#Livre Paris ou comment se tirer une balle dans le pied

Comme l’an dernier et comme l’année d’avant j’ai demandé mon accréditation pour aller au salon du livre de Paris. « Accréditation » est un bien grand mot parce qu’en réalité c’est une demande d’entrée gratuite.
Eh bien, « l’équipe du Livre Paris » (ça a changé de nom, mais on ne peut pas dire que ça change grand chose !) me dit cordialement d’aller me rhabiller, pour parler poliment dans un charmant mail complètement impersonnel que nous sommes plusieurs blogueurs littéraires à avoir reçu (j’apprécie le terme « cordialement » complètement inapproprié et bien hypocrite, tout à fait à l’image du reste) :

« Cher(e) M***
Nous avons le regret de vous informer que votre dossier n° **** n’a pas été validé. Cependant, si vous le souhaitez, il vous sera possible d’accéder au Salon avec un tarif préférentiel (6€ au lieu de 12€). Présentez ce courriel à l’accueil Presse du Salon afin de de bénéficier du tarif préférentiel.

Pour toute question vous pouvez écrire à accreditationpresse@facondedepenser.com, en précisant votre n° de dossier.Cordialement,
L’équipe de Livre Paris »

On me propose de me pointer avec cette m***de à la caisse pour avoir une réduction. Je m’en vais dès que j’ai fini ce coup de gueule leur dire ma façondepenser, justement.
Je suis de la vieille école, je compte parfois encore en francs. Donc pour rentrer au salon du Livre Paris, il faut payer plein pot : 84 francs pour aller acheter des bouquins ! (ou 42 francs si on est étudiant ou blogueur-gros-lecteur sans amour propre)…
Je me demande vraiment si l’équipe de Livre Paris réfléchit 3 secondes à la politique qu’elle met en place et qui ne berne personne.
Je me demande si les organisateurs aiment vraiment les livres et les lecteurs !  Je pense plutôt qu’ils aiment uniquement le fric (et en avoir toujours plus)…
Faire rentrer le max de fric dans les caisses quitte à prendre les lecteurs pour des dindons de la farce. J’appelle ça se tirer une balle dans le pied par une politique basée sur une logique mercantile à outrance au lieu d’être avant tout une vraie manifestation culturelle dédiée à la promotion de la lecture :  pas de lecteurs, pas de salon (pour paraphraser le slogan des auteurs en colère : « pas d’auteurs, pas de livres »).
Le lecteur n’a pas besoin d’eux. On a même de moins en moins besoin d’eux pour rencontrer des écrivains, assister à des débats. Mon QG préféré depuis quelques temps, c’est d’ailleurs le Centre culturel irlandais de Paris qui organise de chouettes rencontres littéraires gratuites dont on ressort des étoiles plein les yeux. C’est aussi le Salon du livre et de la presse de jeunesse de Seine-Saint-Denis qui ne crache pas sur les blogueurs littéraires et leur donne une entrée gratis facilement et sans contrepartie. Certains sont mêmes invités pour l’organisation de débat (je l’ai vu cette année) pour faire part de leur expérience de lecteur etc. Une toute autre politique que celle de Livre Paris : un vraie politique culturelle.

Je lis entre 50 et 60 livres par an et je ne suis pas assez bête pour aller payer 12€ une entrée dans un salon du livre (ni même m’estimer très satisfaite qu’on fasse semblant de me faire une remise exceptionnelle à 6€).
Il y a deux ans, j’avais obtenu une accréditation sans problème. Cela fait maintenant deux ans que ce salon du livre se fout de notre gueule de lecteur.

EDIT du 12/03 : j’oubliais de préciser que côté association culturelle professionnelle, le tarif proposé par les organisateurs du salon est de 8,50€. Ce qui confirme ce que je dis plus haut.

Pas de lecteurs, pas de salon .

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Enael – tome 1 : L’appât – Helen Falconer

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Traduit par Marie Hermet

Enael vit dans un village de l’ouest de l’Irlande, dans la province du Connaught. Elle est une adolescente comme les autres (du moins le croit-elle), qui va au lycée, envoie des textos en rafale à ses copines, avec qui elle parle fringues et garçons. Un jour, elle découvre derrière un muret de pierres sèches un médaillon dans lequel elle se reconnaît bébé. Sur  ce médaillon est gravé le prénom « Eva ». C’est le prénom qu’il y a sur son état civil même si tout le monde l’a toujours appelée « Enael ». Elle est d’autant plus intriguée que toutes les photos de famille avec elle ont été perdues lors du déménagement de Dublin pour venir s’installer ici, à la campagne. Elle essaie le médaillon et a une vision d’elle avec sa meilleure amie, Carla, quand elles étaient enfants, jouant à suivre le chemin des fées, « une bande étroite où l’herbe était plus pâle » qui commence exactement de l’endroit où se trouve Enaël.
Un jour où elle se rend avec Carla à l’anniversaire d’une copine de bahut, Enael aperçoit  « une petite silhouette qui déval[e] la colline ». Puis plus rien. « Mais bientôt la petite silhouette réappar[ai]t. Arrivée en bas de la côte, elle travers[e] la tourbière pour se diriger vers la route, non sans difficultés. » Très vite, Enael est persuadée qu’il s’agit d’une petite fille et qu’elle est en danger. Elle se lance à son secours, convaincue qu’elle s’est réfugiée sous un bosquet d’aubépines…
Tout le monde se moquera d’elle parce qu’elle reviendra bredouille, écorchée et trempée de s’être jetée dans la mare naturelle cachée sous les aubépines… On lui dit qu’elle croit aux lutins, ce genre de choses…
Enael, s’aperçoit qu’elle développe des pouvoirs. Une nuit, elle est « réveillée par des petits doigts glacés sur son poignet »… Le début d’une aventure incroyable, dont son seul confident sera Shay Foley, le garçon taiseux par qui elle est attirée.

Deux gamins pas tout à fait comme les autres qui vont vous entraîner dans le monde de Tir na Nog : la terre de la Jeunesse Eternelle, l’un des Autres Mondes de la mythologie irlandaise.
Il y en a en effet plusieurs : « Sous l’océan, vers l’Ouest, se trouvent les îles saintes. Sous le Munster c’est la terre des morts. Mais sous le Mayo et le reste du Connaught, il y a la terre de la Jeunesse éternelle, Tir na Nog et c’est là que sont allées les fées ». Et  Lebor Gabala Erenn, le livre qui raconte les conquêtes d’Irlande est aussi celui dans lequel se trouve de la légende des fées (pour faire simple, parce que c’est compliqué !).

Je ne vais pas y aller par quatre chemins : j’ai absolument adoré ce roman fantasy, mais version fantasy intelligente, c’est-à-dire très bien documenté, tiré du vrai folklore irlandais et de la mythologie du pays tout en étant très divertissant et aussi très imaginatif.

Helen Falconer éblouit le lecteur par l’univers de couleurs, les personnages et créatures du monde de Tir na Nog. Elle envoûte avec un bon suspense, une pincée de romance sans faire dans le débile mais dans l’humour (le baiser qui fait décoller, ah! ah !). Elle ajoute un soupçon de mystère identitaire. Et nous voilà piégé jusqu’à la fin de l’histoire !

En même temps, nous sommes dans une Irlande réaliste et contemporaine : de quoi se méfier la prochaine fois qu’on se balade à la campagne… Selon votre vraie identité, il y a encore des passages accessibles pour rejoindre Tir na Nog, sachez-le !

Un roman qui familiarise avec la mythologie et le folklore irlandais. Et apprend quelques superstitions irlandaises aussi :
« Quand il était petit, sa grand-mère avait insisté pour qu’on accroche le tisonnier au-dessus de son berceau. Il fallait empêcher les fées de venir le voler, en y déposant à la place l’un des leurs, un changeling« , un enfant-fée.
Les fées emmènent les enfants et ils deviennent des sheogs dans Tir na Nog. Ces fées sont malfaisantes, ce sont les fameuses banshees qui « viennent des collines sacrées, (…) volent les nourrissons pour les vendre au diable, et elles laissent des bébés de l’enfer à la place. On les reconnaît très bien : ils sont roux comme l’incendie et ils ont le coeur mauvais ».
A Tir na Nog, les banshees adorent les sheogs : « de temps en temps, on en voit toute une charrette : ils vont se promener »  🙂

Vous croiserez aussi des lenanshees, les fées de l’amour, qui tuent à petit feu ceux qui ont un faible pour elles…
Le roman s’ouvre d’ailleurs sur la légende d’Oisin, et les personnages en parlent eux-mêmes : « Enael, tu te souviens de la légende d’Oisin ? C’était un héros de Fianna. Il a suivi la fée Niamh dans le Royaume de la Jeunesse Eternelle. Il pensait qu’il s’était absenté trois ans, mais quand il est revenu, des centaines d’années s’étaient écoulées. »  Un beau clin d’oeil !

Une manière originale d’aborder la quête d’identité, les secrets de famille, la perte d’un enfant, l’amour,la différence, qui sont aussi les thématiques sous-jacentes de l’intrigue.

Un livre magique et envoûtant dont j’attends la suite avec impatience ! Un roman qui plaira aux fans de l’Irlande, entre autres.

Pour l’anecdote : mon exemplaire est un miraculé : je l’ai sauvé de justesse de la poubelle dans laquelle il a été jeté par un voisin malfaisant qui l’a trouvé par erreur dans sa boîte aux lettres. Je soupçonne fortement cet abruti d’être un dullahan : un démon qui porte sa tête sous son bras, qui sent le vomi et le pourri (c’est sûr, ça n’aide pas à réfléchir quand on n’a pas la tête sur les épaules et de la pourriture à la place du cerveau !!). Je me demande comment cette créature est arrivée là, mais il reste des passages entre le monde de Tir na Nog et le nôtre…

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La campagne du Mayo et le mont sacré Croagh Patrick

Mille mercis à Flammarion Jeunesse .

 

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Rentrée littéraire hiver-printemps #2

Suite de quelques repérages…

Tout d’abord, résolution de l’énigme Joseph O’Connor que j’annonçais sans en savoir plus il y a quelques semaines et surtout sans savoir que j’allais… le rencontrer, lui serrer la main et me faire dédicacer le roman !!  Un grand merci au Centre culturel irlandais de Paris pour l’après-midi trop classe qu’il nous a offert, une fois de plus !
A vos agendas, car le roman Maintenant ou jamais sort officiellement le 3 mars, aux éditions Phébus

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Extrait de la présentation éditeur :  » Robbie et Fran se rencontrent au début des années 80 dans les couloirs d’une université de la périphérie londonnienne. De leur amitié naît l’idée d’un groupe que rejoignent rapidement les jumeaux Sean et Trez, The Ships in the Night. Portés par les excentricités de Fran, un tube planétaire et une tournée mythique en 1986, leur trajectoire météorique marquera l’histoire de la musique populaire de la décennie. »

On reste en Irlande avec le dernier Kate O’ Riordan (dont j’ai Pierres de Mémoire qui m’attend) avec La fin d’une imposture aux éditions Joëlle Losfeld, paru depuis le 15 février, repéré par « Lettres d’Irlande et d’ailleurs » (mais 4 voire 6 yeux valent mieux que 2 en matière de littérature irlandaise ! ) :

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Extrait de la présentation éditeur : « La vie de Rosalie et de Luke s’est délitée voici quelques mois après la révélation de l’adultère commis par Luke. Mais l’annonce de la mort de Rob, leur fils, lors d’un voyage en Thaïlande provoque un séisme familial. Les mois qui suivent sont un cauchemar dans lequel Rosalie doit apprendre à composer avec la perte de son fils, un contexte conjugal compliqué et aussi la dépression de Maddie, sa fille. Cette dernière se juge coupable de la mort de son frère mais refuse d’expliquer pourquoi à ses parents. Elle se lie avec un gang de filles particulièrement violentes. »

Un nouveau venu en France, Colin Barrett, Irlandais de 34 ans, avec Jeunes Loups, sorti aux éditions Rivages :

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Présentation éditeur : « Nés dans la violence, ces jeunes loups ont la rage au coeur. La petite ville d’Irlande où ils vivent leur promet un destin perdu d’avance. Mais ils résistent, apprennent à aimer, à fuir, à rêver de lumière. En sept nouvelles ciselées à la perfection, Colin Barrett s’impose en digne successeur de Raymond Carver ou de Ken Loach. Dans un monde sans horizon, la possibilité de l’inventer existe toujours, et l’écrivain est là pour saisir les pas de côté, les silences qui donnent à chaque homme et chaque femme traversant ce livre une force hors du commun. « 

Quand je ne suis pas en Irlande, je suis littérairement attirée par l’Islande et d’habitude, en février on a un nouvel opus des aventures d’Erlendur, ou de ses collègues. Mais cette année, il faudra attendre le 3 mars le retour d’Arnaldur Indridason, avec Le Lagon noir, aux éditions Métailié (damned !, ma lecture fétiche de vacances d’hiver va devenir une lecture de printemps !)

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Mais je vais pouvoir me rattraper avec un autre Islandais dont j’ai déjà  lu deux ou trois polars : Arni Thorarinsson, qui se débrouille très bien aussi avec son héros journaliste. Je ne sais pas si c’est une nouvelle aventure de ce personnage mais le titre m’intrigue : Le crime – histoire d’amour (ah ouais ?)
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Extrait de la présentation éditeur : « La nuit avant sa mort il n’a pas dormi beaucoup. A-t-il même dormi ? Est-ce que son rêve ne signifiait pas qu’il avait dormi ? Ou ce n’était pas un rêve ? Quand il s’est réveillé, la peur était toujours palpable. S’il s’est réveillé. S’il a effectivement dormi. Le cadavre n’était pas reconnaissable. En tout cas il ne pouvait pas l’identifier d’un simple coup d’oeil. » Avant ils étaient heureux, une famille heureuse, et puis ils l’avaient appris et leur vie était devenue un enfer. Ils ont tout caché, surtout pour leur fille, mais se sont engagés à lui parler le jour de ses 18 ans. « 

Côté thriller, j’ai, dans ma liseuse depuis un moment, l’histoire d’un jeune qui a un bout d’Iphone resté planté dans son cerveau suite à un accident : Iboy de Kevin Brooks. Je ne l’ai pas encore lu même si le sujet me fait sourire, mais saurai-je résister après celui-ci : Captifs, qui sort le 10 mars aux éditions Super 8 ?
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Extrait de la présentation éditeur : « Linus, 16 ans, se réveille un matin sur le sol d’un sinistre bunker souterrain. Sans eau, sans nourriture… et sans la moindre explication. Manifestement, il a été kidnappé. Pour quel motif ? Et qu’attend-on de lui ?
Les jours passent. D’autres détenus, n’ayant apparemment rien en commun, sont amenés par un ascenseur,. Une petite fille. Un vieil homme malade. Un toxicomane. Un autre homme, une autre femme. Capturés en pleine rue, comme lui. Nourris, désormais, constamment surveillés. Et incapables de comprendre ce qu’ils font en ce lieu.
Bientôt, et tandis que le temps commence à perdre sa réalité, une horrible vérité se fait jour. Il ne s’agit plus de sortir – c’est manifestement impossible. Il s’agit de survivre. Ensemble. Le plus longtemps possible. En espérant obtenir une réponse à la seule question qui vaille : Pourquoi ?  » 

Enfin, le visuel du dernier Sam Millar, Un sale hiver, à paraître le 7 avril au éditions du Seuil est enfin dévoilé. Affaire à suivre….
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Je vais parler festival littéraire pour terminer avec « Le Marathon des mots«  à Toulouse qui consacre 4 jours, du 6 au 9 avril, à la littérature et au théâtre irlandais. Avec du beau monde, du très beau monde. Si vous voulez rencontrer Paul Lynch, Joseph O’Connor, Eimear McBride, Claire Keegan, Darragh McKeon et d’autres, et que vous êtes dans le coin, c’est le moment ! Chanceux Toulousains !!
Je déplore juste que Toulouse soit si loin, (Londres et Dublin sont plus plus accessibles pour moi alors qu’aller à Toulouse revient à partir en Australie ou presque),  et que cette programmation ait lieu en semaine (ben oui, quoi…, snif !!).

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L’homme provisoire – Sebastian Barry

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Traduit par Florence Lévy-Paolini

Nous sommes à la fin des années 50, non pas en Irlande, mais au Ghana, ex-Côte de l’Or, premier pays à avoir gagné son indépendance. Jack McNulty, tour à tour, officier dans l’armée britannique,  ingénieur des colonies,  et observateur à l’ONU tente d’écrire l’histoire de sa vie. Il est Irlandais de Sligo, frère d’Eneas McNulty. Dans les années 20, à 19 ans, il est tombé éperdument amoureux de Mai, une jeune femme qui est tout son contraire : elle possède un caractère bien trempé, de l’audace, est issue d’une classe sociale favorisée, passionnée, exerce le métier d’enseignante en Grande-Bretagne (mais revient souvent à Sligo où elle rencontre Jack) et a la réputation d’être la plus belle femme du coin. Jack est banal, timide, s’est engagé dans l’armée faute de savoir vraiment quoi faire d’autre mais il ne sait pas encore que cela va ruiner sa vie. Un peu comme par miracle, Mai accepte la demande en mariage de Jack,  lâche son travail pour le suivre en Côte de l’Or. Le début de la fin.

Mon quatrième rendez-vous avec Sebastian Barry dont je dévore à chaque fois la prose majestueuse, triste, mélancolique, poétique. Après Un long long chemin tellement magnifique, On Canaan’s Side (lu en VO, ça m’arrive parfois!), et Le Testament caché à qui je dois ma sélection comme jurée du Grand Prix des Lectrices de Elle en 2011, je me suis embarquée dans ce roman, qui était dans ma Pile irlandaise depuis sa sortie, mais dont le titre, finalement, parce qu’il me laissait perplexe, a fait que je ne me suis pas jetée dessus tout de suite (c’est étrange parfois la réaction qu’on peut avoir face à trois mots !).

Le récit promène sans cesse le lecteur : des années 20 en Irlande, aux années 50 au Ghana, suit la courbe des pensées pas toujours claires de Jack, qui essaie d’analyser son mariage et sa vie gâchée, abandonné, avec comme seul compagnon son majordome Tom et… le whisky. Il faut donc être quand même assez concentré dans sa lecture ! Mais si le début a été un peu rude pour moi, surtout qu’on échappe de justesse à une noyade en pleine mer pendant la Seconde Guerre mondiale, où le bateau de Jack est torpillé par l’ennemi, on refait rapidement surface, embarqué par la prose délicieuse de Sebastian Barry.

L’écrivain nous fait assister au naufrage du couple Jack-Mai, noyé non pas par la mer, mais par l’irruption de la guerre et de l’alcool dans leur couple, auquel s’ajoute la perte d’un enfant : Mai va toucher la folie du bout des doigts, Jack ruiner le foyer tout en étant quasiment absent tout le temps, à cause de son engagement (d’où le titre !), mais cela ne l’empêche pas de s’endetter et de se battre tout ivrogne qu’il est devenu, sans même s’en rendre compte. Quand il aura conscience de sa déviance et de celle de son épouse, c’est trop tard. Averti pourtant à plusieurs reprises par la meilleure amie de Mai du comportement inquiétant de cette dernière, il n’aura rien fait. Juste mis à l’abri ses deux filles, devenues grandes avant qu’il ait le temps de s’en apercevoir puisqu’il est absent. La maladie fera le reste…

On pourrait détester ce couple et pourtant on a plutôt de l’empathie pour lui, voire de la pitié. On croise le destin d’autres personnages de la famille McNulty, en particulier celui de Roseanne dont l’histoire est contée dans Le testament caché et on se rend compte que Jack ne sait rien de la vérité la concernant. Il n’arrête pas de plaindre son cousin, le « pauvre Tom », époux de Roseanne. J’en ai voulu à Jack, en me disant : « Mon coco, si tu savais ! » 🙂

Il est assez difficile de résumer les histoires de Sebastian Barry, toujours assez denses, et encore plus quand on a déjà lu ses romans précédents où certains personnages des histoires précédentes, font très fugacement irruption dans l’histoire qu’on est en train de lire et qu’on essaie de se souvenir l’histoire de chacun !

J’ai été surprise d’être propulsée au Ghana, apprécié d’en apprendre un peu davantage sur l’histoire de ce pays, (en lisant de la littérature irlandaise !), de suffoquer sous son climat, puis de repartir me rafraîchir dans le comté de Sligo, en particulier le jour d’une tempête de neige historique et magnifiquement décrite.

Sebastian Barry n’a pas son pareil pour narrer les drames, tout en poésie, mélancolie, le genre de prose qui vous laisse les larmes aux yeux (sans toutefois être dénué, parfois, une pointe fugace d’humour).

Quelques extraits qui évoquent mieux le roman que tout mon bla-bla maladroit :

« J’imagine que vous vous êtes fait une couleur ? dit-elle en regardant mes cheveux roux. Et puis, qui êtes vous ? Partout où je vais, j’ai l’impression que vous surgissez comme un diable qui sort de sa boîte » (Même pas peur, Mai !)

« Hier soir, j’ai de nouveau prêté ma moto Indian à Tom Quaye parvce qu’il allait danser à Osu. Il vit dans une petite cabane en tôle quelque part derrière les palmiers, à peine à une minute d’ici. Il portait un costume tellement chic que les gens vivant à l’ouest du Shannon en auraient été stupéfaits. »

« Que cette terreur galopait dans ses veines comme un rat et lui ôtait tout semblant de sérénité ou de plaisir. Que dans sa tête, sa tête elle-même, la douleur pesait comme un seau rempli de poison. Ensuite, après quelques gins de plus, lentement, lentement, tout devint de ma faute et, au milieu de la nuit, elle me lança à la tête la vieille horloge murale, puis elle lança le chat, n’ayant rien d’autre sous la main, et je bus jusqu’à l’hébétement, et le matin, après m’être réveillé seul au salon, je m’aventurai dans l’entrée où je trouvais Ursula au pied de l’escalier, considérant sa mère inconsciente là où elle était tombée, à un moment indéterminé des heures perdues de la nuit, ni un ange tombé du ciel ni un démon jailli de l’enfer, mais un être humain tourmenté. »

« J’aimerais mieux connaître les rouages du monde relatifs aux émotions. Je pense pouvoir dire sans risque que je suis capable de construire un pont au-dessus de n’importe quelle rivière, je sais tenir compte des courants probables, même pendant la saison des pluies, je connais les contraintes sur le métal et la pierre, aucun pont construit par mes soins ne sera jamais emporté ni ne s’écroulera sous un poids excessif. Je ne suis toutefois pas certain de pouvoir dire la même chose de mon coeur ou du coeur de qui que ce soit. »

Il me reste  lire Annie Dunne et Les tribulations d’Eneas McNulty pour être tout à fait au point sur l’histoire de famille.

En tout cas, j’ai toujours autant de plaisir à retrouver la plume de Sebastian Barry que tout fan de littérature irlandaise se doit de lire !

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Mentine tome 3 : Pas de cadeau ! – Jo Witek

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Illustré par Margaux Motin

Rappelez-vous : Mentine est surdouée. Cherchant à tout prix à trouver une place parmi les autres gamins de son âge, elle commet mille et une frasques. Dans le premier volume de ses aventures, ses parents, exaspérés par ses mauvaises notes volontaires, l’envoient s’aérer les neurones dans le Larzac, d’où elle sortira grandie dans sa tête, grâce à un vieux fermier au grand coeur mais bien plus têtu qu’elle ! N’empêche, dans le deuxième tome, elle se trouve confrontée au rejet de ses camarades de classe par une manigance de sa meilleure amie qui la trahie. Exclue de son établissement, elle est exilée en Suisse dans une école pour intellectuels précoce. Elle se rend alors compte que sa seule vraie amie est la plus affable et la plus discrète de ses copines : Johanna.
Nous voici au troisième opus des aventures de Mentine, qui décide cette fois-ci de s’occuper à 10 000% de Johanna, une manière de rendre hommage au soutien qu’elle lui a témoignée quand elle en avait besoin. En réfléchissant, Mentine se rend compte qu’elle ne sait rien de cette discrète Johanna : elle ne sait pas où elle habite, elle ne parle jamais de sa famille ni de sa vie privée. Mentine parvient à se faire inviter chez Johanna. Elle découvre alors un autre univers : celui de la citée, des gens qui triment, une famille nombreuse mais surtout le talent fou de son amie pour la musique flamenca. Dès qu’elle prend la guitare que lui a légué son papi Paco, la grisaille de la cité s’efface et laisse place au soleil andalou. Mais un instant d’étourderie et c’est le drame : envolée la guitare magique de pépé Paco !
Mentine, subjuguée par le talent de son amie, décide que celle-ci doit se présenter au concours d’entrée d’une école de flamenca de renommée internationale. Reste le problème la guitare. Là aussi, Mentine a la solution…. quitte à passer du côté obscur et devenir une cyberdélinquante.

J’en ai trop dit mais on ne s’ennuie pas trois secondes dans ces nouvelles aventures de Mentine, on est souvent surpris par l’esprit d’inventivité de cette gamine et de sa créatrice…
Alors quand j’ai vu déboulé les Restos du Coeur au milieu du roman, j’avoue que j’en suis restée « baba ». En effet, pour réparer sa bêtise, centre de l’intrigue (donc je ne vais pas dire ce qu’elle a fait), ses parents décident d’envoyer Mentine prêter main forte aux bénévoles des Restos.

Jo Witek confronte sa jeune héroïne issue d’un milieu aisé au milieu populaire auquel appartient Johanna. Pourtant, pour ne pas rester dans le cliché, elle traîne la gamine dans les Restos de Coluche où les gens qui les fréquentent ne sont pas toujours forcément ceux qu’on croit. Il y a de tout : des gens bien habillés, des gros durs, des petits mous (LOL!),  des Blancs, des Blacks, des Beurs et aussi des jamais-contents. « La pauvreté n’avait pas de visage. Le manque non plus. La galère non plus. »

L’occasion de fréquenter les bénévoles des Restaus permet à Mentine de découvrir ce qui les motive : aider les autres, c’est un moyen d’être reconnu, de se réaliser dans un monde qui laisse peu de place à l’individu. Une des bénévoles a même fait partie du monde des Lettres. « C’est comme ça que les gens devraient aborder la vie, travailler avec le sentiment de faire quelque chose d’utile pour la société. Malheureusement, la plupart du temps, on subit. C’est ça le monde d’aujourd’hui, les gens ne font plus ce qu’ils aiment ou savent faire, ils vont au boulot, au taf comme ils disent, en soupirant et la tête dans les chaussettes. C’est d’un triste. »

J’ai lu ce roman ado avec beaucoup de plaisir. Mais je m’attendais à un « crime » cyberdélinquant beaucoup plus grave puisque Mentine en parle elle-même en ces termes : « Une bombe. Un missile. L’entrée directe dans la délinquance, et tout cela depuis ma chambre. Encore un nouveau truc de la génération des Digital Natives : on peut tout bousiller sans mettre les pieds dehors. Sa vie, celle des autres, l’économie mondiale. » Quand le lecteur découvre enfin ce qu’elle a fait, (certes pas bien du tout), ça prête à rire ! La sanction est un peu too much. Mais bon, c’est l’occasion de confronter des univers sociaux différents dans un roman ado et de faire tomber les préjugés.

Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour ce troisième volume.

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U4 : Koridwen – Yves Grevet

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Koridwen vit dans le nord du Finistère, pas loin de Morlaix. Tout son hameau a été décimé par un virus : U4 (Utrecht, comme la ville des Pays-Bas et 4 pour 4e génération). Ce virus a déjà décimé 90% de la population mondiale. Il semble épargner les adolescents. Sur un jeu vidéo en ligne auquel s’adonnait Koridwen avant que le serveur du jeu ne se déconnecte, un certain Khronos avait posté un étrange message, laissant présager qu’il connait le moyen de remonter le temps pour changer le cours des choses. Il faut pour cela se rendre sous la plus vieille horloge de Paris, le 24 décembre.  Le jour de ses quinze ans, Koridwen, parce qu’elle se sent menacée dans son hameau fantôme où font irruption des bandes de jeunes pas franchement bien intentionnés, décide de tracer la route vers Paris, en tracteur (seul moyen de locomotion possible). Sa seule compagnie : son cousin Max, handicapé mental.

Au dernier Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, j’ai été impressionnée par la foule qui se massait autour des quatre auteurs de cette série française. Je trouvais les couvertures des livres sympas et Lady Double H de Lettres d’Irlande et d’ailleurs a fini de me tenter…

Quatre livres que l’on peut lire dans l’ordre que l’on veut sans être perturbé. J’ai choisi Koridwen parce que ça se passe dans le Finistère et que le Finistère, du moins le sud, ce n’est pas tout à fait rien pour moi : des souvenirs d’enfance trop classes, des Bigoudènes avec des coiffes en tuyau de poêle, de l’iode, du vent à décorner les boeufs, des vagues de 10 mètres qui vous font boire la tasse et perdre votre maillot de bain, des bancs de sable, du courant à se perdre, des « tape-culs » (désolée, je ne connais pas le nom scientifique de ces crustacés qui sont à mi-chemin entre la langoustine et le crabe), du biniou qui vous casse les oreilles, des virées en vélo, une pharmacie-bar, et la poissonnière du village qui a son étalage qui fout le camp parce qu’il est encore vivant…

Voilà pour l’anecdote. Alors une dystopie bretonne, je voulais voir ce que ça donnait. Et je n’avais jamais lu Yves Grevet, que je sais instituteur.

Koridwen avait une grand-mère qu’on disait un peu sorcière, elle avait pouvoir de guérison à partir de recettes « magiques », contenues dans un livre qu’elle lègue à Koridwen : il avait été dit que le jour de ses quinze ans, Koridwen aurait l’autorisation de d’ouvrir une mystérieuse enveloppe, celle qui lui révélera l’existence de ce livre de remèdes. Une sorte de talisman qui protègera la jeune fille dans le long périple semé d’embûches qui l’attend pour tenter de changer le cours des choses… Et aussi une comptine bretonne, Ar Rannoù, qui livrera au fur et à mesure des indices à la jeune héroïne. (Ar Rannoù est « le premier texte du Barzaz Breiz, un ouvrage où sont réunis les chants traditionnels bretons » et qui date de 1848. C’est un « dialogue entre un druide et son élève » et « il a été transmis oralement dans un dialecte de Cornouaille ».)

Tout cet aspect, avec le folklore breton, j’ai accroché. Mais hélas, il n’est qu’une toile de fond de l’histoire. Pour le reste, c’est-à-dire la dystopie à proprement parler, je n’ai pas du tout adhéré. J’ai trouvé ça trop désespérant : comment un monde dont les seuls survivants sont des adolescents (et quelques adultes transformés en miliciens chargés de les regrouper dans des camps pour les priver de leur liberté) peut-il être aussi noir ? Une histoire blindée d’armes et d’ado malfaisants, alors qu’ils sont des survivants, trop peu de solidarité entre eux. Des personnages agressifs et sombres, un monde où règne la loi du plus fort. Paris noire, avec ses souterrains ferrés squattés par des bandes, sa « Dalle » du 13e guère mieux lotie. Dans ma tête tout se passait de nuit. Tout ça a fini par m’ennuyer au point que j’ai eu du mal à terminer le roman.
J’ai aussi eu du mal à adhérer au style d’Yves Grevet :
« Je marche devant. Les rues sont redevenues complètement vides et calmes. Nous rejoignons le square en quelques minutes. Je les fais descendre dans les égouts. Aucun d’eux ne semble surpris ni n’exprime de réserves. L’ont-il déjà fait ? Nous progressons dans une quasi-obscurité sous le regard indifférent de quelques rats placides. Mon répulsif ouvre le chemin. J’utilise pour la première fois notre tunnel qui débouche dans le cimetière. »
Trop plat à mon goût, ça manque de piment dans le descriptif (mais ce n’est que mon avis). Et de suspense aussi (pas de coup de théâtre fracassant).

J’ai terminé ce roman ado il y a plus d’un mois et à vrai dire, je n’en garde pas de souvenirs impérissables. La dystopie, ce n’est finalement peut-être pas mon truc. Ou alors, il me faut davantage d’espoir dans la noirceur. Et un peu d’humour (noir) aussi.

Voir l’avis de Lady DoubleH sur Stephane.

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Plus froid que le Pôle Nord – Roddy Doyle

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Traduit par Marie Hermet

Johnny, Tom et Erin vivent avec leur père, Frank, à Dublin et avec Sandra qui est la mère des garçons et la belle-mère d’Erin. Cette dernière, petite fille sage, est devenue une adolescente à fleur de peau, une vraie terroriste qui saccage l’ambiance de toute la maisonnée. Lors d’une ultime scène, Frank suggère à Sandra de partir en vacances avec Tom et Johnny. Erin n’est pas orpheline : sa mère a quitté le foyer quand elle était plus jeune, elle vit à New York mais de prend jamais de nouvelles de sa fille. Si Sandra refuse de partir en vacances avec ses fils, elle change d’avis le jour où elle apprend que l’ex-épouse de Frank va rentrer voir sa fille. Et hop, c’est parti pour un séjour en Laponie, dans le nord de la Finlande, avec neige, huskies, traîneaux et froid au programme. De quoi faire baisser la tension, prendre de la distance pour éviter l’explosion.

A chaque parution d’un nouveau Roddy Doyle, je suis impatiente mais un roman « nordique » écrit par un Irlandais, rien de tel pour susciter encore davantage ma curiosité !

J’ai donc pris l’avion avec Sandra, Tom et Johnny. On a été accueillis par notre guide Aki, emmenés dans la campagne enneigée de Finlande et on a fait du traineau à chiens avec une bande de huskies et leur maître, Kalle ! On avait les doigts gelés, de la neige presque par-dessus la tête, on ne voyait souvent rien, ça « caillait » vraiment. Et ça s’est mis à faire encore plus froid quand on a perdu Sandra :  les garçons se sont mis à frissonner, de froid, mais au froid s’est ajouté la peur. Il faut dire que la nature finlandaise est propice à vous débrider l’imagination :
« Ce n’était pas le noir qui lui faisait peur, c’était  ce qui pouvait se trouver dans le noir. Ce qui l’attendait, caché. Des trous, des rats, des doigts crochus, des crocs. »
C’est alors le début d’un roman d’aventures au suspense intenable. Jusqu’à la dernière page, on se demande si la fin va être heureuse. Ou pas. L’angoisse vous saisi à la gorge…

On est loin de la maison de Dublin, mais pas tout à fait : Roddy Doyle nous y fait revenir régulièrement par le jeu d’un récit parallèle qui raconte les retrouvailles entre Erin et sa mère. Là aussi, tout n’est pas joué d’avance. Il y a de la rage et des larmes. Des explications, des choses pas faciles à avouer ni à pardonner.

Un roman très visuel et « sonore », où Roddy Doyle insiste particulièrement sur ce que les personnages voient : sur les yeux extraordinaires des huskies de Sibérie (les premiers mots que l’on lit c’est d’ailleurs « les yeux »), sur chaque virage de traîneau dans la neige, chaque branche d’arbres… Le lecteur est vraiment immergé dans l’ambiance glacée :

« Tom entendait les arbres respirer. Il en était sûr. Il sentait aussi leurs doigts. Les chiens allaient au pas maintenant, et Tom sentait les aiguilles et les branches basses des pins lui griffer les manches et le bonnet, comme si les arbres essayaient de l’attirer (…). Il y avait des serpents en Finlande. Il y avait des loups. Et il y avait des ours. »

Et puis il y a un cri de « guerre », dans cette histoire un cri pour vaincre, utilisé par les garçons pour retrouver leur mère :
« – Les grands espaaaaaaces !
Ils criaient dans l’obscurité, mais aucun son ne leur revenait. (…)
– Les grands espaaaaaaces !
Rien.
– Les grands espaaaaaaces ! »
(Après le « géniaaal ! » des gamins de Dublin dans A la poursuite du Grand Chien Noir, ça m’a fait rire !! 🙂 )
Et il y a les huskies de Sibérie dont Roddy Doyle s’attache à décrire tant la beauté que le comportement de chien de meutes. Des héros à part entière qui occupent autant de place dans l’histoire que les humains.

J’ai découvert ici Roddy Doyle auteur de roman des grands espaces. Un livre d’aventures dans une nature sauvage et glacée, avec en toile de fond le thème de la famille recomposée. Un écho  aux sentiments compliqués des personnages d’où chaque protagoniste sortira transformé.

« On se marie, dit sa mère. On a des enfants, un enfant. On était quelqu’un, et on devient quelqu’un d’autre. »

Et toujours le style inimitable de Roddy, qui adore faire du ping-pong avec les mots (bravo à la traductrice !). Et l’humour aussi :

« Il aimait tout de Sandra. Il aimait sa manière de tousser quand elle avait avalé un bonbon de travers au milieu d’une chanson d’amour. » 🙂

« Leur mère leur avait dit que s’ils trouvaient un chien capable de préparer le dîner, elle les laisserait le garder. «  🙂

J’ai A-DO-RE !!  Pour le suspense, pour les huskies de Sibérie, pour la nature sauvage, pour la thématique abordée de manière originale. Le genre de livre dont on ne veut pas qu’il finisse. Une vraie bouffée d’oxygène, une lecture dépaysante, un sacré voyage en Finlande !
Pour finir, j’ai quand même un petit faible pour la couverture d’une édition V.O. …

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Merci aux éditions Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce livre.
Excellente pioche !

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Un ciel rouge, le matin – Paul Lynch

 

9782226256072gTraduit par Marina Boraso

Ma deuxième rencontre littéraire avec Paul Lynch, dont j’ai fait la connaissance avec son deuxième roman, le sublime La neige noire. Je me suis procuré Un ciel rouge, le matin dès sa sortie, mais, contrairement à La neige noire,  je ne me suis pas jetée dessus tout de suite, et le problème c’est qu’ensuite on en a trop parlé ! Quand tout le monde parle trop d’un livre, en quelque sorte ça m’en dégoûte. Je sais, c’est un peu étrange, mais j’ai l’esprit de contradiction ! Heureusement, La neige noire et la rencontre organisée par le Centre culturel irlandais en septembre dernier m’ont permis de ne pas passer à côté de cet écrivain de génie.

Que dire donc, sur ce roman dont tout le monde a déjà parlé ? Il y a pourtant matière à moudre parce que Paul Lynch n’est pas un auteur de roman à la sauce Harlequin, mais un écrivain complexe, dense, mais surtout un fabuleux conteur !!  Il prend à contrepied les postmodernistes, obsédés par leurs théories littéraires sur le roman au point d’en oublier le contenu. Pour Lynch, l’histoire est primordiale (pour faire court : ce n’est pas Joyce – ou plus proche de nous, Eimear McBride) .

Notre homme est journaliste à Dublin (du moins il l’était avant que la crise fasse fermer boutique au journal pour lequel il travaillait et qu’il se consacre entièrement à l’écriture de ses romans). C’est un fait divers américain mis à jour par des chercheurs qui lui a donné l’idée d’écrire Un ciel rouge, le matin : les corps de 57 ouvriers irlandais qui travaillaient à la construction du chemin de fer de Pennsylvanie en 1832 ont été exhumés d’une tranchée. A l’époque, l’affaire avait été étouffée. Ils venaient tous de la péninsule d’Inishowen, dans le Donegal. De quoi débrider l’imagination déjà féconde de Paul Lynch, originaire qui plus est de ce comté irlandais !

Coll Coyle (quel nom !) un jeune métayer et sa famille vont être expulsés de la terre qu’ils exploitent. Coyle décide d’aller parlementer avec le fils du propriétaire, mais le tue accidentellement sur un coup de folie. Un acte malheureux de quelques secondes, qui va ébranler la vie de Coll à tout jamais. Il lui faudra fuir pour sauver sa peau, mise à prix par Faller, le contremaître qui doit sa légende à sa cruauté : on dit qu’il a torturé un cheval en lui attachant la langue avec une corde et tiré jusqu’à ce qu’il l’arrache à la racine… C’est une cavalcade au trip galop qui va mener le lecteur du far west irlandais qu’est le Donegal à la conquête de l’ouest américain.

Un roman très visuel, quasi cinématographique, où la nature occupe une place majeure, où chaque geste, chaque pas, chaque bruit, chaque silence, chaque animal, chaque lumière, chaque ombre, est décrit avec une précision presque obsessionnelle.
L’incipit donne le ton : « D’abord il n’y a que du noir dans le ciel, et ensuite vient le sang, la brèche de lumière matinale à l’extrémité du monde. Cette rougeur qui se répand fait pâlir la clarté des étoiles, les collines émergent de l’ombre et les nuages prennent consistance. La première averse de la journée descend d’un ciel taciturne et tire une mélodie de la terre. Les arbres se dépouillent de leur vêture d’obscurité, ils s’étirent, leurs doigts feuillus frémissant sous le vent, des flèches de lumière se propagent ici et là, cramoisies puis dorées. La pluie s’arrête, il entend les oiseaux s’éveiller. Ils clignent des yeux en secouant la tête, éparpillent leurs chants à travers le ciel. La vieille terre frissonnante se tourne lentement vers le soleil levant. » Comment ne pas être subjugué par tant de poésie  ? Moi je fonds ! Il y a du Proust chez Lynch !
« Coyle est assis, il écoute le matin. La rumeur sourde du vent, le bruit qui s’échappe du mur de pierre, plein d’une rage farouche et bourdonnante. Il cherche d’où vient le son, penché sur le mur, et découvre un creux obturé par le tissage d’une araignée, ses fils humides de rosée que la lumière argente. Une mouche s’y débat, empêtrée dans la toile piégeuse. »

La poésie est dans chaque page. Pourtant cette histoire est d’une violence et d’une noirceur inouïes. C’est bien le paradoxe de la prose de Paul Lynch. Ecrire un drame (parce que l’histoire est tout sauf quelque chose de rose, gai et réjouissant) avec tant de poésie et de lyrisme. On se laisse embobiner et on ne décroche plus jusqu’au dernier mot. On souffre avec les ouvriers du rail que rejoint Coll, menés d’une main de fer par un Irlandais qui leur promet le Paradis mais c’est juste l’Enfer :
« Le soir, ils redescendaient au campement, laissant derrière eux la blessure béante de la terre creusée, ils arrivent affamés et le corps perclus de douleurs, mangent près du feu dans des gamelles en fer-blanc et s’abreuvent de whisky. »
Très souvent la prose s’emballe : ça tire, ça flingue, les cadavres sanglants s’amoncellent. Il y a d’ailleurs beaucoup de sang versé, beaucoup plus que dans La neige noire, et un peu trop pour moi. Parfois on ne sait plus trop qui fait quoi quand ça se bagarre, je m’y suis parfois perdue, mais finalement peu importe.

Paul Lynch n’est pas un joyeux luron quand il écrit ses romans, ça c’est clair ! 🙂 Mais quelle plume et quelle histoire ! Un petit bout de l’Histoire des Etats-Unis aussi  avec la conquête de l’Ouest, la construction du chemin de fer par épidémie de choléra qui décimera la population. Il y a plein de « méchants » tout moches et tout.

Avec Paul Lynch dark is dark mais c’est très beau ! Un bel hommage aux victimes du mystérieux assassinat de 1832. A lire absolument !
Il ne me reste plus qu’à guetter la sortie de son prochain livre…

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Finbar’s Hotel

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Traduit par Florence Lévy-Paolini

Ma trouvaille du mois, au détour d’une librairie parisienne qui vend des livres d’occasion ! Et quelle trouvaille ! 🙂 Je savais que ce roman existait, mais voilà, il y a tellement à lire que parfois on relègue à plus tard. Jusqu’au jour où, en plus, on fait l’affaire du siècle (même que le prix est encore écrit en francs : édition collector ! ) Merci donc au charmant inconnu qui s’est débarrassé de son bouquin et qui a fait une heureuse, à savoir : môa ! (parce qu’en plus il y a une dédicace qui me donne un indice sur son ex-proprio). Voilà pour l’anecdote. Mais le meilleur est ailleurs.

Ce roman a été publié en Irlande en 1997 et publié en France deux ans plus tard. Dermot Bolger a eu une idée de génie : un roman à 7 mains écrit par la crème de la littérature irlandaise contemporaine : Roddy Doyle, Anne Enright, Hugo Hamilton, Jennifer Johnston, Joseph O’Connor, Colm Toibin (et lui). Dermot les a enfermés tous les six avec lui dans le Finbar’s Hotel.

La quatrième de couverture explique que « dans les années 20 le Finbar’s Hotel à Dublin abritait derrière une façade respectueuse les rencontres furtives entre prostituées, membres du clergé et politiciens. »
1236_1031332266908967_7872654287560787673_n(de gauche à droite, on reconnait : Joseph O’Connor, Anne Enright, Colm Toibin, Dermot Bolger, Roddy Doyle, Jennifer Johnston et Hugo Hamiton : ne sont-ils pas mignons ? 🙂 )

L’hôtel va fermer définitivement ses portes.
Grâce à nos écrivains à la plume bien trempée, le lecteur va rencontrer foule de personnages, dont chacun occupe la scène à tour de rôle, dans les sept chapitres qui composent le roman et les sept chambres de l’hôtel. L’exercice était un peu risqué, on aurait pu craindre une sorte de « catalogue » : un roman avec des chapitres mal accordés, un manque de lien et de liant dans l’histoire. C’est tout le contraire : un roman dont les chapitres sont différents dans le ton et dans le style, où les personnages ne sont pas les mêmes, mais où l’on (re)croise chacun des occupants de cet hôtel plein de vie derrière sa façade morne au bord de la rivière Liffey. Mais à chaque fois perçu sous un angle différent. Un roman-kaléïdoscope en somme. La novella chère à la littérature irlandaise s’en donne à coeur joie tout en donnant une impression d’unité comme si le livre était l’oeuvre d’un seul auteur.

Et, cerise sur le gâteau, Dermot Bolger et son éditrice française, Joëlle Losfeld, gardent volontairement le secret sur les auteurs respectifs des chapitres. Un jeu de devinettes d’enfer pour les fans de littérature irlandaise comme moi !!

Dans cet hôtel, on croise des personnages aussi hétéroclites qu’un gangster, une femme mourante, deux soeurs, un homme qui a décidé de zigouiller le chat de sa copine; l’héritier des propriétaires ancestraux de l’hôtel, un pauvre gars déprimé et en mal de sensation qui rentrera chez lui avec des histoires à raconter…

Le roman est tour à tour drôle, triste, sérieux, fantasque, et parfois tout ça à la fois. Je me suis éclatée avec cette lecture, vous l’aurez compris !

Evidemment, je me suis amusée à essayer de deviner qui a écrit quoi (même avant d’avoir lu le message de l’édition française, j’étais déjà invitée à le faire un jour de pluie, mais il a pas plu et je l’ai quand même fait 🙂 )

Voici donc mes pronostics et deux spoilers (mais je garderai le secret) !
1. Une virée à Dublin = Roddy Doyle
(parce que je ne vois pas qui d’autres peut écrire : « A la maison il mettait toujours un tee-shirt pour aller de la chambre aux chiottes au milieu de la nuit, au cas où un inconnu l’attendrait sur le palier pour le regarder » et mettre en scène un personnage obsédé par les minibars) ;
2. Pieux mensonges = Jennifer Johnston
(Pour le regard sur le passé
« Le vin avait le goût du heavy metal. Il rappelait à Rose l’époque de son extrême jeunesse, les bouteilles de gros rouge algérien capables de vous rendre aveugle ou handicapé pour le restant de vos jours »)
3. Animaux interdits = Hugo Hamilton
(quand on a lu Déjanté, on connait l’humour d’Hugo, du genre, « Céline Dion se mit à se secouer les amygdales comme des chiffons sur le ghetto-blaster ». On sait qu’il peut écrire ça.
4. La nuit du directeur = Dermot Bolger
(j’ai pensé que c’était lui le boss pour ce roman, et puis j’avais dans la tête le titre de La musique du père, que je n’ai pas lu)
5. L’examen = Joseph O’Connor
(l’absolue certitude pour qui a lu Inishowen ! tout en me disant que Jojo aimait bien les fausses religieuses mourantes qui font perdre la tête aux hommes en leur racontant des sornettes).
6. Une vieille femme = Anne Enright
(par déduction, car je ne l’ai jamais lue)
7. Portrait d’une dame = Colm Toibin
(parce que Colm Toibin aime bien les histoires de gangsters)

Et vous, si vous avez lu le livre, à qui attribuez-vous les chapitres ?

Un roman où l’on s’amuse comme jamais ! Et il y a une suite : youpi ! 🙂

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Les vies multiples d’Amory Clay

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Traduit par Isabelle Perrin

Extrait de la 4e de couverture : « Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la très jeune Amory Clay se voit offrir par son oncle Greville un appareil photo et quelques conseils rudimentaires pour s’en servir. Elle ignore alors que c’est le déclencheur d’une passion qui façonnera irrévocablement sa vie future. »

Quand j’ai lu ces lignes, ça a fait « clic » dans mon esprit. J’adore la photo, en regarder, en faire, etc. L’exposition « Qui a peur des femmes photographes ? » qui se tient à l’Orangerie et au musée d’Orsay a fait le reste et façonné un horizon d’attente bien précis de ce livre. De plus, je n’avais jamais lu William Boyd : l’occasion rêvée pour sauter le pas. Sauf que… Mais revenons à l’histoire à proprement parler.

Amory Clay se prend de sentiments amoureux ambigus pour son oncle Greville, le même oncle qui lui a offert son premier appareil photo. Lui-même photographe, il l’entraîne dans les réceptions mondaines où elle tire le portrait des gens de la « haute ». Mais rapidement elle s’ennuie de ces photos, portraits convenus, sans audace ni imagination artistique. Un jour elle essaie de donner libre court à son envie de créativité et c’est un tollé !  Elle est bannie, rencontre un homme qui la propulse dans le Berlin interlope des années folles. Elle fait sa réputation par le scandale, quitte son amant du moment pour voler dans les bras d’un autre homme et se retrouve à New York, responsable d’un magazine. Puis ce sera Londres et ses Chemises noires qui lui vaudront plaies et bosses, la France occupée où elle devient photographe de guerre (une position rare pour les femmes à l’époque). Les aventures d’Amory se poursuivent jusqu’à la guerre du Vietnam.

C’est Amory qui raconte sa vie. Nous sommes en 1977, dans une petit île écossaise. Son récit est agrémenté de photos montrant les différents personnages qu’elle a rencontrés et les scènes majeures de sa vie de photographe. On se laisse prendre à ce jeu de dupe narratif. En débutant ma lecture, j’étais persuadée qu’Amory était une femme photographe qui avait existé (à cause des photos). Au milieu de ma lecture, j’ai commencé à douter parce qu’elle était quand même toujours au bon moment au bon endroit dans les grands événements de l’Histoire. Et puis, (encore quand même !), tous les hommes dont elle tombe amoureuse (ou ceux dont elle se sert) la propulse toujours dans la bonne voie professionnelle. Vraiment trop maline et pas toujours si honnête cette Amory ! Un peu trop « promotion canapé » la dame ! Cela finit par devenir pas franchement crédible. Donc j’ai cherché sur le web et au détour d’une critique, j’ai découvert que ce personnage était entièrement fictif. Première déception (un peu étrange, je l’avoue !)

Ensuite, au-delà de ce subterfuge partiellement réussi de la part de William Boyd (très habile le coup des photos !), je pensais trouver quelque chose qui aurait à voir avec l’histoire de la photographie version féminine, l’évolution des techniques et des sujets. C’est raté. Ce roman raconte surtout l’histoire des aventures sentimentales d’une femme. Et là, je me suis royalement ennuyée. Au début, ça passe, mais trop c’est trop. Au bout de 500 pages, on craque ! D’ailleurs, on a même l’impression que William Boyd finit par ne plus savoir quoi faire de son personnage. Solution pour s’en débarrasser  (attention spoiler !) : le suicide ! Trop facile !

Enfin, au niveau de la traduction, j’ai tiqué plusieurs fois et en particulier là-dessus :
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Amory s’exprime en 1977. Il me semble qu’on n’employait pas cette expression familière bien récente : « j’étais en mode… ».
Et puis aussi dans ma « collec » de midges transformés en tout un tas de bestioles, ici je les ai trouvé en forme de moustiques. Le mot midge fait voyager, vous vous retrouvez en Ecosse ou en Irlande. Le moustique, vous vous retrouvez chez vous ! 🙂
Je critique rarement les traductions parce que je n’y connais rien, sauf quand il y a vraiment quelque chose dans le texte qui vous fait deviner que ce n’est pas ça, que c’est discordant.

Un roman tout en déception donc. J’ai raté mon premier rendez-vous avec William Boyd. Snif !

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