Indian Creek – Pete Fromm

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Traduit par Denis Lagae-Devoldère

Il fait chaud et vous avez besoin de vous évader ? J’ai trouvé un roman autobiographique absolument formidable : Indian Creek, au hasard de mes pérégrinations livresques et repéré au dernier Festival America, parmi les centaines de roman Nature Writing. Suivez-moi à la frontière de l’Idaho et du Montana, dans les Rocheuses, en hiver, dans un coin paumé coupé du monde dit « civilisé ».

Dans les années 70, Pete sort du lycée, n’a pas grande idée sur sa destinée universitaire. Un jour, un papier glisse d’une pile de brochures qu’un ami lui a apporté. « En haut de la feuille se dressait fièrement un mouflon, symbole éloquent de liberté et de grands espaces. En dessous, apparaissaient les mots obscurs de Biologie animale et Université du Montana« . Il envoie sa candidature alors qu’il ne connaît rien à ce domaine de biologie marine. Ce n’est pas une motivation scientifique qui l’anime, mais plutôt « une promesse de traînasseries sans fin ».  Trois mois plus tard, il atterrit à Missoula, dont il ne sait pas vraiment comment se prononce le nom de cette ville, pour entrer en première année de biologie. Il s’ennuie pendant deux ans, se voit attribuer une bourse d’études, qui reste pour lui le seul motif officiel de sa présence dans le Montana. Son coloc est un mec de l’Idaho, chasseur et rat de bibliothèque dont les livres de prédilection sont les romans de trappeurs. Lorsque Rader lit ces livres, il éclate de rire ou siffle d’admiration. Il n’en faut guère plus à Pete pour se plonger à son tour dans ces bouquins, lui qui ne lit pas beaucoup. Il découvre Lord Grizzly de Hugh Glass, The Big Sky de A. B. Guthrie, etc. Il ne lui en faut guère plus non plus pour s’imaginer en nouveau Boone Caudill, tout en se disant que tout de même, ces trappeurs avaient dû en baver.
En 1978, pendant sa troisième année à l’université du Montana, une fille avec qui il a randonné jusqu’aux Tetons (heu, c’est une chaîne de montagnes, je précise 😉 ) lui raconte son été dans un refuge perdu de l’Idaho, ses longues marches à la Passe des Nez Percés.

Dans la conversation arrive une histoire de boulot qui consiste à garder des oeufs de saumon pendant l’hiver, au milieu de la nature, le tout pour un salaire de deux cents dollars par mois. L’idée fait son chemin dans la tête de Pete et le voilà qui postule, pour ce job atypique. De mi-octobre à mi-juin,  il va vivre sous une tente, au croisement de deux rivières, la Selway et Indian Creek en plein coeur du parc naturel de la Selway-Bitterroot.
Débute ainsi une nouvelle vie pour Pete et surtout de rocambolesques aventures, avec quelques visites humaines de chasseurs de fauves mais surtout une vacuité absolue : « En acceptant de venir ici, j’avais dans la tête une vague idée de liberté : n’obéir à personne, ne faire que ce que je voulais. Il me semblait maintenant avoir négligé le tout simple fait que, même si je pouvais faire tout ce qui me chantait, et à n’importe quel moment, il n’y avait rien à faire. Cette impression était aussi angoissante que cette bûche sur ma poitrine qui m’avait coupé le souffle. »

Pete va faire son expérience dans ce roman d’apprentissage en pleine nature. Entre chasse à l’élan, au lynx, aux grousses, à l’écureuil, voire au raton-laveur qui se trouvait là au mauvais endroit au mauvais moment, mal dégourdi au début, quand il se retrouve avec une carcasse d’élan à dépecer et surtout à conserver pour pouvoir se nourrir de sa viande pendant les longs mois d’hiver ; il prend au fil des pages de l’assurance, grâce à la bande de chasseurs qu’il rencontre. Le tout avec une peur bleue d’un certain garde chasse qu’on lui décrit comme le plus terrible des terribles s’il le prend avec tous ces cadavres d’animaux. Le voilà en train de traîner sa bidoche d’un coin à un autre pour essayer de la cacher, le tout le plus discrètement possible. Sauf que dommage, même mort, les animaux semblent lui jouer des tours…

Les oeufs de saumon ? Il en est évidemment bien peu de question.
J’ai beaucoup souri avec ce roman magnifique qui décrit avec poésie ce coin paumé et coupé de tout. Une retraite en pleine nature, c’est tout à fait ce qu’il me fallait en matière de lecture.

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Une littérature vivifiante par -40 degrés, qui fait qu’on se balade en t-shirt dès qu’il fait zéro. Un livre que j’ai englouti, qui m’a vraiment emporté très loin, même lorsque j’étais entassée au milieu d’une foule gluante. On a beaucoup de mal à lâcher ce roman, je l’ai traîné partout avec moi, même en allant voir Anne Enright au Centre culturel irlandais, il est venu aussi avec moi au jardin du Luxembourg, et à la campagne sous les cerisiers. Je me suis cachée avec une petite lampe pour le terminer de nuit. Bref, je n’étais là pour presque personne dès que j’étais plongée dans cette lecture. La déconnexion complète du monde qui vous entoure. J’ai presque écrasé une petite larme à la fin, à cause de Boone, la petite chienne qui accompagne Pete depuis le début dans cette aventure. Devant retourner à la « civilisation », il a le courage de ne pas lui infliger ça, elle qui a toujours vécu là, dans les montagnes. « (…) Je laissai derrière moi Boone, mon printemps et mes saumons. J’étais venu ici pour avoir une histoire à raconter, mais il se passa un certain temps avant que je ne trouve quelque chose à dire ». On les laisse tous les deux avec regret. Comme de bons amis dont on n’a pas envie de se séparer après de belles vacances passées ensemble. Un bel ode au monde sauvage.

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Je découvre avec bonheur que Pete Fromm a écrit plusieurs romans après celui-ci qui date de 1993 : Lucky in the sky , le dernier publié en France m’inspire rien que par le titre.

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Book Haul : pile à lire pour l’été

Quelques trouvailles de ces derniers mois, au gré de mes pérégrinations parisiennes, entre autres. (Ca commence avec des photos floues… 🙂 )

 

Dans la rubrique irlandaise, je suis tombée stupéfaite devant un polar français, dédié à la verte Erin, et qui fait partie d’une série. Aubaine d’occasion pour 2€ chez Gibert, je ne me suis donc pas privée pour tenter l’expérience : Le trèfle noir de Pierre-Olivier Lombarteix (Le Temps Editeur) : 41OflnNCPkLle corps d’un homme est retrouvé au sommet de Croagh Patrick, la montagne sacrée irlandaise, la veille où les pélerins affluent pour la gravir. La ville de Wesport est en émoi. Deirdre McNeill, une universitaire spécialiste des civilisations anciennes est appelée à la rescousse. Deirdre McNeill est l’héroïne de la série qui se compose de Ogham, Runes, Rouge ivoire. Je suis impatiente de découvrir les aventures de cette Irlandaise…

Neil Jordan, connu comme réalisateur de cinéma (dont le fameux Michael Collins) est également l’auteur de plusieurs roman dont le dernier, Dans les eaux troubles, vient d’être publié aux éditions Joëlle Losfeld. 41xwwA641DLIl criait mon nom sur une table de la librairie, je ne pouvais pas l’abandonner… 🙂 Ce sera le premier roman que je lis de l’auteur, dont j’ai vu tous les films.
L’histoire d’un détective anglais qui a des problèmes conjugaux,  expatrié dans une ancienne république soviétique pour retrouver une jeune fille disparue, jusqu’au jour où il croise une jeune fille qui veut se suicider et la sauve…

 

 

 

Les rebuts de bibliothèque ont parfois du bon, surtout quand vous tombez sur un classique de littérature irlandaise, Les enfants de la pluie et du vent, de Walter Macken, édité en français chez Terre de brumes. Sérieux, au rebut suite à désherbage, mais c’est un sacrilège ! 🙂

415VDSVGSML« un livre où les caractères et les paysages, les tempêtes et les tragédies du coeur sont évoqués de main de maître. Walter Macken aime et connaît les gens dont il parle. Son métier de comédien et ses qualités de dramaturge ajoutent au talent du romancier. Les lecteurs de ce roman qui connut un très large succès seront surtout frappés par la puissance de la mer. C’est elle qui fait vivre et mourir ces pêcheurs qui ne peuvent s’éloigner d’elle » (extrait de la présentation éditeur)

 

On continue avec le grand air, le vent, les embruns etc, avec un cadeau que l’on m’a fait mais que je n’ai pas le droit de lire jusqu’à mon départ écossais sur Lewis cet été (comment tenir ?) avec L’été des noyers du non moins écossais John Burnside (éditions Métaillié, format poche), 61lPLwkDXFLqui se passe en réalité sur une île norvégienne. Parfait pour larguer doublement les amarres et se mettre en retrait de ce monde de fous furieux, avec un zeste de fantastique, tendance folklore nordique si j’ai bien compris.
Je me rends compte en écrivant cette chronique, qu’il est pas mal question de flotte dans les titres de ces livres… 🙂

 

 

 

 

 

J’avance encore dans le registre coin paumé coupé du monde : je suis tombée sur le merveilleux roman autobiographique de l’Américain 51cqvN-frvLPete Fromm, Indian Creek, que je suis en train de dévorer, qui raconte l’aventure rigolote d’un jeune étudiant, pétri  littérature de trappeur, parti vivre l’expérience en vrai, au fin fond du Montana, au coeur des montagnes Rocheuses (un coin où je rêve d’aller aussi, sans doute l’an prochain) . Ecrit en 1993, je suis ravie de constater que Pete Fromm a écrit d’autres romans, publiés, comme celui-ci aux éditions Gallmester. J’adore le genre Nature Writing.

 

Je reste dans les grands espaces, avec La dernière frontière de Howard Fast, 71t3SJgMSCLqui se passe en 1878 et évoque une partie de l’histoire des Indiens cheyennes, chassés des Grandes Plaines et parqués en territoire indien (aujourd’hui dans l’Etat de l’Oklahoma), jusqu’au jour où trois cents d’entre-eux décident de se révolter et de retourner vivre sur leur terre sacrée des Blacks Hills. L’histoire des Indiens d’Amérique ne m’est pas indifférente. J’avais d’ailleurs ramené de mon passage au dernier Festival America, un classique américain : Terreur apache, de W. R.  Burnett, (éditions Babel) 41M8ey6y7xLqui se passe en 1886 en Arizona, où le chef apache Toriano s’enfuit de sa réserve et part semer la terreur chez les colons. 🙂
Vous voyez dans quel genre de trip littéraire je suis en ce moment : je voyage pour pas cher.

Un autre roman américain qui avait retenu mon attention au Festival America, et qui vient d’être publié en poche chez 10/18 : Nos années sauvages de Karen Joy Fowler.

51vbaIff9-LL’histoire d’une jeune pipelette qui devient brutalement muette suite à la disparition de sa soeur, puis de son frère. Elle raconte alors l’histoire de sa famille hors norme, du moins, si j’ai bien compris, on est propulsé dans son cerveau qui raconte son histoire, façon puzzle. A lire tranquillement dans son lit pour être bien concentré…

Comme je suis assez ouverte sur le monde et curieuse, j’ai tenté un roman iranien, commencé mais reposé pour l’instant parce que j’ai du mal à accrocher ; ça ne doit pas être une lecture dans mon karma du moment :511sSBw2NqL C’est moi qui éteins les lumières, de Zoya Pirzad (éditions Zulma), une romancière adulée des lecteurs de son pays. L’histoire d’une famille dans le quartier arménien d’Abdan à Téhéran (un jour, j’irai en Iran, quand on ne sera plus obligé de se voiler, j’y crois, ça progresse !)

 

 

 

 

 

 

 

Enfin, un roman anglais, tellement bien vanté au stand de Monsieur Toussaint Louverture, au salon du livre de Paris, qu’après un premier passage, je suis retournée quelques jours après au stand et je suis repartie avec cette brique de 540 pages : 81g53IAJMBLWatership Down de Richard Adams. Ecrit en 1920, immense succès mondial (écoulé à 50 millions d’exemplaires), gros flop en France lors de sa première publication en France en 1976 chez Flammarion. Heureusement, les goûts changent ! C’est de la SF. Le livre publié chez Monsieur Toussaint Louverture est un livre objet bijou, très soigné dans les détails typographiques, jusque dans le texte de l’achevé d’imprimer. J’adore. Une histoire de lapins qui ne sont pas vraiment des lapins comme on imagine, chassés, poursuivis. En fait, je ne sais pas tout à fait de quoi ça parle, ce sera la surprise ! En tout cas, jadore la couverture !

Bref, vivement les vacances que je me plonge sérieusement dans mes trouvailles ! 🙂

Je garde pour plus tard les repérages et propositions qui m’ont été faites pour la prochaine rentrée littéraire.

 

 

 

 

 

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Avant que tout se brise – Megan Abbott

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Traduit par Jean Esch

Devon est une gymnaste surdouée. Montée sur la poutre à l’âge de 3 ans, plus rien de l’arrête. Elle gravit les échelons des compétitions de gymnastique. Eric et Katie, ses parents, ont tout sacrifié pour leur fille prodige. Ils sont à ses côtés, ils la soutiennent. D’autant plus qu’un jour un accident avec la tondeuse à gazon a amputé Devon de deux orteils. Malgré tout, son « Frankenpied » n’empêche pas la jeune gymnaste de coiffer tout le monde au poteau. C’est « une cérébrale, une anxieuse », souligne son père. « Elle ne débranche jamais ». « Une fille sérieuse, voilà ce que disaient tous ses professeurs. Passionnée. »  Pourtant un jour, alors que tout le monde croit en elle, elle échoue à la sélection pour l’Elite Junior qui lui aurait ouvert la voie royale vers les compétitions nationales, internationales et olympiques. Un pied maladroit et tout se complique. Les parents de Devon mettent le prix pour qu’on creuse une fosse de réception dans le gymnase où elle s’entraîne. Un pied maladroit et tout se complique ? Et l’apparition de Ryan Beck, le beau jeune homme qui construit la fosse et chavire les coeurs. Jusqu’au jour où… il meurt (je ne rentre dans dans le détail des circonstances de la mort pour ne pas vous spoiler l’histoire, même si j’ai déjà l’impression d’en dire trop).  Le temps des ravages est arrivé.

Avant que tout se brise est le premier thriller que je lis de l’Américaine Megan Abbott. I Will Know Me est le titre original qui bien plus évocateur à mon sens sur le contenu de ce roman.
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je pensais plutôt à un roman sur le monde de la compétition de haut niveau, d’autant que chaque chapitre est introduit par une citation de Nadia Comanesci.  J’imagine que le personnage de Devon en est inspiré. Mais ce thriller va au-delà.
L’omniprésence des corps est frappant. Celui de Devon qui a arrêté sa croissance à cause de la pratique du sport intensif . « Haute comme trois pommes, forte comme un tigre », dans un corps qu’elle malmène pour arriver au meilleur. Un corps de gamine mais ne l’empêche pas de grandir dans sa tête et de devenir une adolescente comme les autres, contrairement à ce que s’imaginent ses parents.  Ses parents qui vont découvrir quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, en elle. C’est aussi le fil ténu de l’intrigue.  🙂 Mais sait-on jamais qui est l’autre, même si c’est la chair de sa chair ? Sait-on jamais qui on est ?
Megan Abbott infuse le doute de manière insidieuse et lente. Katie découvre que sa fille est devenue quelqu’un d’autre qu’elle ne connaît pas. Mais Eric, son mari ? « Dix-sept ans qu’elle le connaissait : la douceur particulière de l’intérieur de ses poignets, sa manière de siffloter à chaque fois qu’il entrait dans une banque, la chorégraphie précise de ses doigts quand il voulait qu’elle se retourne au lit. Et sentir maintenant qu’elle ne connaissait rien du tout. » « Comment pouvait-on être marié avec quelqu’un tout se vie, lui semblait-il, et ne pas le connaitre du tout. » Flippant, non ?
Et puis il y a Drew, le petit frère, à l’imagination débordante, que personne n’écoute quand il dit des choses étranges sur sa soeur. Katie pense qu’il a rêvé. Sans doute à cause de la fièvre de la scarlatine qui a ravagé son corps. Jusqu’au jour où, sous la peau qui pèle apparaît un visage qui semble différent. Le visage de celui qui prend conscience que ses parents ne sont pas parfaits…

L’atmosphère de ce thriller psychologique vous étreint et vous fait douter jusqu’au bout.  Des fausses pistes. Des mensonges. Des phrases à double sens. De la rivalité, les ravages de la compétition et de la jalousie, que ce soit dans le sport ou dans le désir amoureux. Difficile d’être différente et surdouée. La violence psychologique et physique est omniprésente mais de manière insidieuse. Pas de scène pleine de sang, c’est bien plus fin que cela. Une violence qui conduit à l’erreur : « devait-on payer éternellement pour une erreur fugace ? Un coup de volant, un pied qui dérape, une pause qui a duré quelques semaines de trop ? » « Toutes ces choses que vous ne pensez pas faire un jour, jusqu’au jour où vous les faites. »
Peut-on gagner à tout prix ?

Un thriller riche, même si je me suis un peu perdue en cours de route avec des moments où j’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs, avant que le suspense ne me reprenne par la main. J’ai relu le début du livre une fois terminé parce que tour de force c’est qu’il prend tout son sens quand on a fini le roman.
Il y a toute une histoire avec les artémies de Drew mais je ne suis pas tout à fait sûre de comprendre tout le sens.
Enfin, je me suis agacée avec les coquilles du texte qui font perdre le sens des phrases. Par trois fois. Au prix où sont vendus les livres, faudrait tout de même les faire relire sérieusement, les éditions du Masque !

Une lecture marquante, c’est certain.

Une fois n’est pas coutume, je vous mets le clip de Gotye qui va assez bien avec ce thriller.

https://youtu.be/8UVNT4wvIGY

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S’accrocher aux étoiles – Katie Khan

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Traduit par Marie Hermet

Suite à un incident technique Max et Carys, deux amoureux en mission dans l’espace, n’ont plus que quatre-vingt-dix minutes à vivre, ce que leur permet leur réserve d’oxygène.
Le roman commence in medias res : les deux personnages sont en danger, paniqués et cherchent une solution. Quatre-vingt-dix minutes qui s’égrainent au fil des chapitres et nous plongent dans le récit de leur vie, leur rencontre et de leur amour dans une société du futur qui ne fait pas vraiment envie. Les Etats-Unis et le Moyen Orient ont été détruits par une guerre. Carys et Max vivent en Europia (amalgame des mots Europe et Utopie), constituée d’une série de voïvodes. Les voïvodes sont des pays mais on ne cite plus leurs noms pour favoriser l’égalité et se débarrasser de toute identité nationale marquée. Tous les trois ans, chaque citoyen d’Europia doit changer de voïvode afin de vivre au sein d’une communauté mixte et multiculturelle. Tout paraît idyllique dans cette société. Sauf que, contrainte de taille, la loi sur le couple empêche chacun de vivre tout à fait comme il l’entend : chacun doit rester célibataire et ne pas céder à la tentation de s’installer en couple avant 35 ans, afin de donner ses meilleures années à Europia, pour le bien commun !
Les parents et grand-parents de Max ont voué leur vie à construire Europia et voient donc d’un très mauvais oeil qu’il leur présente un jour Carys en leur annonçant qu’il ne peut plus se passer d’elle, que poster des messages sur l’écran géant de son MindShare ne lui suffit plus (un réseau social du futur par lequel tout le monde communique avec tout le monde). Carys a rencontré Max dans le magasin de ses parents où il travaillait : « Quand je t’ai connu, j’ai pensé que ta vie ne te plaisait pas. Tu étais coincé dans le magasin de tes parents par sentiment du devoir familial » lui dit-elle. Max qui a été conditionné par Europia depuis son enfance va mettre du temps à réaliser ce qui lui arrive. Carys et lui ont moins de 35 ans. Un incident qui met en péril la vie de Carys va révéler l’intensité de ses sentiments pour elle. Il va aller jusqu’à dénoncer la loi sur le couple devant les institutions, ses parents vont le bouder, bref, ça va être compliqué pour le couple de vivre leur amour dans cette société soi-disant idyllique mais avant tout liberticide, érigé par des gens qui prétendent savoir mieux que vous, ce qui est bon pour vous, jusqu’à votre vie intime…

Propulsés dans l’espace, en apesanteur, simplement reliés l’un à l’autre, par un câble et frôlés par les micro-astéroïdes, Max et Carys vont se raconter, se remémorer leur rencontre mouvementée, faire le point, se déclarer leur amour mais aussi, touche d’humour,  à se chamailler bien que leur temps soit compté… La vraie vie, quoi !

Je ne lis pas énormément de SF, la plupart des romans que j’ai lus étant les « classiques » que l’on étudie à l’école (mais tout de même, j’ai quelques romans de prédilection, comme Solaris de Stanislas Lem qui est mon roman SF préféré…). Je suis donc sortie de ma zone de confort habituelle pour me propulser dans cette histoire d’amour dans l’espace, qui m’intriguait, et qui a le chic d’éviter les clichés tout frais moulus des romans à l’eau de rose pour sonder les questions sur la liberté, l’individu, le sacrifice, le couple, la famille, la responsabilité, la manipulation, le mensonge, les illusions, la société et tant d’autres choses. « Tu m’as toujours appris qu’il était essentiel d’être soi-même, qu’il fallait assumer la responsabilité de ses actes. Est-ce qu’obéir aux lois ne fait pas partie de ce qui peut être librement remis en question? »

J’ai aimé les références littéraires de ce roman, avec Shakespeare (Laërte, le nom du vaisseau spatial de Max et Carys, est une référence à Hamlet, comme ils le soulignent eux-mêmes), mais aussi Oscar Wilde, au détour de quelques lignes (« Alors, si j’étais un spécialiste en communication, mon nom serait Oscar ? Parfaitement, et j’imagine que le nom du vaisseau serait une référence à Oscar Wilde » ♥) et peut-être du titre. Bien évidemment, on ne peut que penser à Orwell, Wells et aussi au film Gravity. On croise même quelques ballades irlandaises. Et Cary est galloise ! Donc ça ne peut être que bien !

Une fois ouvert, on a du mal à reposer ce roman avant de l’avoir terminé : le suspense vous entraîne d’une page à l’autre, du présent au passé, au grès des expériences de Max et Carys dans l’espace pour tenter de survivre, et de leur vie terrestre en Europia. Je l’ai dévoré en deux jours (476 pages pour la version papier!).
Le point d’orgue arrive aux six minutes restantes qui tournent en boucle, se répètent, changent de perspective, vous font un peu tourner en bourrique. « Six minutes : le temps de cuire un oeuf mollet, le temps pour un couple moyen de faire l’amour. Le temps qu’il a fallu pour déciment entièrement New York. » Il y a des surprises et la fin vous oblige à revenir en arrière.

Si vous aimez les histoires d’amour, les sentiments intenses et vrais sans le côté mièvre, les trucs flippants aussi, ce roman est pour vous ! Ce premier livre de la Britannique Katie Khan est un mélange intéressant.

J’ai lu sur le net (mais où?) que ce livre allait être adapté au cinéma.

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De l’arsenic pour le goûter – Robin Stevens

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Traduit par Faustina Fiore

Deuxième tome des aventures de Hazel Wong et Daisy Wells, deux jeunes anglaises des années 30 qui ont eu la bonne idée de monter leur club de détectives, « Wells & Wong », pour notre plus grand bonheur !

Un coupable presque parfait nous immergeait dans le  pensionnat de Deepdean pour jeunes filles de bonne famille où Daisy et Hazel avaient résolu l’énigme du meurtre d’un de leur professeur, avant même la police. A la façon Sherlock et Watson.
Quelques mois plus tard, Hazel passe les vacances de Pâques chez Daisy, dans le manoir familial et victorien de Fallingford. Rien ne manque au décor : Lord et Lady (les parents de Daisy), meubles Chippendale, vase dynastie Ming, vieilleries, chandelles, poussière, recoins, tea, arsenic et… cadavre. De quoi se faire peur, pour de vrai. D’autant qu’une inondation due au mauvais temps isole totalement le manoir du reste du monde et empêche la police de se rendre sur place.

Comme dans le premier volume, ce que nous lisons est le compte rendu de Hazel sur l’enquête menée par le club de détectives « Wells et Wong », commencé précisément le  13 avril 1935. Après l’évocation du château familial et de l’ambiance qui y règne, nous arrivons assez rapidement au goûter d’anniversaire de Daisy pour fêter ses quatorze ans. Un certain Mr Curtis, qui semble beaucoup plaire à Lady Hastings, (mais beaucoup moins à son mari !) boit une tasse de thé, lui trouve un goût amer puis a assez vite des problèmes beaucoup plus compliqués qui vont faire de lui… un cadavre.
A la manière d’Agatha Christie, un cadavre et des suspects dans un endroit clos où personne ne peut sortir. Hazel et Daisy reprennent donc du service, aidées par deux autres camarades qui leur servent d’assistantes, ont juré sur leur tête de ne pas révéler l’existence de ce club secret sous peine de « tortures médiévales ». 🙂

On ne s’ennuie pas une seconde, entre fausses pistes et élimination des suspects après déductions. Une tante cleptomane, une drôle de gouvernante et voilà de quoi s’amuser encore plus. Daisy se trouve confrontée à la probable culpabilité de son père ; Hazel à celle du jeune garçon qui attire toute son attention. Dure la vie !

J’ai aimé, comme dans le premier volume, l’ambiance « vintage » de cette série. Tant dans l’histoire que dans la présentation typographique et graphique soignée de chaque chapitre. Une jolie couverture vert pistache qui attire l’oeil : un vrai bonheur.

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J’ai néanmoins remarqué une invraisemblance : comment un agent secret peut-il écrire de fausses lettres de recommandation avec des fautes d’orthographe ? Cela ne fait-il pas un peu amateur, tout de même, mon cher Watson ?  🙂
Mis à part ce détail qui n’enlève rien au charme du roman, un bon moment de lecture qui plaira à tous les jeunes lecteurs (à partir de 11 ans) amateurs de suspense, d’Agatha Christie et de Sherlock Holmes.
Je crois savoir qu’il y a encore trois tomes : vivement la suite !

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Merci à Flammarion Jeunesse !

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Lettres choisies de la famille Brontë

51AoR0FBtNLTraduites et annotées par Constance Lacroix

Pendant un mois, je me suis plongée dans la correspondance de la famille Brontë, traduite pour la première fois en français – l’occasion de refaire mentalement le voyage à Haworth d’il y a deux ans. Trois cents lettres, écrites entre 1821 et 1855, en grande majorité celles de Charlotte, qui dialogue avec son amie de toujours Ellen Nussey, ou son éditeur, entre autres. Mais aussi quelques unes d’Emily, de Anne et de Branwell ou de leur père, le révérend Patrick Brontë.

Ces lettres furent ma lecture de chevet, chaque soir. C’est avec plaisir et émotion que l’on se retrouve plongé dans l’intimité de cette famille devenue mythique. Des personnes réelles devenues des personnages. Parce que finalement, ce recueil épistolaire se lit comme un roman polyphonique, sous l’ascendant de Charlotte qui était sans doute la plus sociable de la famille et qui a survécu à son frère et ses soeurs.
On est frappé par l’isolement de cette famille qui semble vivre en huis clos,  recluse, et dont les lettres sont, semble-t-il, pour Charlotte, outre un moyen de dialoguer, aussi une manière de s’évader.  Si elle ne reproche pas ouvertement à son amie Ellen de ne pas être venue la visiter, sa déception est à peine voilée : « Nous vous avons longuement et ardemment attendue, ce mardi où vous nous aviez promis une visite – je me suis usé la vue à vous guetter par la fenêtre, armée de mon lorgnon, et parfois même le nez chaussé de besicles. »
Pourtant,  si dans un premier temps, Emily et Charlotte sont parties jusqu’à Bruxelles pour se former, avec dans l’idée d’ouvrir à leur retour leur propre pensionnat pour jeunes filles à Haworth, leur dessein sera contrarié et elles renonceront définitivement.
C’est l’écriture qui prend le relais pour de bon, mais voilée de secret, avec une première publication conjointe des trois soeurs, en 1846, sous des pseudonymes masculins.
Et puis, c’est Jane Eyre, publié en 16 octobre 1847 sous le pseudonyme utilisé par Charlotte :  Currer Bell. Un succès immédiat, un roman plébiscité par Thackeray. Currer Bell, un auteur mystère qui suscite la curiosité, les supputations les plus folles sur son identité, même si l’identité d’une femme ne fait pas de doute.  « Si Thackeray s’enquiert à nouveau de l’identité de Currer Bell, dites-lui que c’est, et cela doit rester, un secret jalousement gardé pour la bonne et simple raison qu’elle ne mérite pas d’être révélée – fait qui n’aura pas échappé à sa perspicacité. », écrit Charlotte.
Charlotte cachera même à sa meilleure amie être l’auteur de Jane Eyre. C’est assez étonnant.

Ces lettres nous plongent, à leur manière, dans les salons littéraires anglais de l’époque. Ainsi apprenons-nous que Charlotte n’appréciait guère Jane Austen, qu’elle lui préfère la Française George Sand ! En revanche, elle est littérairement très proche d’Elizabeth Gaskell, avec qui elle entretient une correspondance : « J’ai lu En visite à Cranford avec un de ces plaisirs qui vous semblent toujours de trop courte durée. J’aurais voulu que le texte fut deux fois plus long. »

Si Emily, Charlotte et Anne sont des génies littéraires qui se cachent, Branwell, lui, a tout de l’artiste imbu de lui-même, d’une manière assez délirante. J’avoue qu’il ne m’a guère été sympathique. Instable, fragile, il plonge dans l’alcool, l’opium et autres stupéfiants. Charlotte déplore à de nombreuses reprises son attitude et désespère dès 1845 : « Mes espoirs sont au plus bas en ce qui concerne Branwell. Je crains parfois qu’il ne parvienne jamais à rien de valable. » Il rend la vie impossible à sa famille, extorque de l’argent à son père en menaçant de se suicider s’il ne lui donne pas satisfaction.

Pourtant, son décès brutal, en septembre 1848 laissera les Brontë dans une grande mélancolie. 1849, année terrible qui verra disparaître Emily deux mois après son frère. Puis ce sera Anne. La mort qui frappe comme une malédiction : « Les jours de cet hiver sont traînés, sombres et pesants, comme un convoi funéraires; depuis septembre, la maladie ne s’est pas éloignée un instant de la maison – c’est étrange – il n’en était pas ainsi jadis – et pourtant tout ceci, je le soupçonne, était en marche depuis des années(…) ».
Des pages très émouvantes, notamment la lettre de Patrick Brontë : « J’ai connu, à la vérité, plus que mon lot d’afflictions dernièrement – mais telle était la volonté du Seigneur – et le devoir m’ordonne de me résigner. Mon unique Fils s’est éteint, suivi de près par une fille que j’aimais tendrement. Les larmes sont permises au milieu de tels maux, puisque le Christ lui-même pleura son ami défunt (…) ». Ou celles de Charlotte, la seule survivante à ses cadets :
« Le 24 septembre, mon unique frère (…) mourut – d’une mort qui nous frappa bien brutalement. L’avant-veille, il s’était encore rendu au village. Ce fut un coup terrible. Il n’était pas même enseveli que je tombai malade. Je fus prise d’une fièvre nerveuse, qui me rongea sourdement, me laissant sans force. Je fus lente à me rétablir, et ce fut alors que ma Soeur Emily – que vous avez côtoyée jadis – contracta une inflammation pulmonaire – une pleurésie se déclara – nous vécûmes deux mois dans une torturante alternance d’espoir et de crainte : enfin le 19 décembre – elle mourut.
A peine la tombe se fut-elle refermée sur Emily qu’Anne, ma plus jeune soeur, la seule qui me restât, présenta à son tour des symptômes qui nous jetèrent dans les plus vives alarmes. (…) Ma pauvre soeur est partie en paix pour sa dernière demeure. Elle est morte ce lundi. (…) Le spectacle des chambres vides, qui jadis abritaient les êtres les plus chers à mon coeur – et où désormais planera éternellement – je crois – l’ombre de leurs derniers instants. »

Charlotte écrivait à Ellen en lui disant : « Je suis certainement vouée à finir vieille fille, Ellen – je ne peux espérer d’autres occasions. Qu’importe, je me suis résignée à ce destin dès l’âge de douze ans »; elle se mariera le 29 juin 1854 au vicaire de son père, Arthur Bell Nicholls, mais meurt en mars 1855, à l’âge de 39 ans, renonçant à tout traitement sur le mal qui la ronge. Une vraie femme libre.

Ainsi se referme la porte du presbytère de Haworth, où infusait à l’insu de tous, le génie littéraire de trois soeurs, marqué du sceau de la tragédie.

Ces Lettres choisies sont une invitation à (re)lire toute l’oeuvre des Brontë et à faire le voyage à Haworth, que je vous recommande. J’y suis allée, très émue mais aussi impatiente. J’ai dévalisé la librairie, et tout et tout…

(c) Village de Haworth, Yorkshire, avec l’entrée du presbytère

 

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(c) Le pub, où Charlotte Brontë aimait se rendre

Le presbytère, à présent transformé en musée (où les photos sont interdites, comme pour mieux préserver le mystère) est très bien conçu, on y sent Charlotte, Emily, Anne, Branwell et Patrick vous frôler. C’est aussi l’un des sites littéraires les plus visités d’Angleterre, alors pour être tranquille, il faut y aller tôt, pour mettre une distance entre vous et les foules « déchaînées ». Et là, c’est génial ! Le village est mignon, bien évidemment dédié à la famille devenue mythique. J’y suis allée en été, il faudrait que j’y retourne en hiver pour mieux sentir l’austère climat du Yorkshire.

Merci aux Editions de la Table Ronde, une fois de plus pour cette excellente pioche ! 😉

 

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Mrs Hemingway – Naomi Wood

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Pause lecture au Jardin du Luxembourg à Paris où Hemingway aimait venir chasser le pigeon, dans les années 1920

Traduit par Karine Degliame-O’Keeffe

Mrs Hemingway. Un titre qui aiguise la curiosité. Ernest Hemingway n’est plus à présenter, tout le monde connaît au moins les titres de ses romans, à défaut de les avoir lus. J’avoue, je n’en ai lu qu’un, il y a très longtemps : Le vieil homme et la mer, qu’on m’avait offert. Je ne savais pas du tout qu’il était un homme à femmes, enchaînant conquêtes, mariages, maîtresses. Pourtant, il ne faut pas s’y tromper, Naomi Wood ne vous invite pas à un portrait moralisateur du grand écrivain, journaliste et baroudeur. Encore moins à une bluette sentimentale à l’eau de rose. Ce livre n’est pas de la veine de la romance. C’est même tout le contraire. Dans ce roman construit sur le point de vue successif des quatre femmes qu’il a épousées (Hadley Richardson, Fife, Martha Gellhorn et Mary Welsh), ce sont ces femmes de l’ombre qu’elle met en lumière, dans une sorte de portrait décalé, peu connu, qui nous plonge dans l’intimité de l’écrivain, sans voyeurisme mais également sans tabous. Ce n’est pas un portrait corrosif et vengeur non plus. Hadley, Fife, Martha et Mary ont toutes aimé Ernest et inversement. Quitte à composer parfois un ménage à trois, sans s’y empêtrer non plus. Ces femmes hors normes ont participé du mythe de l’écrivain mondialement connu, dont tout le monde savait qu’il était un « tombeur ».

Au fil des pages qui nous promène d’Antibes à Paris, de Cuba, à l’Espagne de la Floride à l’Arkansas ou l’Idaho, dans le désordre, se dessine le portrait fragile d’un colosse aux pieds d’argile : un homme fuyant la solitude, avec un besoin vital d’être entouré,  de femmes mais aussi de mots,  pour mieux oublier les démons qui viennent le hanter. Ecrire pour ne pas mourir ou devenir fou. « Parfois, lorsque Fife lui apportait un gin tonique dans son bureau en fin de journée, elle le surprenait les yeux empreints d’une tristesse immense, rivé sur sa page comme s’il avait devant lui le visage mort de son père. »
« Perdre sa capacité à écrire c’était perdre sa capacité à libérer son esprit de ses angoisses. Ecrire c’était entrer dans une maison magnifique : un lieu propre et éclairé où la lumière tombait en de grands faisceaux blancs sur de beaux parquets en bois. Ecrire c’était se sentir chez soi, c’était y voir clair. »

En public, Hemingway présente un ego imposant, pour mieux cacher une grande fragilité et sensibilité. C’est finalement ce qui fait un grand écrivain doté d’une bonne plume. « Elle ne serait pas surprise d’entendre dire qu’Ernest a libéré la ville Lumière à lui seul », dit Martha. « Dans ses articles, Martha s’intéresse à la petite histoire, aux choses qu’elle observe de près ; dans les reportages d’Ernest, il se met toujours en scène, lui, le grand écrivain, bien droit au milieu du récit comme un dictateur bedonnant haranguant les foules sur une place. »
C’était aussi quelqu’un d’assez insupportable à vivre. Provoquant parfois la rage et les affres de la jalousie chez celles qu’il avait épousées, en multipliant les conquêtes. Cela donne lieu à quelques scènes cocasses : « La robe bleue est suspendue dans l’armoire. Elle ira brûler son cadeau – dehors dans l’incinérateur d’ordures. » Sans parler des disques rayés parce que le couple se les balançait à la figure lors de disputes🙂

Je me suis surtout attachée au personnage de Martha, qui a eu le courage de le larguer et d’aller toquer sur l’épaule de celle qui était en voie de lui succéder au titre d’épouse, comme un petit arrangement entre amies, pour mieux retrouver sa liberté. La scène est croustillante. « Tout ce que je veux c’est me libérer de ce mariage, dit Martha, lentement. Je veux mon nom sur mon passeport. » Voilà ce qu’elle dit à Mary, pour se débarrasser d’Ernest ! 🙂  « La vie d’une femme d’écrivain n’était pas pour elle. Elle partait à la guerre. »
Mary Welsh, la pauvre qui aura certainement vécu le pire : ne pas pouvoir sauver Ernest. La fin est sincèrement émouvante.

Ce roman est également une belle plongée dans l’univers « journalistico-littéraire » des années 1920-1960. J’ai aimé me promener dans les rues de Paris, pour aller chez Shakespeare and Co,  qui était alors rue de l’Odéon, et trouver un libraire qui évoque Joyce !

Un bel hommage à Ernest Hemingway, dans un portrait décalé et sensible, qui met en lumière de manière brillante les femmes qui ont façonné son mythe.
Un roman donne envie de (re)lire l’oeuvre d’Ernest Hemingway. Mais aussi d’en savoir un peu plus sur ces femmes.
Je classe ce roman parmi mes coups de coeur 2017.

Mille mercis aux Editions de la Table Ronde pour la découverte en avant-première !

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Enael – tome 3 : L’alliée

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Traduit par Nadège Traoré-Dulot et Marie Hermet

« Si tu croises une fée sur la route,
laisse-la passer. Sois gentil.
Tu la reconnaîtras à ses cheveux roux
et ses yeux verts. Elle accorde
à tous les humains trois voeux.
Ne manque pas de les lui demander.
Si tu as été gentil,
elle les réalisera sans condition.
Si tu as été méchant, elle les déformera
et les réalisera tout de travers.
Alors n’oublie jamais de leur laisser
du lait et des gâteaux. »
Kathleen McNeal du Glen

Troisième opus des aventures fantastiques d’Enael, l’Irlandaise bien contemporaine, qui vit dans le comté du Mayo, à Kilduff. Une gamine qui s’aperçoit au fil du temps qu’elle est différente des autres. Dans les volumes précédents, elle découvre que sa vraie mère est une fée et qu’elle a été déposée dans un berceau par une banshee en échange d’un bébé humain malade, Eva, devenue une changeling, emmenée par la créature malfaisante au royaume de la Jeunesse Eternelle. Enael tombe amoureuse de Shay, qui se laisser piéger par une lenanshe, une créature qui suce le coeur des hommes qui tombent amoureux d’elle avec une paille jusqu’à ce qu’ils meurent !
Je vous renvoie à mes deux chroniques sur les volumes précédents pour les détails de l’histoire.
Dans le présent volume, Helen Falconer joue à merveille avec les faux-semblants, les jeux de dupes, entre humains et démons, dans une folle course poursuite. Carla, la meilleure amie d’Enael, n’en revient pas que cette dernière lui ait piqué son petit copain, le beau Killian. Elle n’en revient pas qu’elle soit devenue la nouvelle coqueluche de ses ennemis jurées au lycée, les pestes Sinead et Loris. Pendant ce temps, Killian est comme un coq en pâte :Enael lui fait tout ce qu’il veut… Mais rappelez-vous : c’est pour mieux te croquer mon enfant… 🙂 🙂
Vous allez faire la connaissance d’une charmante bestiole du folkore irlandais, le pooka. J’ai beaucoup aimé la manière de présenter cette créature d’abord sous l’identité d’une petite fille seule, perdue et affamée : c’est trop mignon !  Mais attention, les enfants, je le répète, c’est pour mieux vous croquer ! 🙂 La lectrice que je suis a failli se faire avoir, mais elle s’est grave méfié quand elle a vu une mamie se faire manger sous ses yeux en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire :
« La pooka se léchait les babines; il ne restait plus une miette de la vieille dame. Elle croqua les os, croustillants à souhait, mais laissa les pieds, trop durs sous la dent. » 🙂 🙂
Plus d’une fois j’ai souri dans les scènes de la première partie du roman… Mais aussi frémi, avec Carla, qui découvre finalement qui se cache sous les traits d’Enael, cette Enael pas tout à fait comme d’habitude. J’étais hilare avec la scène du curé du village face aux démons. Et le coup des rouleaux de « PQ », mesdames les traductrices, c’est vraiment ainsi dans la VO ? C’est bête mais je me suis posé la question…

Helen Falconer semble s’être beaucoup amusée avec certaines scènes, pour le plus grand plaisir du lecteur, entraîné dans une aventure plus folle que jamais. Pooka, dullahans, sluaghs, lenanshees, deargdue, que vous connaissez déjà si vous avez lu les deux volumes précédents, mais aussi grogochs : rien ne manque. Heureusement Carla a trouvé le Catalogue complet des fées et créatures surnaturelles d’Irlande, qui lui donnera les remèdes pour combattre chaque créature maléfique : pierre de cristal, argent, or, aubépine et gui sacré… Il faut dire que lorsque les démons ont décidé d’envahir le village,  ça met juste l’hystérie collective et une panique pas possible. Les scènes de la fin sont particulièrement réussies !
Un roman qui reste ancré dans le monde adolescent très contemporain, tendance 2.0 mais qui bascule dans la folkore mythologique millénaire traditionnel des Thuata Dé Danna. Une belle alliance pour une lecture très distrayante, qui sait ménager, suspense, humour, frayeur mais aussi poésie et amour.

Si vous avez besoin de vous changer les idées, de partir pour une grande aventure fantasy sur fond de folklore irlandais, c’est le moment de plonger du côté de Tir Na Nog!
On croit deviner qu’il y a une suite : on sait dorénavant qui est la mère d’Enael. Mais elle a aussi, bien évidemment un père.

« Un jour, elle s’envolerait vers ces îles. Elle s’assoirait sur le rocher pour regarder la marée monter, descendre, faire onduler la soie verte sur laquelle reposait sa mère la fée ; l’eau laverait ses cheveux roux et or. Enael déposerait la tresse de cheveux de son père entre les mains de sa mère et réunirait ainsi les vieux amants.
Un jour.
Un autre jour. »

Extraits :

« Enaël fit jaillir comme un torrent de lumière, repoussant Dorocha dans la sacristie et le plaquant contre le mur. Les banshees l’encerclèrent , mais soudain, une vague de monstres hurlants, menés par une loutre furieuse chevauchant un énorme chien vert, déferla dans la sacristie. D’autres chiens démons, des énormes chats blancs aux yeux rouges, d’affreux cochons traînant des algues sous leur ventre, tous se jetèrent dans la bataille. Ils poursuivirent les banshees dans le cimetière, les rattrapèrent, les mordirent. Les cooshees fonçaient vers le portail pour attaquer ce qu’il restait des dullahans, les merrows se jetaient par-dessus le mur pour faire fuir les druides à toutes jambes… »

« Le père Leahy eut une attaque ; en tout cas, ça y ressemblait. Il se mit à hurler, recula en trébuchant vers l’église, et fouilla sous ses vêtements pour sortir son crucifix. »

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Mille mercis à Flammarion Jeunesse d’avoir accepté de m’envoyer ce roman !

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Assez de bleu dans le ciel – Maggie O’Farrell

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Traduit par Sarah Tardy

Assez de bleu dans le ciel, un titre français qui tombe à pic pour respirer loin de l’atmosphère plus que nauséabonde qui règne sur les réseaux sociaux dont je m’éloigne pour quelques temps.  L’hypocrisie et la méchanceté ont des limites. L’intolérance aussi 😦 .
Pour vivre heureux, vivons cachés. Profitons de la lecture et des sorties littéraires qui s’annoncent sympathiques. Et des amis, des vrais, pour partager les belles choses qui nous rassemblent. Les autres, je les renvoie à leur Prozac, à leur morale, plutôt que de taper sur les mauvaises personnes.
Je les laisse à la violence de leurs mots, dont ils ne comprennent visiblement pas la force : se faire traiter de « pollueur », puis d’« esprit toxique », (sic!), de lire « tes commentaires exacerbés commencent à me gaver » (exacerbés ? et sur mon mur en plus, sérieux, j’ai le droit de dire ce que je pense !), puis lire « tu m’as viré de tes contacts comme une malpropre » (ben genre je vais continuer à me laisser taper sur la tronche sans moufter tant que j’y suis), je me demande où est leur sens du respect d’une opinion différente de la leur. Je ne parle même pas du reste tellement hallucinant que je n’en reviens pas. Et ils peuvent se rouler par terre de rage : la peur n’évite pas le danger et les coupables ne sont pas les abstentionnistes mais les électeurs de Le Pen. Faut pas sortir de St Cyr quand même… La mauvaise foi a aussi des limites.

Revenons à nos moutons (irlandais). Le dernier Maggie O’Farrell dont j’ai lu quasiment tous les romans (sauf Quand tu es parti, qui est dans ma bibliothèque depuis des lustres, était épuisé, mais vient d’être réédité chez 10/18).
Daniel, un Américain parti fêter les 90 ans de son père dans le Donegal en Irlande, tombe sur Claudette, en panne sur le bord de la route. La dame est un zeste agressive, comme sur le qui-vive. C’est son fils, Ari, un gamin bègue qui l’a guidé jusqu’à elle.
L’histoire racontée par Maggie O’Farrell n’est pas chronologique. Tous les romans que j’ai lus récemment explorent cette même technique de la narration « éclatée ». Je me demande si c’est une question de mode ? Sans doute. En tout cas une technique qui permet de ménager le suspense en dévoilant le passé des personnages, leur part sombre, de creuser leur complexité.
Le portrait de Claudette, présenté par son mari Daniel est pour le moins surprenant au premier abord (elle vient juste de le fiche dehors, certes, mais quand même) : « Ma femme – je dois vous le dire -, ma femme est folle. Pas folle à enfermer avec des médicaments et des hommes en blouse blanche (bien que je me demande, parfois, si elle ne l’a pas déjà été), mais folle dans un sens plus subtil, plus acceptable socialement, moins voyant. Elle ne pense pas de la même manière que les autres. Sortir un flingue devant un type qui traîne autour de votre maison, très probablement en toute innocence, est pour elle une réponse non seulement admise, mais encore appropriée. » 🙂
Claudette n’est donc pas une tiède et on a l’impression que Daniel est tout le contraire. Pourtant…
Le fil du récit va dévoiler l’histoire complexe de ce couple hors normes, construit sur un passé ignoré de l’autre, de blessures. De morts. D’alcool.

Il est difficile de parler du roman sans en dévoiler trop. L’intérêt réside dans sa construction vertigineuse qui nous fait voyager à travers le temps – mais de manière non chronologique, et les continents (les USA, l’Irlande, la France).
Finalement, c’est l’histoire de deux naufragés : Claudette et Daniel. Claudette, ancienne star de cinéma, qui a tout plaqué du jour au lendemain pour venir se cacher avec son fils Ari âgé de 6 ans en Irlande.  Elle a quitté son mari, cinéaste, sa vie fait de futilités et d’argent coulant à flots, pris la fuite pour se retrouver.
Daniel est linguiste. Il aidera Ari à atténuer son handicap. Et c’est par Ari qu’il fera la connaissance de Claudette. La communication entre Claudette et Daniel n’ira pas de soi. Un couple qui va se bâtir sur une construction improbable.
Daniel, dont le passé ressurgi via une information radio qui lui apprend la mort d’une certaine Nichola il y a des années. Son premier amour. La mort semble quelque chose qui le poursuit, la marque de fabrique dont il se sent coupable et responsable : « Comment intégre-t-on dans la vie de tous les jours, l’idée d’avoir tué quelqu’un ? Comment accomplir tous les petits rituels du quotidien tout en sachant qu’à cause de vous une femme a trouvé la mort ? »
Daniel, après Nichola et avant Claudette a été marié. Sa fille Phoebe, ado partie s’acheter du gloss avec une copine, s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, tuée par un tireur fou.
Assumer deux morts, c’est trop pour Daniel qui se noie dans l’alcool, se met à vivre reclus chez lui. Il faudra toute la force et l’amour de ses enfants pour le sortir de là. Et aussi l’amour de Claudette. Chacun va devoir mettre une partie de son ego de côté pour se sauver de l’effondrement rédhibitoire.

Un bon gros pavé de presque 500 pages que j’ai englouti en une semaine. Un bon moment de lecture, même si je me suis, par instants, un peu perdue en route. Entre les nombreux personnages et les liens qui les relient entre eux.  Pas mon préféré de l’auteure qui reste pour l’instant l’indétrônable Etrange disparition d’Esme Lennox.

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Abstention, bande de cons ?

Toute la semaine, ce fut insultes, mépris, leçon de morale,de la part de ceux qui prétendent sauver la démocratie mais qui finalement semblent, pour la plupart, de bien piètres démocrates quand on a une idée différente de la leur pour le second tour des présidentielles : l’abstention ou le vote blanc.

Le summum a été atteint quand on découvre dans son fil d’actualité sur Facebook, le partage d’un dessin de publié sur la page FB de Charlie Hebdo (ou plutôt feu Charlie Hebdo, parce qu’on sait tous que Charlie est mort) :

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Je suis capable d’accepter les idées des autres, je ne porte pas de jugement sur ceux qui ont voté Macron au 1er tour. En revanche je n’apprécie pas de me faire insulter et traiter de con(n)e parce qu’on ne veut voter ni pour leur chouchou ni pour Le Pen.  Si Le Pen gagne, ce ne sera pas la faute des abstentionnistes mais des gouvernements successifs, de ceux qui ont autorisé ce parti néo-facho-nazi d’avoir droit de cité ; les médias qui l’ont présenté comme un parti conventionnel, dédiabolisé à longueur d’années. Et ceux qui ont voté pour lui AU 1ER TOUR. C’est étrange comme on ne leur tombe pas dessus à bras raccourcis, d’ailleurs…
Ce sera la faute de Hollande, Valls et toute la clique soi-disant de « gauche » qui ont appliqué une politique de droite, fait une primaire de Polichinelle, lâché leur élu (Hamon) pour aller voter pour l’ultra-libéral Macron, qui tourne sa veste à longueur de temps et dont le programme est tout sauf franchement clair.
Libre à eux de penser que c’est un démocrate, moi j’en étais encore moins persuadée ce matin en entendant France Info annoncer qu’il n’envisageait aucune alliance et voulait les pleins pouvoirs. Le petit roi avant même d’être arrivé sur le trône. Ce mec imbu de sa petite personne me fait autant vomir que Le Pen. Au-delà même de ses idées louches.

Mais je ne porte pas de jugement sur ceux qui voteront pour lui. Libre à chacun de voter (ou non) en son âme et conscience. Je ne vote plus contre mes idées et on ne peut obliger personne à le faire, sauf dans les systèmes totalitaires, quand il existe encore des élections – de fantoches. Mais je refuse de me faire insulter avec ce genre de dessin et par ceux qui partagent ce genre de dessin sur leur profil, vivent des livres et par ce même biais traitent leurs lecteurs de cons ! C’est vraiment la classe ! Je leur laisse leur grosse tête et leur morale à deux centimes d’euros. Au moins qu’ils aient la décence, l’intelligence d’activer des paramètres de confidentialité. J’ai juste envie de leur donner un miroir pour qu’ils se regardent. Et un parachute pour atterrir.

Je me suis promis de ne plus acheter de livres avec leur nom dessus. Et encore moins de les chroniquer.  De faire du ménage dans mes étagères. J’ai plein de belles choses à y caser, ce sera l’occasion d’y faire de la place. Et de remplacer certaines VF par la VO pour quelques uns.
Leur exultation de joie aux résultats du second tour, je les entends déjà. Je sais déjà que quel que soit le résultat, pour moi, ce sera des larmes, contenues ou non. Et de la rage. La rage, la colère qui ne me quitte pas devant l’état de décadence de la France. La rage devant l’intolérance. La rage devant l’hypocrisie. En tout état de cause, la pérénisation de l’hypocrisie du système électoral en France, ce sera sans moi. En 2002 j’étais dans la rue et j’ai voté Chirac. En 2012 j’ai voté Hollande et j’étais gonflée à bloc d’espoir. Or on s’est moqué de mon vote pendant 15 ans. Les politicards élus s’en sont torché comme avec un PQ. Donc cette fois c’est moi qui leur rend leur PQ plein de merde et laisse le Macron sauver le pays, puisqu’il se présente comme tel. Et c’est mon DROIT le plus strict.
Derrière, il y a les législatives et quel que soit le résultat des présidentielles, j’espère que les deux candidats se prendront un râteau (laissez-moi rêver, et rappelez-vous que c’est le PS qui a fait des législatives un quinquennat pour éviter les cohabitations…).

La prochaine fois, plus de politique, mais des belles choses, de vraies belles choses. Je suis en retard dans mes chroniques, j’ai été très gâtée et j’ai aussi du retard dans mes lectures, mais la littérature est le refuge qu’il nous reste. Quoi qu’il advienne.  Voilà, j’ai dit ce que j’avais sur la patate.

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Edit du 6 mai : chronique vue 286 fois, ce qui me fait halluciner !
En tout état de cause, demain je ne participe pas au concours de pourriture. Ce n’est pas la peine de nous ressortir tous les trucs qu’on connaît déjà sur qui est le FN et l’extrême-droite comme si nous étions des abrutis irresponsables. Qui a visité les camps de concentration de Pologne ? Je l’ai fait. J’en suis ressortie comme on peut en ressortir quand on est concerné par l’histoire passée… Je suis fière d’être une petite fille de résistant. Résister c’est désobéir devant  la tromperie, le mensonge, le chantage et l’immondice. Résister ce n’est pas voter contre ses idées.
Le seul vote utile est celui qui représente mes idées. Aucun candidat du second tour ne les représente. Je n’y suis pour rien. Je les renvoie dos à dos ainsi que toute la politique mise en place en France pendant des années, l’épouvantail Le Pen dont on se sert constamment pour jouer avec la peur et obliger la majorité des électeurs à voter en dépit de ce qu’ils soutiennent. C’est n’importe quoi. Ca me fait pleurer.

Il est un peu tard pour avoir peur, le piège va se refermer de part et d’autre. Je suis dedans, comme les autres. Mais je n’aurais pas participé à cette mascarade dégoûtante.

 

 

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