous êtes ? »
« Sh’khol »
« Traité »
et l’éditeur français lui en a fait ajouter une cinquième : « Comme s’il y avait des arbres ».
Les textes ont en commun la violence, sous plusieurs formes, mais aussi la solitude.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai eu un immense coup de coeur pour ce recueil ! Pour moi, pas grand chose à voir avec ce qu’il écrivait à ses débuts, j’ai trouvé que le style avait changé, c’est peut-être plus limpide, plus achevé, il y a davantage d’humour, le lecteur est tenu en haleine, et il y a énormément d’émotion, McCann sait vraiment jouer avec ça ! (C’est aussi peut-être ma mémoire qui me fait défaut par rapport à ce que j’ai lu de lui avant).

« Treize façons de voir » est mon texte préféré. (Je suis partie à New York – même si en vrai j’étais au fin fond de la campagne irlandaise : un double voyage, donc !)
Il raconte le dernier jour d’un vieux juge qui vit à New York, veuf, vivant seul avec l’infirmière qui s’occupe de lui. Il a un fils qui est apparemment un crétin fini, bien trop occupé par sa carrière. Un homme seul donc, lituanien de confession juive, marié à une Irlandaise catholique. Le lecteur apprend qu’il va être assassiné par les analepses du texte, révélant une enquête de police. De plus, ce pauvre homme porte le patronyme de Mendhelsson. Le titre est tiré d’un poème très connu du monde anglophone qui fait référence au chant du merle. McCann nous rend dingue d’angoisse pour ce vieux monsieur à la démarche plus qu’instable et hésitante. Il nous fait aussi beaucoup rire par les réflexions du bonhomme qui s’en prend jusqu’au glouglou dans les tuyaux du chauffage domestique à 5 heures du matin (avant, on se les gèle !). Notre coeur se serre quand il évoque sa femme et on fulmine contre son fils. Et puis la mort arrive en direct, comme si nous étions à la place du vieux monsieur. La raison : à vous de vous faire une idée d’après tout ce qu’il nous a dit avant.

Extraits :

« Sally James a englouti un oiseau, un de ceux qui se lèvent tôt. La voici donc, de bonne humeur, fraîche comme une cime, solide comme un chêne, grande comme un séquoïa. »

« Ils ont un tel sens de la langue, ces Anglais. Normal, puisqu’ils ont eu des Irlandais comme professeurs, disait toujours Eileen. »

« Passons la page, tournons l’éponge. »


« Tout comme le poème fait du lecteur un complice, les inspecteurs deviennent complices du meurtre. »


« Quelle ville ! New York ne cesse de m’épater. Une Rhodésienne blonde servant un juif lituanien, né en Pologne, dans un restaurant italien qui emploie – voyons – deux commis mexicains(…) ».

« Notre père qui êtes au bordel des cieux »
« Pourquoi un bordel de merde ? se demandait Eileen.
Pourquoi pas un bordel de beauté ? »  🙂

« Quelle heure est-il là où vous êtes ? » : un homme doit écrire une nouvelle pour le nouvel an. Au début, l’angoisse d’un homme devant sa page blanche, l’art de repousser à plus tard ce qui devrait être écrit maintenant, la deadline. Mais l’imagination qui s’enflamme. Le lecteur assiste à la création d’un univers de fiction : les décors, les personnages, qui prennent de l’épaisseur sous nos yeux, au fil des lignes, mais ce monde reste inachevé : des questions restent en suspens sur les personnages, sur ce qui pourrait (ou pas) arriver, le champ des possibles est celui du lecteur et de son imagination. Bien joué !

« Sh’khol » : une femme traductrice et divorcée vit dans la baie de Galway, seule avec son fils adoptif handicapé à qui elle a eu la mauvaise idée d’offrir une combinaison de plongée à Noël. Une allusion aux selkies du folklore irlandais, « créatures cousines des sirènes, qui se déguisent en phoques et danses nues sur la grève au clair de lune ». La solitude d’une mère, donc, dont l’imagination s’enflamme, seule face à son angoisse. Le titre de la nouvelle est le mot qui désignent les parents d’enfant mort en hébreux, d’après ce que dit McCann (je ne sais pas si c’est exact). J’ai beaucoup aimé !

« Traité » : le secret d’une nonne (un viol) qui, des années après reconnaît son agresseur à la télévision. Violent, c’est le moins qu’on puisse dire.

« Comme s’il y avait des arbres » : sur le racisme, la violence envers les Roumains dans une citée du nord de Dublin.
« Les étrangers, on le sert pas, ou alors on les fait attendre, parce qu’il y a toujours des ennuis avec eux. »
La fameuse 5e nouvelle ajoutée à l’édition française du recueil : je n’ai pas trop accroché à celle-ci.
Mais pour tous les autres textes, le recueil mérite largement la lecture, pour tout l’humanisme qu’il contient, l’émotion et les clins d’oeil à l’Irlande (et à Joyce !). Même si Colum McCann vit depuis plus de vingt ans à New York, il reste profondément irlandais, notamment par son sens de l’humour ! L’Irlande reste toujours dans un coin de son coeur, comme ces nouvelles le prouvent ! Pour moi, il n’est pas américain ! 🙂

Je suis heureuse de ne pas avoir encore lu toute son oeuvre, en particulier ses romans : il me reste donc du « grain » à moudre !
En tout cas, un recueil sublimement écrit ! ❤

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Ensemble séparés

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Traduit par Marie-Hélène Dumas

Deux couples d’Irlandais dans l’Irlande du Tigre celtique : Chris et Alice; Ronan et Kim. Dans un quartier chic de Dublin où le prix de l’immobilier s’envole, comme partout dans la ville, comme partout en Irlande. L’époque où les Irlandais s’imaginent qu’il est facile de devenir riche, que l’argent tombe à présent du ciel, après des années de privation et d’exil. Alors, autant ne pas se contenter de ce qu’on a, autant tenter d’en avoir toujours plus. Peu importe le moyen employé pour y arriver… Un chantier au black, avec des ouvriers immigrés payés au black, ce n’est pas une chose rare dans cette Irlande-là. Un chantier dans son jardin pour construire une nouvelle maison dans le jardin de sa maison. La réussite par l’argent pour sauver son couple du vide intersidérale dans lequel il est plongé. L’argent pour racheter son couple. Construire des murs dans son jardin pour vaincre les murs qui vous séparent de l’autre. Et pourtant, on n’est pas au bout de nos surprises !

J’ai déjà lu quatre romans de Dermot Bolger (Toute la famille sur la jetée du Paradis, Une seconde vie, Une illusion passagère, Le sort en est jeté) et un recueil d’histoires truculentes à son initiative (Finbar’s Hotel). Je ne pouvais pas savoir ce que me réservait ce livre au titre mystérieusement oxymorique dans l’édition française (le titre original est Tanglewood), illustré par cette couverture blanche d’où émerge une scie. La surprise est bien gardée, surtout quand on le lit en version électronique sans avoir la 4e de couverture…
Je pensais assez bien connaître la plume et l’oeuvre de Dermot Bolger. Mais à côté, tout ce que j’ai lu de lui jusqu’à présent est bien « gentil ».
Ici, il y va cash et trash, c’est le moins qu’on puisse dire ! Sans doute son roman le plus caustique, pour décrire deux couples d’Irlandais proches de la cinquantaine, en phase de ménopause et d’andropause, qui, en plus de cachet de Viagra pour essayer de sauver les meubles, arrivent à se mettre dans de sales draps, tout seuls comme des grands, simplement par cupidité, en pensant qu’on peut dorénavant tout acheter, dans cette Irlande des années 2000. Des personnages bien agaçants, bourrés de complexes, calculateurs… Bref, le lecteur ne s’en fait pas des copains ! On trouve Chris trop gentil, Alice trop dépressive et manquant furieusement de courage (envie de la secouer), Ronan trop magouilleur et profiteur (le faux ami de service). Pourtant leurs histoires intimes et leur obsession pour l’argent, vont assez rapidement être supplantées par un problème beaucoup plus grave : un cadavre.

La narration en puzzle permet de découvrir plusieurs facettes des personnages : leur passé, leurs échecs, leurs secrets, leurs désirs, leurs mensonges.

Le roman vire au thriller quand le cadavre d’un des ouvriers  du chantier au black est découvert dans le jardin. Panique à bord : c’est chacun pour sa pomme, et de préférence celle de l’autre si l’inspecteur du travail passait dans le coin… Petits coups bas entre amis et compagnie ! L’occasion pour se faire une virée dans les montagnes du Wicklow, histoire de s’aérer les neurones ou plutôt de débarrasser de cet ouvrier immigré encombrant (ce personnage abuse : il est cadavre et  immigré ! 🙂 ).

Et même quand vous pensez que le roman est fini, eh bien non ce n’est pas fini ! Dermot Bolger, qui vous a déjà bien fait lire les yeux écarquillés comme des soucoupes, vous assène un coup de théâtre (c’est même plus que ça mais je ne trouve pas le terme exact). La fin de la fin.  L’occasion de réduire les petits histoires de couple de ces Irlandais frustrés à quelque chose de vraiment ridicule au regard du reste. La souffrance d’un homme qui a vécu la guerre et ses crimes.

Finalement un hommage  à ceux qu’on a pensé exploiter pour s’enrichir, ceux qui ne comptent pas dans cette Irlande du Tigre celtique.

Quelques extraits :
« Elle croyait qu’il s’aventureraient plus loin le long de la côte, vers Bray, mais au lieu de cela, il avait sillonné des quartiers de Dublin dont elle connaissait à peine l’existence, un labyrinthe d’immeubles derrière la M 50 qui ne semblaient être habités que par des étrangers. »

« Ce nouveau Dublin dans lequel Ezal la conduisait semblait vaste et incompréhensible. »

« Tu vas me prendre pour une folle, avait-elle commencé, mais je suis convaincue qu’une seconde version de moi existe ».

« Ces grands maîtres avaient saisi le vrai secret de l’argent : il n’avait pas de réalité. Au-delà d’un certain chiffre, il n’était plus qu’une abstraction – la plus importante abstraction de la planète. »

« Tu as voulu m’avoir comme certains désirent acheter une maison au Portugal, pour rendre les autres jaloux. »

« Es-tu en train de me dire qu’une femme de quatre-vingt-dix ans sait se servir de Facebook ? »

« J’aime ne pas avoir besoin de chercher un double sens à ce qu’elle dit, contrairement aux Irlandais, dont les phrases doivent être décodées aussi soigneusement que les secrets cryptés de la guerre froide. »

Un roman caustique, truffé de secrets, aux multiples rebondissements, au langage parfois cru, le tout arrosé d’une bonne dose de suspense. Il y aurait encore beaucoup à dire, parce que c’est dense ! Génialement construit. J’ai beaucoup aimé !
Vivement le prochain ! 🙂

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Retour sur Festival America 2016

 

Comme prévu, je n’ai pas failli à Festival America cuvée 2016.  Deux jours et un truc comme 20h de présence sur place. Je suis rentrée complètement caput mais aussi et surtout complètement ravie !
J’avais raté Colum McCann quand il est venu présenter son dernier recueil de nouvelles traduit (Treize façons de voir, éd. Belfond, traduit par Jean-Luc Piningre) au mois de mai parce que ce n’était pas compatible avec mon emploi du temps boulot. Eh bien là j’ai tenu ma revanche puisque j’ai assisté à 3 débats sur 5 auxquels il prenait part. 🙂 La cerise sur la gâteau a été de le trouver par hasard à une heure non répertoriée sur le planning (ou alors je ne l’ai pas remarquée) et de me faire dédicacer le dimanche matin de bonne heure, Etre un homme (éd. 10-18). 75 écrivains (dont Roddy Doyle, Ian McEwan, Edna O’Brien, Joseph O’Connor, Salman Rushdie et lui-même), réunis par Colum McCann qui a créé l’association Narrative 4 autour du concept d' »empathie radicale » : une philosophie du partage, d’échanges d’histoires à travers les pays pour favoriser des rencontres entre des jeunes d’horizons, de cultures, de vécus différents, afin de donner une place à l’espoir.

Samedi j’ai assisté à plusieurs débats dont le plus réussi a été pour moi « L’art de la nouvelle ». Un débat rondement mené par la journaliste Christine Ferniot du magazine Lire, avec, Colum McCann, Dan O’Brien et Ken Liu.

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Colum McCann et Ken Liu

Colum McCann explique que la nouvelle est un genre très populaire aux Etats-Unis, contrairement à la France, même s’il semble que ce soit en train de changer. Aux USA, si vous avez publié des nouvelles, vous avez davantage de chance de publier des romans. Pour sa part, il écrit une nouvelle comme il écrit un roman. Mais la nouvelle a une narration qui « implose », c’est quelque chose à la fois très dense et compact, alors que le roman possède une narration qui « explose ». Ken Liu en a fait son art narratif de prédilection. Son recueil de dix-neuf nouvelles de SF et Fantasy, La ménagerie de papier (éd. Le Bélial, traduit par Pierre-Paul Durastanti) vient de paraître. Il a rendu hommage au travail des traducteurs, c’est à noter !

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Dan O’Brien et son interprète, Dominique Chevallier

L’autre belle présence du débat était Dan O’Brien, le fameux éleveur de bisons, auteur de romans « nature writing wild wild west », mais aussi… professeur. Je découvre qu’il a écrit également des nouvelles et il a avoué avec un petit air coquin que la France publie actuellement un recueil qu’il a écrit il y a… 35 ans ! 🙂 : Haut Domaine, (éd. du Diable Vauvert, traduit par Walter Gripp). Très sympathique auteur en tout cas, dont j’admire la fibre écolo de sauvegarde des bisons et du patrimoine des Grandes Plaines américaines. Sachez aussi qu’il publie les nouvelles qu’il écrit sur son blog! Dan O’Brien est un blogueur!! 😊 J’aurais aimé assister à plus de débats en sa présence, mais on ne peut pas être partout !

L’autre « phénomène » du festival – hormis C. McCann – était la présence de James Ellroy. Pendant que tout le monde faisait la queue pour se faire dédicacer un roman de Laura Kasischke qui n’était pas arrivée à son stand, j’ai repéré une chemise hawaïenne… 🙂

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James Ellroy au boulot ! 🙂

Très souriant et avenant avec ses lecteurs. Et hop, une dédidace de Perfidia (800 p. !!) J’ai apprécié l’attention portée à mon prénom dont beaucoup de Français saccagent l’orthographe sans trop se poser de questions…

Par contre, en public, Ellroy se joue un personnage que j’ai trouvé un zeste pénible à la longue. Ce n’est pas un scoop pour certains. Je ne suis pas restée jusqu’au bout…

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J’ai foncé retrouver la première joute de traduction du festival 2016.

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Joute de traduction entre Pierre Demarty et Nicolas Richard sur un extrait de New York, esquisses nocturnes de Molly Prentiss

Il a été question d’éléphants de mer et autres phoques : on en a appris un rayon sur la faune marine. 🙂 On a bien rigolé, surtout que les deux traducteurs avaient le sens du show.
Le lendemain, deux traductrices (Nathalie Bru et Valérie Julia) se sont essayé sur l’incipit (du moins je crois que c’était l’incipit) des Maraudeurs de Tom Cooper (éd. Albin Michel, traduit par Pierre Demarty). Des phoques du samedi, on est passé aux termites qui se prennent pour des touristes et bonhommes à la drôle de « face ». Pour parfaire le tout, la présence dans le public de locuteurs anglophones de naissance pour nous donner leur avis. C’était génial ! 🙂 Les Maraudeurs sont dans ma PAL depuis quelques mois : faut que je lise ce polar du Bayou…
En tout cas, un franc succès pour les joutes !

Avec « L’Amérique des humbles », j’ai vu pour la première fois Alice McDermott dont je veux lire depuis des siècles Someone (éd. de la Table Ronde, traduit par Cécile Arnaud)

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Alice McDermott explique pourquoi elle a situé Someone dans les années 30.

Bon, ce débat a souffert d’un problème d’animation. Ca ronronnait bien trop gentiment à mon goût. L’animatrice qui lisait ses notes, d’un ton monocorde : j’ai failli faire une sieste et j’ai lâché prise à un moment donné. Heureusement, l’accent singulier et les propos  de Willy Vlautin m’ont fait sortir de ma torpeur !

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Willy Vlautin, écrivain du Nevada, auteur-compositeur et chanteur du groupe de folk-rock Richmond Fontaine

Ses deux précédents romans Motel Life et Plein nord ont été adaptés au cinéma. Son modèle c’est Steinbeck. Son dernier roman, Ballade pour Leroy (éd. Albin Michel, traduit par Hélène Fournier). Ses multiples cordes artistiques m’intriguent. Et j’adore Steinbeck. Et hop in my wish list.

L’autre inconnu découvert fut David Joy, Caroline du Nord, dans les Appalaches.

(Je me suis divertie en voyageant à travers les origines de chacun des protagonistes du débat 🙂 ) Finalement, ce débat aurait presque pu s’intituler « L’Amérique profonde » mais il y avait Alice McDermott…

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David Joy, auteur Là où les lumières se perdent (éd. Sonatine, traduit par Fabrice Pointeau)

« Identités américaines » a été mon débat suivant, mais j’ai quitté la salle avant la fin parce que je m’ennuyais sec (décidément !) et sans doute aussi que j’avais besoin de voir la lumière du jour…
Je reproche à ce débat l’absence d’un écrivain afro-américain, amérindien  etc, pour justement parler des « identités ».

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Jane Smiley, auteur de Nos premiers jours (éd. Rivages, traduit par Carine Chichereau)

J’ai couru à l’hôtel de ville retrouver le café des libraires avec  Colum McCann  sur le thème « Soif de justice » (j’ai pas trop compris le titre par rapport aux discussions : en fait il s’agit plus aux auteurs invités de présenter leur dernier ouvrage, donc c’est parfois un peu tiré par les cheveux par rapport au thème annoncé).

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Colum McCann est revenu sur l’agression dont il a été victime alors qu’il écrivait la novella éponyme du recueil Treize façons de voir. Mais au-delà de ça, on peut remercier son sens de l’humour sur ce plateau d’Américains super sérieux (il y avait aussi Sergio de la Pava – connais pas – et Smith Henderson – que j’aimerais bien lire). Il est revenu sur l’anecdote du matin que ceux qui ont assisté au débat sur « L’art de la nouvelle » ont pu comprendre. 🙂 De « soif de justice », on est passé à tout autre chose l’espace d’un instant, qui avait à voir avec une histoire de mariage… De l’humour irlandais. 🙂 Ouf !

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Smith Henderson, auteur de Yaak Valley, Montana (éd. Belfond, traduit par Nathalie Peronny

Dimanche, j’ai revu mon programme. Je ne voulais pas du tout assister à un truc sur la commémoration du 11-Septembre, ou quelque chose qui y ressemble parce que c’est déprimant, d’autant plus au regard de notre actualité. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis et avec mon expérience de la veille, je me suis dit qu’un débat avec McCann ne pouvait qu’être autre chose qu’un truc tout formaté au ras des pâquerettes. Je suis donc allée à « 11-Septembre, quinze ans déjà » (le titre me gonflait d’avance !).

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« 11-septembre, 15 ans déjà » avec de gauche à droite : Molly Prentiss, Eddie Joyce, Colum McCann, Ben Lerner

Molly Prentiss était réticente à participer à ce genre de thématique car elle n’avait que 16 ans au moment des faits.
Colum McCann a expliqué qu’il avait de plus en plus de mal à parler du 11-Septembre, parce que depuis, il y a eu la guerre en Irak et tout ce qui a découlé de cette intervention américaine sous la houlette de Bush Jr. Il n’y a qu’à regarder les élections présidentielles américaines actuelles pour avoir des frissons… Le beau père de McCann était dans l’une des tours, il en a réchappé de justesse. La première chose qu’il a fait en rentrant c’est de retirer ses vêtements, de les mettre dans un sac poubelle et de les jeter. Il a conservé ses chaussures couvertes de poussière dans une boîte qu’il n’a plus jamais ouverte. Colum en a fait donation au musée du 11-Septembre de New York mais avoué qu’il n’ira jamais dans ce musée. J’admire son recul, la hauteur qu’il prend pour analyser les événements. Au-delà du traumatisme post-attentat, quel qu’il soit. (McCann Président de la France ! 🙂 )
A côté de lui, Eddie Joyce, un autre écrivain américain d’origine irlandaise, auteur de Les petites consolations (éd. Rivages, traduit par Madeleine Nasalik), qui raconte l’histoire d’un deuil lié au 11-septembre rejoint le point de vue de McCann. Il y a l’Amérique profonde qui est terrorisée par les attentats actuels et prête au pire. Il a grandi à Staten Island le New York des immigrés que certains ne considèrent pas comme New York…

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Eddie Joyce et Colum McCann, deux humanistes

J’ai achevé mon festival avec le dernier café des libraires : « Désert » avec, entre autres, Kevin Powers, ancien G.I. de la guerre en Irak, auteur du fameux Yellow Birds que je dois lire depuis encore des siècles !

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Kevin Powers

J’ai ma dose de rencontres littéraires pour un moment.
J’ai discuté le bout de gras (littéraire) avec des connu(e)s et inconnu(e)s, croisé Alain Mabankou sans ses lunettes, je suis repartie avec deux dédicaces (de Colum McCann devant qui je me suis plantée en disant : « Bonjour, je sais que vous comprenez le français ! », – faut bien trouver un truc à la con quand on est impressionné pour arriver à se dépasser soi-même… 🙂 – et de James Ellroy).

Je suis repartie avec une petite PAL de 4 livres :
Perfidia de James Ellroy
Etre un homme 75 auteurs réunis par Colum McCann
Dernière nuit à Montréal d’Emily St. John Mandel
Terreur apache de W. R. Burnett

Côté découverte, ce fut riche : Eddie Joyce, Smith Henderson, Willy Vlautin, David Joy, Ken Liu et il paraît qu’il faut que je lise Megan Abbott parce que c’est méga-bien.
C’est juste le big bang dans ma tête de lectrice !!

Un beau voyage littéraire outre-Atlantique le temps d’un week-end, sous des températures caniculaires ou presque. Maintenant il va falloir attendre deux ans.

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Un festival sous l’oeil de Big Jim (photo de Jean-Luc Bertini)

 

Je teste ici la publication de chronique en différé.

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Un coupable presque parfait – Robin Stevens

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Traduit par Faustina Fiore

Daisy Wells et Hazel Wong sont deux élèves du pensionnat de Deepdean, en Angleterre. Nous sommes en 1934 et le récit est fait par Hazel, secrétaire du club de détectives créé par Daisy. Nous tenons dans nos mains le compte rendu du meurtre de Miss Bell, d’après l’enquête menée par ces deux gamines de 13 ans.

A Deepdean, il y a des profs qui donnent des cours, certes. Mais aussi des intrigues amoureuses et autres rivalités professionnelles entre eux. Tout cela fait jaser Daisy et les membres du club des détectives, surtout quand Miss Bell, la prof de sciences est retrouvée morte par Hazel. Puis le cadavre disparaît et Miss Griffin, la directrice du pensionnat fait taire les rumeurs en annonçant tout autre chose. Daisy et Hazel s’interrogent et dressent la liste des suspects, à savoir tous les autres profs, dont la plupart convoitaient le poste de directrice adjointe ou était amoureuse de l' »Unique », alias Mr Reid, professeur de musique, mais surtout le seul professeur mâle dans cet univers de femmes. Cela dit le meurtre est peut-être aussi lié à une relation homosexuelle secrète…

L’imagination de l’intrépide Daisy est sans bornes ! Un personnage que nous découvrons par les yeux de Hazel qui raconte au fur et à mesure le déroulement des événements dans le compte rendu de l’enquête. Deux fillettes aussi différentes l’une que l’autre : Daisy est l’Anglaise blonde typique, exactement comme l’imaginait Hazel dans son lointain Hong Kong :
« Quand on regarde Daisy, on croit comprendre tout de suite quelle fille c’est. Une de ces Anglaises pur jus, mince, avec des yeux bleus et des cheveux blonds. De ces filles qui peuvent galoper sous la pluie à travers des stades boueux avec une crosse de hockey à la main, puis s’asseoir pour engloutir dix brioches avec leur thé.
(…) je me suis retrouvée face à mon idéal : mon amie aux cheveux dorés avait pris vie devant moi. Une fille qui était un pur produit de l’Angleterre de mes livres et de mes tableaux ».

L’amie idéale qui au fur et à mesure se dévoile bien imparfaite. Un personnage orgueilleux, qui, parce qu’elle a créé le club des détectives se croit à peu près tout permis, jusqu’à refuser d’avoir tort. Jusqu’à mettre les autres en danger. Jusqu’au bizutage qui ne lui pose pas non plus de problème.
Hazel est beaucoup plus calme et posée. Loin de chercher à devenir la star du pensionnat, elle finit par arriver à faire descendre Daisy de son perchoir sous les étoiles pour la faire redescendre sur terre et découvrir le coupable.
Un couple d’enquêtrice improbable qui n’est pas sans rappeler Sherlock & Watson ! Watson, c’est ainsi que Daisy surnomme Hazel.
Une enquête à la Agatha Christie aussi avec des personnages qui disparaissent, des cadavres qu’on retrouvent, une scène du crime restreinte : un pensionnat anglais des années 30 !

Robin Stevens, Américaine vivant depuis son tout jeune âge en Angleterre, reprend ici la tactique narrative  de deux auteurs de romans à énigmes majeurs pour la littérature britannique. Pour notre plus grand plaisir. Un suspense qui tient bien en haleine, le fantôme d’une ancienne pensionnaire morte qui plane, un assassin qui rôde dans le pensionnat, parmi les élèves pendant que les disparitions s’enchaînent… Un dénouement inattendu. Tout est réuni pour vous faire passer un bon moment.

Un livre dont on apprécie également la présentation soignée, avec le plan du pensionnat, une présentation des personnages, un lexique en fin d’ouvrage pour expliquer certains termes employés par Daisy, une police de caractère « années 30 » pour illustrer les différentes parties de l’histoire.

Il y aura une suite aux aventures du club Wells & Wong, un club de détectives qui saura sans doute rendre accrocs les jeunes lecteurs français.

Merci à Flammarion Jeunesse pour cette belle découverte !

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