L’apache aux yeux bleus

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Herman, 11 ans, alias « tête de pioche », vit près du village de Squaw Creek, Texas. La maison est entourée de champs de blé. Il n’est pas recommandé de s’éloigner au-delà tout seul. Nous sommes en 1870. La rumeur dit que les Apaches rodent dans le coin. Mais Herman est têtu : parce qu’un corbeau mange le blé en herbe, il décide d’aller le « scrabouiller ». S’en fiche des Apaches. Jusqu’au moment où il entend dans son dos le galop d’un cheval. Trop tard. Même en courant. Des hommes aux visages peints d’une bande blanche et aux cheveux longs lui sautent dessus. Sa vie va changer à tout jamais. Il est enlevé, devient d’abord l’esclave des Apaches puis découvre qu’il est en fait le cadeau offert à la femme du chef de clan…Il est adopté par la tribu des Mescaleros, après avoir réussi avec brio le test de bravoure : ben oui, une tête de pioche apache, ça n’a peur de rien, ça ne pleure jamais, ça mange du foie cru sans chouiner et ça sait monter sur son cheval au galop !  Herman devient En Da, le « garçon blanc » apache. Chiwat devient son ami et frère. Pourtant, il n’aura pas que des alliés dans le clan: il y a le shaman qui ne l’aime pas. Il y a aussi un Comanche et des Texas Rangers qui feront irruption dans sa vie pour la chambouler de nouveau…

Incroyable récit d’aventures qui vous embarque loin, jusque dans le terrible désert des Llanos. Un sacré road trip ! Une histoire qu’on aurait du mal à croire, si on ne savait pas qu’elle est vraie et tirée des Mémoires qu’a écrit Herman et de ce que Chiwat a raconte à ses enfants. Tous les personnages ont existé.

Une page d’Histoire sur la guerre des territoires que se livrent Apaches et Texas Rangers, où l’on apprend que les Comanches étaient souvent à la solde de ces derniers. Ils ont pour ennemis les irréductibles Apaches. Irréductibles, jusqu’au jour où ils sont vaincus et parqués dans des réserves d’où ils ne pourront plus sortir. Une sorte d’Apartheid à la sauce américaine qui est toujours d’actualité, hélas !  La fin de l’histoire à cet égard est poignante.
« On va nous entasser dans des réserves et nous distribuer des rations tous les jours, comme à des bébés », explique Chiwat à son frère adoptif. Seul moyen pour les Apaches d’éviter l’extermination pure et simple. Mais à quel prix ! Dès lors, Herman-En Da se sentira investi d’une mission jusqu’à la fin de ses jours.

L’autre chose la plus incroyable est l’oubli de ses racines. Franchement, si je ne savais pas que c’était une histoire réelle, j’aurais trouvé un manque de vraisemblance au récit. Herman a 11 ans quand il est enlevé et restera 9 ans chez les Apaches. Comment peut-on tout oublier ? C’est à la fois stupéfiant, effrayant et fascinant.

Une très belle lecture qui donne envie de se plonger dans les écrits indiens et qui m’a rappelé mon séjour au Québec dans une tribu indienne… Ok, je n’ai pas mangé du foie cru, et je ne suis pas monté sur un cheval au galop (juste fait du canot, écouté un conteur hors pair la nuit tombée et dormi avec des sauterelles géantes… :p)  mais ces Indiens du Nord avaient beaucoup à nous raconter sur la souffrance et la survie de leur peuple. On sentait bien que ce n’était pas pour faire du folklore pour touristes mais pour faire passer un message…

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(Photo prise par moi-même à Québec 🙂 )

Merci à Flammarion Jeunesse

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Les Grinche à la dérive

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Traduit par Marie Hermet
Illustré par illustrateur Axel Scheffler

Rappelez-vous, je vous ai présenté de drôles de gens qui vivent dans une drôle de maison tirée par deux ânes, et qui ont vécu une drôle d’aventure : oui, je parle des Grinche !
Voici le deuxième tome de leurs aventures : M. Grinche se voit investi d’une mission ultra-secrète : livrer un PDGI (attention, pas un PDG, un PDGI : une Personne de Grande Importance) à une mystérieuse Mme Bayliss. La mission lui a été délivrée d’une manière tout à fait étrange : un message épinglé sur sa veste de pyjama pendant qu’il dormait ! M. Grinche sait que Mme Grinche est capable de beaucoup de choses, mais pas de faire ça ! Mais peu importe, M. Grinche veut du neuf, de l’aventure. « Pour le changement. Pour avoir la possibilité de faire enrager  [Mme Grinche] dans un cadre nouveau. » Et voilà, c’est parti pour de nouvelles folles aventures loufoques.

La famille au grand complet est présente tout au long du récit. Elle s’est agrandie : Mimi (l’ex petit commis de Bigg Manor), vit maintenant avec les Grinche, plus rose que jamais, toujours accompagnée par Frizzle et Twist, ses deux colibiris qui volètent autour de sa tête en permanence. Sunny est toujours vêtu d’une robe bleue, a toujours les cheveux en pétard et de grandes oreilles. Fingers, l’ancien éléphant de cirque,  tracte maintenant la maison des Grinche. Tout ce petit monde se trouve embarqué dans une drôle d’histoire où la solidarité sera primordiale, surtout sur une barque en pleine mer…

Madame et Monsieur Grinche sont toujours un couple roi de l’insulte. Mais on se rend compte qu’ils se donnent du mal pour en trouver de nouvelles ! Des insultes hors du commun, inventives : « lampadaire », « coloquinte »« crâne de piaf », « bouche d’égout », « oeuf à la crème », « guitoune »,« mirliflore »… (prenez votre dictionnaire pour suivre ou prenez note pour un scrabble, ça peut servir !). Une forme d’amour vache qu’ils sont seuls à pouvoir comprendre. Leur raison de vivre en couple. D’ailleurs M. Grinche instaure une nouvelle règle en matière d’insulte : « On n’a pas le droit de se donner des noms qu’on est incapable d’épeler. » Même si elle ne court qu’un temps parce que leur langue est plus rapide que leur intellect !

Le couple Grinche est toujours aussi « lourd » mais il m’est devenu plus sympathique que dans le premier volume.  Même si Mme et M. Grinche sont (très) mal sapés, qu’ils mangent des écureuils écrasés aux scarabées mitonnés avec des pneus en lanière, même si Mme Grinche a les dents jaunes et vertes, même s’ils se parlent comme des chartiers, vivent dans ce qui ressemble à un taudis sur roues, et sont turbulents, l’histoire montrera qu’ils ont un coeur. Ils sont drôles de laideur, de maladresse et de loufoquerie. C’est finalement ce qui les rend attachants. Sur leur chemin, ils vont croiser un type en costume chic, avec une belle voiture rutilante, un couple de (faux) amoureux : des gens très « classe » et normaux en apparence mais  tout à fait malhonnêtes. Des gens qui vont leur poser de gros problèmes…

Heureusement, une certaine Speedy McGinty, championne du fauteuil roulant fait son apparition dans le récit. Toute handicapée qu’elle est, c’est une vraie héroïne, qui viendra à bout du Mal, avec l’aide de Mme Grinche, dans un second temps. Même si, M. Grinche insiste pour dire que c’est « son aventure », les femmes ont ici le beau rôle !
Quant à savoir qui est le fameux PDGI, à l’origine de tout, eh bien ce n’est pas moi qui vous le dirait car c’est une vraie surprise et un vrai clin d’oeil de l’auteur à M. Grinche, à qui il décidera de cacher la vérité… D’ailleurs il lui cache pas mal de chose à son personnage, même qui est Speedy McGinty, dans cette aventure familiale !

Philip Ardagh rend son texte vivant de bien des points de vue. L’auteur-narrateur joue beaucoup avec le lecteur, il ne cesse d’attirer son attention, (et de rendre hommage à l’illustrateur, Axel Scheffler, par la même occasion)

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 Il explique ce qu’il pourrait écrire ou pas : « Les histoires se terminent là où leur auteur a envie qu’elles se terminent, et je pourrais facilement conclure la mienne ici. Mais pour moi, l’histoire n’est pas finie tant que M. et Mme Grinche ne sont pas de retour au point de départ : le parc de Bigg Manor, en compagnie du Vieux Grinche. »

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Je lui ai trouvé un petit air d’auteur à ce grand-père-là

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ou alors c’est mon imagination, c’est tout à fait possible, mais quand même…

j’ai trouvé pas mal de clins d’oeil dans ce texte. Avec, entre autres, des traces d’irlanditude… Alors que Philip Ardagh est un Anglais du Kent, et qu’il plante son histoire dans un lieu totalement imaginaire, on trouve : un hôtel « O’Neill », une Speedy-Kitty « McGinty« , un lieu nommé « Gillian’s Field » et même une allusion à  « Dublin » (qui m’a fait l’effet d’avoir tiré le jackpot !)  Il y a un mystère textuel.  🙂

Une deuxième histoire des Grinche encore plus hilarante que la première, sur fond d’une belle solidarité familiale et d’un subterfuge.
Un écrivain qui impressionne par son imagination débordante, son sens de l’humour et sa capacité à rendre son récit vivant. Vivement la suite…

Merci à Flammarion Jeunesse.

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Le crime du comte Neville

 

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Un jour le comte Neville cherche sa fille qui a mystérieusement disparu. Il la retrouve chez une voyante qui, par la même occasion qui prédit qu’il tuera un invité lors de sa dernière garden-party. Le comte, qui se prénomme Henri, crie à la foutaise, récupère sa fille qui s’appelle Sérieuse. Ambiance ! Il tente d’instaurer le dialogue avec Sérieuse pour savoir ce qui l’a pris d’aller dormir en pleine forêt. Sérieuse lui dit en avoir tout simplement qu’elle en avait envie, sans plus d’explication. Sérieuse est un personnage mystérieux : à l’âge de douze ans et demi très exactement, elle est passée de l’état d’une gamine pleine de joie de vivre à son contraire. Elle avoue à son père qu’elle a entendu sa conversation avec la voyante et qu’elle a la solution à son problème : au lieu de tuer un ou une invité(e), Henri n’a qu’à la tuer elle!  Bien évidement le père s’épouvante encore davantage. Tuer un invité était déjà une chose totalement inconcevable pour lui (on le comprend !) mais tuer sa fille, c’est à se demander si celle-ci n’est pas complètement « frappée ». On se retrouve en pleine tragédie racinienne avec des allusion à Iphigénie, Agamemnon etc. Sans compter que pour frère et soeur, Sérieuse a Oreste et Electre.

Amélie Nothomb nous immerge au coeur de la noblesse belge au bord du gouffre financier et psychique. Le roman commence comme un conte, avec d’ailleur une allusion à Oscar Wilde explicite : celui du Crime du lord Arthur Savile (que je n’ai pas lu). Mais aussi à Rimbaud et Radiguet. Mais pour moi, cela s’arrête là et je me suis bien ennuyée avec ce bouquin. Autant ennuyée que je me suis amusée et vraiment éclatée avec le truculent Pétronille.

Reste quelques phrases bien trempées qui font que j’apprécie Amélie Nothomb depuis toujours :

« Pourquoi a-t-on inventé l’enfer alors qu’il existe l’insomnie ? »

« Sa pire terreur demeurait que le Pluvier soit racheté par une chaîne de fast-food qui raserait les vieux murs et la forêt pour construire un restaurant, un parking, et une aire de jeux à la gloire de Disney. »

« Dans tout roman honorable, quand un fusil est mentionné, il faut qu’il serve. »

Servira-t-il ? Toute l’intrigue repose sur : le comte va-t-il tuer un invité ? Puis le comte va-t-il tuer sa fille ? (parce que la bougresse finit par tellement lui taper sur les nerfs que… )

Un portrait au vitriol de la noblesse belge aux abois qui aurait pu être sympa si tout cela était un peu plus étoffé (ou moi peut-être un peu plus cultivée pour ressentir tous les palimpsestes cachés derrière ce texte. Il est d’ailleurs beaucoup questions de « ressentis » dans ce roman qui m’a laissée de marbre. Et ça me fend le coeur.

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Pétronille

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Contre toute attente j’ai replongé dans la lecture d’Amélie Nothomb dont j’ai lu à peu près tous les romans jusqu’au Fait du prince, qui m’avait déçue. Et c’était avant la création du blog. Depuis, mes lectures se sont beaucoup diversifiées, étendues dans des contrées littéraires qui m’étaient inconnues auparavant.
Je sais qu’Amélie a ses détracteurs qui lui reprochent de sortir aussi régulièrement qu’un métronome et à gros tirage, un livre une fois par an au moment de la rentrée littéraire d’automne. Certains lui reprochent même d’écrire des romans avec pas assez de feuilles ! Mais depuis quand la qualité d’un texte se mesure-t-elle à sa longueur ? Ca me rappelle des histoires de dissert à la fac… Cela dit, je serais presque d’accord pour dire que Pétronille est trop court.
Un conseil : quand vous commencez la lecture, veillez à être en solo et dans un lieu bien insonorisé sous peine de voir débarquer les pompiers ou l’asile. L’entourage peut trouver qu’il vous arrive quelque chose de très étrange – « t’as picolé ou quoi ? »…

Il est effectivement question d’alcool dans ce bouquin. Mais pas n’importe lequel. Celui avec des fines bulles : le champagne. Mais pas un trou-chaussettes : le meilleur du meilleur : Veuve-Clicquot, Rotschild… En effet « l’ivresse (…) relève de l’art » et le champagne provoque « une ivresse qui ne ressemble à nulle autre » : « Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé »

Amélie se prend une cuite toute seule jusqu’au moment où elle se rend compte que le champagne la rend de compagnie tellement sympathique qu’il faut en faire profiter quelqu’un. Elle se met en quête d’un « convignon » ou d’une « convigne » de beuverie. Après avoir passé en revue toutes ses connaissances et décrété qu’aucune ne pouvait convenir, elle décide de le/la trouver parmi ses lectrices et lecteurs au moment tellement bizarroïde de la dédicace qui « repose sur une ambiguïté fondamentale : personne ne sait ce que l’autre veut ». Seulement Amélie est réputée répondre à tous les fans qui lui écrivent et donc de connaître ceux avec lesquels elle entretient une correspondance.
Une certaine Pétronille Fanto lui tend son exemplaire du Sabotage amoureux. Amélie sursaute sur son siège : « C’est vous ?! » Du choc de la rencontre qui la fait changer de dimension (« je ne sais même pas si c’est passer de la deuxième à la troisième dimension, parce que c’est peut-être le contraire »), débute une histoire d’amitié farfelue avec cette personne qui semble avoir 15 ans et un « regard de piment rouge » mais qui a 22 ans et termine un master de littérature élisabethaine, (et deviendra à son tour un écrivain connu).

Pétronille est française, de milieu populaire, ses parents sont communistes. C’est un croisement entre Zazie dans le métro et Christopher Marlow (pour reprendre ce que dit elle-même Amélie Nothomb de ce personnage haut en couleur dans une interview présentant son livre). Amélie est belge,  fille de diplomate. Un choc de classes mais un duo de choc, avec un goût pour l’absurde qui donne des moments vraiment truculeusement savoureux.
Si je raconte tout, ça n’a plus aucun intérêt, mais sachez que vous trouverez Vivienne Westwood dans ces pages, pas franchement dans le plus reluisant de sa personnalité. Il y a aussi une histoire de pyjama orange sur fond de vouvoiement, une allergie aux acariens, une virée à ski et une disparition dans le désert. Et du champagne pour accompagner le tout.  A l’image punk destroy de ce roman pétillant à souhait mais aussi tragique.

Amélie Nothomb aborde, entre autres, la difficulté de la vivre de sa plume pour 99% des écrivains en France. Dans le bastion éditorial on dirait encore : « Vous savez bien que dans le monde des lettres, les prolétaires n’ont aucune chance. » (sic!). De quoi susciter l’indignation. Mais aussi la jalousie. Le vol. La fin du roman à ce titre-là est surprenante et inattendue. Une mise en abyme en forme de pirouette.

La meilleure cuvée nothombienne que j’ai lue depuis longtemps. Faut pas s’en priver !

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Tête de chien

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Traduit par Alain Gnaedig

4e de couverture : » Nous, on aimerait vraiment savoir comment il a survécu, pour être franc, on aimerait vachement le savoir. On voudrait savoir comment il s’en est sorti, ce qui explique que moi, le plus jeune, et ma soeur Stinne, l’aînée, nous sommes venus au monde. Mais Grand-Père se referme comme une huître et descend du schnaps. Il refuse de raconter ce que les Allemands lui ont fait. « La peste ou le choléra », dit-il à la place.  » Entre Norvège et Danemark, des années trente à nos jours, ce récit cocasse célèbre la famille, pour le meilleur comme pour le pire. De la rencontre d’Askild et de Bjerk naît une ribambelle de personnages tous plus loufoques les uns que les autres. Morten Ramsland réussit à conjuguer bonheurs et malheurs avec une impertinence et une légèreté tout enfantine, sans oublier l’amour. »

Tête de chien, c’est le surnom du narrateur (Asger, de son vrai nom) qui raconte l’histoire de sa famille, transbahutée entre la Norvège et le Danemark.

Tout commence par le grand-père Askild, échappé d’un camp de concentration en Allemagne, en échange de la vie d’un autre. Un passé dont ce grand-père, alcoolique notoire et peintre cubiste à ses heures, ne se remettra jamais et engendrera une descendance haute en couleurs. De sa rencontre avec (Grand-mère) Bjork, qui, à l’époque avait pour marque de fabrique d’avoir les gencives qui saignent, naîtra Niels Junior, autrement nommé Feuille de chou (à cause d’une paire d’oreilles digne de Jumbo l’Elphant), tête de turcs des autres gamins jusqu’au jour où son cousin Tête de Pomme lui montre comment décocher des coups de pieds à l’endroit sensible masculin pour se faire respecter et dont la voix – imaginaire – de la Dent Dure lui révèle comment faire fortune au port de Bergen grâce à la chasse aux crabes géants. Feuille de Chou est le frère aîné d’Anne Katrine l’attardée mentale, dite La Merdeuse (qui deviendra une grosse tata au quintal gélatineux, moquée par Tête de chien, son neveu, et sa nièce, Stinne, qui passe leur temps à la traiter de « grosse tomate« . Anne Katrine est la grande soeur de Knut, le petit frère qui a mis les voiles pour la mer le jour de ses 14 ans en lui promettant de revenir la chercher pour l’emmener avec lui en voyage en bateau où elle pourra boire des jus de fruits à longeur de journée.

Car fiche le camp est une spécialité des enfants de cette famille : Feuille de chou disparaît dans la forêt ensorcelée du Nordland, habitée par des personnages et animaux fantastiques. Il y entre adolescent boutonneux pour en ressortir une semaine plus tard, homme, ayant rencontré 2 jeunes filles féériques, une blonde et une brune ! Seulement voilà, il aurait mangé des champignons hallucinogènes…

Le cousin Tête de Pomme a pris le large à bord d’un bateau pour fuir ses responsabilités vis-à-vis d’une jeune fille. Mais c’est pour mieux revenir, transformé en héros des temps modernes, en mec, en vrai, tatoué et tout (je ne vous dirai pas où!) aux yeux de Knut qui suivra son exemple.

Tête de chien à son tour, fuit à Amsterdam pour ses études de peinture.

Des personnages qui passent leur temps à fuir une réalité économique et familiale un peu difficile : Askild se fait virer chez tous les employeurs à cause de son alcoolisme, les affaires de Tête de chou adulte s’effondrent, les grand-parents sont trop envahissants. Etre ailleurs pour être « comme des coqs en pâte« , selon l’expression d’Askild. Voici donc un petit aperçu de cette famille pas tout à fait comme les autres.

Un roman dense, très drôle et bourré de tendresse, parfois triste aussi. Un saga familiale danoise que je lâche difficilement. J’espère qu’un jour Morten Ramsland écrira la suite car franchement, c’est génial. Une narration vive et franche où un chat s’appelle un chat, sans fioriture, mais d’où la poésie n’est cependant pas absente.

Une belle découverte avec cet écrivain danois.

Je remercie Folio pour l’envoi du livre.

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Traduit par Inès Jorgensen

4e de couverture : « Martin, instituteur danois de trente-huit ans qui ressent un vide dans son existence, demande sa mutation dans la province la plus septentrionale du Danemark, le Groeland. Il prend ses fonctions dans un hameau de cent cinquante âmes. Nunaqarfik, à plus de cinq cent kilomètres au nord du Cercle polaire. Armé de ses bonnes intentions, encombré de sa mauvaise conscience coloniale et de ses idées préconçues, Martin découvre une communauté solidaire, dont la vie s’organise en fonction de la nature environnante – et pas malgré elle. »

Flemming Jensen est un défenseur de la culture inuit et il a mis vingt-cinq ans à écrire ce roman assez rocambolesque et qui dépayse à souhait le lecteur occidental. A l’instar de Martin, on découvre un mode de vie à des années lumière du nôtre (bon, je sais, ce n’est pas un scoop) et dans lequel une maladresse occidentale est vite arrivée…. surtout si l’on arrive avec tout un tas d’idées « bien pensantes » déculpabilisant. Et c’est bien le problème de Martin, au début du moins. A trop vouloir être gentil pour mieux se déculpabiliser, on finit par se faire rouler dans la farine, comme partout ailleurs. Car les Inuits, en plus, adorent faire des blagues, comme pour oublier le rude climat dans lequel ils vivent. Martin finit par s’intégrer dans cette société refermée sur elle-même mais conviviale, où la solidarité est le maître-mot : il s’y fait des amis, rigolent avec eux, (mais aussi se dispute quand le bouchon est poussé un peu trop loin). Il tombe amoureux. Il découvre  « un peuple chez qui survivre était la tâche quotidienne de chacun, alors que pour ses camarades danois, c’était plutôt le genre de choses qui relevaient des services de santé ».

Ce roman est bourré d’humour, en particulier au moment où le lecteur découvre une créature bien étrange : le tupilak. Quézako ? C’est quelque chose comme ça :

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Son cri est si caractéristique qu’on ne peut pas se tromper : « toc toc, toc…. uuuuuuuuh! » Comme les Inuits, les tupilaks craignent les « Danois parce qu’eux aussi avaient de très grands pieds » !

Flemming Jensen prend tout au long du roman la défense des Inuits et cela donne des moments de lecture poignants et criants de vérité :

« L’organisation pour la protection de l’environnement Greenpeace, ainsi qu’une blondine française vieillissante avait mobilisé toute une coterie branchée et « tendance » en jouant sur le sentimentalisme totalement déconnecté des faits réels, et, à la suite d’une émission de télévision où l’on avait filmé d’indéniables cruautés commises sur des bébés phoques par un groupe de Norvégiens près de Terre Neuve, avaient appelé du jour au lendemain au boycott des peaux de phoques. (…) Il y avait des manifestations de protestations dans le monde entier et des nations qui elles-mêmes tuaient industriellement des poules, des porcs et des veaux après leur avoir offert une vie de misère, se permettaient de montrer du doigt un petit peuple qui, en accord avec la nature, chassait des animaux dans la mesure où il en avait besoin pour se vêtir et se nourrir. »

J’ai aimé ce roman pour son humour, son humanisme, sa description soignée de la culture inuit. Je lui reprocherai juste une chose : les aventures rocambolesques à répétition de Martin finissent par lasser un tout petit peu le lecteur.  Mais néanmoins, c’est un livre à découvrir pour tous ceux qui s’intéressent aux cultures nordiques. Il y existe d’ailleurs, à Copenhague un musée dont une partie est dédiée à ce peuple et que je vous recommande vivement si vous avez l’occasion de vous rendre dans la capitale danoise.

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4e de couverture : « Une femme voyage à travers le désordre des souvenirs : l’enfance dans sa cage d’or à Saïgon, l’arrivée du communisme dans le Sud-Vietnam apeuré, la fuite dans le ventre d’un bateau au large du golfe de Siam, l’internement dans un camp de réfugiés en Malaisie, les premiers frissons dans le froid du Québec. Récit entre la guerre et la paix, ru dit le vide et le trop-plein, l’égarement et la beauté. De ce tumulte, des incidents tragi-comiques, des objets ordinaires émergent comme autant de repères d’un parcours. En évoquant un bracelet en acrylique rempli de diamants, des bols bleus cerclés d’argent ou la puissance d’une odeur d’assouplissant, Kim Thúy restitue le Vietnam d’hier et d’aujourd’hui avec la maîtrise d’un grand écrivain. »

Par ce roman court mais dense, Kim Thuy donne la parole à une narratrice, Nguyen An Tinh, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau : celle d’une femme vietnamienne d’origine chinoise, issue de la bourgeoisie de Saïgon. Père préfet, mère femme au foyer n’ayant jamais tenu un balai. Une famille poussée à l’exil par la victoire des communistes, les camps de rééducation et la confiscation de leurs biens, sous la surveillance d’un jeune inspecteur qui « avait marché dans la jungle depuis l’âge de douze ans pour libérer le sud du Vietnam des mains « poilues » des Américains ». La narratrice a parfaitement conscience de son état de privilégiée et remarque que « les filles et les garçons de la jungle possédaient tous les mêmes effets: un casque vert, des sandales faites de lanières de pneus usés, un uniforme et un foulard à carreaux noirs et blancs. L’inventaire de leur bien prenait trois secondes, contrairement au nôtre, qui dura un an ».

C’est l’exil et ses conséquences qui nous sont contés, mais aussi une page forte de l’histoire du Vietnam. La fuite dans la cale nauséabonde d’un bateau, partant « clandestinement » en toute connaissance de cause, tout simplement parce qu’il transporte des Vietnamiens d’origine chinoise, autrement dit, aux yeux des communistes, des « anticommuniste de par leur origine ethnique, de par leur accent ». Même si ces boat people ont emporté avec eux leurs souvenirs et toute la fortune qui pouvait l’être (des dollars cachés dans les serviettes hygiéniques des femmes, les diamants dissimulés dans des bracelets d’acrylique ou des cols de chemise), c’est pourtant une toute autre vie qui les attend. La narratrice, après avoir vécu avec ses concitoyens entassés dans un camp de réfugiés en Malaisie , au milieu des excréments et des vers blancs, a dû se reconstruire une identité et une vie au Québec, qui feront d’elle quelqu’un de différent, à tout jamais, une personne naviguant sans cesse entre passé et présent, racines sino-vietnamiennes et culture canadienne.

La narration, très « aérée » et aérienne, faite de textes brefs, sans vraiment de chronologie, à la manière d’une pensée vagabonde, file tel un « ru »  – un petit ruisseau -, sans pourtant gêner la lecture et la compréhension des événements. Kim Thuy donne à voir une série d’instantanés où le passé et le présent se rejoignent, pour ne faire qu’un : celui de l’identité complexe de la narratrice, au sens fort du terme.

J’ai beaucoup apprécié ce tour de force littéraire ou comment l’écrivaine arrive à dire tant de choses en si peu de mots, sans jamais étouffer ou affliger le lecteur malgré les vérités crues qu’elle décrit. Au contraire, elle le berce et l’émeut tout à la fois.

Ce livre est le récit pudique et « zen » d’une femme qui ne s’apitoie jamais sur son sort. Elle porte sur elle-même , sa famille et l’histoire du Viêtnam, un regard distant, touchant et dépourvu de rancoeur. J’ai vraiment été charmée et bercée par les mots !

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Les fantômes de Belfast

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Traduit par Fabienne Duvigneau

4e de couverture : « Signé le 10 avril 1998, l’Accord de Paix pour l’Irlande du Nord a mis un terme à des années de guerre sanglante. Pourtant les anciennes haines n’ont pas totalement disparu. Depuis qu’il est sorti de prison, Gerry Fegan, ex-tueur de l’IRA, est devenu dépressif et alcoolique. Il est hanté par les fantômes des douze personnes qu’il a assassinées et ne connaît plus le repos. Le seul moyen de se débarasser de ces ombres qui l’assaillent est d’exécuter un par un les commanditaires des meurtres. Dont certains sont aujourd’hui des policiens en vue dans la « nouvelle Irlande ». Gerry Fegan est devenu dangereux, il faut s’en débarasser. Une double chasse à l’homme commence… » 

Si vous aimez les histoires de fantômes, je ne peux que vous encourager à lire ce thriller nord-irlandais. Vous ne serez pas déçus pour les émotions fortes !

Gerry Fegan est un ancien de l’IRA, qui après avoir tué douze personnes et des années de prison à Maze, a rangé les armes et son engagement pour « la cause ». Pourtant, ses victimes se mettent à le hanter, elles hurlent leur douleur et ne lui lâchent plus les baskets ni la tête. Douze fantômes lui demandent justice, c’est-à-dire la mort des vrais assassins : ceux qui l’ont manipulé et payé pour effectuer la basse besogne. Gerry se dit qu’en faisant ce qu’ils lui demandent, il retrouvera la paix. Chaque fantôme désigne au fur et à mesure son bourreau. Et quand il ne comprend pas, Gerry les interroge. Les cadavres s’amoncellent parmi les membre de l’IRA encore actifs, des petites frappes, de la pourriture nauséabonde, appâtée par une place au soleil pour ceux qui sont restés dans l’ombre, ou par toujours plus de pouvoir et d’argent pour ceux qui ont intégré la scène politique nord-irlandaise.

En effet, nous sommes en 2007, 9 ans après les accords de paix de 1998. Tout semble en voie de pacification, c’est du moins la version officielle qu’entretiennent les membres du gouvernement quel que soit leur camp. La paix c’est côté scène, avec strass et paillettes ou presque. Mais côté jardin, c’est moins rutilant…

Autant vous dire tout de suite, Sutart Neville ne fait pas dans la dentelle. Il signe ici un polar cinglant, violent, dérangeant, le tout dans une atmosphère paranoïaque étouffante. Pourtant, une fois entamé, on ne peut plus lâcher ce roman au rythme effréné et au suspense haletant.
Le romancier dresse un portrait de l’IRA qui brise l’image angélique qu’on pourrait en avoir. Ici ce ne sont que racaille et compagnie qui n’hésitent pas à régler leur compte entre eux. A tel point qu’ils ne s’aperçoivent même pas qu’il y a une vraie taupe parmi eux : un vilain Ecossais !

C’est un portrait inquiétant qui est fait ici de l’Irlande du Nord où la scène politique ressemble à un panier de crabes. Pourtant, à sa manière bien singulière, ce thriller est aussi une hymne à la paix.
Gerry veut justice et vérité. Tout comme Marie McKenna, nièce du premier type de l’IRA que Gerry abat. Parce que autrefois elle a eu une liaison avec un flic de la RUC * (et un enfant… même si la paternité reste à prouver !), elle a été rejetée par sa famille et sa communauté, qui a estimé que c’était un acte de trahison. Quant à Gerry, sa mère lui a fermé sa porte à tout jamais,  pour les gens qu’il a assassinés autrefois. Marie et Gerry se retrouvent pris en chasse.
Autant dire que ces deux personnages incarnent une nouvelle Irlande du Nord, celle des gens qui aspirent maintenant à la paix et au bonheur après plus de trente ans de conflit. La fin du roman leur laisse cet espoir. D’autant que les « vilains pas beaux » du roman finissent tous par mourir. Ils sont d’un autre âge, celui dont on ne veut plus entendre parler.

J’ai particulièrement apprécié la forme originale qu’emprunte ce roman qui frôle avec le fantastique, surtout dans la première partie du récit. J’ai moins apprécié la très longue scène sanglante qui se déroule dans la grange du patriarche de l’IRA, O’Kane (on finit par se demander où sont passés les fantômes, d’ailleurs!). Un peu plus courte, elle aurait été aussi efficace !

Mais en tout état de cause, Stuart Neville signe ici un thriller remarquable qui va certainement me hanter pendant un bon moment !

Je laisse la dernière phrase à Gerry observant Ellen, cinq ans, la fille de Marie : « Il pensa qu’une fois adulte, elle n’aurait jamais à subir la peur, terrible, incessante, qui avait étouffé cette ville pendant plus de trente ans ».

* RUC = Police royale d’Ulster qui recrutait essentiellement dans la communauté loyaliste et protestante.

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Le Dramaturge

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Traduit par Pierre Bondil

4e de couverture : « L’impossible s’est finalement produite. Jack ne se drogue plus, ne boit lus et sort même avec une femme de son âge. Certains vont jusqu’à prétendre l’avoir vu à la messe… On peut toujours rêver ou se mentir à soi-même, la vérité ne tarde pas à vous rattraper par le colback pour vous ramener à elle d’un coup sec. D’autant que, si Jack ne tente de s’amender, le monde, lui, ne change pas. Un mari jaloux lui démonte le genou à coups de crosse, des flics désinvoltes l’accusent d’un meurtre qui les arrange et deux étudiantes sont retrouvées mortes coup sur coup. Trop c’est trop. Sans alcool, la cinquantaine venue, Jack oscille de nouveau au bord du gouffre. Personne n’ira lui faire croire que les emmerdes puissent d’un seul coup tomber si serrées sans qu’il y ait de lien entre elles. Jack le sait. Un tarés s’amuse dans l’ombre. »

Voici mon troisième rendez-vous avec le détective privé Jack Taylor, ancien garda viré pour alcoolisme et autres frasques. A vrai dire j’ai commencé à lire les aventures de ce héros des temps modernes (c’est-à-dire tout sauf parfait) dans le désordre. C’est ici le troisième tome de ses aventure dans la jolie ville de Galway, ou plutôt une Galway tel qu’un touriste ne pourra jamais l’observer. Le Dramaturge précède La Main droite du diable, où, rappelez-vous Jack sortait d’un asile psychiatrique suite au décès de la fille d’une amie, tombée par la fenêtre alors qu’il en avait la garde.

Dans le présent volume, on ne reconnaît plus notre alcolo de Jack : il carbure maintenant à l’eau du robinet et au yaourt. Il a même décidé de laisser sa vie de détective privé au vestiaire pour un moment. Seulement voilà, un ancien indic dealer emprisonné le supplie de se renseigner sur le meurtre de sa soeur, étudiante retrouvée assassinée. Le meurtrier a l’air de s’y connaître en littérature irlandaise puisqu’il a laissé au pied de la victime un livre de John M. Synge. Jack se laisse convaincre à contrecoeur de s’occuper de cette affaire. Sans une goutte d’alcool. Avec parfois son ex-collègue « boulet », la ban garda, Brid, qui ne supporte pas qu’on l’appelle par son nom anglicisé, mais seulement par son nom irlandais : Ni an Iomaire. Cela va sans dire que Jack se fait une joie d’écorcher son nom à la moindre occasion…

Comme dans tous les romans noirs de Ken Bruen mettant en scène Jack Taylor, l’intrigue passe quasiment au second plan car Jack n’a de cesse d’observer ce qui se passe autour de lui, cette Irlande qui change et ses répliques font mouche :

« Dans le catalogue irlandais du crime, se prendre pour plus important qu’on n’est est gravissime. »

« De mon temps un policier savait regarder de l’autre côté quand on lui tendait un pot de vin, mais aujourd’hui ils ont perdu tout respect d’eux-mêmes. »

« Le type qui tripote son alliance, il a des besoins sexuels au-dessus de la moyenne. »

« La journée était radieuse. Je m’arrêtais un moment à Eyre Square où l’herbe était envahie de gens qui se doraient au soleil. Avant le soir, ils seraient rouges, couverts de cloques. La rançon globale d’un été irlandais. »

Jack enterre sa mère mais n’en a pas moins à l’oeil de prêtre qui lui avait mis le grappin dessus. Parce que l’Eglise est définivement coupable des pires crimes à ses yeux. Ken Bruen y reviendra d’ailleurs dans La main droite du diable, comme il l’avait fait avec Le martyre des Magdalènes.

Les romans noirs de Ken Bruen sont de la même veine que ceux d’Henning Mankell, auquel le romancier irlandais fait un clin d’oeil par une référence au Guerrier solitaire. Des clins d’oeil, il y en a en quantité d’ailleurs, notamment aux auteurs de romans noirs américains. Mais là, je ne suis pas assez calée pour vous en causer !

Les aventures de Jack Taylor plairont aux fans de Mankell, Rankin, Indridason etc. C’est de la même veine délicieuse !

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Le martyre des Magdalènes

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Traduit par Pierre Bondil

4e de couverture : « Lessivé, rincé par sa dernière enquête, l’ancien flic de Galway Jack Taylor tente d’en faire passer le goût amer en éclusant des pintes de Guinness. Alors qu’il répète à qui veut bien l’entendre qu’on ne l’y reprendra plus, il est contraint par un caïd psychotique à retrouver « l’ange des Magdalènes ». Cette bonne sœur aurait, dans les années soixante, sauvé des jeunes filles mises au ban de la société dans le sinistre couvent des Magdalènes. Filles-mères reniées de tous, ces femmes y travaillaient comme blanchisseuses dans d’effroyables conditions pour s’y laver de leurs péchés, et cela même si elles avaient été violées par un frère, un père ou un voisin. Ce qui s’annonçait comme une mission rédemptrice va vite se transformer en chemin de croix. Le martyre de jack Taylor ne fait que commencer… « 

Noir c’est noir ! C’est le moins que l’on puisse dire en lisant ce roman policier, qui relève plutôt du roman noir. Mais noir à la façon irlandaise… donc l’auto-dérision n’est jamais loin. Même si ce roman est très sarcastique, c’est le moins que l’on puisse dire.
L’intrigue passe largement au second plan et c’est là le tour de force de Ken Bruen. Arriver à tout de même à maintenir un suspens en parlant plus du héros que de l’intrigue proprement dite. Nous suivons en effet plutôt la dérive de Jack Taylor, ancien garda ayant viré « privé », alcoolique notoire en voie de rédemption grâce à quelques « cachetons » de drogue !
On s’attache à ce personnage tout aussi psychotique que les « méchants pas beaux » qu’il poursuit. Ce héros pas comme les autres porte sur la société irlandaise un regard féroce. L’Eglise en prend un coup dans les dents avec l’évocation des Magdalènes. La « mafia » irlandaise n’est pas en reste non plus.

J’ai adoré écumer les pubs de Galway avec ce héros et revisiter une ville que je ne connais pas si bien que ça !

Ce que l’on dit du romancier :
« Ken Bruen est né en 1951 à Galway. Après une carrière qui lui fait parcourir le monde, il crée les inspecteurs Roberts et Brant puis le privé Jack Taylor dont Le martyre des Magdalènes est la troisième enquête. Son style incisif et la férocité désarmante de ses personnages l’ont d’emblée placé parmi les meilleurs de sa génération. »

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