Inishowen

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Traduit par Pierrick Masquart et Gérard Meudal

4e de couverture  : « Tristan et Iseult à la mode irlandaise d’aujourd’hui… Elle habite New York, vient d’apprendre qu’elle a un cancer et décide sans prévenir les siens de s’en retourner en Europe, dans l’Ile Verte où elle est née. Lui est flic à Dublin, un peu abîmé par la vie et par le whiskey, fatigué surtout de se battre contre la mafia locale, qui a résolu, il le sait, de lui faire la peau. Ces deux êtres poussés à bout vont se rencontrer par hasard, prendront la fuite ensemble et iront trouver refuge tout au nord de l’Irlande, dans les parages d’Inishowen, un lieu de beauté et de paix… où le sang coule aussi bien qu’ailleurs ».

La 4e de couverture me faisait hésiter et j’avais maintes fois repoussé l’achat. J’avais peur d’un roman à l’eau de rose bien tragico-larmoyant … Mais à l’époque, en 2007, j’avais lu des critiques encourageantes sur les blogs littéraires donc, tout de même, il me tentait bien ce livre. D’autant que je devais me rendre sur la presqu’île irlandaise d’Inishowen l’été même. Vaille que vaille, j’avais acheté le bouquin !

Et ô surprise!, ce roman n’est pas ce que peut laisser penser le résumé de la 4e de couverture. Pas triste, pas sirupeux, pas larmoyant, loin de là. Le ton est plutôt à l’humour, parfois noir mais pas toujours, et vire sur la fin au délire façon déjanté, il faut bien le dire ! On se surprend plus d’une fois à rire, ce qui, au regard du sujet peut paraître surprenant !

Ce n’est pas le cancer qui décide Ellen à rejoindre l’Irlande, mais plutôt un mari volage. Elle y rencontre par hasard Martin Aitken, flic dépressif suite à la mort de son fils, enterré à Inishowen. C’est justement sur cette péninsule du Donegal qu’habite la mère naturelle d’Ellen.Celle-ci cherche à la rencontrer avant qu’il ne soit trop tard. Cela ne l’empêche pas de de cacher la vérité à Martin sur son état de santé et d’inventer une histoire incroyable afin qu’il ne se fasse pas d’illusions à son sujet : (elle déclare être religieuse depuis la mort de son mari)… jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert !

O’Connor peint l’Irlande des années 90 avec délice, loin du lyrisme pastoral, et l’ « irlanditude » telle que la voit les Américains. C’est aussi l’occasion pour lui d’évoquer un fait de société peu connu et encore douloureux dans l’Irlande d’aujourd’hui : l’abandon des enfants par les filles-mères, sous pression des familles et surtout de l’Eglise. Ces enfants furent envoyés dans des familles américaines d’origine irlandaise pour y être élevés…

Joseph O’Connor (qui est le frère de la chanteuse Sinead O’Connor) évite magistralement les pièges en évoquant des sujets douloureux.

Depuis, il est devenu un de mes écrivains irlandais préférés. Et j’ai lu tous ses romans (sauf le dernier en date, Redemption Falls, qui est dans ma PAL) et ses nouvelles traduits .

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Le testament caché

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Traduit par Florence Lévy-Paoloni

4e de couverture : « Roseanne McNulty a cent ans ou, du moins, c’est ce qu’elle croit, elle ne sait plus très bien. Elle a passé plus de la moitié de sa vie dans l’institution psychiatrique de Roscommon, où elle écrit en cachette l’histoire de sa jeunesse, lorsqu’elle était encore belle et aimée. L’hôpital est sur le point d’être détruit, et le docteur Grene, son psychiatre, doit évaluer si Roseanne est apte ou non à réintégrer la société. Pour cela, il devra apprendre à la connaître, et revenir sur les raisons obscures de son internement. Au fil de leurs entretiens, et à travers la lecture de leurs journaux respectifs, le lecteur est plongé au coeur de l’histoire secrète de Roseanne, dont il découvrira les terribles intrications avec celle de l’Irlande. A travers le sort tragique de Roseanne et la figure odieuse d’un prêtre zélé, le père Gaunt, Sebastian Barry livre ici dans un style unique et lumineux un roman mystérieux et entêtant. »

Attention pépite ! J’ai englouti ce livre en quelques jours, littéralement prise par la spirale infernale de l’Histoire de l’Irlande et du destin particulier de Roseanne Clear.

A priori, en ouvrant le roman, je m’attendais à une thématique pure sur les « Magdalen Sisters », fait social irlandais que le cinéaste Peter Mullan a rendu célèbre aux yeux du public par le film éponyme. Or, si le roman de Sebastian Barry aborde sans conteste ce fait, il va beaucoup plus loin en montrant à travers le destin personnel de Roseanne, comment l’Histoire du pays a eu un impact direct sur la vie personnelle.

Le lieu où est enfermée l’héroïne depuis soixante ans est en fait peu présent dans le roman (contrairement au film de Peter Mullan qui s’attarde plus à montrer le sadisme des religieuses à l’égard de leurs pensionnaires). Ici le récit s’échappe hors les murs, à Sligo où elle a grandi, mais aussi dans le village reculé Strandhill et sa plage. C’est l’Irlande du mont Ben Bulben, du mont Knocknarea qui abrite le tombeau reine Maeve, d’une Irlande pétrie de secrets, de légendes, de mystères. Mais aussi d’Histoire. Et c’est là que Sebastian Barry plante le décor et promène le lecteur, ne le ramenant entre les murs de l’hôpital psychiatrique de Roscommon que de brefs instants.

Sebastian laisse la parole alternativement à la vieille dame centenaire (qui d’ailleurs n’est plus très sûre de son âge) et à son médecin psychiatre, le docteur Grene, veuf, qui a beaucoup d’affection pour elle. Roseanne entreprend d’écrire ses mémoires ou plutôt un « témoignage sur elle-même » alors que l’hôpital psychiatrique de Roscommon où elle enfermée depuis 1957 va être détruit. Il y a donc urgence. Et parce qu’il y a urgence, le médecin doit enquêter sur la vie de ses patients pour savoir s’ils sont aptes au retour à la vie « civile » ou non. Mais cela semble une question vaine, un prétexte à bien autre chose quand, comme Roseanne, on est centenaire et que votre vie a été rayée de la société des hommes.

Par l’écriture, Roseanne tente donc de se réapproprier sa vie. Et le carnet du docteur dévoile peu à peu son enquête sur sa patiente, (mais aussi sur lui-même), sur les écrits que le Père Gaunt a laissé sur elle : des écrits qui, a priori, paraissent un peu trop « soignés » pour être totalement exacts. Car  Le testament caché n’est pas une enquête sur la vérité d’exactitude des choses mais sur la mémoire, sur une « vérité utile« ,  sur la manière dont chacun peut interpréter des événements qui se sont déroulés, soixante ans auparavant, dans les années 20, dans une Irlande malmenée par l’Histoire (notamment la guerre civile engendrée par l’avènement de l’Etat libre), où l’Eglise catholique joue un rôle sans cesse grandissant dans la société, s’immisçant sans complexe dans la vie privée des gens.« Dans une large mesure, Roseanne et le Père Gaunt se sont tous deux montrés aussi sincères qu’il leur était possible, compte tenu des caprices et des ruses de l’esprit humain » remarque le docteur Grene.

Sans cesse Roseanne est accablée dans sa destinée par une Eglise et une société étriquées, bien plus soucieuses du « qu’en dira-t-on » que du bonheur individuel. Mais le destin lui révèle cependant bien des surprises et au lecteur aussi ! Si l’on se demande tout au long du récit pourquoi Roseanne a été internée et que l’on s’en doute, on se demande surtout QUI est coupable de cette infamie. Ce n’est pas celui que l’on croit. Je n’en dis pas plus si ce n’est qu’on ne le découvre qu’à la fin, avec plusieurs surprises de taille qui m’ont, de ce point de vue là, laissée un peu perplexe !

Roseanne et le docteur Grene sont deux personnages vraiment attachants, émouvants et pétris d’humanité. On les laisse avec regret. J’ai vraiment passé un très bon moment avec Le testament caché qui est le premier livre que je lis de cet écrivain irlandais, de père britannique et de mère irlandaise, considéré comme l’un des meilleurs de sa génération. Il puise l’inspiration de ses romans dans l’histoire personnelle de sa famille et le personnage de Roseanne lui a été inspiré par une de ses grande-tantes, semble-t-il. On retrouve ici le personnage d’Eneas McNulty, qui semble être le même que celui des Tribulations d’Eneas McNulty (paru chez 10/18).

Le testament caché a obtenu le Prix Costa Book of the Year en 2008 et en 2009 le Prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year. Et je trouve que c’est amplement mérité !

NB : depuis que j’ai écrit cette chronique transférée de mon ancien blog, vous pouvez trouver ce fabuleux roman irlandais au format poche. Surtout ne pas s’en priver : la plume de Sebastian Barry vaut largement le détour.

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Cette main qui a pris la mienne

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Traduit par Michèle Valencia

4e de couverture : « Dans le Soho bouillonnant des sixties, Lexie, apprentie journaliste, comble sa soif d’indépendance et ses rêves de gloire. Quarante ans plus tard, la jeune Elina s’efforce de surmonter un accouchement difficile tandis que son mari voit ressurgir les zones d’ombre de son enfance. Deux destins bouleversants, unis par un lien ténu et secret… »

Je publie ce billet dans le cadre du Mois Anglais. Je précise néanmoins que Maggie O’Farrell n’est pas anglaise mais nord-irlandaise. Reste que ce roman se déroule en grande partie à Londres, à Soho en particulier. L’écrivaine a d’ailleurs eu recours à Soho in the Fifties and Sixties de Jonathan Fryer (1998) et Never Had It So Good. A History of Britain from Suez to the Beatles, de Dominic Sandbook (2005). Et c’est justement, entre autres, la description minutieuse et quasi-cinématographique de Soho qui m’a séduite et décidé à publier ce billet dans le cadre du Mois Anglais.

C’est mon troisième rendez-vous avec Maggie O’Farrell, après La femme de mon amant (qui m’avait déçue) et L’étrange disparition d’Esme Lennox (qui m’avait absolument enthousiasmée). Le titre (même en VO : The Hand that First Held Mine) qui suggère presque un roman à l’eau de rose, me laissait craindre le pire. Mais cela m’aurait également un peu étonnée de la part de Maggie O’Farrell. En effet, elle tord le cou aux clichés.

Deux intrigues sont se déroulent tout le long du roman pour ne se rejoindre qu’à la fin, dans une logique implacable. Alexandra, jeune Anglaise de vingt-et-un an, élevée dans le Devon, quitte sa famille sur un coup de tête, au milieu des années 50, ne supportant plus l’ambiance de la maisonnée, avec une mère encore encombrée d’un nouveau-né et des frères qui la tannent pour qu’elle aille s’excuser auprès de l’université dont elle vient d’être renvoyée parce qu’elle « sortai[t] d’un examen et [a] emprunté la porte réservée aux hommes ». Alors qu’elle se prépare à quitter l’univers familial, elle fait la connaissance d’Innes Kent, sorte de dandy qui monte sa revue culturelle, Elsewhere, dans le quartier de Soho à Londres. Cet homme tronque le nom de la jeune femme et la nomme Lexie, finit par l’embaucher. Un malheur arrive. Mais malgré la douleur Lexie se relève et rebondit, continue de manière ascendante sa vie dans le bouillon de culture de Soho.

A des années de là, on trouve Elina, une Finlandaise vivant à Londres, qui a vraisemblablement accouché… mais qui a des passages à vide, l’amenant même à oublier qu’elle a accouché. L’ambiance est assez angoissante : Elina est perdue, fatiguée, doute de ce qu’elle fait. Ted, son ami et père de l’enfant, est inquiet pour elle et l’appelle souvent du travail pour savoir ce qu’elle fait de sa journée, ce qu’elle a dû mal à lui restituer. Dès le début, le lecteur est intrigué et aussi inquiet qu’Elina : que s’est-il passé ? Le voile se lève peu à peu – mais si je vous dis pourquoi elle ne se rappelle de rien, j’en dis trop, alors je ne vous dirais rien ! Le bébé restera longtemps sans nom car le couple n’arrive pas à se décider à le nommer.

A travers ce qui est en grande partie un roman d’apprentissage, Maggie O’Farrell fait découvrir à merveille l’ambiance du Londres bohème des années 50-70 et son effervescence. Quelques extraits parmis d’autres :

« En arrivant à proximité de Soho Lexie s’arrête et cherche le petit mot et la carte de visite qui n’ont pas quitté son sac depuis le jour où elle a fait la connaissance d’Innes Kent. Sans nécessité, elle les relit. Directeur de la revue Elsewhere. Bayton Street, Soho, London W1.
Ce matin, Mme Collins a été choquée quand Lexie a laissé échappé dans l’escalier qu’elle irait à Soho dans la journée. Lexie a voulu savoir pourquoi.
« Soho ? a repliqué Mme Collins. Il y a là-bas des tas d’ivrognes et de bohèmes.« 

« Les immeuble en brique rouge sombre sont tassés, les rues étroites. Dans les canniveaux s’écoule l’eau de l’averse tombée un peu plus tôt. Un autre carrefour, encore un autre, une épicerie chinoise devant laquelle une femme dresse une pyramide de fruits jaunes tavelés, une entrée où deux Africains rient, assis sur des chaises. Des marins en costume bleu et blanc marchent au milieu de la rue en chantant en choeur avec des voix chancelantes, discordantes ; un livreur à bicyclette, qui doit dévier son chemin pour les éviter, leur lance une réflexion par-dessus son épaule. Deux ou trois marins prennent apparemment la mouche et foncent sur lui, mais le cycliste pédale avec énergie et file. »

« Innes est électrisé par la refonte de sa revue – aspect, contenu, impression générale, tout a été repensé. Le numéro en préparation mettra en vedette un sculpteur qui, Innes en est sûr, laissera son empreinte dans l’histoire de l’art ». « Le cerveau d’Innes mène plusieurs réflexion de front. Il se demande si le nom de la revue sera bien mis en valeur avec de l’italique, s’il se détachera sur la simplicité de la nouvelle fonte, je veux que la police de caractères soit simple, Helvetica, peut-être, ou Gill Sans, mais sûrement pas Times ou Palatino, il ne faudrait pas qu’elle attire trop l’attention aux dépens de la sculpture photographiée. »

Bref, ça bouillonne autant sous les crânes que dans la rue. Voici pour l’un des aspects de ce roman riche par ses thématiques. Par ailleurs, Maggie O’Farrell casse le moule de la maternité heureuse vue comme l’accomplissement suprême de la femme. Les deux héroïnes ne vont pas s’accomplir par la naissance d’un enfant, mais par leur âme d’artiste : Lexie écrit des articles et des livres sur des peintres et des sculpteurs ; Elina a son atelier d’artiste au fond du jardin et ne pas pouvoir y aller parce qu’il faut qu’elle s’occupe de son nouveau-né 24h/24 la rend malheureuse. La jeune femme voit du jour au lendemain son univers se rétrécir à quatre murs et ses journées se rythmer au fil des tétés, des lessives et des pleurs du bébé.

Néanmoins, c’est par la naissance de deux bébés que vont se sceller deux destins et se restituer peu à peu une mémoire effacée et une histoire de famille enterrée depuis longtemps.

Je ne me suis pas ennuyée une minute avec ce roman qui fera partie de mes coups de coeur. De nombreux rebondissements tiennent en haleine et le secret n’est révélé qu’à la fin. J’ai eu beaucoup d’empathie pour Lexie, personnage courageux et volontaire.

Un roman magistralement écrit  !

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Une seconde vie

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Traduit par Marie-Hélène Dumas

4e de couverture : « «Les sept nuits suivantes, elle refit ce rêve dans lequel un jeune homme passait à côté d’elle et s’arrêtait pour lui demander le chemin du lotissement. Dans son rêve, il l’avait toujours dépassé quand elle l’appelait par le prénom qu’elle lui avait donné à sa naissance, et dont elle n’était pas certaine qu’il le porte toujours. Mais il le reconnaissait car chaque nuit, dans ce rêve, il se retournait, et à ce moment-là elle s’éveillait couverte de sueur, sachant que ce n’était pas un rêve mais une prophétie.» Suite à un accident de voiture, Sean Blake est déclaré cliniquement mort. À son réveil, il lui semble être devenu étranger à lui-même. Il décide de partir en quête de son passé, sur les traces de sa mère dont il ne sait rien. Elle l’avait enfanté dans l’un des sinistres couvents de la très catholique Irlande d’après-guerre… »


Cela faisait un moment que j’étais tentée par ce roman de l’écrivain irlandais Dermot Bolger, dont j’avais adoré Toute la famille sur la jeté du paradis, qui racontait la vie d’une famille d’Anglo-irlandaise hors norme pris dans les pièges de l’Histoire.

Ici Dermot Bolger change de sujet mais revient sur l’histoire de son pays, ou plus précisément un fait de société qui n’a pas encore levé tous ses tabous : l’abandon d’enfant dans l’Irlande des années 50, avec comme corolaire les épouvantables couvents des Magdalenes où étaient envoyées toutes celles qui risquaient de salir la respectabilité d’une famille. Dermot Bolger a réécrit son ouvrage, paru une première fois dans les années 90, car, selon lui, il contenait trop de colère. Il essaie ici de replacer les choses dans leur contexte, ce qui ne veut pas dire qu’il pardonne ce qui a été fait, loin de là !

Sean Blake, photographe d’une quarantaine d’années, fait l’expérience la mort clinique suite à un accident de voiture devant le jardin botanique de Dublin. Il flotte au-dessus de son corps etc. Il revient miraculeusement à la vie, sa vie qui ne sera jamais plus la même après cette expérience. Il sait depuis l’âge de onze ans qu’il a été adopté. Après l’accident, le malaise de sa vie actuelle ne fait que s’accentuer, l’éloignant de sa femme et de ses deux jeunes enfants. Pour arriver à s’en sortir, il va faire son enquête, en secret, pour retrouver sa mère, Lizzy, dont le lecteur suit également l’état d’esprit au fil des pages. Sean est envahi par des images obsédantes, en particulier celle d’un jeune homme peu avenant. Il va à la rencontre d’un des gardiens du jardin botanique victorien de Dublin qui l’aidera dans sa quête.

Dermot Bolger ne mâche pas ses mots sur l’Irlande des années 50 et son amour du faux-semblant, de gens prêts à sacrifier leur famille au nom de la respectabilité, un mot qui vaut de l’or : »L’Irlande dans laquelle elle vivait était infectée par un terrible virus appelé respectabilité. » Il reproche à ses concitoyens leur lâcheté ( « Montre la vérité aux Irlandais, ils s’enfuient en hurlant. ») et son corolaire, l’hypocrisie : « Ivrognerie, violence domestique, n’importe quel pêché était accepté, à condition de rester cacher. »


Il y a évidemment de la colère dans ce roman, mais l’écrivain laisse les protagonistes de l’époque s’exprimer, comme la mère supérieure de ce qui est devenue une école réputée, qui était novice au moment des faits. Elle tente d’expliquer, pour éviter à Sean de mettre tout le monde dans le même panier. L’écrivain donne également la parole au frère de sa vraie mère, celui duquel elle était si proche et qui pourtant l’a laissée embarquer sans rien faire, par lâcheté. On découvre la souffrance de cet homme vieillissant, devenu homme d’église par nécessité plus que par vocation : devenir prêtre était le summum de la réussite et aussi un moyen bien commode de mettre encore une fois à part ceux qui étaient différents : « Les gens de ma paroisse, sentant que j’étais différent, décidèrent de ma vocation. »
L’aveu de ce frère est vraiment émouvant. Et le tour de force de Dermot Bolger dans ce roman, est que, contrairement à ce qu’on croyait, on ne se met pas à haïr tous les gens qui, par leurs agissements ou leur non-action, ont brisé la vie de Lizzy, dont la souffrance, bien évidemment toujours vivace, est évoquée, malgré la maladie d’Alzheimer qui la ronge.  On ne peut pas dire qu’on a de l’empathie pour eux non plus, mais un regard sur eux plus distancé. C’est la responsabilité de toute une société qui est mis en balance.

J’ai aimé ce roman, bien évidemment émouvant. Je modérerai mon élan par un bémol : quelques longueurs parfois et la thématique de la mort clinique et de ses sensations peut être critiquable. Une manière d’ajouter une touche fantastique un peu maladroite à mon avis.

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Granny Webster

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Traduit par Michel Marny

4e de couverture : « Envoyée en convalescence au bord de la mer chez son arrière-grand-mère, une vieille dame acariâtre qui ne se déplace qu’en Rolls, vit comme à l’époque victorienne et évite toute émotion pour ménager son coeur, une jeune fille – qui n’est pas sans rappeler Caroline Blackwood – découvre peu à peu les secrets qui se cachent derrière les rideaux empesés de la luxueuse demeure… La description de cette grande famille irlandaise, avec une tante excentrique et suicidaire, une grand-mère un peu dérangée et une femme de chambre borgne, est d’une réjouissante noirceur. »

Tout d’abord quelques mot sur l’auteure : « Caroline Blackwood est née en 1931 en Irlande du Nord dans le domaine familial de Clandeboye. » Sa mère est l’héritière de la richissime famille anglo-irlandaise Guinness (oui, c’est bien une famille de l’Ascendancy anglo-irlandaise !). Je résume en disant qu’elle a eu une vie passionnante et bien remplie. Elle est décédée en 1996 d’un cancer. Great Granny Webster (titre original) a été publié en 1977 et fut sélectionné pour le fameux Book Prize. Mais Caroline a publié tout un tas d’ouvrage qui ne sont hélas pas publié en France. Et je dis tout de suite que c’est bien dommage !! Celui-ci est une réédition et c’est une excellente initiative de la part du Livre de Poche.

En effet, c’est tout juste un régal d’humour noir et d’ambiance victorienne gothique à souhait, bien que ça se déroule au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. C’est une succession de portraits, tout plus excentriques les uns que les autres, mais chacun à leur manière. Tout d’abord la fameuse arrière grand-mère, lugubre à souhait, « délabrée et proche de la tombe » (du moins au premier abord), vivant à Hove, dans la banlieue de Brighton, dont la maison n’a pas respiré l’air du dehors depuis au moins l’ère victorienne (j’exagère à peine), servi par une unique domestique borgne. En fait cette archi-vieille vit dans son monde imaginaire, elle est limite autiste dans son comportement, ne sortant jamais, vivant en recluse sur son fauteuil, observant d’un oeil condescendant cette nouvelle génération qui profite des congés payés. Néanmoins, elle a, semble-t-il, à sa manière bien particulière, une forme d’affection pour son arrière petite-fille. Pour preuve de son amour, elle lui léguera un lit à baldaquin décoré d’un ananas. Ridicule à souhait. La vieille dame sera gothique jusque dans sa mort…. qui est un moment d’anthologie savoureux à la toute fin du roman.

Une large évocation est faite de la grand-mère Dunmartin, complètement fêlée, mais il faut dire que quand on a eu comme mère Madame Webster, il y a de quoi. Je reprocherai juste quelques longueurs dans l’évocation de cette grand-mère et du manoir « uslterien » Dunmartin dégoûtant à souhait et au-delà de l’imaginable.

Je ne vais pas vous raconter chacun des personnages mais je dois bien avouer que ce tout petit livre d’à peine 160 pages est un délice. Avis aux amateurs d’ambiance victorienne et d’humour noir.

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L’étrange disparition d’Esme Lennox

 

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Traduit par Michèle Valencia

4e de couverture : « A Edimbourg, un asile ferme ses portes, laissant ses archives et quelques figures oubliées resurgir à la surface du monde. Parmi ces anonymes se trouve Esme, internée depuis plus de soixante ans et oubliée des siens. Une situation intolérable pour Iris qui découvre avec effroi l’existence de cette grand-tante inconnue. Quelles obscures raisons ont pu plonger la jeune Esme, alors âgée de seize ans, dans les abysses de l’isolement ? Quelle souffrance se cache derrière ce visage rêveur, baigné du souvenir d’une enfance douloureuse ? De l’amitié naissante des deux femmes émergent des secrets inavouables ainsi qu’une interrogation commune : peut-on réellement échapper aux fantômes de son passé ? « 

C’est vrai que j’ai hésité – un tout petit peu – à me relancer dans la lecture de Maggie O’Farrell puisque j’avais été déçue par La femme de mon amant. Mais je dois dire que je ne le regrette pas puisque L’étrange disparition d’Esme Lennox (The Vanishing Acte of Esme Lennox, titre original qui a tout son sens !) est d’une toute autre facture que le roman par lequel j’avais commencé à lire cette auteure !

Maggie O’Farrell est nord-irlandaise mais elle plante le décor de son récit à Edimbourg. Esme a été enfermée à l’âge de seize ans, sur décision de son père, à l’hôpital psychiatrique de Claudstone. Mais cet hopital va à présent fermer ses portes. Iris, sa petite-nièce, ignore jusque-là que sa grand-mère, Kitty, a une soeur. Elle pense à une erreur manifeste. Mais le directeur de l’hôpital l’informe que non, ce n’est pas une erreur et que son nom figure comme personne à contacter. C’est sur la pointe des pieds et emplie d’une peur manifeste qu’Iris décide peu à peu de prendre en charge Esme, qui a passé soixante-et-un ans de sa vie derrière ses murs. La vieille dame raconte alors son histoire, par bribes. S’y entremêle la version de Kitty (atteinte maintenant de la maladie d’Alzheimer, mais il y a des choses que cette maladie ne peut pas effacer !). Et l’on va de stupéfaction en stupéfaction !
Esme est tout sauf folle. Au contraire. Elle se révèle d’une intelligence hors norme. Ce fut une jeune fille qui voulait aller à l’université, qui ne souhaitait pas se marier ni être enfermée à la maison. Quand on lui demandait ce qu’elle voulait faire plus tard, elle répondait d’emblée qu’elle voulait voyager, voir du pays et travailler. En d’autres termes, c’était une jeune femme libre d’esprit et spontanée dans un univers de calculateurs. Et belle, de sucroit…

Le thème des femmes enfermées dans des asiles est presque devenu un classique littéraire et cinématographique sur un fait tristement célèbre. J’avais déjà lu l’époustouflant  Testament caché  de l’Irlandais Sebastian Barry et j’avais déjà vu le film de Peter Mullan sur le même sujet. Mais à chaque fois, on se prend une sacrée claque. Ici l’hôpital (mais peut-on parler d’hôpital, puisqu’un un hôpital est censé pour soigner) n’est pas tenu par des religieuses mais bien des infirmières civiles. Cependant, ce n’est pas ici que se déroule l’essentiel du roman (heureusement !) mais dans l’esprit d’Esme qui dévoile peu à peu l’univers bourgeois étriqué dans lequel elle vivait en famille, un univers où les femmes n’ont pas vraiment leur mot à dire sur leur destin et où il est fort mal vu par le patriarche qu’elle souhaite travailler et se soustraire à la domination masculine.
Une belle réflexion sur le sentiment de culpabilité, la jalousie et le ressentiment. D’ailleurs Iris vit au même moment une relation compliquée avec un homme peu fiable (marié), profiteur et de moins en moins crédible. J’ai bien aimé l’écho de la vie d’Iris avec le passé d’Esme et de Kitty (mais ici le piège se referme sur le profiteur…).
On se dit, à la fin du roman, qu’on nous a assez secoué comme cela. Que maintenant Esme va pouvoir finir ses vieux jours tranquillement et confortablement. Et pourtant…

Un coup de coeur pour ce roman au style dense et ciselé sur un sujet grave mais qui évite aussi les écueils. Une lecture exceptionnelle !

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Les îles Aran

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 Traduit par Pierre Leyris

Je vous embarque sur les îles Aran en compagnie du grand John Millington Synge.

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Ce n’est pas sans quelque appréhension que j’ai ouvert ce livre : John Millington Synge est un tel « monument » de la littérature irlandaise que cela avait quelque chose d’effrayant de l’aborder ainsi en novice ! Parce que je ne suis pas une bête de course pour une lecture en VO, je me suis procurée l’édition française, admirablement traduite par Pierre Leyris.

Les iles Aran (Aran Island) a été publié en 1907 et Synge y relate ses quatre voyages entre 1898 et 1905. Il est parti s’aérer l’esprit là-bas, sur les conseils de Yeats, qu’il a rencontré à Paris,  pour lutter contre la mélancolie qui le ronge. Il laisse donc tout derrière lui, les amours malheureuses, les querelles littéraires, il s’en va.
Il ne s’attarde pas trop sur Inishmore, qu’il juge plutôt défigurée par le tourisme (rappelez-vous, nous sommes en 1898, que dirait Synge aujourd’hui ?). Il réside surtout sur l’île du milieu, (Inis Meain, en gaélique, Inishmaan, en anglais), mais visite aussi l’île du sud, Inisheer (ou Inis Oirr, en gaélique).

« Dans les pages qui suivent, je donne un compte-rendu direct de la vie que j’ai menée dans ces îles et de ce que j’y ai rencontré, sans rien inventer ni rien changer d’essentiel », écrit-il en introduction de son récit de voyage. Et c’est bien cette fraîcheur, cette manière de dire les choses sans embages qui m’a séduite.
Synge parvient à embarquer le lecteur avec lui et à lui faire vivre sa vie là-bas. J’ai été bluffée par son écriture très simple et ce regard d’anthropologue à qui rien n’échappe. Il y a un peu de naïveté parfois : il trouve des différences entre les femmes de ces trois îles, dans la forme de leur visage par exemple…

Il n’a aucun a priori, il parvient à approfondir son gaélique, à participer aux fêtes où l’on danse jusqu’à n’en plus pouvoir sur Le Noir Coquin. Il teste la poteen (alcool clandestin). Il vadrouille en pampooties, sandales locales, il embarque à bord des coracles (barques des îles Aran qui servent à tout : transporter du bétail, de la tourbe, ou les habitants). Il admire les tenues des femmes, vêtues de jupons rouge foncé, dans ces îles noyées de brouillard – mais parfois aussi arassées par le soleil. Il n’y a pas un arbre ici : un arbre, pour les îliens d’Aran, c’est un buisson ! Synge est saisi par la rudesse de la vie ici, mais aussi admiratif de la simplicité des habitants qui pourtant savent faire beaucoup plus que les habitants du « continent » : pêcher, naviguer sur cet océan atlantique souvent agité, jardiner sur ces terres arides, bricoler, faire de la soude avec le varech, s’occuper des bêtes, parler deux langues (gaélique mais aussi anglais)  et… raconter des histoires !

Captivée, j’ai écouté avec lui les récits de vieilles personnes sur les fairies (traduite par le mot « fées », mais le traducteur précise qu« ‘il faut se souvenir qu’en Irlande, fairy désigne très souvent des petits êtres masculins, des sortes de lutins ») qui sont des êtres malfaisants. Elles sont omniprésentes parmi les habitants, ils vivent avec elles et les craignent.
Ils montrent à Synge leurs repères : « Vous voyez cette paroi rocheuse toute droite ? (…). C’est là que les fées jouent à la balle pendant la nuit, et on peut voir les marques de leurs talons quand on vient le matin, et trois pierres qu’elles ont pour marquer la limite, et une autre grosse pierre sur laquelle elles font rebondir la balle. C’est bien souvent que les gars ont enlevé les trois pierres, mais elles sont toujours revenues là le matin ».

Autant dire que ce livre est enchanteur à bien de titres et que c’est avec un pincement au coeur que je l’ai refermé ! Je ne peux que vous conseiller l’expérience de ce voyage fabuleux !
Il me reste à découvrir ses pièces mais aussi ses autres récits de voyage dans l’Irlande qu’il affectionne (parce que oui, il y en a d’autres !).

Quelques mots sur l’écrivain : John Millington Synge (1871-1909) appartient à la bourgeoise protestante d’Irlande. Il est né dans le comté de Dublin. Son père avocat, meurt en 1872 et il grandit dans un univers de femmes. Sa mère, fervente protestante, lui inculque le sens du péché et la crainte de l’Enfer. Il s’intéresse beaucoup à l’histoire naturelle. Il apprend le gaélique à Trinity College à Dublin. Il est séduit par les écrits de Darwin. Il va substituer à sa foi ébranlée par l’évolutionnisme, des intérêts littéraires et culturels profondément irlandais. La Renaissance littéraire irlandaise satisfait sa spiritualité. Lors de la création de la Ligue gaélique, son enthousiasme pour la langue irlandaise s’intensifie encore. Cela lui coûte une demande en mariage. En 1895, il s’installe à Paris dont il fréquente les Irlandais de la capitale, étudie le breton, suit des cours de civilisation celtique et de vieille irlandais à la Sorbonne.
Avec Aran island, il a souhaité « to do for the west of Ireland what Pierre Loti had done for the Bretons ».
(pour la biographie de l’auteur, j’emprunte ici à Jacqueline Genet et Claude Fierobe, La littérature irlandaise, éditions Lharmattan)

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(Les photos sont de Synge).

 

 

Photos prises par moi-même 🙂

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Zona Frigida

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Traduit par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain

4e de couverture : « Embarquement pour le Spitzberg ! Cette Zona frigida, étendue froide et aride, semble peu propice aux vacances qu’a décidé de s’offrir Bea. A moins que la jeune caricaturiste ne soit venue chercher, entre deux litres d’alcool, une mystérieuse délivrance… La croisière bascule plutôt dans un redoutable huis clos où s’abat, glacial, l’esprit de vengeance. »

 

A la lecture de la quatrième de couverture (qu’on peut rarement s’empêcher de lire, rien que pour avoir une idée du sujet), à vrai dire je m’attendais à du super-glauque. Mais ce qui m’attirait dans ce roman était de découvrir, comme Bea, la jeune héroïne, le Spitzberg, cette région polaire norvégienne. Eh bien je n’ai pas été déçue !!

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Bea est une jeune caricaturiste, vivant seule avec comme seule compagnie, son canari, Andersen. Les hommes de sa vie ne sont que de passage : elle les balance les uns après les autres. Mais surtout Bea est complètement dépressive et imbibée : elle carbure à l’alcool sous toutes ses formes, et même en voyage. Franchement, là j’ai craint le pire… Heureusement la nature prend le dessus dans l’intrigue ! Le Spitzberg est à lui seul le principal personnage de ce roman. Il vous accapare et vous emporte loin.

Ce roman est très visuel, beaucoup de descriptif de l’environnement dans lequel se trouvent les personnages de ce voyage organisé, enfermés sur un bateau brise-glace, l’Ewa. A vous les ours polaires, les phoques, les morses, les pingouins, les fulmars boréal : vous prenez plein les mirettes de cette étendue glacée.

Malgré tout il y a bien évidemment une intrigue, celle d’un roman policier (bien que le livre n’en soit pas un) : le lecteur découvre au fur et à mesure que Bea s’est assigné une mission qui relève de la vengeance. On découvre la face cachée de ce personnage, le traumatisme qu’elle a vécu des années auparavant (à vrai dire, franchement glauque, même si, heureusement, ça n’accapare pas tout le livre). Seulement, ses desseins seront contrariés par sa rencontre avec George, le capitaine moustachu du Ewa. Mais aussi une autre découverte qui va la bouleverser et paradoxalement reléguer son trauma personnel au second plan.

Une lecture très récréative, un zeste écolo, (la protection de l’ours polaire et de la faune arctique) même si ce n’est qu’un saupoudrage (du moins pas assez approfondit à mon goût), une bonne dose d’humour, qui vire parfois à l’humour noir. On passe un bon moment.

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Mississippi

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Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « Dans le Vieux Sud sauvage des années 40, Laura et Henry luttent pour élever leurs enfants sur une terre ingrate. Laura sait qu’elle ne sera jamais heureuse dans cette ferme isolée et sans confort. Lorsque deux soldats rentrent du front, elle se sent renaître peu à peu. Empoisonné par le racisme, cet univers de boue, de désirs et de mort verra la sauvagerie tout emporter… Un premier roman magistral sur fond de bruit et de fureur. »

Décidément, en ce début d’année, j’enchaîne les livres épatants ! C’est chez Canel que j’avais repéré ce roman il y a un bon moment. Eh bien, quelle belle découverte bloguesque – une fois encore !
Nous sommes dans le Mississippi, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Laura, qui a épousé Henry sur le tard et un peu en désespoir de cause, lâche son boulot, quitte Memphis, pour le suivre dans le Mississippi profond, celui des fermiers cultivateurs de coton, avec, déjà, comme un mauvais pressentiment. Et elle avait raison de s’inquiéter Laura. Déjà, la belle maison promise n’était qu’un attrappe-nigaud à mari un peu trop confiant. Peu importe, elle accepte, d’aller vivre à la ferme elle-meme, vite nommée « La Bourbière ». Dès le premier jour, pas de chance, ses deux petites filles attrappent la coqueluche. Henry demande à la famille de metayers noirs occupant les terres à cultiver, de leur venir en aide. En effet, Florence Hap, sage-femme, s’y connaît en remèdes.

La vie de ses deux familles vont être inexorablement liées. Toutes les deux ont un gars parti à la guerre. Chez les Jackson, c’est Ronsel qui a été envoyé au front en Allemagne, comme tankiste ; chez les McCallan, c’est Jamie, le frère de Henry, qui a servi dans l’aviation. Pendant la guerre, en Europe, Noirs et Blancs étaient égaux devant l’ennemi. De retour au bercail, les deux jeunes gens, qui ne se connaissaient pas mais vont devenir amis, vont se prendre de plein fouet la rusticité et le racisme qui sévit toujours au Mississippi. Comme le dit Ronsel, en Europe, il était un libérateur, un sauveur. Dans le Mississippi, il n’est qu’un nègre qui pousse sa charrue, comme tant d’autres…

J’ai souvent eu l’impression de lire des scènes dignes du XVIIIe ou XIXe siècle et non du lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’était oublier que le Ku Kux Klan et ses idées moyennageuses sévissait encore dans cet Etat américain.Il y a de vrais méchants dans ce roman, comme Pappy – personnage qui n’a d’ailleurs pas d’autre nom -, le père de Jamie et Henry. Mais aussi de vrais héros, Ronsel et Jamie, mais aussi Laura, qui tente de surnager au milieu de tout ça. Henry est un personnage plus trouble. Florence fait parfois peur, même si on comprend parfaitement sa défiance à l’égard des Blancs – et l’issue de l’histoire lui donnera raison.

Cependant des amitiés et amours clandestines vont se lier (je ne vous dirai pas entre qui !) dans ce roman riche en rebondissements et où sont magnifiquement restituées l’âpreté et l’ingratitude de cet Etat. Chaque personnage prend à tour de rôle la parole plusieurs fois, pour raconter son histoire. J’ai été totalement prise d’effroi devant certaines scènes qui m’ont fait littéralement bondir.

Un livre, dont on n’a pas beaucoup parlé, mais qui pourtant est de la même veine et a la même force que La couleur des sentiments – qui lui, se déroule vingt ans plus tard. Ca ne donne pas trop envie de se perdre dans les coins perdus du Mississippi, même aujourd’hui ! A découvrir ABSOLUMENT !

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Le dresseur d’insectes

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Traduit par Eric Boury

4e de couverture : « Einar, correspondant à Akureyri, publie un article sur une bâtisse hantée qui va servir de décor à un film américain. Au lendemain de la grande fête des commerçants d’Akureyri, où tout le monde a beaucoup bu, il apprend par Victoria, une étrange femme qui se prétend médium, le meurtre d’une jeune fille dans cette maison. Peu après, Victoria elle-même est tuée dans un centre de désintoxication alcoolique. Einar mène l’enquête. »

Je continue à fond sur ma lancée de découverte de littérature islandaise. Après Arnaldur Indridason qui m’a enchantée avec Hypothermie et tant d’autres romans policiers à la sauce très zen malgré des sujets noirs, je m’aventure à la découverte de son confrère, Arni Thorarinsson, dont le héros récurrent est non pas un policier mais un journaliste.

Parce que ce titre m’intriguait fort, j’ai donc commencé par celui qui est le deuxième mettant en scène Einar, correspondant du Journal du soir, quotidien de la petite ville d’Akureyri. Celui-ci, apparemment ancien alcoolique, observe d’un oeil cynique la société qui l’entoure.
Pendant le week-end des Commerçants, la boîte de Pandore s’ouvre en grand, jusqu’au meurtre plutôt étrange d’une mystérieuse jeune fille retrouvée dans une maison non moins étrange, sinon hantée… du moins, c’est ce qu’on dit. « Dans le temps, les histoires de revenants étaient tout bêtement une sorte d’exutoire spirituel pour un peuple isolé et muselé qui avait besoin d’un peu de rêves ». Mais les temps changent, enfin, pas tant que ça…
Après avoir récupéré sa rejetonne de fille, qui expérimente l’alcool et les sorties nocturnes avec son petit copain, sans vraiment penser à mal, Einar, ne pouvant pas compter sur la police locale pour retrouver les agresseurs de ses enfants et le meurtrier de celle surnommée « Pandora » par une certaine Victoria, décide de mener l’enquête lui-même pour le compte de son journal.

L’intrigue se déroule lentement, sans se presser. On pourrait presque dire que pendant 400 pages il ne se passe presque rien. Pourtant, chaque personnage rencontré est, sinon décortiqué au scalpel, du moins étudié minutieusement, dans le monde qui l’entoure. De la violence sociétale à la violence familiale, il n’y a qu’un pas et elle touche tous les milieux, les plus propres sur eux n’étant pas forcément les plus clairs. On trouve ici des personnages écorchés vifs ou pourris jusqu’à l’os par l’argent et/ou la drogue. Ce roman est un coup de griffe à l’avidité capitaliste outrancière (décidément les Nordiques sont les rois pour ça), avec ici une image bien peu glorieuse d’une certaine industrie cinématographique américaine, qui n’hésitent pas piocher dans la Centrale cinématographique islandaise…

Je me suis attachée au personnage d’Einar (cynique mais tellement lucide) et à ses enfants  et je dois dire que j’ai hâte de le retrouver pour de nouvelles aventures, dans cet univers islandais où « docteur Jekyll ne brime plus Mister Hyde, [mais où] c’est Mister Hyde qui brime Doctor Jeckyll. Et encore, pour peu que ça lui chante ».

On retrouve ici une victime qui se prétend médium, comme dans Hypothermie, que j’ai lu il y a peu. Ca m’a frappée et je me demande si c’est récurrent dans la littérature islandaise, dont je suis bien décidée à approfondir la découverte car elle m’enchante !

En conclusion : une belle lecture, où la signification du titre français est révélée dans les dernières pages…

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