Salon de Montreuil 2016

Encore quelques dodos et c’est parti pour le salon du livre et de la presse jeunesse de Seine-Saint Denis, cuvée 2016 !

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Je ne vais pas me priver : j’y serai deux jours, vendredi et samedi (j’aurais bien aimé venir le lundi, parce qu’il y a tout plein de débats professionnels intéressants, mais bon, je sais que ce ne sera pas possible parce que j’ai aussi un agenda professionnel bien chargé de mon côté en cette fin d’année).
Donc depuis le début du week-end …

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Difficile de savoir où donner de la tête, mais c’est la joie des salons 🙂
Voici une rapide ébauche de mon programme (non définitif) avec des extraits piochés sur le site du SLPJ

Vendredi 2 décembre

Avec le nombre d’écrivains étrangers présents sur le salon, rien de tel que de commencer par une petite joute de traduction pour se rappeler qu’il y a d’autres auteurs derrière les écrivains qui rendent les romans jeunesse accessibles aux jeunes et moins jeunes…
Donc :
13h : joute de traduction
En présence de l’auteur anglais, des traductrices, Paola Appelius et Marie Hermet, co-animée par Laurence Kiefé et Valérie Le Plouhinec, ATLF.
« À partir d’un texte inédit de Will Mabbit, confrontation de deux traductions, défendues par leurs auteurs. Le public aura ainsi l’occasion de voir de tout près la subjectivité d’une traduction, mais aussi d’enrichir le débat en donnant son avis ! »
Niveau 1 – Atelier – Transbook / E43

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Comme je pense que ça va être drôle, je continue avec Will Mabbitt  à
15h30 : « Pirates et compagnie »
Animé par Fred Ricou (auteur des Histoires sans fin)

« Quand une enfant un peu tête brûlée s’embarque dans une chasse au trésor avec une bande de pirates, cela fait des étincelles ! Rencontre au sommet avec l’auteur de ces aventures rocambolesques ».
Scène littéraire / E25

16h30 :
Deux Américaines à Paris
Meg Rosoff (Au bout du voyage, Albin-Michel) répond aux questions de Susie Morgenstern (Espionnage Intime, L’Ecole des Loisirs)
Animé par Céline Gayon, comédienne.
Scène littéraire / E25

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J’ai un peu chargé ma mule  pour un vendredi après-midi : un chouilla, comme d’habitude, mais je me connais aussi, surtout que je ne suis pas encore trop allée fouiner du côté des pépites, BD etc … 🙂

Samedi 3 décembre

Impro totale sur des auteurs que je ne connais pas mais dont la thématique m’intéresse :
10h 30 :  » Des voix pour réagir »
Avec les auteurs Rebecca Donovan (Pocket) et Amy Harmon (Robert Laffont), les éditeurs Pauline Mardoc et Glenn Tavennec, animée par Karren Harroch (Le Boudoir écarlate)
« Rencontre avec des auteurs qui prennent la plume pour mettre à nu la vérité crue, des faits de société difficile. Qu’il s’agisse de maltraitance, de drogue ou des attentats, le Young Adult s’attaque à tous les sujets, mêmes les plus sensibles. »

Scène littéraire / E25

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15h30 :
Jeff Kinney et Julien Neel : rencontre inédite !
Avec les auteurs du Journal d’un dégonflé (Seuil Jeunesse) et de Lou (Glénat), animée par Jessica Jeffries-Britten, journaliste (Astrapi)
« Quand deux grands auteurs qui racontent la vie d’ados avec humour et tendresse échangent pour la première fois, cela donne forcément un moment fort et joyeux. Un rendez-vous au sommet à ne manquer sous aucun prétexte ! Et pour les fans, Jeff Kinney dédicacera ses ouvrages à l’issue de la rencontre. »
Scène littéraire / E25

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Et puis, il y a tous les écrivains français que j’apprécie : Jo Witek, Annelise Heurtier, Charlotte Bousquet, Florence Hinckel et j’en oublie…

En résumé : I’m looking forward, folks ! 🙂

Et plus sérieusement :
Je note la politique en faveur des lecteurs grands et petits, jeunes et moins jeunes de ce salon qui est vraiment un salon en faveur de la promotion des livres et de la lecture. C’est gratuit du mercredi au vendredi et c’est seulement 5€ le samedi et le dimanche (si vous avez plus de 18 ans). Entièrement gratuit si vous habitez en Seine-Saint-Denis.
Je note aussi la générosité des organisateurs envers les blogueurs. Comme tous les ans, aucun problème pour se faire accréditer. C’est bien sympa, on se sent les bienvenus ! 🙂

On en recausera avec Livre Paris (qui, pour ce que j’ai vu, se moque une fois de plus du monde avec un prix d’entrée prohibitif  (10€ la journée pour une entrée simple, la bonne blague !). J’en reparlerai dans quelques mois, certainement.

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Chemins de croix – Ken Bruen

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Traduit par Pierre Bondil

Cela faisait un bail que je n’étais pas allée faire un tour à Galway en compagnie de Jack Taylor, le détective privé dépressif de Ken Bruen, goûter son cynisme, son humour noir à la sauce whiskey. Samedi dernier la SNCF de ma ligne de RER (la plus pourrie de toute la région) a décidé que je ne pourrais pas aller voir l’expo sur Oscar Wilde parce qu’ils sont tellement abrutis déglingués incapables dans cette société, qu’en fait pour résoudre les problèmes électriques  et autres pannes informatiques récurrents, il faudrait finalement revenir au train à vapeur. Bref, après une matinée en chemin de croix, je suis rentrée chez moi. Pour calmer mon agacement devant tant d’inertie, registre « débrouillez-vous les gens on peut rien faire pour vous, on s’en lave les mains », j’ai continué à ranger mes rayons de bibliothèque – c’est un truc qui ressemble aux douze travaux d’Hercule :). Et voilà que je (re)découvre ce titre de Ken Bruen, enfoui. Le titre correspondait totalement à ma matinée gâchée et j’aime beaucoup l’humour de son auteur. Hop, voilà une lecture parfaite. Me voici propulsée à Galway, une ville que je connais assez bien mais pas dans les recoins. 🙂

Chemins de croix est le 6e volume des aventures de Jack Taylor, un ancien garda (policier irlandais), viré pour alcoolisme et bavures. Il s’est reconverti comme détective privé. Il faut lire cette série dans l’ordre absolument. Sinon on passe à côté du personnage, hanté par son passé. J’ai chroniqué ici même La main droite du Diable, Le martyre des Magdalènes,  et Le dramaturge.

Jack est un anti-héros par excellence. Harassé par ses fantômes, sa culpabilité envers la mort de ceux qu’il a aimés. Ici, celui qu’il estime être son fils par procuration, est mort par sa faute. Il pense connaître l’auteur du meurtre, qui serait une ancienne amie dont il n’a pas pu éviter la mort de sa fille. Ce serait une vengeance.
Jack, ancien alcoolique notoire et connu dans tout Galway pour ses cuites, ne boit plus que de l’eau de Galway – au mieux pétillante ! Slainte ! Même son ancienne collègue ban gardai, avec qui il entretient des relations orageuses, Ni Iomaire, dite Ridge en anglais (mais elle tient à ce qu’on l’appelle par son nom gaélique), lui trouve vraiment une petite mine et tente de le divertir, en lui parlant d’un meurtre  qui ameute toute la ville : celui d’un jeune homme crucifié. Et d’un voleur de chiens. Elle a de l’humour… du moins surtout besoin d’aide et d’une épaule pour confier sa peine de coeur : sa petite amie l’a quittée (oui Ridge est gay). Et elle est inquiète d’une grosseur qu’elle s’est trouvée. Bref, le couple détonant est plutôt mal en point.
Du coup le récit aussi. Parce qu’en fait il n’y a quasiment pas d’intrigue. Je sais qu’avec Ken Bruen, l’intrigue n’est en général qu’un prétexte pour sonder la société irlandaise à travers les habitants de Galway. Je m’en accommode parfaitement parce qu’il me fait rire par son humour noir, son cynisme qui vise juste là où ça fait mal avec tellement de justesse. Mais j’avoue que là, c’est encore moins d’intrigue que d’habitude et aussi moins d’humour à mon goût (bon, j’ai quand même eu un bon fou rire, mais c’est tellement personnel que si je le raconte, je pense que ça tomberait à plat 🙂 ). Donc j’ai été déçue par ce 6e volume où je trouve que ça s’essouffle. Des chemins de croix pour Jack, mais finalement pour le lecteur aussi. Heureusement que ça se lit bien quand même, et qu’il reste quelques passages savoureux.
J’attends mieux de la suite, déjà publiée – j’ai plusieurs volumes de retard !

Extraits :
« Beaucoup de crimes figurent dans le lexique irlandais, des actes étranges qui, au Royaume-Uni, en mériteraient même pas une mention, mais qui, ici, frôlent l’impardonnable. Tout en haut de la liste, on trouve:
Le silence ou la réserve. Il faut être capable de parler de tout et de rien, de préférence sans désemparer. (…)
Ne pas payer sa tournée. On pourrait s’imaginer que personne ne s’en aperçoit, mais si.
S’y croire, se prendre pour ce qu’on n’est pas.
Négliger la tombe de sa famille.
Il y en a d’autres, comme avoir un accent britannique, ne pas aimer le hurling, regarder la BBC, mais ce sont des crimes d’amateur. On peut leur survivre tandis qu’avec les crimes de pro, c’est foutu. »

« Je pensai à Ridge, aussi. De la manière la plus bizarre qui soit, je l’aimais… merde, non pas que je sois disposé à l’admettre, ça, jamais. Elle m’agaçait souverainement et même plus, mais c’est quoi l’amour, sinon supporter tout ça et rester quand même ? Le fait qu’elle soit gay ne faisait que renforcer le mystère. »

« – A quel propos ?
– A propos des loups-garous. C’est après les chiens que nous courons. Révisez vos canidés.
Et je claquai la porte.
Puéril ?
Mais extrêmement satisfaisant. »

« – Chiures d’oignons.
C’est une allusion littéraire, l’expression favorite de James Joyce. Je ne vous raconte pas des conneries. »

 

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Phalène fantôme – Michèle Forbes

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Traduit par Anouk Neuhoff

Katherine Bedford vit à Belfast avec son mari et ses quatre enfants en 1969. Une famille unie, comme les autres. George est ingénieur et pompier volontaire. Katherine est mère au foyer. Un jour, elle manque se noyer, paniquée par un phoque qui semble l’avoir attaquée. Elle est sauvée in extremis par George (qui ne sait pas nager !). La vie aurait pu reprendre normalement mais cet incident va engendrer un tsunami dans la vie de Katherine, ranimant des souvenirs vieux de vingt ans,  agitant le long fleuve de sa vie en apparence tranquille. Au même moment, les premiers troubles communautaires se font sentir à Belfast, les brimades contre les « taigs », se multiplient, en particulier dans le quartier à majorité protestante où vie la famille Bedford, qui est catholique. C’est la fin des jours heureux.

Le récit alterne entre deux époques : 1969 et 1949. Michèle Forbes multiplie les analepses pour révéler au lecteur le secret de Katherine, ce qui va la plonger dans un désarroi. Ainsi, nous découvrons qu’en 1949 Katherine était commis aux comptes à la banque d’Ulster et chanteuse lyrique amateur. C’est en montant le spectacle de Carmen (tout un symbole !) qu’elle s’amourache de son costumier, Tom, alors qu’elle vient de se fiancer à George. Deux hommes qui sont l’exact opposé : Tom amoureux fougueux ; George amoureux transi, un petit « pépère » bien sous tous rapports. 🙂  On découvre aussi, avec pas mal d’horreur, qu’il s’est aussi passé quelque chose d’effroyable à cette époque, dont Katherine semble être en partie responsable. La figure lisse de la femme au foyer se brise doucement, tout au fil du récit car un jour, Katherine a dû faire un choix, qui semblait celui de la raison mais qui a engendré un drame…

Phalène Fantôme est le premier roman de Michèle Forbes, qui est elle-même actrice de théâtre, de cinéma et de télévision (elle a joué dans le poignant Omagh dont je vous recommande le visionnage, un jour où vous avez le moral, mais qui résonne comme un écho dans notre actualité si troublée !).
J’ai été impressionnée par sa maîtrise d’écriture:  très cinématographique d’ailleurs où elle décrit chaque geste, chaque frisson ou mimique, mais aussi très empreinte de poésie, avec une touche presque fantastique par instants. L’histoire se lit bien, on ne s’ennuie pas, on va plutôt de surprise en surprise, de stupéfaction en stupéfaction.

On grince des dents aussi. Tout d’abord sur les brimades grandissantes infligées aux catholiques. Mais, en ce qui me concerne, les deux personnages principaux, Katherine et George m’ont pas mal agacée eux aussi. J’ai trouvé George un peu too much dans le rôle du parfait mari aimant après tout ce que lui a fait Katherine. Il est trop parfait à mon goût pour être totalement crédible. Même s’il cache quelque chose de terrible lui aussi (mais finalement le récit ne s’attarde pas sur ce qu’il a fait), il est brave dans tous les sens du terme (d’ailleurs, il est pompier ! 🙂 ). Katherine cumule un peu trop dans le négatif, si je puis dire.

Un roman remarquablement écrit donc, mais il a un côté un peu excessif, dans son histoire et ses personnages, qui vous laisse quelque peu écrabouillé. Un livre qui ne vous laissera pas indifférent, ça c’est certain. Riche en émotions et en symboles…

Extraits :
« Son mari, George, l’appelle depuis le rivage, sa voix lui parvenant tel le cri d’une mouette solitaire, la cherchant. Mais elle ne répond pas. Pétrifiée par le regard du phoque, par cette étrange et troublante apparition, par la peur de la mer toujours prête à l’engloutir, elle demeure immobile. »

« Elle sentait les marbrures écarlates de la mauvaise conscience envahir son cou puis les follicules se contracter sous sa peau tandis qu’elle rangeait ses affaires et quittait la Banque d’Ulster pour rejoindre High Street. »

 » Tout ce qu’elle a à faire c’est attendre. Attendre même peut-être jusqu’à ce qu’elle se réveille dans le jaune-gris de l’aube. Elle va attendre et elle va attirer les phalènes voltigeantes. Elle va les capturer puis les ramener à la maison. Les âmes des morts. »

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Les petites chaises rouges – Edna O’Brien

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Traduit par Aude de Saint-Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat

Fidelma vit  à Cloonoila, un village paumé d’Irlande. Elle est propriétaire, avec son mari Jack, un homme plus âgé qu’elle, d’un magasin de « nouveautés », qui a connu son heure de gloire. Mais à présent, les affaires vont mal depuis que l’autoroute toute proche permet aux habitants de se rendre facilement en ville. On s’ennuie un peu ferme dans ce village où le lieu de réunion est l’unique pub (tradition irlandaise par excellence!) et le club de lecture (là j’étais déjà en train de sourire !). Alors, quand un jour se pointe un homme charismatique qui se dit guérisseur et sexologue, c’est tout le village qui est en émoi et fasciné. Le type prétend s’appeler Vladimir Dragan et être bosniaque. Il arrive même à mettre dans sa poche le curé du village (qui voit plutôt d’un mauvais oeil ce sexologue  🙂 ) en trouvant un rapprochement entre l’église orthodoxe de son pays et celle d’Irlande. Grand causeur devant l’Eternel, il se fait aussi prof de littérature au club de lecture dont Fidelma est présidente, en expliquant l’histoire d’amour mythique d’Enée et Didon, L’Enéide,  dont celle qui s’est chargée d’en faire la lecture pour le club avoue s’être fait royalement suer par son sujet. Bref, ce type envoûte tout le monde d’une manière ou d’une autre, et Fidelma sera sa victime en mal d’enfant…
La première partie du roman s’achève sur la capture de l’imposteur démasqué, parce que le monde est bien plus petit qu’il ne se l’imaginait, surtout quand on est criminel de guerre, et l’un des monstres les plus sanguinaires du XXe siècle. Fidelma devra fuir à Londres, une Irlandaise immigrée chez les Britanniques où elle côtoiera d’autres immigrés, victimes de guerres, laissés pour compte de la société, survivant comme ils peuvent, rongée par la culpabilité, décuplée par les vies ruinées (autant que la sienne) de ceux qui seront ses compagnons d’infortune.
Le titre du roman, Les petites chaises rouges, est expliqué en exergue : « Le 6 avril 2012, pour commémorer le vingtième anniversaire du début du siège de Sarajevo par les forces serbes de Bosnie, 11 541 chaises rouges furent alignées sur les huit cents mètres de la grand-rue de Sarajevo. Une chaise vide pour chaque Sarajévien tué au cours des 1 425 jours de siège. Six cent quarante-trois petites chaises représentaient les enfants tués par les snipers et l’artillerie lourde postés dans les montagnes à l’entour. » Le personnage de Vladir Dragan est la figure fictionnelle Radovan Karadzic. Tout cela est une réalité historique dont l’écrivain se sert pour montrer autre chose que vous raconter une nouvelle fois la guerre de l’ex-Yougoslavie.
Edna O’Brien s’attache davantage à montrer comment une femme ordinaire, généreuse, cultivée, curieuse et naïve arrive à se laisser berner par un homme au charme certain et au charisme apparemment hors norme, pourtant menteur, manipulateur, psychopathe : un fou qui vit dans le déni. Une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui. Une femme complètement dépassée parce qu’elle a fait et surprise elle-même d’une audace dont elle ne se serait pas cru capable.
Fidelma est vraiment un personnage attachant. Edna O’Brien est tendre avec elle mais la malmène également.Elle lui en fait vraiment baver. Et nous fait passer par mille émotions qui vont de la romance au film d’horreur. Il y a des passages durs, pétris de violence, des descriptions qui vous glacent d’effroi devant la barbarie guerrière dont a été capable son amant dont elle ignorait tout. Et la violence dont elle sera victime elle aussi. On frôle le thriller. Jusqu’à quel point connaît-on quelqu’un ? Ce roman m’a fait penser au Liseur de Bernhard Schlink (dont je vous conseille très vivement la lecture !)
Il y a aussi beaucoup de poésie dans la prose d’Edna O’Brien, qui s’attache méticuleusement à décrire la nature irlandaise. Et aussi un humour sans bornes. Je me suis vraiment tordue de rire à certains passages.

Extraits :

« Longtemps après, d’aucuns rapporteraient d’étranges événements ce même soir d’hiver ; les aboiements fous des chiens, comme s’il y avait du tonnerre, et le timbre du rossignol dont on n’avait jamais entendu si à l’ouest le chant et les gazouillis. L’enfant d’une famille de Gitans, qui habitait une caravane au bord de la mer, jura avoir vu le Pooka s’approcher d’elle par la fenêtre, montrant du doigt une hachette. » Glurps, non ?

« Comme d’habitude, la soirée commença par une brève lecture, histoire de leur rafraîchir l’esprit. Fidelma demanda à Bridget si elle voulait bien lire et, de son fauteuil roulant, dans ses vieux habits déchirés et ses bottes de suède verte, elle lut le chapitre intitulé Didon dans le chant IV de L’Enéide, avec le calme et la cérémonie qui s’imposaient :
Troupeaux, oiseaux de toutes couleurs, habitants des grands lacs limpides ou des landes broussailleuses, tous dormaient sous couvert de la nuit silencieuse. Mais non la Phénicienne, à l’âme infortunée… Ses tourments ne font que redoubler, l’amour resurgit et fait rage…
« Putain », fut le premier mot qui jaillit, suivi d’un chapelet de putains, qui donnèrent le ton à l’invective qui allait suivre.
« Qu’est-ce que ça m’a fait chier.
– Rien à voir avec nos vies…
-Exactement dit Moira… Il y a des gens sans foyer… des mères célibataires…
-Ouais, ouais.
– … Les gens pointent…. les salauds du gouvernement nous baisent et on nous demande de nous apitoyer sur le sort de Didon… »(sérieusement, j’ai pleuré de rire ! 🙂 ; un passage qui est aussi un bel écho à ce qui va arriver à Fidelma)

Un autre extrait, mais qui cette fois m’a fait un peu tiquer par sa traduction :
« (…) le gérant qui a rappliqué aussi sec et demandé qu’on serve un irish coffee à tout le monde, faisant péter un câble au personnel ». Je vois mal Edna O’Brien, 85 ans,  écrire cette expression tellement à la mode et argotique de « péter un câble » dans son équivalent anglais. Je me trompe peut-être mais ça m’a fait un drôle d’effet : si quelqu’un a la version originale et peut me dire ce qui est écrit, je suis intéressée… 🙂

Je classe ce roman parmi mes coups de coeur de la rentrée littéraire et de l’année 2016. Sans doute l’un des meilleurs d’Edna O’Brien. Je suis déçue qu’il n’ait pas décroché le prix Femina Etranger, cela aurait été amplement mérité, d’autant qu’il était en lice ! Reste le Prix de l’ambassade de France en Irlande (mais elle est en concurrence avec le dernier Dermot Bolger qui j’ai adoré aussi).

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Nora Webster – Colm Tóibín

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Traduit par Anna Gibson

Dans les années 60 en Irlande. Nora Webster vient de perdre son mari décédé de maladie. Elle a  4 enfants, peu d’argent. Vend la maison pour survivre le temps de trouver un emploi. Sa vie, qui tournait autour de son époux et de sa famille, a basculé. Elle va apprendre à se retrouver,  à prendre de nouveaux repères et finalement devenir une femme libre, ce qui n’a rien d’évident dans l’Irlande de cette époque, surtout quand on habite une petite ville, un petit village où tout se sait, où le commérage va bon train, surtout à la messe.
Le début du livre est sympa car il y a des allusions aux personnages de Brooklyn, le précédent roman à succès de Colm Tóibín, adapté (de façon édulcoré selon moi) au cinéma.
J’avais beaucoup aimé Brooklyn qui était ma première lecture de l’auteur. J’en attendais autant de celui-ci. Pourtant, je vais y aller tout droit, bien que je déteste absolument dire du mal de la littérature irlandaise, surtout quand il s’agit de maîtres incontestés, mais franchement je me suis ENNUYÉE assez copieusement.
C’est d’autant plus gênant de dire du mal de ce roman quand il s’agit de la vie de la mère de l’auteur.Là, ça me gêne pas mal.
Le personnage de Nora est intéressant et je l’ai trouvé sympathique : c’est quelqu’un qui a du caractère, ne se laisse pas marcher sur les pieds, un coeur énorme du genre à donner sa chemise pour rendre service, avec qui la société et en particulier le monde du travail n’est pas toujours tendre. Mais elle sait faire entendre sa voix avec force et raison et retombe sur ses pieds.  Même si elle se laisse embrigader un peu malgré elle dans le syndicalisme (très peu de temps, cela dit car elle voit à qui elle à affaire). Ou dans un genre de « questions pour un champion » local pour rendre service à une collègue. Ou encore pour des vacances avec une tante dont elle sait, même avant de partir, qu’elle va le regretter.

Quelques épisodes m’ont amusée tout de même : le premier passage chez les coiffeur pour une couleur (qui stupéfie tout l’entourage et elle encore plus que les autres) ; la malédiction qu’elle jette aux religieux de l’école des Frères chrétiens, dont le directeur  a osé rétrograder son fils de classe derrière son dos : extra ! L’épisode des vacances avec la tante acariâtre qui ronfle comme un sonneur.
On aperçoit des événements de l’histoire de l’Irlande, comme les émeutes en Irlande du Nord, et ce qui est le Bloody Sunday (même si ce n’est pas nommément cité). Les répercussions vengeresses à Dublin.
Un roman intéressant en ce qui concerne les conditions de travail des femmes dans les bureaux.  Nora a, qui plus est,  affaire à une virago hors-pair mais à qui elle sait clouer le bec pour qu’elle lui fiche la paix !

Pourtant, globalement, je le repète, je me suis ennuyée. J’ai cherché à savoir pourquoi. Je me dis que c’est peut-être dû à l’écriture elle-même (ô rage ! que je déteste écrire ça, sorry Colm !). J’ai trouvé que c’était assez plat au niveau du style. Je n’ai pas retrouvé le « piquant » que je trouve chez Dermot Bolger ou Joseph O’Connor. Ce n’était, de mémoire, pourtant pas mon impression avec Brooklyn. Et il y a pas mal de longueurs qui m’ont fait traîner, faire des efforts pour terminer le livre. Dommage. 😦 Le roman aurait mérité quelque chose de plus condensé pour gagner en force.

Extraits :

« Nora mit au point un code à son propre usage pour identifier les représentants. TC signifiait Très Chauve, SO Sac d’Os. GS Grand Sourire, J Jockey, DP Dents Pourries, PL Pellicules. (…)
Mlle Kavanagh se querellait avec tout le monde, sauf avec William Gibney Senior et ses deux fils. Dès que ceux-ci se montraient, elle n’était que sourires et courbettes, mais dès qu’ils avaient le dos tourné elle convoquait dans son bureau l’une des dactylos ou des aides-comptables les moins rémunérées et lui hurlait dessus, ou alors allait dans la grande salle, s’approchait d’une fille par-derrière et criait : « Que faites-vous ? Que faites-vous à cet instant qui  justifie votre présence entre ces murs ? »

« Elle l’a tellement poussée à bout qu’un jour la pauvre femme a ouvert une armoire et s’est mise à jeter les dossiers en l’air en hurlant des choses sur le compte de Miss Francis qui n’étaient pas jolies à entendre. »

« Nora assista à une réunion syndicale; la discussion s’enflamma sur le thème de savoir qui ferait partie du comité et qui détiendrait quelle position au sein de ce même comité. Elle n’y retourna plus. »

« (…) La syndicalisation ne changeait pas grand-chose pour les employées administratives, dont le nombre baissait peu à peu sans donner matière à protestation. »

« Elle était en forme à présent, excitée par l’idée de la journée à venir. Elle alla dans la salle de bain et prit une douche froide. En revenant, elle vit à sa montre qu’il n’était que cinq heures. Elle enfila son maillot, une robe et des sandales, fourra sa serviette de bain et des sous-vêtements dans un sac et sortit de l’hôtel à pas de loup. La moindre rencontre eu suffi à briser l’enchantement. »

« L’idée de ce qu’elle pourrait faire des pièces du rez-de-chaussée la tenait éveillée la nuit. Elle devait faire un effort pour se rappeler qu’elle était libre, que Maurice n’était plus là pour s’inquiéter du coût ou renâcler devant tout ce qui risquait de déranger ses habitudes. Elle était libre. »

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Enael – tome 2 : La rivale – Helen Falconer

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Traduit par Marie Hermet

Au mois de mars, je vous présentais le premier volume des aventures d’Enael, adolescente irlandaise qui découvre qu’elle appartient au monde de Tir na Nog, le pays de la Jeunesse Eternelle (celui de Tuatha De Danann), qui n’a pas de secret pour aucun fan de l’Irlande, n’est-ce pas ?
Après une première incursion dans ce monde souterrain du Connaught, Enael est revenue chez ses parents adoptifs humains, avec Eva, leur véritable enfant, enlevée par une banshee quand elle était toute petite et malade, remplacée par Enael, enfant fée. Dans sa première aventure Enael était accompagnée de Shay, un garçon différent des autres puisqu’il possède également des origines féériques : c’est un lenanshee, comme sa mère. Une créature qui a pour particularité d’aspirer toute la vie de ceux qui ont le malheur d’en tomber amoureux, de les tuer à petit feu. Vous voyez ce que je veux dire ? 🙂
Enael est donc revenue chez elle. Elle doit se réadapter, et surtout faire face à ses camarades qui la prennent pour une folle. Ben oui, les fées c’est pour les fous et les bébés !
Sinead et sa bande ont décidé de lui pourrir la vie. Même Carla a dû mal à la croire mais ne veut pas la blesser. Pourtant Enael voit bien qu’elle la prend en pitié et met sa disparition et ses histories de fées sur le compte d’une dépression.
Et le comble dans tout ça, c’est que Shay prend également ses distances en lui expliquant qu’il est un danger pour elle (puisqu’il est un lenanshee) et que leur amour est une histoire impossible. Pourtant, il se jette dans les bras d’une belle jeune fille aux longues jambes et aux longs cheveux blonds presque blancs.
Quant aux parents humains d’Enael, ils ont quelques soucis à expliquer la présence d’une petite fille chez eux à une assistance sociale…
La première moitié du roman se passe dans le monde humain où l’on se croit à l’abri des créatures maléfiques de Tir na Nog. Les adolescents se préparent à fêter Halloween. Il va y avoir quelques événements vont dépasser leur imagination…

Je ne peux pas continuer à raconter ce qui va se passer mais vous aurez bien compris que cette belle jeune fille aux longues jambes et cheveux très clairs a  quelque chose de suspect. Enael  va devoir retourner dans le monde souterrain pour sauver Shay. Le problème c’est que Carla va la suivre dans cet univers qui n’est pas le sien et auquel elle ne croit pas. Un monde où, en plus,  la chronologie temporelle n’est pas la même que dans celui des humains.

Amateurs de sensations fortes de tous genres, vous ne serez pas déçus ! Je me suis demandé pendant un bon moment si on allait vraiment replonger dans le monde féérique parce qu’Helen Falconer sait ménager son suspense et jouer de votre impatience avec art.  J’ai même fini par penser que dans ce tome 2, ce serait les aventures des créatures féériques dans le monde des humains. Pourtant quand l’écrivain (et sa traductrice) vous fait soudain plonger, après vous avoir fait descendre des marches plutôt casse gueule, ce n’est pas pour vous faire remonter tout de suite, même si vous avez peur, embarqué sur un bateau enchanté ! Trop tard, vous devrez affronter pookas (qui ont la particularité de prendre l’apparence d’êtres qui vous sont chers avant de reprendre leur aspect monstrueux pour vous tuer), sluaghs (rapaces qui ont des têtes ratatinées de vieux humains), chat-sibhe (chat sauvage géant), dullahans (démons sans tête qui puent) et, évidemment, Dorocha, le prince des ténèbres dit le Bien Aimé, qui se révélera être aussi un fieffé menteur manipulateur. Sans parler de sa copine la deargdue, la démone au coeur brisé qui se venge sur les hommes en leur suçant le coeur avec une paille (j’ai beaucoup aimé ce détail !!) 🙂

Extraits :
« Tiens, prends une caille rôtie ou quelques fraises des bois, ou un peu de champagne d’aubépine… C’est très doux, pas du tout comme la liqueur de Donal. Et enlève ce châle, on dirait une vieille. »

« – Le vieux McNally n’arrête pas de dire partout que la femme de son neveu est une lenanshee, et que c’est la raison pour laquelle son neveu s’est mis à écrire de la poésie. Il ne fait strictement rien d’autre, et il est en train de mourir d’épuisement. »

Une sacrée évasion une fois de plus, une histoire pleine de rebondissements qui vous étonnent ! On prête à peine attention à la disparition un peu facile de Carla (certes on est dans un monde de fairy).
Je me découvre amatrice de Fantasy – certes irlandaise et de qualité ! Comme quoi, on se découvre tous les jours ! 🙂

Un roman palpitant, à l’imagination débridée, sur fond de romance.
Et une parfaite lecture pour Halloween ! Enjoy !

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Je crois qu’il y a une suite en cours d’écriture, d’après ce que dit Helen Falconer herself. Youpi!

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The Girls – Emma Cline

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Traduit par Jean Esch

Californie, été 1969. Evie Boyd est une gamine de 14 ans qui vit seule avec sa mère tout juste divorcée, absente la plupart du temps. Evie n’a qu’une amie, Connie. Jusqu’au jour où une dispute les éloigne. Un point de rupture qui fera tout basculer. Evie s’ennuie, se traîne, a une piètre idée d’elle-même. Un jour elle croise une bande de filles à peine plus âgées qu’elle, habillées de vêtements usés à la corde, sales et qui pourtant n’ont l’air d’avoir aucun complexe, même pas le fait d’être réduites à piquer du papier WC. Une des filles, Suzanne, attire particulièrement l’oeil d’Evie. Elles sympathisent. Suzanne l’embarque vers « le Ranch », sorte de repaire hippy, endroit crasseux où ce gang de filles vit, sous la houlette de Russell, un soi-disant chanteur. Fascinée par cette communauté hors-normes, où tout semble n’être qu’amour, liberté et partage, Evie intègre le groupe, tout en retournant chez elle de temps en temps. Elle y découvre la drogue et la sexualité. Certains l’ont vue traîner avec ce groupe marginal et la mettent en garde. En vain. Jusqu’au jour où un autre point de rupture est atteint… L’histoire est racontée par Evie elle-même, devenue adulte qui se remémore son passé et l’évoque à des jeunes d’aujourd’hui, dont Sasha, que j’ai perçue comme un double contemporain d’elle-même au presque même âge.

On a tellement parlé de ce roman depuis sa sortie que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir dire de plus que ce qui a déjà été dit ! 🙂 La toile de fond de l’histoire est l’affaire Charles Manson, qui défraya la chronique aux Etats-Unis dans les années 70, suite à une kyrielle de meurtres perpétrés par une bande de jeunes filles sous l’ascendance de ce type. Ici les noms ont été changés, on devine que Russell, le « gourou » du ranch, est le personnage fictionnel de Manson. Il n’est pas du tout mis en avant, on ne le voit (quasiment) pas, on en entend parler par les filles. Le sujet du roman n’est évidemment pas cette affaire, qui est plutôt un prétexte pour ce roman d’initiation. L’histoire d’une adolescente comme beaucoup d’autres : mal dans ses baskets, désenchantée, naïve, fragile (sa famille à la dérive ajoute une touche de fragilité, sans doute), en quête d’attention, d’amour, de raisons d’exister. Un besoin de liberté, de sensations et de mystère pour combler un vide existentiel.

J’ai assisté à la rencontre avec Emma Cline à Paris le 23 septembre dernier, et il a été évoqué un parallèle avec l’enrôlement des adolescents par Daesh. C’est tout à fait juste. Pourquoi ? La réponse n’est pas donnée puisque personne ne la connaît mais c’est intéressant.

J’ai été absolument stupéfaite par l’écriture d’Emma Cline, très recherchée, poétique, précise, sensuelle, et sensitive, colorée mais aussi parfois crue. Elle décortique à merveille le phénomène de fascination qui dépasse totalement Evie. Et la violence tant physique que psychologique. Les points de rupture qui font que tout bascule. Epatant pour une jeune femme de 27 ans dont c’est le premier roman. Un vrai talent qu’on peut lui envier. Elle a depuis écrit des nouvelles et un autre roman. Vivement de les lire, alors !
Je n’ai moi-même pas tout le talent et le vocabulaire nécessaire pour parler aussi bien du roman que je le voudrais…

Extraits :

« Il s’était retrouvé pris dans un groupe en pleine effervescence, aux abords du Haight, des satanistes qui portaient plus de bijoux que n’importe quelle adolescente. Médaillons en forme de scarabée et poignards en platine, bougies rouges et musique d’orgue. Puis un jour, Guy avait croisé Russell qui jouait de la guitare sur le parking. Russell et sa tenue de daim de pionnier qui lui rappelait peut-être les livres d’aventures de sa jeunesse, les séries télé où les héros dépeçaient des caribous et traversaient à gué des rivières gelées en Alaska. Depuis Guy n’avait pas quitté Russell. »

« – Mais je vis avec lui. Genre, c’est lui qui paie le loyer et tout ça.
– Il y a d’autres endroits où aller », dis-je.
Pauvre Sasha. Pauvres filles. Le monde les engraisse avec des promesses d’amour. Elles en ont terriblement besoin et la plupart d’entre-elles en auront si peu. Les chansons pop à l’eau de rose, les robes décrites dans les catalogues avec des mots comme « coucher de soleil » et « Paris ». Puis on leur arrache leurs rêves de manière si violente : la main qui tire sur les boutons du jean, personne ne regarde l’homme qui crie après sa petite amie dans le bus. Ma tristesse envers Sasha me nouait la gorge. »

« Ce n’est pas que j’étais incapable de me remémorer ma vie avant Suzanne et les autres, mais elle avait été limitée et prévisible, les objets et les gens occupaient leurs espaces restreints. Le gâteau jaune que ma mère confectionnait pour les anniversaires, dense et glacé quand il sortait du freezer. Les filles à l’école qui déjeunaient à même le bitume, assises sur leurs sacs à dos renversés. Depuis que j’avais rencontré Suzanne, ma vie avait pris un relief tranchant et mystérieux, qui dévoilait un monde au-delà du monde connu, le paysage caché derrière la bibliothèque. »

 

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Emma Cline lors de son passage à Paris, avec Alice Déon (à gauche), l’éditrice des Editions de La Table Ronde et la libraire de la librairie Gallimard (c) Mille (et une ) lectures de Maeve

Chouette rencontre où j’ai manqué de temps pour rester un peu plus longtemps. 🙂

 

 

 

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Les maraudeurs – Tom Cooper

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Traduit par Pierre Demarty

Le premier roman de Tom Cooper traduit en français nous embarque en Louisiane, dans la Barataria, un coin du bayou, après Katrina, après l’explosion de la plateforme pétrolière BP. D’emblée, le lecteur rencontre alternativement plusieurs personnages qui peupleront le roman :
•Les frères Toup, qui font leur business avec de la « beuh », jalousement cultivée sur une île cachée dans le marais. Des types hargneux et pas franchement haut de plafond intellectuellement comme physiquement.
•Gus Lindquist, propriétaire du Jean Lafitte, un crevettier qui porte le nom que le fameux fibustier. Lindquist est manchot. Dès le début du roman, tout commence mal pour lui : quelqu’un lui a piqué sa prothèse ! Evidemment, à l’instar des habitants du bayou, on en rit. On se moque. Pour tout le monde, il est le type qui a « les fils qui se touchent ». Il rêve de découvrir un trésor et se balade dans le bayou avec un détecteur de métaux dès qu’il n’est plus en train de pêcher. Abandonné par sa femme et sa fille, dépressif, il se shoote aux médocs censés endormir la douleur de son bras manquant.
•West Trench, un ado de 17 ans qui a perdu sa mère lors du cyclone Katrina : tombée du toit de la maison où la famille s’était réfugiée et emportée par les eaux à tout jamais. Son père, pêcheur de crevette comme Lindquist, sombre dans l’alcool depuis le décès de son épouse. Wes décide de voler de ses propres ailes. Le hasard veut qu’il rencontre Lindquist qui l’embauchera sur son bateau parce que pêcher avec un seul bras, c’est devenu impossible pour lui !
•Grimes, un assureur à la solde de la compagnie pétrolière, qui harcèle les habitants du bayou pour obtenir des signatures les engageant à ne pas porter plainte pour la pollution des eaux. Mais un pauvre type lui-aussi, bien trop faible psychologiquement pour obtenir ce qu’il cherche. Il se fait plutôt chasser à coup de pied dans les fesses…
•Hanson et Cosgrove, deux allumés qui cherchent à gagner de l’argent rapidement. Alors quand ils découvrent l’île des frère Toup, ils pensent voir arriver la fin de la galère.

Tom Cooper n’y va pas de main morte et peuple le bayou de personnages haut en couleurs, qui ne donnent pas franchement envie de s’aventurer dans le coin. Néanmoins on s’attache à Lindquist, le capitaine Crochet du bayou, certes déjanté, dépressif et shooté, mais attachant par sa passion pour la chasse au trésor et son amour du métier de pêcheur, qu’il ne peut se résoudre à abandonner, même si la pêche devient toujours plus difficile, plus maigre et peu rentable. Un métier devenu un gagne misère et qui faisait vivre la plupart des habitants du bayou. La faute à Katrina, mais surtout à BP dont l’explosion de la plateforme pétrolière a engendré une catastrophe écologique sans précédent dans les eaux du Golfe du  Mexique. On l’aime aussi parce qu’il a un grand coeur et prend sous son aile le jeune Wes comme un père de substitution. Je ne peux absolument pas révéler ce qu’il va lui arriver, mais on n’en revient pas tout à fait.

Une ambiance de western qui se passe pourtant bien loin du far west. Une police corrompue qui ferme les yeux sur ce qu’elle sait. Des dealers-meurtriers en liberté qui gagnent leur vie illégalement par la culture de l’herbe, pendant que les autres triment pour rien à aller pêcher dans des eaux qui s’appauvrissent. Un univers où l’alcool coule à flot à côté de la drogue.

J’ai beaucoup aimé le style de Tom Cooper, qui s’attache à la précision, au vocabulaire adéquat (une pensée pour le traducteur qui dû avoir du fil à retordre). Une écriture qui fait vraiment voyager, découvrir des bestioles et un univers aquatique qu’on ne connaît pas, le tout associé au langage châtié des personnages.

« Wes accrocha la palangre de tribord au treuil. Le moteur se mit à fumer et à forcer, et bientôt le chalut refit surface, gonflé comme un sac amniotique, rempli d’une masse grouillante d’ailerons, de pinces et d’yeux noirs vitreux. (…) Crabes à carapace dure claquant des pinces comme des castagnettes. Poissons-chats, flétans et fretin d’appât. Crabes à carapace molle, par centaines, si minuscules et d’une telle pâleur, presque transparents qu’on aurait dit des fantômes d’eux-mêmes. Une petite raie fouettant l’air de sa queue hérissée de barbillons, une tortue serpentine rétractant sa tête à l’intérieur de sa carapace.
Et puis les crevettes, pas plus grosses que le petit doigt, la cervelle et le coeur palpitant comme de minuscules grains noirs sous une membrane de peau plus fine que du papier de riz.
« Jamais vu pire », lâcha le père de Wes (…)
On est foutus. Ces marais vont finir par nous la mettre profond. Bien profond, comme une pute à mille balles. »

La nature partout, envahissante, vivante, grouillante et hostile, quasiment un personnage à part entière. Elle domine le marais comme les hommes.

« Derrière le tronc abattu d’un pin, Lindquist tomba nez à nez avec un vieux lynx au museau gris. L’animal grimpa se réfugier dans les branches d’un laurier et darda sur lui deux yeux jaunes enragés. Lindquist remarqua qu’il lui manquait une oreille, réduite à un moignon de chair déchiquetée. Il ressenti envers la pauvre bête un élan de compassion solidaire, mais sentit que ce n’était pas réciproque.
Rats musqués, opossums, ragondins – Lindquist perdit très vite le compte des animaux sauvages qu’il croisa. (…) Le bourdonnement des insectes comme un mantra. Les petits lézards aux fanons rouges déployés en éventail autour de la gorge. Les taons gros comme des prunes. Les scarabés semblables à des pommes de terre ailées. »

Une page d’histoire aussi sur le bayou :

« Autrefois dans la Barataria, il n’y avait pas si longtemps, les gens subsistaient uniquement grâce au bayou. Ils pêchaient leurs crevettes et leurs crabes. Ils braconnaient l’alligator pour son cuir et chassaient le rat musqué et le ragondin pour leur peau. C’était du temps de ses grands-parents et de ses arrière-grands-parents, avant que les gens ne se mettent à brader leurs terres, les cédant pour une bouchée de pain aux compagnies pétrolières dans les années vingt et trente, avant que BP ne défigure le marais en le transperçant de part en part de canaux et de pipelines. »

Un roman aux allures de thriller, avec une fibre écologique, qui ne vous lâche pas.
Très jolie découverte !

(Je cherche toujours les termites de la joute de traduction de Festival America, mais je crois qu’elles ont été transformées en phalènes – je ne me souviens plus du mot original, mais une bestiole qui est un ovni pour nous, Européens.)

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Treize façons de voir – Colum McCann

 51uyposwgwlTraduit par Jean-Luc Piningre

Quand j’ai commencé à m’intéresser à la littérature irlandaise, Colum McCann est l’un des premiers écrivains que j’ai lus. A l’époque je ne savais pas qu’il vivait aux Etats-Unis. J’ai dû me faire à un genre peu populaire en France et pourtant si connu en Irlande et aux USA, la nouvelle : La rivière de l’exil (lu en V.O. – Fishing the Sloe-Black River, 1994)  et Ailleurs en ce pays – Everything in this country must, 2000), m’avaient fait trouver McCann sacrément talentueux mais aussi un peu ardu (et glauque). Il faut dire qu’il y a énormément d’intertextualité chez cet auteur, un vrai « joycien » qui joue avec les mots, reprend ce qui existe pour mieux le retourner. Alors, en V.O., ça donne un peu du fil à retordre.
Colum McCann a depuis publié des romans, que je n’ai pas tous lus, j’avoue, et c’est le roman justement, qui l’a révélé au grand public en France.
Pourtant, avec Treize façons de voir, il revient à ses premières amours.

Le recueil, que l’auteur dédie, entre autres,  à la mémoire de son père, est composé originellement de 4 nouvelles :
« Treize façons de voir » (une novella)
« Quelle heure est-il maintenant là où vous êtes ? »
« Sh’khol »
« Traité »
et l’éditeur français lui en a fait ajouter une cinquième : « Comme s’il y avait des arbres ».
Les textes ont en commun la violence, sous plusieurs formes, mais aussi la solitude.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai eu un immense coup de coeur pour ce recueil ! Pour moi, pas grand chose à voir avec ce qu’il écrivait à ses débuts, j’ai trouvé que le style avait changé, c’est peut-être plus limpide, plus achevé, il y a davantage d’humour, le lecteur est tenu en haleine, et il y a énormément d’émotion, McCann sait vraiment jouer avec ça ! (C’est aussi peut-être ma mémoire qui me fait défaut par rapport à ce que j’ai lu de lui avant).

« Treize façons de voir » est mon texte préféré. (Je suis partie à New York – même si en vrai j’étais au fin fond de la campagne irlandaise : un double voyage, donc !)
Il raconte le dernier jour d’un vieux juge qui vit à New York, veuf, vivant seul avec l’infirmière qui s’occupe de lui. Il a un fils qui est apparemment un crétin fini, bien trop occupé par sa carrière. Un homme seul donc, lituanien de confession juive, marié à une Irlandaise catholique. Le lecteur apprend qu’il va être assassiné par les analepses du texte, révélant une enquête de police. De plus, ce pauvre homme porte le patronyme de Mendhelsson. Le titre est tiré d’un poème très connu du monde anglophone qui fait référence au chant du merle. McCann nous rend dingue d’angoisse pour ce vieux monsieur à la démarche plus qu’instable et hésitante. Il nous fait aussi beaucoup rire par les réflexions du bonhomme qui s’en prend jusqu’au glouglou dans les tuyaux du chauffage domestique à 5 heures du matin (avant, on se les gèle !). Notre coeur se serre quand il évoque sa femme et on fulmine contre son fils. Et puis la mort arrive en direct, comme si nous étions à la place du vieux monsieur. La raison : à vous de vous faire une idée d’après tout ce qu’il nous a dit avant.

Extraits :

« Sally James a englouti un oiseau, un de ceux qui se lèvent tôt. La voici donc, de bonne humeur, fraîche comme une cime, solide comme un chêne, grande comme un séquoïa. »

« Ils ont un tel sens de la langue, ces Anglais. Normal, puisqu’ils ont eu des Irlandais comme professeurs, disait toujours Eileen. »

« Passons la page, tournons l’éponge. »


« Tout comme le poème fait du lecteur un complice, les inspecteurs deviennent complices du meurtre. »


« Quelle ville ! New York ne cesse de m’épater. Une Rhodésienne blonde servant un juif lituanien, né en Pologne, dans un restaurant italien qui emploie – voyons – deux commis mexicains(…) ».

« Notre père qui êtes au bordel des cieux »
« Pourquoi un bordel de merde ? se demandait Eileen.
Pourquoi pas un bordel de beauté ? »  🙂

« Quelle heure est-il là où vous êtes ? » : un homme doit écrire une nouvelle pour le nouvel an. Au début, l’angoisse d’un homme devant sa page blanche, l’art de repousser à plus tard ce qui devrait être écrit maintenant, la deadline. Mais l’imagination qui s’enflamme. Le lecteur assiste à la création d’un univers de fiction : les décors, les personnages, qui prennent de l’épaisseur sous nos yeux, au fil des lignes, mais ce monde reste inachevé : des questions restent en suspens sur les personnages, sur ce qui pourrait (ou pas) arriver, le champ des possibles est celui du lecteur et de son imagination. Bien joué !

« Sh’khol » : une femme traductrice et divorcée vit dans la baie de Galway, seule avec son fils adoptif handicapé à qui elle a eu la mauvaise idée d’offrir une combinaison de plongée à Noël. Une allusion aux selkies du folklore irlandais, « créatures cousines des sirènes, qui se déguisent en phoques et danses nues sur la grève au clair de lune ». La solitude d’une mère, donc, dont l’imagination s’enflamme, seule face à son angoisse. Le titre de la nouvelle est le mot qui désignent les parents d’enfant mort en hébreux, d’après ce que dit McCann (je ne sais pas si c’est exact). J’ai beaucoup aimé !

« Traité » : le secret d’une nonne (un viol) qui, des années après reconnaît son agresseur à la télévision. Violent, c’est le moins qu’on puisse dire.

« Comme s’il y avait des arbres » : sur le racisme, la violence envers les Roumains dans une citée du nord de Dublin.
« Les étrangers, on le sert pas, ou alors on les fait attendre, parce qu’il y a toujours des ennuis avec eux. »
La fameuse 5e nouvelle ajoutée à l’édition française du recueil : je n’ai pas trop accroché à celle-ci.
Mais pour tous les autres textes, le recueil mérite largement la lecture, pour tout l’humanisme qu’il contient, l’émotion et les clins d’oeil à l’Irlande (et à Joyce !). Même si Colum McCann vit depuis plus de vingt ans à New York, il reste profondément irlandais, notamment par son sens de l’humour ! L’Irlande reste toujours dans un coin de son coeur, comme ces nouvelles le prouvent ! Pour moi, il n’est pas américain ! 🙂

Je suis heureuse de ne pas avoir encore lu toute son oeuvre, en particulier ses romans : il me reste donc du « grain » à moudre !
En tout cas, un recueil sublimement écrit ! ❤

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Ensemble séparés

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Traduit par Marie-Hélène Dumas

Deux couples d’Irlandais dans l’Irlande du Tigre celtique : Chris et Alice; Ronan et Kim. Dans un quartier chic de Dublin où le prix de l’immobilier s’envole, comme partout dans la ville, comme partout en Irlande. L’époque où les Irlandais s’imaginent qu’il est facile de devenir riche, que l’argent tombe à présent du ciel, après des années de privation et d’exil. Alors, autant ne pas se contenter de ce qu’on a, autant tenter d’en avoir toujours plus. Peu importe le moyen employé pour y arriver… Un chantier au black, avec des ouvriers immigrés payés au black, ce n’est pas une chose rare dans cette Irlande-là. Un chantier dans son jardin pour construire une nouvelle maison dans le jardin de sa maison. La réussite par l’argent pour sauver son couple du vide intersidérale dans lequel il est plongé. L’argent pour racheter son couple. Construire des murs dans son jardin pour vaincre les murs qui vous séparent de l’autre. Et pourtant, on n’est pas au bout de nos surprises !

J’ai déjà lu quatre romans de Dermot Bolger (Toute la famille sur la jetée du Paradis, Une seconde vie, Une illusion passagère, Le sort en est jeté) et un recueil d’histoires truculentes à son initiative (Finbar’s Hotel). Je ne pouvais pas savoir ce que me réservait ce livre au titre mystérieusement oxymorique dans l’édition française (le titre original est Tanglewood), illustré par cette couverture blanche d’où émerge une scie. La surprise est bien gardée, surtout quand on le lit en version électronique sans avoir la 4e de couverture…
Je pensais assez bien connaître la plume et l’oeuvre de Dermot Bolger. Mais à côté, tout ce que j’ai lu de lui jusqu’à présent est bien « gentil ».
Ici, il y va cash et trash, c’est le moins qu’on puisse dire ! Sans doute son roman le plus caustique, pour décrire deux couples d’Irlandais proches de la cinquantaine, en phase de ménopause et d’andropause, qui, en plus de cachet de Viagra pour essayer de sauver les meubles, arrivent à se mettre dans de sales draps, tout seuls comme des grands, simplement par cupidité, en pensant qu’on peut dorénavant tout acheter, dans cette Irlande des années 2000. Des personnages bien agaçants, bourrés de complexes, calculateurs… Bref, le lecteur ne s’en fait pas des copains ! On trouve Chris trop gentil, Alice trop dépressive et manquant furieusement de courage (envie de la secouer), Ronan trop magouilleur et profiteur (le faux ami de service). Pourtant leurs histoires intimes et leur obsession pour l’argent, vont assez rapidement être supplantées par un problème beaucoup plus grave : un cadavre.

La narration en puzzle permet de découvrir plusieurs facettes des personnages : leur passé, leurs échecs, leurs secrets, leurs désirs, leurs mensonges.

Le roman vire au thriller quand le cadavre d’un des ouvriers  du chantier au black est découvert dans le jardin. Panique à bord : c’est chacun pour sa pomme, et de préférence celle de l’autre si l’inspecteur du travail passait dans le coin… Petits coups bas entre amis et compagnie ! L’occasion pour se faire une virée dans les montagnes du Wicklow, histoire de s’aérer les neurones ou plutôt de débarrasser de cet ouvrier immigré encombrant (ce personnage abuse : il est cadavre et  immigré ! 🙂 ).

Et même quand vous pensez que le roman est fini, eh bien non ce n’est pas fini ! Dermot Bolger, qui vous a déjà bien fait lire les yeux écarquillés comme des soucoupes, vous assène un coup de théâtre (c’est même plus que ça mais je ne trouve pas le terme exact). La fin de la fin.  L’occasion de réduire les petits histoires de couple de ces Irlandais frustrés à quelque chose de vraiment ridicule au regard du reste. La souffrance d’un homme qui a vécu la guerre et ses crimes.

Finalement un hommage  à ceux qu’on a pensé exploiter pour s’enrichir, ceux qui ne comptent pas dans cette Irlande du Tigre celtique.

Quelques extraits :
« Elle croyait qu’il s’aventureraient plus loin le long de la côte, vers Bray, mais au lieu de cela, il avait sillonné des quartiers de Dublin dont elle connaissait à peine l’existence, un labyrinthe d’immeubles derrière la M 50 qui ne semblaient être habités que par des étrangers. »

« Ce nouveau Dublin dans lequel Ezal la conduisait semblait vaste et incompréhensible. »

« Tu vas me prendre pour une folle, avait-elle commencé, mais je suis convaincue qu’une seconde version de moi existe ».

« Ces grands maîtres avaient saisi le vrai secret de l’argent : il n’avait pas de réalité. Au-delà d’un certain chiffre, il n’était plus qu’une abstraction – la plus importante abstraction de la planète. »

« Tu as voulu m’avoir comme certains désirent acheter une maison au Portugal, pour rendre les autres jaloux. »

« Es-tu en train de me dire qu’une femme de quatre-vingt-dix ans sait se servir de Facebook ? »

« J’aime ne pas avoir besoin de chercher un double sens à ce qu’elle dit, contrairement aux Irlandais, dont les phrases doivent être décodées aussi soigneusement que les secrets cryptés de la guerre froide. »

Un roman caustique, truffé de secrets, aux multiples rebondissements, au langage parfois cru, le tout arrosé d’une bonne dose de suspense. Il y aurait encore beaucoup à dire, parce que c’est dense ! Génialement construit. J’ai beaucoup aimé !
Vivement le prochain ! 🙂

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