L’énigme de Flatey – Viktor Arnar Ingólfsson

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Traduit par Patrick Guelpa

Il fait chaud aujourd’hui, donc je vous emmène vous rafraîchir en Islande, plus précisément dans le nord ouest de l’île de feu et de glace,
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par là, précisément :
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sur l’île de Flatey, dont le nom, en islandais signifie « île plate » (merci au traducteur pour cette précision !). Pas mal comme voyage, non ?

Nous sommes en 1960, au mois de juin. Alors que le vent souffle de l’est dans le Breiðafjörður, le petit Nonni, parti en mer avec son père et son grand-père,  s’en va soulager d’une envie pressante derrière les rochers, au grand dam de son père qui lui hurle que « maintenant, les phoques vont sentir [son] odeur pendant des semaines » ! En tout cas, ce que les phoques n’ont pas encore vu, c’est ce cadavre en anorak vert, gisant-là depuis un moment, avec comme voisins, un huîtrier pie et deux eiders femelles. Dans ce coin perdu, on a plutôt l’habitude de retrouver des carcasses de moutons ou de grands phoques gris qui se sont noyés. Un cadavre qui va perturber la quiétude de ce golfe perdu, parsemé d’îles habitées ou inhabitées, en particulier l’île de Flatey, au nom rendu célèbre par l’Histoire, celui du  livre de Flatey, un mythique manuscrit de sagas, qui contiendrait « une énigme irrésolue en quarante questions ».
Suite à la découverte du cadavre qui fait beaucoup jazzer, on envoie Kjartan, le sous-préfet, mener l’enquête. C’est un jeune homme de Rekjavik qui ne connaît pas du tout la région et y va à reculons, d’autant plus qu’il n’est pas versé dans les enquêtes à cadavres !  Il est accueilli par le bourgmestre de Flatey, Grímur (en vrai il s’appelle Elliðagrímur Einarsson : j’adore !) et par l’instituteur Högni. Ils seront rejoints par Þormóður Kràkur, le sacristain.Voici pour les principaux personnages du roman, qui vu comme ça pourrait faire penser à Clochemerle. 🙂

Je ne vais pas vous raconter l’histoire et je vais vous parler de l’ambiance de ce roman noir, parce que je pense que c’est le principal intérêt de ce livre : Viktor Arnar Ingólfsson vous immerge pendant une semaine, du 1er au 8 juin 1960, dans la vie des gens de Flatey. En plus du dépaysement, il y a un bond dans le temps, mais pas de 50 ans, de bien plus : c’est vraiment l’impression que j’ai eue. Presque une plongée dans le moyen âge (j’exagère à peine) parce que la vie est rustique dans ce coin, dangereuse à cause de la météo où naufrages et tragédies ont longtemps été le quotidien des insulaires. Et puis à cause de ce fameux livre, évidemment.
L’écrivain donne sa plume à la nature tout au long du récit et ça c’est un vrai bonheur. Vous vivrez au vent, avec les mouettes tridactyles, les eiders, les goélands noirs, les phoques. Et la nature, nous la retrouvons aussi beaucoup dans notre assiette : un vrai voyage gastronomique car les repas des îliens squattent les pages. Ris de macareux, soupe de macareux, raie bouillie, pâté maritime, oeufs de mouettes au plat. Et le mörflot, « graisse de mouton fondue que l’on consomme généralement avec du poisson ». Même Kjartan, notre enquêteur de la « ville », n’a pas l’habitude de cette nourriture, et il en est tout stupéfait !
Un petit passage qui vaut son pesant de cacahuètes :

« Un jour, j’ai connu quelqu’un qui ne mangeait pas de phoque, ni de cormoran, et le plus drôle c’est qu’il mangeait du poulet et qu’il trouvait ça bon. »
Quelle idée d’aimer le poulet, quoi ! 😉
Kjartan devra manger du phoque pour faire plaisir à son hôte : un dépaysement gastronomique pour cet homme de Rekjavik ! Alors pour nous, Français, imaginez un peu…

Et peut-être que si vous buvez trop de brennivín (eau de vie de pomme de terre), vous pourrez voir des alfes (j’ai bien dit des alfes, « elfes étant une déformation ultérieure, populaire et publicitaire », qui « sont les esprits des morts, des esprits de fertilité-fécondité qui vivent dans les rochers ».

Si vous voulez « bouger », sachez qu’il faut prévoir car le bateau postal ne passe qu’une fois par semaine et qu’il n’y a pas d’autres moyens de se déplacer (sauf si on est propriétaire d’un bateau).
Pour passer le temps, vous pouvez faire un tour à la bibliothèque de l’Institut du Progrès, où l’on trouvait des trésors, avant qu’ils ne soient transférés à la bibliothèque de Rekjavik mais où l’on trouve encore de « la littérature populaire ancienne qu’on [peut] encore emprunter et que lis[ent] les habitants de la commune » : Les revenants de Heiðarbœr de Selma Lagerlöf, Le navire poursuit sa route de Nordhal Grieg, Anna de Heiðarkot d’Elinborg. Le seul trésor, et pas des moindres, de la bibliothèque, non empruntable (évidemment) est l’édition Munksgaard du Livre de Flatey. Ce qui nous ramène à l’histoire ancestrale de l’Islande, jadis colonisée par le Danemark. Et par la même occasion à l’intrigue, puisque ce livre est l’occasion d’une polar quasi-ésotérique qui se greffe sur le reste du récit comme récit secondaire : c’est peut-être le seul bémol que j’émets car en fait c’est assez fastidieux de suivre les deux vraiment attentivement.
Quant à l’intrigue principale proprement dite, le suspense monte en pression quand un deuxième cadavre est découvert. Là, le polar reprend le dessus et l’on découvre les faces cachées des personnages qui ont un passé beaucoup moins lisse qu’il n’y paraît. Avec même une histoire d’amour cachée là-dessous. Et de la rivalité de chercheurs qui m’a rappelé Le livre du roi d’Arnaldur Indridason qui évoque aussi le Livre de Flatey.

Enfin, l’éditeur et le traducteur français ont choisi de garder la graphie islandaise des mots (que j’ai reproduit ici), pour encore mieux vous dépayser et s’accorder avec l’ambiance générale du roman.
Le traducteur a aussi choisi le tutoiement pour faire parler ses personnages – le vouvoiement n’existe pas en islandais, paraît-il. Mais en français, je trouve que cela donne une drôle impression : celle que les personnages se connaissent depuis toujours.

Un roman (noir) mais j’ose à peine le qualifier de « noir » car il est tellement plus,  m’a vraiment emportée loin, faire une bonne cure d’iode ! Un sacré voyage que je ne peux que vous conseiller si vous aimez l’Islande.

Pour l’instant le seul roman traduit de l’auteur (qui en a écrit 6 ). On en redemande !
L’énigme de Flatey a été finaliste du prix Clé de verre (prix de littérature nordique).

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Les révolutions de Bella Casey – Mary Morrissy

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Traduit par Aline Azoulay-Pacvon

En ces temps de célébration du centenaire de l’Insurrection de Pâques 1916 en Irlande, les éditions de la Table Ronde publient ce roman qui s’ouvre sur cet événement historique. Alors que la Poste Centrale de Dublin est devenue le quartier général de ceux qui proclament la Nouvelle Irlande, Mrs Beaver, cinquantenaire et protestante se dit : « Une escarmouche, rien de plus. » Néanmoins, l’imagination piquée par ce qui se raconte, elle sort dans Dublin en proie au chaos, mais aussi tiraillée par la faim. Pourtant, c’est un piano qui va attirer son attention. Elle mettra toutes ses forces et sa rage pour le ramener chez elle (ses enfants se demandent si elle n’est pas tombée dingue, compte tenu des événements !).  Elle se met à jouer la sonate Au clair de lune, une mélodie qui la ramène dans le passé, au temps où elle avait quinze ans et pour ambition de s’émanciper le plus tôt possible.

Mrs Beaver est née Bella Casey, dublinoise protestante, devenue institutrice dans les années 1880. Un excellent poste pour une femme.  Un excellent poste et un beau logement, certes, mais harcelée par un révérend. Par manque de courage et parce qu’elle sait que si elle fait quoi que ce soit, elle perdra son emploi, Bella cède à l’ignoble révérend Leed. C’est par lui qu’arrive le malheur de la jeune femme. Enceinte, elle n’entrevoit comme solution que de se faire épouser par un autre homme, le clairon Nicholas Beaver, un homme qu’elle trouve charmant. Manipulatrice, elle parvient à ses fins. Mais pour le pire.

Dans ce roman, le malheur arrive par les hommes. Pourtant, Mary Morrissy n’épargne pas son personnage éponyme et n’en fait pas non plus une donzelle innocente et bienveillante.
Tout au long de ma lecture, Bella Casey m’a agacée : elle est snoble, prétentieuse, pétrie de préjugés envers les Irlandais catholiques qu’elle regarde de haut. Cela m’a beaucoup supris. En effet, Bella Casey est la soeur aînée du dramaturge et écrivain irlandais Sean O’Casey, de son vrai nom Jack Casey (ce fut ma deuxième surprise !) . Jack adorait sa soeur autant qu’elle l’agaçait. Le roman nous propulse dans les années 30, Sean O’Casey est en train d’essayer d’écrire sur sa soeur mais a bien du mal à la comprendre ! Il cherche à faire revivre l’ancienne Bella, celle qu’il a connue « battante ». C’est ce qu’il cherchera toujours à retrouver en elle. On se prend d’affection pour Jack, contrairement à sa soeur, pour son humanisme et sa bonté hors normes.
L’écrivain apparaît dans le roman, d’abord bébé né « coiffé », puis enfant, enfin adulte toujours plongé dans les livres, révolté, prenant fait et cause pour les catholiques, épousant leur langue, adoptant l’équivalent gaélique de son identité patronymique pendant que Bella ne comprend pas son attitude :
« Son frère appartiendrait toujours au camp adverse – celui des baragouineurs de gaélique, des catholiques, des ennemis de la couronne. »
Au lieu de cela, Bella a, elle, épousé un soldat au service de la couronne, un homme brutal et alcoolique, qui mettra un terme à sa carrière d’institutrice en lui donnant 5 enfants et en finissant atteint de démence (vraiment le gentleman dont tout le monde rêve, n’est-ce pas ?  🙂 )
Pourtant, Bella ne se révoltera jamais contre cet ignoble bonhomme qui lui fait vraiment subir le pire. Et là, j’ai vraiment eu envie de lui mettre des claques ! 🙂

Une des subtilités du roman est que Mary Morrissy ne fait pas de son héroïne quelqu’un de parfait et sympathique, mais néanmoins elle la montre se démenant, en faisant les mauvais choix, dans une société dominée par le patriarcat. Le lecteur est pris par des sentiments contradictoires.

J’ai aimé la plume légèrement surannée de Mary Morrissy, tout à fait en accord avec le personnage de Bella. Malgré mon manque d’empathie et de sympathie pour celle-ci, je n’ai pas pu lâcher ce livre une fois entamé, malgré quelques longueurs à la fin.
L’histoire d’un drame savamment imaginé, mais qui donne envie d’aller plus et de lire l’autobiographie en plusieurs volumes de Sean O’Casey ! C’est sans doute le dessein de Mary Morrissy ! 🙂

 

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M Train – Patti Smith

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Traduit par Nicolas Richard

« Ce n’est pas facile d’écrire sur rien.
C’est ce que disait le cow-boy au moment où j’entrais dans le rêve. Vaguement bel homme, intensément laconique, il se balançait dans un fauteuil pliant, le dos calé contre le dossier, son Stetson effleurant l’angle extérieur brun foncé d’un café isolé. (…)
En ouvrant les yeux, je me suis levée, suis allée d’un pas chancelant dans la salle de bains où je me suis aspergée le visage d’eau froide. J’ai enfilé mes bottes, nourri les chats, j’ai attrapé mon bonnet et mon vieux manteau noir, et j’ai pris le chemin si souvent emprunté, traversant la large avenue jusqu’au petit café de Bedford Street, dans Greenwich Village. »

Eh hop ! Patti Smith vous embarque pour plusieurs heures dans son M Train, (la lettre M pouvant être la première de Mysterious, Mystic, et tout ce qui vous conviendra : elle vous laisse y coller le mot qui vous plaira – mais par pitié, par Mr ! ) . Et, s’il n’est pas facile d’écrire sur rien, comme veut le faire croire le cow-boy et l’auteur, mettez-vous donc à la place de votre blogueuse, qui a adoré ce livre qui est loin d’être sur rien, ne sait pas par où commencer pour arriver à en parler….

Un livre encore différent des deux autres mais où l’on retrouve la thématique du rêve, de Glaneurs de rêves (justement) et la plume incroyablement limpide et pourtant travaillée et poétique de Patti Smith qui vous embarque dans un road trip sur la trace des artistes qui l’ont marquée, sur une vie passée à courir le monde, un voyage hanté par l’écriture où l’on fait des breaks dans les cafés, en particulier le Café ‘Ino à Greenwich Village où se pose l’artiste pour observer et réfléchir, toujours à la même table où elle a ses habitudes. La globe trotteuse que je suis s’apprêtait à noter le nom et l’adresse de ce café pour le jour où elle irait visiter New York, mais il n’existe plus !

Grâce à Patti Smith, vous vous sentirez peut-être moins fantasque de vouloir vous rendre sur la tombe ou les lieux hantés par les écrivains et poètes que vous admirez : elle le fait tout le long du livre, c’est même le fil conducteur du récit qui vous permet de passer d’un pays à l’autre, d’une époque à une autre sans anicroches, sans sentiment de rupture temporelle ou thématique : Jean Genet, Sylvia Plath,  Roberto Bolaño, Virignia Woolf, Mishima, Frida Kahlo, Arthur Rimbaud (évidemment) et tant d’autres…
J’ai souri en découvrant que Patti Smith est paniquée à l’idée d’oublier de prendre un livre lors de ses voyages. Elle a découvert Murakami et son Oiseau à ressort mais perdu l’Oiseau.

Au fil de son périple et de ses arrêts dans les stations de son M Train, Patti Smith avoue qu’elle a deux vices dans la vie : le café et les séries TV ! 🙂 . Pour le café, elle a été capable de se rendre au Mexique pour goûter le meilleur café du monde. Elle est capable d’aller s’enfermer à Londres dans un hôtel rien juste pour regarder The Killing ou les aventures de Kurt Wallander, personnage créé par Henning Mankell.  Elle est complètement addict aux séries policières car elle trouve que la résolution d’une énigme s’apparente à l’écriture d’un poème dans sa difficulté.

On découvre une femme profondément sensible au monde qui l’entoure, un peu sauvage, qui vit maintenant seule avec ses chats. Quelqu’un d’assez fantasque aussi, capable d’acheter une vieille bicoque déglinguée, pour en faire son « fort Alamo », comme elle dit, mais bien plus solide que les constructions plus récentes qui n’ont pas résisté à la tempête Sandy, se plaît-elle à souligner, avec un brin d’ironie. 🙂
J’ai vraiment eu du mal à imaginer, une fois encore,  que cette personne-là était la même que l’icône rock adulée par les foules du monde entier (encore aujourd’hui). Ayant assisté à la rencontre littéraire qui a eue lieu à Paris, je me suis demandée, qui, dans la salle blindée du théâtre de la Bastille, était venue pour la Patti Smith rockeuse et qui pour la Patti Smith écrivain poète. A écouter les conversations autour de moi, il y avait pas mal de gens pour la rockeuse. Mais aussi une génération (comme la mienne) qui ne l’a peut-être pas vraiment connue pour ses chansons mais plutôt pour ses écrits. Forcément quand on aime ses écrits, on part écouter sa musique et j’espère que l’inverse est vrai aussi.

En tout cas, la soirée a pu me prouver que la chanteuse et l’écrivain étaient bien la même personne, parce qu’elle aime toujours chanter, même sans instruments, a capella. Elle sait toujours enflammer une salle, et avec humour ! Elle a expliqué que c’est la littérature qui l’a mené à la chanson, d’ailleurs. N’empêche : quel parcours !

Enfin, l’objet livre est vraiment magnifique, avec sa couverture veloutée au toucher et parsemé de photos qui contribueront à votre voyage littéraire en compagnie de cette femme aux semelles de vent, aux poches aussi emplies de souvenirs de son existence. Magnifique !

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Un bon garçon – Paul McVeigh

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Michael (dit « Mickey ») termine sa scolarité à l’école primaire. Bon élève, il devrait être admis à la prestigieuse Grammar School, chose dont il se réjouit. Tout pourrait paraître banal, sauf que voilà, nous sommes à Ardoyne, quartier populaire et catholique de Belfast. Une chance d’échapper à cet univers étriqué donc. Seulement voilà, le père de Mickey est porté sur la bouteille, les jeux d’argent. C’est le directeur de l’école primaire qui annonce à Mickey, qu’hélas !, la Grammar School, ce n’est pas possible parce que l’argent de la famille a été dilapidé. Mickey accuse durement le coup. Pour compenser, sa mère exauce un de ses autres rêves et lui offre un chien que Mickey prénomme « Tueur ». 🙂 . Le gamin devra donc poursuivre sa scolarité à St Garbiel, l’école pourave du secteur. Nous passons huit semaines de vacances avec lui, avant la rentrée. La vie à Belfast pendant les grandes vacances, pendant les Troubles. Nous sommes à la fin des années 80. Il y a des attentats et les « Angliches » qui surveillent, il y a l’IRA, il y a les Protestants et leur RUC. Il y a les irruptions inopinées dans les maisons. Bref, c’est la guerre civile. Et les habitants vivent avec. Comme ils peuvent.

Le narrateur, c’est Mickey.  Le lecteur suit donc la vie à Ardoyne de son point de vue de pré-adolescent que les hormones commencent à travailler – ce qui ajoute du piquant à l’histoire ! Gamin solitaire, rejeté par les garçons de son âge qui le traitent de pédale, parce que du coup, il joue avec les filles. Son meilleur pote c’est Tueur, son chien. Mais aussi, quand même, « Péteur », une sorte de frère de sang : « Je crois qu’en fait on est jumeaux mais pas nés en même temps, une super expérience génétique de la CIA », d’après Mickey, dont le fantasme féminin est Martine. Son cauchemar c’est Briege, une merdeuse qui se croit tout permis parce que son père est un chef de l’IRA et qu’il est en prison. A Belfast, mieux vaut se taire. Des affiches le rappellent : « Bavarder tue. »

Mais si « bavarder tue », Mickey s’évade à sa façon de cet univers glauque. Dans son théâtre mental, tout les personnages ont des noms qui sortent de son imagination débordante : vous rencontrerez, outre Péteur, Ma-mère-la-pute, Minnie, Rougeole, P’tite Maggie, la Prêteuse, les Sniffeurs, le Chauve, Nez Crochu… (petit extrait). Notre gamin va parfois se promener aux « Oeufs », un No Man’s Land où crèchent sniffeurs et autres dealers.

Mickey lui-même joue un personnage, ce qui exaspère sa mère qui le houspille pour qu’il arrête cette comédie ! Seulement Mickey a un rêve : partir aux Etats-Unis. Il raconte à tout le monde que son père (qui s’est mystérieusement volatilisé) est là-bas et qu’il va le faire venir, avec la famille. Le gamin est un obsédé des séries TV et films américains : Grease, Le vagabond, La petite maison dans la prairie (:p ) , Flipper le Dauphin, Happy Days (:p) … Il déclare aussi haut et fort qu’« un jour [il] sera président de l’Irlande » : « Je serai très bon et très gentil. Je ferai venir tous les bébés noirs à Belfast ».

On gambade à nos risques et périls avec Mickey dans les rues de Belfast, qui « marche, genre Fonzie », parce que de toute façon dans cette ville « il n’existe que deux façons de se comporter dans la rue – courir ou flâner ».  Une prison à ciel ouvert dont un gentil Français (ouais !) dans son minibus, le sortira le temps d’une virée courte mais rocamolesque, où Mickey constatera en toute lucidité : « Il me suffit de rouler cinq minutes à partir de ma rue et je me retrouve là où je n’ai jamais mis les pieds de toute ma vie. »

La plume échevelée et bourrée d’humour de Paul McVeigh donne à voir Belfast sur le mode déjanté. Une ville où les gens, pour s’évader se créent un autre monde comme Mickey ou alors sniffent de la colle, picolent. Ou se tapent sur la gueule entre membres de l’IRA ou au sein d’une même famille…
Un roman qui m’a fait rire parce que Paul McVeigh a un humour vraiment décapant, il n’y a pas de fioritures dans son écriture (un zizi, c’est un zizi et version féminin c’est pareil), il jongle avec les mots et les choses pour créer une Belfast loufoque qui m’a rappelé Eureka Street de l’autre écrivain « belfastois » de talent :  Robert McLiam Wilson.
Un roman émouvant aussi, où l’on est vraiment triste que Tueur meurt dans un attentat. Aussi triste que son jeune maître.

J’ai parfois eu l’impression de regarder un film ou un dessin animé  car l’écrivain s’attache à décrire les mimiques outrancières des personnages :
« Je pique un fard terrible et j’ai le visage brûlant comme un cul qui a pris une fessée. »
« Elle crie et je fais un saut de deux mètres. »
Mickey m’a aussi fait pensé à la souris Speedy Gonzales. Mickey-de-Belfast, en référence à Mickey Mouse ? (question que je me pose car il y a aussi une Minnie) ? Il y a comme des histoires de souris dans ce roman, en y réfléchissant bien. 🙂

Un roman hors-normes qui aborde de manière originale la vie à Belfast, et restitue néanmoins avec justesse son atmosphère à la fin des années 80.

Le premier livre de Paul McVeigh traduit en français. J’espère bien qu’il y en aura d’autres !
Un auteur à suivre.

Voir aussi la chronique de ma copine de Lettres d’Irlande et d’ailleurs.

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Glaneurs de rêves – Patti Smith

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Traduit par Héloïse Esquié

Patti Smith se lance dans l’écriture de ce livre en 1991, alors qu’elle habite dans les faubourgs de Detroit, avec ses deux filles et son mari, le célèbre Fred « Sony ». Elle est alors envahie d’« une mélancolie terrible et inexprimable ».  Raymond Foye, cofondateur de Hanuman Books lui demande un manuscrit. Elle précise que les livres de cette maison d’édition ont la particularité de ne faire que « 7,5 cm sur 10, comme de petits livres de prière indiens ». Son texte doit donc rentrer dans ce format, contrainte qui la charme. Elle commence à écrire à l’automne et le terminera le 31 décembre 1991, jour exactement de son quarante-cinquième anniversaire. Elle rend sa copie sur du papier millimétré (je comprends plutôt qu’il s’agit de papier quadrillé si je m’en tiens à la photo du début du livre) et l’éditeur se chargera de la saisie. Un travail d’écriture qui la fera sortir de sa torpeur.

Lors de la rencontre avec l’écrivain le 9 avril dernier, où Glaneurs de rêves a été évoqué, j’avais compris qu’il s’agissait d’une biographie sur son enfance. J’ai déjà lu Just Kids, où elle évoque ses années de jeunesse qui permet au lecteur de découvrir la Patti Smith d’avant la scène internationale, dans l’atmosphère artistique du New York des années 60-70. Je m’attendais donc à une autobiographie écrite de manière similaire : chronologique.  Elle prévient d’ailleurs d’emblée le lecteur : ce n’est pas un conte de fées : « J’ai toujours adoré les contes, mais j’ai bien peur que cette définition ne convienne guère. Tout ce que contient ce petit livre est vrai, et écrit exactement tel que ça s’est passé ». Cela intrigue un peu… mais on comprend vite pourquoi elle dit cela !

Patti était « une enfant sombre aux jambes chétives », très prompte à la rêverie. Elle déforme ses chaussettes en s’en servant comme sacs à billes. Les billes, la seule activité où elle excellait, fascinée par la magie qu’elles contiennent.
Parce que voilà, Patti « trouvai[t] de la magie en toutes choses, comme si toutes choses, tous les fragments de la nature, portaient l’empreinte d’un djinn ». La maison de l’enfance est bordée d’une haie qu’elle considère comme sacrée et le champ qui lui est contigu est un espace peuplé d’êtres magiques. C’est le très vieil homme à la barbe blanche,  qui vend des vairons comme appâts dans une maison déglinguée qui lui a dit : c’est là que vivent les glaneurs de rêves.

Le ton est donné. Oubliez le récit chronologique ancré dans le réel. L’imagination de Patti Smith se débride (ah, non, j’oublais, ce n’est pas de l’imagination, c’est la réalité) :
« Par certaines nuits spécialement claires, il m’arrivait de voir du mouvement dans les herbes. Au début, je pensais que c’était l’envol de la chouette effraie ou les ailes pâles d’un papillon lune qui se déployaient et se repliaient tel un habit médiéval. Mais j’ai compris une nuit que c’étaient des êtres comme je n’en n’avais jamais vu, vêtus d’étranges costumes et de coiffes archaïques. »
« Et l’image des glaneurs de ce champ endormi me plongeait à mon tour dans le sommeil. »

Ce livre est comme un rêve poétique. Patti Smith est une adepte des surréalistes, et en particulier de Nadja d’André Breton. Elle choisit d’effleurer l’univers de l’enfance par les songes, voyages oniriques qui mènent partout, tel un medium entre le passé et le présent :
« Je planais au-dessus de l’herbe, laissant parfois l’empreinte de mes mains sur les fruits de leur labeur, empilés un peu partout telles des balles de coton. Des âmes recyclées, des larmes, le babil des enfants, un rire fou. Tout cela, je le touchais ou l’effleurais de mes doigts, libérant une buée parfumée, peut-être consacrée. »
« Le temps passe et avec lui passent certaines sensations. Mais de temps à autre la magie du champ et de tous les événements qui s’y sont déroulés affleure. »
Le livre s’ouvre et s’achève sur un voeu et une phrase : « J’ai toujours imaginé que j’écrirais un livre, ne serait-ce qu’un petit livre, qui emmènerait le lecteur dans un royaume qui ne pouvait être mesuré ni même évoqué par le souvenir » ; » J’ai toujours imaginé que j’écrirais un livre un jour ». 
« Comme nous sommes heureux lorsque nous sommes enfants. Comme la voix de la raison étouffe la lumière. Nous errons à travers la vie – une monture sans pierre. »  « J’ai été soulevée jusqu’à planer au-dessus de l’herbe, même si tous me voyaient encore parmi eux, prise dans les tâches humaines, les deux pieds sur terre. » . (Peter Pan, nous voilà ! 😉 )

Un livre magnifique comme un livre de prière indien où le lecteur se laisse porter là où Patti Smith veut bien l’emmener, dans son univers onirique d’enfant, ponctué de photos. A lire dans un lieu tranquille, loin de la foule déchaînée. Et à relire pour tenter de saisir ce qui a pu nous échapper.
Décidément : bravo l’artiste ! Inspirée.

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9 avril 2016

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Un hiver à Paris – Jean-Philippe Blondel

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En rentrant de vacances, Victor, le narrateur, découvre dans son courrier en instance une lettre qui va le ramener plus de vingt ans en arrière, en septembre 1984, époque où il était élève en  khagne à Paris.
De milieu modeste, bon élève, mention au bac qui change tout, il est admis en prépa littéraire, loue une chambre à Nanterre, rompt avec sa petit amie et sa ville d’origine où il avait beaucoup de camarades mais très peu d’amis. Ses parents sont fiers de leur fils etc. Victor se retrouve donc dans le monde de la prépa, dans lequel il détonne tant par ses origines sociales que par ses résultats en dessous de ceux des autres. Il découvre en guise d’enseignants des bourreaux, dont l’humiliation semble être le cheval de bataille au détriment de la pédagogie et de l’encouragement. C’est marche ou crève dans cet univers de compétition cruelle. Si tu veux le droit de redoubler et le concours, il vaut mieux marcher. Et si tu ne veux pas, la porte est ouverte. Victor s’accroche, travaille comme un dingue, n’a aucune vie sociale, aucun ami. Les autres élèves le considèrent avec mépris, ne s’intéressent pas à lui. Peu importe, Victor s’accroche, se forge une carapace. Un jour, un élève, lui, décroche et se jette de la fenêtre de la bibliothèque du lycée en hurlant « connard ». Un bruit mat sur le sol : mort. Suicidé.
A partir de là, la vie de Victor bascule et la mort de Matthieu bouscule et entache le petit monde « propret » de la prépa qui se met à trembler, tente de faire comme si rien ne s’était passé. Pourtant, rien ne sera plus comme avant. Du jour au lendemain Victor devient « l’ami de la victime », devient populaire malgré lui, sort de son isolement.
Le roman prend alors une – petite- allure de polar : les tergiversations sur la raison qui a poussé Matthieu à sauter devient le fil ténu de l’intrigue. Ce que Victor, traumatisé par l’événement essayera de comprendre. Percer à jour Matthieu, fils de parents récemment divorcés. Il noue une relation étrange avec le père de la victime, qui lui permettra de faire son deuil, d’aller de l’avant et de devenir adulte.

Le premier roman que je lis de Jean-Philippe Blondel suite à plusieurs chroniques lues sur la blogosphère. Cet écrivain est aussi prof d’anglais dans la vie. On ne peut que l’identifier en partie au narrateur, d’ailleurs. Un petit jeu auquel les auteurs français adorent visiblement jouer, mais je m’en lasse.
Jean-Philippe Blondel donne un bon coup de griffe à l’univers de la prépa mais je n’ai rien appris de bien neuf là-dessus : exactement ce que mes copains de fac me racontaient (oui parce qu’on retrouve 99% de ces élèves sur le banc de la fac), complètement dégoûtés ou alors avec la grosse tête. Pour avoir aussi eu affaire à des profs de prépa (parce que parfois, on se les coltine en université !), je ne peux qu’adhérer au portrait qu’en fait Bondel, à une rare exception près parce que c’était quelqu’un qui aimait enseigner et qui ne considérait pas les étudiants des universités avec mépris (mais qui, néanmoins avait décidé que 12/20 c’était le summum dans la vie…).

Cependant, le roman ne se limite pas à la critique de l’univers des classes préparatoires (heureusement!) mais il montre comment Victor va parvenir à se construire, trouver sa voie, devenir un adulte libre de ses choix. En se jouant aussi de ce que pensent les autres.
« Le fils.
L’amant.
La pute.
Je pouvais incarner ce que les autres voulaient que je sois. C’est dans leur besoin que je me construisais. Dans leur envie que je me solidifiais. »

La fin du roman m’a complètement déçue (même si on devine le narrateur et l’auteur deviennent là une même personne). J’aurais voulu quelque chose d’un peu plus folichon. Qu’un peu de liberté soit prise avec la réalité, histoire de rêver. Mais la marque de fabrique ici est plutôt le roman du réel mais je n’ai rien appris de nouveau sous le soleil.

Je suis restée à moitié dedans et à moitié de hors de ce roman. Un peu trop tiède à mon goût, quelques longueurs avec les rencontres à répétition de Victor et du père de la victime. J’ai trouvé tout cela bien triste. Sans doute parce que je lis trop de romans irlandais plein d’humour dans le tragique et pas mal d’auto-dérision. Rien de tout cela ici. On finit par s’ennuyer un peu.

 

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Just kids – Patti Smith

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Traduit par Héloïse Esquié

Une chronique écrite en 2011 dans le cadre de la pré-sélection pour le Grand Prix Elle à laquelle je participais.

Je connaissais de nom Patti Smith chanteuse de rock. Et j’ai découvert dans cette autobiographie la Patti Smith d’avant la scène internationale. Une jeune femme issue d’un milieu très modeste, née dans les quartiers nord de Chicago « pendant le grand blizzard de 1946« , mère à dix-neuf ans, qui place son enfant pour lui donner un avenir meilleur que celui qu’elle ne peut assumer. Le point de départ d’une nouvelle vie pour elle :  elle abandonne ses études universitaires et part à New York. Son chemin va croiser celui de Robert Mapplethrope qui va changer sa vie à tout jamais.
Patti Smith livre ici une autobiographie qui est le récit d’un apprentissage, celui de la vie, de la découverte de soi à travers de l’amour et  l’art : « J’ai vécu pour l’amour, j’ai vécu pour l’art », dit-elle.  C’est une Patti Smith  fan de Rimbaud, qui écrit des poèmes et dessine que l’on découvre là. Arrivée à New-York elle s’aperçoit très vite que la vie d’artiste sera moins facile qu’elle ne l’imaginait. Elle exerce des petits boulots miteux qu’elle peine à trouver, dort dehors, croise les personnages fantasques, hauts en couleurs de l’underground. Elle s’interroge, elle doute à plusieurs reprises d’elle-même : « Je voulais être artiste mais je voulais que mon art fasse une différence. » Mais elle vit un amour d’une sincérité touchante avec Robert Mapplethrope, avec qui elle forme un couple fusionnel malgré les coups durs et la vie qui les séparera : Robert découvre son homosexualité qu’il ne cache pas à Patti, et, des années plus tard, en 1989, décèdera du sida. Jeunes, ils s’étaient promis de prendre toujours soin l’un de l’autre et apparemment, ils n’ont pas failli.
Patti Smith avait promis à Robert d’écrire leur histoire et ce livre est un très bel hommage à celui qui est devenu un grand photographe américain. Un style à la fois très simple et très poétique, accessible à tous. Un témoignage sur une époque artistique aussi, celle des Doors et d’Andy Warhol. La manière d’écrire et la sincérité de Patti Smith m’ont touchée. J’ai découvert quelqu’un d’autre que l’icône du rock que je connaissais de nom. Ce livre donne envie de voir un peu plus ce que fait Patti Smith actuellement en tant que « performeuse et artiste visuelle », mais aussi écrivain.

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La soirée que j’ai passée hier confirme ce que je disais en 2011 : plus que jamais envie de découvrir Patti Smith artiste visuelle et écrivain (qui depuis a publié d’autres autres ouvrages autobiographiques, comme Glaneurs de rêves (2014) et le fameux M Train qui a suscité la rencontre-débat d’hier. Elle a confié vouloir se consacrer totalement à l’écriture désormais. J’ai découvert une Patti Smith généreuse, modeste, blagueuse. Et magnétique. Exactement comme je l’imaginais. Elle nous a offert une soirée inoubliable.  J’en reparle bientôt avec M Train qui, bien évidemment a rejoint ma PAL. 🙂

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Rentrée littéraire hiver-printemps #3

Rentrée littéraire, troisième épisode ! 🙂
Ca continue en force avec de la littérature irlandaise et des petits nouveaux découverts un peu par hasard !
Je découvre actuellement la plume échevelée du Belfastois Paul McVeigh, avec Un bon garçon, aux éditions Philippe Rey, qui, pour l’instant, me fait beaucoup rire.
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Extrait éditeur : « Irlande du Nord, fin des années 80, en plein conflit entre catholiques et protestants à Ardoyne, quartier difficile de Belfast. Mickey, le narrateur, vit sa dernière journée à l’école primaire avant les vacances d’été. Bon élève, il se réjouit d’avoir été admis dans une Grammar school – collège « d’élite » –, et d’échapper ainsi à ses condisciples actuels. Mais, lors d’un surréaliste rendez- vous chez le directeur, il apprend que son père a dépensé l’argent censé payer sa scolarité. Ce sera donc St. Gabriel, le collège de base fréquenté par son grand frère et tous les gamins du coin. »

Une autre découverte pour moi : Mary Morrissy avec Les révolutions de Bella Casey, aux Editions de la Table Ronde. Un petit tour dans l’Irlande du XIXe siècle ne pouvait que m’attirer… Et hop, un de plus dans ma PAL 🙂 .

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Extrait éditeur : « Bella Casey, aînée d’une fratrie protestante irlandaise, a tôt fait de comprendre que l’étude est le meilleur moyen de s’arracher à son sort en cette fin de dix-neuvième siècle. La musique, la littérature, l’école normale ― autant d’échappatoires pour cette jeune fille intelligente et ambitieuse qui doit faire fi des brimades de sa mère. La future institutrice a d’humbles projets : épouser un homme attentionné, avoir des enfants, préserver le lien avec son petit frère Jack, le miraculé. Mais la vie n’est pas toujours comme on l’espère. »

Et puis, je l’ai déjà annoncé mais maintenant j’ai une quatrième de couverture qui évoque le sujet du nouveau polar de Sam Millar : Un sale hiver aux éditions du Seuil. Une plume de Belfast (encore), bourrée d’humour, bien qu’elle fasse dans le noir de chez noir. Le troisième volume des aventures de Karl Kane.
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Extrait éditeur : « Un sale hiver aborde la question de la vengeance : comment vivre avec soi-même lorsqu’on envisage de passer à l’acte, ou après qu’on a franchi le pas ? Qu’est-ce qui pousse un être humain à en tuer un autre, froidement, avec la conviction que ce geste est justifié ? C’est au lecteur d’en décider. Il neige fort sur Belfast quand tôt le matin, en allant chercher le lait et les journaux sur son paillasson, Karl Kane trouve porte une main sectionnée devant sa porte. »

Enfin, un roman qui n’est pas une nouveauté mais que je viens de découvrir en fouillant sur le net et dont personne n’a parlé : Bohane, sombre cité de Kevin Barry aux éditions Actes Sud, publié en 2015 :

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Extrait éditeur : « 2053. Loin de sa grandeur d’autrefois, la ville de Bohane, sur la côte ouest de l’Irlande, est à genoux, gangrenée par le vice et partagée selon des lignes tribales. Des poches bourgeoises subsistent, mais c’est dans les bas-fonds et les arrière-cours de Smoketown, dans les tours du quartier de Northside Rises et les sinistres marais du Big Nothin’ que bat le coeur de la cité. Pendant des années, Logan Hartnett, le boss du gang Hartnett Fancy toujours tiré à quatre épingles, a maintenu la ville sous sa poigne. Mais le vent de la discorde se lève : on raconte que son vieil ennemi est de retour en ville ; ses fidèles hommes de main commencent à faire preuve d’ambition ; et sa moitié voudrait qu’il raccroche et file droit… Tout ça sans compter sa mère. Roman visionnaire qui mêle de nombreuses influences, du cinéma au roman graphique et des légendes celtiques aux sagas, Bohane, sombre cité s’inscrit au coeur de la littérature irlandaise. »

On m’a soufflé que Bohane, en vrai c’est Limerick ! Ca ne peut donc que m’intéresser puisque c’est ma ville d’adoption… Je suis donc hyper-intriguée !

Pour terminer, un petit tour aux USA, avec le retour de Patti Smith, écrivain de talent dont j’avais dévoré Just Kids il y a quelques années et découvert une artiste hors du commun, au-delà de l’icône du rock dont je ne connaissais à peu près que le nom.
Elle revient avec un livre, un road trip : M Train, aux éditions Gallimard.
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Extrait éditeur : « Patti Smith a qualifié ce livre de «carte de mon existence». En dix-huit «stations», elle nous entraîne dans un voyage qui traverse le paysage de ses aspirations et de son inspiration, par le prisme des cafés et autres lieux qu’elle a visités de par le globe.
M Train débute au ‘Ino, le petit bar de Greenwich Village où elle va chaque matin boire son café noir, méditer sur le monde tel qu’il est ou tel qu’il fut, et écrire dans son carnet.

Cerise sur le gâteau pour moi : j’ai eu la chance d’avoir une place pour la rencontre-débat au théâtre de la Bastille à l’occasion de la sortie du livre. Il y avait trois heures de file d’attente à la librairie Gallimard mardi dernier où elle dédicaçait son livre. Apparemment, pour ce soir c’est complet. Je ne me doutais pas trois secondes qu’il y aurait une cohue pareille. Je n’aime pas la foule mais le reste prend le dessus ! 🙂

Un beau printemps littéraire en perspective.


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Le crime – histoire d’amour – Arni Thorarinsson

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Traduit de l’islandais par Eric Boury

Mon troisième rendez-vous avec Arni Thorarinsson. Le titre m’a intriguée. Ma curiosité en matière de littérature islandaise a fait le reste.

Frida vit à Rekjavik avec une amie. Elle vient de finir ses études, elle a 18 ans et lui annonce qu’elle décide de prendre en main sa vie. On comprend que son amie a des atomes crochus avec la mouvance anarchiste. Ailleurs, dans son lit, un homme fait un cauchemar. Il reçoit un appel furieux avec ce message : « Je suis sur internet ». Une femme en veste de velours rouge usé et en jean, ivre, se donne en spectacle dans la rue.  Un psychologue maître de conférence. Une lettre.

Difficile pour le lecteur de prendre ses repères à cause d’un récit très fragmenté et in medias res qui n’identifie pas clairement les divers personnages et leur contexte. Difficile aussi d’en dire beaucoup sans tout révéler de l’intrigue, qui se constitue comme un puzzle et dont on aura les tenants et les aboutissants vraiment au fur et à mesure, mais cela tarde à venir.
Une histoire d’amour qui a viré au drame. Un crime aux yeux de la société. Le poids du tabou qui fait taire les protagonistes, innocents. Un divorce, un abandon et une fuite en avant destructrice. Une enfance et des vies ruinées. Une promesse faite de tout révéler le jour du dix-huitième anniversaire. Une histoire de gènes. Une envie de vengeance.  Trois personnages esquintés.
Arni Thorarinsson met en balance cette tragédie familiale avec la procréation médicalement assistée. Réflexion intéressante.

Pour le reste, j’avoue que ce roman noir me laisse une impression de récit trop « éparpillé » pour tenir vraiment le lecteur en haleine. On commence à avoir des pistes très tard et je suis restée très (trop) longtemps à me poser des questions sur le sens de cette histoire. Ca part un peu dans tous les sens, avec nombre de personnages secondaires, des quiproquos, et l’histoire dans l’histoire de la famille de Frida (l’histoire de sa grand-mère qui raconte ce qui lui est arrivé). A cause de cela, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, qui sont pourtant des écorchés vifs ayant des vérités intéressantes à dire.

J’ai regretté que la réflexion initiée par l’auteur ne soit pas plus approfondie. Il ne fait que l’effleurer. Pourtant je sais qu’il aime scruter la société islandaise.

En conclusion : intéressant sur le fond mais décousu. J’ai lu mieux de l’auteur !

Je préfère la série avec le journaliste meneur d’enquêtes, Einar.

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Captifs – Kevin Brooks

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Traduit par Marie Hermet

Linus, adolescent fugueur, propose son aide à un handicapé, dans une gare londonienne où il a l’habitude de zoner. Très mauvaise idée ! Il se réveille enfermé dans un endroit inconnu, sans fenêtres ni portes, composé de six chambres, une salle de bain avec toilettes, une cuisine équipée. Dans un placard, il trouve 6 assiettes, 6 grandes tasses à thé, les couverts assortis, le tout en plastique. Pas de miroir. Pas d’interrupteur. Pas d’accessoires. Une horloge. Un ascenseur qui ne mène nulle part. Un bourdonnement. L’air est lourd et humide. Très vite, arrivent dans cet endroit une petite fille de 9 ans qui-veut-sa-maman, une jeune femme qui se-la-raconte, un consultant alcolo et arrogant, un junkie, un vieil homme, noir, homosexuel, malade et… borgne – tant qu’on y est 🙂 !
Il s’avère que tout ce petit monde est enfermé dans un bunker. Avec des caméras partout. Mais partout : même dans les toilettes. Aucune intimité. Les personnages s’interrogent sur l’identité du kidnappeur et ses motivations :
« Un psychopathe.
Un pervers.
Un collectionneur. De gens.
Qu’est-ce qu’il veut ?
Nous observer.
Nous tuer.
Nous garder comme animaux de compagnie. »

Nous connaissons ce qui se passe dans cet endroit grâce au journal intime tenu par Linus (le titre original du roman est d’ailleurs The Bunker Diary).

Une forme d’organisation s’installe dans l’enfermement.  Chacun arrive à cohabiter, malgré quelques tensions. Leur motivation est l’espoir de pouvoir s’échapper de ce trou à rats. Tout ça est facile tant qu’on a le ventre plein, qu’on n’a ni trop chaud ni trop froid, qu’on est propre et en bonne santé. Les idées claires. Tant qu’il y a l’espoir…
Mais tout devient beaucoup plus compliqué quand une tentative d’évasion individuelle entraine une dégradation des conditions de vie et que tout le monde se met à en souffrir…

Le bandeau sur le livre annonçait un roman « ignoble et dangereux », d’après The Telegraph et « monumental », d’après The Times. Je me méfie toujours des grands mots sur les bandeaux. Mais j’avoue que c’est mérité !
J’étais prévenue que ce thriller empêche de dormir.  J’ai eu du mal à trouver le sommeil. Parce que ce thriller est addictif, certes. Mais pas que. C’est atroce et cela empêche de dormir parce que Kevin Brooks place le lecteur dans une position inconfortable. Qui est le kidnappeur et qu’observe-t-il ? La même chose que nous ! Et grâce à qui ? Au journal tenu par Linus ! Alors pourquoi lit-on ce livre ? On est se sent comme un abominable lecteur-voyeur ! On est réduit à ça.

En outre, si l’histoire est absolument terrible et le tortionnaire de ces personnages absolument machiavélique et ignoble, il y a aussi de l’humour noir dans ce roman.
Je me suis aussi demandé si Kevin Brooks ne flirtait pas avec une forme de parodie, par moments. Linus, (qui doit son prénom à la BD Les Peanuts !) est un vrai jeune héros au grand coeur, courageux, intelligent, consciencieux : il écrit son journal jusqu’au bout du bout, même si à la fin, on n’a plus de numéros de pages ! Le vieil homme borgne vaut le détour. Le consultant est à flinguer (oups !), la jeune femme à claquer (re-oups). On aime bien le junkie, qui est peut-être le seul personnage assez sympa, avec la petite fille, et Linus. Le vieil homme d’abord sympathique, devient inquiétant dans son comportement, mais on ne sait pas si c’est à cause de sa maladie (il a une tumeur au cerveau !).
Bon, je vous renvoie aux pages 174-175 pour savoir ce que ça fait quand on mange de la nourriture droguée à un truc qui vous fait vous sentir « bizarre pas complètement désagréable. Mais pas bizarre sympa non plus. Juste bizarre bizarre. Comme sur une autre planète. » 🙂 Je me suis demandé si on avait mis quelque chose dans mon potage, parce que c’est assez incroyable l’impression que j’ai eue avec ce passage : c’est tout à fait ça.
D’ailleurs, peut-être que ça se ressent encore dans ma chronique tordue…

Un thriller plein de sensations, couronné « la très prestigieuse médaille Carnegie » outre-Manche.
Je ne me suis pas ennuyée trois secondes.

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