Le fond de l’enfer

414N6VWH1VL__SL500_AA300_

Traduit par Frédéric Grellier

4e de couverture : « Un junkie retrouvé mort dans un squat d’Édimbourg, juste un cadavre dont le corps a été placé sur le sol selon un étrange rituel. Une jeune fugueuse terrifiée qui pense que son ami a été assassiné. Mais tout le monde s’en moque. Ce sont les déchets de la société, des drogués et des petits délinquants. Mieux vaut s’intéresser aux nouvelles entreprises en plein essor et aux lotissements flambant neufs qui vont apporter la prospérité à une ville qui se vante déjà de sa  » qualité de vie « . Il n’y a guère que l’inspecteur Rébus pour s’en préoccuper, sentir quelque chose de trop malsain, de trop dangereux pour être laissé dans l’ombre… Quelque chose qui n’est peut-être pas sans lien avec le monde merveilleux que promettent promoteurs et publicistes… « 

Voici le deuxième épisode des aventures de l’inspecteur Rebus, après L’étrangleur d’Edimbourg. La quatrième de couverture m’avait particulièrement alléchée : les promoteurs immobiliers avides d’un côté, les laissés-pour-compte de l’autre, le tout dans Edimbourg, c’était prometteur d’un point de vue sociétal !

Malheureusement je dois avouer que ce Rankin-là ne tient pas ses promesses. Certes, il se lit fort bien mais le fond historique que l’on retrouve dans les polars lus jusqu’à présent est quasiment absent. C’est même parfois un peu too much : la piste de la sorcellerie blanche ou noire, le personnage de Tracy, la copine du junkie retrouvé mort est un zeste invraisemblable dans son attitude envers Rebus et la copine de son acolyte Brian Holmes à qui elle assène un violent coup de tête avant d’aller lui manger dans la main… L’intrigue s’enlise avant d’être résolue par une solution un peu tirée par les cheveux, le tout mâtiné d’un fond de Mister Hyde.
Reste que l’inspecteur John Rebus est toujours aussi attachant !

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer (lu)
  3. Rebus et le loup-garou de Londres
  4. Piège pour un élu
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
  14. Cicatrices
  15. Fleshmarket Close
  16. L’appel des morts
  17. Exit Music
Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

L’étrangleur d’Edimbourg

 45826151

Traduit par Frédéric Grellier

4e de couverture : « John Rebus parcourait la jungle de la ville, une jungle que les touristes ne voient jamais, trop occupés à mitrailler les temples dorés du passé. Édimbourg était une ville d’apparences ; le crime n’y était pas moins présent, tout juste plus difficile à repérer. Édimbourg était schizophrène, la ville de Jekyll et Hyde, bien entendu, mais aussi celle de Deacon Brodie, des manteaux de fourrure sans petite culotte, comme on disait à Glasgow. Mais c’était aussi une petite ville. Un avantage pour Rebus. Il traqua sa proie dans les bars à voyous, dans les lotissements où le chômage et l’héroïne tenaient lieu de blason, parce qu’il savait que quelqu’un d’aguerri saurait survivre dans cet anonymat. Jetant un coup d’œil à la ronde, il vit qu’il avait atterri au cœur du désespoir. »

Un livre à lire absolument avant tout départ en vacances à Edimbourg parce que c’est le roman qui vous fera voir la ville comme vous n’aurez jamais l’occasion de la voir, touriste de passage que vous êtes !

Comme le souligne l’Inspecteur Rebus, les touristes n’en ont en général que « pour le coeur central » d’Edimbourg. « Ils ne s’aventure[nt] jamais dans les HLM de banlieue, à Pilton, Niddrie ou Oxgangs pour faire une interpellation dans un immeuble puant la pisse ». John Rebus, lui, « parcour[e] la jungle de la ville, une jungle que les touristes ne voient jamais (…). Cette jugnle gagn[e] inexorablement du terrain » dans l’Edimbourg des années 1980.

Ce polar date de 1987 mais ne fut traduit et publié en France qu’en 2004 ! Mieux vaut tard que jamais car on passe un excellent moment avec cet inspecteur extrêmement humain, se débattant avec des problèmes familiaux compliqués mais adorant plus que tout sa fille Samatha, pré-ado, lectrice assidue et mature pour son âge (12 ans), dont son ex-femme a la garde.

Ce livre m’a donné l’envie, justement de visiter la bibliothèque vieillotte et humide, (mais ça va tellement bien avec l’ambiance de la ville ici)  où se déroule une partie de l’action du roman (en supposant qu’elle existe). Il a  aussi a aiguisé ma curiosité sur la ville . On peut atteindre la bibliothèque en traversant « The Meadows, un vaste espace vert, avec en ligne de mire à l’horizon l’imposante forteresse grise et son drapeau qui flott[e] dans la bruime au-dessus des remparts. » Il faut passer « devant la Royal Infirmary, qui gard[e] la mémoire de tant de découvertes et d’illustres personnages, devant une partie de l’université et devant le cimetière de Greyfriars Kirk et sa petit statue de bobby ».

Dans la bibliothèque des escaliers mènent à ses entrailles. Cachés au fond d’une arrière-salle, en bas de ces escaliers,  il y a un autre « escalier métallique très escarpé et mal éclairé qui s’enfonce dans les fondations de la bibliothèque ». Un endroit dont certains « Edimbourgeois » ont entendu parler car « la bibliothèque a été construite sur l’emplacement de l’ancien tribunal de police » et qu’on « a conservé les cellules qui se trouvaient en sous-sol », « tout un dédale de cellules et de couloirs, directement sous la ville ». Il y existerait « des sorties, dans des endroits comme le nouveau tribunal ou la cathédrale Saint-Gilles ». Mais en plus, « sous l’hôtel de ville, on dit qu’il reste des rues entières de la vieille ville. On a construit directement par-dessus, sans s’embêter ». Des rues entières, avec les boutiques, les maisons, la chaussée. Et tout ça date de plusieurs centaines d’années… ».
Ca met l’eau à la bouche tout ça, que cette bibliothèque municipale existe ou pas. Et quand Rebus vous dit qu’Edimbourg est une « ville d’apparences », que c’est « la ville de Jekyll et Hyde, bien entendu mais aussi celle de Deacon Brodie, des manteaux de fourrure sans petite culotte, comme on dit à Glasgow », ça donne envie d’en savoir plus sur son passé « black tartan » en quelque sorte.

Car au-delà de l’intrigue policière, l’intérêt de ce roman est vraiment la promenade dans cette Edimbourg « noire » et mystérieuse, où l’on croise des personnages non moins mystérieux, dont un affreux journaliste pot de colle. J’ai adoré les références à Docteur Jekyll et Mister Hyde mais aussi à Crime et Châtiment dont le psychopathe tueur de 4 gamines, est un fan. Le suspens se fait galopant sur la fin du livre, impossible de le lâcher avant de l’avoir lu jusqu’au dernier mot. L’écriture est simple, fluide, donc facile à lire : impeccable pour une lecture de vacances écossaises. J’ai aimé la nouvelle couverture du Livre de Poche pour ce roman également. Bref, tout m’a plu. C’est un coup de coeur !

********

C’était mon premier livre de Ian Rankin. L’écrivain qui m’a donné envie de visiter la capitale écossaise. Depuis j’ai visité 2 fois Edimbourg, me suis rendue au pub fétiche de l’inspecteur et de son créateur (The Oxford Bar), j’ai vu la fresque parlant de Decan Brodie, emprunté les passages, visité la cathédrale Saint-Gilles où est enterré Stevenson (et où il faut jeter un oeil à son parvis)  etc. Bref, tout ce que Rebus reproche aux touristes ! Et je n’ai pas encore tout vu – heureusement !

Photos prises par moi-même 🙂

Les enquêtes de l’inspecteur John Rebus

  1. L’étrangleur d’Edimbourg  (lu)
  2. Le fond de l’enfer
  3. Rebus et le loup-garou de Londres
  4. Piège pour un élu
  5. Le Carnet noir
  6. Causes mortelles
  7. Ainsi saigne-t-il
  8. L’Ombre du tueur
  9. Le Jardin des pendus
  10. La Mort dans l’âme
  11. Du fond des ténèbres
  12. La colline des chagrins
  13. Une dernière chance pour Rebus
  14. Cicatrices
  15. Fleshmarket Close
  16. L’appel des morts
  17. Exit Music
Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

De vieux os

41SF9cxR1bL__SL500_AA300_

Traduit par Céline Schwaller

4e de couverture : « Certains secrets devraient rester enterrés à tout jamais, se dit Murray Watson, enfoncé jusqu’aux
genoux dans la boue du cimetière de Lismore, au nord de l’Écosse, en compagnie d’une femme qui
avait toujours refusé de lui parler. Mais pourquoi s’est-il obstiné à chercher la vérité sur ce poète
mort noyé à vingt-cinq ans et à peu près inconnu ? »
(4e de couverture non intégrale pour cause de révélation du pourquoi du comment ou presque…)

Murray Watson est docteur en littérature anglaise à l’université de Glasgow. Il cherche à faire revivre et donner son aura à un mystérieux auteur, Archie Lunan, contre l’avis même de son directeur de département. Peu importe, Murray se lance à corps perdu à la recherche de cet écrivain qui aurait mis fin à ses jours. De chercheur en littérature anglaise à enquête quasi-policière ou journalistique, il n’y a qu’un pas… en tout cas dans ce roman (d’ailleurs Murray ne cesse de répéter « Je ne suis pas journaliste. Je suis docteur en littérature anglaise. »)

Dans un premier temps, ce roman n’a pas arrêté de me faire pester : les personnages parlent comme des chartiers, l’histoire part dans tous les sens ou dans aucun sens, je ne voyais pas où tout cela allait me mener. J’ai trouvé Murray un peu crétin sur les bords pour un professeur d’université, dépressif, se laissant plaquer comme un abruti par la femme de son chef département qui décide de rester avec son mari. La vie de cet homme est vide, sa quête sur Lunan est quasiment son unique raison de vivre. J’ai même failli abandonner parce que je n’accrochais ni au sytle ni à l’histoire. Je ne ressentais même pas l’Ecosse dans cette lecture.

Heureusement, page 201 Murray a l’excellente idée de faire ses valises et de s’embarquer pour l’île de Lismore, au nord-ouest de l’Ecosse pour en savoir davantage sur son écrivain adoré. Et là, révélation !!! Le récit prend réellement son envol et tourne au thriller. Vous êtes embarqué avec Murray sur les routes défoncées de cette île humide et boueuse. Murray se trouve dans un trou paumé sans même un pub (obligé de s’acheter ses bouteilles de whisky à la seule épicerie du coin). Juste un B&B pour crécher, avec une propriétaire haute en couleur. Vous voici arrivé dans l’Ecosse profonde : les légendes font partie du quotidien, la frontière entre féérie et monde des hommes, rêve et réalité, passé et présent est abolie – ou presque.
La logeuse de Murray en sait quelque chose : « Je me suis souvenue de contes parlant de gens qui se perdaient dans les collines. Les fées organisaient une fabuleuse fête à la tombée du jour, où tout le monde festoyait, buvait et chantait, et le lendemain matin, elles remettaient leur invité sur le chemin de la maison. »  L’ancienne compagne de Lunan vit là, dans un château isolé. Murray se laisse emporter par ce monde mystérieux : « J’avais cru être le Petit Chaperon Rouge, maintenant j’étais Alice tombée dans le terrier du lapin blanc ».

Le héros ne ressortira pas indemne de cette histoire. Et le lecteur non plus !

Un bon roman donc, même si, pour moi, à cause de la première partie, ce n’est pas un coup de coeur. Mais j’ai tout de même passé un excellent moment à Lismore.

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Le chant des sirènes

51Np49qnu8L__SL500_AA300_

Traduit par Annie Hamel, revu par Agnès Colomb

4e de couverture : « Il n’a pas voulu de moi. Je ne demandais qu’à lui donner de l’amour, mais il a refusé tout ce que je lui offrais. C’est à ce moment-là que les meurtres ont commencé à Bradfield. Les flics ont même demandé l’aide d’un profileur, sous prétexte qu’ils n’ont jamais rencontré un tel tueur en série… A Bradfield, personne n’avait jamais eu peur. Je ne voulais que les aimer, mais ils ont eu peur de moi, parce qu’ils ne me connaissaient pas. Ils ont eu tort. Ils ont eu tous eu tort d’hésiter. »

C’est le premier volume de la série « Tony Hill et Carol Jordan », respectivement profileur du ministère de l’Intérieur – en train de monter une unité de profileurs – et inspectrice de police.

Le lecteur passe tour à tour dans la tête d’un tueur en série particulièrement pervers, maniaque et doté d’une intelligence hors norme (le parfait psychopathe) puis dans celle du profileur et de son équipière nommée pour l’affaire. L’Ecossaise Val McDermind nous balance dans l’univers de la prostitution et du monde homosexuel, dénonçant au passage l’homophobie (policière notamment) et le machisme.

Le suspens est haletant et il est difficile de lâcher le livre une fois qu’on l’a commencé. J’ai trouvé cet épisode très réussi, même si très noir (difficile les scènes de torture, Val McDermid choque le lecteur pour le réveiller, semble-t-il). L’histoire d’amour naissante entre Tony Hill et Carol Jordan en paraît presque incongrue, surtout que le « gentil profileur » reçoit de bien étrangers coups de téléphone. Il flirte avec l’esprit du psychopathe pour tenter de comprendre ses motivations et anticiper ses prochains meurtres. L’attitude du personnage en devient parfois aussi énigmatique que celle du meurtrier, d’autant plus qu’il n’est pas aussi bien dans sa peau qu’il n’y paraît.

 

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Sans laisser de traces

imagesCA6WPQHW

Traduit par Matthieu Farcot

4e de couverture : « L’affaire paraissait insoluble à l’époque : une riche héritière et son fils kidnappés en Ecosse, une remise de rançon catastrophique aboutissant à la mort de la femme et à la disparition de l’enfant. Malgré l’indice découvert vingt-cinq ans plus tard, Karen Pirie, l’experte en cold cases en charge du dossier, a donc peu d’espoirs de résoudre la célèbre énigme. Une autre affaire classée occupe déjà l’esprit de la détective : en 1984, au plus fort de la grève des mineurs qui divisait le Royaume-Uni, un gréviste avait disparu sans laisser de traces, abandonnant les siens. Mais de nouveaux éléments suggèrent qu’il ne s’agissait pas d’une simple désertion. A mesure que les enquêtes avancent, Karen va de révélation en révélation et s’enfonce toujours plus loin dans les labyrinthes du mystère… La reine incontestée du thriller psychologique joue avec nos nerfs dans un suspense démoniaque. « 

Deux intrigues, deux héroïnes (l’inspecteur Karen Pirie et Anabelle Richmond, journaliste), deux lieux d’action (le Fife écossais et la Toscane italienne), deux époque (1984-85 et 2007). On pourrait se dire que c’est risqué. Et pourtant, à la fin, tout se tient d’un bloc, d’une logique implacable, d’une cohérence parfaite. Un roman complexe et fouillé.

Il faut dire que Val McDermid, Ecossaise petite-fille de mineur, connaît son sujet. Et comme elle le dit elle-même, c’est sans doute son roman noir le plus intime, même si les personnages sont fictifs. Elle dédit d’ailleurs son livre à ses grands-parents :
« Ce livre est dédié à la mémoire de Meg et Tom McCall, mes grands parents maternels. Ils m’ont montré ce qu’est l’amour, ils m’ont enseigné l’esprit de communauté, et ils n’ont jamais oublié l’humiliation que l’on ressent à faire la queue à la soupe populaire pour nourrir ses enfants. Grâce à ceux, j’ai appris à aimer la mer, la forêt, et les livres d’Agatha Christie. Une dette non négligeable », écrit-elle.

En 1984-1985, les mineurs britanniques sont en grève, Thatcher les méprisera. C’est à cette époque que l’un d’entre-eux, Mick Prentice, disparaît, abandonnant sa femme et sa fille. A l’époque, tout le monde pense qu’il a trahi la communauté et qu’il est parti avec les « jaunes » (ceux qui ont abandonné la grève et ont quitté les lieux) à Glasgow. Pourtant, alors que tout semble accâbler un syndicaliste, au fur et à mesure, les pistes se multiplient puis se resserrent comme un étau autour du disparu lui-même…
Parallèlement, Bel Richmond, journaliste en vacances en Toscane, fait une découverte dont elle comprend rapidement qu’elle peut bouleverser sa carrière car elle renvoie à une affaire non élucidée : celle des circonstances du meurtre de Catriona  Maclennan Grant, jeune et très belle héritière de la plus grosse fortune d’Ecosse et de l’enlèvement de son fils. Le père de la belle n’est autre que  l’entrepreneur et promoteur immobilier Sir Broderick Maclennan Grant. Un nom aussi connu que Berlusconi en Italie.

L’ensemble peut paraître sombre comme la tourbe, mais ce n’est pas le cas. L’amour est très présent dans ce roman et les meurtriers ne sont pas des psychopathes sanguinaires. Juste des gens pris dans une spirale infernale. Val McDermid réinvente ici les codes du roman noir  à la Agatha Christie en ancrant sa fiction dans un contexte social fort, comme souvent dans ses romans. Elle démonte et analyse chaque rouage de la machine infernale.

J’ai aimé le personnage de l’inspectrice Karen, une femme qui lutte comme une tigresse dans un univers de macho, malgré les bâtons dans les roues que lui tend un chef qui la déteste. Une héroïne qui a une faible pour les bons petits plats que l’écrivain décrit à merveille  :
« Devant elle reposait un pithiviers de filet de pigeon parfaitement présenté, entouré de toutes petites pommes grenailles et d’une tour de minicarottes et de minicourgettes rissolées. Le Laird’o Wemyss était plus qu’à la hauteur de sa réputation. » On en mangerait !!
L’héritière tuée des années auparavant est une femme libre, malgré sa condition privilégiée. Elle sait ce qu’elle veut : vivre une vie d’artiste et vivre avec qui elle souhaite, quand elle le souhaite, quitte à contrer les siens. La journaliste Bel est par contre trop ambitieuse (le style à avoir les dents qui rayent le parquet) pour être totalement sympathique.
Val Mcdermid creuse ses personnages au-delà des apparences et bouleverse les idées reçues et les préjugés. C’est aussi le côté intéressant du livre.

Enfin, c’est un roman noir qui a l’accent du Fife écossais (Newton of Wemyss,  East Wemyss, Kirkcaldy – où Val McDermid a passé son enfance), et où le lecteur se promène sur ses plages et dans ses grottes, entre quelques escapades en Toscane.

C’est sans doute le roman le plus accompli de Val McDermid que j’ai lu jusqu’ici.

Seul bémol du livre : sa couverture du livre en édition française.  C’est en fait celle d’un autre roman de Val McDermid : 🙂

trick

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | 2 commentaires

Le tueur des ombres

41XQaCHUaJL__SS500_

Traduit par Eric Moreau

4e de couverture : Lorsque le corps de Drew Shand, écrivain à succès, est retrouvé mutilé dans le quartier historique d’Édimbourg, la police conclut à un crime crapuleux. Mais après l’assassinat brutal de Jane Elias, la reine du thriller, il faut se rendre à l’évidence : un tueur s’attaque aux stars du roman noir. Et, non content de les éliminer, il reproduit les scènes de leurs propres livres. A quand la troisième victime ? Fiona Cameron s’attend au pire. Psychologue, experte en affaires criminelles, elle vit avec un auteur de polars, Kit Martin, réputé pour la violence de ses intrigues. Or il a reçu une lettre de menace. Et dans le roman qui l’a rendu célèbre, le meurtrier saignait ses victimes pour peindre des fresques murales…

Avec Val McDermid, pas d’effusion de sang à outrance, pas de « gore ». Ses romans policiers jouent avant tout sur l’imagination du lecteur, et elle s’en sert à merveille. Tout est dans le psychologique. Le titre en VO est d’ailleurs Killing the Shadows.

L’héroïne vit en couple avec un auteur de polar et voici que les assassinats d’écrivains se multiplient. Elle voit rouge, d’autant plus que sa jeune soeur a été assassinée des années plus tôt par sa faute (c’est du moins ce qu’elle s’imagine). La culpabilité ne l’a pas quittée depuis. Fiona est une psy qui doute et qui s’inquiète pour son conjoint. Alors qu’au contraire, celui-ci tente de dédramatiser la situation, jusqu’au moment où….(je ne peux pas dire ce qui va se passer, vous comprendrez-bien !!)

J’ai beaucoup aimé l’idée du couple auteur de polar/psy profiler et du « plagiat » : Jack l’Eventreur (ou plutôt son double dégradé : « Jacot l’Eventreur« , plagiaire du premier) et tout ce que cela suppose, la mise en abyme qui fait monter le suspens en brouillant la frontière entre fiction et réalité.

Bref, un roman policier très bien construit, qui, de plus, fait la part belle aux femmes, au pouvoir de l’imagination et de la littérature.

Je ne me suis pas ennuyée une minute, d’un bout à l’autre des 600 pages ! J’ai dévoré.

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Nuage de cendre

images

Un roman sur l’affaire Sunnefa Jonsdottir
Traduit par Céline Schwaller

4e de couverture : « En 1783 des éruptions volcaniques apocalyptiques recouvrent l’Islande de cendre, détruisent les récoltes et provoquent une famine. C’est dans ce pays dévasté que deux représentants de l’autorité coloniale danoise vont s’affronter dans un conflit qui sera jugé par l’assemblée populaire traditionnelle.
La rivalité des deux hommes se cristalise autour de deux orphelins, Sunnefa, considérée, à dix-huit ans, comme la plus belle femme de l’île, et son frère cadet Jon, coupables d’inceste et victimes de la société traditionnelle luthérienne. Les paysans qui observent les faits forment le choeur pluriel qui commente la tragédie et permet une grande diversité de points de vue, voix, lettres et journaux des protagonistes qui font lentement progresser le mystère autour du crime central.
La nature est un personnage à part entière, les glaciers, les déserts et les torrents intensifient les sentiments et les haines qui se développent. La présence du mal devient palpable dans cet impitoyable duel à mort. »

Autant le dire tout de suite : ici noir c’est noir ! Le roman ne comporte que 236 pages mais je ne suis parvenue à le lire qu’à petite dose tant l’atmosphère est pesante et étouffante. Dominic Cooper, qui est écossais, parvient à se saisir de ce fait divers islandais réel pour en restituer toute la tragédie supposée. L’écrivain a lu toutes les versions de l’histoire qui existait, certaines étant totalement différentes. Il constate cependant qu‘ »il manque, dans l’ensemble, les motifs éventuels ainsi que les conclusions définitives ». Ce qui est certain, cependant, c’est le contexte historique : « L’Islande était au XVIIIe siècle une colonie danoise – ce qu’elle fut d’ailleurs de 1380 à 1918. Et comme ce fut le cas dans toutes les colonies, il y régnait une certaine animosité entre colons et indigènes. Mais, dans ce cas particulier, je pense que les griefs des indigènes envers leurs maîtres étaient encore plus justifiés qu’en temps habituel.
La principale raison de ces griefs était un monopole commercial, qui perdura jusqu’en 1770, instituant que les Islandais pouvaient faire commerce uniquement avec des marchands danois. Se sachant sans concurrents, ces derniers étaient souvent coupables non seulement de proposer des cours de change ridiculement bas mais aussi de vendre à la population islandaise des produits avariés. »
Famine et épidémies se développent, amplifiées par des conditions météorologiques désastreuses et des éruptions volcaniques exceptionnelles. L’Islande, à cette époque, c’est le chaos. Si vous ne connaissez pas les symptômes de la variole (appelée aussi « petite vérole »), soyez bien accroché et ayez le coeur solide ! Avec Dominic Cooper, c’est un peu comme si c’était vous qui étiez contaminé !
On pourrait presque dire qu’à côté de cela, l’intrigue du fait divers, celui d’un inceste entre Jon et Sunnefa, frère et soeur orphelins, n’est rien, d’autant que ce n’était pas si exceptionnel que cela à l’époque. Il en naîtra un enfant. Puis un deuxième, dont le père n’est pourtant pas celui que l’on croit. Ce n’est d’ailleurs pas sur l’affaire d’inceste que focalise l’écrivain, mais plutôt sur la haine qu’entretiennent deux shérifs : Hans Wium (un Danois) et Pétur Thorsteinsson, le flou, l’incertitude des faits, mais où la folie de l’un (Pétur), parviendra à ternir la réputation de l’autre, durablement, l’affaire Sunnefa Jonsdottir étant une aubaine.

Reste que, le récit est édifié sur plusieurs strates temporelles. Le narrateur principal, le médecin Gunnar Thordarson, 74 ans raconte en  juin 1804 ce qu’il sait sur l’affaire Sunnefa à Kjartan Hardarson, dix-sept ans, parce que ce dernier juge le shérif Hans Wium comme un parfait salaud. Gunnar commence son récit à l’époque des feux de la Skafta de l’été 1783, où une éruption volcanique exceptionnellement longue et intense plongea la région dans le chaos, ce dont elle n’avait déjà pas besoin… Puis nous passons à 1788, puis à l’histoire de Jens et Thorsteinn entre 1718 et 1740 ; à l’affaire Sunnefa entre 1739-1743 etc.

Les narrateurs se multiplient sans que le lecteur en soit averti, ce qui, dans mon cas, a un peu perturbé ma lecture, d’autant que les personnages de ce roman sont très nombreux, avec des noms qui semblent compliqués pour un francophone (pourtant, j’ai l’habitude mais là, je dois avouer que parfois, j’étais perdue !) : Sunnefa Jonsdottir, Jon (son frère), Hans Wium, Einar Eyjolfsson, Solrun Halfidadottir, Pétur Thorsteinsson, Jens, Gudny, Gudrun, Sigudur, Gunnar Thordarson etc…

Reste l’écriture magistrale de Dominic Cooper qui fait que ce livre vaut quand même le détour, même si sa lecture n’est pas toujours de tout repos. Et écrire un billet sur ce roman non plus, parce qu’il est foisonnant !

Avis aux amateurs de nature rude et sauvage, de coins perdus : ils ne seront pas déçus.

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

L’indésirable

51gUUmQZIHL._SX306_BO1,204,203,200_

Traduit par Alain Defossé

Le docteur Faraday, médecin d’une quarantaine d’années, issu d’un milieu modeste, est appelé par hasard dans le manoir où sa mère était domestique quand il était enfant, trente ans auparavant, et où avait lieu tous les ans la fête de l’Empire qui réunissait toute la noblesse du coin . Mais Hundreds Hall n’a plus la splendeur d’autrefois. C’est à présent une demeure délabrée où survit la famille Ayres, ou du moins ce qu’il en reste : la mère et ses deux enfants d’une vingtaine d’années, Caroline et Roderick, ainsi que le vieux chien Gyp. D’emblée, Betty, 14 ans, la toute jeune domestique de la maison pour qui il a été appelé, informe le docteur Faraday que la maison a quelque chose d’étrange qui l’effraie, qu’elle est froide, lugubre, malsaine. Hundreds Hall a en effet vu mourir son propriétaire et avant lui la première fille de la famille, Suzann. Roderick, le fils, est revenu de la guerre avec des troubles mentaux et une jambe abîmée que le docteur Faraday tentera de soigner. Faraday, dont on ne connaitra jamais le prénom, va ainsi lier des liens d’amitiés avec les Ayres et être le témoin impuissant de leur lente agonie. Au fur et à mesure, des phénomènes étranges se multiplient, mettant à mal le cartésianisme de la famille, sans pour autant ébranler celui de Faraday. Le lecteur oscille sans cesse entre ce que pensent les habitants du manoir (il est hanté) et l’avis du médecin qui est tout autre (même si à la fin il hésite dans son dernier verdict).

Sarah Waters, dans ce roman, flirte avec le fantastique sans toutefois franchir vraiment le pas. Elle laisse le lecteur se faire un avis sur la question. Elle reprend les codes du roman gothique victorien pour raconter l’agonie d’une famille noble incapable de s’adapter au monde moderne et hantée par ses fantômes jusqu’à la folie. Les personnages sont tous très attachants. Caroline est une jeune femme très forte et indépendante, mais également très attachée à son rang social : elle refusera le mariage avec Faraday, le modeste médecin de campagne, lui reprochant justement de se voir déjà comme châtelain. Ce qui n’est pas faux. Car on finit par se demander si Faraday est amoureux de Caroline ou de la maison, et si ce n’est pas plus ce qu’il deviendrait en épousant Caroline qui l’intéresse (ses « relances » auprès de Caroline finissent par agacer).

Sarah Waters parvient à merveille à envoûter le lecteur. Cependant, je suis un peu restée sur ma faim parce que j’ai le sentiment qu’elle abandonne parfois un peu trop facilement les pistes qu’elle ouvre (pourquoi le chien a mordu l’enfant ?, pourquoi y avait-il des traces de brûlures au plafond ?) et parfois on frôle l’invraisemblable (l’attitude des bonnes qui vont jusqu’à préparer la gamelle du chien et se demandent où il est passé avant de se rappeler qu’il a été euthanasié!). Un livre qui emprunte certes à Poe, Hoffmann, Brontë et tant d’autres, (j’ai pensé au Horla de Maupassant, pour le personnage de Roderick), mais sans vraiment aller plus loin dans la réflexion. Ce roman est donc une lecture plaisir, avec parfois quelques longueurs (je me suis parfois un peu ennuyée trouvant que le récit piétinait). On passe toutefois un bon moment et ça se lit très facilement, malgré les 700 pages.

Publié dans Littérature anglaise | Tagué , , | 2 commentaires

De pierre et de cendre

51d3GkHmoRL__SS500_

4e de couverture : « Lorsque, par un soir brumeux de 1898, le jeune peintre Samuel Godwin pousse les grilles de la propriété de Fourwinds, il est immédiatement envoûté. Engagé pour enseigner l’art aux deux filles de Mr Farrow, il ignore encore que cette luxueuse demeure sera pour lui le décor de ses plus belles peintures. Intrigué par la personnalité ombrageuse du maître des lieux, séduit par les jeunes demoiselles, Marianne et Juliana, désarçonné par Charlotte Agnew, leur gouvernante et dame de compagnie, Samuel comprend vite que le raffinement du décor et des êtres dissimule de bien sombres mystères et que le vent souffle pour mieux balayer les cendres d’un passé scandaleux… « 

Je pensais que ce roman me raconterait le travail du peintre (un peu comme La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier). Que nenni ! Il s’agit là du poids des secrets à la sauce « so british » – ce qui m’a un peu changé du poids des secrets à la sauce japonaise! L’action se déroule dans le Sussex (Angleterre), dans le somptueux mais mystérieux et isolé domaine de Fourwinds – là, le nom m’a fait pensé aux Hauts de Hurlevent et j’ai eu un tout petit peu peur d’un pâle remake !

Les personnages sont complexes et aux premiers abords assez étranges. On se demande ce que c’est que cette histoire de vent d’Ouest qu’il faut à tout prix retrouver. Pourquoi Marianne a pareilles sautes d’humeur, un comportement si changeant. Pourquoi sa soeur est souffrante.  De sucroit le récit alterne deux voix narratives : celle du peintre Samuel Godwin et celle de la gouvernante Charlotte Agnew, l’ensemble étant au fil du récit entrecoupé de lettres adressées aux différents personnages. Un habile moyen de brouiller les pistes et tenir le lecteur en haleine.

Le personnage de Charlotte Agnew m’a profondément agacé pendant une bonne partie du récit : la parfaite vieille fille, coincée, savant tout mieux que les autres etc, jalouse en plus. Juliana semble être effacée, maniuplable par les autres. Et le pauvre Samuel, le benêt de service. Quant au « patriarche », Mr Farrow, il vit retranché dans son bureau à faire on ne sait quoi, très peu présent auprès des autres personnages. Mais quand il parle, on lui donnerait le bon Dieu sans confession (un peu trop, d’ailleurs). C’est Marianne qui semble mener la danse, avec sa beauté du diable, fascinant Samuel,  qui ne sait plus quel comportement adopter, refoulant ses instincts. Tout semble tracé d’avance. Ce qui m’a fait craindre le pire pendant un petit moment…

Cependant, au fur et à mesure, la belle apparence des choses s’efface pour laisser place à bien des surprises! Le lecteur va de stupéfaction en stupéfaction. Il est contraint de revoir son jugement sur les personnages. Le pire n’était pas là où je m’y attendais (à savoir des personnages surfaits, bien au contraire).

J’ai passé un très agréable moment avec ce premier roman que je lis de Linda Newbery. J’ai aimé l’idée originale de s’inspirer de l’histoire d’un peintre « mineur »,celle du peintre Samuel James Godwin (1878-1941) pour en faire un roman gothico-baroque digne de ceux du XIXe siècle britannique. C’est un bel hommage. L’irruption de l’Histoire, avec la Première Guerre mondiale dans les dernières pages du roman entérine l’idée que tout n’est jamais écrit d’avance. Les personnages prennent une voie différente de celle à laquelle on les prédestinait.

Linda Newbery évoque avec brio la condition féminine de la fin du XIXe-début du XXe siècle. En sus, un brin d’humour avec la vengeance – surprenante – du scuplteur Gideon Waring (seuls ceux qui ont déjà lu le livre savent de quoi je parle…).

Publié dans Littérature anglaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Une si longue histoire

41oZFysmlqL

4e de couverture :  » Sur les conseils de son fils imprimeur, July entreprend le récit de sa vie en Jamaïque, en ce XIXe siècle qui voit l’abolition de l’esclavage. Née sur la plantation Amity, elle est la fille d’une « esclave des champs », travaillant dans les pièces de canne à sucre. La soeur du planteur, Caroline Mortimer, tout juste débarquée d’Angleterre, s’attendrit sur cette petite négresse et l’arrache à sa mère… »

J’écourte le résumé du livre de l’éditeur qui raconte toute l’histoire ! Ce qui est sur, c’est que ce roman ne conte pas une histoire d’amour mais une abomination ! Il décrit avec brio tout l’infamie d’une époque, pas si lointaine (l’histoire se situe au début du XIXe siècle) où certains êtres humains avaient la certitude que d’autres êtres humains étaient inférieurs à eux. Cette histoire se déroule sur une île des Antilles qui appartenait alors à l’Angleterre (par ailleurs si puritaine et bien pensante…) mais elle aurait parfaitement pu se dérouler sur une île des Antilles françaises.

Pourtant, July, aujourd’hui vieille femme, raconte l’Enfer de la plantation d’Amity sans pathos et même avec beaucoup d’humour parfois. Elle était une jeune femme au caractère bien trempé mais également très intelligente, sachant parfois manipuler sa « missus« , Caroline Mortimer. Elle a parfaitement compris que celle-ci a peur des Noirs mais surtout qu’elle est infiniment seule (parce que son frère meurt rapidement dans l’histoire) et qu’elle a besoin de ses esclaves pour faire tourner sa plantation. Donc, contrairement aux apparences, c’est également parfois l’esclave qui a pouvoir sur sa maîtresse.

Cette femme blanche n’étant même pas capable de comprendre pourquoi son esclave domestique s’appelle July (« juillet », en anglais), elle va jusqu’à la rebaptiser Marguerite… Cela montre toute la bêtise de Caroline, mais aussi toute sa méchanceté profonde : tout au long du roman, July raconte comment celle-ci n’aura de cesse de la démunir de tout, mais vraiment de tout (je ne peux pas révéler le pire du pire qu’elle parvient à faire), en partie pour se venger. Parce que July est aussi une très belle femme, ce qui n’échappera pas à l’oeil d’un certain Robert Goodwin, Anglais, fils de pasteur, tiraillé entre ses principes anglicans, le « qu’en dira-t-on » et son désir pour July… Seulement voilà, sur l’île la tentation, où tout le monde essaie de manipuler tout le monde, ça donne parfois des choses étranges.

Andrea Levy n’épargne pas le racisme entre esclaves, celui où les quaterons (métis de métis), se sentent supérieurs aux Noirs. Un piège dans lequel tombera July, qui clame haut et fort qu’elle n’est pas noire mais mulâtre (ce qui est vrai car elle née d’un père écossais, même si elle est noire comme l’ébène). L’écrivain soulève ici la quête d’identité des personnages esclaves, qui, pour se sentir exister, en viennent parfois à être aussi odieux que leurs maîtres. Mais elle y dénonce surtout avec brio toute l’hypocrisie d’une société anglaise, bien-pensante, qui en proclamant l’abolition de l’esclavage, fera tout pour mettre les anciens esclaves à terre.

On adore July dans ce livre, qui interpelle constamment le lecteur en expliquant qu’elle n’est pas douée pour raconter sa vie. Mais aussi, parce que c’est un personnage pudique, elle réécrit certains passages, édulcore la réalité parce qu’elle a honte, ce qui met son fils Thomas, imprimeur, en rage. Donc July reprend sa plume pour rétablir la vérité.

Le roman se termine par la voix de Thomas, qui lance au lecteur un avis de recherche sur sa demi-soeur Emily,  tout en le mettant cependant en garde : « En Angleterre, la découverte de sang noir dans une famille n’est pas toujours accueillie avec joie. »

Un roman à mettre entre certaines mains, de toute urgence.

Publié dans Littérature anglaise | Tagué , , | Laisser un commentaire