La gueule du loup

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Mathilde et Lou viennent de décrocher le bac et décident de partir en vacances à Madagascar, toutes seules. Le séjour débute dans un lieu paradisiaque, avec rhum arrangé et musique. Puis elles poursuivent leur road trip  dans l’île en direction de la capitale où elles découvrent l’envers du décor du Paradis : la misère dans toute son horreur. De la mère qui veut vous vendre son enfant à l’exploitation sexuelle que pratiquent sans vergogne des Blancs plein aux as et libidineux. Lou et Mathilde vont sympathiser avec une jeune Malgache de leur âge. En voulant l’aider, les gamines vont être entraînées dans une course folle : un type louche est à leurs trousses.

Je vais y aller « cash » : je suis très déçue par ce roman et c’est d’autant plus dommage que les pistes initiées (l’exploitation humaine par le biais de la  prostitution, la découverte d’une culture très différente de la nôtre)  auraient pu être intéressantes si tout cela n’avait pas été gâché par pas mal de choses.
Ce livre a toutes les allures d’un thriller sur fond documentaire. L’environnement malgache est très envoûtant, on en apprend beaucoup sur le malheur de cette île continent, sur sa culture et les rites qui y perdurent. On se perd avec Mathilde et Lou dans la jungle, sous un arbre censé protéger des mauvais esprits. De ce point de vue-là, le roman vous emporte loin.
Par contre, j’ai trouvé très étrange que la copine malgache de Mathilde et Lou s’expriment exactement comme elles, avec ce langage un peu trop « djeunse » pour être totalement crédible.
Quant au « méchant », il échappe de manière tout à fait miraculeuse d’une chute qui aurait dû lui être fatale (on le devine très tôt d’ailleurs). Et en fin de compte, à la fin, on se dit qu’il n’était pas si malin…
L’intrigue en elle-même tombe donc à plat assez vite. Je me suis peu attaché aux personnages, pas assez fouillés. Mathilde est la copine intrépide et Lou la copine timide. A un moment, on pense que Lou a plus d’un tour dans son sac et va nous montrer une autre facette de sa personnalité. Mais là encore, ça ne va pas jusqu’au bout et ce n’est pas à elle qu’il va arriver ce que je vais appeler « quelques bricoles »…

Cependant, le pire est ailleurs : par dessus tout, j’ai vraiment détesté jusqu’à en être horripilée le registre choisi pour ce roman. Je sais que Marion Brunet écrit sans fioritures. Mais pour un roman destiné aux ados, ça dépasse les bornes, à mon goût. Registre trop vulgaire, trop trash pour le public visé à qui ça n’apportera pas grand chose.

Extraits  :

« Quand elles te sucent, t’as peur qu’elles y laissent les dents. » (p.53)
« Qu’il me baise, c’est un détail. Ouvrir mon corps je sais faire, pour que ça fasse pas mal » (p.75)
« Terreur et vide, dans mes prunelles et jusqu’à mes orteils peints en rouge, en passant par ma chatte, ma peau et mes viscères » (p.75)
« Si à chaque fois que tu promènes ta queue hors de la maison, tu ramènes une nouvelle bouche à nourrir, il va falloir que tu travailles un peu plus, mon ami ! »
« Et il s’est pointé à la maison, la queue entre les jambes (…) » (p.114)

Il semble qu’on peut faire passer le souffrance humaine et le comportement ordurier autrement, sans finalement passer par cette sorte de facilité qu’est le vocabulaire obscène (les scènes obscènes)  à répétition qui finit par agacer, vraiment. Parce que tout le monde est peu ou prou capable d’écrire ainsi. La pudeur peut aussi faire passer des choses, avec davantage de subtilité…
Bref, en défaut par rapport au public visé. Sans doute ce qui fera rater des sélections à ce roman qui aurait pu tenir la route par son fonds documentaire sur Madagascar riche et intéressant.

J’avais beaucoup aimé Frangine. Je suis d’autant plus déçue.

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Typos tome 2 : Poison noir

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Traduction : Faustina Fiore

Nous retrouvons les quatre étudiants en journalisme (Gipsy, Morph, Dusker et Arlequin)  dont le premier volume relatait leur lutte contre un scandale humanitaire dans un pays africain de 2043.

A présent voilà qu’une crise alimentaire et économique sans précédent s’abat sur Maximum City, due à un mystérieux champignon noir qui a ravagé toutes les récoltes. Comme par miracle, la puissance société AgroGen a trouvé un anti-virus. Cela paraît évidement totalement suspect à l’équipe d’apprenti-journalistes, qui mènent une enquête jusqu’à mettre leur propre sécurité en péril.

Guido Sgardoli choisit ici de montrer comment l’on peut fabriquer une famine de toutes pièces, comment, dans une société totalement corrompue et malfaisante comme celle de ce roman, l’économique et le politique sont complices au nom de deux maîtres mots : le profit et le pouvoir. Il suffit que des multinationales, où les gens travaillent pour leur compte, créent volontairement des catastrophes et ensuite se présentent avec l’antidote élaborée d’avance. C’est tout bénéfice pour eux, d’autant qu’elles ont « la plus haute organisation internationale pour le contrôle et le développement alimentaire » (le Fonds alimentaire mondial), dans la poche. Le pouvoir de vie et de mort sur les individus est alors à portée de main.

Autant j’avais un avis mitigé sur le premier volume de cette série, autant on ne s’ennuie pas une seule seconde dans celui-ci, qui plonge directement au coeur du problème, à un rythme haletant. Une petite virée dans le désert qui borde Maximum City et la rencontre surprenante avec une vieille dame, que l’on imagine un peu sortie d’un roman anglais (elle se nomme Sara Bells) qui se prend d’amitié sincère pour les quatre jeunes qu’elle va héberger chez elle, est l’une des surprises de cette histoire.
Autant dans le premier volume j’avais eu du mal à m’attacher aux jeunes héros parce qu’ils n’étaient pas suffisamment approfondis à mon goût, autant ici on en apprend davantage sur eux par le biais de l’histoire de leurs parents. On comprend pourquoi Morph est un être protéiforme et pourquoi Gipsy dispose de bronchies. Les particularités physiques de chacun font aussi partie du puzzle de l’intrigue, que l’on découvre au fur et à mesure.

Pourtant, le lecteur n’est pas au bout de ses surprises : un coup de théâtre totalement inattendu l’attend à la dernière page et ce n’est pas une bonne nouvelle ! Ce qui me fait conclure en disant : avec Typos, noir, c’est noir !

J’espère tout de même un peu d’espoir dans le tome suivant. Affaire à suivre…

Je remercie Flammarion Jeunesse !

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Typos tome 1 : Fragments de vérité

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Traduit par Faustina Fiore

4e de couverture : « Dans une société où l’information est un mensonge, Typos défend la vérité.
K-Lab, groupe ultra-puissant domine la ville de Maximum City. Expert en désinformation, il manipule les faits au profit des pouvoirs en place. Une organisation clandestine nommée TYPOS résiste au discours officiel. Ses membres sont déterminés à mettre à jour un scandale humanitaire sans précédent.
Leur arme : la Vérité
Leur outil : un Journal.
Mais ce n’est pas sans danger, leur ennemi est redoutable. »

Gipsy, Morph, Dusker et Arlequin sont étudiants en journalisme, dans une société futuriste de 2043 ou la manipulation est reine. Maximum City, la ville où ils vivent est sinistre à souhait et sa banlieue encore plus : pour empêcher les gens de réfléchir et de réagir, il y a un bruit incessant. L’urbanisme est quelque chose comme « cinquante-six kilomètres de cauchemar urbanistique dépourvu de sens, de structure, de coeur ». Les bâtiments s’effritent sous les pluies acides. Ce n’est que « jungle de câbles, de micros et de caméras ». Voici pour le décor.

Les quatre étudiants font partie d’une organisation ultra-secrète qui édite un journal contre la désinformation perpétrée par K-Lab. Ils communiquent entre eux avec un Close, un téléphone portable au circuit fermé dont les communications ne peuvent pas être captées par des personnes n’appartenant pas au groupe. Pour communiquer l’information entre eux, ils ont caché « dans tous les coins de la ville des centaines de petites chaînes blanches auxquelles on p[eut] attacher des clés USB remplies de données. Il suffi[t] d’avoir sur soi une tablette ou un ordinateur et de passer à côté de ces chaînes pour télécharger ce que les autres y [ont] laissé ». Voilà pour les moyens mis en oeuvre.

Les quatre étudiants ont chacun des particularités :
Arlequin est doté d’un sixième sens qui le rend capable de détecter les mensonges : il développe une sorte d’urticaire dès qu’il en entend un. C’est aussi le personnage le plus imprundent, celui qui ne respecte pas les règles et qui s’en vante !
Morph a un visage comme de l’argile : elle peut le façonner à sa guise. Une maladie due à l’extrême pollution de Maximum City.
Dusker est le photographe et le geek de l’équipe. Il est extrêment musclé.
Gipsy sait se faufiler partout et elle possède des branchies artificielles qui lui permettent de rester en apnée une demi-heure et elle ne ressent pas la douleur. Voici l’équipe de héros.

Les membres de Typos, dans ce premier volume, sont mis au fait d’un scandale humanitaire dans le pays africain d’Ambillie, grâce au docteur Frank Malone. Le chef d’Etat de ce pays, Makbake, est le propre bourreau de son peuple puisqu’il y a organisé une famine. Il se fait passer pour un bienfaiteur et organise un grand spectacle-concert de récolte de fonds pour son pays, avec la complicité de K-Lab. Voilà pour l’intrigue.

J’avoue que j’ai choisi ce roman pour la thématique de la manipulation de l’information et du journalisme. La quatrième de couverture m’a séduite. Pourtant, j’ai eu une lecture en « dents de scie » avec des moments qui m’ont captivée et d’autres où je me suis ennuyée. L’intrigue est assez diffuse pour être vraiment reconcentrée sur la fin du livre. Beaucoup trop de détails autres en font perdre le fil pendant un peu trop longtemps. L’intérêt du lecteur se reporte alors sur les caractéristiques des personnages ou la description de l’environnement de la triste mégapole futuriste de Maximum City.  On apprend un peu tardivement que le créateur de TYPOS est en fait le père d’Arlequin.

C’est donc un peu « fouillis » et c’est dommage parce que, par moments, ce roman est très divertissant. Dans la dernière partie, le rythme se fait trépidant et le suspens haletant. Là on accroche bien et les pages se tournent toutes seules !

Enfin, je ne suis pas vraiment sûre que cette lecture soit accessible à des lecteurs de 11 ans. Je dirais plutôt 13-14 ans.

Pour finir, un détail amusant accompagne le livre : un exemplaire du journal Typos du 28 novembre 2043. Le verso est peut-être à lire avant même de commencer la lecture car il présente bien les personnages.

Une lecture en demi-teinte donc.

Je remercie beaucoup Flammarion Jeunesse !

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Sweet Sixteen

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Ce roman est tiré d’une page de l’histoire américaine : l’intégration en 1957 de neuf étudiants noirs dans un prestigieux lycée réservé aux blancs. Nous sommes à Little Rock, Arkansas, Etat sudiste ségrégationiste.
Quand on lit la date à laquelle de déroule l’histoire, on y regarde à deux fois : 1957 ?? . Même pas le 19e siècle mais bien le 20e et il n’y a pas si longtemps que ça. On a beau savoir que la ségrégation raciale aux Etats-Unis existait encore à cette époque, en ce qui me concerne ça me fait toujours bondir autant.
Le récit alterne deux narrations : celle de Molly Costello, une des jeunes noires ayant intégré le Lycée Central et Grace, et celle d’une lycéenne blanche, Grace.
Mais d’un point de vue comme de l’autre, ce qui ressort c’est le calvaire subi les jeunes noirs (et leur famille, en l’occurrence celle de Molly). Menacés, insultés, lynchés dès que c’était possible, les Neuf ont rapidement dû être mis sous protection de l’armée sur ordre d’Eseinhower lui-même.
« A la caféteria, dès qu’elle ou l’un des autres étudiants entraient, c’était des cris d’animaux à n’en plus finir, des jets de nourriture ou même des canettes de soda. » Et là, encore je dirai presque que c’est soft. Alors imaginez quand même que ce qui animaient certains blancs c’était le meurtre des gamins ! Ca allait jusque-là !
En lisant le récit de Molly, on se demande comment elle a pu résister à tout cela. Sa douleur et sa tristesse sont mises en valeur par le récit d’abord très futile de Grace dont le problème de l’intégration des noirs à l’école ne préoccupe pas plus que ça : si elle fait tout de même des réflexions sur l’événement, c’est parce que la mère de sa meilleure copine est la leader locale de la révolte des blancs contre cet événement, au nom de la sécurité de leurs enfants. Grace est au début rien d’autre qu’une dinde, qui a principale préoccupation son nombril : ses fringues, sa réputation, le mec qu’elle vise pour mieux se faire mousser, la bagnole dans laquelle il va la traîner pour mieux faire baver les autres. Bref, pauvre petite fille riche ! Mais, à force de voir Molly tous les jours, à force la voir se faire humilier sans broncher, elle finit par oublier sa couleur et c’est l’admiration qui naît, surtout après un traquenard odieux orchestré par sa meilleure copine, qui la hantera jour et nuit. Les oeillères lui tombent et son mec est finalement pas si super que ça…

« Sweet Sixteen », avoir 16 ans est un événement aux Etats-Unis. Ironie du titre pour l’une comme pour l’autre des protagonistes, qui grandiront plus vite que prévu. L’ennemi commun des noirs et des blancs qui viennent en aide aux noirs s’appelle Ku Klux Klan.

Annelise Heurtier a modifié les noms des principaux protagonistes puisque son but n’était pas d’écrire « une leçon d’histoire, conforme en tout point de vue à la réalité, mais de retranscrire la brutalité des jours que Melba Pattillo et ses huit autres camarades ont enduré au Lycée central. Puisqu’il s’agit avant tout d’une fiction, les noms des principaux protagonistes ont été changés« . Elle rappelle en préface qu’on peut lire l’incroyable témoignage de Melba Patillo (Molly) dans l’autobiographie Warriors don’t Cry, a Searing Memoir of the Battle to Integrate Little Rock’s Central High (Washington Square Press, 1994).
Enfin, en post-face, elle informe que les Huit ont été reçu et décoré par Barak Obama en 2008 (huit, parce que le neuvième avait déclaré forfait et avait quitté le lycée).

Une très belle lecture. Le seul reproche que je peux faire c’est que j’ai trouvé que le personnage de Grace changeait un peu trop soudainement de comportement. Mais cela est compensé par le fait que la difficulté des blancs face au KKK est bien mise en évidence. Aider un noir en étant blanc était un danger de mort.
J’ai évidemment aussi beaucoup pensé à La Couleur des sentiments en lisant ce livre.

Un roman de jeunesse riche, qui est bien plus que cela et qu’on peut conseiller aux adultes. Un style simple et limpide qui rend la lecture accessible aux plus jeunes une page sombre de l’histoire des Etats-Unis : la ségrégation raciale. Et qui remuera aussi des exemples plus proches et plus contemporains…

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L’apache aux yeux bleus

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Herman, 11 ans, alias « tête de pioche », vit près du village de Squaw Creek, Texas. La maison est entourée de champs de blé. Il n’est pas recommandé de s’éloigner au-delà tout seul. Nous sommes en 1870. La rumeur dit que les Apaches rodent dans le coin. Mais Herman est têtu : parce qu’un corbeau mange le blé en herbe, il décide d’aller le « scrabouiller ». S’en fiche des Apaches. Jusqu’au moment où il entend dans son dos le galop d’un cheval. Trop tard. Même en courant. Des hommes aux visages peints d’une bande blanche et aux cheveux longs lui sautent dessus. Sa vie va changer à tout jamais. Il est enlevé, devient d’abord l’esclave des Apaches puis découvre qu’il est en fait le cadeau offert à la femme du chef de clan…Il est adopté par la tribu des Mescaleros, après avoir réussi avec brio le test de bravoure : ben oui, une tête de pioche apache, ça n’a peur de rien, ça ne pleure jamais, ça mange du foie cru sans chouiner et ça sait monter sur son cheval au galop !  Herman devient En Da, le « garçon blanc » apache. Chiwat devient son ami et frère. Pourtant, il n’aura pas que des alliés dans le clan: il y a le shaman qui ne l’aime pas. Il y a aussi un Comanche et des Texas Rangers qui feront irruption dans sa vie pour la chambouler de nouveau…

Incroyable récit d’aventures qui vous embarque loin, jusque dans le terrible désert des Llanos. Un sacré road trip ! Une histoire qu’on aurait du mal à croire, si on ne savait pas qu’elle est vraie et tirée des Mémoires qu’a écrit Herman et de ce que Chiwat a raconte à ses enfants. Tous les personnages ont existé.

Une page d’Histoire sur la guerre des territoires que se livrent Apaches et Texas Rangers, où l’on apprend que les Comanches étaient souvent à la solde de ces derniers. Ils ont pour ennemis les irréductibles Apaches. Irréductibles, jusqu’au jour où ils sont vaincus et parqués dans des réserves d’où ils ne pourront plus sortir. Une sorte d’Apartheid à la sauce américaine qui est toujours d’actualité, hélas !  La fin de l’histoire à cet égard est poignante.
« On va nous entasser dans des réserves et nous distribuer des rations tous les jours, comme à des bébés », explique Chiwat à son frère adoptif. Seul moyen pour les Apaches d’éviter l’extermination pure et simple. Mais à quel prix ! Dès lors, Herman-En Da se sentira investi d’une mission jusqu’à la fin de ses jours.

L’autre chose la plus incroyable est l’oubli de ses racines. Franchement, si je ne savais pas que c’était une histoire réelle, j’aurais trouvé un manque de vraisemblance au récit. Herman a 11 ans quand il est enlevé et restera 9 ans chez les Apaches. Comment peut-on tout oublier ? C’est à la fois stupéfiant, effrayant et fascinant.

Une très belle lecture qui donne envie de se plonger dans les écrits indiens et qui m’a rappelé mon séjour au Québec dans une tribu indienne… Ok, je n’ai pas mangé du foie cru, et je ne suis pas monté sur un cheval au galop (juste fait du canot, écouté un conteur hors pair la nuit tombée et dormi avec des sauterelles géantes… :p)  mais ces Indiens du Nord avaient beaucoup à nous raconter sur la souffrance et la survie de leur peuple. On sentait bien que ce n’était pas pour faire du folklore pour touristes mais pour faire passer un message…

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(Photo prise par moi-même à Québec 🙂 )

Merci à Flammarion Jeunesse

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Les Grinche à la dérive

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Traduit par Marie Hermet
Illustré par illustrateur Axel Scheffler

Rappelez-vous, je vous ai présenté de drôles de gens qui vivent dans une drôle de maison tirée par deux ânes, et qui ont vécu une drôle d’aventure : oui, je parle des Grinche !
Voici le deuxième tome de leurs aventures : M. Grinche se voit investi d’une mission ultra-secrète : livrer un PDGI (attention, pas un PDG, un PDGI : une Personne de Grande Importance) à une mystérieuse Mme Bayliss. La mission lui a été délivrée d’une manière tout à fait étrange : un message épinglé sur sa veste de pyjama pendant qu’il dormait ! M. Grinche sait que Mme Grinche est capable de beaucoup de choses, mais pas de faire ça ! Mais peu importe, M. Grinche veut du neuf, de l’aventure. « Pour le changement. Pour avoir la possibilité de faire enrager  [Mme Grinche] dans un cadre nouveau. » Et voilà, c’est parti pour de nouvelles folles aventures loufoques.

La famille au grand complet est présente tout au long du récit. Elle s’est agrandie : Mimi (l’ex petit commis de Bigg Manor), vit maintenant avec les Grinche, plus rose que jamais, toujours accompagnée par Frizzle et Twist, ses deux colibiris qui volètent autour de sa tête en permanence. Sunny est toujours vêtu d’une robe bleue, a toujours les cheveux en pétard et de grandes oreilles. Fingers, l’ancien éléphant de cirque,  tracte maintenant la maison des Grinche. Tout ce petit monde se trouve embarqué dans une drôle d’histoire où la solidarité sera primordiale, surtout sur une barque en pleine mer…

Madame et Monsieur Grinche sont toujours un couple roi de l’insulte. Mais on se rend compte qu’ils se donnent du mal pour en trouver de nouvelles ! Des insultes hors du commun, inventives : « lampadaire », « coloquinte »« crâne de piaf », « bouche d’égout », « oeuf à la crème », « guitoune »,« mirliflore »… (prenez votre dictionnaire pour suivre ou prenez note pour un scrabble, ça peut servir !). Une forme d’amour vache qu’ils sont seuls à pouvoir comprendre. Leur raison de vivre en couple. D’ailleurs M. Grinche instaure une nouvelle règle en matière d’insulte : « On n’a pas le droit de se donner des noms qu’on est incapable d’épeler. » Même si elle ne court qu’un temps parce que leur langue est plus rapide que leur intellect !

Le couple Grinche est toujours aussi « lourd » mais il m’est devenu plus sympathique que dans le premier volume.  Même si Mme et M. Grinche sont (très) mal sapés, qu’ils mangent des écureuils écrasés aux scarabées mitonnés avec des pneus en lanière, même si Mme Grinche a les dents jaunes et vertes, même s’ils se parlent comme des chartiers, vivent dans ce qui ressemble à un taudis sur roues, et sont turbulents, l’histoire montrera qu’ils ont un coeur. Ils sont drôles de laideur, de maladresse et de loufoquerie. C’est finalement ce qui les rend attachants. Sur leur chemin, ils vont croiser un type en costume chic, avec une belle voiture rutilante, un couple de (faux) amoureux : des gens très « classe » et normaux en apparence mais  tout à fait malhonnêtes. Des gens qui vont leur poser de gros problèmes…

Heureusement, une certaine Speedy McGinty, championne du fauteuil roulant fait son apparition dans le récit. Toute handicapée qu’elle est, c’est une vraie héroïne, qui viendra à bout du Mal, avec l’aide de Mme Grinche, dans un second temps. Même si, M. Grinche insiste pour dire que c’est « son aventure », les femmes ont ici le beau rôle !
Quant à savoir qui est le fameux PDGI, à l’origine de tout, eh bien ce n’est pas moi qui vous le dirait car c’est une vraie surprise et un vrai clin d’oeil de l’auteur à M. Grinche, à qui il décidera de cacher la vérité… D’ailleurs il lui cache pas mal de chose à son personnage, même qui est Speedy McGinty, dans cette aventure familiale !

Philip Ardagh rend son texte vivant de bien des points de vue. L’auteur-narrateur joue beaucoup avec le lecteur, il ne cesse d’attirer son attention, (et de rendre hommage à l’illustrateur, Axel Scheffler, par la même occasion)

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 Il explique ce qu’il pourrait écrire ou pas : « Les histoires se terminent là où leur auteur a envie qu’elles se terminent, et je pourrais facilement conclure la mienne ici. Mais pour moi, l’histoire n’est pas finie tant que M. et Mme Grinche ne sont pas de retour au point de départ : le parc de Bigg Manor, en compagnie du Vieux Grinche. »

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Je lui ai trouvé un petit air d’auteur à ce grand-père-là

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ou alors c’est mon imagination, c’est tout à fait possible, mais quand même…

j’ai trouvé pas mal de clins d’oeil dans ce texte. Avec, entre autres, des traces d’irlanditude… Alors que Philip Ardagh est un Anglais du Kent, et qu’il plante son histoire dans un lieu totalement imaginaire, on trouve : un hôtel « O’Neill », une Speedy-Kitty « McGinty« , un lieu nommé « Gillian’s Field » et même une allusion à  « Dublin » (qui m’a fait l’effet d’avoir tiré le jackpot !)  Il y a un mystère textuel.  🙂

Une deuxième histoire des Grinche encore plus hilarante que la première, sur fond d’une belle solidarité familiale et d’un subterfuge.
Un écrivain qui impressionne par son imagination débordante, son sens de l’humour et sa capacité à rendre son récit vivant. Vivement la suite…

Merci à Flammarion Jeunesse.

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Le crime du comte Neville

 

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Un jour le comte Neville cherche sa fille qui a mystérieusement disparu. Il la retrouve chez une voyante qui, par la même occasion qui prédit qu’il tuera un invité lors de sa dernière garden-party. Le comte, qui se prénomme Henri, crie à la foutaise, récupère sa fille qui s’appelle Sérieuse. Ambiance ! Il tente d’instaurer le dialogue avec Sérieuse pour savoir ce qui l’a pris d’aller dormir en pleine forêt. Sérieuse lui dit en avoir tout simplement qu’elle en avait envie, sans plus d’explication. Sérieuse est un personnage mystérieux : à l’âge de douze ans et demi très exactement, elle est passée de l’état d’une gamine pleine de joie de vivre à son contraire. Elle avoue à son père qu’elle a entendu sa conversation avec la voyante et qu’elle a la solution à son problème : au lieu de tuer un ou une invité(e), Henri n’a qu’à la tuer elle!  Bien évidement le père s’épouvante encore davantage. Tuer un invité était déjà une chose totalement inconcevable pour lui (on le comprend !) mais tuer sa fille, c’est à se demander si celle-ci n’est pas complètement « frappée ». On se retrouve en pleine tragédie racinienne avec des allusion à Iphigénie, Agamemnon etc. Sans compter que pour frère et soeur, Sérieuse a Oreste et Electre.

Amélie Nothomb nous immerge au coeur de la noblesse belge au bord du gouffre financier et psychique. Le roman commence comme un conte, avec d’ailleur une allusion à Oscar Wilde explicite : celui du Crime du lord Arthur Savile (que je n’ai pas lu). Mais aussi à Rimbaud et Radiguet. Mais pour moi, cela s’arrête là et je me suis bien ennuyée avec ce bouquin. Autant ennuyée que je me suis amusée et vraiment éclatée avec le truculent Pétronille.

Reste quelques phrases bien trempées qui font que j’apprécie Amélie Nothomb depuis toujours :

« Pourquoi a-t-on inventé l’enfer alors qu’il existe l’insomnie ? »

« Sa pire terreur demeurait que le Pluvier soit racheté par une chaîne de fast-food qui raserait les vieux murs et la forêt pour construire un restaurant, un parking, et une aire de jeux à la gloire de Disney. »

« Dans tout roman honorable, quand un fusil est mentionné, il faut qu’il serve. »

Servira-t-il ? Toute l’intrigue repose sur : le comte va-t-il tuer un invité ? Puis le comte va-t-il tuer sa fille ? (parce que la bougresse finit par tellement lui taper sur les nerfs que… )

Un portrait au vitriol de la noblesse belge aux abois qui aurait pu être sympa si tout cela était un peu plus étoffé (ou moi peut-être un peu plus cultivée pour ressentir tous les palimpsestes cachés derrière ce texte. Il est d’ailleurs beaucoup questions de « ressentis » dans ce roman qui m’a laissée de marbre. Et ça me fend le coeur.

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Pétronille

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Contre toute attente j’ai replongé dans la lecture d’Amélie Nothomb dont j’ai lu à peu près tous les romans jusqu’au Fait du prince, qui m’avait déçue. Et c’était avant la création du blog. Depuis, mes lectures se sont beaucoup diversifiées, étendues dans des contrées littéraires qui m’étaient inconnues auparavant.
Je sais qu’Amélie a ses détracteurs qui lui reprochent de sortir aussi régulièrement qu’un métronome et à gros tirage, un livre une fois par an au moment de la rentrée littéraire d’automne. Certains lui reprochent même d’écrire des romans avec pas assez de feuilles ! Mais depuis quand la qualité d’un texte se mesure-t-elle à sa longueur ? Ca me rappelle des histoires de dissert à la fac… Cela dit, je serais presque d’accord pour dire que Pétronille est trop court.
Un conseil : quand vous commencez la lecture, veillez à être en solo et dans un lieu bien insonorisé sous peine de voir débarquer les pompiers ou l’asile. L’entourage peut trouver qu’il vous arrive quelque chose de très étrange – « t’as picolé ou quoi ? »…

Il est effectivement question d’alcool dans ce bouquin. Mais pas n’importe lequel. Celui avec des fines bulles : le champagne. Mais pas un trou-chaussettes : le meilleur du meilleur : Veuve-Clicquot, Rotschild… En effet « l’ivresse (…) relève de l’art » et le champagne provoque « une ivresse qui ne ressemble à nulle autre » : « Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé »

Amélie se prend une cuite toute seule jusqu’au moment où elle se rend compte que le champagne la rend de compagnie tellement sympathique qu’il faut en faire profiter quelqu’un. Elle se met en quête d’un « convignon » ou d’une « convigne » de beuverie. Après avoir passé en revue toutes ses connaissances et décrété qu’aucune ne pouvait convenir, elle décide de le/la trouver parmi ses lectrices et lecteurs au moment tellement bizarroïde de la dédicace qui « repose sur une ambiguïté fondamentale : personne ne sait ce que l’autre veut ». Seulement Amélie est réputée répondre à tous les fans qui lui écrivent et donc de connaître ceux avec lesquels elle entretient une correspondance.
Une certaine Pétronille Fanto lui tend son exemplaire du Sabotage amoureux. Amélie sursaute sur son siège : « C’est vous ?! » Du choc de la rencontre qui la fait changer de dimension (« je ne sais même pas si c’est passer de la deuxième à la troisième dimension, parce que c’est peut-être le contraire »), débute une histoire d’amitié farfelue avec cette personne qui semble avoir 15 ans et un « regard de piment rouge » mais qui a 22 ans et termine un master de littérature élisabethaine, (et deviendra à son tour un écrivain connu).

Pétronille est française, de milieu populaire, ses parents sont communistes. C’est un croisement entre Zazie dans le métro et Christopher Marlow (pour reprendre ce que dit elle-même Amélie Nothomb de ce personnage haut en couleur dans une interview présentant son livre). Amélie est belge,  fille de diplomate. Un choc de classes mais un duo de choc, avec un goût pour l’absurde qui donne des moments vraiment truculeusement savoureux.
Si je raconte tout, ça n’a plus aucun intérêt, mais sachez que vous trouverez Vivienne Westwood dans ces pages, pas franchement dans le plus reluisant de sa personnalité. Il y a aussi une histoire de pyjama orange sur fond de vouvoiement, une allergie aux acariens, une virée à ski et une disparition dans le désert. Et du champagne pour accompagner le tout.  A l’image punk destroy de ce roman pétillant à souhait mais aussi tragique.

Amélie Nothomb aborde, entre autres, la difficulté de la vivre de sa plume pour 99% des écrivains en France. Dans le bastion éditorial on dirait encore : « Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n’ont aucune chance. » (sic!). De quoi susciter l’indignation. Mais aussi la jalousie. Le vol. La fin du roman à ce titre-là est surprenante et inattendue. Une mise en abyme en forme de pirouette.

La meilleure cuvée nothombienne que j’ai lue depuis longtemps. Faut pas s’en priver !

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Tête de chien

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Traduit par Alain Gnaedig

4e de couverture : » Nous, on aimerait vraiment savoir comment il a survécu, pour être franc, on aimerait vachement le savoir. On voudrait savoir comment il s’en est sorti, ce qui explique que moi, le plus jeune, et ma soeur Stinne, l’aînée, nous sommes venus au monde. Mais Grand-Père se referme comme une huître et descend du schnaps. Il refuse de raconter ce que les Allemands lui ont fait. « La peste ou le choléra », dit-il à la place.  » Entre Norvège et Danemark, des années trente à nos jours, ce récit cocasse célèbre la famille, pour le meilleur comme pour le pire. De la rencontre d’Askild et de Bjerk naît une ribambelle de personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Morten Ramsland réussit à conjuguer bonheurs et malheurs avec une impertinence et une légèreté tout enfantine, sans oublier l’amour. »

Tête de chien, c’est le surnom du narrateur (Asger, de son vrai nom) qui raconte l’histoire de sa famille, transbahutée entre la Norvège et le Danemark.

Tout commence par le grand-père Askild, échappé d’un camp de concentration en Allemagne, en échange de la vie d’un autre. Un passé dont ce grand-père, alcoolique notoire et peintre cubiste à ses heures, ne se remettra jamais et engendrera une descendance haute en couleurs. De sa rencontre avec (Grand-mère) Bjork, qui, à l’époque avait pour marque de fabrique d’avoir les gencives qui saignent, naîtra Niels Junior, autrement nommé Feuille de chou (à cause d’une paire d’oreilles digne de Jumbo l’Elphant), tête de turcs des autres gamins jusqu’au jour où son cousin Tête de Pomme lui montre comment décocher des coups de pieds à l’endroit sensible masculin pour se faire respecter et dont la voix – imaginaire – de la Dent Dure lui révèle comment faire fortune au port de Bergen grâce à la chasse aux crabes géants. Feuille de Chou est le frère aîné d’Anne Katrine l’attardée mentale, dite La Merdeuse (qui deviendra une grosse tata au quintal gélatineux, moquée par Tête de chien, son neveu, et sa nièce, Stinne, qui passe leur temps à la traiter de « grosse tomate« . Anne Katrine est la grande soeur de Knut, le petit frère qui a mis les voiles pour la mer le jour de ses 14 ans en lui promettant de revenir la chercher pour l’emmener avec lui en voyage en bateau où elle pourra boire des jus de fruits à longeur de journée.

Car fiche le camp est une spécialité des enfants de cette famille : Feuille de chou disparaît dans la forêt ensorcelée du Nordland, habitée par des personnages et animaux fantastiques. Il y entre adolescent boutonneux pour en ressortir une semaine plus tard, homme, ayant rencontré 2 jeunes filles féériques, une blonde et une brune ! Seulement voilà, il aurait mangé des champignons hallucinogènes…

Le cousin Tête de Pomme a pris le large à bord d’un bateau pour fuir ses responsabilités vis-à-vis d’une jeune fille. Mais c’est pour mieux revenir, transformé en héros des temps modernes, en mec, en vrai, tatoué et tout (je ne vous dirai pas où!) aux yeux de Knut qui suivra son exemple.

Tête de chien à son tour, fuit à Amsterdam pour ses études de peinture.

Des personnages qui passent leur temps à fuir une réalité économique et familiale un peu difficile : Askild se fait virer chez tous les employeurs à cause de son alcoolisme, les affaires de Tête de chou adulte s’effondrent, les grand-parents sont trop envahissants. Etre ailleurs pour être « comme des coqs en pâte« , selon l’expression d’Askild. Voici donc un petit aperçu de cette famille pas tout à fait comme les autres.

Un roman dense, très drôle et bourré de tendresse, parfois triste aussi. Un saga familiale danoise que je lâche difficilement. J’espère qu’un jour Morten Ramsland écrira la suite car franchement, c’est génial. Une narration vive et franche où un chat s’appelle un chat, sans fioriture, mais d’où la poésie n’est cependant pas absente.

Une belle découverte avec cet écrivain danois.

Je remercie Folio pour l’envoi du livre.

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Traduit par Inès Jorgensen

4e de couverture : « Martin, instituteur danois de trente-huit ans qui ressent un vide dans son existence, demande sa mutation dans la province la plus septentrionale du Danemark, le Groeland. Il prend ses fonctions dans un hameau de cent cinquante âmes. Nunaqarfik, à plus de cinq cent kilomètres au nord du Cercle polaire. Armé de ses bonnes intentions, encombré de sa mauvaise conscience coloniale et de ses idées préconçues, Martin découvre une communauté solidaire, dont la vie s’organise en fonction de la nature environnante – et pas malgré elle. »

Flemming Jensen est un défenseur de la culture inuit et il a mis vingt-cinq ans à écrire ce roman assez rocambolesque et qui dépayse à souhait le lecteur occidental. A l’instar de Martin, on découvre un mode de vie à des années lumière du nôtre (bon, je sais, ce n’est pas un scoop) et dans lequel une maladresse occidentale est vite arrivée…. surtout si l’on arrive avec tout un tas d’idées « bien pensantes » déculpabilisant. Et c’est bien le problème de Martin, au début du moins. A trop vouloir être gentil pour mieux se déculpabiliser, on finit par se faire rouler dans la farine, comme partout ailleurs. Car les Inuits, en plus, adorent faire des blagues, comme pour oublier le rude climat dans lequel ils vivent. Martin finit par s’intégrer dans cette société refermée sur elle-même mais conviviale, où la solidarité est le maître-mot : il s’y fait des amis, rigolent avec eux, (mais aussi se dispute quand le bouchon est poussé un peu trop loin). Il tombe amoureux. Il découvre  « un peuple chez qui survivre était la tâche quotidienne de chacun, alors que pour ses camarades danois, c’était plutôt le genre de choses qui relevaient des services de santé ».

Ce roman est bourré d’humour, en particulier au moment où le lecteur découvre une créature bien étrange : le tupilak. Quézako ? C’est quelque chose comme ça :

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Son cri est si caractéristique qu’on ne peut pas se tromper : « toc toc, toc…. uuuuuuuuh! » Comme les Inuits, les tupilaks craignent les « Danois parce qu’eux aussi avaient de très grands pieds » !

Flemming Jensen prend tout au long du roman la défense des Inuits et cela donne des moments de lecture poignants et criants de vérité :

« L’organisation pour la protection de l’environnement Greenpeace, ainsi qu’une blondine française vieillissante avait mobilisé toute une coterie branchée et « tendance » en jouant sur le sentimentalisme totalement déconnecté des faits réels, et, à la suite d’une émission de télévision où l’on avait filmé d’indéniables cruautés commises sur des bébés phoques par un groupe de Norvégiens près de Terre Neuve, avaient appelé du jour au lendemain au boycott des peaux de phoques. (…) Il y avait des manifestations de protestations dans le monde entier et des nations qui elles-mêmes tuaient industriellement des poules, des porcs et des veaux après leur avoir offert une vie de misère, se permettaient de montrer du doigt un petit peuple qui, en accord avec la nature, chassait des animaux dans la mesure où il en avait besoin pour se vêtir et se nourrir. »

J’ai aimé ce roman pour son humour, son humanisme, sa description soignée de la culture inuit. Je lui reprocherai juste une chose : les aventures rocambolesques à répétition de Martin finissent par lasser un tout petit peu le lecteur.  Mais néanmoins, c’est un livre à découvrir pour tous ceux qui s’intéressent aux cultures nordiques. Il y existe d’ailleurs, à Copenhague un musée dont une partie est dédiée à ce peuple et que je vous recommande vivement si vous avez l’occasion de vous rendre dans la capitale danoise.

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