La revenante – Molly Keane

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Traduit par Simone Hilling

Au domaine de  Durraghlass, en Irlande, Jasper Swift vit avec ses trois soeurs, April, May et June. Tous les quatre sont les descendants d’une famille aristocratique, ruinée. On déduit, au regard des conversations des protagonistes et de la date du roman, que l’histoire se déroule dans les années quatre-vingts. La fratrie Swift ne se contente pas d’être désargentée, chaque personnage a un handicap : Jasper est borgne; May est a une malformation à une main qui l’empêche de se servir du bras qui va avec; June est analphabète et April sourde comme un pot. Bref, en deux mots, ce domaine ressemble à la Cour des miracles ! Trop couvés par leur mère, à présent défunte depuis des lustres, ils n’ont jamais quitté le domaine, sauf April, le temps de se marier, de se retrouver veuve et de retourner à Durraghlass. Nous voici dans un univers cocasse à souhait, où, en outre, les personnages ne se supportent pas et passent leur temps à mesquineries, comme si c’était leur manière à eux de se montrer qu’ils s’aiment. Leur vie va être chamboulée par l’arrivée impromptue d’une excentrique cousine juive, Leda, qu’ils croyaient tous décédée dans un camp de concentration. C’est du moins ce qu’ils avaient imaginé. Comme si c’était presque congénital, Leda aussi est handicapée : elle est aveugle ! 🙂 Mais manipulatrice, prompte à faire ressurgir les secrets de famille et raviver des flammes…

La revenante, a été écrit par Molly Keane en 1983. Ses  premiers romans datent des années trente, publiés sous un pseudonyme pour éviter sans doute les envies de vengeance. Elle se remet à écrire après trente ans de silence, avec la publication  des Saint-Charles, en 1981, sous son vrai nom. Il faut dire que les temps ont changé !
J’ai été étonnée par l’acuité, la causticité et la modernité de l’auteure, née au début du siècle (en 1904). Ses personnages sont des vieillards d’un autre temps, vivent en retrait du monde, sortant très peu de leur domaine : ils n’ont même pas de quoi manger : Jasper confectionne des plats avec des ingrédients douteux comme si cela était normal. Pendant qu’April s’achètent des crèmes de beauté hors de prix pour effacer les ravages du temps !  Finalement, ce sont les animaux du domaine, chiens, poules, truies, qui vivent comme des artistocrates. Le seul homme de cette big house  porte toujours la casquette en tweed que sa mère lui a acheté trente ans plus tôt :
« Elle lui seyait avec autant de grâce que les chapeaux rêvés par Proust pour Odette (…) Maman avait également choisi le tweed de son manteau. (…) Antiquité fragile et sans âge, il pouvait lui claquer dans les mains d’une minute à l’autre. Mais Savile Row… Il frissonna : trois cents livres pour avoir quelque chose de présentable aujourd’hui. Impossible. Terrible. Terrible époque. »
Terrible, terrible humour noir de Molly Keane qui n’épargne aucun de ses personnages dans cette satire sociale qui vous met le sourire aux lèvres. Elle ne se gêne pas pour dénoncer les travers d’une caste dont la vie est à présent une ruine, à l’instar de la maison dans laquelle elle vit. Elle laisse le lecteur deviner entre les lignes les secrets enfouis par des tabous d’un autre âge. Sans pour autant épargner la cousine juive pas franchement claire.

La revenante est un bonbon acidulé, saveur citron, à consommer sans modération. 🙂
Si vous n’avez jamais lu Molly Keane, peut-être pouvez-vous commencer par celui-ci !
Quant à moi, La chasse au trésor (1952) a rejoint ma PAL depuis peu.

Extraits :
« Ses mains réchauffées et assouplies, Jasper se remit à la préparation de la tourte aux pigeons, se laissant aller au gré de l’inspiration… il y avait des champignons dans un sac en papier, et il se rappela quelques tranches de bacon strié, raidies par l’âge, trop salées pour le petit-déjeuner, parfaite pour une tourte. Un peu de boeuf ? Il hocha la tête. Une minute, une minute – où les avait-il donc mis, ces restes parfaits pour la pâté des chiens ? En fait, il les avait mis dans la pâté des chiens. Mais ce qui y était entré pouvait en ressortir puis passer sous le robinet de l’office, peut-être. Oui, bien sûr, pourquoi pas ? »

« Elle avait sept ans en effet quand Leda était venue pour la première fois passer les grandes vacances à Durraghglass, quand Leda et April l’avaient écartée de leurs gloussements de meilleures amies. Elle leur tournait autour pour écouter leur conversation, mourant d’envie d’en savoir plus sur les gâteaux à la crème et le chocolat d’Autriche. Amoureuse de la belle Leda, elle entendait jouer des valses… »

« – Reste là, commanda-t-elle, pendant que je vais dans ma chambre chercher ma crème Vitamine Plus. Une pure merveille. »
« C’est la crème qu’Ulick me rapporte de Paris.
Elle tenait entre ses mains, comme un calice, un petit pot.
– Une noisette suffit. Tu masses de bas en haut; ça nettoie, raffermit et nourrit.
– Oh ma chérie, et est-ce que ça fait tout ça en français ? 🙂

Mille mercis aux éditions de la Table Ronde, qui m’a décidément bien gâtée avec la belle collection « Petit Quai Voltaire ».

 

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Hortense et Queenie – Andrea Levy

 

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Nouvelle traduction d’après celle de Frédéric Faure

En 1948, Hortense, Jamaïquaine, rejoint Gilbert, son mari, à Londres. Gilbert est un ancien soldat de la R.A.F., un Jamaïquain engagé dans l’armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, au service de la « Mère Patrie ». Hortense était institutrice dans son île natale.Qu’elle n’est pas sa surprise de découvrir que Gilbert habite dans une chambre et que c’est là-dedans qu’il compte la faire vivre ! La jeune femme prend plutôt mal la chose, elle qui est coquette et élégante, elle n’en revient pas de voir dans quelle crasse vit cet homme qu’elle n’a rencontré que quelques mois auparavant. Gilbert n’est pas le seul dans cette situation. Queenie, la propriétaire de la maison, loue les chambres pour pouvoir s’en sortir. Son mari, Bernard, est parti à la guerre en Indes et n’est pas revenu.  Elle est montrée du doigt par le voisinage parce que ce sont des hommes mais surtout parce qu’ils sont des Noirs.

Nous découvrons à travers le regard de ces trois personnages, l’ambiance londonienne du lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le récit alterne entre deux époques : 1948 et « avant » et Andrea Levy laisse alternativement, à plusieurs reprises, la parole à Hortense, Gilbert, Queenie et puis, Bernard. Chacun amène sa pierre angulaire au récit. Au fil des pages les personnages gagnent en profondeur en dévoilant au lecteur leur histoire particulière.
C’est avec pas mal de stupeur que le lecteur découvre l’ambiance de racisme et de préjugés qui règne encore  en Grande Bretagne, avant, pendant et même après la guerre, où les mentalités n’ont pas changé. Ce récit résonne aussi comme un écho avec ce qui se passe actuellement.  La Jamaïque, alors colonie britannique, a vu s’engager en masse des soldats jamaïquains dans les rangs de l’armée, venant prêter main forte à ce qu’ils appellent leur « Mère Patrie ». Ils sont plein d’illusion et vont déchanter.
Andrea Levy  donne à voir ce pan de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale méconnu. Son tour de force littéraire est, en outre, d’y insuffler humour et tendresse pour mieux mettre à jour une réalité honteuse.

Hortense et Queenie ont en commun un fort caractère et agacent un peu : Hortense a la dent dure envers Gilbert qu’elle regarde un peu de haut, en se demandant si cet énergumène ne se ficherait pas un peu de sa poire à vouloir la faire vivre dans un taudis pareil : elle était institutrice en Jamaïque, se rend-t-il compte ?
Queenie, qui est fille de bouchers et vivait dans une ferme, enfant, s’adresse à Hortense comme à une demeurée, s’étonnant qu’en Jamaïque, il y ait aussi des boutiques… Regard croisé sur les préjugés… Pourtant, elles ont beaucoup plus de point en commun qu’elles n’imaginent.
Gilbert a été pour moi le personnage le plus sympathique de l’histoire : pris au piège, il fait ce qu’il peut pour s’en sortir, essuie le racisme ordinaire et les remontrances de son épouse. Lui, l’ancien aviateur de l’armée de la Mère Patrie !
Quant à Bernard, que Queenie croyait mort et qui déboule cinq ans après la fin de la guerre, c’est vraiment le personnage détestable du roman. On croit pendant 30 secondes qu’il va changer…
Je ne veux pas « spoiler » le dénouement mais c’est vraiment un moment fort et qui renverse la donne. L’avenir semble meilleur en Jamaïque que dans la Grande Bretagne ruinée, crasseuse, raciste,  et prise dans ses carcans du « qu’en dira-t-on ? »…

Je me suis plongée dans ce petit pavé de plus de 500 pages et une fois le nez dans ma lecture, il m’a été difficile d’en sortir, charmée par la prose d’Andrea Levy, son humour et son humanisme. J’avais lu d’elle Une si longue histoire, que j’avais beaucoup aimé. Je ne peux pas en dire moins de celui-ci  : c’est un crève-coeur que de savoir qu’on arrive à la dernière page…
J’espère, un jour, un troisième roman de cette auteure !

Extraits :
« Pour les dents et les lunettes. C’était la raison pour laquelle tant de gens de couleur venaient dans ce pays, d’après le voisin d’à côté, M. Todd. « Cette sécurité sociale – ça les attire, mademoiselle Bligh. Ils continueront de venir tant qu’on leur fera ce cadeau, et à nos frais », disait-il. »
(Aheum ! Ca ne vous rappelle pas rien, en ce moment, ce genre de discours raciste ?)

« Mon rêve était, et à toujours été de trouve un poste d’enseignante à la Church of England School à Kingston. Car c’était là que les filles à la peau claire venaient chercher l’aubaine d’un curriculum anglais. Mais lors de mon entretien d’admission, le directeur de cet établissement fronçait les sourcils et semblait plus préoccupé par les étapes de mon éducation que par les qualifications que j’avais acquises. »

« Il est de couleur.
– Il est quoi ?
– De couleur.
– Ah merde. De couleur, vous dites ?
– Noir, monsieur.
– Ouais, merci sergent. Je sais ce que c’est, de couleur. Bordel, à quoi ils jouent ? Putain de Rosbifs ! »
(Le racisme dans l’armée américaine n’est pas en reste… )

Un vrai plaisir dans cette jolie réédition des éditions de la Table ronde, collection « Petit Quai voltaire », que je remercie beaucoup pour l’envoi du roman !

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Trouvailles littéraires de printemps

A la recherche d’une couverture de roman pour illustrer la chronique qui allait avec, me voici déviée de mes intentions par une moisson de trouvailles… L’occasion de faire le point de ce que j’ai repéré ces derniers mois.

Les mois de février et mars ont déjà été copieux mais j’en découvre encore en cours de chemin :
L’herbe maudite d’Anne Enright (éditions Actes Sud) a déjà rejoint ma PAL depuis la sortie du roman début mars (le titre me fait rire !!!).

51zFwule2ULPrésentation éditeur : « Cette année, les quatre enfants de Rosaleen Madigan retournent fêter Noël en Irlande, dans la maison de leur enfance. Et pour cause : ce sera la dernière fois. Leur mère, veuve depuis quelques années, a décidé de la vendre. Constance, l’aînée, arrive avec les courses et toute sa famille. Son frère Dan rentre lui de Toronto, sans son copain Ludo, dont il vient pourtant d’accepter la demande en mariage. Leur cadet Emmet, qui dirige des opérations humanitaires, arrive d’Afrique avec un chagrin d’amour. Et Hanna, la benjamine, artiste qui vit à la capitale, apporte ses doutes et ses joies face à sa maternité toute récente. En soumettant cette réunion familiale et le passé de toute une fratrie à sa formidable acuité psychologique, Anne Enright insuffle dans son roman une profonde empathie pour ces êtres en souffrance, aux lâchetés ordinaires et aux espoirs émouvants. L’Herbe maudite est enracinée dans l’Irlande d’aujourd’hui tout en rendant palpable le besoin des jeunes générations de tourner le dos au pays. »

Je crois qu’avril va me rendre dingue folle de joie au regard de toutes ce que je viens de repérer (de quoi fêter dignement le mois de mon anniversaire 🙂 )

Le 5 avril, pour être dans l’ambiance printanière, j’ai accepté de recevoir ce roman, dont je ne connais pas l’auteure, mais qui m’a l’air tout mignon :  Les piqûres d’Abeille  de Claire Castillon (éditions Flammarion Jeunesse, collection « Grand Format ») : Affaire à suivre…

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Présentation éditeur : « Jean est tombé amoureux d’Abeille au mariage de sa marraine. Pendant un an il lui écrit des lettres, mais les réponses d’Abeille sont piquantes… »

Le 6 avril sont publiés simultanément :
Assez de bleu dans le ciel de Maggie O’Farrell (éditions Belfond) dont j’ai lu tous les livres sauf un. Donc pas question de mollir… (Merci à « Lettres d’Irlande et d’ailleurs » de l’avoir repéré 😉 )

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Présentation éditeur : « Une maison au bout d’une piste, à des kilomètres de tout. Autour, rien que l’herbe verte, les trembles aux feuilles chargées de pluie et le ciel changeant du Donegal. Daniel Sullivan est linguiste, il s’en va donner un cours à l’université avant de prendre l’avion pour les États-Unis, son pays d’origine, pour se rendre à l’anniversaire de son père qu’il n’a pas vu depuis des années.
À ses côtés, dans la voiture qui le conduit à l’aéroport, sa femme Claudette et leurs deux enfants. C’est là, dans cette voiture, que Daniel apprend à la radio le décès de Nicola, son premier amour. (…) »

Michael Collins, une biographie, de Pierre Joannon , (éditions de la Table Ronde, collection La Petite Vermillon). J’ai lu L’histoire de l’Irlande et des Irlandais du même auteur. Il s’agit ici d’une nouvelle édition de la biographie du célèbre héros irlandais.

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Les hôtes de la nation, de Frank O’Connor – (éditions de la Table Ronde, collection
La Petite Vermillon) : encore inconnu pour moi !

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Présentation éditeur : « On a dit de Frank O’Connor qu’il était un «Flaubert au milieu des bocages irlandais». Ce premier recueil de nouvelles à paraître en français contient onze de ses plus célèbres histoires. Chacune met en scène cette mystérieuse ligne de force à partir de laquelle des individus prédisposés à l’acquiescement se raidissent : le cœur se durcit au moment même où on l’imagine sur le point de s’adoucir. Dans la nouvelle éponyme, deux soldats britanniques emprisonnés se lient d’amitié avec leurs geôliers, qui reçoivent un jour l’ordre de les exécuter. Dans Les Lucey, un père refuse de serrer la main de son frère à cause de sa fierté blessée par la mort de son fils. Ces histoires généreuses d’esprit et fines de sentiment mettent en scène coutumes, piétés, superstitions, amours et haines à un moment où les conditions de la vie moderne déchirent lentement le tissu de la société irlandaise. »

Le 6 avril c’est aussi le retour de l’écrivain nord-irlandais Sam Millar, avec Au scalpel (éditions du Seuil) , une nouvelle aventure de Karl Kane. Je fais confiance à Sam Millar pour son humanisme et son humour noir, comme seuls les Irlandais en ont le don… Je suis un peu en retard sur cette série, mais il n’est jamais trop tard pour se rattraper…

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Présentation éditeur : « Karl Kane, l’irréductible privé de Belfast, est confronté à Walter Arnold, l’homme qui a brutalement assassiné sa mère sous ses yeux, quand il était enfant, avant de le laisser pour mort à côté du cadavre. Quand une très jeune fille disparaît après l’incendie suspect de la maison familiale, Kane le soupçonne aussitôt. (…) Sans concession mais éclairé par un humour grinçant, Au scalpel est le plus noir et le meilleur roman de la série. »

Voici au moins 2 ans – et même peut-être plus – que j’attends la suite des aventures du docteur Quirke, médecin légiste dublinois de son état, tellement attachant par tous les pétrins dans lesquels il se fourre, dans lequel Benjamin Black (alias John Banville écrivain de romans noirs) insuffle tout son humour so irish et son sens de l’observation de la société irlandaise des années 50. Les gens, je viens de faillir tomber de mon canapé en découvrant, qu’ENFIN ce tome 5 allait être publié en France (ben c’est pas trop tôt ! 🙂 ) Donc voici Vengeance, de Benjamin Black  (éditions Robert Laffont – qui apparemment prend le relais des éditions du Nil etc.). Et publication encore une fois le 6 avril ! 🙂

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Présentation éditeur : « Victor Delahaye, patron d’une très prospère société dublinoise, emmène le fils de son associé faire un tour en mer. Une fois au large, le jeune Davy Clancy assiste, impuissant, au suicide de Delahaye, qui se tire une balle dans le coeur.
Ce drame attire l’attention de l’inspecteur Hackett et de son ami, le médecin légiste Quirke. Les Delahaye et les Clancy sont rivaux depuis des générations et, lorsque tombe une seconde victime, Quirke ne doute plus que de terribles secrets se cachent au sein de ces deux familles. Dans un monde hanté par la jalousie, l’orgueil et l’ambition, les apparences peuvent être trompeuses… »

13 avril : Avis aux amateurs de la famille Brontë ♥ avec ces Lettres choisies (éditions de la Table Ronde, Quai Voltaire) :

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Présentation éditeur : « Les œuvres des sœurs Brontë sont presque devenues des lieux communs. Et pourtant leur correspondance reste méconnue, a fortiori en France où elle n’a pas encore été traduite. Parmi les quelque mille lettres recensées par Margaret Smith dans l’édition originale (The Letters of Charlotte Brontë, 3 vol., 2004), le présent recueil en réunit plus de trois cents. »

26 avril : sortie du tome 3 d’Enael  : « L’alliée » de Helen Falconer (éditions Flammarion Jeunesse), visuel non disponible, qui nous entraînera encore sûrement dans la mythologie irlandaise à travers cette romance fantasy dont j’ai apprécié les deux premiers volumes. (Merci la FNAC en ligne pour l’info).

En mai, S’accrocher aux étoiles de Katie Khan (aux éditions Super 8, éditeur chez qui j’ai lu l’excellent Captifs de Kevin Brooks).

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Présentation éditeur : « Dérivant dans l’espace, Carys et Max n’ont plus que 90 minutes d’oxygène disponible – 90  minutes durant lesquelles, en contact avec l’intelligence artificielle de leur vaisseau, il va leur falloir essayer de sauver leur vie. Accrochés l’un à l’autre, les deux amoureux regardent la planète bleue s’éloigner, et se souviennent de leur rencontre, et évoquent le monde qu’ils laissent derrière eux. Un monde censément idéal duquel l’amour est banni.
Roman spatial à grand spectacle évoquant immanquablement Gravity, compte-à-rebours dopé au cortisol, S’accrocher aux étoiles est aussi une love-story grandiose, mettant en scène deux personnages que l’amour a changé et qui aimeraient à présent changer le monde. Mais à quel prix? »

Et puis comme je me suis découvert un goût pour la fantasy et la SF de manière très éclectique, je me lance à la découverte du Paris des Merveilles,  (tome 1 : « Les enchantements d’Ambremer ») de Pierre Pevel – qui, paraît-il , est devenu un classique SF tendance steampunk,  (édition Folio SF depuis mars et éditions Bragelonne pour le grand format).

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Présentation éditeur : « Occupé à enquêter sur un trafic d’objets enchantés, Louis Denizart Hippolyte Griffont, mage du Cercle Cyan, se retrouve mêlé à une série de meurtres. Confronté à des gargouilles immortelles et à un puissant sorcier, Griffont n’a d’autre choix que de s’associer à Isabel de Saint-Gil, une fée renégate que le mage ne connaît que trop bien. Brillant hommage aux feuilletonistes du début du XXe siècle (Maurice Leblanc et son Arsène Lupin, Gaston Leroux et son Rouletabille, entre autres), Les enchantements d’Ambremer est le premier tome du Paris des Merveilles, une trilogie steampunk aussi drôle qu’érudite. »

Dans la prochaine chronique, je vous parle de Hortense et Queenie,  d’Andrea Levy, réédité en février par les éditions de la Table ronde dans la magnifique collection « Petit Quai Voltaire » .

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Je suis ton soleil – Marie Pavlenko

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Déborah rentre en classe de terminale. Nous allons la suivre du début à la fin de l’année. Une adolescente ordinaire, parisienne, fille unique, avec un père, une mère et un chien… « clochard » : un labrador obèse ramassé sur le trottoir par sa mère, Isidore, comme, le comte de Lautréamont, dixit la maman ! Il est hideux, il pue, pour Déborah, c’est « le chien de l’angoisse », « un mélange improbable de Droopy en fin de vie, Beethoven (le chien, pas le compositeur) atteint de psoriasis et Milou passé entre les mains d’une esthéticienne sous acide ». Un Destroy Dog qu’elle déteste, comme vous l’aurez remarqué au regard de la description délicate qu’elle en fait,  d’autant  qu’il a le chic de chier déféquer là où il ne faut pas et toujours quand il y a une vieille peau de voisine pour lui rappeler qu’il faut ramasser les cacas de chien… Pourtant Déborah ignore qu’elle aura besoin de ce chien pourri dans les mois qui suivent.
Bon, mais on est au début de l’année, Déborah fait sa rentrée scolaire au Clapier, avec sa copine de toujours, Eloïse. Celle-ci s’amourache d’un Erwann et se met à ne plus vivre et respirer uniquement pour lui. Pendant ce temps, Déborah sympathise avec Jamal, le « mygale-man » (il a une charmante bestiole chez lui) et Victor pour qui elle se met à en pincer, en secret, sachant que celui-ci est déjà avec une autre. Bon, vous vous attendez à un livre guimauve sur les amours adolescentes. Eh bien bien non !! Oubliez les romances ados,  mièvres à souhait  avec un trop plein de coeurs sucrés roses et de filles en pâmoison. Marie Pavlenko raconte ici la vie d’une adolescente de nos jours, sans clichés réducteurs, avec la vie telle qu’elle est : des hauts et des bas, des éclats de rire et des larmes, et l’amour dans tous ses états (et pas seulement les étoiles et les coeurs roses).
La famille de Déborah se met à partir à vaux-l’eau pendant cette année de terminale : elle surprend son père dans les bras d’une « Brésilienne » pendant que sa mère passe une bonne partie de son temps à découper des formes dans des magazines tout en montant une forteresse entre elle et le monde. Colle des post-it avec un mystérieux numéro en 06. Devient une Enigme. Puis l’Enigme décide de disparaître le dernier jour de l’année.  Perturbée, Déborah rejette son amie de toujours, Elo. Déteste son père. Se réfugie dans l’amitié de Jamal et Victor.  Découvre le jeu des cadavres exquis.
Une vie bouleversée qui va  lui apprendre à se connaître, à découvrir ses parents et aller au-delà des apparences.

Le premier roman que je lis de Marie Pavlenko. Je suis ton soleil, un roman qui porte formidablement bien son titre (dont on découvre le sens à la fin). Un roman qui éblouit par son style : une écriture vivante comme un feu d’artifice, qui vous fait passer par un panel d’émotions : le rire, la stupeur, l’angoisse. Mais finalement c’est le soleil riant qui l’emporte. La couverture couleur or se marie tout à fait avec le contenu.

Une fiction qui retire les filtres pour donner à voir la vie telle qu’elle est.  Et oui, parfois, l’amour c’est aussi la capote qui craque et ce qui s’ensuit, avec les décisions à prendre mais qui vous marqueront à jamais… (Un roman  à offrir à ceux qui voudraient décider à votre place ce que vous devez faire de votre corps, en ces temps de recul du droit des femmes à disposer d’elles-même !) 🙂
Et puis Jamal aime Victor : allez, zou, un exemplaire à envoyer à ceux qui veulent décider aussi de qui vous devez aimer. 🙂
C’est aussi l’amour filial. Dans toute sa complexité. Bref, l’amour tout court dans toute sa complexité.

Une autre thématique, celle de l’habit qui ne fait pas le moine. Si Déborah est confrontée à une vraie « pétasse larve » en voie de devenir « une pétasse adulte » qui lui pourrit la vie au lycée, elle-même se fera prendre au piège des apparences avec cette mamie en tenue de jogging flashy qui l’engueule dès qu’elle sort Isidore : une sacrée surprise l’attend au bout du chemin. Même Isidore le chien « périnée » qui pue en sortira grandi ! 🙂

Un roman qui laisse une grande place au rôle de l’art et de la littérature dans la vie : le bol d’oxygène qui permet de prendre de la hauteur  quand ça part de traviole, de trouver des solutions, parfois. L’art thérapie. Déborah découvre grâce à sa libraire Les Misérables de Victor Hugo (Victor dont elle est amoureuse, elle, pauvre Cosette !). La grande surprise concerne sa mère, cette énigme ! L’auteure explique à la fin de l’ouvrage que « la plupart des titres de chapitres (…) sont en réalité des citations de chansons, de livres, de poèmes, souvent coupés, réagencés ». Il y a également des citations « éparpillées dans le texte, à vous de les trouver ! (Verlaine, Rowling, Hugo encore, Brel, la Bible, Tolkien et d’autres…).

Un chouette roman d’apprentissage, porté par une écriture dynamique et inventive. Une héroïne forte, drôle, attachante, émouvante et libre. Un lingot d’or de plus de 400 pages terriblement addictif. J’ai vraiment beaucoup ri, j’avoue. 🙂

Extraits :
« – Mon babouin en sucre, lâche Carrie en se retournant, fouettant l’air de sa toison volante, j’ai ce qu’il te faut !
Elle pose dans ma main une brique.
Les Misérables.
Quand je l’aurai terminé, Eloïse aura sûrement oublié Erwann et je pourrai reprendre ma vie d’avant. Vu l’épaisseur du tome 1, j’aurai aussi ma ménopause. »

« Je reprends Victor Hugo dans une sorte de bouillabaisse personnelle. Je suis transportée mieux que sur un tapis volant, mais je lui en veux. Hugo abuse grave. Il se fout de moi, il m’assassine, il me torture. Il est mort depuis longtemps et par un miracle un peu timbré, il est entré dans ma tête. Quand Marius fait les cent pas devant Cosette sur son banc, je me vois ignorant superbement Victor mais tremblant qu’il ne me remarque pas. »

« Je voudrais fermer les yeux. Ca m’éviterait de supporter les mirettes psychédéliques (ces pupilles! Que dis-je, ces frisbees, ces siphons de baignoire, ces trous noirs !) de Lady Leg… d’Anastasia Verdegris. »

« Mon cabri croquignole. »

« Parfois je rêve de lui. Il avoue qu’il m’aime, il n’aime que moi. Adèle, à côté de ma beauté naturelle, c’est Elephant Man qui s’est pris un poteau dans l’oeil. Mon sourire niaiseux m’étire si fort les zygomatiques qu’il finit par me sortir du sommeil. Dans mes cauchemars, lui et sa chérie se roulent des galoches qui font un bruit de syphon bouché et je n’existe plus. »

J’arrête là parce que je pourrais citer tout le livre tant j’adore le style ! ♥

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Merci à Flammarion Jeunesse, pour tout !

 

 

 

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Opération Napoléon – Arnaldur Indridason

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Traduit par David Fauquemberg d’après l’édition anglaise du roman
à la demande de l’auteur

La mention un peu spéciale de la traduction m’intrigue et je me demande bien pourquoi ce cher Arnaldur a eu cette idée un peu saugrenue (convenons-en) de faire traduire son roman, non d’après sa langue mais d’après l’anglais. Si quelqu’un a la réponse, je suis preneuse ! 🙂

Je vais me contenter de la 4e de couverture de l’édition Métailié pour résumer l’histoire :  » 1945. Un bombardier allemand pris dans le blizzard en survolant l’Islande, s’écrase sur le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe. Parmi les survivants, étrangement, des officiers allemands et américains. L’Allemand le plus gradé affirme que leur meilleure chance de survie est de marcher vers la ferme la plus proche. Une mallette menottée au poignet, il disparaît dans l’immensité blanche. (…)
1999. Le glacier fond et les satellites repèrent une carcasse d’avion, les forces spéciales de l’armée américaine envahissent immédiatement le Vatnajökull et tentent en secret de dégager l’avion. Deux jeunes randonneur surprennent ces manoeuvres et sont rapidement réduits au silence. Avant d’être capturé, l’un d’eux contacte sa soeur Kristin, une jeune avocate sans histoires. Celle-ci se lance sur les traces de son frère dans une course poursuite au coeur d’une nature glaçante. »

J’avais ce polar d’Indridason depuis sa sortie dans ma bibliothèque. Il était temps que je le lise, moi qui mets un point d’honneur à lire les livres du meilleur des écrivains islandais dès leur sortie. Là, j’ai failli, mais je me rattrape. 🙂

Très différent de la série de l’inspecteur Erlendur, qui s’attache à décrire la société islandaise sous toutes ses coutures ou presque. Ici, certes c’est une page de l’histoire de l’Islande, avec la base américaine implantée dans le pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si au début, je me suis assez amusée, avec ces deux « glandus » des services secrets américains qui débarquent chez Kristin, cette pauvre avocate au service de l’Etat islandais, célibataire de son état, qui ne comprend absolument pas ce qui lui arrive, je me suis ensuite pas mal ennuyée dans cette course poursuite contre des tueurs, pour sauver la peau de son frère, déjà moitié crevé, en vrai. J’ai trouvé super bonne pomme son « ex » qu’elle entraîne dans cette galère. Le pauvre, il aurait dû éviter !!
Bref, je n’ai pas reconnu mon Arnaldur adoré qui écrit des romans noirs hyper bien ficelés. Ce livre est davantage un roman d’espionnage. Ecrit en 1999, on y retrouve des thèmes de la série qui a fait le succès de l’écrivain : la disparition un jour de blizzard ; la rudesse du climat islandais qui ne pardonne rien; la présence d’une base militaire américaine sur l’île (on le retrouve dans Le lagon noir) et l’hostilité des Islandais à cette présence. Je ne sais pas du tout de quand datent les premiers romans traduits en France. Mais il m’a semblé que ce livre ressemblait presque à un « brouillon » des autres parus depuis.
Dans la série Erlendur,c’est noir mais il y a peu de sang. Ici, purée ça dégomme sec. Ca part dans tous les sens et finalement, même l’intrigue finie un peu trop entortillée-écrabouillée.
Un peu déçue donc. Pas du tout mon préféré. Je pensais m’attacher à cette héroïne super courageuse, mais non. Bref, je suis restée en dehors de l’histoire, les regardant tous se courir après, avec un zeste d’agacement.

Cela dit, même dans cette lecture au fin fond des glaciers islandais, j’ai réussi à trouver un peu d’Irlande.  🙂

Extrait :
« Avec une fascination horrifiée, elle étudia  la cruelle ingéniosité avec laquelle on l’avait torturé : la chair sanglante au bout des doigts, là où les ongles avaient été arrachés, les deux pouces manquants, son nez brisé et les trous noirs aux endroits où plusieurs de ses dents avaient été enfoncées à coups de pied, des lambeaux de peau pendaient sur sa poitrine. »

« Elle avait éprouvé un tel soulagement quand cette histoire s’était achevée qu’elle n’était pas sûre de vouloir un jour, à nouveau partager son espace vital. C’était peut-être un trop gros sacrifice. Avoir des enfants, cela ne lui avait jamais traversé l’esprit. Peut-être avait-elle peur de devenir comme ses parents. »

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Premier festival franco-irlandais à Paris !

Comme vous pouvez le voir dans la colonne Instagram, je me suis bien amusée au premier festival littéraire franco-irlandais de Paris, avec la thématique « News Writings, New Styles », organisé par le Centre culturel irlandais. Un immense bonheur de passer le week-end avec des pointures de la littérature irlandaise contemporaine : Mike McCormack, Lisa McInerney, Rob Doyle  Declan Meade (j’ai vraiment hâte de les voir un jour dans nos librairies ici, en France !), Paul McVeigh,  Paul Lynch, et Dermot Bolger !!! (tellement impressionnée !). Pour la France, c’était aussi la classe, avec Léonor de Recondo, Patrick Deville, Colette Fellouss, Julia Kerninon et Maylis de Kerangal. C’est malin, parce que maintenant j’ai très envie de les lire alors que je suis déjà over-débordée de lectures à faire. :p . Même le temps était au diapason de l’île d’Emeraude (même si, c’est vrai, en Irlande, il ne pleut jamais aussi longtemps qu’à Paris). Arriver trempée jusqu’aux genoux, parapluie ruisselant sur les chaussures, cheveux en forme de serpillère, lever la tête et se trouver pile poil en face de Dermot Bolger, ça c’est du souvenir ! 🙂 Fêter les 18 ans du festival franco-irlandais de Dublin devant un bon goûter : merci pour le sens de l’accueil so irish. C’était adorable ! Merci à Sinead Mac Aodha qui nous a organisé tout ça et gratuitement.

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La libraire de la place aux herbes – Eric de Kermel

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Illustré par Camille Pénichat et mis en pages par Sandrine Escobar

Une chronique sur un roman un peu différent de ce que je lis habituellement, qui m’a été proposé par les éditions Eyrolles, d’un auteur qui m’est un inconnu absolu (je m’excuse d’avant auprès de lui ! 🙂 ). J’ai lu le communiqué de presse et zou, un livre qui parle de livres, de libraire et de nature, forcément, ça attise la curiosité.d’une blogueuse littéraire qui lit tellement qu’elle n’arrive même plus à tout chroniquer … « Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es ». Ah oui ? Voyons ça…

Nathalie, prof de lettres et parisienne décide de changer de vie. L’occasion fait le larron : une librairie est à vendre à Uzès, dans le Gard : elle saisit la balle au bond et se lance dans l’aventure du métier de libraire. Elle nous raconte son quotidien : pas la gestion de stocks, les invendus etc., mais les gens qu’elle croise dans son nouveau paradis du livre. Le roman est une galerie de personnages, de la jeune fille en devenir dont la mère empêche de lire ce qu’elle veut, au lecteur-voyageur, en passant par un rescapé de guerre. Et tant d’autres.

Je me suis laissé porter par cette lecture plaisante qui aborde de multiples sujets et dont la vertu « relaxante » est indéniable. Ma plus grande surprise a été de trouver pas mal d’allusions à l’Irlande (où Nathalie prévoit de retourner en voyage avec son mari), du livre de Kells, en passant par Le taxi mauve de Michel Déon (♥) .
On trouve bien évidemment une foule de références littéraires, de livres que Nathalie recommande à ses lecteurs  (récapitulée à la fin de l’ouvrage, dont Sorj Chalandon (♥ ) pour le magnifique Quatrième Mur . Colum McCann (alors là, le bond de joie que j’ai fait !), avec Zoli , mais aussi Nuala O’Faolain pour Chimères (encore un bond de joie pour moi : tiens, un auteur français qui connaît Nuala O’Faolain !!). Mais il y en a pour tous les goûts.
Un livre agrémenté d’illustrations qui contribuent au sentiment de bien-être.

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On entend presque les cigales !

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Dessiner ou peindre, ça détend !

Ce que j’ai moins aimé, c’est d’avoir l’impression de ne pas vraiment lire un roman. L’identité d’Eric de Kermel transparait tellement dans son personnage, que ça en devient étrange.
(« Eric de Kermel est journaliste et éditeur de magazines de nature. Il a vécu sa jeunesse entre le Maroc et l’Amérique du Sud avant de rejoindre la France où son port d’attache est désormais un coin de garrigue, du côté d’Uzès. (…) Il met ses mots au service d’un engagement écologiste et humaniste et porte au quotidien la préoccupation de rendre notre monde plus doux et accueillant à ceux qui l’habitent »)

La narration est à la première personne du singulier, avec un « je » qui renforce cette impression qu’il y a bien peu de différence entre l’auteur et le personnage de la fiction.
Enfin, le style a presque à voir avec celui du journal intime et du reportage. J’ai eu du mal avec ce style justement, qui aurait mérité d’être plus travaillé, pour l’écriture d’un roman, selon moi. Finalement, on a l’impression que l’auteur a eu du mal à choisir un genre bien tranché, entre le reportage, la fiction, le journal intime. L’ensemble aurait pu se combiner mais il manque quelque chose…
Bien souvent, on saute d’un sujet à un autre (qui n’a pas grand chose à voir avec la littérature), comme si l’auteur voulait faire absolument passer ses idées écologistes mais ne savait pas trop comment s’y prendre. Si ses idées sont belles et que ce livre est empli d’humanisme, ça donne néanmoins une impression de maladresse dans la construction du roman.
« L’été est la saison des fruits, et donc des confitures…
A Paris, les fruits sont vendus verts à des prix exorbitants ! Ce n’es pas surprenant que des générations de citadins ne les aiment pas. Je serais comme eux si je n’avais goûté ceux du Maroc. » Je suis restée perplexe sur cette vision tirée à l’extrême de la vie parisienne. Hé!, il y a aussi des dealeurs bio ici ! Il suffit de savoir où on achète son miam ! 🙂 🙂

Un livre qui se lit bien, qui permet de passer un bon moment mais qui n’est pas sans défauts.
Quant à savoir si on est ce qu’on lit, pour moi rien n’est moins sûr. 🙂

Merci aux éditions Eyrolles.

Extraits :
« Dans les classes littéraires, les lycéens sont tellement curieux et enthousiastes qu’ils me permettaient d’aller bien au-delà des programmes pour leur faire découvrir des auteurs qui étaient de bons passeurs vers une littérature moins académique. »

« Vous avez eu raison de me proposer de découvrir la vie d’une autre. Elle a raison Nuala O’Faolain, une femme doit d’abord être capable de générer du bonheur pour elle-même si elle ne veut pas se trouver dans une dépendance affective avec son compagnon. C’est touchant de voir comment cette femme accepte finalement sa situation de célibataire comme étant celle qui lui permet le plus grand épanouissement. Je n’en suis pas à souhaiter vivre seule, mais j’avais besoin de quelques jours de solitude. Découvrir le point de vue d’une autre m’a permis de revoir le mien et de sortir de mon impâsse. J’ai vraiment suivi votre conseil à la lettre : pendant deux jours je n’ai fait que lire et réécouter avec un casque les albums de Pink Floyd que j’avais oubliés au siècle dernier. Je me suis nourrie d’une banane et de quelques bols de muesli(…). » (Littérature thérapie : )

 

 

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La fin d’une imposture – Kate O’Riordan

Traduit par Laetitia Devaux

Rosalie s’apprête à fêter Noël avec sa fille Maddie et son mari, Luke, quand des policiers se présentent au domicile familial pour leur annoncer le décès de Rob, son fils aîné, qui passait des vacances en Thaïlande avec des amis. Bien évidemment, le monde s’écroule. Et si Luke l’a déjà trompée avec une autre femme, ce n’est rien à côté de ce qui l’attend. Maddie, déchirée de chagrin par la mort de son frère, sombre dans la délinquance et les gangs de fille. Bien évidemment ses parents découvrent la chose après coup, un jour où elle rentre le visage tuméfié. En décidant de l’emmener de force à l’hôpital, ils vont découvrir la double vie de leur fille et décider de la sortir de là, par un groupe de thérapie, où Maddie et Rosalie assisteront ensemble. Dans ce groupe, elle font la connaissance d’un jeune homme, très beau : Jed. Maddie tombe amoureuse de lui et reprend goût à la vie (oui j’ai oublié de dire qu’elle sombrait dans la dépression et avait dû être internée en hôpital psychiatrique. Rosalie reprend espoir et n’est pas non plus insensible au charme du jeune homme.

Rosalie est éditrice, issue d’un milieu modeste, comme Jed. Elle est férue de bande dessinée et devenue experte pour dénicher les BD « vintage » côtées dont elle s’est constituée une collection qui vaut une fortune. Elle est irlandaise, originaire du Kerry. Et fervente catholique. Son meilleur ami est d’ailleurs un homme d’église, Tom, un humaniste révolté par la misère qui sévit en Angleterre, dans les cités en particulier.

Luke est cameraman, issu d’un milieu aisé. Il part souvent en reportage à l’étranger. Et c’est le cas au moment où débute l’histoire. Luke doit partir en Patagonie, dans des lieux reculés du pays où le téléphone portable ne passe pas.

Maddie est une ado perdue, envoûtée par Jed, capricieuse, têtue et qui n’écoute jamais ce que lui dit Rosie.
Et Jed ? Eh bien Jed va être la pierre angulaire de l’intrigue. Un jeune homme de plus vingt ans, très mystérieux, au comportement de plus en  plus étrange. L’ange et le démon se cachent en lui.

C’est le premier roman que je lis de l’Irlandaise Kate O’ Riordan et je ne me doutais pas du tout, avant qu’il soit édité en poche, qu’il s’agissait d’un thriller. Cela faisait un moment que je n’avais pas lu ce genre de roman : eh bien je n’ai pas été déçue du voyage !! 🙂
L’intrigue est somme toute assez banale mais l’essentiel ne tient pas là, à mon avis. L’essentiel est dans la façon dont Kate O’Riordan parvient à insuffler l’angoisse et la terreur, tant à Rosalie qu’au lecteur. Je ne sais pas comment elle fait, mais, glurps, ca fiche bien les miquettes !

Comment une famille, en particulier une ado et une femme mûre s’offrent en proie par leur vulnérabilité à un gamin qui va les tenir à sa merci, du moins tenter de se forger des liens familiaux par la violence psychologique et physique, jusqu’à l’imposture.

Rosalie est un personnage fouillé et complexe. d’abord ravagé par le chagrin de son fils, puis prise de remords et de culpabilité par rapport à sa fille quant à son désir pour Jed et le double péché qu’elle a commis, elle, la femme pieuse, elle va finir par nous étonner par son courage pour tenter de se sortir du bourbier de mensonges dans lequel elle s’est fourrée, pour sauver sa peau, celle de sa fille mais aussi sa famille, alors qu’elle est quand même dans une sacrée sale position. Rosie va faire sa pénitence en menant l’enquête sur une route pavée d’embûches, pour débusquer la face cachée de Jed, mais aussi… de son fils Rob.

J’ai particulièrement aimé la scène de lutte dans la tourbière irlandaise ! 🙂
Et vraiment géniale la scène dans l’avion. Si vous avez la phobie des airs, c’est peut-être une bonne thérapie de lire cette scène !!

Seul bémol : quelque invraisemblance, comme la scène où Maddie cachée dans un buisson avec Rosie qui lui intime de se taire, à deux pas de Jed qui ne les trouvent pas ni ne les entend. Puis Rosie qui ressort du buisson comme si de rien n’était et retourne vers Jed en inventant une excuse bidon. J’ai trouvé ça un peu too much. Mais c’est le seul défaut que je vois à ce thriller qui est un véritable page turner bien difficile à lâcher.

Résultat : j’ai acheté les autres romans de Kate O’Riordan. Il ne me manque plus que le tout premier.

Remarque sur l’édition de poche : pourquoi une paire de pieds en photo pour illustrer l’histoire ? Je n’ai pas compris ! 🙂

« Il serait bientôt à des milliers de kilomètres des deux femmes qu’il aimait le plus, tandis qu’un inconnu occuperait son studio et dormirait dans son lit. Rien n’était normal, dans cette affaire. »

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Transatlantic – Colum McCann

Traduit par Jean-Luc Piningre

Le livre s’ouvre en 2012, sur l’acrobatie de mouettes formées en escadrille près d’un cottage au bord d’un lough. Puis nous basculons au siècle dernier, en 1919 : deux aviateurs rescapés de la Grande Guerre se lancent le défi d’entreprendre le premier vol transatlantique de l’Histoire, sans escale, entre Terre-Neuve et Cork en Irlande. Avant leur départ, ils rencontrent par hasard une journaliste enthousiaste, Emily, qui écrit des papiers pour l’Evening Telegram, accompagnée de sa fille Lottie. Elle les charge de remettre une lettre à sa famille à Cork.
Le chapitre suivant nous transporte une nouvelle fois dans le temps, entre 1845-1846 (époque de la Grande Famine en Irlande) où Frederick Douglass, un esclave américain affranchi, vient présenter ses Mémoires en Irlande, à la demande de son éditeur. Et découvre avec stupeur et gêne un pays où la discrimination est le lot commun des Irlandais sous le joug britannique. Il rencontre une jeune bonne irlandaise: Lily.
Nous faisons de nouveau un bond dans le temps : nous voici en 1998 avec le sénateur Mitchell, observateur pendant le processus de paix en Irlande du Nord. Pour tromper son ennui, il passe la plupart de son temps entre deux avions et se remémore sa rencontre avec une très vieille femme : Lottie.

Je ne vais pas raconter toutes les histoires qui peuplent ce roman très dense, et savamment orchestré, qu’il faut absolument lire jusqu’à la dernière page ! Au début, j’ai cru qu’il s’agissait d’un recueil de novella, genre cher aux Irlandais. Mais non. C’est bien plus subtil que ca.

Colum McCann s’amuse avec délice à promener son lecteur à travers les airs, d’une époque à l’autre (pas forcément de manière chronologique), d’un continent à l’autre,  quitte à lui mettre un peu les neurones en capilotade et la tête à l’envers. C’est une lecture exigeante qui vous attend, un roman très détaillé sur chaque  époque évoquée, où l’écrivain mêle personnages réels et fictifs, et les lient par des fils ténus à travers l’espace et le temps. Vous allez faire un voyage d’histoires et d’Histoire. Vous comprendrez au fur et à mesure (mais pas forcément immédiatement) l’histoire des personnages, leurs liens familiaux. Tout en pouvant lire presque séparément chaque histoire – je n’ai pas essayé mais je suis presque sûre que ça fonctionne. Ce roman m’a un peu fait penser à Génération, de Paula McGrath, qui vient d’être publié et dont j’ai fait la chronique. Le procédé de construction est le même, en plus dense ici.

J’ai particulièrement aimé l’histoire des aviateurs (personnages réels) Alcock et Brown, mais aussi celle Frederick Douglass (qui n’a rien de fictif non plus). Les femmes occupent aussi une place de choix, incarnées par des figures féminines fortes. Elles insufflent une bonne dose d’émotion au roman. Un formidable couple mère-fille, avec les journalistes reporters Emily et Lottie. Un gros coup de coeur pour Lily aussi.

Je connaissais Colum McCann virtuose écrivain de nouvelles (dont le magistral Treize Façons de voir, qui reste dans mon best of). Je découvre Colum McCann romancier, avec ce livre publié en 2013, qui n’est pas mon préféré dans tous les livres que j’ai lus de l’auteur parce que je me suis parfois perdue en route. Mais j’ai quand même beaucoup aimé !
Une plume et une construction virtuoses qui à elles seules méritent le détour. En tout cas, Colum McCann sait vous fait voltiger !
J’ai mis la couverture d’une des publications en V.O. du roman parce que je trouve qu’elle illustre bien ce que contient ce livre.  🙂

Extraits :
« Elle choisit de se réveiller tôt, avant les enfants. Cette maison-là valait la peine d’être écoutée. Ces drôles de bruits là-haut. Elle avait d’abord pensé à des rats, leurs petites pattes sur l’ardoise, pour découvrir bientôt que c’était les mouettes. Les mouettes qui lâchaient des huîtres sur le toit, afin de briser leur coquille. »

« L’odeur de la terre est d’une fraîcheur renversante :Brown en mangerait presque. Les tympans vibrent dans ses oreilles. L’impression d’être encore suspendus là-haut. Voilà, se dit-il, je suis le premier homme qui marche en volant. »

« L’accent local avait une musicalité qui lui plaisait : des phrases paresseuses, souples comme des hamacs. »
« J’admets que ce séjour dans l’île d’émeraude est riche en émotions. Adieu le ciel éclatant d’Amérique, me voilà revêtu des brumes grises de l’Irlande. C’est un habit d’homme qu’on m’offre ici, pas la mise de l’esclave. On m’encourage à parler de ma propre voix. Je respire librement l’air de la mer. Et si bien des choses me serrent le coeur, s’il m’est donné beaucoup à voir qui ferait trembler les miens, ce ne sont pas les chaînes qui m’entravent. »

« Leur malle en bois contenait le strict minimum, car elles souhaitaient se déplacer facilement. De quoi se changer, des vêtements de pluie, deux exemplaires du même roman de Virginia Woolf, les petits carnets, la pellicule, les médicaments pour l’arthrite. »

« A l’hiver 1886, Emily fêta son quatorzième anniversaire. Elle passait la plupart de son temps dans sa chambre à l’étage, entourée de ses livres. Lily craignit d’abord qu’elle souffrit d’une grande solitude, mais découvrit qu’elle n’aimait rien tant que fermer les rideaux, allumer une bougie et tourner les pages dans la danse des ombres. »

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Maintenant, c’est ma vie – Meg Rosoff

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Traduit par Hélène Collon

Daisy, une ado new-yorkaise, est envoyée par son père passer quelques jours dans la campagne anglaise, chez ses cousins. Dès la sortie de l’avion, elle est intriguée par Edmond, son cousin, venue la chercher à l’aéroport. 14 ans, la clope au bec, il conduit sans permis et surtout a un air de chiot perdu. Ce n’est que le début des surprises. Elle découvre le reste de la famille : Isaac, Piper, Osbert, une chèvre, des chats et des chiens, un mouton, forment le singulier mais sympathique comité d’accueil de Daisy. Tante Penn, qui aurait dû venir la chercher à sa descente de l’avion, est absente du tableau. La première impression qu’on a, c’est que les gamins ont l’air de vivre et de se gérer seuls, dans cette ferme où règne un joyeux bazar.
Peu à peu on découvre que le monde est en crise, en proie à un terrorisme de niveau mondial. Pourtant, le coin de campagne où vivent les cousins de Daisy ressemble à un Eden. On sent une menace latente. Le silence avant la tempête. Jusqu’au jour où une bombe explose au plein milieu d’une gare de Londres, faisant « quelque chose comme sept mille ou soixante dix-sept mille tués ». Alors tout dérape vraiment. Les aéroports ferment, « on parle partout de pénurie de produits alimentaires, d’arrêter les transports publics, de rappeler tous les hommes en âge de se mettre au service de la patrie », « les types de la radio demand[ent] d’un ton solennel à tous les gens qu’ils alpagu[en]t dans la rue si « ça v[eu]t dire que c'[es]t la guerre », sur quoi il fa[u]t fader des experts tout aussi solennels qui f[on]t semblant d’en savoir plus que le commun des mortels ». Le monde devient dingue. Tante Penn, qui travaille pour les hautes sphères de négociation de la paix, partie la veille à Oslo, ne peut revenir sur le territoire britannique puisque les aéroports du pays sont fermés. Les gamins vont devoir se débrouiller seuls, mais finalement, ce n’est pas si important puisqu’ils se débrouillaient déjà seuls. Quand ils reçoivent un message disant que les habitants doivent évacuer la zone, ils décident de ne pas quitter les lieux et d’aller se cacher pour vivre dans la grange. Malgré tout, ils finissent embraqués de force par les forces du pays et sont séparés. Daisy et Piper se retrouvent en famille d’accueil, dont elles s’échappent. Elles vont devoir apprendre à survivre et nous les suivons dans cette fuite folle.
Juste avant que tout dérape, Daisy et Edmond sont tombés amoureux. Daisy a fait une promesse, elle fera tout pour la tenir. Cela va la transformer et changer sa vie.

Daisy est un personnage blessée depuis sa naissance : elle se considère comme quelqu’un qui apporte le malheur partout où elle va : sa mère est morte en lui donnant vie. En arrivant en Angleterre, elle pensait avoir laissé les attentats sur le sol américain et voilà que le monde part en vrille. Avant la guerre, elle était anorexique, ou du moins avait des périodes où elle refusait de manger. Pendant la guerre elle va devoir trouver à manger pour ne pas mourir. Pourtant, comme elle le dit en prélude du roman, si la guerre a chamboulé pas mal de choses pour elle, en soit, les changements qui se sont opérés sont surtout dus à… Edmond.

J’ai beaucoup aimé les personnages principaux du roman, cette famille d’ados livrés à eux-mêmes, abandonnés par les adultes, qui sont tous des personnages négatifs. Tante Penn est bien trop occupée à négocier la paix pour s’occuper d’eux ; le père de Daisy se contente d’un coup de fil après la bombe pour savoir si elle est toujours en vie mais l’obligera à retourner à New York quand elle a décidera que sa vie est maintenant ailleurs. Les gamins sont brutalisés par les forces armés du pays. Bref, le monde des adultes est vraiment sombre. Parsemé de cadavres, de maisons dévastées.

Pourtant, dans cet univers de désolation, Daisy court après l’amour, incarné ici par Edmond. Cependant Meg Rosoff ne fait pas de ce roman une bluette sentimentale avec des violons et des trémolos, des machins bien « cul-cul-la-praline ». A travers ce thème amoureux, elle explore les ravages de la guerre, un monde vide et vidé de son sens, un monde où il faut explorer les cadavres pour retrouver ceux qui vous sont chers, où il faut compter sur la générosité de la nature pour survivre.
(J’ai particulièrement aimé le passage sur la cueillette des champignons et leurs conséquences ! 🙂 )

L’écrivain parvient à insuffler de la poésie dans cet univers apocalyptique, par la luxuriance de la nature qui reprend ses droits et qu’elle s’attache à décrire. On suit avec bonheur Daisy et sa petite cousine Piper dans leur cavalcade pédestre à travers la campagne anglaise.
Ne pas s’attendre à des dialogues, l’écrivain n’utilise pas le discours direct libre pour faire parler ses personnages à travers l’histoire que raconte Daisy. Ou si peu.

C’est premier roman que je lis de Meg Rosoff, publié en 2004 et, depuis, adapté au cinéma. Un beau roman young adult, à la fois palpitant, angoissant et émouvant. Un roman d’apprentissage original et paradoxal.
Il a d’ailleurs remporté de nombreux prix.

J’ai aussi visionné le film qui en a été tiré : dommage qu’une partie de la fin du roman soit complètement omis, que certains personnages meurent alors que ce n’est pas le cas dans le roman, ce qui change un  peu la donne. Le personnage de Daisy est complètement agressif dans le film, ce qui n’est pas le cas dans le roman. La Daisy du roman ne fait pas de caprices de merdeuse du genre qu’on a envie de remettre direct dans l’avion et elle n’assassine personne. Edmond s’appelle Edmond et n’est jamais nommé par le diminutif « Eddy », comme à l’écran. Pas d’histoire bombe nucléaire, pas de neige en plein été…
Le film se regarde, surtout si on n’a pas lu le roman, mais le réalisateur a pris des libertés. Donc je vous conseille plutôt de lire d’abord le roman et ensuite de regarder le film (d’ailleurs je ne fais que rarement l’inverse, car dans ce cas-là, je ne lis pas le roman parce que je sais que je vais être agacée 😉 )

Extraits :

« Puis je suis allée à la fenêtre et on distinguait un tout petit bout de lumière rose là où le soleil devait être en train de se lever, une brume grise parfaitement calme planait au-dessus de la grange, des jardins et des champs, et tout était beau, parfaitement immobile : j’ai bien regardé en m’attendant à voir débarquer une biche ou une licorne qui seraient rentrées chez elles en trottinant après une rude nuit, mais je n’ai aperçu que des oiseaux. »

« (…) des tonnes de rumeurs nous arrivaient de partout, mais à NOUS, il ne nous arrivait rien de SI GRAVE QUE CA.
Pendant ce temps, il y a quelque chose comme cent mille roses blanches qui fleurissent toutes en même temps sur le devant de la maison, une vraie folie; les légumes poussent d’au moins quinze centimètres par jour et les plates-bandes sont tellement bigarrées qu’on ne peut s’empêcher de rester en extase devant et qu’on en a le vertige rien qu’à les regarder. A en croire Isaac, les oiseaux s’éclatent bien plus depuis l’occupation parce que les voitures ne roulent plus, qu’on ne cultive plus la terre, bref qu’on ne fait plus rien qui les embête, si bien qu’ils n’ont plus qu’à pondre leurs oeufs, chanter et éviter les renards.
Ca commençait à ressembler à du Walt Disney sous ecsta avec tous ces écureuils, ces hérissons et ces biches qui se baladaient partout au milieu des canards, des chiens, des poules, des chèvres et des moutons;[…) »

« J’ai improvisé un couvercle avec un bout d’écorce qui s’est mis à fumer sur les bords, puis à prendre carrément feu, ce qui m’embêtait quand il fallait l’enlever pour remuer les champignons. Je me suis brûlé huit doigts sur dix en enlevant la gamelle du feu pour éviter que le tout ne soit carbonisé, ce qui m’a pris presque une heure (…) et vous n’imaginez pas à quel point ça peut être bon un truc qu’on a trouvé dans un champ(…) ».

« – Merde ! S’il écoute aussi ATTENTIVEMENT QUE CA, j’ai hurlé, ALORS COMMENT CA SE FAIT QU’IL N’ENTEND PAS QUE SI J’AI REUSSI A SURVIVRE JOUR APRES JOUR PENDANT DES ANNEES, C’EST A CAUSE DE LUI? »

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Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe

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Traduit par Marina Boraso

Deux ans après Le coeur qui tourne, voici le deuxième roman de Donal Ryan, l’Irlandais annoncé comme le nouveau prodige des lettres irlandaises. J’avais dévoré le premier à sa sortie, donc je me suis aussi jeté sur celui-ci..
Si c’est le deuxième roman publié, c’est en réalité le premier qu’a écrit Donal Ryan. Le coeur qui tourne se déroule chronologiquement après Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe. Petit extrait de ce que disait l’un des narrateurs du Coeur  (mais qui du coup va vous révéler la fin du roman donc attention spoiler si vous n’avez pas lu les deux romans) : « Il y a des années de ça, quand on a enterré le fils Cunliffe et que  sa vieille tante a raflé les terres pour les partager entre les gros richards, on s’est pris pour des élus, comme des cons. »  Mais on peut lire l’un sans avoir lu l’autre !

Nous sommes dans un village du Tipperary. Johnsey a toujours été considéré par les gens du coin comme un gentil garçon qui n’a pas toute sa tête, un simplet. Toute sa scolarité, il a été harcelé et battu par la bande de gus menée par Eugene Penrose. A présent Johnsey travaille pour la coopérative du village pendant que Penrose et ses potes racailles, devenus chômeurs,  continuent de lui chercher des noises à la moindre occasion, juste pour s’amuser. Johnsey s’est lui-même persuadé qu’il était un demeuré. Incapable de trouver une place dans le monde, il vit en retrait, seul, avec ses parents, dans leur ferme. Les choses déclinent encore sérieusement quand il perd son père, puis sa mère (qui ne s’est jamais remise du décès de son époux). C’est du lourd.  Il hérite de la ferme et se retrouve à la merci d’une bande de requins qui a décidé de lui faire la peau parce qu’il refuse de vendre les terres à un consortium promettant la prospérité aux villageois. Du coup, le naïf  Johnsey se retrouve malgré lui, dans le rôle du sale type qui va ruiner la vie de tout le monde. On comprend bien qu’on marche sur la tête dans cette Irlande de la spéculation immobilière.
Donc, comme dans Le coeur qui tourne, oubliez l’image d’Epinal du village irlandais tout mignon niché dans la campagne, avec de gentils villageois. La pastorale, ce n’est pas la tasse de tea de Donal Ryan. Les personnages ici sont tous des péquenots, bêtes et méchants. Hypocrites et manipulateurs. Des bouseux qui se liguent contre un pauvre gars qui, à force de manquer de confiance en lui, s’est persuadé depuis tout petit qu’il est un crétin.

Johnsey fait pitié et en même temps agace. Donal Ryan ne l’épargne pas. Cependant, si l’on grince des dents de nombreuses fois à cause de ces personnages pas franchement sympathiques et ce pauvre anti-héros à la limite de l’autisme, c’est surtout le rire qui l’emporte. A force de scènes cocasses et du bagou truculent de Donal Ryan, on oublie complètement cette histoire de spéculation immobilière qui en réalité est finalement très peu présente dans le roman. Franchement, j’ai vraiment eu l’impression parfois, et finalement assez souvent, que Donal Ryan se lâchait, débridait son imagination, avec ce qu’il avait dans la tête au moment où il écrivait. Pour l’avoir entendu à la rencontre au centre culturel irlandais jeudi dernier, je sais maintenant qu’il est capable de se mettre à rire tout seul de ce qu’il est en train de raconter. 🙂
Too much les scènes à l’hôpital, en compagnie de l’infirmière Jolie Voix et du compagnon de chambre, Dave Charabia, (le tout enrobée d’une histoire matérielle  de « chat-téteur »), des personnages qui seront les seuls contacts et « amis » de Johnsey une fois sorti de convalescence, pour composer une sorte de ménage à trois. J’ai failli mourir de rire. C’est assez dangereux de lire ce roman dans les transports (vous êtes prévenus !).

J’ai aimé, je ne peux pas dire le contraire. J’ai beaucoup ri. Mais j’ai quand même préféré Le coeur qui tourne pour la performance littéraire.  Ici on a l’impression d’un gros délire d’humour, très efficace, mais que le fond de l’histoire, finalement, passait à la trappe la majeure partie du roman, pour ne ressurgir qu’à la fin. Pour moi, c’est l’histoire d’un calvaire, celui d’un jeune homme naïf et inoffensif, dans un monde de brutes qui agissent comme une meute de  loups pour déchiqueter un agneau assez couillon (un Forrest Gump, comme il a été dit lors de la rencontre au CCI).  On suit sa vie, mois par mois, pendant une année, de janvier à décembre. Et en décembre, il va se passer quelque chose (The thing about december est le titre original)

Corrosif et terriblement drôle. Terrible c’est peut-être l’adjectif qui convient. 🙂

Extraits :
« D’après maman, quand on appelle son fils Dermot McDermott, ça prouve qu’on ne se prend pas pour la moitié d’une merde. »

Le four à micro-ondes : « Ce machin-là pouvait provoquer des tas de maladies, comment savoir ? Elle racontait qu’une dame était restée devant pendant qu’il chauffait, et alors son foie avait grillé et elle était morte en hurlant de douleur. »

« Les mots, par exemple. Ils sont formidables s’ils viennent de quelqu’un d’autre et quand ils sortent de la bouche de Jolie-Voix on dirait une glace à la vanille avec une gaufrette par-dessus, en plein été (…) ».

 » (… on lui a fait passer un chat-nerf. (…) on lui a déjà posé un chat-téteur qui se chargera de vider sa vessie. Décidément, il y a des chats partout là-dedans »

« Un autre problème avec Dave Charabia, c’est qu’il n’arrête pas de péter, alors que Johnsey a des douleurs dans le ventre quasiment tous les jours à force de se contrôler et de serrer les fesses. A ce stade-là, les vents ne prennent même plus la peine d’essayer de sortir : ils s’arrêtent au bord de la raie avant de rebrousser chemin. Du coup, ils se bousculent dans ses boyaux et se bagarrent pour se faire une place. Ca ne peut pas être sain, tout cet air qui s’accumule là-dedans. »

« Il ajoute que, de nos jours, ce n’est pas la peine de brancher une fille quand on n’a pas de portable. Le texto est l’outil moderne de la séduction. Et toi, mon vieux, tu es aussi un outil, mais pas taillé pour la séduction. Il suffit de quelques messages bien tournés pour qu’une fille s’excite et piaffe d’impatience avant même que tu l’aies rencontrée. »

« D’ailleurs, ce style de pantalon que tu portes, ça fait blaireau, passe plutôt aux jeans – modèle boot cut, pas ces merdes de Lee et de Wranglers, comme dans les années quatre-vingt. Pareil pour les bottes, c’est fini ça, trouve-toi des mocassins classe, mais les prends pas noirs, plutôt marron, avec le bout pointu. (…) Y a des mecs qui se baissent le futal jusqu’à la moitié des fesses pour montrer le haut de leur caleçon, mais là tu dois mettre la bonne marque, du Calvin Klein, quoi, le kangourou qu’on te vend chez Penneys, ça le fait pas. »

« Siobhán insiste auprès de Dave pour qu’il leur présente l’élue de son coeur. Ferait-elle partie de ces bégueules de la ville qui ont peur de subir une combustion spontanée si elles s’aventurent à la campagne? Et elle enseigne quoi, au fait ? Le braille ? »

Et je termine d’écrire ma chronique en pleurant de rire…  🙂

 

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Donal Ryan au Centre culturel irlandais le 19 janvier 2017 (c)

 

 

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