Je manque de temps et j’accumule les lectures dont deux excellentes dont je tiens à faire un feed back ici. Tout d’abord le dernier roman de Colum McCann, Ce qui nous frôle à la surface, dont j’ai terminé la lecture avant le festival America.

Anthony Fennell est un écrivain irlandais également journaliste à ses heures perdues. En mal d’inspiration et dans une mauvaise passe dans sa vie un chouilla tournée vers la bouteille, on lui propose d’écrire un article sur les ruptures de câbles Internet.Le périple le mène en Afrique du Sud, en RDC et au Ghana en embarquant sur le Georges Lecointe, navire réparateur de câbles, dont le chef de mission est un Nord-Irlandais. On découvre le monde nébuleux de la réparation de câbles internet où toutes les informations, nos informations numériques circulent. Pourtant le roman ne se résume pas à une expédition maritime mais à une interrogation sur notre monde moderne ultra-connecté où pourtant chaque être humain n’a jamais autant isolé, enfermé dans sa bulle numérique. Anthony Fennell qui a pas mal de problèmes avec lui-même, est rapidement fasciné par son mystérieux compatriote et son épouse sud-africaine Zanele. Que cache cet homme charismatique ? Fennell ne se monte-t-il pas un film ? Difficile de communiquer avec cet homme taiseux et son épouse entourée d’une aura mystérieuse. Le roman vire sensiblement au thriller sur le dernier tiers (de mémoire) mais ne se résume pas à cela. McCann donne à voir l’Afrique post-coloniale: par la nécessité de trouver les matériaux nécessaires à la confection de nos nouvelles technologie, certains pays d’Afrique sont pillés des ressources en la matière, leurs habitants exploités sur le dos de notre capitalisme néo-colonial, où le pauvre reste pauvre et le riche s’enrichit. J’ai dévoré ce roman et j’ai adoré écouter son auteur en parler, pour le peu que j’ai pu l’entendre. Merci à Colum pour sa bonne humeur à toute épreuve d’ailleurs et son sens de l’humour ! 🙂 Je vous recommande chaudement la lecture de ce roman très bien documenté sur le sujet (je me doutais qu’il avait fait le voyage dans les pays concernés et il l’a confirmé). L’épilogue m’a juste un peu décontenancée mais cela ne gâche rien au reste.

Autre lecture qui m’a marquée car je me suis tellement identifié au narrateur déboulant dans la campagne irlandaise et maritime que c’était un brin rigolo pour moi de l’accompagner dans ses déambulations d’exil. Je songe évidemment au premier roman époustouflant paru en France d‘Adrian Duncan : Le géomètre Lobachevski. J’ai eu la chance de l’écouter parler de son bouquin au Centre culturel irlandais avec son éditrice et ils nous ont pas mal fait rire. 🙂
Dans l’Irlande des années 50, un géomètre soviétique, Nikolai Lobachevski, est envoyé en Irlande pour cartographier les tourbières du pays en vue de leur future exploitation. Rien ne va se passer comme prévu ! Si vous adorez patauger dans la tourbe, si vous n’avez pas encore tenté l’expérience, ce roman est pour vous ! Attention, ça tache (la tourbe !). J’ai vraiment kiffé, pas mal ri aussi de voir ce pauvre Soviétique s’embrouiller les pinceaux avec ses fils et ses piquets, où l’irrationalité de la tourbière prend rapidement le dessus sur la géométrie et les calculs. Ce n’est que le début du roman, il n’est pas au bout de ses surprises et le lecteur non plus ! Cette mission professionnelle se transforme en exil volontaire par un refus de retourner en URSS. N’importe qui connaît l’Irlande peut comprendre que c’est toujours compliqué de rentrer. Un tour de passe-passe, des faux papiers et il s’expédie sur une île (imaginaire) dans le détroit du Shannon. Alors là les gens, je me suis revue cet été sur Inis Meain (l’île du milieu des îles Aran, comme son nom l’indique), seule, dans un silence assourdissant, avec uniquement comme compagnie des vaches, quelques goélands et un mouton perdu. Le narrateur tombe sur une île pleine de personnages hauts en couleur, avec tous des noms un peu dingues pour son oreille étrangère, tous reliés par un même arbre généalogique. Sur cette île, on vit du tressage du vareck et de la pêche. Et puis il y a une roche mythiquement indestructible. J’imaginais un menhir. Donc quoi de mieux que de s’attaquer à un caillou indestructible ? 🙂 L’occasion d’une scène mémorablement cocasse, autour d’un feu, de pjutieen (poteen) et de whisky. La fin du roman est triste comme une trahison. La plume d’Adrian Duncan est sensorielle et cinématographique, il aborde de l’intérieur la thématique de l’exil, des transformations qui s’opèrent quand on examine son pays de l’extérieur. Quand on se frotte à une autre réalité que la sienne, vos certitudes sont mises en balance. Ce roman est l’un de mes coups de coeur de l’année et je crois savoir que je n’en ai pas eu beaucoup en 2026 jusqu’à présent.



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Maintenant parlons du festival América 2026 ou le retour sur un carnage émotionnel. Rien ne s’est passé comme prévu, dans le sens où cela s’est mal passé ! Je n’en reviens toujours pas, je suis toujours autant en colère et je ne comprends pas le si peu d’anticipation. Pour la petite histoire, j’avais prévu d’y aller les trois jours. J’ai donc payé 25€ le pass. J’ai posé un jour de congé le vendredi (c’était gratuit ce jour-là). Déjà une foule dense et une chaleur dingue – sur ce dernier point évidemment ce n’était pas de la faute des organisateurs. Ce fut très compliqué sous le Magic Circus où il devait faire au bas mot 40 degrés. J’ai tenu grâce à mon éventail et ma gourde. On était tous serrés comme des saucissons. J’ai assisté à deux conférences, une où je voyais la scène. La deuxième avec Colum McCann fut un calvaire : soleil sur la tête et dans les yeux qui m’empêchait de regarder vers la scène, je regardais à travers l’écran à proximité. L’installation n’était pas comme les autres années. Bon, mais on va dire que cette première journée était relativement correcte malgré le manque de confort évident. Le samedi fut un pure catastrophe. Je n’ai été bien installée qu’une seule fois, après pas loin d’une heure d’attente, pour Into the Wild, avec Jacke Maynad, Peter Heller… Il y avait des gens sur le côté sur la scène, assis sur des chaises. Au début j’ai pensé à des journalistes avant de comprendre que c’était des festivaliers. Pour la deuxième conférence, j’avais 1h30 de battement, je suis donc allée manger un morceau, j’ai trainé au salon du livre, j’ai acheté deux livres puis je suis retournée au Coeur de ville pour une rencontre autour de l’intelligence artificielle avec Colum McCann entre autres. J’arrive, je demande car la salle n’était pas indiquée, on me met dans un ascenseur avec d’autres personnes et… j’ai été la dernière à pouvoir rentrer dans un petite salle. Je suis restée assise 10 minutes au bord d’une fenêtre, avant que des chaises supplémentaires soient mises. J’étais là au moins 45 minutes à l’avance et c’était donc complet après moi. Dingue. Une si petite salle pour un auteur de l’envergure de McCann.. No comment !!! Merci à lui pour son humour sur l’organisation. Ca a un peu détendu l’atmosphère. Je voulais à tout prix assister à « L’Amérique de Colum McCann », c’était la rencontre que je ne voulais pas manquer. J’y fonce direct. Déjà une foule dense et un bénévole qui comptait les gens. Il nous dit à moi et les personnes arrivées en même temps que moi, que ça s’arrête à nous. Il voulait que je dise à ceux arrivant après que c’était complet. J’ai dit non, c’est pas mon job… On avait 1h devant nous. Quinze minutes plus tard, une autre personne distribue des tickets. Moi et mes compagnes de galère, on n’en a pas. On nous annonce d’aller nous faire foutre, pas la peine d’attendre, on ne rentrera pas. Je dis que j’ai payé 25 balles pour rester dehors, donc. Le mec répond que je dois voir ça avec la billetterie, ce n’est pas son histoire, il est là pour compter. J’ai trouvé ça gonflé et j’ai continué à attendre. On a fini par arriver devant la porte de l’hôtel de ville et une autre bénévole explique aux gens devant nous qu’ils ne pourront pas rentrer (même ceux avec des tickets !) Faut voir en plus le ton, genre « si je vous laisse rentrer et qu’il y a un incendie, ce sera ma faute ». Ah bah, de toute façon il y a déjà 170 personnes dans une salle. Donc voilà, j’ai pu aller me faire foutre, on nous a refoulées. J’en aurai pleuré ! J’étais et je suis toujours dégoutée. Je suis allée à la billetterie et on m’a dit que je devais faire une réclamation en ligne. Elles étaient sympas, elles comprenaient, mais bon… Bref, j’ai fait 2h30 de transports pour rien ou presque (deux conférences), j’ai payé 25€ pour aller me faire foutre. Tellement en rogne que j’ai décidé de mon propre chef de ne pas y retourner le lendemain si c’était pour me faire refouler. Et c’est exactement ce qui s’est encore passé pour les échos que j’ai eus. Donc j’ai décidé que c’est mon dernier Festival America après 12 ans de participation. Cela devient dément dans ce pays de dingues : ça pleure sur la baisse des ventes des livres, la fermeture des libraires et quanti, mais on traite le lecture comme une vulgaire merde juste bon à payer et à se faire voler. J’en avais déjà parlé pour le festival du livre de Paris. Cela se confirme. Dorénavant, je n’assisterai plus à ces grosses manifestations littéraires. C’est devenu juste un truc à faire du pognon à tout prix… sur le dos du lecteur. On en parle de tous ceux qui ont eu des accrédits en carton, des journalistes prioritaires sur les lecteurs… Well, ça ne va pas bien. On s’en est depuis rendu un peu plus compte qu’une certaine schizophrénie s’est emparée de la France. Je ne sais pas où ça va nous mener mais je vais dépenser mes quelques deniers à l’étranger. Si certains sont venus au festival, je suis curieuse de votre expérience.
