Mentine tome 3 : Pas de cadeau ! – Jo Witek

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Illustré par Margaux Motin

Rappelez-vous : Mentine est surdouée. Cherchant à tout prix à trouver une place parmi les autres gamins de son âge, elle commet mille et une frasques. Dans le premier volume de ses aventures, ses parents, exaspérés par ses mauvaises notes volontaires, l’envoient s’aérer les neurones dans le Larzac, d’où elle sortira grandie dans sa tête, grâce à un vieux fermier au grand coeur mais bien plus têtu qu’elle ! N’empêche, dans le deuxième tome, elle se trouve confrontée au rejet de ses camarades de classe par une manigance de sa meilleure amie qui la trahie. Exclue de son établissement, elle est exilée en Suisse dans une école pour intellectuels précoce. Elle se rend alors compte que sa seule vraie amie est la plus affable et la plus discrète de ses copines : Johanna.
Nous voici au troisième opus des aventures de Mentine, qui décide cette fois-ci de s’occuper à 10 000% de Johanna, une manière de rendre hommage au soutien qu’elle lui a témoignée quand elle en avait besoin. En réfléchissant, Mentine se rend compte qu’elle ne sait rien de cette discrète Johanna : elle ne sait pas où elle habite, elle ne parle jamais de sa famille ni de sa vie privée. Mentine parvient à se faire inviter chez Johanna. Elle découvre alors un autre univers : celui de la citée, des gens qui triment, une famille nombreuse mais surtout le talent fou de son amie pour la musique flamenca. Dès qu’elle prend la guitare que lui a légué son papi Paco, la grisaille de la cité s’efface et laisse place au soleil andalou. Mais un instant d’étourderie et c’est le drame : envolée la guitare magique de pépé Paco !
Mentine, subjuguée par le talent de son amie, décide que celle-ci doit se présenter au concours d’entrée d’une école de flamenca de renommée internationale. Reste le problème la guitare. Là aussi, Mentine a la solution…. quitte à passer du côté obscur et devenir une cyberdélinquante.

J’en ai trop dit mais on ne s’ennuie pas trois secondes dans ces nouvelles aventures de Mentine, on est souvent surpris par l’esprit d’inventivité de cette gamine et de sa créatrice…
Alors quand j’ai vu déboulé les Restos du Coeur au milieu du roman, j’avoue que j’en suis restée « baba ». En effet, pour réparer sa bêtise, centre de l’intrigue (donc je ne vais pas dire ce qu’elle a fait), ses parents décident d’envoyer Mentine prêter main forte aux bénévoles des Restos.

Jo Witek confronte sa jeune héroïne issue d’un milieu aisé au milieu populaire auquel appartient Johanna. Pourtant, pour ne pas rester dans le cliché, elle traîne la gamine dans les Restos de Coluche où les gens qui les fréquentent ne sont pas toujours forcément ceux qu’on croit. Il y a de tout : des gens bien habillés, des gros durs, des petits mous (LOL!),  des Blancs, des Blacks, des Beurs et aussi des jamais-contents. « La pauvreté n’avait pas de visage. Le manque non plus. La galère non plus. »

L’occasion de fréquenter les bénévoles des Restaus permet à Mentine de découvrir ce qui les motive : aider les autres, c’est un moyen d’être reconnu, de se réaliser dans un monde qui laisse peu de place à l’individu. Une des bénévoles a même fait partie du monde des Lettres. « C’est comme ça que les gens devraient aborder la vie, travailler avec le sentiment de faire quelque chose d’utile pour la société. Malheureusement, la plupart du temps, on subit. C’est ça le monde d’aujourd’hui, les gens ne font plus ce qu’ils aiment ou savent faire, ils vont au boulot, au taf comme ils disent, en soupirant et la tête dans les chaussettes. C’est d’un triste. »

J’ai lu ce roman ado avec beaucoup de plaisir. Mais je m’attendais à un « crime » cyberdélinquant beaucoup plus grave puisque Mentine en parle elle-même en ces termes : « Une bombe. Un missile. L’entrée directe dans la délinquance, et tout cela depuis ma chambre. Encore un nouveau truc de la génération des Digital Natives : on peut tout bousiller sans mettre les pieds dehors. Sa vie, celle des autres, l’économie mondiale. » Quand le lecteur découvre enfin ce qu’elle a fait, (certes pas bien du tout), ça prête à rire ! La sanction est un peu too much. Mais bon, c’est l’occasion de confronter des univers sociaux différents dans un roman ado et de faire tomber les préjugés.

Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour ce troisième volume.

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U4 : Koridwen – Yves Grevet

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Koridwen vit dans le nord du Finistère, pas loin de Morlaix. Tout son hameau a été décimé par un virus : U4 (Utrecht, comme la ville des Pays-Bas et 4 pour 4e génération). Ce virus a déjà décimé 90% de la population mondiale. Il semble épargner les adolescents. Sur un jeu vidéo en ligne auquel s’adonnait Koridwen avant que le serveur du jeu ne se déconnecte, un certain Khronos avait posté un étrange message, laissant présager qu’il connait le moyen de remonter le temps pour changer le cours des choses. Il faut pour cela se rendre sous la plus vieille horloge de Paris, le 24 décembre.  Le jour de ses quinze ans, Koridwen, parce qu’elle se sent menacée dans son hameau fantôme où font irruption des bandes de jeunes pas franchement bien intentionnés, décide de tracer la route vers Paris, en tracteur (seul moyen de locomotion possible). Sa seule compagnie : son cousin Max, handicapé mental.

Au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, j’ai été impressionnée par la foule qui se massait autour des quatre auteurs de cette série française. Je trouvais les couvertures des livres sympas et Lady Double H de Lettres d’Irlande et d’ailleurs a fini de me tenter…

Quatre livres que l’on peut lire dans l’ordre que l’on veut sans être perturbé. J’ai choisi Koridwen parce que ça se passe dans le Finistère et que le Finistère, du moins le sud, ce n’est pas tout à fait rien pour moi : des souvenirs d’enfance trop classes, des Bigoudènes avec des coiffes en tuyau de poêle, de l’iode, du vent à décorner les boeufs, des vagues de 10 mètres qui vous font boire la tasse et perdre votre maillot de bain, des bancs de sable, du courant à se perdre, des « tape-culs » (désolée, je ne connais pas le nom scientifique de ces crustacés qui sont à mi-chemin entre la langoustine et le crabe), du biniou qui vous casse les oreilles, des virées en vélo, une pharmacie-bar, et la poissonnière du village qui a son étalage qui fout le camp parce qu’il est encore vivant…

Voilà pour l’anecdote. Alors une dystopie bretonne, je voulais voir ce que ça donnait. Et je n’avais jamais lu Yves Grevet, que je sais instituteur.

Koridwen avait une grand-mère qu’on disait un peu sorcière, elle avait pouvoir de guérison à partir de recettes « magiques », contenues dans un livre qu’elle lègue à Koridwen : il avait été dit que le jour de ses quinze ans, Koridwen aurait l’autorisation de d’ouvrir une mystérieuse enveloppe, celle qui lui révélera l’existence de ce livre de remèdes. Une sorte de talisman qui protègera la jeune fille dans le long périple semé d’embûches qui l’attend pour tenter de changer le cours des choses… Et aussi une comptine bretonne, Ar Rannoù, qui livrera au fur et à mesure des indices à la jeune héroïne. (Ar Rannoù est « le premier texte du Barzaz Breiz, un ouvrage où sont réunis les chants traditionnels bretons » et qui date de 1848. C’est un « dialogue entre un druide et son élève » et « il a été transmis oralement dans un dialecte de Cornouaille ».)

Tout cet aspect, avec le folklore breton, j’ai accroché. Mais hélas, il n’est qu’une toile de fond de l’histoire. Pour le reste, c’est-à-dire la dystopie à proprement parler, je n’ai pas du tout adhéré. J’ai trouvé ça trop désespérant : comment un monde dont les seuls survivants sont des adolescents (et quelques adultes transformés en miliciens chargés de les regrouper dans des camps pour les priver de leur liberté) peut-il être aussi noir ? Une histoire blindée d’armes et d’ado malfaisants, alors qu’ils sont des survivants, trop peu de solidarité entre eux. Des personnages agressifs et sombres, un monde où règne la loi du plus fort. Paris noire, avec ses souterrains ferrés squattés par des bandes, sa « Dalle » du 13e guère mieux lotie. Dans ma tête tout se passait de nuit. Tout ça a fini par m’ennuyer au point que j’ai eu du mal à terminer le roman.
J’ai aussi eu du mal à adhérer au style d’Yves Grevet :
« Je marche devant. Les rues sont redevenues complètement vides et calmes. Nous rejoignons le square en quelques minutes. Je les fais descendre dans les égouts. Aucun d’eux ne semble surpris ni n’exprime de réserves. L’ont-il déjà fait ? Nous progressons dans une quasi-obscurité sous le regard indifférent de quelques rats placides. Mon répulsif ouvre le chemin. J’utilise pour la première fois notre tunnel qui débouche dans le cimetière. »
Trop plat à mon goût, ça manque de piment dans le descriptif (mais ce n’est que mon avis). Et de suspense aussi (pas de coup de théâtre fracassant).

J’ai terminé ce roman ado il y a plus d’un mois et à vrai dire, je n’en garde pas de souvenirs impérissables. La dystopie, ce n’est finalement peut-être pas mon truc. Ou alors, il me faut davantage d’espoir dans la noirceur. Et un peu d’humour (noir) aussi.

Voir l’avis de Lady DoubleH sur Stephane.

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Plus froid que le Pôle Nord – Roddy Doyle

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Traduit par Marie Hermet

Johnny, Tom et Erin vivent avec leur père, Frank, à Dublin et avec Sandra qui est la mère des garçons et la belle-mère d’Erin. Cette dernière, petite fille sage, est devenue une adolescente à fleur de peau, une vraie terroriste qui saccage l’ambiance de toute la maisonnée. Lors d’une ultime scène, Frank suggère à Sandra de partir en vacances avec Tom et Johnny. Erin n’est pas orpheline : sa mère a quitté le foyer quand elle était plus jeune, elle vit à New York mais de prend jamais de nouvelles de sa fille. Si Sandra refuse de partir en vacances avec ses fils, elle change d’avis le jour où elle apprend que l’ex-épouse de Frank va rentrer voir sa fille. Et hop, c’est parti pour un séjour en Laponie, dans le nord de la Finlande, avec neige, huskies, traîneaux et froid au programme. De quoi faire baisser la tension, prendre de la distance pour éviter l’explosion.

A chaque parution d’un nouveau Roddy Doyle, je suis impatiente mais un roman « nordique » écrit par un Irlandais, rien de tel pour susciter encore davantage ma curiosité !

J’ai donc pris l’avion avec Sandra, Tom et Johnny. On a été accueillis par notre guide Aki, emmenés dans la campagne enneigée de Finlande et on a fait du traineau à chiens avec une bande de huskies et leur maître, Kalle ! On avait les doigts gelés, de la neige presque par-dessus la tête, on ne voyait souvent rien, ça « caillait » vraiment. Et ça s’est mis à faire encore plus froid quand on a perdu Sandra :  les garçons se sont mis à frissonner, de froid, mais au froid s’est ajouté la peur. Il faut dire que la nature finlandaise est propice à vous débrider l’imagination :
« Ce n’était pas le noir qui lui faisait peur, c’était  ce qui pouvait se trouver dans le noir. Ce qui l’attendait, caché. Des trous, des rats, des doigts crochus, des crocs. »
C’est alors le début d’un roman d’aventures au suspense intenable. Jusqu’à la dernière page, on se demande si la fin va être heureuse. Ou pas. L’angoisse vous saisi à la gorge…

On est loin de la maison de Dublin, mais pas tout à fait : Roddy Doyle nous y fait revenir régulièrement par le jeu d’un récit parallèle qui raconte les retrouvailles entre Erin et sa mère. Là aussi, tout n’est pas joué d’avance. Il y a de la rage et des larmes. Des explications, des choses pas faciles à avouer ni à pardonner.

Un roman très visuel et « sonore », où Roddy Doyle insiste particulièrement sur ce que les personnages voient : sur les yeux extraordinaires des huskies de Sibérie (les premiers mots que l’on lit c’est d’ailleurs « les yeux »), sur chaque virage de traîneau dans la neige, chaque branche d’arbres… Le lecteur est vraiment immergé dans l’ambiance glacée :

« Tom entendait les arbres respirer. Il en était sûr. Il sentait aussi leurs doigts. Les chiens allaient au pas maintenant, et Tom sentait les aiguilles et les branches basses des pins lui griffer les manches et le bonnet, comme si les arbres essayaient de l’attirer (…). Il y avait des serpents en Finlande. Il y avait des loups. Et il y avait des ours. »

Et puis il y a un cri de « guerre », dans cette histoire un cri pour vaincre, utilisé par les garçons pour retrouver leur mère :
« – Les grands espaaaaaaces !
Ils criaient dans l’obscurité, mais aucun son ne leur revenait. (…)
– Les grands espaaaaaaces !
Rien.
– Les grands espaaaaaaces ! »
(Après le « géniaaal ! » des gamins de Dublin dans A la poursuite du Grand Chien Noir, ça m’a fait rire !! 🙂 )
Et il y a les huskies de Sibérie dont Roddy Doyle s’attache à décrire tant la beauté que le comportement de chien de meutes. Des héros à part entière qui occupent autant de place dans l’histoire que les humains.

J’ai découvert ici Roddy Doyle auteur de roman des grands espaces. Un livre d’aventures dans une nature sauvage et glacée, avec en toile de fond le thème de la famille recomposée. Un écho  aux sentiments compliqués des personnages d’où chaque protagoniste sortira transformé.

« On se marie, dit sa mère. On a des enfants, un enfant. On était quelqu’un, et on devient quelqu’un d’autre. »

Et toujours le style inimitable de Roddy, qui adore faire du ping-pong avec les mots (bravo à la traductrice !). Et l’humour aussi :

« Il aimait tout de Sandra. Il aimait sa manière de tousser quand elle avait avalé un bonbon de travers au milieu d’une chanson d’amour. » 🙂

« Leur mère leur avait dit que s’ils trouvaient un chien capable de préparer le dîner, elle les laisserait le garder. «  🙂

J’ai A-DO-RE !!  Pour le suspense, pour les huskies de Sibérie, pour la nature sauvage, pour la thématique abordée de manière originale. Le genre de livre dont on ne veut pas qu’il finisse. Une vraie bouffée d’oxygène, une lecture dépaysante, un sacré voyage en Finlande !
Pour finir, j’ai quand même un petit faible pour la couverture d’une édition V.O. …

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Merci aux éditions Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce livre.
Excellente pioche !

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Un ciel rouge, le matin – Paul Lynch

 

9782226256072gTraduit par Marina Boraso

Ma deuxième rencontre littéraire avec Paul Lynch, dont j’ai fait la connaissance avec son deuxième roman, le sublime La neige noire. Je me suis procuré Un ciel rouge, le matin dès sa sortie, mais, contrairement à La neige noire,  je ne me suis pas jetée dessus tout de suite, et le problème c’est qu’ensuite on en a trop parlé ! Quand tout le monde parle trop d’un livre, en quelque sorte ça m’en dégoûte. Je sais, c’est un peu étrange, mais j’ai l’esprit de contradiction ! Heureusement, La neige noire et la rencontre organisée par le Centre culturel irlandais en septembre dernier m’ont permis de ne pas passer à côté de cet écrivain de génie.

Que dire donc, sur ce roman dont tout le monde a déjà parlé ? Il y a pourtant matière à moudre parce que Paul Lynch n’est pas un auteur de roman à la sauce Harlequin, mais un écrivain complexe, dense, mais surtout un fabuleux conteur !!  Il prend à contrepied les postmodernistes, obsédés par leurs théories littéraires sur le roman au point d’en oublier le contenu. Pour Lynch, l’histoire est primordiale (pour faire court : ce n’est pas Joyce – ou plus proche de nous, Eimear McBride) .

Notre homme est journaliste à Dublin (du moins il l’était avant que la crise fasse fermer boutique au journal pour lequel il travaillait et qu’il se consacre entièrement à l’écriture de ses romans). C’est un fait divers américain mis à jour par des chercheurs qui lui a donné l’idée d’écrire Un ciel rouge, le matin : les corps de 57 ouvriers irlandais qui travaillaient à la construction du chemin de fer de Pennsylvanie en 1832 ont été exhumés d’une tranchée. A l’époque, l’affaire avait été étouffée. Ils venaient tous de la péninsule d’Inishowen, dans le Donegal. De quoi débrider l’imagination déjà féconde de Paul Lynch, originaire qui plus est de ce comté irlandais !

Coll Coyle (quel nom !) un jeune métayer et sa famille vont être expulsés de la terre qu’ils exploitent. Coyle décide d’aller parlementer avec le fils du propriétaire, mais le tue accidentellement sur un coup de folie. Un acte malheureux de quelques secondes, qui va ébranler la vie de Coll à tout jamais. Il lui faudra fuir pour sauver sa peau, mise à prix par Faller, le contremaître qui doit sa légende à sa cruauté : on dit qu’il a torturé un cheval en lui attachant la langue avec une corde et tiré jusqu’à ce qu’il l’arrache à la racine… C’est une cavalcade au trip galop qui va mener le lecteur du far west irlandais qu’est le Donegal à la conquête de l’ouest américain.

Un roman très visuel, quasi cinématographique, où la nature occupe une place majeure, où chaque geste, chaque pas, chaque bruit, chaque silence, chaque animal, chaque lumière, chaque ombre, est décrit avec une précision presque obsessionnelle.
L’incipit donne le ton : « D’abord il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d’un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur vêture d’obscurité, ils s’étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s’arrête, il entend les oiseaux s’éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant. » Comment ne pas être subjugué par tant de poésie  ? Moi je fonds ! Il y a du Proust chez Lynch !
« Coyle est assis, il écoute le matin. La rumeur sourde du vent, le bruit qui s’échappe du mur de pierre, plein d’une rage farouche et bourdonnante. Il cherche d’où vient le son, penché sur le mur, et découvre un creux obturé par le tissage d’une araignée, ses fils humides de rosée que la lumière argente. Une mouche s’y débat, empêtrée dans la toile piégeuse. »

La poésie est dans chaque page. Pourtant cette histoire est d’une violence et d’une noirceur inouïes. C’est bien le paradoxe de la prose de Paul Lynch. Ecrire un drame (parce que l’histoire est tout sauf quelque chose de rose, gai et réjouissant) avec tant de poésie et de lyrisme. On se laisse embobiner et on ne décroche plus jusqu’au dernier mot. On souffre avec les ouvriers du rail que rejoint Coll, menés d’une main de fer par un Irlandais qui leur promet le Paradis mais c’est juste l’Enfer :
« Le soir, ils redescendaient au campement, laissant derrière eux la blessure béante de la terre creusée, ils arrivent affamés et le corps perclus de douleurs, mangent près du feu dans des gamelles en fer-blanc et s’abreuvent de whisky. »
Très souvent la prose s’emballe : ça tire, ça flingue, les cadavres sanglants s’amoncellent. Il y a d’ailleurs beaucoup de sang versé, beaucoup plus que dans La neige noire, et un peu trop pour moi. Parfois on ne sait plus trop qui fait quoi quand ça se bagarre, je m’y suis parfois perdue, mais finalement peu importe.

Paul Lynch n’est pas un joyeux luron quand il écrit ses romans, ça c’est clair ! 🙂 Mais quelle plume et quelle histoire ! Un petit bout de l’Histoire des Etats-Unis aussi  avec la conquête de l’Ouest, la construction du chemin de fer par épidémie de choléra qui décimera la population. Il y a plein de « méchants » tout moches et tout.

Avec Paul Lynch dark is dark mais c’est très beau ! Un bel hommage aux victimes du mystérieux assassinat de 1832. A lire absolument !
Il ne me reste plus qu’à guetter la sortie de son prochain livre…

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Finbar’s Hotel

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Traduit par Florence Lévy-Paolini

Ma trouvaille du mois, au détour d’une librairie parisienne qui vend des livres d’occasion ! Et quelle trouvaille ! 🙂 Je savais que ce roman existait, mais voilà, il y a tellement à lire que parfois on relègue à plus tard. Jusqu’au jour où, en plus, on fait l’affaire du siècle (même que le prix est encore écrit en francs : édition collector ! ) Merci donc au charmant inconnu qui s’est débarrassé de son bouquin et qui a fait une heureuse, à savoir : môa ! (parce qu’en plus il y a une dédicace qui me donne un indice sur son ex-proprio). Voilà pour l’anecdote. Mais le meilleur est ailleurs.

Ce roman a été publié en Irlande en 1997 et publié en France deux ans plus tard. Dermot Bolger a eu une idée de génie : un roman à 7 mains écrit par la crème de la littérature irlandaise contemporaine : Roddy Doyle, Anne Enright, Hugo Hamilton, Jennifer Johnston, Joseph O’Connor, Colm Toibin (et lui). Dermot les a enfermés tous les six avec lui dans le Finbar’s Hotel.

La quatrième de couverture explique que « dans les années 20 le Finbar’s Hotel à Dublin abritait derrière une façade respectueuse les rencontres furtives entre prostituées, membres du clergé et politiciens. »
1236_1031332266908967_7872654287560787673_n(de gauche à droite, on reconnait : Joseph O’Connor, Anne Enright, Colm Toibin, Dermot Bolger, Roddy Doyle, Jennifer Johnston et Hugo Hamiton : ne sont-ils pas mignons ? 🙂 )

L’hôtel va fermer définitivement ses portes.
Grâce à nos écrivains à la plume bien trempée, le lecteur va rencontrer foule de personnages, dont chacun occupe la scène à tour de rôle, dans les sept chapitres qui composent le roman et les sept chambres de l’hôtel. L’exercice était un peu risqué, on aurait pu craindre une sorte de « catalogue » : un roman avec des chapitres mal accordés, un manque de lien et de liant dans l’histoire. C’est tout le contraire : un roman dont les chapitres sont différents dans le ton et dans le style, où les personnages ne sont pas les mêmes, mais où l’on (re)croise chacun des occupants de cet hôtel plein de vie derrière sa façade morne au bord de la rivière Liffey. Mais à chaque fois perçu sous un angle différent. Un roman-kaléïdoscope en somme. La novella chère à la littérature irlandaise s’en donne à coeur joie tout en donnant une impression d’unité comme si le livre était l’oeuvre d’un seul auteur.

Et, cerise sur le gâteau, Dermot Bolger et son éditrice française, Joëlle Losfeld, gardent volontairement le secret sur les auteurs respectifs des chapitres. Un jeu de devinettes d’enfer pour les fans de littérature irlandaise comme moi !!

Dans cet hôtel, on croise des personnages aussi hétéroclites qu’un gangster, une femme mourante, deux soeurs, un homme qui a décidé de zigouiller le chat de sa copine; l’héritier des propriétaires ancestraux de l’hôtel, un pauvre gars déprimé et en mal de sensation qui rentrera chez lui avec des histoires à raconter…

Le roman est tour à tour drôle, triste, sérieux, fantasque, et parfois tout ça à la fois. Je me suis éclatée avec cette lecture, vous l’aurez compris !

Evidemment, je me suis amusée à essayer de deviner qui a écrit quoi (même avant d’avoir lu le message de l’édition française, j’étais déjà invitée à le faire un jour de pluie, mais il a pas plu et je l’ai quand même fait 🙂 )

Voici donc mes pronostics et deux spoilers (mais je garderai le secret) !
1. Une virée à Dublin = Roddy Doyle
(parce que je ne vois pas qui d’autres peut écrire : « A la maison il mettait toujours un tee-shirt pour aller de la chambre aux chiottes au milieu de la nuit, au cas où un inconnu l’attendrait sur le palier pour le regarder » et mettre en scène un personnage obsédé par les minibars) ;
2. Pieux mensonges = Jennifer Johnston
(Pour le regard sur le passé
« Le vin avait le goût du heavy metal. Il rappelait à Rose l’époque de son extrême jeunesse, les bouteilles de gros rouge algérien capables de vous rendre aveugle ou handicapé pour le restant de vos jours »)
3. Animaux interdits = Hugo Hamilton
(quand on a lu Déjanté, on connait l’humour d’Hugo, du genre, « Céline Dion se mit à se secouer les amygdales comme des chiffons sur le ghetto-blaster ». On sait qu’il peut écrire ça.
4. La nuit du directeur = Dermot Bolger
(j’ai pensé que c’était lui le boss pour ce roman, et puis j’avais dans la tête le titre de La musique du père, que je n’ai pas lu)
5. L’examen = Joseph O’Connor
(l’absolue certitude pour qui a lu Inishowen ! tout en me disant que Jojo aimait bien les fausses religieuses mourantes qui font perdre la tête aux hommes en leur racontant des sornettes).
6. Une vieille femme = Anne Enright
(par déduction, car je ne l’ai jamais lue)
7. Portrait d’une dame = Colm Toibin
(parce que Colm Toibin aime bien les histoires de gangsters)

Et vous, si vous avez lu le livre, à qui attribuez-vous les chapitres ?

Un roman où l’on s’amuse comme jamais ! Et il y a une suite : youpi ! 🙂

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Les vies multiples d’Amory Clay

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Traduit par Isabelle Perrin

Extrait de la 4e de couverture : « Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la très jeune Amory Clay se voit offrir par son oncle Greville un appareil photo et quelques conseils rudimentaires pour s’en servir. Elle ignore alors que c’est le déclencheur d’une passion qui façonnera irrévocablement sa vie future. »

Quand j’ai lu ces lignes, ça a fait « clic » dans mon esprit. J’adore la photo, en regarder, en faire, etc. L’exposition « Qui a peur des femmes photographes ? » qui se tient à l’Orangerie et au musée d’Orsay a fait le reste et façonné un horizon d’attente bien précis de ce livre. De plus, je n’avais jamais lu William Boyd : l’occasion rêvée pour sauter le pas. Sauf que… Mais revenons à l’histoire à proprement parler.

Amory Clay se prend de sentiments amoureux ambigus pour son oncle Greville, le même oncle qui lui a offert son premier appareil photo. Lui-même photographe, il l’entraîne dans les réceptions mondaines où elle tire le portrait des gens de la « haute ». Mais rapidement elle s’ennuie de ces photos, portraits convenus, sans audace ni imagination artistique. Un jour elle essaie de donner libre court à son envie de créativité et c’est un tollé !  Elle est bannie, rencontre un homme qui la propulse dans le Berlin interlope des années folles. Elle fait sa réputation par le scandale, quitte son amant du moment pour voler dans les bras d’un autre homme et se retrouve à New York, responsable d’un magazine. Puis ce sera Londres et ses Chemises noires qui lui vaudront plaies et bosses, la France occupée où elle devient photographe de guerre (une position rare pour les femmes à l’époque). Les aventures d’Amory se poursuivent jusqu’à la guerre du Vietnam.

C’est Amory qui raconte sa vie. Nous sommes en 1977, dans une petit île écossaise. Son récit est agrémenté de photos montrant les différents personnages qu’elle a rencontrés et les scènes majeures de sa vie de photographe. On se laisse prendre à ce jeu de dupe narratif. En débutant ma lecture, j’étais persuadée qu’Amory était une femme photographe qui avait existé (à cause des photos). Au milieu de ma lecture, j’ai commencé à douter parce qu’elle était quand même toujours au bon moment au bon endroit dans les grands événements de l’Histoire. Et puis, (encore quand même !), tous les hommes dont elle tombe amoureuse (ou ceux dont elle se sert) la propulse toujours dans la bonne voie professionnelle. Vraiment trop maline et pas toujours si honnête cette Amory ! Un peu trop « promotion canapé » la dame ! Cela finit par devenir pas franchement crédible. Donc j’ai cherché sur le web et au détour d’une critique, j’ai découvert que ce personnage était entièrement fictif. Première déception (un peu étrange, je l’avoue !)

Ensuite, au-delà de ce subterfuge partiellement réussi de la part de William Boyd (très habile le coup des photos !), je pensais trouver quelque chose qui aurait à voir avec l’histoire de la photographie version féminine, l’évolution des techniques et des sujets. C’est raté. Ce roman raconte surtout l’histoire des aventures sentimentales d’une femme. Et là, je me suis royalement ennuyée. Au début, ça passe, mais trop c’est trop. Au bout de 500 pages, on craque ! D’ailleurs, on a même l’impression que William Boyd finit par ne plus savoir quoi faire de son personnage. Solution pour s’en débarrasser  (attention spoiler !) : le suicide ! Trop facile !

Enfin, au niveau de la traduction, j’ai tiqué plusieurs fois et en particulier là-dessus :
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Amory s’exprime en 1977. Il me semble qu’on n’employait pas cette expression familière bien récente : « j’étais en mode… ».
Et puis aussi dans ma « collec » de midges transformés en tout un tas de bestioles, ici je les ai trouvé en forme de moustiques. Le mot midge fait voyager, vous vous retrouvez en Ecosse ou en Irlande. Le moustique, vous vous retrouvez chez vous ! 🙂
Je critique rarement les traductions parce que je n’y connais rien, sauf quand il y a vraiment quelque chose dans le texte qui vous fait deviner que ce n’est pas ça, que c’est discordant.

Un roman tout en déception donc. J’ai raté mon premier rendez-vous avec William Boyd. Snif !

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Rentrée littéraire hiver & printemps # 1

L’hiver semble tout juste arriver, aujourd’hui 16 janvier. Le jour idéal pour commencer à préparer sa liste de tentations livresques pour les mois à venir – même si on n’a pas terminé ses lectures de la rentrée littéraire de septembre, comme moi, n’est-ce pas ? – j’en ai 3 encore non lus dont mon chouchou Arnaldur avec son Opération Napoléon et une nouvelle découverte écossaise qui a l’air alcoolisé (affaire à suivre !).

En attendant, quelques repérages nouveautés pour les mois à venir.

Côté littérature irlandaise j’attends avec impatience le nouveau Roddy Doyle de chez Flammarion Jeunesse qui sort le 10 février : Plus froid que le pôle nord – parfaite lecture hivernale, non ?

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Disponible aussi en ebook
(vivement le 10 février !)

Résumé : « Johnny et Tom partent à la recherche de leur mère disparue lors d’un safari de traîneaux à chiens. Pendant ce temps, leur demi-soeur retrouve treize ans plus tard celle qui l’avait abandonnée.
Un roman d’aventures sur fond de drame familial en pleine Laponie finlandaise. »

Autre belle surprise – qui a failli me faire tomber de ma chaise ! : une série fantasy enrichie par l’imaginaire irlandais : Enael , tome 1 : « L’appât » de Helen Falconer, chez Flammarion Jeunesse encore (je les aime ! )

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Disponible en ebook à partir du 3 février
et en version papier avec cette belle couverture le 2 mars

Résumé : « Enael est différente : des visions l’obsèdent et elle développe de mystérieux pouvoirs. Quand elle apprend qu’elle est en réalité la fille d’une fée, elle décide de partir à la recherche de ses origines dans le pays de l’éternelle jeunesse. Commence alors pour elle un étrange voyage au pays des elfes et des maléfices où l’amour semble être le plus attirant des poisons… »

 Toujours de la littérature irlandaise, version Irlande du Nord avec Phalène Fantôme de Michèle Forbes, aux Editions de la Table Ronde

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Paru le 6 janvier (disponible aussi en ebook)

Résumé : « Belfast, 1969 : tension dans les rues, trouble dans les âmes. De loin, Katherine a tout d’une femme comblée. Trois petites filles, un bébé adorable, un mari valeureux, George, ingénieur et pompier volontaire. Seulement, Katherine a un passé… En 1949, chanteuse lyrique amateur, passionnée par son rôle de Carmen, elle fait la connaissance de Tom, jeune tailleur chargé de lui confectionner son costume de scène. Le coup de foudre est immédiat, mais elle est déjà fiancée à George et la double vie a un prix. Vingt ans après le drame qui a décidé de son destin, Katherine ne parvient plus à garder ses émotions sous cloche. Au moment où sa ville se déchire, où certains de ses voisins protestants la regardent d’un mauvais œil, où ses filles grandissent et se mettent à poser des questions, elle sent son corps la lâcher. Fatigue, douleur lancinante dans le dos, le verdict est implacable. Talonnée par le temps, Katherine doit affronter les zones d’ombre de son passé. Exploration de la mémoire, de l’enfance, de l’amour illicite et de la perte, Phalène fantôme dépeint des morceaux de vie ordinaire qui ouvrent sur de riches paysages intérieurs. »

Au printemps, on reste en Irlande du Nord et à Belfast aussi avec Un sale hiver de Sam Millar, à paraître aux éditions du Seuil le 7 avril (visuel non disponible actuellement : snif !)

Si vous avez besoin d’optimisme et de zénitude dans ce monde de brutes, il y a Bubulle , Le 14e poisson rouge de Jennifer L. Holm (Etats-Unis) :

le 14e poisson rouge

Paru le 13 janvier

Présentation éditeur : « J’ai emporté mon poisson chez moi et je l’ai baptisé Bubulle, comme tous les autres enfants, chacun se croyant très original. Finalement, Bubulle était vraiment original. Quand tous les poissons rouges de mes amis se sont retrouvés au paradis des poissons, Bubulle était encore là. Sept ans plus tard, il est toujours là. J’en étais à croire que mon poisson avait trouvé le secret de l’éternelle jeunesse, les prochaines semaines allaient me montrer qu’en effet, tout était possible… »

Et aussi :
Arnaldur Indridason revient le 3 mars avec Le lagon noir ; 2016 verra aussi le retour de chouchou Joseph O’Connor avec Maintenant ou jamais . Mystère total pour ces deux romans. Ca met un peu de piment dans la chasse au trésor !

D’autres idées de lecture Lettres d’Irlande et d’ailleurs.

Enjoy !

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Les affligés

 

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Traduit par Valérie Malfoy

A Flint (Nouvelles-Galles du Sud)  en 1909. Quinn  Walker est accusé du meurtre de sa petite soeur Sarah. La ville est en émoi, son père veut le tuer. Terrorisé, Quinn prend la fuite et s’engage comme soldat. Dix ans plus tard, c’est un homme défait par la guerre des tranchées qui revient chez lui, en clandestin. Tourmenté par l’accusation dont il fait l’objet, hanté par la disparition tragique de sa petite soeur, traumatisé par la Grande Guerre, c’est un véritable chemin de croix qui l’attend. L’Australie est de plus en proie à l’épidémie de grippe espagnole qui décime la population. Tout le monde pense d’ailleurs qu’il s’agit de la peste noire. Un jour Quinn se réveille avec à ses côtés une petite fille : Sadie. Ses parents sont morts et elle ne veut pas qu’on l’attrape pour la mettre dans un orphelinat ou chose du même genre. Il se trouve qu’elle fuit l’oncle de Quinn, celui-là même qui a mit la tête de celui-ci à prix. Ben oui, en plus c’est « l’homme de loi » du coin !  Les deux vagabonds vont faire un bout de route de vie ensemble.

Un chemin de croix pour Quinn disais-je. Mais aussi le chemin de la rédemption, de la paix avec lui-même mais aussi de la vengeance. L’atmosphère de ce roman est tout de mystère et d’affliction. Mais aussi, par instants, Chris Womersley frôle le fantastique à travers le personnage de Sadie, qui apparaît comme par magie, sait tout de tout le monde, parle comme un adulte et s’emporte parfois comme un diable. Je me suis demandé pendant une bonne partie de la lecture si elle n’était pas le fantôme de Sarah. C’est par elle qu’arrivera la vengeance.

En tout cas, une atmosphère pleine de fantômes : Sarah qui hante Quinn autant que les tranchées de la Grande Guerre ; la mère de Quinn sur son lit de mort qui se demande si elle ne rêve pas en voyant son fils lui rendre visite en cachette (puisque son père veut toujours le tuer) car elle le croyait décédé, c’est la nouvelle qu’on lui avait portée : votre fils est mort à la guerre.

J’ai vraiment apprécié ce roman qui est tout en mystères. Chris Womersley n’en dit pas trop et laisse le lecteur écrire un peu de l’histoire : de Sadie on ne sait presque rien. Le rêve le plus fou de la gamine est de fuir en Angleterre avec Quinn car là-bas, « c’est plein d’arbres. Il y a des fées vêtues de fleurs. Elles sont partout, même si on ne peut pas les voir. Elles vivent sous les racines des arbres (…). Il y a des oiseaux qui se transforment en garçon ou en fille. Des cygnes, un corbeau appelé Salomon. La nuit ils font des fêtes. Toutes les fées viennent y danser et leur reine exauce les voeux ». Un Paradis perdu. Je vous laisse le soin de découvrir le livre pour savoir si Quinn et Sarah l’atteindront après tant de malheurs dans une Australie accablée par la mort.

Un écrivain australien  à découvrir.

 

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L’anneau de Claddagh tome 1 : Seamrog

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Nous sommes dans le Connemara en 1848. Keira est servante dans une « Big House » tenu par des Anglo-Irlandais. Sa mère y est cuisinière. Avant de mourir, la grand-mère de Keira a légué à celle-ci un bijou traditionnel dans la région : un anneau de Claddagh. Celui-ci a un pouvoir magique. C’est du moins ce qu’apprend le lecteur au début du roman. Keira évoque assez régulièrement la chaleur qui émane de lui. Surtout quand elle est en difficulté. L’anneau lui permet de communiquer (même si ce n’est pas vraiment le terme approprié!) avec sa grand-mère décédée, qu’elle appelle « mamina » – une surprise pour moi !
La famine tombe sur l’ouest de l’Irlande. Les Irlandais meurent de faim les uns après les autres. Keira vole de la nourriture pour aider ses amis, avec la complicité de sa mère. Elle tombe amoureuse d’Arthur, le fils du propriétaire du château. Un amour réciproque puisque le jeune homme fait tout ce qu’il peut pour reculer son départ pour Oxford où veut l’envoyer sa famille. Un amour inconcevable pour l’époque. D’autant qu’une jeune fille du même milieu qu’Arthur a des vues sur lui. Je n’en dis pas plus sur l’histoire, qui est plus intéressante qu’il n’y paraît au premier abord mais qui m’a fait acheter le livre avec un zeste de suspicion d’une romance à deux balles.

Pourtant j’ai été agréablement surprise par l’aspect documentaire de ce roman où l’on apprend beaucoup sur l’Irlande du temps de la Famine. Béatrice Nicodème agrémente son récit de termes gaéliques dont elle explique la signification et de références à l’histoire irlandaise qui permet de comprendre le contexte du roman, pour le néophyte en la matière, grâce à des appels de note.
Vous saurez tout également sur les traditions irlandaises, qu’elles soient culinaires ou festives.  Le colcannon, « le fameux ragoût de pommes de terre, de navets et de poireaux dans lequel on cachait [à All Hallow Eve= la veille de tous les saints] une pièce de monnaie ».
On apprend que « Samain, l’ancienne fête celtique décrétée païenne des siècles auparavant [est] remplacée désormais par All Hallow’s Eve ». Pourtant Keira a tenu à « respecter la coutume de Samain » : « La nuit de Samain, les Celtes éteignaient tous les feux pour se plonger dans l’obscurité, symbole de la mort, afin d’entrer en contact avec ceux qui avaient déjà franchi le grand passage ».
Un beau voyage pour le lecteur.

La seule chose que je reproche à ce livre jeunesse, c’est qu’à force de vouloir le rendre riche en documentation, on a l’impression que l’histoire en elle-même a été un peu négligée. Dans ce premier volume, on ne comprend pas le titre de la série parce que l’anneau n’est pas du tout au centre de l’intrigue. Et Seamrog, qu’est-ce que ça veut dire ? Je ne me rappelle pas avoir lu l’explication.

Si les personnages sont relativement fouillés, on trouve que Keira se tire un peu facilement des guêpiers dans lesquels elle se met. Elle vole mais tombe aussi dans un guet-apens monté par sa rivale et s’en sort sans aller en prison. Et il suffit qu’elle s’explique pour qu’on la croit et qu’on lui demande « juste » de partir. Même pas de case prison. Un peu étonnant pour l’époque : « J’ai longtemps apprécié vos services, Keira, reprit Lady Winterbottom. Je tenais à vous le dire malgré tout. C’est pourquoi je propose de reporter votre départ à la fin du mois de mars. Cela vous laisse un mois et demi pour vous retourner, et vous évitera de vous retrouver sans travail au coeur de l’hiver. Si vous faites preuve de bonne volonté, je ne dirais rien à Lord Winterbottom. Vous éviterez ainsi le pire, la honte et la prison. » Cela m’a vraiment surpris comme attitude mais en même temps, les personnages ne sont pas complètement manichéen, ce qui est appréciable. Mais quand même…
J’ai trouvé un peu facile aussi de faire disparaître Arthur de l’intrigue.

Malgré tout, cette histoire ménage un bon suspense même s’il y a quelques invraisemblances à mon goût et l’écriture est agréable.

Un roman que j’ai apprécié avant tout pour le côté documentaire et donc l’ambiance. Je lirai le tome 2 qui sort en mars parce que je suis curieuse de voir comment ça rebondit et avoir peut-être l’explication sur le titre de la série.

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Bonne année 2016 !

Pour la nouvelle année, j’offre au blog une nouvelle plateforme ici même, après 6 ans passés chez Canalblog. J’ai transféré la quasi-totalité de mes chroniques antérieures (en tout cas plus de 200).

En 2015, j’ai lu 59 livres et abandonné 4 ou 5. J’en ai 2 sous le coude, commencés cet été, mais pas terminés alors qu’ils sont plutôt positifs (Hortense et Queenie d’Andrea Lévy et Orgueil et préjugés de Vous-savez-qui). J’ai lu 2 livres non chroniqués juste parce que j’ai oublié (les choses se bousculent parfois trop en trop peu de temps et on oublie sa tête) : La distance entre nous de Maggie O’Farrell et Le retour de Cherokee Brown de Siobhan Curham, emprunté à la bibliothèque.

Pour parfaire tout ça, j’ai eu la chance de pouvoir me rendre au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, au Salon du livre de Paris, de rencontrer Paul Lynch (ma révélation irlandaise de l’année) interviewé par Robert McLiam Wilson en septembre au Centre culturel irlandais, puis d’écouter Edna O’Brien qui n’a rien perdu de sa verve ! De sacrés bons moments !
Cet été j’ai traversé la Manche et beaucoup marché pour visiter la maison des Brontë, la ville natale de Shakespeare. Je suis partie sur les traces du poète Wordsworth et de Ian Rankin.
En novembre, on m’a entraînée sur les traces de James Joyce à Dublin – avec des phoques en prime. 🙂

Pour inaugurer 2016 ; voici ce que j’ai prévu (lus ces deux derniers mois) : de la littérature australienne, anglaise, américaine, finlandaise et française.
Il y aura aussi le retour de Roddy Doyle avec Plus froid que le Pôle Nord (en février) et Joseph O’Connor (mais je n’en sais guère plus pour l’instant).

En tout cas, je vous souhaite une année douce et bercée de belles découvertes littéraires !

 

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