Samedi

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Traduit par France Camus-Pichon

4e de couverture : « Pour Henry Perowne – neurochirurgien réputé, mari heureux, père comblé d’un musicien de blues et d’une poétesse – ce devrait être un samedi comme les autres. Pas question d’aller défiler contre la guerre en Irak. Plutôt goûter les plaisirs de la vie. Et pourtant… Un banal accrochage et voilà la violence qui surgit dans son existence protégée. Henry aura beau tenter de reprendre le fil de sa journée, ses vieux démons et le chaos du monde le rattraperont sans cesse durant ces vingt-quatre heures, au terme desquelles plus rien ne sera jamais comme avant. Tout en faisant diaboliquement monter le suspense, McEwan entrelace évènements planétaires et privés avec une telle virtuosité que cet étrange samedi devient la métaphore de toutes nos vies fragiles d’Occidentaux pris dans la tourmente de ce début de siècle. Et cette réflexion profonde sur le hasard et le destin, les pouvoirs respectifs de la science et de l’art, la quête d’un sens qui résisterait à la mort nous montre une fois de plus, après Expiation, un romancier parvenu à la plénitude de son art. « 

Le récit des 24h d’un homme ordinaire, heureux, mais se croyant un peu trop à l’abri des vicissitudes du monde, à cause de sa situation sociale aisée. Jusqu’au jour où, pour une broutille, la violence gratuite se déchaîne et retourne sa vie et sa vision des choses.

Le rythme de ce  récit 375 pages suit le rythme de la vie, d’abord très tranquille (trop tranquille!) d’Henry Perowne pendant la première moitié du roman. Une petite alerte toutefois, au réveil. Puis, à partir de l' »incident », tout s’accélère. Le suspens monte en flèche, jusqu’au dénouement final, les événements extérieurs téléscopent la vie d’Henry. Du grand art narratif.

J’ai beaucoup aimé, comme tous ceux que j’ai lu précédemment de McEwan. Un livre qui se lit en prenant son temps. L’inverse d’un thriller. Ou plutôt un thriller à la McEwan dont lui seul a le secret.

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Sur la plage de Chesil

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Traduit par France Camus-Pichon

4e de couverture : « Ils étaient jeunes, instruits, tous les deux vierges avant leur nuit de noces, et ils vivaient en des temps où parler de ses problèmes sexuels était manifestement impossible…» Le soir de leur mariage, Edward Mayhew et Florence Ponting se retrouvent enfin seuls dans la vieille auberge du Dorset où ils sont venus passer leur lune de miel. Mais en 1962, dans l’Angleterre d’avant la révolution sexuelle, on ne se débarrasse pas si facilement de ses inhibitions et du poids du passé. Les peurs et les espoirs du jeune historien et de la violoniste prometteuse transforment très vite leur nuit de noces en épreuve de vérité où rien ne se déroule selon le scénario prévu. Dans ce roman dérangeant, magistralement rythmé par l’alternance des points de vue et la présence obsédante de la nature, Ian McEwan excelle une nouvelle fois à distiller l’ambiguïté, et à isoler ces moments révélateurs où bifurque le cours d’une vie. »

C’est par ce roman que j’ai découvert Ian McEwan en 2007. Un roman d’introspection, d’examen à la loupe d’un couple de jeunes mariés, Florence & Edward, dans le huis-clos amoureux de la nuit de noces. Mais pas tel qu’on pourrait se l’imaginer ! McEwan transforme la nuit d’amour en un véritable cauchemar et se livre là à une virulente satire d’une certaine société anglaise des années soixante. L’auteur est ici très incisif et cruel avec ses personnages, il en fait deux êtres complètement « coincés », très instruits mais complètement ignares des choses de la vie. Florence se remémore les choses qu’elles a lues dans les livres, des mots qui la laissent perplexe et la terrifient. Le couple est empêtré dans son embarras, au-delà des mots, jusqu’au malentendu et à la catastrophe finale. Leur vie bascule irrémédiablement. Un vrai gâchis stupide ai-je pensé en refermant le livre. Une démonstration magistrale des effets pervers des « tabous » dans une société.

J’ai vraiment aimé ce roman mais j’ai eu de la peine pour les personnages.

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Expiation

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Traduit par Guillemette Belleteste

4e e couverture : Sous la canicule qui frappe l’Angleterre en ce mois d’août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu’elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d’expier un crime d’enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s’interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d’une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d’une Histoire aveugle aux individus.

Ian McEwan déploie ici son talent de photographe de l’âme humaine, il dissèque les situations, les êtres et les choses dans leurs moindres détails, en laissant toutefois la porte ouverte à l’imagination du lecteur.

Briony, jeune fille de 13 ans en 1935, ambitionne de devenir écrivain mais n’appréhende pas vraiment l’univers qui l’entoure. Cela n’est sans grande importance aux yeux du lecteur qui bien souvent la perçoit comme une petite peste prétentieuse (c’est du moins mon cas, elle m’a passablement agacée au début du roman). Pendant tout la première partie du roman McEwan dissèque une chaude journée d’août 1935, le jour où va se dérouler le drame.  L’imagination débordante et délirante de Briony, son ignorance, sa jalousie et le besoin d’exister aux yeux des autres, lui font commettre le pire. La vie des trois protagonistes bascule pour toujours.

Cependant, Ian McEwan comme Briony, se joue du lecteur:  une énorme surprise l’attend à la fin du roman. Je suis même revenue en arrière en me disant que j’avais dû louper une page ou eu un moment d’inattention…

J’ai beaucoup aimé ce livre, notamment par la description des événements historiques (la majeure partie du roman se déroule pendant la 2nd Guerre mondiale et Briony soigne les soldats blessés à l’hôpital, Robbie est envoyé dans le nord de la France pendant que Cecilia passe sa vie à l’attendre) et la surprise finale.

Du grand romanesque anglais, dans la tradition de Jane Austen à laquelle Ian McEwan fait référence au début du livre.

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Victoria et les Staveney

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4e de couverture : « Victoria n’a jamais oublié sa rencontre, à l’âge de neuf ans, avec une riche famille blanche, les Staveney. Ce souvenir entêtant la poussera, des années plus tard, à entamer une liaison avec leur fils, Thomas. De cette histoire naîtra Mary, petite fille à la peau claire et au sourire radieux. En adoration devant l’enfant, les Staveney proposent de l’accueillir chez eux de plus en plus souvent. Victoria, toute à la réalisation de la chance que représenterait une telle éducation pour sa fille, n’imagine pas quelles conséquences aura sa décision. La grande dame des lettres anglaises revient sur ses thèmes de prédilection : le racisme, l’hypocrisie, l’ambition. Un regard sans concession et d’une incroyable modernité sur notre époque. « 

Tout est dit dans la 4e de couverture. Doris Lessing pointe du doigt le racisme larvé d’une gauche anglaise qui se croit « bien-pensante » et exemplaire : la fille de Victoria, métisse, dont le père n’est autre que Thomas, aura droit à une éducation que la société anglaise réserve à une certaine « élite » sociale bourgeoise et riche, tout en laissant les autres sur le bas-côté de la route, en leur réservant de moins bonnes écoles. Ainsi, la famille Staveney, en admiration devant Mary, laissera sur le côté son demi-frère, qui lui n’est pas métisse, tout comme il laissera Victoria hors de leur classe sociale. Pourtant, au début du roman, on aurait pu penser que leurs intentions ne seraient pas celles-ci, les parents de Thomas et d’Edward Staveney ayant tout à fait tenu à ce que leurs fils fréquentent la même école que celle de Victoria.

J’ai trouvé ce dernier roman de Doris Lessing décevant. Les personnages sont parfois à la limite du stéréotype, l’écrivain ne fait qu’effleurer les choses sans vraiment entamer une réflexion sur la société anglaise contemporaine. Bref, pour moi ce roman manque de profondeur et je suis restée sur ma faim. Dommage car cela se lit bien malgré tout et Doris Lessing a fait tout à fait mieux par le passé.

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Salon du livre de Paris 2015

 Oui, en mars,  je suis finalement allée au Salon du livre, mais pas grâce à Reed Expositions, bien trop occupé à compter ses sous et à presser tout ce qui peut encore l’être comme un citron. Pourtant, j’ai bien regardé, à 12€ l’entrée, les murs ne sont pas en plaqué or, on ne marche pas sur de la moquette en poil d’astragan (je sais, ça n’existe pas)…
Bref, heureusement qu’il y a des gens qui ont pensé à moi et vraiment ça m’a fait plaisir !

Mon SDL mouture 2015 a pris, en partie, une dimension un peu inattendue : celle des revendications sociales des auteurs. Le Conseil Permanent des Ecrivains s’alarme de revenus à la baisse, de réformes sociales qui semblent préoccupantes, du droit d’auteur fragilisé par la politique européenne. Il tire de signal d’alarme : « Les auteurs de livres sont clairement en danger. Et à travers eux, c’est la création éditioriale qui est menacée, dans sa liberté et dans sa diversité ». C’est vrai que dans l’imaginaire collectif, l’auteur se dessine sous une image très romantique et idyllique de celui qui vit de son oeuvre, tout tranquillement, sans soucis. C’est devenu une image d’Epinal. Auteur est, pour la plupart, un métier toujours plus précaire et les réformes à venir ne semblent guère réjouissantes. A travers eux, c’est toute une chaîne du livre qui peut se rompre.

Pour en savoir plus , voici la Lettre ouverte du CPE à ceux qui oublient qu’il faut des auteurs pour faire des livres  ICI.

En tout cas, ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une manif d’auteurs dans les travées du Salon du livre de Paris ! La marche revendicative organisée par le CPE s’est déroulée samedi en début d’après-midi, sur le thème « Pas d’auteurs, pas de livres », pas d’éditeurs, pas de lecteurs, pas de bibliothèques et… finalement pas de salon du livre !

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On aurait pu craindre un flop, mais ce fut un franc succès. La presse en parle beaucoup ce matin : L’humanité, Le Monde, Livres Hebdo
Les auteurs appellent au soutien des lecteurs. Ils ont le mien, vous l’aurez compris.

A part cela, j’ai eu un très joyeux salon, plein de belles rencontres et retrouvailles.
La perle inattendue étant la présence du Président de la République dans une allée, à un moment tout à fait cocasse pour moi : c’était pas lui que je cherchais depuis 20 minutes, hein, mais la vie est bizarrement faite parfois ! Bazardée sur le côté par les gardes du corps avant même que je comprenne ce qui se passait et qui était là, ça m’a laissé pliée de rire quand je m’en suis aperçue. Un souvenir qui restera gravé dans mes annales. 🙂

Comme pour l’instant, il y a heureusement encore des auteurs et des éditeurs, je suis partie en repérage de futures pépites à lire. J’ai atterri je ne sais pas trop comment au stand des Littératures du Bassin du Congo

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Un petit tour par la Tunisie,qui a bien besoin de soutien en ce moment, et dont quelques écrivains étaient présents

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Je suis allée voir quelques stands fétiches

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J’ai croisé beaucoup de célébrités, dont Amélie Nothomb en train de dédicacer son dernier livre m’a tant fait rire (et qui évoque, entre autres, la situation des auteurs précaires)

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Peter May, le plus frenchy des écrivains écossais littéralement assailli par ses fans
(finalement, je préfère quand il n’est pas annoncé : au moins on peut discuter 3 sercondes !)

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Je suis rentrée avec pas mal de références et quelques bouquins

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Je serais bien malheureuse si je ne pouvais plus le faire pour cause de disparition d’écrivains !
Je laisse par ailleurs Reed Expositions méditer sur sa stratégie financière pas franchement convaincante et qui pourrait perdre de l’argent à force de vouloir toujours faire plus de profit.

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Chronique écrite en mars 2015.
On en saura plus sur la stratégie des organisateurs pour 2016 dans quelques mois.
En tout cas, j’ai pu constater que, malgré un contexte très difficile, le salon du livre et de la presse de jeunesse de Montreuil 2015 était dans une logique bien différente que celle du SDLP. Une journée que je n’ai pas encore eu le temps de raconter mais on s’est éclatées comme des ados, avec ma copine de Lettre d’Irlande et d’ailleurs.

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Festival America 2014

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Le Festival America qui se déroule tous les deux ans à Vincennes. J’y ai mis les pieds pour la première fois en 2014, curieuse. Je ne suis pas du tout une spécialiste en matière de romans américains et je n’en lis pas si souvent que ça, surtout depuis que j’ai découvert les Nordiques. Je connais davantage ce qu’on appelle désormais des classiques, comme Steinbeck, (que j’adore), Jack London, Faulkner etc. Dans ma Pile de la rentrée littéraire 2014, j’ai l’énorme pavé qu’est Le Fils de Philipp Meyer. C’est ce bouquin qui m’a décidé à aller au Festival, puisque son auteur est l’un des invités majeurs, aux côté de Joseph Boyden, (dont j’ai aussi le livre depuis un moment) et Richard Ford (même chose).

Le programme du festival était très chargé. Je n’y suis allée qu’une seule journée. J’ai sélectionné deux débats d’une heure trente chacun :

« L’histoire est un roman » qui réunissait Joseph Boyden, Gérard de Cortanze, Boris Fishman, Philippe Meyer et J. Courtney Sullivan

Ce premier débat n’était pas tout à fait à hauteur de mes attentes, un peu « bateau », mais néanmoins, les écrivains ont su le faire rebondir et capter l’attention. J’ai apprécié la dimension humaniste des interventions de Boyden, Meyer et la déclaration finale de Gérard de Cortanze sur la montée de l’intolérance en France. Il a d’ailleurs été chaleureusement applaudi.

J’ai été intriguée par Boris Fishman, écrivain américain d’origine biélorusse, j’ai aimé son humour pour comparer les USA, la France et les Russes dans leur manière de gérer leur Histoire et d’aller de l’avant. Les Américains foncent sans aucune retenue, les Russes reculent et les Français sont précautionneux. Il a mimé la chose, c’était tordant ! Ca m’a donné envie de découvrir son livre, Une vie d’emprunt.
Par contre, je ne pense pas lire un jour du J. Courtnay Sullivan : elle paraissait en retrait du débat. Un roman sur l’histoire du mariage, une idée qui lui est venue lors du débat sur le mariage homosexuel. Elle souhaite montrer qu’à travers le temps, le mariage a évolué. Mais j’avoue qu’un roman là-dessus n’est pas dans mes sujets de prédilection.

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J’ai regretté que deux écrivains (J. Courtnay Sullivan et Philipp Meyer) s’en aillent avant la fin du débat parce qu’ils devaient intervenir dans un autre qui chevauchait celui-ci : c’est moyen, niveau organisation.

Le deuxième débat, « De la violence en Amérique » m’a beaucoup plus enthousiasmée. Un plateau de choix qui réunissait Philipp Meyer, Donald Ray Pollock, Justin Saint Germain, Joyce Maynard et David Vann. J’avais décidé d’y assister en raison de la présence de Philipp Meyer. Mais j’ai découvert qu’il y avait aussi deux autres écrivains formidables : Donald Ray Pollock, dont je connaissais à peine le nom. Devenu écrivain sur le tard, après avoir travaillé 32 ans comme ouvrier dans une usine de pâte à papier, il n’est pas trop apprécié par les politiques dans son pays : il est pour la réglementation du port des armes à feu et il a démontré comment le gouvernement s’est débrouillé pour rendre la chose impossible.

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Lui et Philipp Meyer dialoguaient pour expliquer le pourquoi du mythe de la violence aux USA. Aux Etats-unis, on dit aux gens dès leur enfance qu’ils vivent dans un pays où tout est possible pour chacun d’entre eux, où tout le monde où l’on peut devenir astronaute, président, magistrat, médecin etc. Mais c’est faux (évidemment!). Selon eux, c’est la raison pour laquelle les gens qui échouent, par frustration, retournent en quelque sorte cette violence vers eux-mêmes par le biais de l’arme à feu tout puissante. L’image du mythe John Wayne n’est pas morte, parce que les gens baignent dedans dès leur prime enfance. Le mythe de la police qui est là pour protéger les citoyens est aussi un leurre. C’est du moins l’idée de David Vann chez qui tout est noir de chez noir et sans espoir : au moins lui, je sais que je ne lirai jamais ses livres : je n’aime pas le trop noir-sans-espoir !
J’ai découvert que le mentor de Justin Saint Germain (auteur de Son of Gun, autobiographique) n’est autre que Colm Toibin !
Enfin, l’intervention très enjouée de Joyce Maynard, qui parle français au point d’oublier qu’elle a une interprète, auteur très sympathique et accessible, m’a convaincue d’acheter L’homme de la montagne, tout simplement parce que je me demande ce qu’est la solution de son intrigue, sorte de Stand by me au féminin, qui l’a réveillée en pleine nuit ! L’animateur lui a réservé une question surprenante,  rien que pour elle (on se demande pourquoi) : « êtes-vous pour la peine de mort dans certains cas? » mais il n’a pas eu de réponse si ce n’est : « je suis une femme de gauche ». Et bing !

Festival Amercia ce n’est pas que des débats : c’est aussi des projections de film (le matin, j’ai pas pu), un salon du livre où il y avait foule et des libraires sympathiques, légèrement débordés mais toujours prêts à conseiller, des dédicaces d’écrivains jonglant avec les interventions un peu partout

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(oui mais il était à un débat avec Djian à ce moment-là)

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(la littérature indienne n’était pas en reste – ni Québécoise d’ailleurs)

Quelques belles voitures du côté de l’Hôtel de Ville,

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des tipis pour les petits

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des expos photos :

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(les chats les plus américains du monde!)

J’ai dû faire des choix car une journée n’est pas tout à fait assez. Une journée réussie toutefois, avec la perspective de nouvelles lectures potentielles. Mais pour l’instant dans mon sac au retour, juste le dernier roman de Joyce Maynard :

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Un beau voyage outre-Atlantique  le temps d’un week-end.
Le prochain rendez-vous est fixé à septembre 2016 !

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Prodigieuses créatures

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Traduit par Annouck Neuhoff

4e de couverture : « La foudre m’a frappée toute ma vie. Mais une seule fois pour de vrai » Dans les années 1810, à Lyme Regis, sur la côte du Dorset battue par les vents, Mary Anning découvre ses premiers fossiles et se passionne pour ces « prodigieuses créatures » dont l’existence remet en question toutes les théories sur la création du monde. Très vite, la jeune fille issue d’un milieu modeste se heurte aux préjugés de la communauté scientifique, exclusivement composée d’hommes, qui la cantonne dans un rôle de figuration. Mary Anning trouve heureusement en Elizabeth Philpot une alliée inattendue. Celte vieille fille intelligente et acerbe, fascinée par les fossiles, l’accompagne dans ses explorations. Si leur amitié se double peu à peu d’une rivalité, elle reste, face à l’hostilité générale, leur meilleure arme. Avec une finesse qui rappelle fane Austen, Tracy Chevalier raconte, dans Prodigieuses Créatures, l’histoire d’une femme qui, bravant sa condition et sa classe sociale, fait l’une des plus grandes découvertes du XIXe siècle. »

A vrai dire, je ne m’attendais pas du tout à un tel récit. Je n’imaginais pas que les deux héroïnes étaient ce qu’elles étaient, à savoir une vieille fille bourgeoise (Elizabeth Philpot) et une paysanne (Mary Anning). En fait, je m’attendais à être directement en contact avec des femmes scientifiques, à être plongée dans le monde de la science. Que Nenni !

L’immense mérite de ce roman est de faire connaître la condition – scientifique – des femmes au début du XIXe siècle. Dans un monde d’hommes, elles voient leurs découvertes réappropriées par ces derniers. Mary et Elizabeth devront, plus d’une fois monter au créneau pour qu’une certaine vérité soit rétablie. C’est d’autant plus difficile pour Mary qu’elle est issue d’un milieu très modeste et habite dans un village perdu bien différent de l’univers londonien. Cependant, au fil du temps, elle arrivera à se faire connaître et à être reconnue.

Ce roman est aussi une histoire d’amitié entre deux femmes que vingt ans d’âge séparent et un milieu social. Une amitié plus forte que tout, même si ce n’est pas un long fleuve tranquille…

J’ai vraiment été happée par le récit dès les premières pages. Le lecteur se retrouve aux côtés de Mary et Elizabeth sur la plage par tous les temps, à fouiller le sable, la glaise et les rochers. C’est incroyable. Un récit prenant donc.
Cependant, j’ai fini par m’ennuyer un petit peu au bout d’un moment. Et j’ai trouvé quelques faits invraisemblables (surtout au début), comme le fait que l’un des éboulements de la falaise, qui a anéanti l’espoir de Mary de dégager son premier « croco », se trouve miraculeusement balayé par une tempête…

Ce livre n’est donc pas un coup de coeur mais un roman que j’ai bien aimé malgré tout, bien écrit et bien documenté.

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En un monde parfait

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4e de couverture : « Jiselle, trentenaire et toujours célibataire. croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark Dorn, un superbe pilote veuf et père de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement idyllique qu’elle accepte aussitôt, quittant les tracasseries de sa vie d’hôtesse de l’air pour celle, a priori plus apaisante, de femme au foyer. C’est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les Etats-Unis. lui donnant des allures de pays en état de guerre. Tandis que les événements s’accélèrent autour d’elle, l’existence de Jiselle prend un tour dramatique. l’obligeant à puiser dans ses ressources pour affronter cette situation inédite… « 

Dès le début , avec Mark Dorn, ce pilote de ligne sorti tout droit d’une publicité pour « Ultra bright », on sent l’entourloupe. Pourtant, Jiselle, trentenaire toujours célibataire accepte aussitôt sa demande en mariage, qui pourtant semble un peu trop rapide pour être tout à fait honnête, et renonce à sa vie d’hôtesse de l’air pour s’occuper des trois enfants de Monsieur… Ce conte de fée est une manière pour elle de fuir un univers professionnel stressant et de céder à la pression sociale au regard de son célibat. Pourtant une crise énergétique et sanitaire sans précédent (plus d’essence, plus d’électricité, une pandémie dite « grippe de Phoenix » ) va bouleverser ses projets alors que Jiselle, trop obnubilée par son mariage, n’y prête pas une oreille attentive. Pourtant, la réalité du monde extérieur rattrappe au fur et à mesure l’univers feutré de la jeune-femme, qui se rétrécit comme peau de chagrin.

J’ai trouvé intéressante la tentative de mélange des genres (conte de fée/fantastique gothique/science-fiction). Pourtant, trop de « grosses ficelles », trop de clichés pas vraiment rompus et des invraisemblances : par exemple, comment une petite peste comme Sara peut-elle devenir subitement un angelot ? Et je ne parle même pas de la mystérieuse disparition de Mark Dorn, retenu en quarantaine en Allemagne, qui disparaît sans que cela n’inquiète pas plus le reste de la famille… : on a l’impression que l’auteur s’est débarrassé du personnage ne sachant qu’en faire.

Par moments, le roman prend des allures de « thriller écologique ». C’est à ce niveau-là que l’intensité dramatique est la plus forte et l’aspect du roman le plus intéressant. Les hommes sont réduits à vivre comme il y a des centaines d’années en arrière, renonçant, contraints et forcés, au confort moderne et à la société de consommation, obligés de tout économiser et de réfléchir avant d’agir et de dépenser.

C’est l’occasion pour l’écrivain de jouer avec la frontière du fantastique : des glapissements lointains et inquiétants surgissent dans la nuit sans que leur nature ne soit vraiment élucidée, la nature végétale reprend ses droits, transformant la ville en jungle dangereuse, les fantômes (ou hallucinations ?) apparaissent…

Pourtant, on a l’impression que Laura Kasischke ne va pas au bout de ses idées et du coup, le ton général du roman reste tiède voire mièvre.Le coup de griffe que l’on sentait ne vient pas. Le lecteur reste sur sa faim. C’est dommage, d’autant que ce roman, écrit dans un style fluide très agréable. Mais je suis restée sur ma faim.

Donc avis mitigé pour moi.  C’est le premier roman que je lis de l’auteur

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2011

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La couleur des sentiments

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Traduit par Pierre Girard

4e de couverture : « Chez les Blancs de Jackson, Mississippi, ce sont les Noires qui font le ménage, la cuisine, et qui s’occupent des enfants. On est en 1962, les lois raciales font autorité. En quarante ans de service, Aibileen a appris à tenir sa langue. L’insolente Minny, sa meilleure amie, vient tout juste de se faire renvoyer. Si les choses s’enveniment, elle devra chercher du travail dans une autre ville. Peut-être même s’exiler dans un autre Etat, comme Constantine, qu’on n’a plus revue ici depuis que, pour des raisons inavouables, les Phelan l’ont congédiée. Mais Skeeter, la fille des Phelan, n’est pas comme les autres. De retour à Jackson au terme de ses études, elle s’acharne à découvrir pourquoi Constantine, qui l’a élevée avec amour pendant vingt-deux ans, est partie sans même lui laisser un mot. Une jeune bourgeoise blanche et deux bonnes noires. Personne ne croirait à leur amitié ; moins encore la toléreraient. Pourtant, poussées par une sourde envie de changer les choses, malgré la peur, elles vont unir leurs destins, et en grand secret écrire une histoire bouleversante. Passionnant, drôle, émouvant, La Couleur des sentiments a conquis l’Amérique avec ses personnages inoubliables. Vendu à plus de deux millions d’exemplaires, ce premier roman, véritable phénomène culturel outre-Atlantique, est un pur bonheur de lecture. »

Un immense coup de coeur pour ce roman ! Pourtant, au regard des dernières lignes de la 4e de couverture, ce n’était pas gagné d’avance dans ma tête, sachant que je me méfie de ce genre d’effet d’annonce.

Et pourtant. Quelle merveille ! Un récit envoûtant qui entraîne le lecteur à Jackson, dans le Mississippi entre 1962 et 1964, où sévissent encore les lois raciales, interdisant aux Noirs et aux Blancs de se mélanger, et même de se marier entre eux,et  où le Ku Kux Klan sévit encore pour punir les récalcitrants noirs…

Les trois personnages principaux, Aibileen, Minnie et Skeeter sont particulièrement attachants. Minnie m’a fait mourir de rire plus d’une fois – un grand coeur derrière une carapace en fer – en particulier lorsqu’elle dévoile la fameuse Chose Abominable Epouvantable qu’elle a fait à sa patronne blanche, Miss Hilly. Celle-ci est vraiment une grosse truie (c’est le mot qui m’est venu à l’esprit à la fin, en lisant ce qu’elle essaie de faire à Aibileen) ! La pire de toutes les femmes de Jackson, prisonnière de sa bêtise et d’une méchanceté incroyable.  Aibileen, 53 ans, bonne depuis 40 ans, est d’une philosophie à toute épreuve – ou presque – face aux événements. Skeeter (surnom parce qu’elle a un profil qui rappelle quelque chose comme un moustique) est une jeune femme qui apprend à dépasser les carcans familiaux, raciaux et sociaux pour gagner sa liberté. La vie toute tracée qui s’annonce à elle ne l’intéresse pas car dans cet univers elle devra soit mentir, soit se censurer en permanence. Une vraie amitié naît entre ces trois personnages qui prennent des risques considérables pour venir à bout de leur projet, malgré un chemin pavé d’embûches. Et ça en valait la peine. Même si la fin n’est pas tout à fait une happy end. Mais c’est aussi la force du roman, qui est, de plus, une page de l’histoire des Etats-Unis. Une part de vécu aussi.

Un récit subtil qui évite les écueils, une écriture dynamique et très agréable à lire, beaucoup d’humour malgré un sujet grave, mais aussi des moments d’émotion intense. On laisse vraiment à regret les personnages quand on referme le livre, pourtant c’est un pavé de plus de 500 pages ! Un conseil : jetez-vous dessus, vous ne pourrez plus le lâcher !

Lu dans le cadre du Grand Prix des Lectrices de Elle 2011 (il fut d’ailleurs le lauréat).

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Certaines n’avaient jamais vu la mer

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Traduit par Carine Chichereau

4e de couverture : « Ces Japonaises ont tout abandonné au début du XXe siècle pour épouser aux Etats-Unis, sur la foi d’un portrait, un inconnu. Celui dont elles ont tant rêvé, qui va tant les décevoir. Choeur vibrant, leurs voix s’élèvent pour raconter l’exil : la nuit de noces, les journées aux champs, la langue revêche, l’humiliation, les joies aussi. Puis le silence de la guerre. Et l’oubli. »

Le roman a obtenu le prix Femina étranger en 2012. Cela faisait un moment que le sujet me paraissait à la fois intéressant et intriguant. La parution en poche a fini de me convaincre de lire ce livre.

Mon avis va être rapide et aussi mince que ce roman pourtant dense.

Il s’agit à la fois d’une page de l’histoire du Japon et de celle des Etats-Unis, à savoir l’immigration japonaise vers les USA au début du XXe siècle, en particulier celle des Japonaises mariées à des Américains qu’elles ne connaissent pas et qui fuient leur pays parce qu’on leur promet un avenir meilleur là-bas. Mais la réalité est tout autre pour la plupart d’entre elles. Puis la Seconde Guerre mondiale surgit, avec ses hordes d’horreurs et de suspicions. Une page d’Histoire rayée des mémoires. Ce roman se veut un hommage et de ce point de vue-là il est réussi. Mais il y a quand même un bémol.

Ce bémol concerne le style d’écriture choisit par Julie Otsuka. Un choix courageux car on accroche ou pas. Elle choisit de ne recourir au « nous » collectif pour évoquer la multiplicité des situations mais aussi la communauté et l’anonymat de toutes ces Japonaises expatriées. Résultat me concernant : je suis restée en dehors du récit, je n’ai pas tout à fait réussi à m’accrocher aux personnages ni à ressentir autant d’émotion que les scènes décrites l’auraient voulues. J’ai fini par me lasser. Mais j’ai néanmoins appris une page d’Histoire que j’ignorais.

Une lecture en demi-teinte. J’attendais mieux.

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