Si j’étais un rêve…

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Lina et Nour sont toutes les deux élèves de seconde. Lina vit Sofia, en Bulgarie et Nour à Saint-Denis, dans le « 9-3 ». C’est parce que leur prof de français respectif ont décidé d’établir une correspondance postale entre les élèves de ces deux pays qu’elles vont se découvrir. A l’heure d’Internet c’est une chose totalement incongrue pour ces deux jeunes filles.
Au fil de la correspondance, les identités se révèlent, entre autres par le jeu des portraits chinois initié par Nour. Répondre à trois questions et en inventer trois autres.
Lina est fille de diplomate et va à l’école française de Sofia. La France ne lui est pas un pays inconnu car elle y a de la famille. Nour possède aussi une double culture : marocaine et française. Evidement leur correspondance les amène à évoquer leur quotidien dans leur pays respectif. Les jeunes filles se lient d’amitié au point de briser la règle de la correspondance postale quand l’une a besoin d’un soutien moral urgent ou que l’inquiétude ronge l’autre. C’est donc par moment le mail qui prend le relais, dans cette narration épistolaire.
Pourtant, quand il s’agit de se rencontrer, Nour devient soudain distante et blessante envers Lina… Une attitude qui désarçonne le lecteur autant que Lina. Un revers de situation qui intrigue. Une piste en particulier vient à l’esprit. Pourtant bien loin de la réalité ! A vous de lire si vous voulez savoir mais j’avoue que ça m’a vraiment surprise !

Lina est une jeune fille engagée et préoccupée par la situation politico-économique de la Bulgarie, par le racisme, la corruption, la montée de l’extrême droite. Elle prendra part une manifestation géante. Grâce à elle, on apprend pas mal de choses sur son pays, notamment sur le racisme envers les Tziganes et les Roms. Néanmoins, si le personnage est attachant, je l’ai trouvé trop sérieuse pour être totalement crédible pour ses quinze ans, à vrai dire. Même les propos blessants de Nour à son égard n’arrive pas à avoir le dessus. Elle est vraiment invicible et super costaud cette ado !

Nour, quant à elle, paraît plus fragile. La situation de la France, elle s’en fiche, davantage fascinée pour le Body Art et comment persuader ses parents de l’autoriser à se tatouer, se scarifier, se percer. Une obsession qui alerte Lina : elle y voit un mal-être chez son amie. L’autre passion de Nour c’est de faire des rimes et d’écouter Grand Corps Malade. Oui, encore une histoire de corps…

Les histoires d’amour et de garçons ne sont pas absentes de leur correspondance. Du moins chez Lina qui en pince pour Ilya.

Aux manifs en Bulgarie font échos les manifs homophobes en France. Mais Lina explique à Nour que « même si en France il y a des hystériques extrêmistes qui font du buzz en manifestant contre le mariage pour tous, c’est loin d’être aussi fermé qu’ici ».
Nour est surprise de la situation de la Bulgarie : « Tu sais, Lina, tu ne m’ennuies pas du tout avec la politique, même si ce n’est pas vraiment ma came. J’ignorais que la situation était si difficile dans ton pays : en France, les media ne s’intéressent qu’à ce qui fait du buzz : les guerres, le sexe, les scandales people (gros titres sur Internet hier), la sécurité et les jeunes des « quartiers ». Habitant à Saint-Denis, d’une certaine façon j’en fais partie. L’avantage d’être de l’autre côté du périph, c’est que tu fais éclater tous les préjugés. »

L’identité, l’intolérance, la corruption, les préjugés, le droit à la différence et le mensonge sont au coeur ce roman. Une écriture qui mêle le parler ado et la poésie des rimes de Nour. Un roman épistolaire, qui vire parfois à l’échange épistolaire version 2.0 où le texte s’émaille de smileys, il fallait y penser !

J’ai bien aimé ce livre qui révèle son originalité à la fin. MAIS en même temps un peu trop à la fin justement ! Et avec le portrait de Lina, jeune fille un peu trop sérieuse pour être totalement crédible à mon goût, c’est peut-être le reproche que je ferai à ce roman pour ados : j’ai bien peur que les gamins n’arrivent pas à accrocher jusqu’au bout à cette histoire d’amitié.
Passé l’effet de surprise, on a un peu aussi l’impression d’être passé à côté de l’essentiel pendant la lecture. C’est un roman savamment construit, où les indices disséminés dans la narration force le lecteur à repenser les propos de Nour à la fin. C’est à la fois la force et la faiblesse de ce livre.

Un grand merci aux Editions Flammarion pour cet envoi.

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Les affreusement sombres histoires de Sinistreville t 2. Les jumeaux traîne-malheur:

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Traduction : Anaïs Goacolou

Voici le deuxième volume de la vie de cette étrange cité sortie de l’imagination débordante de Christopher William Hill.

Je m’attendais à retrouver Hubert mais en fait il s’agit d’une histoire toute autre, indépendante de celle du premier tome.
Greta et Feliks Mortenberg sont jumeaux. Affligés depuis leur plus jeune âge du surnom de « Jumeaux Traîne-Malheur », abandonnés par leurs parents, ils vivent avec leur tante, Gisela et son perroquet Karloff, dans un quartier mal-famé de Sinistreville. Grâce à elle, ils ont échappé à la Maison de redressement pour enfants inadaptés. Gisela est une personne généreuse qui gâte ses neveux par mille gourmandises. Mais le jour de leur onzième anniversaire, l’argent se mit à manquer et tante Gisela décide de louer la chambre d’amis de son logement. Débarque un sinistre locataire, avec « une tête étonnamment ronde et [un] visage d’une pâleur de cire peu commune chez les créatures vivantes ».  Une tête de tueur, en déduisent les jumeaux. Il s’appelle d’ailleurs Morbide…

Le roman commence de manière trépidante. Dès les premières pages, on assiste à un coup de théâtre après avoir eu une peur innommable ! Christopher William Hill nous embarque dans le monde du cinéma, façon Sinistreville : le film d’horreur. Ou plutôt une forme de parodie de celui-ci. On rencontre personnages aux allures glauques : les acteurs qui tournent pour les films diffusés au Cinéma du Sang. Ca sent les canines vampiriques ! Le lecteur comme les jumeaux en ont pour leur grade de frayeur ! Des films qui aiguisent la curiosité. Et du cinéma à la littérature, il n’y a qu’un pas pour s’évader, surtout quand on a compris le plaisir de se faire peur…
Les jumeaux se rendent à la Librairie impériale de Sinistreville et rencontrent Olga Van Veenen, un écrivain en mal d’inspiration, après son dernier roman, La tête de mort qui riait. Une femme très avenante qui saura séduire Greta par ses romans, prendra les jumeaux sous son aile, leur offrant tout ce qu’ils n’ont jamais eu, grâce à sa fortune.

J’ai beaucoup aimé le début du roman, dont les coups de théâtre successifs surprennent vraiment. On finit (presque) par être convaincu de la bonté réelle d’Olga, même si Feliks ne cesse de douter de sa sincérité, même si, au détour d’une conversation, elle sème elle-même le doute : « L’apparence est presque toujours trompeuse. (…) Tenez, lisez n’importe lequel de mes livres. Les méchants commencent toujours par se montrer charmants. » On tourne les pages et Olga est toujours aussi prévenante, sauvant les jumeaux de mille dangers. Elle les gave de gourmandises. Je me suis même demandé à un moment si elle n’avait pas décidé de les manger une fois engraissés !! Et puis, ce qui devait arriver arrive….

Et le texte continue de courir, de rebondissement en rebondissement.  Mais trop ! On finit par quitter la trame narrative, lassé parce que ça part dans tous les sens. J’ai failli abandonner ma lecture.
C’est vraiment dommage ! J’ai été d’autant plus déçue que j’avais vraiment beaucoup aimé le premier volume qui m’avait fait sourire par son humour caustique. L’horreur devient réelle pour les personnages. La fausse gentille est une vraie méchante. Un peu trop de vrai-faux et de faux-vrai. De beaux méchants et de laids gentils, de faux et de vrais morts, de disparus et de revenants. La canine vampirique s’émousse et l’humour noir avec.

Je fais néanmoins confiance à Christopher William Hill pour un troisième tome aussi réussi que le premier !

Merci à Flammarion Jeunesse !

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Les affreusement sombres histoires de Sinistreville t. 1 : Hubert très très méchant

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 Traduction : Anaïs Goacolou

4e de couverture : « Hubert naquit un mardi, dans une famille respectable qui résidait dans un recoin obscur de Sinistreville. Ses parents, qui rêvaient d’élever un génie, accueillirent avec une allégresse non dissimulée la tête aux dimensions impressionnantes et le front haut du petit Hubert.
– Je ne serais pas surpris que votre garçon devienne l’habitant le plus intelligent de notre grande ville, annonça le docteur.
Ainsi commença son histoire…
Hubert ne tarda en effet pas à le montrer d’une manière tout à fait singulière…« 

Les parents d’Hubert ne peuvent pas se douter que la naissance de leur enfant va bouleverser durablement la vie de Sinistreville, où la devise est apparemment : « Fais aux autres ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse ». Tout un programme !

Hubert est un génie, très très doué, tellement doué qu’il intègre l’institut très sélect où son père a lui-même échoué quand il avait son âge. Seulement, dans cet institut, il ne fait pas bon être trop intelligent et encore moins être gentil. Ca fait de l’ombre aux méchants !
Pourtant, M. Lomm, le seul professeur – secrètement- humain de cette école, pense que « seuls Hubert et Isabella ser[o]nt sélectionnés pour passer l’examen du violon de Constantin (…) persuadé qu’eux seuls [o]nt une chance de se sortir du piège de l’examen », qui consiste en une série de questions d’une difficulté tellement machiavélique que la plupart des candidats ne parviennent pas à répondre à une seule question !
Et le professeur Lom a raison : Hubert décroche le score maximum. Ce qui déclenche non l’enthousiasme du directeur mais sa fureur et le début des malheurs d’Hubert et de sa famille. Des malheurs qui déclencheront une avalanche de meurtres par trop plein d’injustices : le Saigneur de Sinistreville se met à sévir !

Accrochez-vous à votre oreiller si vous lisez ce roman pour ados qui n’ont plus peur du noir parce que, je vous préviens : ça décoiffe !
L’univers dans lequel évolue Hubert est d’une injustice crasse. Les méchants sont vraiment de sales individus, des terroristes, qui écrasent tout ce qu’ils peuvent sans le moindre remord. Mais ce sont des faibles qui ne savent pas résister. Et qui, ça va sans dire, ne sont pas du tout intelligent.

Pourtant, ce roman réunit l’exploit d’être affreusement sinistre et follement drôle ! Inquiétant aussi. On se demande si Hubert n’a finalement pas perdu la boule à son tour pour être devenu aussi cruel que ses tortionnaires.
Néanmoins, on ne peut pas lui donner tort non plus dans cet univers où le mot « justice » semble être banni. Il va tenter de l’établir, la justice, à sa façon bien particulière et pour le moins expéditive !
Si par hasard vous croisez une usine à strudels abandonnée, méfiez-vous (moment particulièrement savoureux ce cette lecture !), faites aussi attention aux cordes de violon qui trainent…

Hubert devient vraiment très très méchant, semant la psychose à Sinistreville.  Hubert, la terreur géniale qui n’a pourtant que douze ans,  apprendra à ses dépends que la vengeance ne fait pas tout. Que l’amour rend aveugle et la jalousie aussi…

La fin du roman donne immédiatement envie de savoir ce qui va se passer dans le tome 2 (parution en juin) et ça promet son pesant de cacahuètes !

Un humour grinçant et décapant, à prendre au 150e degré, qui fait vraiment sourire.
Un petit pavé de 300 pages cruellement drôles. Un univers gothique allemand d’un écrivain britannique que je découvre.
Si ça vous dit de  visiter un jour Sinistreville, il y a un plan en début d’ouvrage. Attention de ne pas vous perdre !

Merci aux Editions Flammarion pour cet envoi décoiffant !

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Nom de code Komiko – T. 3 : Quartier sous haute surveillance

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A travers les mots de Marie Hermet

 Nous sommes à la fin de l’année scolaire : Lian, Matt, et Mingmei s’apprêtent à affronter les examens et à réfléchir à leur orientation. Lian se demande si finalement, elle est vraiment faite pour intégrer le prestigieux conservatoire de Hong Kong pour lequel elle a pourtant postulé. Elle se verrait plutôt dans le droit international avec une spécialisation sur la défense des droits de l’Homme. Mingmei, toujours aussi « girly », n’a que deux obsessions : le shopping et savoir ce que pense d’elle le beau Matt. Mais elle ignore que ses deux meilleurs amis oeuvrent dans l’ombre, sur une sorte de plateforme web ultra-secrète, contre la corruption et l’injustice qui gangrènent la société. Néanmoins, c’est traînée de force dans une séance de shopping interminable que Lian se retrouve nez à nez avec une camarade de classe en train de faire la manche. Lian va ainsi découvrir la vie difficile de Jade. Autant dire que la semaine de révision avant les examens va être perturbée par cette découverte et que les jeunes hackers vont aller de surprise en surprise.

Après l’exploitation humaine dans toutes ses dimensions  (« Dans la nuit de Hong Kong ») et le trafic d’animaux pour produire de faux médicaments (« Le poison du tigre »), le groupe « 04/06 » est confronté à la spéculation immobilière qui met en péril un quartier populaire de Hong Kong, où les habitants sont sommés de quitter leur logement sous la menace, pas assez indemnisés pour être relogés dans des conditions décentes. Lian découvre un autre monde, juste à une encablure de chez elle : celui de la misère, où les gens vivent entassés à dix dans une pièce sans aucune intimité.
Les ados vont également affronter la langue de bois d’une jeune politicienne charismatique dont le parti dit pourtant vouloir défendre les petites gens. Mais tout est très compliqué à Hong Kong : mieux vaut se méfier. Les mafia locale n’est jamais très loin, jusque dans les conseillers en import-export. Les gens se suicident, c’est très étrange… D’ailleurs, spéculation immobilière et mafia vont ensemble… Alors, même si on a été une rebelle en culotte courte avant d’être politicienne (en ayant organisé une manif contre les menus de la catine), rien n’est simple, ni évident. Lian découvrira qu’entre ce qu’on voudrait faire et ce qu’on peut faire, il y a parfois un gouffre, presque insurmontable. Mais presque, seulement.

Toujours aussi divertissante et addictive cette série ! On a du mal à décrocher avant d’avoir terminé l’histoire. Les jeunes hackers sont aussi des gamins, ce qui donne quelques moments cocasses, surtout quelque fils à retordre à Lian, obligée d’inventer une histoire de rendez-vous galant rocambolesque à cause de son incorrigible copine-commère-obsédée, Mingmei,  avant de se prendre les pieds dans les fils de son histoire imaginaire, qui lui vaudra un drame, au milieu de son enquête très sérieuse sur l’injustice sociale dans une société chinoise corrompue. Le duo Mingmei, (ado jusqu’au bout de son nombril)-Lian (altruiste jusqu’à mettre sa vie en péril)  est comique. Elles sont comme chien et chat mais elles s’entendent aussi comme larrons en foire quand il faut se réconforter l’une l’autre.

Après avoir refermé ce tome 3 je suis allée voir s’il y avait un tome 4 chez Working Partners. Ben non ! La petite bande d’ados et les vadrouilles dans Hong Kong, c’est terminé. Ca va me manquer !

Cette série, dont le premier volume a été primé par le Prix des Mordus du Polar 204, a l’avantage de sensibiliser les jeunes lecteurs aux problèmes du monde contemporain. Les vampires existent, mais pas forcément comme on les imagine ! Les couvertures de la série sont magnifiques.
Alors, c’est avec un petit pincement au coeur que je referme ce dernier livre.
Je ne peux que vous inviter à commencer la lecture de cette série si ce n’est pas déjà fait !

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Nom de code Komiko – T.2 : Le poison du tigre

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A travers les mots de Marie Hermet

 Je vous entraîne de nouveau à Hong Kong, retrouver Lian et Matt, alias Komiko et Torch, les bloggeurs/hackers du groupe 04/06 qui poursuivent sans relâche ceux qui assombrissent le monde contemporain.

Le roman débute par une mauvaise nouvelle : l’assassinat de Crowbar, alias Eva dans la vie, le troisième « mousquetaire » du groupe de hackers, au moment même où Matt s’apprête à rejoindre sa patrie du hamburger. Le leitmotiv du récit sera de savoir pourquoi Eva a été assassinée par un type qui est un faux policier… Le départ du jeune Américain au « sourire dentifrice » est donc remis à plus tard. Nos deux amis se lancent dans une nouvelle enquête, pendant que Mingmeii s’extasie devant le dernier chanteur « industriel » de Cantopop à la mode, Jason Cho, au look bad-boy-tablettes-de-chocolat-cheveux-de-rêve.

Une nouvelle aventure au rythme trépidant, qui dévoile un peu plus les jeunes héros, à la personnalité complexe. Lian se trouve prise au piège de ses propres contradictions d’adolescente chinoise : impossible d’accepter moralement que Matt dorme sous le même toit qu’elle alors que pourtant il l’attire. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses :

« Lian ferma les yeux une seconde et se frotta vigoureusement les paupières avant des les ouvrir. Rien n’avait changé : Matt était toujours là devant elle, assis à la table devant son bol. Il ne portait qu’un vieux tee-shirt des Colorado Rockies et un caleçon imprimé.
Lian se sentit rougir et détourna la tête. Elle entra dans la pièce en marchant en crabe et en rasant le mur opposé, comme si elle faisait le tour d’un champ de mines. »

Lian et Matt sont un peu comme chien et chat dans cette nouvelle aventure, d’autant que Lian est têtue voire bornée, imprudente et qu’elle cumule les bourdes au risque de mettre sa vie en péril un peu trop facilement. Ce qui n’arrange rien c’est que Matt se met par moment à bouder.

N’empêche, le cadavre d’une femme dont le taux de calcium est beaucoup trop élevé mettra leurs querelles d’adolescents en sourdine, surtout quand il est question du pouvoir de l’os de tigre ou plus précisément du commerce fait autour d’un pseudo-médicament de la médecine traditionnelle chinoise, interdit depuis le XXe siècle mais dont le marché noir est florissant. Mais, interroge Lian, est-ce que ce que vendent les grands laboratoires américains est parfaitement sain pour tout le monde ?

Un deuxième volume aussi palpitant que le premier, avec en toile de fond une Chine oscillant entre tradition et modernité, le trafic animal, les médicaments frelatés et la tromperie des vendeurs de rêve (poudre de perlimpin-pimpin, chanteurs industriels « Photoshopés…). Les personnages sont toujours aussi attachants parce que loin d’être lisses et parfaits. Le tout est enrobé d’une bonne dose de technologie moderne.

Un page turner que j’ai eu du mal à lâcher, d’autant que le dépaysement chinois est réel grâce à  une bonne recherche documentaire sur Hong Kong et non pas une Chine de pacotille en toile de fond.

Un ensemble qui plaira sûrement aux jeunes lecteurs, mais pas seulement : moi ça m’a beaucoup plu !  Et même la couverture (encore une fois) !

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Nom de code Komiko T.1 : Dans la nuit de Hong Kong

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A travers les mots de Marie Hermet

Lian est une jeune chinoise vivant à Hong Kong. Elle a seize ans et mène une double vie : lycéenne le jour ; hacker activiste dès qu’elle n’est pas à l’école, au sein du groupe « 04/06 », qui communique via une sorte de forum ultra-secret où le mot d’ordre est de ne rien qui puisse vous identifier. Lian devient donc Komiko quand elle se connecte.

Lian est issue d’un milieu aisé et fille d’un homme d’affaires. Sa meilleure amie est une fashion victime dont le passe-temps favori est évidemment de faire du shopping – et de regarder les garçons. Le cadavre d’une jeune fille retrouvé sur une plage et l’arrivée au lycée d’un jeune Américain au « sourire dentifrice » , fils d’un puissant et connu groupe de prêt à porter, Harrison Company, va bouleverser la vie des deux lycéennes et amener Lian à risquer sa vie.

J’ai découvert l’existence de « Nom de Code : Komiko » en assistant au débat autour de la pré-sélection 2014 du Prix Les Mordus du Polar, organisé par les bibliothécaires de la Ville de Paris au Salon du livre de Paris cette même année.

Lian, la jeune héroïne mène une lutte contre la corruption qui gangrène son pays et menace la vie de sa propre famille. Elle découvre avec effroi que la fameuse ligne de T.shirts et de jeans so fashion auprès des ados, estampillé d’un « H » bien reconnaissable, est en fait un produit monstrueux : exploitation de la main d’oeuvre, non respect du droit du travail, impact sur la santé des ouvriers en raison produits utilisés sans respecter les normes, impact sur l’environnement, délocalisation du groupe américain en Chine où la main d’oeuvre est moins chère pour faire toujours plus de profit. Rien ne fait peur au PDG de la société.

« Un terme qui lui était familier revenait souvent : formaldéhyde ; elle savait qu’on l’utilisait pour embaumer les cadavres, mais pourquoi donc fallait-il qu’on en trouve aussi sur les jeans portés par les vivants ? (…) il servait à empêcher la moisissure de se former pendant le transport et le stockage. Les effets de la molécule étaient effrayants ; outre son potentiel cancérigène, elle provoquait à peu près tout, depuis les irritations des yeux jusqu’à des problèmes respiratoires qui pouvaient être mortels. »

Lian, alias Komiko n’est pas au bout de ses peines ni de ses surprises : derrière son écran et son pseudonyme, elle se croit à l’abri de tout et irepérable. Pourtant, malgré son habileté et son ingéniosité, elle aura bien des déconvenues. Les dangers d’internet est aussi un point fort de ce polar technologique. On n’en rate pas une miette et surtout il y a une belle surprise, un coup de théâtre inattendu qui bouscule les idées reçues.

Une lecture très divertissante, au suspense haletant, un page turner intelligent par les thèmes abordés. Une sensibilisation des jeunes au phénomène de la mondialisation et ses conséquences, aux dérives du capitalisme outrancier, aux dangers de la Toile et dans une certaine mesure, au délit de faciès.

Bref, j’ai adoré.

Quant à savoir qui est Naomi Paul : là aussi, il y a une subtilité puisqu’il s’agit de plusieurs personnes. Ecrire un polar à plusieurs mains n’est pas chose aisée, on peut donc souligner la performance et celle de la traduction (impossible de trouver qui a écrit quoi) !

Enfin, cela a son importance aussi – même si la couverture ne fait pas un livre, elle y contribue : illustration très sympa !

Les aventures de Lian ont de quoi séduire et elles continuent d’ailleurs dans deux autres volumes.

Prix des Mordus du Polar 2014

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L’été des pas perdus

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4e de couverture : « Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelques temps, il change, il oublie les choses : pour lui, passé et présent se confondent.
Le temps d’un été Madeleine et lui vont cheminer ensemble. »

Madeleine comprend vite que Gramps a un souci qui n’est pas dû à son grand âge, mais quelque chose de bien plus grave. Des pertes de mémoire, des absences comme s’il était ailleurs.
Seule avec lui la plupart du temps, elle l’emmène chez le médecin gérontologue dont il a déjà oublié le rendez-vous. Dans la salle de ce spécialiste (qui n’est pas celui des champignons !), elle observe et s’interroge : « il n’y a que des vieux, certains bien, d’autres miteux, piteux, malheureux. Qu’est-ce qu’il fait, mon grand-père pimpant, brillant, au milieu de ces croûlants ? »
Gramps prend la mouche, furieux et malheureux de croire que le médecin le prend pour un vieux fou, refusant de regarder en face la maladie qui lui grignote la mémoire : Alzheimer. Du moins on le devine, même si son nom n’est jamais cité.
Alors, parce qu‘ »il raconte, toujours il raconte, les mêmes histoires de lui quand il était petit, comme si c’était hier »,  (…) son village, les vaches, la mer, le bocage et la mer. Et sa mère, son père, sa chère grande soeur, ses deux petits frères (…). Les Allemands, méchants. Le mystère, la peur, les alertes (…), les bateaux, (…) les avions fous, les bombes, les grands soldats. La joie. », et qu’il rêve de retourner là-bas, en Normandie,  de l’y emmener pour lui faire découvrir les lieux de son enfance, Madeleine décide de réaliser ce rêve et de l’accompagner.  Nous voilà partis avec les deux personnages pour un road-trip normand jusqu’à Utah Beach.

La maladie se manifeste par intermittence, tout au long du récit où le passé et le présent finissent par se confondre. Mais peu importe « parce qu’on reste toute sa vie le petit qu’on a été.
Et qu’on a une maison où on a envie de rentrer : celle où on a grandi. Même si elle a disparu. Même si on n’en a pas eu. »

L’occasion aussi pour la petite Madeleine d’une belle leçon d’Histoire à travers celle de son grand-père, qui lui fait vivre le Débarquement comme si elle y était. La révélation aussi d’un mystère familial : la raison la plus probable de la disparition de l’autre Madeleine, la soeur de son grand-père…

Un roman sensible et magnifiquement écrit. Rachel Hausfater possède une vraie plume littéraire, très poétique, parsemée de rimes, mais pourtant simple, accrocheuse et accessible aux jeunes lecteurs.
Un récit où le personnage du grand-père n’est pas diminué par sa maladie, mais au contraire magnifié par son voyage pour retrouver le petit garçon qu’il a toujours été.

Une belle lecture !

Merci à Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce livre !

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La face cachée de Margo

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A travers les mots de Catherine Gibert

Margo et Quentin habitent à Orlando, en Floride. Ils sont voisins depuis qu’ils sont enfants, fréquentent le même lycée, et c’est leur dernière année avant l’université. Leur premier temps fort a été la découverte d’un cadavre quand ils avaient neuf ans. Un moment qui est a marqué Quentin à vie parce qu’il a eu la trouille de sa vie. Margo a abordé ce tragique événement d’une manière beaucoup plus étrange. Margo et Quentin ont maintenant seize ans. Quentin en pince pour Margot qui est devenue un mythe à ses yeux : le mythe « Mar-go-Roth-Spie-gel-man ». Mais si Margo aime bien Quentin, ça a l’air de s’arrêter là. Elle avait pour petit ami quelqu’un d’autre, mais pas de chance, il vient de la larguer. Furieuse, Margo décide de représailles et elle demande à Quentin de l’aider. Bonne pomme et fascinée par cette fille, il accepte. Une nuit d’aventure mémorable à travers la ville. D’autant plus mémorable que le lendemain, Margo disparaît. Quentin et ses meilleurs potes vont se lancer à sa recherche.

Voilà ma lecture blockbuster de l’année. Parce que je suis curieuse de savoir pourquoi John Green a tant de succès, qu’est-ce qui attire tant les ados dans ses romans? J’avais bien aimé Nos étoiles contraires (à un bémol près). Mais autant vous le dire tout de suite : je me suis plutôt ennuyée avec celui-ci. La vengeance de Margo est drôle et très imaginative (je me demande où l’auteur a été péché des idées pareilles!). Mais ensuite, le mystère « Margo » a fini par me peser. Ca tourne en rond pendant pas mal de pages avant que Quentin trouve un indice. J’ai trouvé l’héroïne assez détestable par son égoïsme et son estime de soi surdimensionnée. Quentin est trop benêt à mes yeux. Ses amis finissent par lui dire, d’ailleurs, que Margo ne mérite peut-être pas toute l’énergie qu’il investit pour la retrouver, ni les risques qu’il prend.
Seulement, Quentin idéalise Margo, il finit par s’en rendre compte et, au-delà de l’envie de la retrouver, il cherchera à savoir qui elle est vraiment.

Le roman aborde le thème de l’identité et du sentiment amoureux. De la face cachée que chacun a à l’intérieur de soi. Mais aussi de l’image qu’ont les autres de nous. De la part de fiction et de la réalité. Du fait qu’on tombe amoureux d’une image, d’un personnage qu’on se construit mais pas tout à fait de la personne réelle. Une quête initiatique qui fera grandir Quentin.
Tout cela aurait été certainement plus intéressant si le roman ne s’étirait pas en longueur, au milieu de considérations subalternes (comme les cuites des copains de Quentin, les « p’tits lots » qu’ils convoitent – comprendre : de jolies filles, expression assez étrange ! ).

Comme Margo est une reine de la fugue et du mystère égocentré , elle a laissé des indices, entre autres dans… un poème de Walt Whitman, dont elle a surligné des passages de différentes couleurs. Quentin lit et relit ce poème, se prend littéralement la tête et… le lecteur aussi, à force de répétition des lectures de Quentin, qui ne font pas avancer l’intrigue.

La seule chose qui m’a vraiment intéressée, ce sont les escapades des personnages dans des pseudotissements : des lotissements abandonnés. Les maisons hantées du XXIe siècle. Mais mieux que ça : il existe aux Etats-Unis des Villes de papiers (Paper Towns est d’ailleurs le titre original du roman). Les villes qui n’existent que sur la carte, comme Agloe, dans l’Etat de New York (sur la carte) : une ville « créée pour se protéger des plagiaires » ! Une manière de poser sa griffe. Sauf que tous les possesseurs d’une carte Esso se sont acharnés à vouloir trouver Agloe. Si bien qu’un jour quelqu’un a construit un magasin et qu’Agloe est devenue réalité – qui depuis est redevenue fiction…
Le personnage de Margo est à l’image de ces villes : une fille de papier.
Le roman aurait pu être beaucoup plus prenant si le lien entre les villes de papier et le personnage de Margo avait été plus recentré. Heureusement, il y a de l’humour parfois doublé d’un regard caustique sur la société de consommation : « L’avenue était bordée de milliers de boutiques qui vendent toutes la même chose : de la merde. »
Autre point positif : les ados qui liront ce roman sauront à coup sûr qui est Walt Whitman, Emily Dickinson et Sylvia Plath.

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Le mec de la tombe d’à côté

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Traduit par Lena Grumbach

4e de couverture : « Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures. »

Autrement dit, c’est l’histoire d’une intello, veuve précoce, qui rencontre un paysan de son âge, vieux garçon, n’ayant jamais vécu qu’entre les jupons de sa mère.  Et de surcroît elle s’appelle Désirée et lui Benny. Ca fait un peu cliché, non ?

Le récit alterne entre le point de vue de Désirée et celui de Benny. Le lecteur s’aperçoit ainsi rapidement du fossé qui sépare les deux personnages, malgré leur histoire d’amour. Cela dit, on sent que ça ne va pas vraiment virer à la tragédie ni au pugilat.

En fait, je ne sais pas trop pourquoi j’ai acheté ce roman, dont ni le titre (un peu glauque au premier abord) et encore moins la couverture ne me plaisaient. Sans doute à force de le voir partout et en tête des ventes. Bref, j’ai cédé à la curiosité. Et je dois dire que j’ai passé un bon moment. Mais sans plus. C’est divertissant, bien traduit, plein de fraîcheur et d’humour. Un vrai roman de vacances. Cependant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi qui aurait fait la différence. Notamment la fin qui n’a pas été, pour moi en tout cas, une grosse surprise. Même si j’ai trouvé le stratagème un peu tiré par les cheveux… C’est « gentil », quoi.

Donc un avis mitigé en ce qui me concerne.

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Les chaussures italiennes

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Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. A soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. L’intrusion d’Harriet, l’amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Mourante, elle exige qu’il tienne une promesse : lui montrer un lac forestier. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient de recommencer. « 

Voici un roman pour le moins étrange : une atmosphère tout ce qu’il y a de dépressif mais pourtant Henning Mankell parvient à la rendre agréable et poétique. On peut être inquiet au début, lorsqu’on s’embarque en lecture pour rencontrer Fredrik Welin qui vit reclus depuis 12 ans sur une île suédoise, avec pour seules compagnes sa chatte, sa chienne et une fourmillière géante qui a pris possession de son salon… Même le facteur, hypocondriaque passe pour passer mais sans jamais apporter de courrier. Mais très rapidement un autre personnage fait son apparition : Harriett, l’amour abandonnée 40 ans auparavant, traînant avec elle un cancer incurable.

A vrai dire, peut-être vaut-il mieux ne pas être dans le même état dépressif que Fredrik pour lire ce roman… Pourtant notre héros va peu à peu revenir au pays des vivants, grâce à des personnages tous plus déjantés les uns que les autres, tous atteints d’une folie douce ! Je ne peux pas en dévoiler davantage.

Ce roman est une réflexion sur la vie et sur son pendant, la mort. Mais aussi sur la conséquence de nos actes sur nos destinées individuelles. Une écriture sublime et pourtant tout à fait simple. Un héros (ou plutôt anti-héros) particulièrement attachant. Et j’ai adoré le grand air iodé de cette île suédoise, avec ses tempêtes, ses saisons et ses oiseaux marins magistralement restitués.

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