Maintenant, c’est ma vie – Meg Rosoff

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Traduit par Hélène Collon

Daisy, une ado new-yorkaise, est envoyée par son père passer quelques jours dans la campagne anglaise, chez ses cousins. Dès la sortie de l’avion, elle est intriguée par Edmond, son cousin, venue la chercher à l’aéroport. 14 ans, la clope au bec, il conduit sans permis et surtout a un air de chiot perdu. Ce n’est que le début des surprises. Elle découvre le reste de la famille : Isaac, Piper, Osbert, une chèvre, des chats et des chiens, un mouton, forment le singulier mais sympathique comité d’accueil de Daisy. Tante Penn, qui aurait dû venir la chercher à sa descente de l’avion, est absente du tableau. La première impression qu’on a, c’est que les gamins ont l’air de vivre et de se gérer seuls, dans cette ferme où règne un joyeux bazar.
Peu à peu on découvre que le monde est en crise, en proie à un terrorisme de niveau mondial. Pourtant, le coin de campagne où vivent les cousins de Daisy ressemble à un Eden. On sent une menace latente. Le silence avant la tempête. Jusqu’au jour où une bombe explose au plein milieu d’une gare de Londres, faisant « quelque chose comme sept mille ou soixante dix-sept mille tués ». Alors tout dérape vraiment. Les aéroports ferment, « on parle partout de pénurie de produits alimentaires, d’arrêter les transports publics, de rappeler tous les hommes en âge de se mettre au service de la patrie », « les types de la radio demand[ent] d’un ton solennel à tous les gens qu’ils alpagu[en]t dans la rue si « ça v[eu]t dire que c'[es]t la guerre », sur quoi il fa[u]t fader des experts tout aussi solennels qui f[on]t semblant d’en savoir plus que le commun des mortels ». Le monde devient dingue. Tante Penn, qui travaille pour les hautes sphères de négociation de la paix, partie la veille à Oslo, ne peut revenir sur le territoire britannique puisque les aéroports du pays sont fermés. Les gamins vont devoir se débrouiller seuls, mais finalement, ce n’est pas si important puisqu’ils se débrouillaient déjà seuls. Quand ils reçoivent un message disant que les habitants doivent évacuer la zone, ils décident de ne pas quitter les lieux et d’aller se cacher pour vivre dans la grange. Malgré tout, ils finissent embraqués de force par les forces du pays et sont séparés. Daisy et Piper se retrouvent en famille d’accueil, dont elles s’échappent. Elles vont devoir apprendre à survivre et nous les suivons dans cette fuite folle.
Juste avant que tout dérape, Daisy et Edmond sont tombés amoureux. Daisy a fait une promesse, elle fera tout pour la tenir. Cela va la transformer et changer sa vie.

Daisy est un personnage blessée depuis sa naissance : elle se considère comme quelqu’un qui apporte le malheur partout où elle va : sa mère est morte en lui donnant vie. En arrivant en Angleterre, elle pensait avoir laissé les attentats sur le sol américain et voilà que le monde part en vrille. Avant la guerre, elle était anorexique, ou du moins avait des périodes où elle refusait de manger. Pendant la guerre elle va devoir trouver à manger pour ne pas mourir. Pourtant, comme elle le dit en prélude du roman, si la guerre a chamboulé pas mal de choses pour elle, en soit, les changements qui se sont opérés sont surtout dus à… Edmond.

J’ai beaucoup aimé les personnages principaux du roman, cette famille d’ados livrés à eux-mêmes, abandonnés par les adultes, qui sont tous des personnages négatifs. Tante Penn est bien trop occupée à négocier la paix pour s’occuper d’eux ; le père de Daisy se contente d’un coup de fil après la bombe pour savoir si elle est toujours en vie mais l’obligera à retourner à New York quand elle a décidera que sa vie est maintenant ailleurs. Les gamins sont brutalisés par les forces armés du pays. Bref, le monde des adultes est vraiment sombre. Parsemé de cadavres, de maisons dévastées.

Pourtant, dans cet univers de désolation, Daisy court après l’amour, incarné ici par Edmond. Cependant Meg Rosoff ne fait pas de ce roman une bluette sentimentale avec des violons et des trémolos, des machins bien « cul-cul-la-praline ». A travers ce thème amoureux, elle explore les ravages de la guerre, un monde vide et vidé de son sens, un monde où il faut explorer les cadavres pour retrouver ceux qui vous sont chers, où il faut compter sur la générosité de la nature pour survivre.
(J’ai particulièrement aimé le passage sur la cueillette des champignons et leurs conséquences ! 🙂 )

L’écrivain parvient à insuffler de la poésie dans cet univers apocalyptique, par la luxuriance de la nature qui reprend ses droits et qu’elle s’attache à décrire. On suit avec bonheur Daisy et sa petite cousine Piper dans leur cavalcade pédestre à travers la campagne anglaise.
Ne pas s’attendre à des dialogues, l’écrivain n’utilise pas le discours direct libre pour faire parler ses personnages à travers l’histoire que raconte Daisy. Ou si peu.

C’est premier roman que je lis de Meg Rosoff, publié en 2004 et, depuis, adapté au cinéma. Un beau roman young adult, à la fois palpitant, angoissant et émouvant. Un roman d’apprentissage original et paradoxal.
Il a d’ailleurs remporté de nombreux prix.

J’ai aussi visionné le film qui en a été tiré : dommage qu’une partie de la fin du roman soit complètement omis, que certains personnages meurent alors que ce n’est pas le cas dans le roman, ce qui change un  peu la donne. Le personnage de Daisy est complètement agressif dans le film, ce qui n’est pas le cas dans le roman. La Daisy du roman ne fait pas de caprices de merdeuse du genre qu’on a envie de remettre direct dans l’avion et elle n’assassine personne. Edmond s’appelle Edmond et n’est jamais nommé par le diminutif « Eddy », comme à l’écran. Pas d’histoire bombe nucléaire, pas de neige en plein été…
Le film se regarde, surtout si on n’a pas lu le roman, mais le réalisateur a pris des libertés. Donc je vous conseille plutôt de lire d’abord le roman et ensuite de regarder le film (d’ailleurs je ne fais que rarement l’inverse, car dans ce cas-là, je ne lis pas le roman parce que je sais que je vais être agacée 😉 )

Extraits :

« Puis je suis allée à la fenêtre et on distinguait un tout petit bout de lumière rose là où le soleil devait être en train de se lever, une brume grise parfaitement calme planait au-dessus de la grange, des jardins et des champs, et tout était beau, parfaitement immobile : j’ai bien regardé en m’attendant à voir débarquer une biche ou une licorne qui seraient rentrées chez elles en trottinant après une rude nuit, mais je n’ai aperçu que des oiseaux. »

« (…) des tonnes de rumeurs nous arrivaient de partout, mais à NOUS, il ne nous arrivait rien de SI GRAVE QUE CA.
Pendant ce temps, il y a quelque chose comme cent mille roses blanches qui fleurissent toutes en même temps sur le devant de la maison, une vraie folie; les légumes poussent d’au moins quinze centimètres par jour et les plates-bandes sont tellement bigarrées qu’on ne peut s’empêcher de rester en extase devant et qu’on en a le vertige rien qu’à les regarder. A en croire Isaac, les oiseaux s’éclatent bien plus depuis l’occupation parce que les voitures ne roulent plus, qu’on ne cultive plus la terre, bref qu’on ne fait plus rien qui les embête, si bien qu’ils n’ont plus qu’à pondre leurs oeufs, chanter et éviter les renards.
Ca commençait à ressembler à du Walt Disney sous ecsta avec tous ces écureuils, ces hérissons et ces biches qui se baladaient partout au milieu des canards, des chiens, des poules, des chèvres et des moutons;[…) »

« J’ai improvisé un couvercle avec un bout d’écorce qui s’est mis à fumer sur les bords, puis à prendre carrément feu, ce qui m’embêtait quand il fallait l’enlever pour remuer les champignons. Je me suis brûlé huit doigts sur dix en enlevant la gamelle du feu pour éviter que le tout ne soit carbonisé, ce qui m’a pris presque une heure (…) et vous n’imaginez pas à quel point ça peut être bon un truc qu’on a trouvé dans un champ(…) ».

« – Merde ! S’il écoute aussi ATTENTIVEMENT QUE CA, j’ai hurlé, ALORS COMMENT CA SE FAIT QU’IL N’ENTEND PAS QUE SI J’AI REUSSI A SURVIVRE JOUR APRES JOUR PENDANT DES ANNEES, C’EST A CAUSE DE LUI? »

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Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe

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Traduit par Marina Boraso

Deux ans après Le coeur qui tourne, voici le deuxième roman de Donal Ryan, l’Irlandais annoncé comme le nouveau prodige des lettres irlandaises. J’avais dévoré le premier à sa sortie, donc je me suis aussi jeté sur celui-ci..
Si c’est le deuxième roman publié, c’est en réalité le premier qu’a écrit Donal Ryan. Le coeur qui tourne se déroule chronologiquement après Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe. Petit extrait de ce que disait l’un des narrateurs du Coeur  (mais qui du coup va vous révéler la fin du roman donc attention spoiler si vous n’avez pas lu les deux romans) : « Il y a des années de ça, quand on a enterré le fils Cunliffe et que  sa vieille tante a raflé les terres pour les partager entre les gros richards, on s’est pris pour des élus, comme des cons. »  Mais on peut lire l’un sans avoir lu l’autre !

Nous sommes dans un village du Tipperary. Johnsey a toujours été considéré par les gens du coin comme un gentil garçon qui n’a pas toute sa tête, un simplet. Toute sa scolarité, il a été harcelé et battu par la bande de gus menée par Eugene Penrose. A présent Johnsey travaille pour la coopérative du village pendant que Penrose et ses potes racailles, devenus chômeurs,  continuent de lui chercher des noises à la moindre occasion, juste pour s’amuser. Johnsey s’est lui-même persuadé qu’il était un demeuré. Incapable de trouver une place dans le monde, il vit en retrait, seul, avec ses parents, dans leur ferme. Les choses déclinent encore sérieusement quand il perd son père, puis sa mère (qui ne s’est jamais remise du décès de son époux). C’est du lourd.  Il hérite de la ferme et se retrouve à la merci d’une bande de requins qui a décidé de lui faire la peau parce qu’il refuse de vendre les terres à un consortium promettant la prospérité aux villageois. Du coup, le naïf  Johnsey se retrouve malgré lui, dans le rôle du sale type qui va ruiner la vie de tout le monde. On comprend bien qu’on marche sur la tête dans cette Irlande de la spéculation immobilière.
Donc, comme dans Le coeur qui tourne, oubliez l’image d’Epinal du village irlandais tout mignon niché dans la campagne, avec de gentils villageois. La pastorale, ce n’est pas la tasse de tea de Donal Ryan. Les personnages ici sont tous des péquenots, bêtes et méchants. Hypocrites et manipulateurs. Des bouseux qui se liguent contre un pauvre gars qui, à force de manquer de confiance en lui, s’est persuadé depuis tout petit qu’il est un crétin.

Johnsey fait pitié et en même temps agace. Donal Ryan ne l’épargne pas. Cependant, si l’on grince des dents de nombreuses fois à cause de ces personnages pas franchement sympathiques et ce pauvre anti-héros à la limite de l’autisme, c’est surtout le rire qui l’emporte. A force de scènes cocasses et du bagou truculent de Donal Ryan, on oublie complètement cette histoire de spéculation immobilière qui en réalité est finalement très peu présente dans le roman. Franchement, j’ai vraiment eu l’impression parfois, et finalement assez souvent, que Donal Ryan se lâchait, débridait son imagination, avec ce qu’il avait dans la tête au moment où il écrivait. Pour l’avoir entendu à la rencontre au centre culturel irlandais jeudi dernier, je sais maintenant qu’il est capable de se mettre à rire tout seul de ce qu’il est en train de raconter. 🙂
Too much les scènes à l’hôpital, en compagnie de l’infirmière Jolie Voix et du compagnon de chambre, Dave Charabia, (le tout enrobée d’une histoire matérielle  de « chat-téteur »), des personnages qui seront les seuls contacts et « amis » de Johnsey une fois sorti de convalescence, pour composer une sorte de ménage à trois. J’ai failli mourir de rire. C’est assez dangereux de lire ce roman dans les transports (vous êtes prévenus !).

J’ai aimé, je ne peux pas dire le contraire. J’ai beaucoup ri. Mais j’ai quand même préféré Le coeur qui tourne pour la performance littéraire.  Ici on a l’impression d’un gros délire d’humour, très efficace, mais que le fond de l’histoire, finalement, passait à la trappe la majeure partie du roman, pour ne ressurgir qu’à la fin. Pour moi, c’est l’histoire d’un calvaire, celui d’un jeune homme naïf et inoffensif, dans un monde de brutes qui agissent comme une meute de  loups pour déchiqueter un agneau assez couillon (un Forrest Gump, comme il a été dit lors de la rencontre au CCI).  On suit sa vie, mois par mois, pendant une année, de janvier à décembre. Et en décembre, il va se passer quelque chose (The thing about december est le titre original)

Corrosif et terriblement drôle. Terrible c’est peut-être l’adjectif qui convient. 🙂

Extraits :
« D’après maman, quand on appelle son fils Dermot McDermott, ça prouve qu’on ne se prend pas pour la moitié d’une merde. »

Le four à micro-ondes : « Ce machin-là pouvait provoquer des tas de maladies, comment savoir ? Elle racontait qu’une dame était restée devant pendant qu’il chauffait, et alors son foie avait grillé et elle était morte en hurlant de douleur. »

« Les mots, par exemple. Ils sont formidables s’ils viennent de quelqu’un d’autre et quand ils sortent de la bouche de Jolie-Voix on dirait une glace à la vanille avec une gaufrette par-dessus, en plein été (…) ».

 » (… on lui a fait passer un chat-nerf. (…) on lui a déjà posé un chat-téteur qui se chargera de vider sa vessie. Décidément, il y a des chats partout là-dedans »

« Un autre problème avec Dave Charabia, c’est qu’il n’arrête pas de péter, alors que Johnsey a des douleurs dans le ventre quasiment tous les jours à force de se contrôler et de serrer les fesses. A ce stade-là, les vents ne prennent même plus la peine d’essayer de sortir : ils s’arrêtent au bord de la raie avant de rebrousser chemin. Du coup, ils se bousculent dans ses boyaux et se bagarrent pour se faire une place. Ca ne peut pas être sain, tout cet air qui s’accumule là-dedans. »

« Il ajoute que, de nos jours, ce n’est pas la peine de brancher une fille quand on n’a pas de portable. Le texto est l’outil moderne de la séduction. Et toi, mon vieux, tu es aussi un outil, mais pas taillé pour la séduction. Il suffit de quelques messages bien tournés pour qu’une fille s’excite et piaffe d’impatience avant même que tu l’aies rencontrée. »

« D’ailleurs, ce style de pantalon que tu portes, ça fait blaireau, passe plutôt aux jeans – modèle boot cut, pas ces merdes de Lee et de Wranglers, comme dans les années quatre-vingt. Pareil pour les bottes, c’est fini ça, trouve-toi des mocassins classe, mais les prends pas noirs, plutôt marron, avec le bout pointu. (…) Y a des mecs qui se baissent le futal jusqu’à la moitié des fesses pour montrer le haut de leur caleçon, mais là tu dois mettre la bonne marque, du Calvin Klein, quoi, le kangourou qu’on te vend chez Penneys, ça le fait pas. »

« Siobhán insiste auprès de Dave pour qu’il leur présente l’élue de son coeur. Ferait-elle partie de ces bégueules de la ville qui ont peur de subir une combustion spontanée si elles s’aventurent à la campagne? Et elle enseigne quoi, au fait ? Le braille ? »

Et je termine d’écrire ma chronique en pleurant de rire…  🙂

 

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Donal Ryan au Centre culturel irlandais le 19 janvier 2017 (c)

 

 

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Cité 19 – Livre 1: Ville noire – Stéphane Michaka

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Faustine est une ado du XXIe siècle passionnée par le XIXe siècle. Son père travaille au musée d’Orsay. Un jour, on le retrouve au pied de la tour Saint-Jacques : manifestement, il a été jeté dans le vide. Faustine est convoquée pour identifier le corps. Elle ne reconnaît pas les mains de son père. Mais elle décide de dire qu’il s’agit bien de lui et de mener sa propre enquête. Plusieurs fois, elle a croisé un mystérieux bonhomme à la station de métro Cité, un bonhomme, habillé comme au XIXe siècle, il a pour habitude de fredonner une chanson. Faustine trouve étonnant qu’il soit souvent sur son chemin. Un flic s’est mal conduit à son égard et elle a commis l’irréparable pour se défendre. En fuite, elle décide d’aller à la station de métro Cité. Le début d’une aventure à la fois de science fiction, de roman policier, avec une touche de fantastique.

Ce roman a reçu un prix à SMEP (St Maur en Poche!) en juin dernier, prix remis à l’auteur par des élèves d’un collège de la ville. Stéphane Michaka (et les élèves) ont merveilleusement parlé de ce roman et voilà, il fait partie de ma « pêche » du dernier Salon de Montreuil.

Ma chronique ne va pas être très approfondie (je suis un peu fainéante en ce dimanche!) .
J’ai adoré tout ce qui est le plongeon d’une jeune fille du XXIe siècle dans le Paris du Second Empire, et des travaux du baron Haussmann. La gamine se frotte à la condition féminine de cette époque où il est impossible, par exemple, d’exercer le métier de journaliste. Beaucoup de jeunes femmes sont réduites à être cousette, dans le meilleur des cas. Faustine devient Faustin. Et on se rend compte, comme elle, qu’elle est attirée par les femmes. Mais ensuite ? J’ai adoré me balader dans les coupe-gorges avec l’héroïne, qui se lance en cachette à la recherche de son père, dont elle est persuadée qu’il est parti comme elle, dans le Paris haussmannien (il est aussi féru du XIXe siècle). En même temps, un mystérieux assassin est à l’oeuvre. J’ai adoré la mise en évidence de l’évolution de la langue française (les expressions que les uns et les autres ne peuvent pas comprendre).

En revanche, j’ai beaucoup moins aimé l’irruption de cette histoire de cobayes et d’avatars de SF, dont on ne comprend pas vraiment le sens dans ce premier volume. J’ai été un peu désarçonnée et ces pages m’ont ennuyée.

Enfin, il y a comme un problème dans cette fiction : à un moment, deux camarades de Faustine du XXIe siècle partent à sa recherche et se retrouvent eux aussi catapultés dans le XIXe siècle de la même manière qu’elle. On suit un moment ce qui leur arrive au XIXe siècle et puis, ils disparaissent totalement du récit. Ca laisse un peu perplexe.

J’attends donc de lire le deuxième tome, « Zone blanche », qui a déjà paru pour me faire une idée définitive. Un premier volume qui n’a donc pas tenu toutes ses promesses, pour moi.Beaucoup de pistes sont ouvertes mais on les perd en route. J’attends mieux du second tome.

Extraits :
« Certains faisaient profession de commenter la Une. Ce n’était pas qu’ils savaient lire. »
« Elle se sentait comme une clandestine. Que dirait-elle si on lui demandait ses papiers ? »
« Sprenger, pourquoi le cobaye FX 44 n’a-t-il pas d’avatar? » (je vous le demande ! 🙂 )

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Les filles de Brick Lane, tome 1 : Ambre – Siobhan Curham

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Traduit par Marie Hermet

Ambre vit à Londres, dans le quartier de Brick Lane avec ses deux pères. Au lycée, elle est harcelée par les autres élèves qui la traite d' »homo », de lesbienne, comme si cela  était une honte. Ambre a deux passions dans la vie : Oscar Wilde, dont elle rêve de visiter la tombe au Père Lachaise, et son blog. Elle habite une maison ancienne qui aurait pu être la sienne.

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Maison d’Oscar Wilde à Londres

« Rose examinait l’imposante façade de briques. (…) Finalement, ce n’était pas étonnant qu’Ambre s’habille comme elle le faisait et qu’elle adore Oscar Wilde. »

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Le Petit Palais rend hommage à Oscar Wilde

La jeune fille adore les objets anciens et a pour habitude de se vêtir comme un dandy, ce qui la rend suspecte aux yeux des filles formatées, comme clonées sur le même modèle.

15822918_1374844092557781_3926394657381045220_n (cartes écrites par O. Wilde enfant et timbale) 15822588_1374844509224406_5203266379950055871_n

Quand ça va mal, Ambre se plonge dans les citations d’Oscar qui lui permettent de prendre de la distance. Un soir, n’en pouvant plus d’être le mouton noir, ses yeux tombent sur cette citation  : « Oui : je suis un rêveur. Car le rêveur est celui qui ne trouve son chemin qu’au clair de lune, et son châtiment est de voir l’aube bien avant le reste du monde. »  Ambre décide que les choses doivent changer. Ca ne peut plus durer. « Elle était à Londres, une ville qui comptait des millions d’habitants. Il y avait forcément des gens comme elle quelque part. Des gens qui ne pouvaient pas ou ne voulaient pas ressembler à tout le monde, ne pas dépasser, ne pas faire de vagues. Des gens qui, plus que tout, avaient envie d’aventure, de découverte. D’autres Pierrots lunaires. »  Elle décide de créer un club secret, « Les filles de Brick Lane », qui aurait pour but de se soutenir et s’aider à trouver la confiance en soi nécessaire pour réaliser ses rêves. Reste à trouver le moyen de se mettre en relation avec d’autres personnes qui lui ressemblent. Ambre travaille dans une boutique vintage quand elle n’est pas au lycée. Pour mettre en oeuvre son idée,  elle écrit une chronique sur son blog et confectionne cette petite carte qu’elle distribue à certains clients du magasin.
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Elle ne croit pas trop à ce qu’elle fait, mais à sa grande surprise, elle entre en contacte assez facilement avec trois filles, très différentes d’elles : Maali, Sky. Et Rose.

Maali, une jeune fille d’origine indienne. Photographe amateure, elle voue un culte à la déesse hindoue Lakshimi, déteste les racistes et souhaite plus que tout dépasser sa timidité et arriver à parler aux garçons, en particulier à un. Elle aide ses parents à la confiserie, dont le burfi à lanoix de coco de sa mère est sans doute un des meilleurs de Londres.

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« Maali ajouta le lait concentré dans la casserole. (…) elle alluma l’encens et fit tinter la cloche »

Rose, est une fille de célébrités, mais dont la famille est éclatée et séparée : son père est un acteur connu et vit à New York ; sa mère  mannequin traquée par les paparazzi. Plus que tout, Rose fuit les projecteurs et ne veut surtout pas devenir mannequin, comme maman. Sa mère est d’ailleurs en train de refaire sa vie avec Liam, un Irlandais qui vit sur une péniche, avec sa fille, Sky. Rose a tout de la petite peste formatée qui rentre bien dans le moule des conventions au lycée. Elle a un copain, mais en fait, elle se demande pourquoi elle est avec lui. Juste pour faire comme tout le monde. Son rêve c’est la pâtisserie (et les motos). Rien ne la transporte plus que de créer des recettes et de confectionner des petits gâteaux…
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« Rose cassa un oeuf sur le bord du bol et regarda le jaune luisant exploser dans la pâte à gâteau comme une tache de peinture sur un tableau. »

Sky est la hippie du groupe. Elle ne vit que pour la poésie et rêve de participer à un concours de slam. Elle est orpheline de mère et ne comprend pas pourquoi son père s’est amouraché d’un mannequin célèbre et encore moins pourquoi elle doit quitter la péniche où ils vivaient pour la maison huppée de cette femme, et de sa fille Rose.

 

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« Elle allait retourner sur le bateau. Elle allumerait de l’encens, se ferait un thé vert et travaillerait à son nouveau poème. »

Ces quatre filles sont issues de milieux sociaux différents, ont des goûts et des modes de vie différents, mais pourtant elle vont arriver à tisser des liens d’amitiés solides, s’entraider, et aussi sortir des préjugés qu’elles pouvaient avoir. Elles ont aussi des points en commun et des âmes d’artiste, chacune dans leur genre.C’est ce qui va les rapprocher. Sous l’égide d’un artiste d’un autre siècle et pourtant très contemporain.

C’est le troisième livre que je lis de Siobhan Curham et je n’ai pas été déçue. Un roman qui sous des airs badins aborde avec justesse les problèmes de l’adolescence et revendique haut et fort le droit à la différence et surtout celui d’être soi-même, de s’aimer tel qu’on est. L’histoire évoque aussi les dangers et les dérives d’Internet, le cyber-harcèlement.
Toute la modernité d’Oscar Wilde  est mise à jour, lui qui a souffert et payé pour sa différence, assumée sans complexes et avec impertinence. L’occasion de faire découvrir cet écrivain, critique, dandy et esthète aux gamins d’aujourd’hui. L’homoparentalité est abordé avec tact et justesse, sans omettre les problèmes rencontrés.
Enfin, une touche féministe avec la question du respect des femmes.

Un bon petit pavé qui se lit très facilement, une écriture qui emploie sans complexe le vocabulaire des adolescents d’aujourd’hui, et parfois cela m’a fait sourire (« Je vois que mes leçons n’ont pas été inutiles, alors, si tu arrives même à pécho dans un cimetière ! »). Néanmoins le texte n’est pas dépourvu de poésie et de poèmes. Ni même de gourmandise (vous trouverez une recette intégrale de petits gâteaux croissants de lune, et les burfis de la mère de Maali donne l’eau à la bouche ! 🙂 )

Mon seul bémol va à la couverture gris triste. Car ce roman est très coloré, plein de saveurs et chatoiements. Le clair de lune est souvent cité, celui du monde des rêveurs. Or, on ne retrouve pas toute cette poésie sur la couverture. Juste les tenues des hipsters de Brick Lane. C’est un peu dommage. Je trouve que la couverture originale est plus réussie.
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Un roman qui célèbre l’amitié, la solidarité et le droit à la différence. A mettre dans les mains des jeunes et des moins jeunes pour leur donner confiance en eux et foi en leurs rêves ! C’est le premier tome, il y a donc une suite.

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Extraits :
« Ambre laissa les mots résonner dans sa tête. C’était ça, le véritable usage des lettres : offrir une pause, faire réfléchir, aider à se sentir moins seul. »

« En lisant son poème, Sky éprouva une drôle de sensation, un peu comme lorsqu’elle écrivait. Tout disparu autour d’elle. » (tous les blogueurs s’y reconnaîtront ! 🙂 )

« Il vaut mieux vivre son destin de façon imparfaite que de vivre à la perfection une imitation de la vie d’un autre. »

« Sky l’avait transportée comme par enchantement dans un autre monde, un monde magique où Internet et les selfies, Twitter et les paparazzis n’existaient pas. »

« Pourquoi, dans un monde où un être humain sur neuf meurt de faim, où des millions d’enfants n’ont pas droit à l’école, où des centaines de millions d’adultes ne savent ni lire ni écrire, faudrait-il que l’on gaspille sa colère sur ceux qui ne la mérite pas ! »

« Dans la poche de son manteau, Ambre prit une pierre de lune. Elle l’avait trouvée au marché, sur le stand de minéralogie. (…) Elle avait pris sa trouvaille comme un signe de chance, d’autant plus que la pierre était violette, or et bleue. Et ronde comme une lune. »

Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour le livre et le colis qui contient l’âme des filles de Brick Lane ! 🙂

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Pour ceux que cela  intéresse : exposition sur Oscar Wilde au Petit Palais jusqu’au 15 janvier.
J’y suis allée, comme vous pouvez le voir : c’est chouette et instructif !

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Génération – Paula McGrath

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Traduit par Cécile Arnaud

2016 met les voiles. Je vous propose d’entrer avant tout le monde dans 2017 avec le nouveau et premier roman de l’Irlandaise Paula McGrath qui sera dans toutes les bonnes librairies le 12 janvier.

Les pages s’ouvrent sur l’année 1958. Le narrateur tutoie un personnage, un Irlandais planté devant l’entrée d’une mine d’uranium. Celle d’Elliot Lake, Canada. Les Russes ont mis en orbite Spoutnik. Les Américains voient rouge. L’Irlandais, dont on ignore le nom, est un immigré comme un autre qui répond au besoin de main d’oeuvre des Canadiens dont  « Les mineurs (…) n’arrivent pas à tenir la cadence. »  :
« C’est pourquoi tu es là, loin de chez toi. Tu as vingt-cinq ans. Tu ne sais rien de ton avenir, de la femme que tu épouseras, de vos futurs enfants : l’inconstante, le sérieux, et celui qui défera tout ce que tu t’apprêtes à commencer. »
Mais c’est l’année 2010 qui va occuper le coeur du roman, où chaque chapitre va porter le nom des personnages qui vont construire l’intrigue sous nos yeux. Le temps d’un printemps et d’un été. Joe est un fermier bio de l’Illinois. Célibataire et mal léché. C’est ainsi qu’on le découvre. Il surfe sur le web et sur Skype pour harponner une femme qui s’occuperait de sa ferme. La dernière a foutu le camp, c’était une Chinoise, dit-il. Il embauche des wwoofeurs pour la récolte de fruits et légumes. Mais qu’est-ce que c’est que le wwoofing ? Une sorte d’économie du partage : des personnes proposent leurs services bénévolement et temporairement en échange de logis et nourriture. Une manière de servir la cause écolo de l’agriculture bio et d’apprendre un autre métier. Avec son pendant d’exploitation… Pour Joe, ça permet un renfort de main d’oeuvre gratis aux  Mexicains qu’il emploie.
« C’est la fin de la journée, les laitues sont en promo. Je fais aussi un prix sur les coeurs de boeuf. Elles sont extra avec de la mozzarella, du basilic et un filet d’huile d’olive. Sentez-mois ça. »
Allez, ça le fait, un fermier bio, ça séduit la clientèle, surtout féminine. C’est l’image qu’il donne au grand jour.
De l’autre côté de l’océan, en Irlande, Áine, jeune femme divorcée, mère d’une petite Daisy, entend parler par sa collègue du wwoofing. Parce qu’elle a besoin de s’aérer et d’élargir son horizon, elle lance dans l’aventure. Elle envoie un mail @joelefermierhotmail.com ! 🙂

Le début d’un thriller qui ne dit pas son nom. Dès les premiers instants, nous savons, nous lecteurs, que Joe n’est pas un type totalement clair. Sans pour autant savoir pourquoi. Au début, on pense juste que c’est une caricature du fermier célibataire qui profite de la technologie moderne pour trouver des femmes. Il est grincheux, méprisant, sarcastique et sale – il vit dans une ferme qui rivalise avec une porcherie.
Áine est une femme intelligente qui s’aperçoit, mais pas tout de suite, qu’il y a un souci… Elle est curieuse, courageuse et ne va pas hésiter à mener sa propre enquête. Jusqu’à la fuite nécessaire pour protéger sa fille.
Pourtant, peut-on maîtriser la destinée des siens ? Quels impacts ont nos décisions sur la génération suivante ? Un des leitmotivs du roman, qui évoque aussi les familles éclatées, recomposées et pourtant liées à travers les continents et le temps. Quels souvenirs garde-t-on en mémoire ? Et de quelle manière la mémoire réécrit-elle ce qui s’est passé ?

J’ai aimé l’écriture originale de Paula McGrath, magnifiquement traduite, la diversité des tons et styles qui émaillent les histoires de ce récit aux multiples personnages, tous reliés par un fil d’Ariane ténu, sur plusieurs continents et plusieurs générations.
L’écrivain joue magnifiquement avec l’ombre et la lumière : de Spoutnik qui tutoie les étoiles aux mines d’uranium que creusent des immigrés; de l’habitation crasseuse de Joe, (qui a tout de la scène de la cuvette des chiottes toilettes de Trainspotting),  à ses plantations « bio » bien proprettes .
Un joli coup de griffe aussi sur l’exploitation humaine. Sous toutes ses formes..
Un roman court mais dense, tout en mystères et non dits. Paula McGrath tient le lecteur en haleine par une écriture kaléidoscopique où pourtant tout se tient dans une logique implacable. Impressionnant. Palpitant. Et effrayant par moments. On n’a pas le temps de s’ennuyer !
Une fiction très moderne, contemporaine et aussi inter-générationnelle, émaillée de références cinématographiques, dont on ressent une ambiance parfois  digne de Hitchcock (je pense en particulier à la scène du champ de maïs).
Une plume irlandaise à suivre, c’est certain.

Extraits :
« Quand nous sommes rentrées de nos voyages, je me suis enfuie. Je suis sortie de la maison alors que j’étais censée être au lit et j’ai marché. Ce n’était pas planifié ni rien. La puberté, ça a été comme se réveiller pour découvrir que j’ai été en prison toute ma vie, mais que le gardien avait laissé la porte ouverte. Quand on m’a retrouvée, ma mère est devenue tellement parano que si elle avait pu me mettre un bracelet électronique, elle l’aurait fait. Et plus elle flippait, plus je déconnais. »

« Ca vous fera dix-huit dollars. Régalez-vous. Oui monsieur, goûtez et vous verrez la différence. Ils sont extra-frais. Tout est bio. Pas de pesticides, pas d’engrais chimiques. Rien que du naturel. »

« Jusqu’ici, elle a toujours été du genre voyage organisé, mais maintenant, elle est une pionnière, un personnage des Raisins de la colère, une Thelma. Ou une Louise. »

« Elle escalade le talus et se retrouve au bord du champ de maïs. C’est assez facile, une fois qu’on va dans la bonne direction. Il suffit de suivre une rangée. Et même si on se trompe de sens, on finit toujours par arriver à une route ou une limite quelconque. Voilà ce qu’elle se dit résolument, mais son coeur tambourine. Elle a l’impression de nager dans une mer de feuilles, très loin au large, sans rivage en vue. Contente-te toi d’avancer, de suivre la rangée. Respire. Mais elle sent la panique monter en elle, de cet endroit coupé de la raison. La sueur qui perle sur sa peau ne vient pas de la chaleur du soleil, encore haut dans le ciel, mais du plus profond d’elle-même, et elle a l’odeur de la peur. »

Quelques mots sur Paula McGrath : Elle enseigne l’écriture à l’université de Dublin et à la Big Smoke Factory. Génération est son premier roman. Mais elle a écrit des fictions et non fictions paru dans The Irish Times, Necessary Fiction, ROPES Galway  et Surge. (anthologie des nouveaux écrivains irlandais). Ecrivain à suivre, ça c’est certain ! Elle possède un blog où vous pouvez suivre son actualité : https://paulamcgrath.com/

Un immense merci aux Editions de la Table Ronde  pour cette belle découverte
en avant-première.

 Voir aussi la chronique de Lettres d’Irlande et d’ailleurs qui a beaucoup aimé aussi ! 🙂

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Les improbables aventures de Mabel Jones – Will Mabbitt

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Traduit par Valérie Le Plouhinec
Illustré par Ross Collins

Découverte du Salon de Montreuil, parce que j’ai assisté à une joute de traduction en présence de l’auteur et ensuite à une rencontre dudit auteur,  Will Mabbitt, avec des élèves de CM2 et que tout ça c’était juste génialissime de drôlerie, eh bien forcément il ne m’en a pas fallu plus pour lire ce roman jeunesse tant les gamins avaient l’air de s’être délectés à la lecture et l’auteur amusé à l’écrire.

Bref rappel sur l’auteur. Will Mabbitt est anglais. Dans la vie, il a un autre job que celui d’écrivain (comme beaucoup) mais j’avoue que ça sort du lot des lettres puisqu’il est programmateur en informatique ! Première surprise. Il a commencé à écrire l’histoire d’une petite fille intrépide, Mabel Jones, dans le train qui le mène tous les jours à son travail à Londres. Deuxième surprise. Mabel Jones se fait enlever par des pirates ensacheurs de mioches qui mangent leurs crottes de nez !
La troisième surprise c’est bien cette histoire loufoque, et je ne sais même pas si le mot est assez fort. Mabel Jones se fait donc enlever par des pirates mais qui ne sont pas humains  : un loris silencieux, Chuchotis Chut, dont la présence se manifeste par un « silence suspect et suspicieux », ensacheur en chef de mioches  sur l’Asticot Férosse, bateau dirigé par un terrible loup, Idryss Ebenezer Split. Pour ne parler que de deux bestioles parce qu’il y a un tas d’autres, toutes plus horribles et fantasques les unes que les autres, dans un univers totalement imaginaire de l’imagination débridée de Will Mabbitt. Parfois ils vont à la Taverne du Homard Scrofuleux, se boire un petit Pourri de Guêpe (il y a en a même du light !), ou bien du pipi de chat. Tout sauf du lait, boisson du diable qui peut vous coûter la vie… 🙂

15726689_1359532344088956_5064323431133521295_n.jpgCes pirates surveillent les gamins donc et attrapent ceux qui commettent l’Acte -manger ses crottes de nez 🙂 . Ils en font des pirates chargés de les aider à trouver un trésor en échange de leur liberté. Sauf que d’habitude, ils capturent des garçons. Très surpris d’avoir une gamine dans leur filet cette fois-ci. Voici Mabel Jones à la recherche d’un fragment de X pour arriver un jour à rentrer chez ses parents.

Le plaisir de ce roman c’est aussi la mise en page et l’illustration du texte, le jeu sur la typographie qui donne encore un peu plus de  relief à cette histoire loufoque :

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Le narrateur par moment perd le fil de son histoire et raconte sa vie, interpelle le lecteur en lui conseillant, par exemple,  de se mettre un slip sur la tête pour observer la scène en toute discrétion (genre « mets ta cagoule », quoi 🙂 …
Bravo à Ross Collins pour les illustrations tout à fait expressives de l’ambiance de cette histoire. Et à la traductrice qui a dû s’amuser avec tous les mots loufoques qui parsèment le récit.

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Quelques moments de tendresse aussi avec ce loris silencieux finalement aussi attachant que l’héroïne qui n’a peur de rien.

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Un roman qui est vous insuffle une dose de bonne humeur.
Je reprends les mots employés par Will Mabbitt pour en parler : c’est drôle, effrayant et dégoûtant. Et j’ajoute :  très vivant et délirant !

A mettre au pied du sapin des fêtes de fin d’année sans aucune hésitation.

Joyeux Noël !

 

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Dernière nuit à Montréal – Emily St. John Mandel

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Traduit par Gérard de Chergé

Un jour Lilia disparait et Eli, son petit ami, thésard sur la disparition des langues, se lance à sa recherche. Je vais bien être embêtée pour parler de l’histoire de ce roman de la Canadienne Emily St. John Mandel car en fait il n’y a pas vraiment d’histoire, si ce n’est celle d’une disparition. Je dirais même que c’est la force de ce roman dont l’héroïne est absente des pages au présent. On la croise au passé, mais c’est tout. C’est l’histoire d’une absence, d’une vie de fugue et des traces laissées dans la vie de ceux qui l’ont croisée. D’une perception du monde à travers les mots et les langues dont la plupart sont (aussi) amenées à disparaître ou ont disparu.
Ce n’est pas une histoire dans laquelle on entre d’emblée. J’ai mis 150 pages à l’apprivoiser à force de patience mais aussi parce que c’est également une lecture hypnotique qui vous traîne de nuit, dans la rue, les bars, les discothèques et les chambres d’hôtel et sur les routes. Une atmosphère de déréliction dont on ne parvient pas à l’extraire, alors on se laisse entraîner sur la trace d’un fantôme.
C’est l’histoire d’une énigme, celle du secret de Lilia. Que l’on ne comprend qu’à la fin, parce qu’une seule personne le connaît et a promis de ne jamais le révéler. Sauf que…
Un récit fait de multiples histoires qui forment un puzzle kaléidoscopique tout à fait plausible dans son étrangeté.

Un roman étrange donc, mais fascinant même si je lui ai trouvé quelques longueurs malgré la majesté de la plume d’Emily St. John Mandel. Je n’ai pas pu l’abandonner même si, par instant, l’auteur aime vous perdre entre l’Arizona, le Nouveau Mexique  le Québec et Rome. Parfois on ne sait plus trop où l’on en est, un peu comme Eli qui se désespère d’arriver à retrouver Lilia au point d’en avoir des hallucinations, d’entendre sa voix ou de voir sa silhouette là où elle n’est pas.
J’ai bien aimé le parallèle entre la disparition des langues et la disparition de Lilia. Original !
Donc voilà, une chronique étrange sur un roman du vide laissé par une absence. 🙂

Extraits :
« (…) Je te quitte pour toujours brodés sur le devant de sa parka. Quelque chose lui parut bel et bien un peu insolite, mais il n’en tint pas compte, tout à l’excitation de la chasse au papillon -jusqu’au moment où, plus tard, trop tard, quelque part entre les mots d’emprunt des Andes et les dialectes perdus de l’ancienne Californie, il jeta un coup d’oeil distrait à la pendule. »

« La majorité des langues, lui annonça-t-il solennellement, sont appelées à disparaître. (…) sur les six mille langues actuellement parlées sur terre, quatre-vingt-dix pour cent sont en danger et la moitié n’existeront plus d’ici la fin du siècle prochain. »

« Trois mille langues, vouées à l’extinction. Il était devenu obsédé par l’intraduisible : son idée, et le sujet de sa thèse (…) »

« Lilia avait conscience par moments, à côté d’elle, d’une présence à demi entrevue, évanescente, indirectement apparente, comme les étoiles que l’on peu voir uniquement quand on détourne les yeux. »

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Wondercat t. 1 : un chat bleu très très spécial – Audren

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Illustré par Fabrice Pialot

En traînant sur le stand d’Albin Michel au salon de Montreuil, un petit livre a attiré mon attention à cause de ce chat bleu. Je l’ai retourné pour lire la 4e de couverture :
« Le rêve de Tibère se réalise enfin : sa famille adopte un chat ! Mais, l’animal se révèle plus qu’étrange : il est bleu, il aime les crêpes Suzette et les jeux vidéo, et il communique par la pensée sur les écrans des téléphones portables. Il est extrêmement capricieux, un véritable dictateur à quatre pattes ».
J’adore les chats et il avait une bonne bouille. Et zouh, adjugé vendu !
Je me doutais bien que le livre avait un côté loufoque, évidemment. Mais j’étais loin de m’imaginer où m’entraînerait cette histoire. Tibère a une soeur blogueuse, un père informaticien en déprime parce qu’il vient de perdre son papa, un 11 septembre de surcroît. La météo de la famille n’est donc pas au beau fixe alors la mère du gamin décide d’adopter un chat. Ce chat est bleu mais tout le monde pense que c’est dû à une mauvaise blague de ses anciens maîtres. Tout le monde croit que la soeur de Tibère s’est fait piraté son blog quand apparaissent de drôles de messages où elle y va à qui mieux mieux pour balancer des photos du chat qu’elle a déguisé et affublé du nom ridicule de « BG » pour « Beau Gosse ». A côté de cela, l’animal est très capricieux et très très spécial quant à son régime alimentaire puisqu’il adore les crêpes Suzette. Il veut manger à table comme un humain, dormir dans un lit. Un chat qui vous agace à longueur de journée. La mère décide de le recadrer et de le remettre à sa place d’animal. Furieux il claque la porte et finalement, toute la famille se mobilise pour le retrouver.

J’ai beaucoup aimé cette histoire où Audren ne bride pas son imagination : on se demande à toutes les pages quel nouvel élément incroyable elle va inclure dans son récit. Un roman pourtant ancré dans le contemporain et le réel avec des gamins qui bloguent à qui mieux mieux tout et n’importe quoi dans l’illusion de devenir des stars du web, quelqu’un,  mais qui se prennent finalement une leçon de vie grâce à un chat surdoué et bleu 🙂 .
La technologie occupe un place importante avec cette bestiole qui communique par téléphone portable parce qu’elle est « cyberpathe ». Bref, la technologie c’est fabuleux, magique, incroyable, mais ça ne peut pas combler tous les vides ni la solitude. Et attention, aux mirages du virtuel, la réalité est parfois tout autre.

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Le personnage du chat est bien agaçant, la mère qui veut tout recadrer et tout contrôler, pas moins, sans parler des deux blogueurs de l’histoire à qui on a envie de demander d’aller un peu voir dehors le temps qu’il fait. Finalement, seul le narrateur, le fils de cette famille ordinaire paraît supportable !

Un récit bien sympathique donc, dans un petit livre illustré tout mince qui vous arrachera des sourires. Une manière originale de mettre les gamins en garde contre l’illusion du web sous toutes ses formes, et pas que les gamins, d’ailleurs !

Un deuxième tome est à paraître en avril 2017. Je me demande ce qui nous attend !

Extrait :
« Je pensais à tous ces gens qui vivaient de fausses vies derrière leurs écrans et leurs réseaux sociaux, tous ces Camille qui s’accrochaient à leur blog ou à un chat bleu pour exister. Je m’inquiétais pour ma soeur qui, bien heureusement pour elle, ne se trouvait aucun point commun avec ces gens-là. »

« Tu as rouvert son blog ? lui demandai-je ?
– Non ! Mais il semblerait qu’une certaine Coeurdeponey ait fait l’acquisition d’un chat bleu semblable au nôtre, et s’en donne à coeur joie sur la blogosphère ».

« Grâce à Wondercat, papa se sentait ragaillardi. Il ne cessait de reprendre des forces comme on reprend du gâteau même quand on n’a plus faim, juste parce que c’est bon, juste parce que ça fait du bien. »

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Rentrée littéraire d’hiver : mes choix

Dans même pas un mois, on est déjà en janvier de l’année prochaine. Qui dit janvier, dit rentrée littéraire d’hiver, bien plus mystérieuse et discrète que celle de septembre-octobre qui nous noie sous la masse des publications. Mais cette année encore elle promet d’être savoureuse pour tous les amateurs de littératures irlandaise et nordique.
Et cette année, j’ai la grande chance de pouvoir lire quelques livres en avant première. 🙂

3 janvier
J’avoue que j’ai été déçue à deux reprises par les publications de Buchet Chastel et que du coup, je suis un peu frileuse. Mais je suis d’un naturel assez curieux en matière de littérature, donc, pourquoi pas ce nouveau Kevin Barry (auteur de Bohane,sombre cité) qui nous plante John Lennon dans la cambrousse du Mayo, ça peut être drôle. Donc, c’est parti pour L’oeuf de Lennon !

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Extrait de la présentation éditeur : « L’oeuf de Lennon imagine le voyage incognito de John Lennon en mai 1978, sur son île de Dorinish dans le comté de Mayo, au large de la côte ouest irlandaise. En pleine crise existentielle, John décide d’aller s’isoler sur ses terres pour y pousser son cri primitif et se libérer de ses démons. Mais pour ce faire, il doit d’abord quitter discrètement la côte en compagnie de son chauffeur et guide spirituel Cornelius O’Grady, sorte de Sancho Panza à l’irlandaise. »

4 janvier
Rendez-vous important de l’année, placé sous le signe d’Oscar Wilde et la plume de l’Anglaise, Siobhan Curham (l’auteur de l’hilarant Cher Dylan, entre autres), pour une nouvelle série,  Les Filles de Brick Lane, Tome 1 : « Ambre » dont j’ai pu lire un   extrait, grâce à Flammarion Jeunesse.

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L’histoire de 4 jeunes Anglaises, (une photographe amateur, une blogueuse assidue, une poétesse en devenir et une enfant de parents célèbres et divorcés) qui « en ont marre qu’on leur dise qui il faut être et à qui il faut ressembler » et décident de monter un club secret pour trouver confiance en elles afin d’aller au bout de leurs rêves. J’ai hâte d’en savoir plus ! 🙂

5 janvier
J’ai toujours Illska à lire dans ma liseuse, n’empêche que ce nouveau roman de l’Islandais Eiríkur Örn Norddahl, Heimska La stupidité, me tente  beaucoup aussi !

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Extrait de la présentation éditeur : « Dystopie contemporaine, Heimska est une satire vibrante de notre addiction à la vie des autres, de notre obsession de la transparence, de notre vanité sans bornes. Norðdahl passe le monde à la moulinette : l’art, l’amour et la politique sont autant d’illusions narcissiques qu’il convient de déboulonner avec une joie féroce. »

11 janvier
Un nouveau… Donal Ryan ! Mon coeur a fait boom car son premier roman, Le coeur qui tourne, était juste génialement satirique, et génial tout court. Je suis les pieds dans les starting blocks pour lire Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe ! Je suis en train de rêver que le CCI l’invite, je ne sais pas pourquoi ! 🙂

Edit du 7 janvier : Et bingo! Donal Ryan est l’invité du CCI le 19 janvier!! Promis, je n’étais pas au courant.

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Extrait de la présentation éditeur : « Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe raconte, au jour le jour, le combat d’un homme seul pour donner un sens à sa vie dans un monde qui en est dénué. Donal Ryan livre au passage une formidable critique de la société moderne et du matérialisme qui vient à bout de toutes les valeurs et de tous les idéaux. » 

12 janvier
Quand je dis que le mois de janvier va être littérairement génial, je pèse mes mots ! Une nouvelle venue en matière de littérature irlandaise en France : Paula McGrath dont j’ai déjà pu lire le premier roman, Génération, dans son intégralité grâce à la chic équipe des Editions de la Table Ronde.

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Après le mini-stress de savoir si ça allait me plaire, je n’ai finalement pas lâché ce roman résolument moderne, contemporain,  magistralement écrit et un peu flippant aussi,  une fois que je l’ai eu commencé. J’en reparle bientôt.
Extrait de la présentation éditeur : « Joe Martello est le propriétaire d’une ferme au coeur de l’Illinois – de ces grandes fermes bio où se croisent travailleurs clandestins et jeunes wwoofeurs venus d’Europe. C’est par une copine de bureau qu’Aine entend parler de ce trentenaire mal léché. Quelques échanges sur Skype plus tard, elle se décide à le rejoindre pour passer un été loin du carcan de sa vie de jeune mère divorcée dans sa province irlandaise. »

En janvier, ce sera aussi la suite des aventures de Mabell Jones, (dont je suis en train de lire l’hilarant tome 1 dont je vous parlerai bientôt) la gamine créée par Will Mabbitt.

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2 février

Pas de visuel, pas de présentation éditeur déjà publiée mais février commence avec le retour d’Arnaldur Indridason, avec Dans l’ombre. Donc je ne sais pas s’il s’agit de la série chouchoute des aventures de l’inspecteur Erlendur ou de tout autre chose. Mais encore une date notée dans mes tablettes !

23 février
Good news ! Réédition d’un roman épuisé de Molly Keane ( dont j’ai des livres à lire d’elle et dont il faudrait que je rattrape mon retard – mais à quand un congé formation lecture ? 🙂 ) : La revenante, éditions La Table Ronde, collection « Petit Quai Voltaire »

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Présentation éditeur : « Jasper Seift et ses trois soeurs mènent à Durraghlass la vie aristocratique et indigente de nobliaux ruinés, à la fois indissolublement liés et déchirés par leur aversion mutuelle et leurs haines. Survient Léda, la ravissante cousine d’autrefois, aujourd’hui sourde et aveugle, traînant derrière elle un passé trouble. Molly Keane nous conte dans La Revenante le destin de ces êtres meurtris par leurs passions et les interdits d’une société enfermée dans ses traditions. »

Plus dans le flou sur la date de parution mais j’y crois pour janvier ou février, le dernier Sebastian Barry, aux éditions Joëlle Losfeld ,dont je présente le visuel du roman en version original.

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Un nouveau Sebastian Barry, on ne peut pas en rater la lecture, ce serait une vraie faute ! 🙂 😉

Edit du 7 janvier : hé, hé, pour ce Sebastian Barry prometteur puisqu’il vient de décrocher un prix, il faudra attendre le début de l’année 2018 pour le lire en version française. Mais à noter dans les tablettes quand même, ça va sans dire ! 🙂

Enfin, pour terminer, bien au-delà de l’hiver, une réédition d’un roman d’Edna O’Brien à paraître en mai aux éditions Sabine Wespieser : Dans la forêt .

Ainsi se clôt mes quelques pistes de lectures pour bien commencer 2017.

Edit du 7 janvier : Et comme ma copine de Lettres d’Irlande, je ne cite pas le nom des traducteurs quand je fais un billet de choix de lectures pour une rentrée littéraire. Faire une telle chronique demande déjà beaucoup de travail. Nous, blogueurs, nous devons aller à la pêche à l’information, nous ne sommes pas des professionnels, nous n’avons pas toujours toutes les informations. Nous ne sommes pas rémunérés pour faire ce travail, que nous faisons avec grand plaisir en choisissant des livres qui sont en affinités avec nos goûts. En revanche, je cite, comme Lettres d’Irlande, comme Au bonheur de lire, pour ne citer que ces blogs (mais on est finalement très peu nombreux à le faire) le nom du traducteur pour chaque livre chroniqué sur le blog. J’ai un peu pris pour moi, parce que ça aurait pu être moi au regard des livres présentés, la réflexion d’une traductrice. C’est déplacé. Surtout dans la manière de le dire. Que les traducteurs aient des revendications, c’est légitime et je suis la première à soutenir leur travail que je sais énorme. Mais les revendications, il faut les faire aux professionnels de l’édition pour qu’ils acceptent de mettre le nom du traducteur sur la couverture. Certains le font. C’est un peu malvenu quand même d’avoir choisi un livre, de l’avoir posté sur un blog, et donc de lui avoir fait de la publicité finalement, et en plus se prendre un commentaire pas sympa. Assez contre productif au regard de l’effet vexatoire produit. On n’a aucune obligation. Voilà.  La page est tournée.

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Retour sur le salon de Montreuil

Et voilà pour moi le salon de Montreuil c’est déjà du passé après deux journées bien remplies et jubilatoires.

Vendredi fut une journée pleine de gamins au millimètre carré. Le salon ressemblait à une classe géante grâce aux enseignants qui ont eu la bonne idée de les y emmener. Pour ce que j’ai pu voir, les élèves étaient ravis.  Dans les allées j’ai entendu des choses comme : « Whaa ! Regarde, il y a plusieurs étages. Viens mon pote on va aller se choisir des livres tous les deux. » 🙂 Bref, ils avaient l’air de s’éclater de plusieurs manières, plus ou moins studieuses mais avec la ferme intention d’en profiter.

Salle comble pour la joute de traduction, en présence de l’écrivain anglais Will Mabbitt et des traductrices Marie Hermet et Paola Appelius (co-animée par Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec de l’ATLF – Association des traducteurs littéraires de France).

Le texte était tiré du tome 2 des aventures de Mabel Jones qui sort en janvier en France.

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Mabel Jones et la cité interdite, traduit par Valérie Le Plouhinec, éditions Nathan

De jeunes traducteurs en herbe ont proposé, eux aussi, avec beaucoup d’enthousiasme et de passion, leur version du texte.

Continuation avec Will Mabbitt pour en savoir un peu plus sur lui et ses romans avec « Pirates et Compagnie », animé par Fred Ricou.
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Encore une fois, un jeune public qui n’a pas arrêté de poser des questions très pertinentes, sans peur ni tabous. C’était extra.
Alors grâce à eux, j’en sais un peu plus sur Will Mabbitt : en « vrai » dans la vie, il est informaticien (mais pourquoi je n’ai pas un Will Mabbitt comme informaticien au boulot ??). Il a écrit le premier volume des aventures de Mabel Jones dans le train qui le mène chaque matin à Londres pour son travail. L’histoire est celle d’une petite fille qui se fait enlever par des pirates (qui ont la forme de créatures animales) parce qu’elle mange ses crottes de nez. 🙂 Cette petite fille est sans doute l’enfant qu’il aurait aimé être. Le livre est illustré par un dessinateur écossais, Ross Collins (qui a dit que les Anglais et les Ecossais étaient incapables de s’entendre ?). Will Mabbitt serait ravi que ses livres soient adaptés au cinéma : peut-être comme un film d’animation proche de Coraline. Il  a encore au moins 6 romans dans sa tête (et il y a un troisième volume pour les aventures de Mabel Jones).
Un jeune lecteur s’est lâché : « C’est quoi l’intérêt de votre livre ? » 🙂
Réponse : « Mon livre est drôle, effrayant et dégoûtant. »
Si vous n’avez toujours pas envie de connaître les bouquins de Will Mabbitt, moi si !! Me suis bien amusée.

Pendant cette journée, il m’est arrivé quelque chose d’encore plus improbable que les aventures de Mabel Jones : retrouver dans les travées du salon ma meilleure copine de fac pas vue depuis quelque chose comme 18 ans qui m’a reconnue, que j’ai reconnue. Donc évidemment, ca valait le coup de sécher la troisième rencontre littéraire prévue. Mieux que « Copains d’avant » le salon de Montreuil !!

Et puis pendant cette première journée, j’ai quand même réussi à nager à travers la marée humaine du jeune public (à côté, le samedi c’était hyper moins fatiguant). Et voilà que je trouve des trésors au stand « Livres rares »

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Livre beaucoup plus vieux que moi, mais soudain j’ai eu 6 ans.

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Un bijou mais il n’était pas à vendre.

 

Le deuxième jour,  je me suis surprise à assister à une rencontre, « U4, l’aventure contagieuse » sur une série dont j’ai lu un tome qui ne m’a pas emballée, histoire de me faire une idée plus précise sur ce qui est devenu un best-seller. C’était en présence de  l’équipe éditoriale des éditions Nathan et Syros, des quatre auteurs (Yves Grevet, Florence Hinckel, Carole Trébor et Vincent Villeminot), mais aussi des dessinateurs (Pierre-Yves Cézar, Marc Lizano), du scénariste (Lylan) puisqu’un 5e volume de la série, intitulé Contagion, a paru à la rentrée littéraire et inclu une bande dessinée. Cerise sur le gâteau, présence de trois des quatre vainqueurs du concours de Fan Fiction.

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Je suis à la fois dubitative, intriguée, pas vraiment convaincue mais en même temps dans le lot, il y a des auteurs que j’apprécie… La curiosité va sans doute l’emporter sur le reste, sans doute l’emprunterai-je en médiathèque ou me le ferai-je prêter, histoire de voir. Mais ce n’est pas ma priorité lecture du moment.
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Puis je me suis ensuite catapultée dans un univers inconnu pour moi : l’auto-édition américain Young Adult, avec la rencontre « Des voix pour réagir » en présence des auteurs Rebecca Donovan (éditée par PKJ) et Amy Harmon (chez Robert Laffont collection « R »), en présence des deux éditeurs concernés.
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Ces deux écrivains ont vu leurs romans rejetés moult fois par les éditeurs aux Etats-Unis parce que le sujet de leur livre dérangeait là-bas, dans la production éditoriale Young Adult. Donc elles se sont auto-éditées puis leur succès a fait le reste. Cela dit, je voudrais bien voir en quoi, en France,  elles innovent en matière de littérature jeunesse/Young Adult parce que dans cette catégorie, beaucoup d’éditeurs ne sont pas frileux et publient de très bonnes choses sur des thèmes comme la famille homoparentale, le problème de l’identité sexuelle, les attentats, etc . J’ai eu la vilaine impression que les éditions Robert Laffont prétendaient innover…  Histoire de me faire une idée préciser sur la soi-disant ligne éditoriale innovante, je vais lire au moins un des bouquins.
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Impossible d’acheter un livre sur place parce que pendant que j’assistais à la rencontre, une file géante attendait déjà devant le stand pour se faire dédicacer les livres. Vive le marché de l’occasion (je doute de les trouver en médiathèque)…

Beaucoup plus dans mon élément en rejoignant la scène des pépites pour « Les grandes aventures de l’adolescence », avec Alex Cousseau, Claudine Desmarteaux, Meg Rosoff et Nicolas Wouters, animé par Michel Abescat (Télérama), devant un jeune public une fois de plus enthousiaste sur les questions qui touchent à l’adolescence, avec des questions comme « c’est quoi pour vous un adolescent normal ? », qui a débouché sur, justement est-ce que la normalité existe?, est-ce que ce n’est pas mieux d’être soi-même ? etc et j’en oublie.

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Je suis assez curieuse de lire le dernier Nicolas Wouters (Totem) qui, je crois, est un des lauréats des pépites 2016 du salon.

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scénario Nicolas Wouters, illustrations Mikaël Ross, éd. Sarbacane

J’ai zappé Jeff Kinney, l’auteur de Journal d’un dégonflé, trop de monde.

Et pour finir, le butin pour tous les goûts de la famille, entre commandes de mini-monstres et inspirations diverses, avec une pensée particulière pour cette histoire de chat bleu qui est tombé à pic et quelques idées pour écrivain en herbe en mal d’inspiration. 🙂
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Le roman de Montreuil 2016 est terminé. Prochain volume sans doute l’an prochain que j’espère aussi réussi et riche en émotions.

 

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