Granny Webster

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Traduit par Michel Marny

4e de couverture : « Envoyée en convalescence au bord de la mer chez son arrière-grand-mère, une vieille dame acariâtre qui ne se déplace qu’en Rolls, vit comme à l’époque victorienne et évite toute émotion pour ménager son coeur, une jeune fille – qui n’est pas sans rappeler Caroline Blackwood – découvre peu à peu les secrets qui se cachent derrière les rideaux empesés de la luxueuse demeure… La description de cette grande famille irlandaise, avec une tante excentrique et suicidaire, une grand-mère un peu dérangée et une femme de chambre borgne, est d’une réjouissante noirceur. »

Tout d’abord quelques mot sur l’auteure : « Caroline Blackwood est née en 1931 en Irlande du Nord dans le domaine familial de Clandeboye. » Sa mère est l’héritière de la richissime famille anglo-irlandaise Guinness (oui, c’est bien une famille de l’Ascendancy anglo-irlandaise !). Je résume en disant qu’elle a eu une vie passionnante et bien remplie. Elle est décédée en 1996 d’un cancer. Great Granny Webster (titre original) a été publié en 1977 et fut sélectionné pour le fameux Book Prize. Mais Caroline a publié tout un tas d’ouvrage qui ne sont hélas pas publié en France. Et je dis tout de suite que c’est bien dommage !! Celui-ci est une réédition et c’est une excellente initiative de la part du Livre de Poche.

En effet, c’est tout juste un régal d’humour noir et d’ambiance victorienne gothique à souhait, bien que ça se déroule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’est une succession de portraits, tout plus excentriques les uns que les autres, mais chacun à leur manière. Tout d’abord la fameuse arrière grand-mère, lugubre à souhait, « délabrée et proche de la tombe » (du moins au premier abord), vivant à Hove, dans la banlieue de Brighton, dont la maison n’a pas respiré l’air du dehors depuis au moins l’ère victorienne (j’exagère à peine), servi par une unique domestique borgne. En fait cette archi-vieille vit dans son monde imaginaire, elle est limite autiste dans son comportement, ne sortant jamais, vivant en recluse sur son fauteuil, observant d’un oeil condescendant cette nouvelle génération qui profite des congés payés. Néanmoins, elle a, semble-t-il, à sa manière bien particulière, une forme d’affection pour son arrière petite-fille. Pour preuve de son amour, elle lui léguera un lit à baldaquin décoré d’un ananas. Ridicule à souhait. La vieille dame sera gothique jusque dans sa mort…. qui est un moment d’anthologie savoureux à la toute fin du roman.

Une large évocation est faite de la grand-mère Dunmartin, complètement fêlée, mais il faut dire que quand on a eu comme mère Madame Webster, il y a de quoi. Je reprocherai juste quelques longueurs dans l’évocation de cette grand-mère et du manoir « uslterien » Dunmartin dégoûtant à souhait et au-delà de l’imaginable.

Je ne vais pas vous raconter chacun des personnages mais je dois bien avouer que ce tout petit livre d’à peine 160 pages est un délice. Avis aux amateurs d’ambiance victorienne et d’humour noir.

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L’étrange disparition d’Esme Lennox

 

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Traduit par Michèle Valencia

4e de couverture : « A Edimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées resurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l’existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l’isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d’une enfance douloureuse ? De l’amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu’une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ? « 

C’est vrai que j’ai hésité – un tout petit peu – à me relancer dans la lecture de Maggie O’Farrell puisque j’avais été déçue par La femme de mon amant. Mais je dois dire que je ne le regrette pas puisque L’étrange disparition d’Esme Lennox (The Vanishing Acte of Esme Lennox, titre original qui a tout son sens !) est d’une toute autre facture que le roman par lequel j’avais commencé à lire cette auteure !

Maggie O’Farrell est nord-irlandaise mais elle plante le décor de son récit à Edimbourg. Esme a été enfermée à l’âge de seize ans, sur décision de son père, à l’hôpital psychiatrique de Claudstone. Mais cet hopital va à présent fermer ses portes. Iris, sa petite-nièce, ignore jusque-là que sa grand-mère, Kitty, a une soeur. Elle pense à une erreur manifeste. Mais le directeur de l’hôpital l’informe que non, ce n’est pas une erreur et que son nom figure comme personne à contacter. C’est sur la pointe des pieds et emplie d’une peur manifeste qu’Iris décide peu à peu de prendre en charge Esme, qui a passé soixante-et-un ans de sa vie derrière ses murs. La vieille dame raconte alors son histoire, par bribes. S’y entremêle la version de Kitty (atteinte maintenant de la maladie d’Alzheimer, mais il y a des choses que cette maladie ne peut pas effacer !). Et l’on va de stupéfaction en stupéfaction !
Esme est tout sauf folle. Au contraire. Elle se révèle d’une intelligence hors norme. Ce fut une jeune fille qui voulait aller à l’université, qui ne souhaitait pas se marier ni être enfermée à la maison. Quand on lui demandait ce qu’elle voulait faire plus tard, elle répondait d’emblée qu’elle voulait voyager, voir du pays et travailler. En d’autres termes, c’était une jeune femme libre d’esprit et spontanée dans un univers de calculateurs. Et belle, de sucroit…

Le thème des femmes enfermées dans des asiles est presque devenu un classique littéraire et cinématographique sur un fait tristement célèbre. J’avais déjà lu l’époustouflant  Testament caché  de l’Irlandais Sebastian Barry et j’avais déjà vu le film de Peter Mullan sur le même sujet. Mais à chaque fois, on se prend une sacrée claque. Ici l’hôpital (mais peut-on parler d’hôpital, puisqu’un un hôpital est censé pour soigner) n’est pas tenu par des religieuses mais bien des infirmières civiles. Cependant, ce n’est pas ici que se déroule l’essentiel du roman (heureusement !) mais dans l’esprit d’Esme qui dévoile peu à peu l’univers bourgeois étriqué dans lequel elle vivait en famille, un univers où les femmes n’ont pas vraiment leur mot à dire sur leur destin et où il est fort mal vu par le patriarche qu’elle souhaite travailler et se soustraire à la domination masculine.
Une belle réflexion sur le sentiment de culpabilité, la jalousie et le ressentiment. D’ailleurs Iris vit au même moment une relation compliquée avec un homme peu fiable (marié), profiteur et de moins en moins crédible. J’ai bien aimé l’écho de la vie d’Iris avec le passé d’Esme et de Kitty (mais ici le piège se referme sur le profiteur…).
On se dit, à la fin du roman, qu’on nous a assez secoué comme cela. Que maintenant Esme va pouvoir finir ses vieux jours tranquillement et confortablement. Et pourtant…

Un coup de coeur pour ce roman au style dense et ciselé sur un sujet grave mais qui évite aussi les écueils. Une lecture exceptionnelle !

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Les îles Aran

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 Traduit par Pierre Leyris

Je vous embarque sur les îles Aran en compagnie du grand John Millington Synge.

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Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’ai ouvert ce livre : John Millington Synge est un tel « monument » de la littérature irlandaise que cela avait quelque chose d’effrayant de l’aborder ainsi en novice ! Parce que je ne suis pas une bête de course pour une lecture en VO, je me suis procurée l’édition française, admirablement traduite par Pierre Leyris.

Les iles Aran (Aran Island) a été publié en 1907 et Synge y relate ses quatre voyages entre 1898 et 1905. Il est parti s’aérer l’esprit là-bas, sur les conseils de Yeats, qu’il a rencontré à Paris,  pour lutter contre la mélancolie qui le ronge. Il laisse donc tout derrière lui, les amours malheureuses, les querelles littéraires, il s’en va.
Il ne s’attarde pas trop sur Inishmore, qu’il juge plutôt défigurée par le tourisme (rappelez-vous, nous sommes en 1898, que dirait Synge aujourd’hui ?). Il réside surtout sur l’île du milieu, (Inis Meain, en gaélique, Inishmaan, en anglais), mais visite aussi l’île du sud, Inisheer (ou Inis Oirr, en gaélique).

« Dans les pages qui suivent, je donne un compte-rendu direct de la vie que j’ai menée dans ces îles et de ce que j’y ai rencontré, sans rien inventer ni rien changer d’essentiel », écrit-il en introduction de son récit de voyage. Et c’est bien cette fraîcheur, cette manière de dire les choses sans embages qui m’a séduite.
Synge parvient à embarquer le lecteur avec lui et à lui faire vivre sa vie là-bas. J’ai été bluffée par son écriture très simple et ce regard d’anthropologue à qui rien n’échappe. Il y a un peu de naïveté parfois : il trouve des différences entre les femmes de ces trois îles, dans la forme de leur visage par exemple…

Il n’a aucun a priori, il parvient à approfondir son gaélique, à participer aux fêtes où l’on danse jusqu’à n’en plus pouvoir sur Le Noir Coquin. Il teste la poteen (alcool clandestin). Il vadrouille en pampooties, sandales locales, il embarque à bord des coracles (barques des îles Aran qui servent à tout : transporter du bétail, de la tourbe, ou les habitants). Il admire les tenues des femmes, vêtues de jupons rouge foncé, dans ces îles noyées de brouillard – mais parfois aussi arassées par le soleil. Il n’y a pas un arbre ici : un arbre, pour les îliens d’Aran, c’est un buisson ! Synge est saisi par la rudesse de la vie ici, mais aussi admiratif de la simplicité des habitants qui pourtant savent faire beaucoup plus que les habitants du « continent » : pêcher, naviguer sur cet océan atlantique souvent agité, jardiner sur ces terres arides, bricoler, faire de la soude avec le varech, s’occuper des bêtes, parler deux langues (gaélique mais aussi anglais)  et… raconter des histoires !

Captivée, j’ai écouté avec lui les récits de vieilles personnes sur les fairies (traduite par le mot « fées », mais le traducteur précise qu« ‘il faut se souvenir qu’en Irlande, fairy désigne très souvent des petits êtres masculins, des sortes de lutins ») qui sont des êtres malfaisants. Elles sont omniprésentes parmi les habitants, ils vivent avec elles et les craignent.
Ils montrent à Synge leurs repères : « Vous voyez cette paroi rocheuse toute droite ? (…). C’est là que les fées jouent à la balle pendant la nuit, et on peut voir les marques de leurs talons quand on vient le matin, et trois pierres qu’elles ont pour marquer la limite, et une autre grosse pierre sur laquelle elles font rebondir la balle. C’est bien souvent que les gars ont enlevé les trois pierres, mais elles sont toujours revenues là le matin ».

Autant dire que ce livre est enchanteur à bien de titres et que c’est avec un pincement au coeur que je l’ai refermé ! Je ne peux que vous conseiller l’expérience de ce voyage fabuleux !
Il me reste à découvrir ses pièces mais aussi ses autres récits de voyage dans l’Irlande qu’il affectionne (parce que oui, il y en a d’autres !).

Quelques mots sur l’écrivain : John Millington Synge (1871-1909) appartient à la bourgeoise protestante d’Irlande. Il est né dans le comté de Dublin. Son père avocat, meurt en 1872 et il grandit dans un univers de femmes. Sa mère, fervente protestante, lui inculque le sens du péché et la crainte de l’Enfer. Il s’intéresse beaucoup à l’histoire naturelle. Il apprend le gaélique à Trinity College à Dublin. Il est séduit par les écrits de Darwin. Il va substituer à sa foi ébranlée par l’évolutionnisme, des intérêts littéraires et culturels profondément irlandais. La Renaissance littéraire irlandaise satisfait sa spiritualité. Lors de la création de la Ligue gaélique, son enthousiasme pour la langue irlandaise s’intensifie encore. Cela lui coûte une demande en mariage. En 1895, il s’installe à Paris dont il fréquente les Irlandais de la capitale, étudie le breton, suit des cours de civilisation celtique et de vieille irlandais à la Sorbonne.
Avec Aran island, il a souhaité « to do for the west of Ireland what Pierre Loti had done for the Bretons ».
(pour la biographie de l’auteur, j’emprunte ici à Jacqueline Genet et Claude Fierobe, La littérature irlandaise, éditions Lharmattan)

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(Les photos sont de Synge).

 

 

Photos prises par moi-même 🙂

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Zona Frigida

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Traduit par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain

4e de couverture : « Embarquement pour le Spitzberg ! Cette Zona frigida, étendue froide et aride, semble peu propice aux vacances qu’a décidé de s’offrir Bea. A moins que la jeune caricaturiste ne soit venue chercher, entre deux litres d’alcool, une mystérieuse délivrance… La croisière bascule plutôt dans un redoutable huis clos où s’abat, glacial, l’esprit de vengeance. »

 

A la lecture de la quatrième de couverture (qu’on peut rarement s’empêcher de lire, rien que pour avoir une idée du sujet), à vrai dire je m’attendais à du super-glauque. Mais ce qui m’attirait dans ce roman était de découvrir, comme Bea, la jeune héroïne, le Spitzberg, cette région polaire norvégienne. Eh bien je n’ai pas été déçue !!

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Bea est une jeune caricaturiste, vivant seule avec comme seule compagnie, son canari, Andersen. Les hommes de sa vie ne sont que de passage : elle les balance les uns après les autres. Mais surtout Bea est complètement dépressive et imbibée : elle carbure à l’alcool sous toutes ses formes, et même en voyage. Franchement, là j’ai craint le pire… Heureusement la nature prend le dessus dans l’intrigue ! Le Spitzberg est à lui seul le principal personnage de ce roman. Il vous accapare et vous emporte loin.

Ce roman est très visuel, beaucoup de descriptif de l’environnement dans lequel se trouvent les personnages de ce voyage organisé, enfermés sur un bateau brise-glace, l’Ewa. A vous les ours polaires, les phoques, les morses, les pingouins, les fulmars boréal : vous prenez plein les mirettes de cette étendue glacée.

Malgré tout il y a bien évidemment une intrigue, celle d’un roman policier (bien que le livre n’en soit pas un) : le lecteur découvre au fur et à mesure que Bea s’est assigné une mission qui relève de la vengeance. On découvre la face cachée de ce personnage, le traumatisme qu’elle a vécu des années auparavant (à vrai dire, franchement glauque, même si, heureusement, ça n’accapare pas tout le livre). Seulement, ses desseins seront contrariés par sa rencontre avec George, le capitaine moustachu du Ewa. Mais aussi une autre découverte qui va la bouleverser et paradoxalement reléguer son trauma personnel au second plan.

Une lecture très récréative, un zeste écolo, (la protection de l’ours polaire et de la faune arctique) même si ce n’est qu’un saupoudrage (du moins pas assez approfondit à mon goût), une bonne dose d’humour, qui vire parfois à l’humour noir. On passe un bon moment.

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Mississippi

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Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « Dans le Vieux Sud sauvage des années 40, Laura et Henry luttent pour élever leurs enfants sur une terre ingrate. Laura sait qu’elle ne sera jamais heureuse dans cette ferme isolée et sans confort. Lorsque deux soldats rentrent du front, elle se sent renaître peu à peu. Empoisonné par le racisme, cet univers de boue, de désirs et de mort verra la sauvagerie tout emporter… Un premier roman magistral sur fond de bruit et de fureur. »

Décidément, en ce début d’année, j’enchaîne les livres épatants ! C’est chez Canel que j’avais repéré ce roman il y a un bon moment. Eh bien, quelle belle découverte bloguesque – une fois encore !
Nous sommes dans le Mississippi, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Laura, qui a épousé Henry sur le tard et un peu en désespoir de cause, lâche son boulot, quitte Memphis, pour le suivre dans le Mississippi profond, celui des fermiers cultivateurs de coton, avec, déjà, comme un mauvais pressentiment. Et elle avait raison de s’inquiéter Laura. Déjà, la belle maison promise n’était qu’un attrappe-nigaud à mari un peu trop confiant. Peu importe, elle accepte, d’aller vivre à la ferme elle-meme, vite nommée « La Bourbière ». Dès le premier jour, pas de chance, ses deux petites filles attrappent la coqueluche. Henry demande à la famille de metayers noirs occupant les terres à cultiver, de leur venir en aide. En effet, Florence Hap, sage-femme, s’y connaît en remèdes.

La vie de ses deux familles vont être inexorablement liées. Toutes les deux ont un gars parti à la guerre. Chez les Jackson, c’est Ronsel qui a été envoyé au front en Allemagne, comme tankiste ; chez les McCallan, c’est Jamie, le frère de Henry, qui a servi dans l’aviation. Pendant la guerre, en Europe, Noirs et Blancs étaient égaux devant l’ennemi. De retour au bercail, les deux jeunes gens, qui ne se connaissaient pas mais vont devenir amis, vont se prendre de plein fouet la rusticité et le racisme qui sévit toujours au Mississippi. Comme le dit Ronsel, en Europe, il était un libérateur, un sauveur. Dans le Mississippi, il n’est qu’un nègre qui pousse sa charrue, comme tant d’autres…

J’ai souvent eu l’impression de lire des scènes dignes du XVIIIe ou XIXe siècle et non du lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’était oublier que le Ku Kux Klan et ses idées moyennageuses sévissait encore dans cet Etat américain.Il y a de vrais méchants dans ce roman, comme Pappy – personnage qui n’a d’ailleurs pas d’autre nom -, le père de Jamie et Henry. Mais aussi de vrais héros, Ronsel et Jamie, mais aussi Laura, qui tente de surnager au milieu de tout ça. Henry est un personnage plus trouble. Florence fait parfois peur, même si on comprend parfaitement sa défiance à l’égard des Blancs – et l’issue de l’histoire lui donnera raison.

Cependant des amitiés et amours clandestines vont se lier (je ne vous dirai pas entre qui !) dans ce roman riche en rebondissements et où sont magnifiquement restituées l’âpreté et l’ingratitude de cet Etat. Chaque personnage prend à tour de rôle la parole plusieurs fois, pour raconter son histoire. J’ai été totalement prise d’effroi devant certaines scènes qui m’ont fait littéralement bondir.

Un livre, dont on n’a pas beaucoup parlé, mais qui pourtant est de la même veine et a la même force que La couleur des sentiments – qui lui, se déroule vingt ans plus tard. Ca ne donne pas trop envie de se perdre dans les coins perdus du Mississippi, même aujourd’hui ! A découvrir ABSOLUMENT !

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Le dresseur d’insectes

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Traduit par Eric Boury

4e de couverture : « Einar, correspondant à Akureyri, publie un article sur une bâtisse hantée qui va servir de décor à un film américain. Au lendemain de la grande fête des commerçants d’Akureyri, où tout le monde a beaucoup bu, il apprend par Victoria, une étrange femme qui se prétend médium, le meurtre d’une jeune fille dans cette maison. Peu après, Victoria elle-même est tuée dans un centre de désintoxication alcoolique. Einar mène l’enquête. »

Je continue à fond sur ma lancée de découverte de littérature islandaise. Après Arnaldur Indridason qui m’a enchantée avec Hypothermie et tant d’autres romans policiers à la sauce très zen malgré des sujets noirs, je m’aventure à la découverte de son confrère, Arni Thorarinsson, dont le héros récurrent est non pas un policier mais un journaliste.

Parce que ce titre m’intriguait fort, j’ai donc commencé par celui qui est le deuxième mettant en scène Einar, correspondant du Journal du soir, quotidien de la petite ville d’Akureyri. Celui-ci, apparemment ancien alcoolique, observe d’un oeil cynique la société qui l’entoure.
Pendant le week-end des Commerçants, la boîte de Pandore s’ouvre en grand, jusqu’au meurtre plutôt étrange d’une mystérieuse jeune fille retrouvée dans une maison non moins étrange, sinon hantée… du moins, c’est ce qu’on dit. « Dans le temps, les histoires de revenants étaient tout bêtement une sorte d’exutoire spirituel pour un peuple isolé et muselé qui avait besoin d’un peu de rêves ». Mais les temps changent, enfin, pas tant que ça…
Après avoir récupéré sa rejetonne de fille, qui expérimente l’alcool et les sorties nocturnes avec son petit copain, sans vraiment penser à mal, Einar, ne pouvant pas compter sur la police locale pour retrouver les agresseurs de ses enfants et le meurtrier de celle surnommée « Pandora » par une certaine Victoria, décide de mener l’enquête lui-même pour le compte de son journal.

L’intrigue se déroule lentement, sans se presser. On pourrait presque dire que pendant 400 pages il ne se passe presque rien. Pourtant, chaque personnage rencontré est, sinon décortiqué au scalpel, du moins étudié minutieusement, dans le monde qui l’entoure. De la violence sociétale à la violence familiale, il n’y a qu’un pas et elle touche tous les milieux, les plus propres sur eux n’étant pas forcément les plus clairs. On trouve ici des personnages écorchés vifs ou pourris jusqu’à l’os par l’argent et/ou la drogue. Ce roman est un coup de griffe à l’avidité capitaliste outrancière (décidément les Nordiques sont les rois pour ça), avec ici une image bien peu glorieuse d’une certaine industrie cinématographique américaine, qui n’hésitent pas piocher dans la Centrale cinématographique islandaise…

Je me suis attachée au personnage d’Einar (cynique mais tellement lucide) et à ses enfants  et je dois dire que j’ai hâte de le retrouver pour de nouvelles aventures, dans cet univers islandais où « docteur Jekyll ne brime plus Mister Hyde, [mais où] c’est Mister Hyde qui brime Doctor Jeckyll. Et encore, pour peu que ça lui chante ».

On retrouve ici une victime qui se prétend médium, comme dans Hypothermie, que j’ai lu il y a peu. Ca m’a frappée et je me demande si c’est récurrent dans la littérature islandaise, dont je suis bien décidée à approfondir la découverte car elle m’enchante !

En conclusion : une belle lecture, où la signification du titre français est révélée dans les dernières pages…

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Sarah Thornhill

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Sarah vit en Australie, au début du XIXe siècle, au bord du long fleuve tortueux Hawkesbury, en Nouvelle Galles du Sud. Sa mère est morte quand elle était toute petite. Son père, un Anglais banni pour vol, est maintenant affranchi. Il est propriétaire terrien, s’est remarié à une femme que Sarah appelle Ma. Ils vivent aux côtés d’Aborigènes (même si ce nom n’est jamais écrit explicitement), des « naturels », comme ils disent, de pauvres hères en guenilles. Sarah a pour meilleur ami Jack Langland, un métisse de père anglais et de mère « naturelle ». Pour Sarah, cela n’a aucune importance. Elle finira par tomber amoureuse de son ami d’enfance. Ils prévoyaient de se marier. Mais voilà que son frère Will trouve la mort en mer, alors qu’il était parti pêcher en Nouvelle-Zélande avec Jack. Un premier secret est révélé et ce sera la fin de la vie tranquille et innocente de Jack et Sarah…

Si vous avez besoin de vous aérer l’esprit, de changer d’air, je ne peux que vous conseiller ce roman incroyable, qui m’a emportée loin pendant les quelques jours qu’il m’a fallu pour le dévorer ! Une fresque familiale et une histoire d’amour (sans mièvrerie), certes, mais aussi un roman sur l’ambiance de l’Australie de cette époque où le racisme et les préjugés sont encore monnaie courante et dont on parle ainsi du passé de l’île :
« Y avait partout des noirs, à l’époque. Les gens parlaient de sauvages vivant dans des coins reculés, où les blancs avaient encore jamais mis les pieds : ils se promenaient nus comme des vers et mangeaient leurs bébés, qu’ils disaient. Ils tuaient tous les blancs qu’ils rencontraient et leur arrachaient le coeur. »

Mais si les habitants de cette terre sont racistes et méfiants vis-à-vis des autochtones noirs, ils le sont aussi entre blancs : ceux qu sont arrivés libres regardent d’un oeil condescendant ceux arrivés bannis et maintenant affranchis. Et puis, parmi ces Anglais, il y a également des Irlandais. Dont un originaire de Cork, le gentil Mr Daunt, désargenté et sa gouvernante, Maeve. Daunt est en fait un Anglo-Irlandais et il explique à Sarah qu’il ne parle pas la langue originelle de Maeve (le gaélique).

Ce roman est donc aussi celui de l’Australie du melting pot contraint ou voulu car oui, les sangs s’y mêlent pour conduire à des histoires d’amours, entre noirs et blancs, entre métis et Maoris, entre Anglais et Irlandais. Le sang est hélas aussi celui du crime, qui est le nerf narratif du secret révélé dans le roman, et du poids de la culpabilité qui s’ensuivra.

J’ai aimé le personnage de Sarah, héroïne très attachante par son courage et son grand coeur, quelqu’un sur qui on peut compter. Une jeune femme qui saura s’affranchir du poids de la culpabilité qui pèse du sa famille.
J’ai aimé la suivre dans les méandre du fleuve Hawkesbury, qui à chaque recoin révèle un paysage étonnant. Et puis observer avec elle et sa fille Sadie, les kangourous dans le Bush, m’embarquer avec le mal de mer en Nouvelle-Zélande pour rencontrer les Maoris.

Un roman très divertissant, on ne s’ennuie pas une seule seconde. Je le classe parmi mes coups de coeur. C’est le premier livre de Kate Grenville que je lis. J’y reviendrai parce qu’elle vous rend addict !

Je remercie Anne-Charlotte des Editions Métailié de m’avoir permis de découvrir ce roman : excellente proposition !

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Les Grinche ont des ennuis

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Traduction : Marie Hermet

Mme et M. Grinche sont des gens un peu « spéciaux » : ils habitent dans une roulotte faite de bric et de broc et tirée par deux ânes nommés Clip et Clop. Pour leur petit déjeuner, ils se délectent de bestioles écrabouillées sur la route, avec une préférence pour les écureuils. Même les vieux pneus sont à leur goût,avec du sel et du poivre. Le gloubiboulga à base de sciure et de graine pour oiseaux, chez eux, ça se mange aussi. Sympathique restaurant chez les Grinche, n’est-ce pas ? Vraiment, ça fait envie !
Leur fils s’appelle Sunny. Enfin, ce n’est pas tout à fait leur fils puisque M. Grinche l’a ramassé un jour sur une corde à linge. Bien que ce soit un garçon, ils ont décidé de l’habiller avec une robe bleue. Bref, pas la peine d’en ajouter davantage : vous comprendrez que Mme et M. Grinche, c’est du « lourd » ! D’autant que partout où ils passent, ils ont le don pour s’attirer des ennuis. Surtout le jour où ils arrivent à Bigg Manor et font la connaissance d’un type au haut de forme ratatiné, vêtu d’un tee-shirt avec le slogan « BIGG C’EST PAS TERRIBLE » imprimé dessus. D’un jet de pierre sur la grille du manoir débute une aventure rocambolesque, remplie de personnages loufoques. Lord Bigg habite dans un manoir complètement déglingué. Son épouse, Lady Gaga La-La ne pouvant plus supporter son mari a décidé d’aller vivre dans la porcherie (de luxe) avec la truie Poppet… Je ne vais pas tout raconter, mais le ton est donné.

Pénétrer dans l’univers des Grinche c’est un peu comme passer de l’autre côté d’un miroir, dans un univers loufoque et hilarant. Au fil des pages, on se demande ce que Philip Ardagh va encore inventer comme élément délirant dans cette aventure (quelle imagination débordante !).

Pourtant, derrière le loufoque, se trouvent des thèmes très sérieux comme l’enrichissement crapuleux (et ses limites), les conditions de travail sordides (du personnel de Bigg Manor, lié par contrat illégal et prisonnier de Lord Bigg).
Il y a vraiment des personnages bêtes et méchants dans ce roman : Mme et M. Grinche sont peu ou prou l’équivalent anglais de nos Bidochons. Lord Bigg traite mieux ses oiseaux que ses domestiques (comble de la bêtise : son perroquet adore le blesser).
Heureusement, Philip Ardagh peuple aussi son récit de personnages intelligents et attachants : Mimi le petit commis cireur de chaussures, qui, malgré le titre de sa fonction, est une fille dont le rêve est de voir du pays. Sunny, qui n’a connu que l’univers des Grinche, découvre d’autres valeurs, comme  l’amitié, grâce à Mimi (dont il semble même un peu amoureux) et la solidarité.

Un roman qui met de bonne humeur, une narration dynamique (c’est le moins qu’on puisse dire), dont l’humour est mis en valeur par les illustrations d’Axel Scheffler. J’avoue que j’ai eu un petit faible pour les disputes du couple Grinche : on dirait mes anciens voisins !! De toutes façons, les Grinche existent, les Lord Bigg & Cie aussi…

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Les nuits de Rekjavik

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Traduit par Eric Boury

Un anorak vert flotte dans une mare. D’habitude, on trouve plutôt des balles de golf dans les anciennes tourbières de Reykjavik, aujourd’hui terrain de jeu des enfants. Mais c’est une macabre découverte que font ce jour-là trois gamins embarqués sur leur radeau. Pourtant, la police a rapidement classé l’affaire sans suite : celle d’un ivrogne qui s’est noyé. C’est ce qui revient en mémoire à Erlendur, un an après le drame.  Son quotidien nocturne dans les rues de la capitale islandaise, ce sont les tapages, les disputes familiales, les accidents de la circulation, les femmes battues, les drames de l’alcoolisme sous toutes ses formes. Pour la police, tous ces drames sociaux passent avant les clochards retrouvés morts. Quant aux femmes battues, on ne peut pas dire qu’elles reçoivent soutien ou secours. Alors les femmes qui disparaissent…

Autant dire que notre Erlendur va y trouver du grain à moudre ! Il s’embarque dans une enquête officieuse et solitaire, lui qui n’est que simple agent de police, même pas inspecteur, encore moins enquêteur. Personne n’en saura rien, même pas Gardar et Marteinn, ses deux collègues de patrouille nocturne.

Erlendur avant Erlendur, ou presque. J’ai vu une chronique intitulée « Erlendur simple flic ».  Oui, en quelque sorte, mais quand même bien plus que ça ! On retrouve notre observateur favori de la société islandaise, celui qui s’attache aux marginaux, à ceux que personne ne considère, même pas la police.   Juste perçus comme des masses alcooliques sans nom. Erlendur lui-même se demande si ce n’est pas « sa passion pour les destins tragiques qui l'[a] conduit à s’engager dans la police ». Nous, lecteur qui le connaissons bien savons que oui (ou du moins pensons le connaître bien, parce qu’Arnaldur Indridason lui-même dit qu’il ne sait pas trop qui est ce type-là !), c’est bien ça. Au point de négliger sa vie privée, qui passe bien après.

Erlendur le solitaire qui « préfèr[e] rester à la maison à lire, à ‘écouter la radio ou de la musique », Erlendur qui se moque des « discours enflammés de Gardar sur les hamburgers et les pizzas » qu’il considère comme des « élucubrations d’allumés ». Erlendur le marginal, finalement, presque double  d’Hannibal, le clochard mort dans la mare tourbeuse. Il va s’interroger sur les motivations qui ont poussé cet homme à rejeter le monde dans lequel il vivait avant. Parce qu’Hannibal n’a pas toujours été solitaire. Il a même une famille. Il a même eu une épouse.

Les personnages que côtoie ici Erlendur sont des gens qui ont eu des accidents sur la route de la vie. Le motif de l’accident hante d’ailleurs ce roman noir. C’est presque obsessionnel. C’est par accident que la boucle d’oreille d’une femme disparue pratiquement au moment de la mort d’Hannibal se retrouve dans le pipeline où il vivait. C’est par accident qu’Erlendur a perdu son frère un jour de tempête dans la région des fjords de l’Est. C’est par accident qu’Hannibal a perdu son épouse. C’est par accident que Gustav fera ce qu’il a fait. Enfin, c’est par accident qu’Erlendur  va être papa et se caser avec Halldora. Un tir de balle de golf raté sur des destinés.

J’ai passé deux jours dans le caison du pipeline où Hannibal avait trouvé refuge, sur les pas d’Erlendur et d’autres sans domicile fixe. La vie est rude en Islande quand vous vivez dehors. Alors quand on a froid et qu’on n’a pas d’argent, on demande à une âme charitable d’aller vous acheter des réserves d’alcool à 70°C à la pharmacie en guise de gnôle. Ou bien des tickets pour faire des tours de bus et avoir l’impression de voyager !

J’ai retrouvé l’humour (noir), un rien sarcastique d’Erlendur au grand coeur mais tellement imparfait. Vous ne pourrez jamais faire du golf avec lui, parce qu’il est totalement persuadé que « ce sport [a] été inventé pour distraire les gentlemen anglais et écossais qui n’avaient rien de mieux à faire de leur temps ».

Un excellent moment de lecture  qui plaira à ceux qui se plaignaient de ne plus voir Erlendur dans les tomes précédents. Là, il occupe la scène tourbeuse du crime et pose les germes de sa destinée.

J’ai juste trouvé le roman trop court (mais il ne l’est pas plus que les autres). On est addict à Arnaldur Indridason où on ne l’est pas ! J’en suis et j’assume, alors vivement la suite !

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Par coeurs

Par-coeurs

Le jour de la rentrée, Mlle Levêque, prof de français, demande à ses élèves de seconde un sujet de rédaction pour le moins surprenant :  » Quelle est votre vision de l’amour. Que représente l’amour idéal. Comment voyez-vous votre vie amoureuse plus tard. » Imaginez un peu la tête des gamins ! Surtout que cette prof ressemble à un vieille fille, d’après une élève, qui, du coup,  révise rapidement son jugement. L’autre particularité c’est que les copies doivent être anonymes et que rendre le devoir n’est pas une obligation. Pourtant, la plupart des ados feront le devoir, évidemment puisqu’il s’agit-là d’un sujet qui les touche à coeur…

Le livre s’articule autour de onze « nouvelles » (pour reprendre le terme de la couverture) qui donnent la parole aux élèves de la classe. L’amour et ses conséquences y sont examinés sous toutes les coutures : première fois, sentiments, amour filial, physique, homosexuel, impossible, séparation, risque de grossesse… Chaque ado y va de son expérience : de celle qui n’a d’yeux que pour « le plus beau mec du lycée », (et qui du coup dit « thank you » au CPE pour son idée de constituer les classes par ordre alphabétique) à celle qui fait l’amère expérience d’un test de grossesse, en passant par celui qui pense que le mariage, c’est l’anti-amour  :
« Il n’y a rien de plus dur que d’être fils de parents mariés. Ouais, ouais, marrez-vous !  Mais qu’est-ce que vous croyez ? Au moins quand tes vieux sont divorcés, t’as deux piaules, deux vaisselles, deux façons de manger, deux emplois du temps, deux façons de vivre, deux environnements et tu ne t’ennuies jamais ! Et encore, je ne vous parle pas des cadeaux et des vacances multipliés par deux !  Alors que mes parents ! Ils sont mariés depuis seize ans et ils ont l’air de se faire tellement chier ensemble que tous les jours, je me pose la même sempiternelle question : Mais pourquoi ils ne se quittent pas ?! »
« A table !!! » dont est tirée l’extrait, est la nouvelle que j’ai préférée. Sa chute met une claque au gamin avec humour.  « Mademoiselle », qui ferme le recueil, permet au lecteur de comprendre le leitmotiv l’enseignante. Mais si c’est une surprise, cela met aussi à plat le mystère qui l’entourait au début du livre pour en faire un personnage complètement crétin. Dommage !

Pour le reste, j’ai apprécié ces récits dynamiques, bourrés d’humour mais aussi cyniques, qui restituent le parler inventif (et parfois agaçant) des ados, leur vision parfois « brut de décoffrage », leur naïveté et leur égocentrisme. Mais aussi leur fragilité. Une découverte sympa.

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