Le printemps du loup – Andrea Molesini

41KB8vdkcAL

Traduit par Dominique Vittoz

 

Nous sommes au printemps 1945 dans le nord de l’Italie. Pietro, un orphelin de dix ans, s’enfuit du couvent dans lequel il est réfugié, pour échapper à une perquisition nazie. Dans sa fuite, il est accompagné de son meilleur copain, Dario, de Maurizia et Ada, deux soeurs juives, (tout comme Dario), de la mystérieuse soeur Elvira. Avec les « A-H » à leurs trousses ils sont aidés par un frère et surtout par un pêcheur roux que Pietro appellera Lirlandais – en un seul mot ! Viendra s’ajouter un autre personnage mystérieux, Karl, qui parle « porc-épic » comme tous les Allemands.
Un équipée hétéroclite puisque Dario, Maurizia et Ada sont juifs et on comprend rapidement que Karl est un nazi déserteur.  La folle épopée est racontée alternativement par Elvira et Pietro.
C’est vraiment le récit de Pietro qui enchante le roman, lui porte une touche quasi magique, par instants. Pour survivre à la peur, le gamin s’invente un loup protecteur, qui l’accompagne partout. Il ne parle évidemment de ce loup à personne.

Elvira et Karl sont les personnages les plus mystérieux. Une religieuse et un nazi. Une religieuse ? Vraiment ? Elvira devra tomber le voile sous l’emprise du charme irrésistible qu’exerce sur elle le beau Karl aux yeux d’acier. Ces deux-là maintiennent le suspense, ignorant que Pietro les observe et relate ce qu’il perçoit du monde des adultes avec ces mots à lui : cela donne des moments loufoques et drôles, qui font presque oublier, parfois, que tout ce petit monde est pris en étau entre fascistes et nazis.

Cependant Andrea Molesini ne nous épargne pourtant pas les morts. Mais à travers les yeux de Pietro, il donne l’espoir, l’innocence malicieuse capable de triompher de l’Abominable. Pietro décrit ce qu’il voit avec les mots d’un gamin de dix ans mort de trouille mais imaginatif. L’écrivain donne à son personnage un don pour les mots justes, qui font mouche.  Les « A-H » pour partisans d’Adolf Hitler dont la langue épineuse de « porc-épic » écorche la douceur linguistique italienne. Il ne comprend pas la manière dont on décrit les juifs  : Dario, son meilleur pote n’a pas pu tuer Jésus car il a les oreilles décollées (Dario, pas Jésus) et il est certain que le Dieu de la foudre porte des chaussures vernies de rouge.
Il décrit un monde qui va de guingois (c’est un mot qui revient souvent dans son récit) avec des gens qui boitent : donc comment tout cela peut-il aller bien et droit ?
« La mer est couleur de casserole sale ».
« Je regarde Dario. Ma frousse est revenue. J’ai l’impression d’avoir une arête de poisson plantée dans la gorge. Peut-être que je respire plus. J’ai la frousse de sa frousse et lui, de la mienne. Parce qu’on ne fait qu’un ».
Des mots de gamin mais des mots lucides sur la tragédie qui s’est déroulée : « Ils sont morts. (…) Morts, ce sont mes amis et personne n’appelle plus leurs noms. Morts dans le vent, dans la nuit, dans l’incendie qui a brûlé le Mesarthim. Mort, le noir de la mer les a plaqués contre le fond (…)
Je les appelle en silence, je crie en silence(…) ».
« Les mots sont descendus dans mon estomac, où ils se sont ratatinés. »
Pourtant, Pietro est capable de faire rire le lecteur, après l’avoir ému, lors de pages poignantes dont je ne livre ici que quelques extraits. La tragédie le fait grandir et, comme il le dit lui-même, il « comprend des trucs qu'[il] ne voyait pas avant, quand tout le monde était vivant ». Il découvre avant tout le monde qu’Elivra n’est pas qui elle prétend être : « Elivra a l’odeur des femmes, les vraies, celles que j’ai espionnées caché dans la panière à linge. Elle a aussi un cul en miches de pain rebondies et mouillées. »
Quant à l’Allemand qui les a sauvés, « c’est Londjonesilveur, mais sans jambe qui toctoque ».
Pietro se moque de ces deux-là et s’inquiète aussi car « les grands n’ont l’esprit logique que quand ils sont amoureux » , alors il faut faire gaffe à ce qu’on dit. Sinon, l’avantage d’être grand, c’est justement de n’être presque jamais logique ! Repérer quelqu’un d’amoureux n’est pas difficile : il a « les cheveux pétardés » ! 🙂

Je pourrais parler encore pendant des heures et des lignes de Pietro parce qu’Andrea Molesini en fait vraiment un gamin attachant : à la fois sensible, lucide mais aussi  ingénu, intelligent et à l’imagination redoutable. Sous la protection de son loup. Ca me rappelle quelque chose…
La littérature italienne contemporaine évoque décidément de manière très juste les enfants : c’est le troisième roman que je lis où ils tiennent la première place et savent nous enchanter envers et contre tout.

Encore une belle découverte italienne d’un auteur que je ne connaissais pas. Une histoire empreinte à la fois de poésie, de facétie, de tragédie, de larmes, de noirceur mais où pointe tout de même l’espoir.

Andrea Molesini possède une plume inventive que j’espère bien retrouver dans deux autres romans traduits en français : Tous les salauds ne sont pas de Vienne et Presagio.

Publié dans Littérature italienne | Tagué , , , | 2 commentaires

Moi et toi – Niccolò Ammaniti

41nMqbxBEpL._SX303_BO1,204,203,200_.jpg

Traduit par Myriem Bouzaher

Le 12 janvier 2010, à  Cividale del Friuli, un homme s’apprête à prendre son petit-déjeuner dans un hôtel. Dès que la serveuse qui s’occupe de lui s’éloigne, il sort de son portefeuille un mot plié en quatre écrit par sa soeur dix ans auparavant, le 24 février 2000.

Le lecteur remonte immédiatement le temps et se retrouve à Rome 10 ans plus tôt. L’homme qui a sorti le mot de sa soeur est Lorenzo et il a quatorze en 2000. Il nous raconte son histoire : celui d’un gamin qui se sentait différent des autres, un solitaire qui se suffisait à lui-même sans ressentir le besoin de compagnie. Ses parents se sont inquiétés et l’on emmené voir un psychiatre qui diagnostique un sentiment d’hypertrophie de soi.
Pour avoir la paix, Lorenzo, très intelligent, se met à jouer la comédie permanente pour faire mine de se fondre dans le moule. Il décide de jouer à la mouche déguisée en guêpe. Ouf!, sa mère respire : son chérubin a des copains et copines ! Un jour, il entend Alessia et ses amis raconter qu’ils partent ensemble au ski. Lozenzo invente son bobard du siècle sans en mesurer les conséquences : il annonce à sa mère qu’Alessia l’a invité au séjour au ski. Pensez-donc, la mère exulte de bonheur ! Doudoune et tout le matériel est acheté ; la maman de Lorenzo a même décidé de l’accompagner pour le départ. L’ado ruse pour se débarrasser de sa mère en lui jouant le couplet de la honte d’être accompagné par sa maman à son âge ! La mère cède. A peine partie, Lorenzo tourne le talon, rebrousse chemin et va se cacher… dans la cave de la maison familiale où il a stocké livres et provisions pour y rester terré une semaine ! (bon c’est quand même bien cool parce qu’il a choisi Salem de Stephen King en guise de lecture, du Nutella pour se nourrir : bien mieux qu’un séjour au ski, non ? 🙂 …)

Une folle aventure commence pour lui, farfelue et rocambolesque, d’antant que sa mère insiste pour parler à la maman d’Alessia. Le gamin se raconte, se découvre, revient sur son enfance, parle de sa mère, invente des stratagèmes pour de sortir du pétrin dans lequel il s’est fourré pour le plus grand bonheur du lecteur, qui jubile, est attendri et s’attache beaucoup à lui !

On aime le ton tendre et drôle qu’adopte Niccolò Ammaniti pour faire parler son personnage à l’imagination débordante. Il est enfermé dans une cave mais il imagine, entre autres, qu’il est « un rescapé d’une invasion extraterrestre ».
« La race humaine avait été exterminée et nous n’étions plus que quelques-uns à avoir réussi à nous sauver en nous cachant dans les caves ou les souterrains des immeubles. Moi, j’étais le seul survivant à Rome. Pour sortir, je devais attendre que les extraterrestres s’en retournent sur leur planète. Et cela, pour une raison que j’ignorais, se passerait dans une semaine.
J’ai sorti de mon sac à dos mes vêtements et deux sprays d’autobronzant. J’ai mis mes lunettes de soleil, mon bonnet, et me suis aspergé de ce truc sur le visage et les mains. » Ambiance !!

Un événement majeur va venir bouleverser ses plans et sa vie, et sa mère en fait a peu à voir là-dedans. Ce n’est pas tout à fait un extraterrestre qui va venir dans la cave mais quelqu’un qui va le faire grandir d’un seul coup et nous tirer une larme. Parce que la fin du roman est un vraie claque. Vous découvrirez pourquoi Lorenzo est à Cividale del Friuli et ce qu’il y a écrit sur le mot plié en quatre. Soyez fort !

J’ai aimé la façon dont Niccolò Ammaniti traite du thème de la différence, de l’adolescence et de la fragilité, avec humour, intelligence et sensibilité.

J’ai découvert  il y a peu J’ai pas peur, du même auteur, que j’ai absolument adoré. Celui-ci est un coup de coeur.
Le seul reproche que je peux faire : il est trop court  (à peine 130 pages) et on ralentit la lecture pour ne pas le terminer tout de suite…
Mais bon : court mais percutant.

La quatrième de couverture annonce que ce roman a été porté à l’écran : j’adorerais le voir.

Publié dans Littérature italienne | Tagué , , | 6 commentaires

Les disparus du phare – Peter May

9782812610646.jpg

Traduit par Jean-René Dastugue

Un homme reprend conscience sur une plage, à moitié noyé, incapable de se rappeler ce qui lui est arrivé. Qui il est. Ce qu’il fait là. Où il est. Totalement amnésique et exténué. Il va devoir se raccrocher à tous les indices que lui renvoient ceux qu’il croise sur cette île des Hébrides extérieures balayée par les vents, que l’on devine être celle de Lewis. Pas évident car même dans son cottage, il n’y a que peu de traces de sa vie avant son accident : même son ordinateur n’a que des fichiers vides de contenu. Juste ce qui ressemble au début d’un livre : des titres de chapitres avec pour sujet la mystérieuse disparition jamais élucidée de marins au phare des îles Flanagan, un siècle auparavant. Un jeune couple lui rend fréquemment visite. Il apprend contraint et forcé qu’il est l’amant de la jeune femme ! Il tombe amoureux d’elle. Pendant ce temps-là, à Edimbourg, une ado en révolte, ravagée par la mort de son père dont elle se sent coupable, claque la porte et prend le train pour essayer de percer le mystère de sa disparition. Son père était chercheur, il travaillait sur la disparition des abeilles…

Peter comme à son habitude, mêle deux intrigues dont les fils conducteurs se rejoignent ici peut-être plus rapidement que dans ses précédents romans. Mais le véritable intérêt de ce polar n’est pas là. Quand on part avec Peter May sur les Hébrides, on s’attend à ce qu’il nous raconte la vie des habitants de ces îles battues par les vents de l’Atlantique, sous couvert de fiction. Le titre français laissait présager quelque chose de ce style et la référence aux îles Flanagan au début du récit encore un mystère îlien à découvrir. Hé, hé !
Mais notre cher ex-journaliste écossais est un petit malin pour appâter le lecteur sur un tout autre sujet, un sujet crucial même, pour l’avenir de l’humanité : celui de la disparition des abeilles ! J’ai été bien surprise qu’on me parle de ruches et d’abeilles sur Lewis ! Ce fut une surprise, mais une belle surprise sur un sujet auquel je suis sensible !
On sent toujours le journaliste tapi derrière l’écrivain Peter May : une enquête minutieuse auprès des milieux scientifiques universitaires pour donner une base solide à son roman sur la réalité actuelle. Une belle dénonciation des lobbies qui gouvernent le monde, avec des dents qui rayent le parquet pour le fric et rien que le fric, des gens prêts à tuer père, mère et le reste de l’humanité en exterminant les abeilles, juste par cupidité sauvage et une mentalité dégueulasse qui donne envie de les asperger nuit et jour avec leurs produits hautement toxiques, histoire qu’ils comprennent que quand ils seront morts eux-mêmes, c’est trop tard !
Peter May vous racontera ce que font ces produits sur les abeilles, alors que l’industrie agrochimique s’évertue à démontrer au monde que leurs produits ne tuent pas ces précieux insectes.
J’ai aimé l’allusion entre la perte de mémoire du héros et la perte de mémoire des abeilles, incapables de retrouver le chemin de leur ruche à cause des pesticides à base de néonicotinoïdes qui détruisent leur cerveau.
J’ai aimé l’humour de Peter May pour vous décrire leur vie sexuelle et l’organisation de la ruche : entre reine, ouvrières, faux bourdons fainéants, on en apprend un rayon ! 🙂

On frissonne sur les conséquences de la disparition des abeilles que la main humaine ne pourra jamais remplacer, ne serait-ce que par la superficie de leur travail (on apprend qu’aux USA, certains ont déjà dû s’y mettre mais que c’est vain, totalement vain). Si les abeilles disparaissaient, l’humanité, elle, s’éteindrait en 4 ans, selon certains pronostics. Ca fait mouche (si je puis dire !)!

Un fond d’intrigue dramatique donc. Beaucoup de personnages pas sympas et fourbes dans ce polar. Une histoire d’amour morte avant même d’avoir vraiment commencé. Une tromperie qui blesse le héros. Un doute qui demeure mais dont il n’aura jamais la réponse. Heureusement, il y a quand même une touche positive à la fin !

Reste le titre français du roman que je n’ai pas trop compris par rapport au contenu essentiel du récit.
Ah pis quand même : j’ai eu droit à mon middge devenu ici un moucheron (ouf !), après avoir été tout un tas de bestioles dans les romans précédents :p (mais je préfère toujours le terme en anglais quitte à mettre une explication en bas de page : ça fait voyager, le middge !)

Un Peter May percutant et écolo sur un sujet essentiel pour l’avenir de l’humanité.
A lire et à faire lire aux ingénieurs de l’industrie agrochimique !

Publié dans Littérature écossaise | Tagué , , | 6 commentaires

Gaspard ne répond plus – Anne-Marie Revol

91xqJRvTL3L

Gaspard de Ronsard, jeune instituteur dans une zone sensible du XXe arrondissement de Paris, participe à l’émission de téléréalité Un jour j’irai à Shangai avec toi. Mais voilà :il tombe du pick-up qui le transporte avec les autres candidats, « dans la province de Ha Giang, une région montagneuse et isolée du Nord Vietnam. (…) Pas très loin de la frontière chinoise ». Personne ne s’aperçoit de rien. Ou du moins s’en aperçoit trop tard. Gaspard demeure introuvable. La direction de Sparkle TV et Screen Production à Paris sont alertés, et la pression monte d’un coup, comme un bouchon de champagne prêt à péter. Tout le monde s’agite et s’insulte en faisant des bonds, songeant aux conséquentes un chouïa gênantes de cette bévue !
Pendant ce temps, Gaspard, lui,  est immobile dans un fossé, les deux jambes cassées, incapables de bouger. Il doit son salut à deux garçons qui le chargent dans leur charrette. Après avoir traversé vallées, clairières, forêts, longé rizières, cours d’eaux et palais, gravi cols vertigineux dévalé des pentes escarpées, il atterrit dans un village coupé de tout, tenu d’une poigne par une chef de tribu acariâtre et réfractaire à la modernité : My Hiên.
Dans la pièce où il est couché, le jeune homme trouve une malle pleine de bric et de broc ayant appartenu à un certain Hubert Butillon, dont quatre cahiers écrits de sa main. Il apprend par My Hiên qu’il est mort six mois auparavant en s’étouffant avec une sardine à la tomate  (c’est quand même ballot !) ! Pris en flagrant délit d’atteinte à la vie privée, Gaspard va être assigné par My Hiên  à « réinstaurer les veillées » « comme Schéhérazade dans Les Milles et Une Nuits » et ainsi, succéder à Hubert au poste de conteurPour le plus grand bonheur des villageois et du lecteur !

Un roman aux mille et un récits qui m’a impressionnée par sa densité, son souci du détail et son architecture. Nous tenons dans nos mains le récit jour après jour des aventures de Gaspard, retenu « quelque part, à l’extrême nord du Vietnam » qui alterne avec ce qui se passe dans le petit monde de Sparkle TV, au bord de l’apoplexie. Pendant ce temps, Gaspard lit aux villageois le journal intime d’Hubert Butillon : des révélations se font jour, au fil de sa lecture, sur ses propres parents, chercheurs morts au Vietnam dans un accident de voiture quand il était enfant (du moins c’est ce qu’on lui a dit), sur My Hiên, sur Hubert…

Un roman qui met en scène de nombreux personnages, loufoques, truculents à souhait, Eulalie, la mère adoptive de Gaspard, Marcel son amoureux transi de jeunesse qui  se prend pour James Bond – façon lourdingue ; des trafiquants d’opium, des personnages du monde de la télé-réalité tous plus détestables les uns que les autres (ça fait pas envie de tenter l’expérience de ce genre d’émission !!)
Je me suis surtout attachée à Hubert, au charme suranné : un vrai gentil qui s’est fait arnaqué dans la vie. Petit père… 😦
J’ai détesté My Hiên qui a tout de la despote et de la manipulatrice.
J’ai plaint Gaspard.

Un roman qui fait voyager. Du Nord Vietnam aux rues de Paris, des rizières de Cao Bang, du sanatorium d’Aincourt au palais de Vuong Chinch Duc, du monde ultra-connecté aux minorités ethniques menacéesAnne-Marie Revol promène le lecteur en maintenant le suspense.

Et pourtant, comme le rappelle Paul Eluard en exergue du roman, « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous. » Je ne vous révèlerai pas les rendez-vous de ce roman, mais si vous êtes amateurs de coins paumés, ce roman est pour vous ; si vous aimez rire, ce roman est pour vous; si vous avez des atomes crochus avec les minorités ethniques, ce roman est pour vous ; si vous détestez la téléréalité, ce roman est pour vous !

Malgré ses mille et une histoires, ses nombreux personnages et ses mille détails, tout se tient. Et ça se lit facilement sans se perdre en route…

Anne-Marie Revol possède une plume dynamique et amusante.
Je me suis aussi aperçu qu’elle faisait souvent des rimes dans sa prose (perso, j’adore !) :

« Je donnerai cher pour me confesser. Non que j’aie grand chose à me reprocher mais au moins j’aurais quelqu’un avec qui converser. »
« A l’époque, j’expérimentais le vélo pour me rendre au boulot. »
« Les samedis d’hiver, quand la nuit tombait à cinq heures et qu’il fallait brancher les convecteurs »
« Une année, pour la Saint-Valentin, j’ai invité Edwige au Paradis Latin. »

Un roman ébouriffant, distrayant, « tout fou », sous l’imagination débordante de son auteure qui vous embarque dans une aventure au triple galop à l’autre bout du monde et vous donne le sourire.

Merci à Anne-Marie Revol  et aux  Editions Jean-Claude Lattès.

 

 

 


Publié dans Littérature française | Tagué , , | 2 commentaires

Sam Millar à Saint-Maur en poche !

Le week-end prochain, c’est :

anousparis-1138x578-web.jpg

Depuis les frasques de Livre Paris, je me disais que cette année, je tenterai ce festival littéraire gratuit où je ne suis encore jamais allée, organisé par le libraire de la célèbre Griffe Noire. Alors, quand j’ai appris par le plus pur hasard que Sam Millar serait présent, mon sang n’a fait qu’un tour ! Sam Millar de Belfast !
Sam Millar dont j’ai beaucoup parlé sur le blog  🙂

Pour comprendre Sam Millar, rien de mieux que de commencer par son son autobiographie, (pour ma part, je n’ai pas commencé par là tout simplement parce que un de ses polars qui m’est tombé par hasard entre les mains) :
94395704

Ma chronique est ici . Ce fut un de mes coups de coeur 2014.
J’ai adoré Rouge est le sang   (cliquez sur les titres pour lire les chroniques)
95339493

et dévoré Poussière tu seras .
518bvshla8l-_sx301_bo1204203200_
J’ai entamé la série qui met en scène le détective privé Karl Kane, avec en premier volume, Les chiens de Belfast

102482507

Il me reste à me procurer les volume suivants :
index
Le cannibale de Crumlin Road qui vient de sortir en poche (avril 2016)
Présentation éditeur : « La vague de chaleur qui s’abat sur Belfast n’est pas ce qui déroute le plus Karl Kane cet été-là. Le privé est en effet confronté aux atroces meurtres de très jeunes femmes, junkies, mutilées, sans foie ni reins et portant les séquelles d’un étrange gavage. Mais l’enquête démarre mal, très mal même. Et pour cause : le principal suspect n’est autre qu’un membre de l’establishment… d’où l’aveuglement volontaire de la police locale. Lorsque Katie, la propre fille de Kane, prunelle de ses yeux, est enlevée à son tour, celui-ci ne peut que compter sur sa fureur pour faire avancer l’affaire. »

et Un sale hiver,
51z4+W0WIXL._SX309_BO1,204,203,200_
que j’ai annoncé depuis plusieurs mois au fil de mes repérages ! 🙂
D’après ce que j’ai compris sur le programme, Sam Millar dédicacera ses livres samedi et dimanche. Je ne sais pas encore s’il y aura une rencontre-débat etc.

Pour le reste du programme (ici), c’est vraiment du joli avec 220 écrivains invités et pas n’importe qui. Je n’ai pas encore composé ma journée mais j’ai repéré qu’il y avait Thomas H. Cook, R. J. Ellory, Anne-Laure Bondoux, Karine Giebel… :).

Reste le suspense de la grève SNCF qui pourrit la vie de beaucoup de Franciliens dont je fais partie (même si la Ligne A du RER fonctionne). Il n’y a plus qu’à espérer que, si on se débrouille pour acheminer les footeux sans encombres, on arrive aussi à acheminer les lecteurs (et encore plus les gens qui bossent !)!  Mais en ce moment, je me pose beaucoup de questions sur la santé mentale de la France avec l’impression qu’on marche vraiment sur la tête à beaucoup de niveaux.  J’espère encore tenir sur mes jambes samedi prochain parce que la c***, ça fatigue ! 🙂 Voilà pour l’aparté.

En tout cas, c’est absolument fantastique d’avoir eu l’idée d’inviter un écrivain irlandais, (même Livre Paris ne le fait pas) ! Et parce qu’il y a des enjeux financiers évidents aussi dans la gratuité de ce salon : tous à Saint-Maur (je n’ai aucune action dans le truc, hein, :p ) !

 

Publié dans Rencontres littéraires | Tagué | 8 commentaires

John L’Apocalyptique – Peter Murphy

81ao-oZwqRL.jpg

Traduit par Marie Boudewyn

John Devine est né dans un coin paumé de l’Irlande, près de Kilcody, dans une caravane, un soir d’orage. Bébé infernal, il ne laisse aucun répit à sa mère jusqu’au jour où elle a l’idée de lui chanter un air qui lui passe par la tête, un vieil hymne : John the Revelator. Il change alors radicalement et se met à dormir dix heures par nuit paisiblement.
C’est John qui nous raconte son histoire. Il souligne qu’il doit son nom de baptême au frère de Jacques le Majeur, disciple préféré de Jésus, « le saint patron des imprimeurs, des tanneurs et des typographes », mais aussi celui qui écrivit le livre de l’Apocalypse. Sa mère, célibataire, accro à la Bible,  aimait lui rappeler l’histoire de Jean quand il était enfant.
Apocalypse, bébé infernal, on sent déjà une ambiance d’enfer se pointer dans ce roman dès les premières pages…
Il n’y a pas grand chose à faire à Kilcody. John grandit, entouré de sa mère, d’une voisine qui les espionne et d’un alcoolique. Un jour débarque dans le village un jeune à peine plus âgé que John, Jamey Corboy (on pense tout de suite à l’appeler Jamey Corbeau !), excentrique, cultivant son mystère avec art, adepte de Rimbaud : « Il portait un manteau Crombie qui lui battait les mollets. Un jean noir et des bottes militaires, les cheveux lisses plaqués en arrière, le front haut, un nez plutôt aquilin. Il avait un regard d’un bleu intense ». Un solitaire qui aime s’isoler sous le préau de l’école « pour gribouiller dans un cahier à spirale plutôt que de donner des coups de pied dans un ballon de foot ». Un garçon à la naissance mystérieuse, adopté.  Ce sont les livres qui lient les deux jeunes : Jamey, qui lit Rimaud en Afrique explique à John qui était ce type, à sa façon :
« Il a révolutionné la poésie à vingt et un ans, puis il a tout plaqué et s’est taillé en Afrique, où il a fait fortune en trafiquant des armes et des esclaves. (…) Lui et ses potes buvaient de l’absinthe dans un troquet baptisé Le Rat mort, à Paris. Un soir, Rimbaud est monté sur la table, il a baissé son pantalon, a coulé un bronze et a peint un tableau avec. Au rayon des blasphèmes, il n’y allait pas de main morte non plus ; il aimait graver des inscriptions sur les bancs publics. Merde à Dieu. »
A son tour, John lui explique que sa lecture favorite est L’Abrégé Harper, que Jamey trouve « dégueulasse », genre « porno pour lombrics ».
Les deux deviennent rapidement ami et leurs vies vont changer à tous les deux. Une beuverie, le saccage d’une église, l’un qui se fait prendre à la place de l’autre mais une amitié sans failles.

J’ai aimé l’ambiance gothique de ce roman irlandais, premier roman que je lis de Peter Murphy qui a déjà publié La rivière d’Enoch O’Reilly (traduit en France en 2014). Un titre étrange qui m’a attirée.  Des personnages à la fois mystérieux et fantasques. Du mystère (même la mère de John a un secret à révéler. Et John devra faire un choix cornélien).
J’ai aimé les personnages hors normes de ce roman dont l’humour noir parsème les pages. J’ai aimé la plume simple mais inventive de Peter Murphy, qui arrive à planter un décor et une ambiance gothiques dans ce coin paumé d’Irlande, en s’amusant à sa façon des textes bibliques
.

Mais j’ai beaucoup moins aimé les récits annexes qui se greffent au récit principal et finissent par nous faire perdre pied – pourtant, j’ai lu d’autres romans avec le même procédé, comme ceux de Joseph O’Connor, entre autres, où ça ne m’a pas du tout fait cet effet).  J’ai eu de vrais moments d’ennui à cause de cela.

Une lecture avec des hauts et des bas donc mais une jolie histoire sur l’amitié, abordée de manière originale,  sur l’influence que peuvent avoir les gens, la littérature et la poésie sur notre vie.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | 2 commentaires

Je n’ai pas peur – Niccolò Ammaniti

51Zuab6KH5L

Traduit par Myriem Bouzaher

Nous sommes en 1978 à Acqua Traverse, un village paumé des Pouilles dans le sud de l’Italie. Michele Amitrano, 9 ans,  fait la course à travers les champs de blé dur, avec ses copains, sous la chaleur accablante de l’été. Le leader de la bande lui assigne un gage : il doit aller voir ce qu’il y a dans la maison abandonnée, là-bas, en haut de la colline. Michele ne se dégonfle pas, s’égratigne au passage mais saute le mur. Il ne se doute pas encore de ce qu’il va découvrir, qui va changer sa vie de gamin, pimenter ses vacances, débrider son imagination… et la nôtre.
Dans la maison abandonnée du monde des vivants, il découvre, sous une couverture Filippo, un gamin de son âge, crasseux et qui tient des propos étranges. Au fil des jours, une amitié va se lier entre les deux enfants. Filippo tient des propos étranges : la maison appartient au Seigneur des vers et ses nains serviteurs. Malgré tout, et parce que ce garçon l’intrigue et lui fait pitié, Michele va tout faire pour tenter de sortir Filippo du trou où il vit, lui donner à manger, quitte à sillonner la campagne avec le Clou (comme il appelle son cher vélo). Quitte à se mettre en danger aussi, et à découvrir qu’à côté du monde des enfants à l’imagination débridée, il y un monde des adultes plutôt noir et malsain.

Il fait chaud, façon chaleur du sud de l’Italie, les cigales braillent, il y a caïd dans le coin, devenu caïd parce que finalement, il ne sait pas trop quoi faire d’autre dans ce coin paumé du sud. Le sud qui ne connaît pas le nord, comme remarque Michele  qui « n’arriv[e] pas très bien à imaginer ce Nord » mais qui sait « que le Nord était riche et le Sud était pauvre ».
Il y a les histoires qu’on raconte, comme celle de la sorcière  Biscornue, qui « est très très moche. Pas un poil sur le dessus de la tête. Une queue de cheval et un long nez. Elle est grande et elle mange les enfants. Et son mari, c’est le croque-mitaine… »  Un jour Pierino Pierone « lui a lancé une poire qui a atterri dans le bouse de vache » (tout un programme !).
Ici dans le sud de l’Italie, le raton laveur est un animal mystique qui fait des choses incroyables , on ne sait pas trop à quoi il ressemble :
« C’est quoi ?
– C’est comme des oursons et si tu laisses ton linge près de la rivière, eux ils arrivent et ils te le lavent.
– Et où ils vivent ?
– Dans le Nord. »  🙂

Un roman qui possède un suspense digne d’un thriller, un roman initiatique sous la plume géniale de Niccolò  Ammaniti qui vous met sous le charme tout de suite, avec ses jeunes héros très attachants et naïfs. Une bonne dose d’humour qui vous fait sourire . Un brin de nostalgie. Une fin qui vous glace et vous arrache une larme.

Un coup de coeur pour ce roman de 2001, que je découvre et que les éditions 10/18 ont eu la bonne idée de rééditer. J’ai d’ores et déjà prévu de lire un autre roman de l’auteur : Moi et toi.
Le genre de roman qui vous donne envie de creuser un peu plus du côté de la littérature italienne. Et de découvrir les Pouilles aussi (j’y suis allée en 2014 et j’ai adoré ce petit coin d’Italie entre deux mers, loin des cohortes de touristes qui envahissent le Nord, alors qu’il y a tant à voir ici aussi).
Puglia

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

(c) Mille et une lectures de Maeve

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Littérature italienne | Tagué , , | 2 commentaires

Le garçon qui courait plus vite que ses rêves – Elizabeth Laird

13226679_1124892757552917_3703169213299095437_n

Traduit par Catherine Guillet

Solomon a onze ans, du moins il croit, car « dans les régions reculées d’Ethiopie, on s’intéresse peu à votre âge ». Il vit avec ses parents, Ma et Abba, sa petite-soeur, Konjit, et son grand-père dans une maison qu’il vous décrit avec soin « pour le cas où vous ne seriez jamais venu en Ethiopie » : « Elle était ronde, comme la plupart des habitations dans nos fraîches contrées de hauts plateaux et son toit de chaume formait un cône. Elle se composait d’une pièce unique, au centre de laquelle un feu brûlait à toute heure. (…) Il y avait aussi un paravent derrière lequel nous placions nos bêtes, la nuit seulement. »

maison éthiopie.jpg
Pourtant, pour la première fois de sa vie, Solomon va quitter sa maison, son village, son univers familier qui ne va pas plus loin que Kidame, la ville la plus proche : le jour de ses onze ans, son grand-père annonce qu’il est assez vieux pour l’accompagner à Addis Abeba, la capitale, où il pourrait avoir besoin de lui…
L’imagination du gamin s’enflamme, d’autant que Grand-père n’en dit pas plus sur l’objet de son voyage, si ce n’est qu’il es temps que Solomon « découvre un peu le monde » et qu’il va leur falloir marcher pendant une journée, puis prendre le bus. Un membre de la famille pourra les héberger en route..
Grand-père n’est pas au mieux de sa forme. Abba s’inquiète de ce voyage et demande à Solomon de veiller lui.
Le rêve du gamin, qui galope depuis qu’il sait marcher, est de « devenir le coureur le plus rapide du monde », pour « couronner l’Ethiopie de gloire », et devenir un héros aux yeux de tous, dans ce pays où « même les jeunes qui vivent dans les régions reculées connaissent [les] grands athlètes nationaux ».

Le lecteur suit grand-père et petit-fils sur le chemin de la capitale. Il va bien évidemment leur arriver un lot d’événements imprévus, qui vont pimenter le récit.
L’occasion également, pour Solomon qui s’impatiente un peu de voir son grand-père marcher si lentement et s’inquiète de sa santé fragile, de découvrir la personne qu’il a été jadis : un champion mais aussi un homme emprisonné dans un camp de travail dont il s’est échappé. Quelqu’un qu’on surnommait « La Flèche » et dont le meilleur ami était « La Balle » : « les coureurs les plus rapides de la garde de Sa Majesté » Haïlé Sélassié.

A travers le prisme de la course à pied, le roman aborde une page de l’histoire de l’Ethiopie, pays dont on connaît davantage la sécheresse et ses famines (et certes un peu, quand même, la réputation de ses coureurs). On apprend qu’il y a eu des camps de travail, après la révolution qui a fait chuter « l’empereur », Haïlé Sélassié, où les soi-disant « révolutionnaires » n’ont pas hésité à rafler puis à massacrer des milliers de personnes.

Pourtant aussi un pays de héros, comme le découvre peu à peu Solomon, qui raconte à son tour son histoire dans le livre que nous tenons dans nos mains.
Un jeune héros attachant qui porte un regard plein de tendresse, de curiosité et d’admiration sur son grand-père qui lui révèle son secret. Grâce à lui, Solomon apprendra que rien n’est impossible.
« Ce jour-là, j’ai appris la plus importante [chose] de toutes : courir ne dépend pas de vos jambes et de vos bras (…) mais de ce qui se passe dans votre tête. »
Grâce à cela, il deviendra le garçon qui court plus vite que ses rêves (Le titre original est The Fastest Boy in the World)  🙂

J’ai choisi ce roman au regard de la biographie assez étonnante de son auteure : Elizabeth Laird est d’origine néo-zélandaise, ses parents ont déménagé pour vivre au sud de Londres en 1945. A 18 ans, elle part enseigner en Malaisie, puis en Ethiopie et en Inde. A priori une personne curieuse !

De plus, un roman « ado » qui se passe en Ethiopie, ça change ! C’est aussi ce qui m’a fait choisir ce livre. Une écriture à la fois simple, soignée et précise, une intrigue riche et bien ficelée qui offre au lecteur un savoureux voyage à un rythme trépidant.

Un roman qui porte l’espoir, doublé d’une lecture instructive, au-delà des clichés.

Merci à Flammarion Jeunesse pour cette belle pioche dans la collection « Tribal » !

afrique  Ethiopie.jpg

Publié dans Littérature jeunesse | Tagué , , | Un commentaire

Le secret du bayou – John Biguenet

41A1qlmaFKL
Traduit par France Camus-Pinchon

Je me suis mise à re-piocher dans ma PAL américaine tendance Nature Writing. C’est du moins ce à quoi je m’attends avec cette PAL bien spécifique, composée de romans qui semblent vouloir aussi faire voyager le lecteur français à travers les contrées sauvages des USA. On reprend donc le road trip.  Après le New-Jersey et le Michigan,  je vous embarque pour la Louisiane (que j’adorerais visiter !)
290px-Map_of_USA_LA.svg louisiane
Voici ce qu’annonce la 4e de couverture : « 1957, côte de Louisiane. Dans le monde impitoyable des pêcheurs d’huîtres à la drague en haute mer, une flamboyante saga familiale tissée de haine, de violence, d’amour et de souffrance, aussi inexorable qu’une tragédie grecque. Fidèle à la tradition des grands romans du Sud profond aux accents faulkneriens, le superbe portrait d’une femme indomptable et farouche. »

J’aime Faulkner. La couverture de l’édition de poche est magnifique, le mot « bayou » un mythe ou presque, le monde des pêcheurs d’huîtres de Louisiane dans les années 50 prometteur (le titre original est  Oyster). Eh hop, me voilà partie loin, du côté de Plaquemines Parish.
Deux bayoux, deux familles : les Petitjean et les Bruneau. Darryl Bruneau, dit « Horse », vient rendre une visite nocturne à Terry Petitjean, qui lui a été promise en mariage mais qui refuse. Il veut discuter. La gamine l’assassine directe ! Le corps est retrouvé. Les trois fils de Horse sont persuadés que le coupable est le frère de Terry. Et l’un d’eux l’assassine aussi ! Enterrement, deuil et tout le bazar. Les frères Bruneau veulent continuer à en découdre avec les Petitjean. Pas en exterminant la famille mais en s’appropriant leurs parcs à huîtres et leur terrain de pêche sur le bayou. La ruse consiste à envoyer le plus sympa des frères se faire embaucher par les parents de Terry pour les aider à la pêche, maintenant que le fils est mort, histoire de les espionner…. Seulement le gamin est a un faible pour Terry….

Je ne vais pas en dire plus mais je pourrais parce que ce roman est sans suspense, cousu de fils blancs. On apprend un peu du monde des pêcheurs d’huîtres de Louisiane dans les années 50, mais cela reste très sporadique. Le roman focalise davantage sur la saga familiale, tendance « secrets-de-famille-amour-haine-et-trahison ». Bof. Et jusqu’au bout.
Bof, d’autant plus que il n’y a aucune recherche d’écriture, c’est vraiment creux sous la coquille ! Je me suis agacée des « mon chéri », « ma chérie » qui envahissent les pages. La fin est limite à mourir de rire par son manque de surprise.
La situation des pêcheurs du bayou est à peine effleurer au détour de quelques phrases : « Vous croyez que compagnies pétrolières ont fini d’éventrer les marais ? »
Les surnoms des personnages principaux du clan Bruneau manquent d’imagination : « Horse » et… »Little Horse » pour le fils, avec connotation sexuel à l’appui, bien expliqué dans les détails, au cas où vous n’auriez pas compris…

Je ne vois pas trop bien ce qu’il y a de faulknerien dans ce roman bien formaté, bien prémâché et pas du tout travaillé. Une vraie déception.
Il faudra que je retourne en Louisiane avec un autre bouquin de qualité. Si vous avez à m’en conseiller, je suis toute ouïe !
filename-img-0694-jpg

Publié dans Littérature américaine | Tagué , , | 4 commentaires

Nos étoiles ont filé – Anne-Marie Revol

 61mrnX1Q-8L.jpg

Je publie de nouveau ici la chronique initialement écrite sur mon ancien blog. Un livre que j’avais lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de ELLE dont j’étais jurée en 2011. Un livre qui m’avait marquée et dont je n’ai oublié ni l’auteur, ni le contenu.

Journaliste à France 2, Anne-Marie Revol a perdu ses deux petites filles, Pénélope,  deux ans et demi et Paloma, à peine plus d’un an, dans l’incendie qui a ravagé la chambre qu’elles occupaient chez ses parents, alors qu’elle et son mari, étaient juste de retour de vacances en Grèce. Tous les jours, elle s’aperçoit qu’elle leur parle. Alors, « dans l’espoir que là où [elles sont] réfugiées [elles] trouve[nt] une bonne âme pour lire ce courrier, [elle] décid[e] de coucher, au propre, sur du papier, tout ce qu'[elle a] consigné dans [son] petit carnet depuis qu'[elles] sont décédées ».
Ce livre est une puissante claque et je dois avouer que je me suis vraiment fait violence pour le terminer, ne le lisant qu’à petite dose, me disant à chaque fois que je ne parviendrai pas à le reprendre et à en continuer la lecture.  Par moments, j’en ai voulu à l’auteur de m’infliger ça ! Et j’ai souri en lisant les remerciements de la dernière page : « Sans Capucine Ruat, j’aurais pondu un livre dix fois plus épais que ça ! Pauvre de vous ».
Un livre dont j’ai du mal à parler au regard du drame vécu. Pourtant, Pénélope et Paloma sont bien vivantes entre ces lignes, elles occupent le devant de la scène, au-delà de la douleur et de la mort. Anne-Marie Revol s’exprime sans tabou dans un style vif, parfois piquant : pas d’envolée lyrique mais de la rage, de la colère mais aussi de la tendresse. Elle révèle ses états d’âme, son attitude, celle des autres, celle des gens qui la renvoie sans cesse au décès de ses filles avec une maladresse involontaire ou une bêtise à l’état brut.  Ce livre est également un bel hommage à son mari et à leur rencontre miraculeuse  mais aussi à la vie. On ne termine pas le livre en pleurant mais avec le sourire !
Un témoignage dont on ne ressort pas tout à fait indemne et dont les petites héroïnes  habitent le lecteur longtemps une fois le livre refermé.

•••••••••
Depuis ce livre, nous n’avions pas de nouvelles d’Anne-Marie Revol écrivain. Eh bien, je vous annonce que demain, les éditions JC Lattès publient son premier roman, d’une toute autre facture : Gaspard ne répond plus

91xqJRvTL3L.jpg

Présentation éditeur : « Dans le cadre d’un jeu de téléréalité, Gaspard de Ronsard doit traverser l’Asie en stop. Son périple tourne court lorsqu’il chute d’un pick-up et échoue au fond d’un fossé…
La suite se déroule entre Paris et un village égaré dans les rizières du Nord Vietnam. On y rencontrera une brocanteuse cartomancienne, un détective fleur bleue, un diariste fantasque, des producteurs de télé affolés, et une vieille chef de tribu acariâtre, My Hiên. Celle-ci n’a qu’une idée en tête : obliger Gaspard à sauver son peuple d’un danger imminent.
Parviendra-t-il à rentrer chez lui ? Dans ce roman drôle et déluré, chacun cherche quelque chose à l’autre bout du monde, pour le meilleur comme pour le pire. Mais il faut peut-être accepter de tout perdre si l’on veut se retrouver…  « 

Ces jours-ci, je me dis que le vaste monde est finalement petit et que les chemins qui relient les gens parfois incroyables…  🙂
Yep ! Avis aux amateurs de road trip rocambolesques  Je vous en reparle bientôt !

Publié dans Littérature française | 2 commentaires