Dernière nuit à Montréal – Emily St. John Mandel

71MrLRpzEGL.jpg

Traduit par Gérard de Chergé

Un jour Lilia disparait et Eli, son petit ami, thésard sur la disparition des langues, se lance à sa recherche. Je vais bien être embêtée pour parler de l’histoire de ce roman de la Canadienne Emily St. John Mandel car en fait il n’y a pas vraiment d’histoire, si ce n’est celle d’une disparition. Je dirais même que c’est la force de ce roman dont l’héroïne est absente des pages au présent. On la croise au passé, mais c’est tout. C’est l’histoire d’une absence, d’une vie de fugue et des traces laissées dans la vie de ceux qui l’ont croisée. D’une perception du monde à travers les mots et les langues dont la plupart sont (aussi) amenées à disparaître ou ont disparu.
Ce n’est pas une histoire dans laquelle on entre d’emblée. J’ai mis 150 pages à l’apprivoiser à force de patience mais aussi parce que c’est également une lecture hypnotique qui vous traîne de nuit, dans la rue, les bars, les discothèques et les chambres d’hôtel et sur les routes. Une atmosphère de déréliction dont on ne parvient pas à l’extraire, alors on se laisse entraîner sur la trace d’un fantôme.
C’est l’histoire d’une énigme, celle du secret de Lilia. Que l’on ne comprend qu’à la fin, parce qu’une seule personne le connaît et a promis de ne jamais le révéler. Sauf que…
Un récit fait de multiples histoires qui forment un puzzle kaléidoscopique tout à fait plausible dans son étrangeté.

Un roman étrange donc, mais fascinant même si je lui ai trouvé quelques longueurs malgré la majesté de la plume d’Emily St. John Mandel. Je n’ai pas pu l’abandonner même si, par instant, l’auteur aime vous perdre entre l’Arizona, le Nouveau Mexique  le Québec et Rome. Parfois on ne sait plus trop où l’on en est, un peu comme Eli qui se désespère d’arriver à retrouver Lilia au point d’en avoir des hallucinations, d’entendre sa voix ou de voir sa silhouette là où elle n’est pas.
J’ai bien aimé le parallèle entre la disparition des langues et la disparition de Lilia. Original !
Donc voilà, une chronique étrange sur un roman du vide laissé par une absence. 🙂

Extraits :
« (…) Je te quitte pour toujours brodés sur le devant de sa parka. Quelque chose lui parut bel et bien un peu insolite, mais il n’en tint pas compte, tout à l’excitation de la chasse au papillon -jusqu’au moment où, plus tard, trop tard, quelque part entre les mots d’emprunt des Andes et les dialectes perdus de l’ancienne Californie, il jeta un coup d’oeil distrait à la pendule. »

« La majorité des langues, lui annonça-t-il solennellement, sont appelées à disparaître. (…) sur les six mille langues actuellement parlées sur terre, quatre-vingt-dix pour cent sont en danger et la moitié n’existeront plus d’ici la fin du siècle prochain. »

« Trois mille langues, vouées à l’extinction. Il était devenu obsédé par l’intraduisible : son idée, et le sujet de sa thèse (…) »

« Lilia avait conscience par moments, à côté d’elle, d’une présence à demi entrevue, évanescente, indirectement apparente, comme les étoiles que l’on peu voir uniquement quand on détourne les yeux. »

Publié dans Littérature canadienne | Tagué , , , | 4 commentaires

Wondercat t. 1 : un chat bleu très très spécial – Audren

81aenxphqhl

Illustré par Fabrice Pialot

En traînant sur le stand d’Albin Michel au salon de Montreuil, un petit livre a attiré mon attention à cause de ce chat bleu. Je l’ai retourné pour lire la 4e de couverture :
« Le rêve de Tibère se réalise enfin : sa famille adopte un chat ! Mais, l’animal se révèle plus qu’étrange : il est bleu, il aime les crêpes Suzette et les jeux vidéo, et il communique par la pensée sur les écrans des téléphones portables. Il est extrêmement capricieux, un véritable dictateur à quatre pattes ».
J’adore les chats et il avait une bonne bouille. Et zouh, adjugé vendu !
Je me doutais bien que le livre avait un côté loufoque, évidemment. Mais j’étais loin de m’imaginer où m’entraînerait cette histoire. Tibère a une soeur blogueuse, un père informaticien en déprime parce qu’il vient de perdre son papa, un 11 septembre de surcroît. La météo de la famille n’est donc pas au beau fixe alors la mère du gamin décide d’adopter un chat. Ce chat est bleu mais tout le monde pense que c’est dû à une mauvaise blague de ses anciens maîtres. Tout le monde croit que la soeur de Tibère s’est fait piraté son blog quand apparaissent de drôles de messages où elle y va à qui mieux mieux pour balancer des photos du chat qu’elle a déguisé et affublé du nom ridicule de « BG » pour « Beau Gosse ». A côté de cela, l’animal est très capricieux et très très spécial quant à son régime alimentaire puisqu’il adore les crêpes Suzette. Il veut manger à table comme un humain, dormir dans un lit. Un chat qui vous agace à longueur de journée. La mère décide de le recadrer et de le remettre à sa place d’animal. Furieux il claque la porte et finalement, toute la famille se mobilise pour le retrouver.

J’ai beaucoup aimé cette histoire où Audren ne bride pas son imagination : on se demande à toutes les pages quel nouvel élément incroyable elle va inclure dans son récit. Un roman pourtant ancré dans le contemporain et le réel avec des gamins qui bloguent à qui mieux mieux tout et n’importe quoi dans l’illusion de devenir des stars du web, quelqu’un,  mais qui se prennent finalement une leçon de vie grâce à un chat surdoué et bleu 🙂 .
La technologie occupe un place importante avec cette bestiole qui communique par téléphone portable parce qu’elle est « cyberpathe ». Bref, la technologie c’est fabuleux, magique, incroyable, mais ça ne peut pas combler tous les vides ni la solitude. Et attention, aux mirages du virtuel, la réalité est parfois tout autre.

15337464_1339390262769831_733351813542307060_n

Le personnage du chat est bien agaçant, la mère qui veut tout recadrer et tout contrôler, pas moins, sans parler des deux blogueurs de l’histoire à qui on a envie de demander d’aller un peu voir dehors le temps qu’il fait. Finalement, seul le narrateur, le fils de cette famille ordinaire paraît supportable !

Un récit bien sympathique donc, dans un petit livre illustré tout mince qui vous arrachera des sourires. Une manière originale de mettre les gamins en garde contre l’illusion du web sous toutes ses formes, et pas que les gamins, d’ailleurs !

Un deuxième tome est à paraître en avril 2017. Je me demande ce qui nous attend !

Extrait :
« Je pensais à tous ces gens qui vivaient de fausses vies derrière leurs écrans et leurs réseaux sociaux, tous ces Camille qui s’accrochaient à leur blog ou à un chat bleu pour exister. Je m’inquiétais pour ma soeur qui, bien heureusement pour elle, ne se trouvait aucun point commun avec ces gens-là. »

« Tu as rouvert son blog ? lui demandai-je ?
– Non ! Mais il semblerait qu’une certaine Coeurdeponey ait fait l’acquisition d’un chat bleu semblable au nôtre, et s’en donne à coeur joie sur la blogosphère ».

« Grâce à Wondercat, papa se sentait ragaillardi. Il ne cessait de reprendre des forces comme on reprend du gâteau même quand on n’a plus faim, juste parce que c’est bon, juste parce que ça fait du bien. »

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Rentrée littéraire d’hiver : mes choix

Dans même pas un mois, on est déjà en janvier de l’année prochaine. Qui dit janvier, dit rentrée littéraire d’hiver, bien plus mystérieuse et discrète que celle de septembre-octobre qui nous noie sous la masse des publications. Mais cette année encore elle promet d’être savoureuse pour tous les amateurs de littératures irlandaise et nordique.
Et cette année, j’ai la grande chance de pouvoir lire quelques livres en avant première. 🙂

3 janvier
J’avoue que j’ai été déçue à deux reprises par les publications de Buchet Chastel et que du coup, je suis un peu frileuse. Mais je suis d’un naturel assez curieux en matière de littérature, donc, pourquoi pas ce nouveau Kevin Barry (auteur de Bohane,sombre cité) qui nous plante John Lennon dans la cambrousse du Mayo, ça peut être drôle. Donc, c’est parti pour L’oeuf de Lennon !

41nw2uh2nol-_sx341_bo1204203200_

Extrait de la présentation éditeur : « L’oeuf de Lennon imagine le voyage incognito de John Lennon en mai 1978, sur son île de Dorinish dans le comté de Mayo, au large de la côte ouest irlandaise. En pleine crise existentielle, John décide d’aller s’isoler sur ses terres pour y pousser son cri primitif et se libérer de ses démons. Mais pour ce faire, il doit d’abord quitter discrètement la côte en compagnie de son chauffeur et guide spirituel Cornelius O’Grady, sorte de Sancho Panza à l’irlandaise. »

4 janvier
Rendez-vous important de l’année, placé sous le signe d’Oscar Wilde et la plume de l’Anglaise, Siobhan Curham (l’auteur de l’hilarant Cher Dylan, entre autres), pour une nouvelle série,  Les Filles de Brick Lane, Tome 1 : « Ambre » dont j’ai pu lire un   extrait, grâce à Flammarion Jeunesse.

15327279_1338825209493003_5296625147059227639_n

L’histoire de 4 jeunes Anglaises, (une photographe amateur, une blogueuse assidue, une poétesse en devenir et une enfant de parents célèbres et divorcés) qui « en ont marre qu’on leur dise qui il faut être et à qui il faut ressembler » et décident de monter un club secret pour trouver confiance en elles afin d’aller au bout de leurs rêves. J’ai hâte d’en savoir plus ! 🙂

5 janvier
J’ai toujours Illska à lire dans ma liseuse, n’empêche que ce nouveau roman de l’Islandais Eiríkur Örn Norddahl, Heimska La stupidité, me tente  beaucoup aussi !

9791022605441

Extrait de la présentation éditeur : « Dystopie contemporaine, Heimska est une satire vibrante de notre addiction à la vie des autres, de notre obsession de la transparence, de notre vanité sans bornes. Norðdahl passe le monde à la moulinette : l’art, l’amour et la politique sont autant d’illusions narcissiques qu’il convient de déboulonner avec une joie féroce. »

11 janvier
Un nouveau… Donal Ryan ! Mon coeur a fait boom car son premier roman, Le coeur qui tourne, était juste génialement satirique, et génial tout court. Je suis les pieds dans les starting blocks pour lire Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe ! Je suis en train de rêver que le CCI l’invite, je ne sais pas pourquoi ! 🙂

Edit du 7 janvier : Et bingo! Donal Ryan est l’invité du CCI le 19 janvier!! Promis, je n’étais pas au courant.

911pty27q4l

Extrait de la présentation éditeur : « Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe raconte, au jour le jour, le combat d’un homme seul pour donner un sens à sa vie dans un monde qui en est dénué. Donal Ryan livre au passage une formidable critique de la société moderne et du matérialisme qui vient à bout de toutes les valeurs et de tous les idéaux. » 

12 janvier
Quand je dis que le mois de janvier va être littérairement génial, je pèse mes mots ! Une nouvelle venue en matière de littérature irlandaise en France : Paula McGrath dont j’ai déjà pu lire le premier roman, Génération, dans son intégralité grâce à la chic équipe des Editions de la Table Ronde.

15178257_1316639355044922_3140930802583553496_n

Après le mini-stress de savoir si ça allait me plaire, je n’ai finalement pas lâché ce roman résolument moderne, contemporain,  magistralement écrit et un peu flippant aussi,  une fois que je l’ai eu commencé. J’en reparle bientôt.
Extrait de la présentation éditeur : « Joe Martello est le propriétaire d’une ferme au coeur de l’Illinois – de ces grandes fermes bio où se croisent travailleurs clandestins et jeunes wwoofeurs venus d’Europe. C’est par une copine de bureau qu’Aine entend parler de ce trentenaire mal léché. Quelques échanges sur Skype plus tard, elle se décide à le rejoindre pour passer un été loin du carcan de sa vie de jeune mère divorcée dans sa province irlandaise. »

En janvier, ce sera aussi la suite des aventures de Mabell Jones, (dont je suis en train de lire l’hilarant tome 1 dont je vous parlerai bientôt) la gamine créée par Will Mabbitt.

Mabel-Jones-couv-200x200.jpg

2 février

Pas de visuel, pas de présentation éditeur déjà publiée mais février commence avec le retour d’Arnaldur Indridason, avec Dans l’ombre. Donc je ne sais pas s’il s’agit de la série chouchoute des aventures de l’inspecteur Erlendur ou de tout autre chose. Mais encore une date notée dans mes tablettes !

23 février
Good news ! Réédition d’un roman épuisé de Molly Keane ( dont j’ai des livres à lire d’elle et dont il faudrait que je rattrape mon retard – mais à quand un congé formation lecture ? 🙂 ) : La revenante, éditions La Table Ronde, collection « Petit Quai Voltaire »

61b-bjvenxl

Présentation éditeur : « Jasper Seift et ses trois soeurs mènent à Durraghlass la vie aristocratique et indigente de nobliaux ruinés, à la fois indissolublement liés et déchirés par leur aversion mutuelle et leurs haines. Survient Léda, la ravissante cousine d’autrefois, aujourd’hui sourde et aveugle, traînant derrière elle un passé trouble. Molly Keane nous conte dans La Revenante le destin de ces êtres meurtris par leurs passions et les interdits d’une société enfermée dans ses traditions. »

Plus dans le flou sur la date de parution mais j’y crois pour janvier ou février, le dernier Sebastian Barry, aux éditions Joëlle Losfeld ,dont je présente le visuel du roman en version original.

51rq2rggcnl

Un nouveau Sebastian Barry, on ne peut pas en rater la lecture, ce serait une vraie faute ! 🙂 😉

Edit du 7 janvier : hé, hé, pour ce Sebastian Barry prometteur puisqu’il vient de décrocher un prix, il faudra attendre le début de l’année 2018 pour le lire en version française. Mais à noter dans les tablettes quand même, ça va sans dire ! 🙂

Enfin, pour terminer, bien au-delà de l’hiver, une réédition d’un roman d’Edna O’Brien à paraître en mai aux éditions Sabine Wespieser : Dans la forêt .

Ainsi se clôt mes quelques pistes de lectures pour bien commencer 2017.

Edit du 7 janvier : Et comme ma copine de Lettres d’Irlande, je ne cite pas le nom des traducteurs quand je fais un billet de choix de lectures pour une rentrée littéraire. Faire une telle chronique demande déjà beaucoup de travail. Nous, blogueurs, nous devons aller à la pêche à l’information, nous ne sommes pas des professionnels, nous n’avons pas toujours toutes les informations. Nous ne sommes pas rémunérés pour faire ce travail, que nous faisons avec grand plaisir en choisissant des livres qui sont en affinités avec nos goûts. En revanche, je cite, comme Lettres d’Irlande, comme Au bonheur de lire, pour ne citer que ces blogs (mais on est finalement très peu nombreux à le faire) le nom du traducteur pour chaque livre chroniqué sur le blog. J’ai un peu pris pour moi, parce que ça aurait pu être moi au regard des livres présentés, la réflexion d’une traductrice. C’est déplacé. Surtout dans la manière de le dire. Que les traducteurs aient des revendications, c’est légitime et je suis la première à soutenir leur travail que je sais énorme. Mais les revendications, il faut les faire aux professionnels de l’édition pour qu’ils acceptent de mettre le nom du traducteur sur la couverture. Certains le font. C’est un peu malvenu quand même d’avoir choisi un livre, de l’avoir posté sur un blog, et donc de lui avoir fait de la publicité finalement, et en plus se prendre un commentaire pas sympa. Assez contre productif au regard de l’effet vexatoire produit. On n’a aucune obligation. Voilà.  La page est tournée.

Publié dans Rentrée littéraire | 4 commentaires

Retour sur le salon de Montreuil

Et voilà pour moi le salon de Montreuil c’est déjà du passé après deux journées bien remplies et jubilatoires.

Vendredi fut une journée pleine de gamins au millimètre carré. Le salon ressemblait à une classe géante grâce aux enseignants qui ont eu la bonne idée de les y emmener. Pour ce que j’ai pu voir, les élèves étaient ravis.  Dans les allées j’ai entendu des choses comme : « Whaa ! Regarde, il y a plusieurs étages. Viens mon pote on va aller se choisir des livres tous les deux. » 🙂 Bref, ils avaient l’air de s’éclater de plusieurs manières, plus ou moins studieuses mais avec la ferme intention d’en profiter.

Salle comble pour la joute de traduction, en présence de l’écrivain anglais Will Mabbitt et des traductrices Marie Hermet et Paola Appelius (co-animée par Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec de l’ATLF – Association des traducteurs littéraires de France).

Le texte était tiré du tome 2 des aventures de Mabel Jones qui sort en janvier en France.

dsc01557

Mabel Jones et la cité interdite, traduit par Valérie Le Plouhinec, éditions Nathan

De jeunes traducteurs en herbe ont proposé, eux aussi, avec beaucoup d’enthousiasme et de passion, leur version du texte.

Continuation avec Will Mabbitt pour en savoir un peu plus sur lui et ses romans avec « Pirates et Compagnie », animé par Fred Ricou.
dsc01569
Encore une fois, un jeune public qui n’a pas arrêté de poser des questions très pertinentes, sans peur ni tabous. C’était extra.
Alors grâce à eux, j’en sais un peu plus sur Will Mabbitt : en « vrai » dans la vie, il est informaticien (mais pourquoi je n’ai pas un Will Mabbitt comme informaticien au boulot ??). Il a écrit le premier volume des aventures de Mabel Jones dans le train qui le mène chaque matin à Londres pour son travail. L’histoire est celle d’une petite fille qui se fait enlever par des pirates (qui ont la forme de créatures animales) parce qu’elle mange ses crottes de nez. 🙂 Cette petite fille est sans doute l’enfant qu’il aurait aimé être. Le livre est illustré par un dessinateur écossais, Ross Collins (qui a dit que les Anglais et les Ecossais étaient incapables de s’entendre ?). Will Mabbitt serait ravi que ses livres soient adaptés au cinéma : peut-être comme un film d’animation proche de Coraline. Il  a encore au moins 6 romans dans sa tête (et il y a un troisième volume pour les aventures de Mabel Jones).
Un jeune lecteur s’est lâché : « C’est quoi l’intérêt de votre livre ? » 🙂
Réponse : « Mon livre est drôle, effrayant et dégoûtant. »
Si vous n’avez toujours pas envie de connaître les bouquins de Will Mabbitt, moi si !! Me suis bien amusée.

Pendant cette journée, il m’est arrivé quelque chose d’encore plus improbable que les aventures de Mabel Jones : retrouver dans les travées du salon ma meilleure copine de fac pas vue depuis quelque chose comme 18 ans qui m’a reconnue, que j’ai reconnue. Donc évidemment, ca valait le coup de sécher la troisième rencontre littéraire prévue. Mieux que « Copains d’avant » le salon de Montreuil !!

Et puis pendant cette première journée, j’ai quand même réussi à nager à travers la marée humaine du jeune public (à côté, le samedi c’était hyper moins fatiguant). Et voilà que je trouve des trésors au stand « Livres rares »

15356659_10154737281979350_8872115669541875769_n

Livre beaucoup plus vieux que moi, mais soudain j’ai eu 6 ans.

15267937_10154737278304350_4261016166193930224_n

Un bijou mais il n’était pas à vendre.

 

Le deuxième jour,  je me suis surprise à assister à une rencontre, « U4, l’aventure contagieuse » sur une série dont j’ai lu un tome qui ne m’a pas emballée, histoire de me faire une idée plus précise sur ce qui est devenu un best-seller. C’était en présence de  l’équipe éditoriale des éditions Nathan et Syros, des quatre auteurs (Yves Grevet, Florence Hinckel, Carole Trébor et Vincent Villeminot), mais aussi des dessinateurs (Pierre-Yves Cézar, Marc Lizano), du scénariste (Lylan) puisqu’un 5e volume de la série, intitulé Contagion, a paru à la rentrée littéraire et inclu une bande dessinée. Cerise sur le gâteau, présence de trois des quatre vainqueurs du concours de Fan Fiction.

dsc01574

Je suis à la fois dubitative, intriguée, pas vraiment convaincue mais en même temps dans le lot, il y a des auteurs que j’apprécie… La curiosité va sans doute l’emporter sur le reste, sans doute l’emprunterai-je en médiathèque ou me le ferai-je prêter, histoire de voir. Mais ce n’est pas ma priorité lecture du moment.
51elsios7l

Puis je me suis ensuite catapultée dans un univers inconnu pour moi : l’auto-édition américain Young Adult, avec la rencontre « Des voix pour réagir » en présence des auteurs Rebecca Donovan (éditée par PKJ) et Amy Harmon (chez Robert Laffont collection « R »), en présence des deux éditeurs concernés.
dsc01583
Ces deux écrivains ont vu leurs romans rejetés moult fois par les éditeurs aux Etats-Unis parce que le sujet de leur livre dérangeait là-bas, dans la production éditoriale Young Adult. Donc elles se sont auto-éditées puis leur succès a fait le reste. Cela dit, je voudrais bien voir en quoi, en France,  elles innovent en matière de littérature jeunesse/Young Adult parce que dans cette catégorie, beaucoup d’éditeurs ne sont pas frileux et publient de très bonnes choses sur des thèmes comme la famille homoparentale, le problème de l’identité sexuelle, les attentats, etc . J’ai eu la vilaine impression que les éditions Robert Laffont prétendaient innover…  Histoire de me faire une idée préciser sur la soi-disant ligne éditoriale innovante, je vais lire au moins un des bouquins.
51qfiqhomjl 51vmv0eyral
Impossible d’acheter un livre sur place parce que pendant que j’assistais à la rencontre, une file géante attendait déjà devant le stand pour se faire dédicacer les livres. Vive le marché de l’occasion (je doute de les trouver en médiathèque)…

Beaucoup plus dans mon élément en rejoignant la scène des pépites pour « Les grandes aventures de l’adolescence », avec Alex Cousseau, Claudine Desmarteaux, Meg Rosoff et Nicolas Wouters, animé par Michel Abescat (Télérama), devant un jeune public une fois de plus enthousiaste sur les questions qui touchent à l’adolescence, avec des questions comme « c’est quoi pour vous un adolescent normal ? », qui a débouché sur, justement est-ce que la normalité existe?, est-ce que ce n’est pas mieux d’être soi-même ? etc et j’en oublie.

DSC01587.JPG

Je suis assez curieuse de lire le dernier Nicolas Wouters (Totem) qui, je crois, est un des lauréats des pépites 2016 du salon.

616fjvxeaml-_sx455_bo1204203200_

scénario Nicolas Wouters, illustrations Mikaël Ross, éd. Sarbacane

J’ai zappé Jeff Kinney, l’auteur de Journal d’un dégonflé, trop de monde.

Et pour finir, le butin pour tous les goûts de la famille, entre commandes de mini-monstres et inspirations diverses, avec une pensée particulière pour cette histoire de chat bleu qui est tombé à pic et quelques idées pour écrivain en herbe en mal d’inspiration. 🙂
15285087_10154737286414350_6819947134268485963_n 15232326_10154737283229350_996104736124855069_n

15241348_10154738397414350_8916470589137689838_n

Le roman de Montreuil 2016 est terminé. Prochain volume sans doute l’an prochain que j’espère aussi réussi et riche en émotions.

 

Publié dans Rencontres littéraires | Laisser un commentaire

Salon de Montreuil 2016

Encore quelques dodos et c’est parti pour le salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint Denis, cuvée 2016 !

1355_slpj_salon16_210_150_20160914_300dpi

Je ne vais pas me priver : j’y serai deux jours, vendredi et samedi (j’aurais bien aimé venir le lundi, parce qu’il y a tout plein de débats professionnels intéressants, mais bon, je sais que ce ne sera pas possible parce que j’ai aussi un agenda professionnel bien chargé de mon côté en cette fin d’année).
Donc depuis le début du week-end …

15171195_1316686201706904_8915641597818897961_n

Difficile de savoir où donner de la tête, mais c’est la joie des salons 🙂
Voici une rapide ébauche de mon programme (non définitif) avec des extraits piochés sur le site du SLPJ

Vendredi 2 décembre

Avec le nombre d’écrivains étrangers présents sur le salon, rien de tel que de commencer par une petite joute de traduction pour se rappeler qu’il y a d’autres auteurs derrière les écrivains qui rendent les romans jeunesse accessibles aux jeunes et moins jeunes…
Donc :
13h : joute de traduction
En présence de l’auteur anglais, des traductrices, Paola Appelius et Marie Hermet, co-animée par Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec, ATLF.
« À partir d’un texte inédit de Will Mabbit, confrontation de deux traductions, défendues par leurs auteurs. Le public aura ainsi l’occasion de voir de tout près la subjectivité d’une traduction, mais aussi d’enrichir le débat en donnant son avis ! »
Niveau 1 – Atelier – Transbook / E43

1540-1will-mabbitt

Comme je pense que ça va être drôle, je continue avec Will Mabbitt  à
15h30 : « Pirates et compagnie »
Animé par Fred Ricou (auteur des Histoires sans fin)

« Quand une enfant un peu tête brûlée s’embarque dans une chasse au trésor avec une bande de pirates, cela fait des étincelles ! Rencontre au sommet avec l’auteur de ces aventures rocambolesques ».
Scène littéraire / E25

16h30 :
Deux Américaines à Paris
Meg Rosoff (Au bout du voyage, Albin-Michel) répond aux questions de Susie Morgenstern (Espionnage Intime, L’Ecole des Loisirs)
Animé par Céline Gayon, comédienne.
Scène littéraire / E25

Meg-Rosoff-brick-wall.jpg

J’ai un peu chargé ma mule  pour un vendredi après-midi : un chouilla, comme d’habitude, mais je me connais aussi, surtout que je ne suis pas encore trop allée fouiner du côté des pépites, BD etc … 🙂

Samedi 3 décembre

Impro totale sur des auteurs que je ne connais pas mais dont la thématique m’intéresse :
10h 30 :  » Des voix pour réagir »
Avec les auteurs Rebecca Donovan (Pocket) et Amy Harmon (Robert Laffont), les éditeurs Pauline Mardoc et Glenn Tavennec, animée par Karren Harroch (Le Boudoir écarlate)
« Rencontre avec des auteurs qui prennent la plume pour mettre à nu la vérité crue, des faits de société difficile. Qu’il s’agisse de maltraitance, de drogue ou des attentats, le Young Adult s’attaque à tous les sujets, mêmes les plus sensibles. »

Scène littéraire / E25

101_0433slide3-623x440


15h30 :
Jeff Kinney et Julien Neel : rencontre inédite !
Avec les auteurs du Journal d’un dégonflé (Seuil Jeunesse) et de Lou (Glénat), animée par Jessica Jeffries-Britten, journaliste (Astrapi)
« Quand deux grands auteurs qui racontent la vie d’ados avec humour et tendresse échangent pour la première fois, cela donne forcément un moment fort et joyeux. Un rendez-vous au sommet à ne manquer sous aucun prétexte ! Et pour les fans, Jeff Kinney dédicacera ses ouvrages à l’issue de la rencontre. »
Scène littéraire / E25

avt_jeff-kinney_2433

Et puis, il y a tous les écrivains français que j’apprécie : Jo Witek, Annelise Heurtier, Charlotte Bousquet, Florence Hinckel et j’en oublie…

En résumé : I’m looking forward, folks ! 🙂

Et plus sérieusement :
Je note la politique en faveur des lecteurs grands et petits, jeunes et moins jeunes de ce salon qui est vraiment un salon en faveur de la promotion des livres et de la lecture. C’est gratuit du mercredi au vendredi et c’est seulement 5€ le samedi et le dimanche (si vous avez plus de 18 ans). Entièrement gratuit si vous habitez en Seine-Saint-Denis.
Je note aussi la générosité des organisateurs envers les blogueurs. Comme tous les ans, aucun problème pour se faire accréditer. C’est bien sympa, on se sent les bienvenus ! 🙂

On en recausera avec Livre Paris (qui, pour ce que j’ai vu, se moque une fois de plus du monde avec un prix d’entrée prohibitif  (10€ la journée pour une entrée simple, la bonne blague !). J’en reparlerai dans quelques mois, certainement.

Publié dans Rencontres littéraires | 3 commentaires

Chemins de croix – Ken Bruen

519156yf0nl

Traduit par Pierre Bondil

Cela faisait un bail que je n’étais pas allée faire un tour à Galway en compagnie de Jack Taylor, le détective privé dépressif de Ken Bruen, goûter son cynisme, son humour noir à la sauce whiskey. Samedi dernier la SNCF de ma ligne de RER (la plus pourrie de toute la région) a décidé que je ne pourrais pas aller voir l’expo sur Oscar Wilde parce qu’ils sont tellement abrutis déglingués incapables dans cette société, qu’en fait pour résoudre les problèmes électriques  et autres pannes informatiques récurrents, il faudrait finalement revenir au train à vapeur. Bref, après une matinée en chemin de croix, je suis rentrée chez moi. Pour calmer mon agacement devant tant d’inertie, registre « débrouillez-vous les gens on peut rien faire pour vous, on s’en lave les mains », j’ai continué à ranger mes rayons de bibliothèque – c’est un truc qui ressemble aux douze travaux d’Hercule :). Et voilà que je (re)découvre ce titre de Ken Bruen, enfoui. Le titre correspondait totalement à ma matinée gâchée et j’aime beaucoup l’humour de son auteur. Hop, voilà une lecture parfaite. Me voici propulsée à Galway, une ville que je connais assez bien mais pas dans les recoins. 🙂

Chemins de croix est le 6e volume des aventures de Jack Taylor, un ancien garda (policier irlandais), viré pour alcoolisme et bavures. Il s’est reconverti comme détective privé. Il faut lire cette série dans l’ordre absolument. Sinon on passe à côté du personnage, hanté par son passé. J’ai chroniqué ici même La main droite du Diable, Le martyre des Magdalènes,  et Le dramaturge.

Jack est un anti-héros par excellence. Harassé par ses fantômes, sa culpabilité envers la mort de ceux qu’il a aimés. Ici, celui qu’il estime être son fils par procuration, est mort par sa faute. Il pense connaître l’auteur du meurtre, qui serait une ancienne amie dont il n’a pas pu éviter la mort de sa fille. Ce serait une vengeance.
Jack, ancien alcoolique notoire et connu dans tout Galway pour ses cuites, ne boit plus que de l’eau de Galway – au mieux pétillante ! Slainte ! Même son ancienne collègue ban gardai, avec qui il entretient des relations orageuses, Ni Iomaire, dite Ridge en anglais (mais elle tient à ce qu’on l’appelle par son nom gaélique), lui trouve vraiment une petite mine et tente de le divertir, en lui parlant d’un meurtre  qui ameute toute la ville : celui d’un jeune homme crucifié. Et d’un voleur de chiens. Elle a de l’humour… du moins surtout besoin d’aide et d’une épaule pour confier sa peine de coeur : sa petite amie l’a quittée (oui Ridge est gay). Et elle est inquiète d’une grosseur qu’elle s’est trouvée. Bref, le couple détonant est plutôt mal en point.
Du coup le récit aussi. Parce qu’en fait il n’y a quasiment pas d’intrigue. Je sais qu’avec Ken Bruen, l’intrigue n’est en général qu’un prétexte pour sonder la société irlandaise à travers les habitants de Galway. Je m’en accommode parfaitement parce qu’il me fait rire par son humour noir, son cynisme qui vise juste là où ça fait mal avec tellement de justesse. Mais j’avoue que là, c’est encore moins d’intrigue que d’habitude et aussi moins d’humour à mon goût (bon, j’ai quand même eu un bon fou rire, mais c’est tellement personnel que si je le raconte, je pense que ça tomberait à plat 🙂 ). Donc j’ai été déçue par ce 6e volume où je trouve que ça s’essouffle. Des chemins de croix pour Jack, mais finalement pour le lecteur aussi. Heureusement que ça se lit bien quand même, et qu’il reste quelques passages savoureux.
J’attends mieux de la suite, déjà publiée – j’ai plusieurs volumes de retard !

Extraits :
« Beaucoup de crimes figurent dans le lexique irlandais, des actes étranges qui, au Royaume-Uni, en mériteraient même pas une mention, mais qui, ici, frôlent l’impardonnable. Tout en haut de la liste, on trouve:
Le silence ou la réserve. Il faut être capable de parler de tout et de rien, de préférence sans désemparer. (…)
Ne pas payer sa tournée. On pourrait s’imaginer que personne ne s’en aperçoit, mais si.
S’y croire, se prendre pour ce qu’on n’est pas.
Négliger la tombe de sa famille.
Il y en a d’autres, comme avoir un accent britannique, ne pas aimer le hurling, regarder la BBC, mais ce sont des crimes d’amateur. On peut leur survivre tandis qu’avec les crimes de pro, c’est foutu. »

« Je pensai à Ridge, aussi. De la manière la plus bizarre qui soit, je l’aimais… merde, non pas que je sois disposé à l’admettre, ça, jamais. Elle m’agaçait souverainement et même plus, mais c’est quoi l’amour, sinon supporter tout ça et rester quand même ? Le fait qu’elle soit gay ne faisait que renforcer le mystère. »

« – A quel propos ?
– A propos des loups-garous. C’est après les chiens que nous courons. Révisez vos canidés.
Et je claquai la porte.
Puéril ?
Mais extrêmement satisfaisant. »

« – Chiures d’oignons.
C’est une allusion littéraire, l’expression favorite de James Joyce. Je ne vous raconte pas des conneries. »

 

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , | Laisser un commentaire

Phalène fantôme – Michèle Forbes

915qEEQH5QL.jpg

Traduit par Anouk Neuhoff

Katherine Bedford vit à Belfast avec son mari et ses quatre enfants en 1969. Une famille unie, comme les autres. George est ingénieur et pompier volontaire. Katherine est mère au foyer. Un jour, elle manque se noyer, paniquée par un phoque qui semble l’avoir attaquée. Elle est sauvée in extremis par George (qui ne sait pas nager !). La vie aurait pu reprendre normalement mais cet incident va engendrer un tsunami dans la vie de Katherine, ranimant des souvenirs vieux de vingt ans,  agitant le long fleuve de sa vie en apparence tranquille. Au même moment, les premiers troubles communautaires se font sentir à Belfast, les brimades contre les « taigs », se multiplient, en particulier dans le quartier à majorité protestante où vie la famille Bedford, qui est catholique. C’est la fin des jours heureux.

Le récit alterne entre deux époques : 1969 et 1949. Michèle Forbes multiplie les analepses pour révéler au lecteur le secret de Katherine, ce qui va la plonger dans un désarroi. Ainsi, nous découvrons qu’en 1949 Katherine était commis aux comptes à la banque d’Ulster et chanteuse lyrique amateur. C’est en montant le spectacle de Carmen (tout un symbole !) qu’elle s’amourache de son costumier, Tom, alors qu’elle vient de se fiancer à George. Deux hommes qui sont l’exact opposé : Tom amoureux fougueux ; George amoureux transi, un petit « pépère » bien sous tous rapports. 🙂  On découvre aussi, avec pas mal d’horreur, qu’il s’est aussi passé quelque chose d’effroyable à cette époque, dont Katherine semble être en partie responsable. La figure lisse de la femme au foyer se brise doucement, tout au fil du récit car un jour, Katherine a dû faire un choix, qui semblait celui de la raison mais qui a engendré un drame…

Phalène Fantôme est le premier roman de Michèle Forbes, qui est elle-même actrice de théâtre, de cinéma et de télévision (elle a joué dans le poignant Omagh dont je vous recommande le visionnage, un jour où vous avez le moral, mais qui résonne comme un écho dans notre actualité si troublée !).
J’ai été impressionnée par sa maîtrise d’écriture:  très cinématographique d’ailleurs où elle décrit chaque geste, chaque frisson ou mimique, mais aussi très empreinte de poésie, avec une touche presque fantastique par instants. L’histoire se lit bien, on ne s’ennuie pas, on va plutôt de surprise en surprise, de stupéfaction en stupéfaction.

On grince des dents aussi. Tout d’abord sur les brimades grandissantes infligées aux catholiques. Mais, en ce qui me concerne, les deux personnages principaux, Katherine et George m’ont pas mal agacée eux aussi. J’ai trouvé George un peu too much dans le rôle du parfait mari aimant après tout ce que lui a fait Katherine. Il est trop parfait à mon goût pour être totalement crédible. Même s’il cache quelque chose de terrible lui aussi (mais finalement le récit ne s’attarde pas sur ce qu’il a fait), il est brave dans tous les sens du terme (d’ailleurs, il est pompier ! 🙂 ). Katherine cumule un peu trop dans le négatif, si je puis dire.

Un roman remarquablement écrit donc, mais il a un côté un peu excessif, dans son histoire et ses personnages, qui vous laisse quelque peu écrabouillé. Un livre qui ne vous laissera pas indifférent, ça c’est certain. Riche en émotions et en symboles…

Extraits :
« Son mari, George, l’appelle depuis le rivage, sa voix lui parvenant tel le cri d’une mouette solitaire, la cherchant. Mais elle ne répond pas. Pétrifiée par le regard du phoque, par cette étrange et troublante apparition, par la peur de la mer toujours prête à l’engloutir, elle demeure immobile. »

« Elle sentait les marbrures écarlates de la mauvaise conscience envahir son cou puis les follicules se contracter sous sa peau tandis qu’elle rangeait ses affaires et quittait la Banque d’Ulster pour rejoindre High Street. »

 » Tout ce qu’elle a à faire c’est attendre. Attendre même peut-être jusqu’à ce qu’elle se réveille dans le jaune-gris de l’aube. Elle va attendre et elle va attirer les phalènes voltigeantes. Elle va les capturer puis les ramener à la maison. Les âmes des morts. »

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , , , | Un commentaire

Les petites chaises rouges – Edna O’Brien

41furyQzG2L._SX381_BO1,204,203,200_

Traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Fidelma vit  à Cloonoila, un village paumé d’Irlande. Elle est propriétaire, avec son mari Jack, un homme plus âgé qu’elle, d’un magasin de « nouveautés », qui a connu son heure de gloire. Mais à présent, les affaires vont mal depuis que l’autoroute toute proche permet aux habitants de se rendre facilement en ville. On s’ennuie un peu ferme dans ce village où le lieu de réunion est l’unique pub (tradition irlandaise par excellence!) et le club de lecture (là j’étais déjà en train de sourire !). Alors, quand un jour se pointe un homme charismatique qui se dit guérisseur et sexologue, c’est tout le village qui est en émoi et fasciné. Le type prétend s’appeler Vladimir Dragan et être bosniaque. Il arrive même à mettre dans sa poche le curé du village (qui voit plutôt d’un mauvais oeil ce sexologue  🙂 ) en trouvant un rapprochement entre l’église orthodoxe de son pays et celle d’Irlande. Grand causeur devant l’Eternel, il se fait aussi prof de littérature au club de lecture dont Fidelma est présidente, en expliquant l’histoire d’amour mythique d’Enée et Didon, L’Enéide,  dont celle qui s’est chargée d’en faire la lecture pour le club avoue s’être fait royalement suer par son sujet. Bref, ce type envoûte tout le monde d’une manière ou d’une autre, et Fidelma sera sa victime en mal d’enfant…
La première partie du roman s’achève sur la capture de l’imposteur démasqué, parce que le monde est bien plus petit qu’il ne se l’imaginait, surtout quand on est criminel de guerre, et l’un des monstres les plus sanguinaires du XXe siècle. Fidelma devra fuir à Londres, une Irlandaise immigrée chez les Britanniques où elle côtoiera d’autres immigrés, victimes de guerres, laissés pour compte de la société, survivant comme ils peuvent, rongée par la culpabilité, décuplée par les vies ruinées (autant que la sienne) de ceux qui seront ses compagnons d’infortune.
Le titre du roman, Les petites chaises rouges, est expliqué en exergue : « Le 6 avril 2012, pour commémorer le vingtième anniversaire du début du siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, 11 541 chaises rouges furent alignées sur les huit cents mètres de la grand-rue de Sarajevo. Une chaise vide pour chaque Sarajévien tué au cours des 1 425 jours de siège. Six cent quarante-trois petites chaises représentaient les enfants tués par les snipers et l’artillerie lourde postés dans les montagnes à l’entour. » Le personnage de Vladir Dragan est la figure fictionnelle Radovan Karadzic. Tout cela est une réalité historique dont l’écrivain se sert pour montrer autre chose que vous raconter une nouvelle fois la guerre de l’ex-Yougoslavie.
Edna O’Brien s’attache davantage à montrer comment une femme ordinaire, généreuse, cultivée, curieuse et naïve arrive à se laisser berner par un homme au charme certain et au charisme apparemment hors norme, pourtant menteur, manipulateur, psychopathe : un fou qui vit dans le déni. Une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui. Une femme complètement dépassée parce qu’elle a fait et surprise elle-même d’une audace dont elle ne se serait pas cru capable.
Fidelma est vraiment un personnage attachant. Edna O’Brien est tendre avec elle mais la malmène également.Elle lui en fait vraiment baver. Et nous fait passer par mille émotions qui vont de la romance au film d’horreur. Il y a des passages durs, pétris de violence, des descriptions qui vous glacent d’effroi devant la barbarie guerrière dont a été capable son amant dont elle ignorait tout. Et la violence dont elle sera victime elle aussi. On frôle le thriller. Jusqu’à quel point connaît-on quelqu’un ? Ce roman m’a fait penser au Liseur de Bernhard Schlink (dont je vous conseille très vivement la lecture !)
Il y a aussi beaucoup de poésie dans la prose d’Edna O’Brien, qui s’attache méticuleusement à décrire la nature irlandaise. Et aussi un humour sans bornes. Je me suis vraiment tordue de rire à certains passages.

Extraits :

« Longtemps après, d’aucuns rapporteraient d’étranges événements ce même soir d’hiver ; les aboiements fous des chiens, comme s’il y avait du tonnerre, et le timbre du rossignol dont on n’avait jamais entendu si à l’ouest le chant et les gazouillis. L’enfant d’une famille de Gitans, qui habitait une caravane au bord de la mer, jura avoir vu le Pooka s’approcher d’elle par la fenêtre, montrant du doigt une hachette. » Glurps, non ?

« Comme d’habitude, la soirée commença par une brève lecture, histoire de leur rafraîchir l’esprit. Fidelma demanda à Bridget si elle voulait bien lire et, de son fauteuil roulant, dans ses vieux habits déchirés et ses bottes de suède verte, elle lut le chapitre intitulé Didon dans le chant IV de L’Enéide, avec le calme et la cérémonie qui s’imposaient :
Troupeaux, oiseaux de toutes couleurs, habitants des grands lacs limpides ou des landes broussailleuses, tous dormaient sous couvert de la nuit silencieuse. Mais non la Phénicienne, à l’âme infortunée… Ses tourments ne font que redoubler, l’amour resurgit et fait rage…
« Putain », fut le premier mot qui jaillit, suivi d’un chapelet de putains, qui donnèrent le ton à l’invective qui allait suivre.
« Qu’est-ce que ça m’a fait chier.
– Rien à voir avec nos vies…
-Exactement dit Moira… Il y a des gens sans foyer… des mères célibataires…
-Ouais, ouais.
– … Les gens pointent…. les salauds du gouvernement nous baisent et on nous demande de nous apitoyer sur le sort de Didon… »(sérieusement, j’ai pleuré de rire ! 🙂 ; un passage qui est aussi un bel écho à ce qui va arriver à Fidelma)

Un autre extrait, mais qui cette fois m’a fait un peu tiquer par sa traduction :
« (…) le gérant qui a rappliqué aussi sec et demandé qu’on serve un irish coffee à tout le monde, faisant péter un câble au personnel ». Je vois mal Edna O’Brien, 85 ans,  écrire cette expression tellement à la mode et argotique de « péter un câble » dans son équivalent anglais. Je me trompe peut-être mais ça m’a fait un drôle d’effet : si quelqu’un a la version originale et peut me dire ce qui est écrit, je suis intéressée… 🙂

Je classe ce roman parmi mes coups de coeur de la rentrée littéraire et de l’année 2016. Sans doute l’un des meilleurs d’Edna O’Brien. Je suis déçue qu’il n’ait pas décroché le prix Femina Etranger, cela aurait été amplement mérité, d’autant qu’il était en lice ! Reste le Prix de l’ambassade de France en Irlande (mais elle est en concurrence avec le dernier Dermot Bolger qui j’ai adoré aussi).

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , | 4 commentaires

Nora Webster – Colm Tóibín

9782221196090
Traduit par Anna Gibson

Dans les années 60 en Irlande. Nora Webster vient de perdre son mari décédé de maladie. Elle a  4 enfants, peu d’argent. Vend la maison pour survivre le temps de trouver un emploi. Sa vie, qui tournait autour de son époux et de sa famille, a basculé. Elle va apprendre à se retrouver,  à prendre de nouveaux repères et finalement devenir une femme libre, ce qui n’a rien d’évident dans l’Irlande de cette époque, surtout quand on habite une petite ville, un petit village où tout se sait, où le commérage va bon train, surtout à la messe.
Le début du livre est sympa car il y a des allusions aux personnages de Brooklyn, le précédent roman à succès de Colm Tóibín, adapté (de façon édulcoré selon moi) au cinéma.
J’avais beaucoup aimé Brooklyn qui était ma première lecture de l’auteur. J’en attendais autant de celui-ci. Pourtant, je vais y aller tout droit, bien que je déteste absolument dire du mal de la littérature irlandaise, surtout quand il s’agit de maîtres incontestés, mais franchement je me suis ENNUYÉE assez copieusement.
C’est d’autant plus gênant de dire du mal de ce roman quand il s’agit de la vie de la mère de l’auteur.Là, ça me gêne pas mal.
Le personnage de Nora est intéressant et je l’ai trouvé sympathique : c’est quelqu’un qui a du caractère, ne se laisse pas marcher sur les pieds, un coeur énorme du genre à donner sa chemise pour rendre service, avec qui la société et en particulier le monde du travail n’est pas toujours tendre. Mais elle sait faire entendre sa voix avec force et raison et retombe sur ses pieds.  Même si elle se laisse embrigader un peu malgré elle dans le syndicalisme (très peu de temps, cela dit car elle voit à qui elle à affaire). Ou dans un genre de « questions pour un champion » local pour rendre service à une collègue. Ou encore pour des vacances avec une tante dont elle sait, même avant de partir, qu’elle va le regretter.

Quelques épisodes m’ont amusée tout de même : le premier passage chez les coiffeur pour une couleur (qui stupéfie tout l’entourage et elle encore plus que les autres) ; la malédiction qu’elle jette aux religieux de l’école des Frères chrétiens, dont le directeur  a osé rétrograder son fils de classe derrière son dos : extra ! L’épisode des vacances avec la tante acariâtre qui ronfle comme un sonneur.
On aperçoit des événements de l’histoire de l’Irlande, comme les émeutes en Irlande du Nord, et ce qui est le Bloody Sunday (même si ce n’est pas nommément cité). Les répercussions vengeresses à Dublin.
Un roman intéressant en ce qui concerne les conditions de travail des femmes dans les bureaux.  Nora a, qui plus est,  affaire à une virago hors-pair mais à qui elle sait clouer le bec pour qu’elle lui fiche la paix !

Pourtant, globalement, je le repète, je me suis ennuyée. J’ai cherché à savoir pourquoi. Je me dis que c’est peut-être dû à l’écriture elle-même (ô rage ! que je déteste écrire ça, sorry Colm !). J’ai trouvé que c’était assez plat au niveau du style. Je n’ai pas retrouvé le « piquant » que je trouve chez Dermot Bolger ou Joseph O’Connor. Ce n’était, de mémoire, pourtant pas mon impression avec Brooklyn. Et il y a pas mal de longueurs qui m’ont fait traîner, faire des efforts pour terminer le livre. Dommage. 😦 Le roman aurait mérité quelque chose de plus condensé pour gagner en force.

Extraits :

« Nora mit au point un code à son propre usage pour identifier les représentants. TC signifiait Très Chauve, SO Sac d’Os. GS Grand Sourire, J Jockey, DP Dents Pourries, PL Pellicules. (…)
Mlle Kavanagh se querellait avec tout le monde, sauf avec William Gibney Senior et ses deux fils. Dès que ceux-ci se montraient, elle n’était que sourires et courbettes, mais dès qu’ils avaient le dos tourné elle convoquait dans son bureau l’une des dactylos ou des aides-comptables les moins rémunérées et lui hurlait dessus, ou alors allait dans la grande salle, s’approchait d’une fille par-derrière et criait : « Que faites-vous ? Que faites-vous à cet instant qui  justifie votre présence entre ces murs ? »

« Elle l’a tellement poussée à bout qu’un jour la pauvre femme a ouvert une armoire et s’est mise à jeter les dossiers en l’air en hurlant des choses sur le compte de Miss Francis qui n’étaient pas jolies à entendre. »

« Nora assista à une réunion syndicale; la discussion s’enflamma sur le thème de savoir qui ferait partie du comité et qui détiendrait quelle position au sein de ce même comité. Elle n’y retourna plus. »

« (…) La syndicalisation ne changeait pas grand-chose pour les employées administratives, dont le nombre baissait peu à peu sans donner matière à protestation. »

« Elle était en forme à présent, excitée par l’idée de la journée à venir. Elle alla dans la salle de bain et prit une douche froide. En revenant, elle vit à sa montre qu’il n’était que cinq heures. Elle enfila son maillot, une robe et des sandales, fourra sa serviette de bain et des sous-vêtements dans un sac et sortit de l’hôtel à pas de loup. La moindre rencontre eu suffi à briser l’enchantement. »

« L’idée de ce qu’elle pourrait faire des pièces du rez-de-chaussée la tenait éveillée la nuit. Elle devait faire un effort pour se rappeler qu’elle était libre, que Maurice n’était plus là pour s’inquiéter du coût ou renâcler devant tout ce qui risquait de déranger ses habitudes. Elle était libre. »

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 2 commentaires

Enael – tome 2 : La rivale – Helen Falconer

51t8rlntxl-_sx319_bo1204203200_

Traduit par Marie Hermet

Au mois de mars, je vous présentais le premier volume des aventures d’Enael, adolescente irlandaise qui découvre qu’elle appartient au monde de Tir na Nog, le pays de la Jeunesse Eternelle (celui de Tuatha De Danann), qui n’a pas de secret pour aucun fan de l’Irlande, n’est-ce pas ?
Après une première incursion dans ce monde souterrain du Connaught, Enael est revenue chez ses parents adoptifs humains, avec Eva, leur véritable enfant, enlevée par une banshee quand elle était toute petite et malade, remplacée par Enael, enfant fée. Dans sa première aventure Enael était accompagnée de Shay, un garçon différent des autres puisqu’il possède également des origines féériques : c’est un lenanshee, comme sa mère. Une créature qui a pour particularité d’aspirer toute la vie de ceux qui ont le malheur d’en tomber amoureux, de les tuer à petit feu. Vous voyez ce que je veux dire ? 🙂
Enael est donc revenue chez elle. Elle doit se réadapter, et surtout faire face à ses camarades qui la prennent pour une folle. Ben oui, les fées c’est pour les fous et les bébés !
Sinead et sa bande ont décidé de lui pourrir la vie. Même Carla a dû mal à la croire mais ne veut pas la blesser. Pourtant Enael voit bien qu’elle la prend en pitié et met sa disparition et ses histories de fées sur le compte d’une dépression.
Et le comble dans tout ça, c’est que Shay prend également ses distances en lui expliquant qu’il est un danger pour elle (puisqu’il est un lenanshee) et que leur amour est une histoire impossible. Pourtant, il se jette dans les bras d’une belle jeune fille aux longues jambes et aux longs cheveux blonds presque blancs.
Quant aux parents humains d’Enael, ils ont quelques soucis à expliquer la présence d’une petite fille chez eux à une assistance sociale…
La première moitié du roman se passe dans le monde humain où l’on se croit à l’abri des créatures maléfiques de Tir na Nog. Les adolescents se préparent à fêter Halloween. Il va y avoir quelques événements vont dépasser leur imagination…

Je ne peux pas continuer à raconter ce qui va se passer mais vous aurez bien compris que cette belle jeune fille aux longues jambes et cheveux très clairs a  quelque chose de suspect. Enael  va devoir retourner dans le monde souterrain pour sauver Shay. Le problème c’est que Carla va la suivre dans cet univers qui n’est pas le sien et auquel elle ne croit pas. Un monde où, en plus,  la chronologie temporelle n’est pas la même que dans celui des humains.

Amateurs de sensations fortes de tous genres, vous ne serez pas déçus ! Je me suis demandé pendant un bon moment si on allait vraiment replonger dans le monde féérique parce qu’Helen Falconer sait ménager son suspense et jouer de votre impatience avec art.  J’ai même fini par penser que dans ce tome 2, ce serait les aventures des créatures féériques dans le monde des humains. Pourtant quand l’écrivain (et sa traductrice) vous fait soudain plonger, après vous avoir fait descendre des marches plutôt casse gueule, ce n’est pas pour vous faire remonter tout de suite, même si vous avez peur, embarqué sur un bateau enchanté ! Trop tard, vous devrez affronter pookas (qui ont la particularité de prendre l’apparence d’êtres qui vous sont chers avant de reprendre leur aspect monstrueux pour vous tuer), sluaghs (rapaces qui ont des têtes ratatinées de vieux humains), chat-sibhe (chat sauvage géant), dullahans (démons sans tête qui puent) et, évidemment, Dorocha, le prince des ténèbres dit le Bien Aimé, qui se révélera être aussi un fieffé menteur manipulateur. Sans parler de sa copine la deargdue, la démone au coeur brisé qui se venge sur les hommes en leur suçant le coeur avec une paille (j’ai beaucoup aimé ce détail !!) 🙂

Extraits :
« Tiens, prends une caille rôtie ou quelques fraises des bois, ou un peu de champagne d’aubépine… C’est très doux, pas du tout comme la liqueur de Donal. Et enlève ce châle, on dirait une vieille. »

« – Le vieux McNally n’arrête pas de dire partout que la femme de son neveu est une lenanshee, et que c’est la raison pour laquelle son neveu s’est mis à écrire de la poésie. Il ne fait strictement rien d’autre, et il est en train de mourir d’épuisement. »

Une sacrée évasion une fois de plus, une histoire pleine de rebondissements qui vous étonnent ! On prête à peine attention à la disparition un peu facile de Carla (certes on est dans un monde de fairy).
Je me découvre amatrice de Fantasy – certes irlandaise et de qualité ! Comme quoi, on se découvre tous les jours ! 🙂

Un roman palpitant, à l’imagination débridée, sur fond de romance.
Et une parfaite lecture pour Halloween ! Enjoy !

halloween_cat_2014-872

Je crois qu’il y a une suite en cours d’écriture, d’après ce que dit Helen Falconer herself. Youpi!

Publié dans Littérature irlandaise, Littérature jeunesse | Tagué , , , , , | Laisser un commentaire