
Traduit par Hélène Hervieu et Eva Sauvegrain
4e de couverture : « Embarquement pour le Spitzberg ! Cette Zona frigida, étendue froide et aride, semble peu propice aux vacances qu’a décidé de s’offrir Bea. A moins que la jeune caricaturiste ne soit venue chercher, entre deux litres d’alcool, une mystérieuse délivrance… La croisière bascule plutôt dans un redoutable huis clos où s’abat, glacial, l’esprit de vengeance. »
A la lecture de la quatrième de couverture (qu’on peut rarement s’empêcher de lire, rien que pour avoir une idée du sujet), à vrai dire je m’attendais à du super-glauque. Mais ce qui m’attirait dans ce roman était de découvrir, comme Bea, la jeune héroïne, le Spitzberg, cette région polaire norvégienne. Eh bien je n’ai pas été déçue !!

Bea est une jeune caricaturiste, vivant seule avec comme seule compagnie, son canari, Andersen. Les hommes de sa vie ne sont que de passage : elle les balance les uns après les autres. Mais surtout Bea est complètement dépressive et imbibée : elle carbure à l’alcool sous toutes ses formes, et même en voyage. Franchement, là j’ai craint le pire… Heureusement la nature prend le dessus dans l’intrigue ! Le Spitzberg est à lui seul le principal personnage de ce roman. Il vous accapare et vous emporte loin.
Ce roman est très visuel, beaucoup de descriptif de l’environnement dans lequel se trouvent les personnages de ce voyage organisé, enfermés sur un bateau brise-glace, l’Ewa. A vous les ours polaires, les phoques, les morses, les pingouins, les fulmars boréal : vous prenez plein les mirettes de cette étendue glacée.
Malgré tout il y a bien évidemment une intrigue, celle d’un roman policier (bien que le livre n’en soit pas un) : le lecteur découvre au fur et à mesure que Bea s’est assigné une mission qui relève de la vengeance. On découvre la face cachée de ce personnage, le traumatisme qu’elle a vécu des années auparavant (à vrai dire, franchement glauque, même si, heureusement, ça n’accapare pas tout le livre). Seulement, ses desseins seront contrariés par sa rencontre avec George, le capitaine moustachu du Ewa. Mais aussi une autre découverte qui va la bouleverser et paradoxalement reléguer son trauma personnel au second plan.
Une lecture très récréative, un zeste écolo, (la protection de l’ours polaire et de la faune arctique) même si ce n’est qu’un saupoudrage (du moins pas assez approfondit à mon goût), une bonne dose d’humour, qui vire parfois à l’humour noir. On passe un bon moment.











Au fil des pages, le lecteur croise des personnages abîmés par la vie, les femmes du peuple en particulier : cette pauvre Claire Stafford, infertile et malheureuse mère adoptive de la petite Christine au triste sort, la pauvre Moran qui finira mal également, cet abruti d’Andy Stafford qui ne sait pas consoler bébé Christine qui pleure… Et c’est justement par ce mystérieux bébé qu’est hanté tout le livre. Quirke et le lecteur sont entrainés par une spirale infernale et irrémédiable. La condition féminine en Irlande, le rôle de l’Eglise et de la haute société catholique sont étalés au grand jour et ce n’est pas joli à voir. De plus, même la justice est pourrie… alors où va-t-on ? C’est la question que l’on se pose en refermant le roman alors que Quirke remet à l’inspecteur Hackett le journal secret tenu par la Moran, témoin gênant pour la haute société : « Ca va produire beaucoup de poussière si on abat les piliers de cette société. Beaucoup de poussière, de briques et de gravats. Il serait sage de se tenir à distance. » déclare le policier. Ca promet…
