Avec vue sur l’Arno

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Traduit par Charles Mauron

4e de couverture : « Lucy Honeychurch n’aurait jamais pu partir à la découverte de l’Italie comme toute jeune Anglaise de bonn famille sans la surveillance d’un chaperon zélé, sa cousine Charlotte. A leur arrivée à Florence, les deux voyageuses constatent avec dépit que la chambre qui leur a été réservée n’a pas de vue sur l’Arno. En violation de toutes les convenances, deux inconnus, M. Emerson et son fils George, leur proposent de leur échanger la leur qui, elle, donne sur le fleuve. L’attitude cavalière de George envers Lucy et le peu de résistance qu’elle lui oppose poussent Charlotte à décider d’abréger leur séjour. Mais le hasard va de nouveau réunir les Emerson et les Honeychurch, en Angleterre cette fois… Un roman délicieux sur l’éveil des sentiments et le poids des conventions sociales par un des maîtres de la littérature anglaise. »

S’il y a des personnages que l’on a vraiment envie de « claquer » du début à la fin, c’est bien cette vieille fille de Charlotte qui a un avis sur toutes choses et, de préférence, à la place des autres, en particulier, évidemment, de sa cousine Lucy. On ne peut lui trouver aucune qualité, mais bien que de l’hypocrisie (la fin du roman est d’ailleurs édifiant à son égard). L’autre personnage très agaçant et Cecil, le fiancé de Lucy. Il n’a pas encore compris que penser à la place des gens, et surtout des femmes, ne va pas beaucoup l’aider.
Quant aux Emerson, ils sont « excentriques » au regard de leur époque. Ils ne réfléchissent pas aux conventions, ils font ce qui leur semble bien. En particulier George, franchement impulsif ! Toute l’intrigue reposant sur ce fameux baiser volé à Lucy au milieu d’un pré de violettes.

Si j’ai eu quelque peu de mal à entrer dans l’histoire pendant les deux premiers chapitres, je me suis totalement laissée emporter pas les pages suivantes. J’ai beaucoup apprécié l’ironie très sarcastique de E. M. Forster, son  humour (et je pense qu’il faut relire le livre une fois terminé car la narration est riche, dense et laisse sans doute échapper des choses). De l’originalité dans la narration elle-même où le narrateur commente l’attitude des personnages.


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Les enfants de Longbridge

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Traduit par Jamila et Serge Chauvin

J’ai découvert par le plus pur des hasards il y a quelques d’années, un auteur anglais, drôle qui n’aime pas Thatcher. En fan de l’Irlande, cela ne pouvait que m’attirer, quand on sait ce que la Dame de fer a fait subir à ce pays et aussi à la Grande-Bretagne.

Jonathan Coe décrit magistralement les années Thatcher dans, Testament à l’anglaise. Du coup, sous le charme,  j’ai dévoré tous les romans de cet aimable et acide Anglais… Notamment les deux romans qui complètent Testament à l’Anglaise (et qui se situent en amont et en aval de ces années-là) et qui sont aujourd’hui réunis en un seul volume.

Bienvenue au club se déroule dans l’Angleterre des années 70. Le lecteur découvre cette Angleterre-là par les yeux d’une bande d’adolescents de Birmingham… :

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Les ados rêvent d’amour. Les syndicats sont prospères. Mais ne pas trop se fier aux apparences ! Chômage, tensions sociales, montées de l’extrême-droite, « troubles » en Irlande du Nord. C’est l’époque des attentats de l’IRA… Une des héroïnes voit son ami mourir et elle-même se retrouve à l’hôpital pour plusieurs années. Mais Coe n’accuse pas les Irlandais mais le parti Conservateur de Thatcher… Il assemble les pièces du puzzle pour le faire comprendre au lecteur. La vision naïve et rêveuse du monde adolescent est rattrapée par la réalité des adultes. Cette période-là est celle qui voit le pays basculer de l’Etat-providence au thatchérisme. Le roman s’achève l’élection de la Dame de fer. Chose impensable et pourtant…

Le 2e volume nous transporte dans l’Angleterre des années 1999-2003.

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Les ados sont devenus des quadragénaires, dont un très proche du pouvoir.
La deuxième partie se déroule dans l’Angleterre de Tony Blair, des néo-travaillistes, des attentats du 11-septembre, de la guerre en Irak… Là encore, l’écrivain a la plume acide mais drôle. Les énigmes restées en suspend dans la première partie sont résolues. Il dévoile notamment la raison d’une des mystérieuses disparitions… due à la haine anti-irlandaise qui s’est développée dans l’Angleterre de Thatcher, ou comment des Irlandais ont été assassinés simplement parce qu’ils étaient Irlandais… et les témoins de ces assassinats aussi.

Dans ce deuxième volume, le cynisme et le désenchantement des personnages donnent le ton. Leurs rêves de jeunesse détruits. Leur vie médiocre.

Bref une fresque magistrale de l’Angleterre de la fin du XXe siècle, sans concessions. Deux romans foisonnant qui vilipendent le Pouvoir et l’ultra-libéralisme triomphant au détriment de l’humain.

Une lecture, très aisée grâce, notamment à l’humour (noir) de l’écrivain, qui donne à méditer.

 

 

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Un bonheur de rencontre

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Traduit par Jean-Pierre Carasso

4e de couverture : « Fâcheries, querelles, ennui… Mary et Colin se connaissent trop. Leur amour n’en finit pas de mourir dans cette ville de canaux bordés de palais et d’églises. Tout bascule le jour où ils rencontrent Robert et son épouse, la mystérieuse Caroline.
Sous l’influence de ce couple étrange, Colin et Mary se retrouvent dans un brusque regain de sensualité. Mais s’ils se serrent l’un contre l’autre, c’est que le jeu leur échappe et que commence une descente aux enfers rigoureuse et implacable, un long cauchemar…
Une œuvre violente, forte et cruelle. »

Un couple (Mary et Colin) non marié en vacances à une ville qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Venise (même si jamais citée comme telle). Ils s’ennuient, passent leur temps dans leur chambre d’hôtel, au lit ou sur le balcon. Et lorsqu’ils sortent se promener, en soirée, c’est pour faire une bien étrange rencontre et se perdre dans le dédale des rues, incapables de retrouver leur chemin avant des heures. La rencontre de Robert et Caroline va bouleverser leur séjour et leur couple.

Un roman sur l’amour-passion, ou plutôt du « jusqu’où peut-on aller par amour? » qui ne m’a pas convaincu. Je l’ai trouvé « too much » ! Une femme qui aime être battue par son mari, du sado-masochisme jusqu’à l’extrême et un dénouement que je ne comprends pas. Bref, c’est la première fois qu’un livre de Ian McEwan me déçoit. Pourtant il y a un suspens intense par moments, c’est un livre fort bien écrit. Mais la thématique et son traitement me laisse perplexe. Je ne vois pas où l’auteur veut en venir. Et en plus, ça ne donne pas envie d’aller visiter Venise ! 🙂

Ce livre, dont le titre VO est The Comfort of strangers qui date de 1981, a fait l’objet d’un film, que je n’ai pas vu : Etrange séduction (1991).

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L’innocent

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Traduit parJean Guiloineau

4e de couverture : « En 1955, Leonard Marnham, jeune technicien anglais, arrive dans le Berlin d’après-guerre pour participer à l’opération Gold, une vaste entreprise de services secrets anglo-américains visant à mettre sur écoutes les lignes téléphoniques des Soviétiques. Il rencontre une jeune Allemande, Maria, qui l’initie aux mystères de l’amour.
Mais à mesure que Leonard s’enfonce dans la guerre froide, cet amour vibrant et sincère le plonge dans les bas-fonds de l’horreur absolue. Comment une passion, si forte soit-elle, peut-elle rester pure dans un monde d’apparences, de trahisons et de menaces ?
Un grand roman d’espionnage qui bascule dans le cauchemar. »

Un roman très différent de ceux que j’ai lu de cet auteur (Samedi, Expiation, Sur la plage de Chesil). Il fut écrit en 1989. Avant la Chute du Mur et quelques lignes à la fin résonne comme une prémonition. Assez incroyable.

Une découverte de l’ambiance du Berlin de 1955, ville écartelée entre Anglais, Américains, Français et Russes.  Le héros, Leonard, tout jeune Anglais à la solde des Américains, est chargé de mettre en place le matériel pour espionner les lignes soviétiques. Il découvre l’Amour en la personne de Maria, dans cette ville qui ressemble à un cauchemar.

Au début,  j’ai trouvé les deux personnages très sympathiques et le » boss » américain de Léonard, Bob Glass, très antipathique.

Puis, au fur et à mesure, les personnages deviennent plus complexes qu’ils en ont l’air. On perd ses repères. Innocent Léonard ? En amour oui mais il apprend vite ! Et à l’extérieur aussi ! Maria, une pauvre fille qui a été mariée à Otto, un Allemand ivrogne, qui vient une à deux fois par an encore pour la tabasser… Oui, certes, c’est abject et cet Otto est bien détestable. Mais l’attitude de Maria à l’égard de Léonard n’est pas toujours « nette ». Elle sait le manipuler.

Et lorsque Leonard et Maria lui rendent la monnaie de sa pièce à Otto, ils me sont devenus encore plus détestables que tous les autres personnages du roman, à vouloir se trouver des excuses et un semblant d’innocence !!

Ce roman fait perdre au lecteur ses repères habituels en l’enfonçant dans un cauchemar sans nom.  C’est l’histoire de manipulations en chaînes… Comme à son habitude, Ian McEwan réserve une surprise au lecteur à la fin du roman, dans le Berlin de 1987. Je suis encore partagée pour mon avis sur le héros, entre pitié et colère…
Quant à Maria, je trouve qu’elle s’en est bien sortie.

Un roman qui interroge la part d’ombre de l’être humain tout comme la frontière entre l’innocence et responsabilité.

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Samedi

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Traduit par France Camus-Pichon

4e de couverture : « Pour Henry Perowne – neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d’un musicien de blues et d’une poétesse – ce devrait être un samedi comme les autres. Pas question d’aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant… Un banal accrochage et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée. Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant. Tout en faisant diaboliquement monter le suspense, McEwan entrelace évènements planétaires et privés avec une telle virtuosité que cet étrange samedi devient la métaphore de toutes nos vies fragiles d’Occidentaux pris dans la tourmente de ce début de siècle. Et cette réflexion profonde sur le hasard et le destin, les pouvoirs respectifs de la science et de l’art, la quête d’un sens qui résisterait à la mort nous montre une fois de plus, après Expiation, un romancier parvenu à la plénitude de son art. « 

Le récit des 24h d’un homme ordinaire, heureux, mais se croyant un peu trop à l’abri des vicissitudes du monde, à cause de sa situation sociale aisée. Jusqu’au jour où, pour une broutille, la violence gratuite se déchaîne et retourne sa vie et sa vision des choses.

Le rythme de ce  récit 375 pages suit le rythme de la vie, d’abord très tranquille (trop tranquille!) d’Henry Perowne pendant la première moitié du roman. Une petite alerte toutefois, au réveil. Puis, à partir de l' »incident », tout s’accélère. Le suspens monte en flèche, jusqu’au dénouement final, les événements extérieurs téléscopent la vie d’Henry. Du grand art narratif.

J’ai beaucoup aimé, comme tous ceux que j’ai lu précédemment de McEwan. Un livre qui se lit en prenant son temps. L’inverse d’un thriller. Ou plutôt un thriller à la McEwan dont lui seul a le secret.

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Sur la plage de Chesil

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Traduit par France Camus-Pichon

4e de couverture : « Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l’Angleterre d’avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l’alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l’ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d’une vie. »

C’est par ce roman que j’ai découvert Ian McEwan en 2007. Un roman d’introspection, d’examen à la loupe d’un couple de jeunes mariés, Florence & Edward, dans le huis-clos amoureux de la nuit de noces. Mais pas tel qu’on pourrait se l’imaginer ! McEwan transforme la nuit d’amour en un véritable cauchemar et se livre là à une virulente satire d’une certaine société anglaise des années soixante. L’auteur est ici très incisif et cruel avec ses personnages, il en fait deux êtres complètement « coincés », très instruits mais complètement ignares des choses de la vie. Florence se remémore les choses qu’elles a lues dans les livres, des mots qui la laissent perplexe et la terrifient. Le couple est empêtré dans son embarras, au-delà des mots, jusqu’au malentendu et à la catastrophe finale. Leur vie bascule irrémédiablement. Un vrai gâchis stupide ai-je pensé en refermant le livre. Une démonstration magistrale des effets pervers des « tabous » dans une société.

J’ai vraiment aimé ce roman mais j’ai eu de la peine pour les personnages.

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Expiation

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Traduit par Guillemette Belleteste

4e e couverture : Sous la canicule qui frappe l’Angleterre en ce mois d’août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu’elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d’expier un crime d’enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s’interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d’une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d’une Histoire aveugle aux individus.

Ian McEwan déploie ici son talent de photographe de l’âme humaine, il dissèque les situations, les êtres et les choses dans leurs moindres détails, en laissant toutefois la porte ouverte à l’imagination du lecteur.

Briony, jeune fille de 13 ans en 1935, ambitionne de devenir écrivain mais n’appréhende pas vraiment l’univers qui l’entoure. Cela n’est sans grande importance aux yeux du lecteur qui bien souvent la perçoit comme une petite peste prétentieuse (c’est du moins mon cas, elle m’a passablement agacée au début du roman). Pendant tout la première partie du roman McEwan dissèque une chaude journée d’août 1935, le jour où va se dérouler le drame.  L’imagination débordante et délirante de Briony, son ignorance, sa jalousie et le besoin d’exister aux yeux des autres, lui font commettre le pire. La vie des trois protagonistes bascule pour toujours.

Cependant, Ian McEwan comme Briony, se joue du lecteur:  une énorme surprise l’attend à la fin du roman. Je suis même revenue en arrière en me disant que j’avais dû louper une page ou eu un moment d’inattention…

J’ai beaucoup aimé ce livre, notamment par la description des événements historiques (la majeure partie du roman se déroule pendant la 2nd Guerre mondiale et Briony soigne les soldats blessés à l’hôpital, Robbie est envoyé dans le nord de la France pendant que Cecilia passe sa vie à l’attendre) et la surprise finale.

Du grand romanesque anglais, dans la tradition de Jane Austen à laquelle Ian McEwan fait référence au début du livre.

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Victoria et les Staveney

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4e de couverture : « Victoria n’a jamais oublié sa rencontre, à l’âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney. Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l’enfant, les Staveney proposent de l’accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n’imagine pas quelles conséquences aura sa décision. La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l’hypocrisie, l’ambition. Un regard sans concession et d’une incroyable modernité sur notre époque. « 

Tout est dit dans la 4e de couverture. Doris Lessing pointe du doigt le racisme larvé d’une gauche anglaise qui se croit « bien-pensante » et exemplaire : la fille de Victoria, métisse, dont le père n’est autre que Thomas, aura droit à une éducation que la société anglaise réserve à une certaine « élite » sociale bourgeoise et riche, tout en laissant les autres sur le bas-côté de la route, en leur réservant de moins bonnes écoles. Ainsi, la famille Staveney, en admiration devant Mary, laissera sur le côté son demi-frère, qui lui n’est pas métisse, tout comme il laissera Victoria hors de leur classe sociale. Pourtant, au début du roman, on aurait pu penser que leurs intentions ne seraient pas celles-ci, les parents de Thomas et d’Edward Staveney ayant tout à fait tenu à ce que leurs fils fréquentent la même école que celle de Victoria.

J’ai trouvé ce dernier roman de Doris Lessing décevant. Les personnages sont parfois à la limite du stéréotype, l’écrivain ne fait qu’effleurer les choses sans vraiment entamer une réflexion sur la société anglaise contemporaine. Bref, pour moi ce roman manque de profondeur et je suis restée sur ma faim. Dommage car cela se lit bien malgré tout et Doris Lessing a fait tout à fait mieux par le passé.

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Salon du livre de Paris 2015

 Oui, en mars,  je suis finalement allée au Salon du livre, mais pas grâce à Reed Expositions, bien trop occupé à compter ses sous et à presser tout ce qui peut encore l’être comme un citron. Pourtant, j’ai bien regardé, à 12€ l’entrée, les murs ne sont pas en plaqué or, on ne marche pas sur de la moquette en poil d’astragan (je sais, ça n’existe pas)…
Bref, heureusement qu’il y a des gens qui ont pensé à moi et vraiment ça m’a fait plaisir !

Mon SDL mouture 2015 a pris, en partie, une dimension un peu inattendue : celle des revendications sociales des auteurs. Le Conseil Permanent des Ecrivains s’alarme de revenus à la baisse, de réformes sociales qui semblent préoccupantes, du droit d’auteur fragilisé par la politique européenne. Il tire de signal d’alarme : « Les auteurs de livres sont clairement en danger. Et à travers eux, c’est la création éditioriale qui est menacée, dans sa liberté et dans sa diversité ». C’est vrai que dans l’imaginaire collectif, l’auteur se dessine sous une image très romantique et idyllique de celui qui vit de son oeuvre, tout tranquillement, sans soucis. C’est devenu une image d’Epinal. Auteur est, pour la plupart, un métier toujours plus précaire et les réformes à venir ne semblent guère réjouissantes. A travers eux, c’est toute une chaîne du livre qui peut se rompre.

Pour en savoir plus , voici la Lettre ouverte du CPE à ceux qui oublient qu’il faut des auteurs pour faire des livres  ICI.

En tout cas, ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une manif d’auteurs dans les travées du Salon du livre de Paris ! La marche revendicative organisée par le CPE s’est déroulée samedi en début d’après-midi, sur le thème « Pas d’auteurs, pas de livres », pas d’éditeurs, pas de lecteurs, pas de bibliothèques et… finalement pas de salon du livre !

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On aurait pu craindre un flop, mais ce fut un franc succès. La presse en parle beaucoup ce matin : L’humanité, Le Monde, Livres Hebdo…
Les auteurs appellent au soutien des lecteurs. Ils ont le mien, vous l’aurez compris.

A part cela, j’ai eu un très joyeux salon, plein de belles rencontres et retrouvailles.
La perle inattendue étant la présence du Président de la République dans une allée, à un moment tout à fait cocasse pour moi : c’était pas lui que je cherchais depuis 20 minutes, hein, mais la vie est bizarrement faite parfois ! Bazardée sur le côté par les gardes du corps avant même que je comprenne ce qui se passait et qui était là, ça m’a laissé pliée de rire quand je m’en suis aperçue. Un souvenir qui restera gravé dans mes annales. 🙂

Comme pour l’instant, il y a heureusement encore des auteurs et des éditeurs, je suis partie en repérage de futures pépites à lire. J’ai atterri je ne sais pas trop comment au stand des Littératures du Bassin du Congo

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Un petit tour par la Tunisie,qui a bien besoin de soutien en ce moment, et dont quelques écrivains étaient présents

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Je suis allée voir quelques stands fétiches

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J’ai croisé beaucoup de célébrités, dont Amélie Nothomb en train de dédicacer son dernier livre m’a tant fait rire (et qui évoque, entre autres, la situation des auteurs précaires)

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Peter May, le plus frenchy des écrivains écossais littéralement assailli par ses fans
(finalement, je préfère quand il n’est pas annoncé : au moins on peut discuter 3 sercondes !)

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Je suis rentrée avec pas mal de références et quelques bouquins

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Je serais bien malheureuse si je ne pouvais plus le faire pour cause de disparition d’écrivains !
Je laisse par ailleurs Reed Expositions méditer sur sa stratégie financière pas franchement convaincante et qui pourrait perdre de l’argent à force de vouloir toujours faire plus de profit.

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Chronique écrite en mars 2015.
On en saura plus sur la stratégie des organisateurs pour 2016 dans quelques mois.
En tout cas, j’ai pu constater que, malgré un contexte très difficile, le salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil 2015 était dans une logique bien différente que celle du SDLP. Une journée que je n’ai pas encore eu le temps de raconter mais on s’est éclatées comme des ados, avec ma copine de Lettre d’Irlande et d’ailleurs.

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Festival America 2014

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Le Festival America qui se déroule tous les deux ans à Vincennes. J’y ai mis les pieds pour la première fois en 2014, curieuse. Je ne suis pas du tout une spécialiste en matière de romans américains et je n’en lis pas si souvent que ça, surtout depuis que j’ai découvert les Nordiques. Je connais davantage ce qu’on appelle désormais des classiques, comme Steinbeck, (que j’adore), Jack London, Faulkner etc. Dans ma Pile de la rentrée littéraire 2014, j’ai l’énorme pavé qu’est Le Fils de Philipp Meyer. C’est ce bouquin qui m’a décidé à aller au Festival, puisque son auteur est l’un des invités majeurs, aux côté de Joseph Boyden, (dont j’ai aussi le livre depuis un moment) et Richard Ford (même chose).

Le programme du festival était très chargé. Je n’y suis allée qu’une seule journée. J’ai sélectionné deux débats d’une heure trente chacun :

« L’histoire est un roman » qui réunissait Joseph Boyden, Gérard de Cortanze, Boris Fishman, Philippe Meyer et J. Courtney Sullivan

Ce premier débat n’était pas tout à fait à hauteur de mes attentes, un peu « bateau », mais néanmoins, les écrivains ont su le faire rebondir et capter l’attention. J’ai apprécié la dimension humaniste des interventions de Boyden, Meyer et la déclaration finale de Gérard de Cortanze sur la montée de l’intolérance en France. Il a d’ailleurs été chaleureusement applaudi.

J’ai été intriguée par Boris Fishman, écrivain américain d’origine biélorusse, j’ai aimé son humour pour comparer les USA, la France et les Russes dans leur manière de gérer leur Histoire et d’aller de l’avant. Les Américains foncent sans aucune retenue, les Russes reculent et les Français sont précautionneux. Il a mimé la chose, c’était tordant ! Ca m’a donné envie de découvrir son livre, Une vie d’emprunt.
Par contre, je ne pense pas lire un jour du J. Courtnay Sullivan : elle paraissait en retrait du débat. Un roman sur l’histoire du mariage, une idée qui lui est venue lors du débat sur le mariage homosexuel. Elle souhaite montrer qu’à travers le temps, le mariage a évolué. Mais j’avoue qu’un roman là-dessus n’est pas dans mes sujets de prédilection.

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J’ai regretté que deux écrivains (J. Courtnay Sullivan et Philipp Meyer) s’en aillent avant la fin du débat parce qu’ils devaient intervenir dans un autre qui chevauchait celui-ci : c’est moyen, niveau organisation.

Le deuxième débat, « De la violence en Amérique » m’a beaucoup plus enthousiasmée. Un plateau de choix qui réunissait Philipp Meyer, Donald Ray Pollock, Justin Saint Germain, Joyce Maynard et David Vann. J’avais décidé d’y assister en raison de la présence de Philipp Meyer. Mais j’ai découvert qu’il y avait aussi deux autres écrivains formidables : Donald Ray Pollock, dont je connaissais à peine le nom. Devenu écrivain sur le tard, après avoir travaillé 32 ans comme ouvrier dans une usine de pâte à papier, il n’est pas trop apprécié par les politiques dans son pays : il est pour la réglementation du port des armes à feu et il a démontré comment le gouvernement s’est débrouillé pour rendre la chose impossible.

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Lui et Philipp Meyer dialoguaient pour expliquer le pourquoi du mythe de la violence aux USA. Aux Etats-unis, on dit aux gens dès leur enfance qu’ils vivent dans un pays où tout est possible pour chacun d’entre eux, où tout le monde où l’on peut devenir astronaute, président, magistrat, médecin etc. Mais c’est faux (évidemment!). Selon eux, c’est la raison pour laquelle les gens qui échouent, par frustration, retournent en quelque sorte cette violence vers eux-mêmes par le biais de l’arme à feu tout puissante. L’image du mythe John Wayne n’est pas morte, parce que les gens baignent dedans dès leur prime enfance. Le mythe de la police qui est là pour protéger les citoyens est aussi un leurre. C’est du moins l’idée de David Vann chez qui tout est noir de chez noir et sans espoir : au moins lui, je sais que je ne lirai jamais ses livres : je n’aime pas le trop noir-sans-espoir !
J’ai découvert que le mentor de Justin Saint Germain (auteur de Son of Gun, autobiographique) n’est autre que Colm Toibin !
Enfin, l’intervention très enjouée de Joyce Maynard, qui parle français au point d’oublier qu’elle a une interprète, auteur très sympathique et accessible, m’a convaincue d’acheter L’homme de la montagne, tout simplement parce que je me demande ce qu’est la solution de son intrigue, sorte de Stand by me au féminin, qui l’a réveillée en pleine nuit ! L’animateur lui a réservé une question surprenante,  rien que pour elle (on se demande pourquoi) : « êtes-vous pour la peine de mort dans certains cas? » mais il n’a pas eu de réponse si ce n’est : « je suis une femme de gauche ». Et bing !

Festival Amercia ce n’est pas que des débats : c’est aussi des projections de film (le matin, j’ai pas pu), un salon du livre où il y avait foule et des libraires sympathiques, légèrement débordés mais toujours prêts à conseiller, des dédicaces d’écrivains jonglant avec les interventions un peu partout

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(oui mais il était à un débat avec Djian à ce moment-là)

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(la littérature indienne n’était pas en reste – ni Québécoise d’ailleurs)

Quelques belles voitures du côté de l’Hôtel de Ville,

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des tipis pour les petits

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des expos photos :

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(les chats les plus américains du monde!)

J’ai dû faire des choix car une journée n’est pas tout à fait assez. Une journée réussie toutefois, avec la perspective de nouvelles lectures potentielles. Mais pour l’instant dans mon sac au retour, juste le dernier roman de Joyce Maynard :

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Un beau voyage outre-Atlantique  le temps d’un week-end.
Le prochain rendez-vous est fixé à septembre 2016 !

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