Nom de code Komiko – T.2 : Le poison du tigre

51z6n-DBdPL

A travers les mots de Marie Hermet

 Je vous entraîne de nouveau à Hong Kong, retrouver Lian et Matt, alias Komiko et Torch, les bloggeurs/hackers du groupe 04/06 qui poursuivent sans relâche ceux qui assombrissent le monde contemporain.

Le roman débute par une mauvaise nouvelle : l’assassinat de Crowbar, alias Eva dans la vie, le troisième « mousquetaire » du groupe de hackers, au moment même où Matt s’apprête à rejoindre sa patrie du hamburger. Le leitmotiv du récit sera de savoir pourquoi Eva a été assassinée par un type qui est un faux policier… Le départ du jeune Américain au « sourire dentifrice » est donc remis à plus tard. Nos deux amis se lancent dans une nouvelle enquête, pendant que Mingmeii s’extasie devant le dernier chanteur « industriel » de Cantopop à la mode, Jason Cho, au look bad-boy-tablettes-de-chocolat-cheveux-de-rêve.

Une nouvelle aventure au rythme trépidant, qui dévoile un peu plus les jeunes héros, à la personnalité complexe. Lian se trouve prise au piège de ses propres contradictions d’adolescente chinoise : impossible d’accepter moralement que Matt dorme sous le même toit qu’elle alors que pourtant il l’attire. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses :

« Lian ferma les yeux une seconde et se frotta vigoureusement les paupières avant des les ouvrir. Rien n’avait changé : Matt était toujours là devant elle, assis à la table devant son bol. Il ne portait qu’un vieux tee-shirt des Colorado Rockies et un caleçon imprimé.
Lian se sentit rougir et détourna la tête. Elle entra dans la pièce en marchant en crabe et en rasant le mur opposé, comme si elle faisait le tour d’un champ de mines. »

Lian et Matt sont un peu comme chien et chat dans cette nouvelle aventure, d’autant que Lian est têtue voire bornée, imprudente et qu’elle cumule les bourdes au risque de mettre sa vie en péril un peu trop facilement. Ce qui n’arrange rien c’est que Matt se met par moment à bouder.

N’empêche, le cadavre d’une femme dont le taux de calcium est beaucoup trop élevé mettra leurs querelles d’adolescents en sourdine, surtout quand il est question du pouvoir de l’os de tigre ou plus précisément du commerce fait autour d’un pseudo-médicament de la médecine traditionnelle chinoise, interdit depuis le XXe siècle mais dont le marché noir est florissant. Mais, interroge Lian, est-ce que ce que vendent les grands laboratoires américains est parfaitement sain pour tout le monde ?

Un deuxième volume aussi palpitant que le premier, avec en toile de fond une Chine oscillant entre tradition et modernité, le trafic animal, les médicaments frelatés et la tromperie des vendeurs de rêve (poudre de perlimpin-pimpin, chanteurs industriels « Photoshopés…). Les personnages sont toujours aussi attachants parce que loin d’être lisses et parfaits. Le tout est enrobé d’une bonne dose de technologie moderne.

Un page turner que j’ai eu du mal à lâcher, d’autant que le dépaysement chinois est réel grâce à  une bonne recherche documentaire sur Hong Kong et non pas une Chine de pacotille en toile de fond.

Un ensemble qui plaira sûrement aux jeunes lecteurs, mais pas seulement : moi ça m’a beaucoup plu !  Et même la couverture (encore une fois) !

Publié dans Littérature jeunesse | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Nom de code Komiko T.1 : Dans la nuit de Hong Kong

51cWHeAUeML

A travers les mots de Marie Hermet

Lian est une jeune chinoise vivant à Hong Kong. Elle a seize ans et mène une double vie : lycéenne le jour ; hacker activiste dès qu’elle n’est pas à l’école, au sein du groupe « 04/06 », qui communique via une sorte de forum ultra-secret où le mot d’ordre est de ne rien qui puisse vous identifier. Lian devient donc Komiko quand elle se connecte.

Lian est issue d’un milieu aisé et fille d’un homme d’affaires. Sa meilleure amie est une fashion victime dont le passe-temps favori est évidemment de faire du shopping – et de regarder les garçons. Le cadavre d’une jeune fille retrouvé sur une plage et l’arrivée au lycée d’un jeune Américain au « sourire dentifrice » , fils d’un puissant et connu groupe de prêt à porter, Harrison Company, va bouleverser la vie des deux lycéennes et amener Lian à risquer sa vie.

J’ai découvert l’existence de « Nom de Code : Komiko » en assistant au débat autour de la pré-sélection 2014 du Prix Les Mordus du Polar, organisé par les bibliothécaires de la Ville de Paris au Salon du livre de Paris cette même année.

Lian, la jeune héroïne mène une lutte contre la corruption qui gangrène son pays et menace la vie de sa propre famille. Elle découvre avec effroi que la fameuse ligne de T.shirts et de jeans so fashion auprès des ados, estampillé d’un « H » bien reconnaissable, est en fait un produit monstrueux : exploitation de la main d’oeuvre, non respect du droit du travail, impact sur la santé des ouvriers en raison produits utilisés sans respecter les normes, impact sur l’environnement, délocalisation du groupe américain en Chine où la main d’oeuvre est moins chère pour faire toujours plus de profit. Rien ne fait peur au PDG de la société.

« Un terme qui lui était familier revenait souvent : formaldéhyde ; elle savait qu’on l’utilisait pour embaumer les cadavres, mais pourquoi donc fallait-il qu’on en trouve aussi sur les jeans portés par les vivants ? (…) il servait à empêcher la moisissure de se former pendant le transport et le stockage. Les effets de la molécule étaient effrayants ; outre son potentiel cancérigène, elle provoquait à peu près tout, depuis les irritations des yeux jusqu’à des problèmes respiratoires qui pouvaient être mortels. »

Lian, alias Komiko n’est pas au bout de ses peines ni de ses surprises : derrière son écran et son pseudonyme, elle se croit à l’abri de tout et irepérable. Pourtant, malgré son habileté et son ingéniosité, elle aura bien des déconvenues. Les dangers d’internet est aussi un point fort de ce polar technologique. On n’en rate pas une miette et surtout il y a une belle surprise, un coup de théâtre inattendu qui bouscule les idées reçues.

Une lecture très divertissante, au suspense haletant, un page turner intelligent par les thèmes abordés. Une sensibilisation des jeunes au phénomène de la mondialisation et ses conséquences, aux dérives du capitalisme outrancier, aux dangers de la Toile et dans une certaine mesure, au délit de faciès.

Bref, j’ai adoré.

Quant à savoir qui est Naomi Paul : là aussi, il y a une subtilité puisqu’il s’agit de plusieurs personnes. Ecrire un polar à plusieurs mains n’est pas chose aisée, on peut donc souligner la performance et celle de la traduction (impossible de trouver qui a écrit quoi) !

Enfin, cela a son importance aussi – même si la couverture ne fait pas un livre, elle y contribue : illustration très sympa !

Les aventures de Lian ont de quoi séduire et elles continuent d’ailleurs dans deux autres volumes.

Prix des Mordus du Polar 2014

Publié dans Littérature anglaise, Littérature jeunesse | Tagué , , , , | 2 commentaires

L’été des pas perdus

51cpaRDBhNL

4e de couverture : « Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelques temps, il change, il oublie les choses : pour lui, passé et présent se confondent.
Le temps d’un été Madeleine et lui vont cheminer ensemble. »

Madeleine comprend vite que Gramps a un souci qui n’est pas dû à son grand âge, mais quelque chose de bien plus grave. Des pertes de mémoire, des absences comme s’il était ailleurs.
Seule avec lui la plupart du temps, elle l’emmène chez le médecin gérontologue dont il a déjà oublié le rendez-vous. Dans la salle de ce spécialiste (qui n’est pas celui des champignons !), elle observe et s’interroge : « il n’y a que des vieux, certains bien, d’autres miteux, piteux, malheureux. Qu’est-ce qu’il fait, mon grand-père pimpant, brillant, au milieu de ces croûlants ? »
Gramps prend la mouche, furieux et malheureux de croire que le médecin le prend pour un vieux fou, refusant de regarder en face la maladie qui lui grignote la mémoire : Alzheimer. Du moins on le devine, même si son nom n’est jamais cité.
Alors, parce qu‘ »il raconte, toujours il raconte, les mêmes histoires de lui quand il était petit, comme si c’était hier »,  (…) son village, les vaches, la mer, le bocage et la mer. Et sa mère, son père, sa chère grande soeur, ses deux petits frères (…). Les Allemands, méchants. Le mystère, la peur, les alertes (…), les bateaux, (…) les avions fous, les bombes, les grands soldats. La joie. », et qu’il rêve de retourner là-bas, en Normandie,  de l’y emmener pour lui faire découvrir les lieux de son enfance, Madeleine décide de réaliser ce rêve et de l’accompagner.  Nous voilà partis avec les deux personnages pour un road-trip normand jusqu’à Utah Beach.

La maladie se manifeste par intermittence, tout au long du récit où le passé et le présent finissent par se confondre. Mais peu importe « parce qu’on reste toute sa vie le petit qu’on a été.
Et qu’on a une maison où on a envie de rentrer : celle où on a grandi. Même si elle a disparu. Même si on n’en a pas eu. »

L’occasion aussi pour la petite Madeleine d’une belle leçon d’Histoire à travers celle de son grand-père, qui lui fait vivre le Débarquement comme si elle y était. La révélation aussi d’un mystère familial : la raison la plus probable de la disparition de l’autre Madeleine, la soeur de son grand-père…

Un roman sensible et magnifiquement écrit. Rachel Hausfater possède une vraie plume littéraire, très poétique, parsemée de rimes, mais pourtant simple, accrocheuse et accessible aux jeunes lecteurs.
Un récit où le personnage du grand-père n’est pas diminué par sa maladie, mais au contraire magnifié par son voyage pour retrouver le petit garçon qu’il a toujours été.

Une belle lecture !

Merci à Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce livre !

Publié dans Littérature jeunesse | Tagué , , | Laisser un commentaire

La face cachée de Margo

51E9VCXcMpL

A travers les mots de Catherine Gibert

Margo et Quentin habitent à Orlando, en Floride. Ils sont voisins depuis qu’ils sont enfants, fréquentent le même lycée, et c’est leur dernière année avant l’université. Leur premier temps fort a été la découverte d’un cadavre quand ils avaient neuf ans. Un moment qui est a marqué Quentin à vie parce qu’il a eu la trouille de sa vie. Margo a abordé ce tragique événement d’une manière beaucoup plus étrange. Margo et Quentin ont maintenant seize ans. Quentin en pince pour Margot qui est devenue un mythe à ses yeux : le mythe « Mar-go-Roth-Spie-gel-man ». Mais si Margo aime bien Quentin, ça a l’air de s’arrêter là. Elle avait pour petit ami quelqu’un d’autre, mais pas de chance, il vient de la larguer. Furieuse, Margo décide de représailles et elle demande à Quentin de l’aider. Bonne pomme et fascinée par cette fille, il accepte. Une nuit d’aventure mémorable à travers la ville. D’autant plus mémorable que le lendemain, Margo disparaît. Quentin et ses meilleurs potes vont se lancer à sa recherche.

Voilà ma lecture blockbuster de l’année. Parce que je suis curieuse de savoir pourquoi John Green a tant de succès, qu’est-ce qui attire tant les ados dans ses romans? J’avais bien aimé Nos étoiles contraires (à un bémol près). Mais autant vous le dire tout de suite : je me suis plutôt ennuyée avec celui-ci. La vengeance de Margo est drôle et très imaginative (je me demande où l’auteur a été péché des idées pareilles!). Mais ensuite, le mystère « Margo » a fini par me peser. Ca tourne en rond pendant pas mal de pages avant que Quentin trouve un indice. J’ai trouvé l’héroïne assez détestable par son égoïsme et son estime de soi surdimensionnée. Quentin est trop benêt à mes yeux. Ses amis finissent par lui dire, d’ailleurs, que Margo ne mérite peut-être pas toute l’énergie qu’il investit pour la retrouver, ni les risques qu’il prend.
Seulement, Quentin idéalise Margo, il finit par s’en rendre compte et, au-delà de l’envie de la retrouver, il cherchera à savoir qui elle est vraiment.

Le roman aborde le thème de l’identité et du sentiment amoureux. De la face cachée que chacun a à l’intérieur de soi. Mais aussi de l’image qu’ont les autres de nous. De la part de fiction et de la réalité. Du fait qu’on tombe amoureux d’une image, d’un personnage qu’on se construit mais pas tout à fait de la personne réelle. Une quête initiatique qui fera grandir Quentin.
Tout cela aurait été certainement plus intéressant si le roman ne s’étirait pas en longueur, au milieu de considérations subalternes (comme les cuites des copains de Quentin, les « p’tits lots » qu’ils convoitent – comprendre : de jolies filles, expression assez étrange ! ).

Comme Margo est une reine de la fugue et du mystère égocentré , elle a laissé des indices, entre autres dans… un poème de Walt Whitman, dont elle a surligné des passages de différentes couleurs. Quentin lit et relit ce poème, se prend littéralement la tête et… le lecteur aussi, à force de répétition des lectures de Quentin, qui ne font pas avancer l’intrigue.

La seule chose qui m’a vraiment intéressée, ce sont les escapades des personnages dans des pseudotissements : des lotissements abandonnés. Les maisons hantées du XXIe siècle. Mais mieux que ça : il existe aux Etats-Unis des Villes de papiers (Paper Towns est d’ailleurs le titre original du roman). Les villes qui n’existent que sur la carte, comme Agloe, dans l’Etat de New York (sur la carte) : une ville « créée pour se protéger des plagiaires » ! Une manière de poser sa griffe. Sauf que tous les possesseurs d’une carte Esso se sont acharnés à vouloir trouver Agloe. Si bien qu’un jour quelqu’un a construit un magasin et qu’Agloe est devenue réalité – qui depuis est redevenue fiction…
Le personnage de Margo est à l’image de ces villes : une fille de papier.
Le roman aurait pu être beaucoup plus prenant si le lien entre les villes de papier et le personnage de Margo avait été plus recentré. Heureusement, il y a de l’humour parfois doublé d’un regard caustique sur la société de consommation : « L’avenue était bordée de milliers de boutiques qui vendent toutes la même chose : de la merde. »
Autre point positif : les ados qui liront ce roman sauront à coup sûr qui est Walt Whitman, Emily Dickinson et Sylvia Plath.

Publié dans Littérature jeunesse | Tagué , , | 2 commentaires

Le mec de la tombe d’à côté

51ngLYkEjHL__SS500_

Traduit par Lena Grumbach

4e de couverture : « Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures. »

Autrement dit, c’est l’histoire d’une intello, veuve précoce, qui rencontre un paysan de son âge, vieux garçon, n’ayant jamais vécu qu’entre les jupons de sa mère.  Et de surcroît elle s’appelle Désirée et lui Benny. Ca fait un peu cliché, non ?

Le récit alterne entre le point de vue de Désirée et celui de Benny. Le lecteur s’aperçoit ainsi rapidement du fossé qui sépare les deux personnages, malgré leur histoire d’amour. Cela dit, on sent que ça ne va pas vraiment virer à la tragédie ni au pugilat.

En fait, je ne sais pas trop pourquoi j’ai acheté ce roman, dont ni le titre (un peu glauque au premier abord) et encore moins la couverture ne me plaisaient. Sans doute à force de le voir partout et en tête des ventes. Bref, j’ai cédé à la curiosité. Et je dois dire que j’ai passé un bon moment. Mais sans plus. C’est divertissant, bien traduit, plein de fraîcheur et d’humour. Un vrai roman de vacances. Cependant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi qui aurait fait la différence. Notamment la fin qui n’a pas été, pour moi en tout cas, une grosse surprise. Même si j’ai trouvé le stratagème un peu tiré par les cheveux… C’est « gentil », quoi.

Donc un avis mitigé en ce qui me concerne.

Publié dans Littérature suédoise | Tagué , , | 3 commentaires

Les chaussures italiennes

51jxN8OjZtL__SL500_AA300_

Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. A soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. L’intrusion d’Harriet, l’amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Mourante, elle exige qu’il tienne une promesse : lui montrer un lac forestier. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient de recommencer. « 

Voici un roman pour le moins étrange : une atmosphère tout ce qu’il y a de dépressif mais pourtant Henning Mankell parvient à la rendre agréable et poétique. On peut être inquiet au début, lorsqu’on s’embarque en lecture pour rencontrer Fredrik Welin qui vit reclus depuis 12 ans sur une île suédoise, avec pour seules compagnes sa chatte, sa chienne et une fourmillière géante qui a pris possession de son salon… Même le facteur, hypocondriaque passe pour passer mais sans jamais apporter de courrier. Mais très rapidement un autre personnage fait son apparition : Harriett, l’amour abandonnée 40 ans auparavant, traînant avec elle un cancer incurable.

A vrai dire, peut-être vaut-il mieux ne pas être dans le même état dépressif que Fredrik pour lire ce roman… Pourtant notre héros va peu à peu revenir au pays des vivants, grâce à des personnages tous plus déjantés les uns que les autres, tous atteints d’une folie douce ! Je ne peux pas en dévoiler davantage.

Ce roman est une réflexion sur la vie et sur son pendant, la mort. Mais aussi sur la conséquence de nos actes sur nos destinées individuelles. Une écriture sublime et pourtant tout à fait simple. Un héros (ou plutôt anti-héros) particulièrement attachant. Et j’ai adoré le grand air iodé de cette île suédoise, avec ses tempêtes, ses saisons et ses oiseaux marins magistralement restitués.

Publié dans Littérature suédoise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Tea-Bag

41f9DRmFYzL

Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Dans un camp de transit de la côte espagnole, les migrants attendent patiemment d’entrer en Europe. Tea-Bag, la jeune Africaine, tente d’oublier les cris de ceux qui ont péri dans le naufrage qui les a menés sur cette plage. Lorsqu’un journaliste lui offre, contre son témoignage, un voyage en Suède, l’espoir renaît. Parviendra t-elle à infléchir le cours de son destin ? »

 

Pour une fois la 4e de couverture ne révèle rien de l’histoire et de sa teneur. Juste un aperçu du sujet. D’ailleurs, en la lisant j’avais un peu peur d’un roman un peu convenu et dont l’issue était un peu trop attendue… Mais je savais pouvoir faire confiance à Henning Mankell. Je n’ai pas été du tout déçue !!

En effet, le journaliste dont parle l’éditeur ici ne fait pas du tout partie de la narration, juste une apparition de quelques lignes au début du roman. Ensuite, on passe tout de suite à autre chose, avec l’irruption de Jesper Humlin, poète raté, trop bronzé pour ne pas paraître superficiel. Son éditeur décide qu’il doit écrire un polar. Mais cet être qui semble à la fois vile, mou et hypocrite n’a pas la franchise de vraiment dire ce qu’il pense à l’intéressé, de peur de ruiner totalement sa carrière, déjà pas brillante… Mais voilà qu’il rencontre un ami de longue date, entraîneur dans un club de boxe dans une banlieue suédoise. A partir de ce moment-là Jesper Humlin pénètre dans un monde qui lui était inconnu, une autre face de la Suède dont il ne soupçonnait même pas l’existence : celle des immigrés clandestins et leur histoire. D’ailleurs, dans son univers feutré Jesper Humlin ne s’imaginait même pas qu’il puisse y avoir des immigrés en Suède ! La rencontre va s’avérer percutante, au propre comme au figuré !!

Parce que les gens dont il  va faire la connaissance sont complexes, souvent inssasissables : Leïla l’Irannienne, Tea-Bag la Nigérianne et Tania de l’ex-Union soviétique ont toutes une histoire douloureuse. La confiance en l’autre, elles ne l’ont plu. Alors souvent elles « mordent ». Et elles vont se jouer de notre pauvre Jesper Humlin… La fin de l’histoire est inattendue et déjoue les clichés et le roman aussi, évidemment !

J’ai aimé ces quatre personnages attachants (parce que oui, même Jesper Humlin qui paraît au début un être détestable, finit par devenir sympathique par sa maladresse et sa naïveté). Tea-Bag, la Nigérianne est la plus attendrissante avec son joli sourire – dont elle sait jouer – mais qui est l’arme du désespoir. Tania est la plus difficile du lot par sa violence (elle est franchement pénible !). Leïla ne comprend pas son père qui a fui l’Iran pour trouver la liberté  mais dont il la prive en surveillant tous ses faits et gestes : jamais elle ne peut se déplacer seule, il faut toujours que ses frères la suivent.

Jesper Humlin, à l’instar de l’écrivain Henning Mankell, laisse la parole aux clandestines pour qu’elles racontent chacun leur histoire. Ingénieux procédé de mise en abyme ! Notre poète a l’intention d’écrire un livre sur leurs vies pour faire connaître la vérité au monde. Vous saurez vous-même en lisant ce fabuleux roman que l’on dévore littéralement, s’il y parviendra ou pas. Mais une chose est sûre : Henning Mankell a réussi sa mission ! Un livre qui ne s’oublie pas !

Décidément, je n’ai pas fini d’aimer les Nordiques – je me répète, mais ils sont géniaux !

Henning Mankell nous a quittés il y a quelques mois, mais Henning Mankell for ever pour son humanisme et l’intelligence de ses romans !

Publié dans Littérature suédoise | Tagué , , | 2 commentaires

Eva Moreno

51E2+RDFUaL

Traduit par Agneta Ségol

 4e de couverture :  » Mikaela disparaît après avoir rencontré son père pour la première fois… dans un hôpital psychiatrique. Cet homme chétif a-t-il vraiment tué une lycéenne il y a 16 ans ? En vacances dans une petite ville suédoise, l’inspectrice Eva Moreno recherche Mikaela, croisée en pleurs le jour de sa disparition. Difficile de lézarder quand le père s’évapore à son tour et qu’un cadavre est retrouvé sous le sable ! »

Sur la couverture de cette édition, on peut lire que l’auteur, Hakan Nesser, « occupe le premier rang des auteurs suédois », (d’après The Sunday Times). Je dois dire que ce roman, par la mise en scène d’une inspectrice suédoise qui se démène à la fois sur une enquête et sur sa vie privée et la mise en scène météorologique, m’a tout de suite fait penser à mon auteur suédois chouchou, Mons Kallentoft. Comme dans Eté, la Suède est ici en proie à une vague de canicule !

Mais la comparaison avec Mons s’arrête ici. Ce polar est d’une facture toute classique et sans grande surprise. L’héroïne et l’intrigue sont bien moins creusées que chez Kallentoft et il n’y a pas d’originalité d’écriture (rappelons que chez Kallentoft, les morts parlent au lecteur). Ca se lit facilement mais c’est assez fade. Et j’ai été un zeste agacée par une traduction qui nomme l’héroïne systématiquement par son prénom + son nom. En français, ça sonne faux. Reste un peu d’humour qui ne rend pas ce polar désagréable. Mais voilà, ce ne sera pas une lecture inoubliable et l’on n’apprend pas grand chose sur la Suède. Hakan Nesser n’occupera pas donc pas pour moi le premier rang des auteurs suédois.

Publié dans Littérature suédoise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Le septième fils

41E0ZcpJUUL__SL500_AA300_

Traduit par Eric Boury

4e de couverture : « Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l’Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements. »

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fjords de l’Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n’a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C’est bien simple : j’ai du mal à partir de cette contrée d’Europe glacée quand l’histoire se termine.

Ce roman fait suite au Dresseur d’insectes et c’est le troisième traduit en français jusqu’à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d’aller se perdre dans cette contrée où s’aventurent seulement « 2% des étrangers » arrivant pour visiter l’Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie… Ambiance !
Mais malgré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu… Tout de suite, beaucoup d’habitants y voient l’oeuvre des gothiques, ces ados qu’ils jugent comme étant des adeptes du diable (évidemment!). Mais les événements et les suspects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d’enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d’Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l’hôtel, c’est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d’une humeur d’ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnommée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d’Islande, pourtant, »depuis longtemps, des gens viennent d’un peu partout travailler ici dans l’industrie du poisson : des Polonais, des Australiens. Ils ont [ même] fini par s’intégrer ». Et si certains parents s’inquiètent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s’en inquiéter, c’est qu’elle est devenue bilingue puisqu’elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c’est effectivement l’industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : « les revenus moyens de la population des Fjords de l’Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d’Islande alors qu’ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs ». La mode est maintenant à l’industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c’est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J’ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c’est vraiment voulu par l’écrivain). J’ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n’est pas du tout celui qu’on imagine… Ce qui est sûr, c’est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d’humour : plus d’une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée… peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman…

Dernière chose ô combien surprenante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l’Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! :-p !

Publié dans Littérature islandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Le cercle intérieur

51o7+Tr5QuL__SL500_AA300_

Traduit par Max Stadler et Lucile Clauss

4e de couverture : « Île de Gotland. Une vingtaine d’étudiants s’affairent sur un site archéologique. Lorsque l’une d’entre eux, Martina Flochten, est retrouvée morte. Un meurtre rituel ? L’inspecteur Anders Knutas enquête. Mais il est vite confronté à des questions insolubles. Pourquoi ces marques sur le corps de Martina ? Pourquoi l’a-t-on pendue à un arbre ? D’autant que d’autres actes monstrueux viennent s’ajouter au meurtre : poneys et chevaux sont découverts décapités. Rien ne semble logique dans cette affaire. Knutas doit jongler entre les fausses pistes tandis que d’autres cadavres sont mis au jour. »

Ce roman policier est assez différent des romans nordiques que j’ai lus jusqu’ici dans la mesure où il se concentre essentiellement sur l’intrigue : le suspense en est le moteur. L’environnement sociologique est relativement laissé de côté, mis à part quelques allusions. Mais ce n’est pas plus creusé que cela : si l’on apprend que « la Suède n’est plus la patrie des blondinets qui mangent du pain azyme et qui dansent en costume traditionnel » et que l’île de Gotland, où se déroule l’action, est sujette à la spéculation immobilière et au bétonnage pour y développer le tourisme, l’intrigue n’est que vaguement reliée à cela.
L’auteure intègre un soupçon de mythologie scandinave, des vols dans un musée archéologique, pour tenir le lecteur en haleine – ce qui n’est pas inintéressant – et multiplie les pistes. On entre facilement dans le jeu et une fois le roman commencé, on a du mal à le lâcher. D’autant que dès le début, même sans avoir lu la quatrième de couverture, on sent qu’il va arriver quelque chose à l’héroïne, Martina. La menace pèse sur elle comme sur nous et de ce point de vue-là, c’est une belle réussite. La scène du crime n’est pas une grande ville nauséeuse, mais les environs d’un site archéologique où des étudiants travaillent.

La tension monte au fur et à mesure que les cadavres s’amoncèlent, la police se révélant inefficace, s’égarant sur de fausses pistes et ne s’inquiétant pas, comme le remarque un personnage, qu’on « bazarde des trésors historiques sur un marché lucratif et qu’ils disparaissent non seulement de Gotland, mais de la Suède en général ». Mais l’enquête est d’autant plus difficile que les premières victimes ne sont pas des humains mais des animaux…

Si j’ai passé un bon moment avec ce polar, j’avoue que j’ai trouvé la fin un peu surfaite parce que chaque piste lancée n’était pas assez creusée. Au final, on a donc l’impression que les idées ne sont pas assez reliée entre elles par des liens cohérents, ce qui est dommage car elles étaient bonnes. On a le sentiment qu’elles sont justes un prétexte pour essayer de terminer une histoire.

Un livre très agréable à lire, mais certainement pas inoubliable donc.

Publié dans Littérature suédoise | Tagué , , | Laisser un commentaire