Le choeur des paumés

51l-Y5AqedL

Traduit par Frank Reichert

4e de couverture : « L’inspecteur Harry Synnott est un garda intègre. Même si ça doit lui coûter son mariage, même si certains de ses collègues l’évitent, même s’il doit trafiquer des preuves pour éviter qu’un coupable s’en tire… Il croit en la justice quel qu’en soit le prix. Dans les commissariats de Dublin, comme dans ceux de Galway, tous se battent pour leurs idéaux alors qu’autour d’eux l’Irlande vacille et se perd dans l’afflux soudain d’argent et la corruption galopante. Harry Synnott quant à lui, devrai payer le prix fort pour faire aboutir son enquête.

Oubliez l’Irlande des Leprechauns. Ici Gene Kerrigan, écrivain que je découvre, peint une Irlande bien noire où il ne fait pas bon avoir des problèmes, que ce soit avec les hommes si vous êtes une femme ou même avec la police, corrompue à souhait et aux méthodes peu orthodoxe pour faire avouer ceux qu’elle prend dans ses filets. Oubliez l’humour irlandais également. Ici on ne rigole pas.

Plusieurs intrigues sont menées de front : à  Galway un cinglé est monté sur le toit d’un pub et menace de sauter, puis insinue avoir commis un massacre ; à Dublin une jeune femme accuse un jeune homme de bonne famille de viol ; un type prépare le casse d’une bijouterie ; une camée tente de soutirer de l’argent à un touriste américain en vacances à Dublin, en le menaçant avec une seringue remplie de… Ketchup !

Plusieurs gardai peuplent aussi l’intrigue : l’inspecteur Harry Synnott de Dublin, accompagné de la flickette Rose Cheney ; le gardai Mills à Galway. Pourtant, ils ne forment pas les meilleurs amis du monde : en effet, ça flingue chez les racailles et les paumés autant que dans la police où tous les coups sont permis, même les plus vicieux. Rose, en particulier est bien perverse (mais là j’en dis déjà trop !).

Autant dire qu’on ne trouve aucun personnage sympathique dans ce roman, ils sont même plutôt effrayants… En y réfléchissant bien, on se demande si c’est une bonne idée de repartir en vacances en Irlande ! Eh oui, Gene Kerrigan ne fait vraiment pas dans la dentelle en décrivant une société irlandaise corrompue jusqu’au trognon, où la police ne vous serait pas vraiment d’en grand secours en cas de pépin, où les repères sont à la dérive.

Un détail qui m’a amusée : Harry Synnott est un graphomane aigu, il note tout quand il interroge un suspect et il lui fait signer son « grabouillage ».

On passe un bon moment, malgré une ambiance pesante et pince sans rire, très différente de celle des polars de Hugo Hamilton ou Ken Bruen. A la petite semaine, premier volume des aventures de l’inspecteur Synnott  attend déjà dans ma PAL…

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Mort en été

819g3cXli1L.jpg

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « Dublin, 1952. Dirk Jewell, le propriétaire du Daily Clarion, quotidien de la ville, est retrouvé mort chez lui, un fusil dans les mains. Appelés sur les lieux du drame, Quirke, le légiste tourmenté, et Hackett, l’inspecteur qui l’aide sur tous ses mauvais coups, constatent qu’il ne s’agit pas d’un suicide, mais d’un meurtre. L’homme était marié et père d’une fillette, richissime, très influent, redouté, jalousé, peu populaire, bref, voilà un meurtre entouré d’autant de suspects que de mobiles potentiels. Dès sa première rencontre avec les proches de la victime, Quirke est troublé par l’énigmatique veuve, par sa solitude, son mystère, sa froideur, son charme. Cette attirance va l’entraîner sur un chemin que sa conscience aurait dû lui interdire de suivre, et sérieusement compliquer l’enquête… »

Quatrième rendez-vous avec l’attachant Docteur Quirke, qui n’est pas un George Clooney dublinois, mais un médecin légiste adorablement bourré de défauts. Ayant largement trop abusé de la bouteille dans le volume précédent, il a renoncé à l’alcool après une cure de désintoxication. N’empêche, Quirke n’a pas besoin de boire pour endosser un rôle, devenir un autre personnage : celui du détective privé. C’est la mort du magnat de la presse dublinoise, Richard Jewell, surnommé très poétiquement Diamond Dick Jewell, c’est-à-dire en gros « Diamond du Gland de mes bijoux de famille »
Ce qui pique la curiosité de Quirke et le mènera sur une pente glissante, c’est qu’aucun membre de la famille ne semble attristé par la mort de cet homme à la réputation sulfureuse. Malgré l’avertissement de sa fille Phoebe, notre bon vieux docteur se lance dans une enquête parallèle à celle son ami l’inspecteur Hackett, parce qu’il croit au meurtre et non au suicide. La police est une peu trop molle du genou à son goût !

En parlant de genou, on ne peut pas dire que Quirke soit très sage. Il est complètement scotchée par Françoise d’Aubigny, la veuve de Dirk Jewell, une Française et fait fi d’Isabel Galoway. Mais non content de mettre sa vie sentimentale sens dessus dessous, il tente même d’y entraîner Phoebe qu’il voudrait bien voir se caser avec son collègue, le jeune David Sinclair.

Si dans La disparition d’April Latimer, Benjamin Black mettait en scène un noir à Dublin, ici, il présente une autre minorité et tout le mystère et les préjugés qu’elle suscite dans l’Irlande des années cinquante : le juif, avec les personnages de David Sinclair et de la famille Jewell.

On retrouve aussi les thèmes chers à Benjamin Black : la maltraitance enfantine, la perte d’identité, la famille disloquée, le secret de famille. La résolution de l’énigme fera une fois de plus du coupable avant tout une victime. On devine d’ailleurs un peu trop vite qui est coupable de la mort de Richard Jewell, même si la raison de ses actes est savamment gardée jusqu’au bout.

Un roman noir agréable à lire même si cette fois j’ai trouvé que c’était un peu moins prenant que dans les précédents volumes.

L’autre défaut (indépendant du talent de l’auteur)  est que la parution des tomes en France est trop espacée : du coup on a du mal à se rappeler ce qui s’est passé auparavant. Mieux vaut avoir pris des notes car les principaux protagonistes évoluent.

Enfin, le personnage de la femme française est tellement caricatural que cela en est presque comique . Je ne vois pas Benjamin Black ne pas le faire volontairement, mais je ne vois pas ce que cela apporte à l’intrigue puisque ce n’est même pas drôle cette femme fatale face au médecin tourmenté.

J’attends mieux du tome 5. Et dommage pour le doigt de David…
En tout cas, je veux savoir quelle sera  la prochaine bêtise de Quirke !

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

La disparition d’April Latimer

 

 

51CgauJOutL._SX303_BO1,204,203,200_

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : « Rebelle, indépendante, un goût pour les hommes peu conventionnel… Dans la société dublinoise conservatrice, patriarcale et ultracatholique des années 1950, April Latimer, jeune interne en médecine, laisse dans son sillage comme un parfum de scandale. Rebelle, indépendante, avec un goût pour les hommes décidément peu conventionnel… Quand Phoebe Griffin, sa meilleure amie, découvre qu’elle a disparu, elle redoute le pire. Etrangement, de leur petite bande d’amis hétéroclite, Phoebe semble la seule à s’inquiéter ainsi – la seule ) qui on a caché certaines choses ?… Malgré leurs relations compliquées, c’est vers son père, le brillant mais imprévisible Quirke qu’elle se tourne pour retrouver la trace d’April. Et c’est ainsi que Quirke se voit impliqué bien plus qu’il ne l’aurait voulu dans une enquête aussi trouble que troublante, au coeur d’un entrelacs de liaisons dangereuses d’où émerge peu à peu une effroyable vérité. »

Voici le troisième volume des aventures du Dr Quirke, médecin légiste de son état, dans l’Irlande des années 50 (après Les disparus de Dublin et La double vie de Laura Swan). Un adorable personnage de la trempe des Erlendur. D’ailleurs, les deux personnages se confondent parfois dans mon esprit parce que je trouve qu’il se ressemble. Mis à part que Dr Quirke est porté sur la bouteille. Mais, on peut le comprendre, avec son histoire familliale un zeste compliquée et combien douloureuse. Ici Dr Quirke sort d’ailleurs de l’asile qui soigne les alcooliques. Parce qu’il avait trop souffert à la fin de La double vie de Laura Swan, où Phoebe avec fait des siennes…

Ici, Phoebe s’inquiète pour April, une amie interne à l’hôpital de Dublin qui ne donne pas signe de vie depuis plusieurs jours. April est une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux dans la société irlandaise sclérosée des années 50. Cependant, comme toujours chez Benjamin Black alias John Banville, l’intrigue du roman noir n’est qu’un prétexte pour décrire la société de son pays (ici les années 50).

C’est un jeune homme noir, qui fait partie du cercle d’amis de Phoebe qui attire l’attention (aussi bien du lecteur que des autres personnages). Les clichés vont bon train… si vous voyez ce que je veux dire ! Le jeune homme intrigue, c’est clair. Autant qu’April d’ailleurs. A tel point qu’on leur prête une liaison non moins sulfureuse. April, quant à elle, est « abandonnée » par sa famille, celle de la haute bourgeoise catholique irlandaise parce qu’elle est trop « libre », qu’elle ne veut pas rentrer dans le moule étriqué réservée aux jeunes femmes à cette époque. Elle les encombre un peu ! Alors, quand l’inspecteur de police, ami de Quirke depuis toujours, découvre du sang sous le lit d’April et pas n’importe quelle sorte de sang, laissez-moi vous dire que l’imagination se déchaîne et le coupable désigné circule sous le manteau…

La fin n’en est pas moins édifiante ! John Banville joue avec les clichés pour mieux les renverser (évidemment ! – sinon il ne serait pas cet écrivain génial). Du portrait d’une jeune fille libre, il met en miroir une société quelque peu désaxée mentalement, frustrée, où les cinglés, les sauvages, les fous furieux ne sont évidemment pas ceux que désignent des gens se croyant bien-pensants. Banville joue de sa plume grinçante, de manière habile cependant. Il intrigue avec cette fin qui n’en est pas vraiment une… La seule envie que l’on a en refermant le roman, c’est de connaître la suite. Je suis addict depuis plusieurs années et apparemment, ce n’est pas prêt de s’arrêter !!

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

La double vie de Laura Swan

51L23DYOvGL__SL500_AA300_

Traduit par Michèle Albaret-Maatsch

4e de couverture : »  » Quirke l’imagina, aplatie sur les rochers mouillés, mie longue mèche rousse enroulée autour du cou, telle une épaisse corde d’algues brillantes. Qu’est-ce qui avait donc pu pousser cette belle et saine jeune femme à se jeter des falaises de Sandycove dans les eaux noires de la baie de Dublin, au beau milieu d’une nuit d’été, sans aucun témoin à part les étoiles scintillantes et la silhouette sinistre de la tour Martello au-dessus d’elle ? « .
Bien que l’autopsie lui prouve le contraire (la jeune femme n’est pas morte noyée, mais d’une overdose d’héroïne), Quirke va laisser classer cette affaire comme un suicide. Et pourtant… Vieux loup de plus en plus solitaire, il ne peut s’empêcher de fureter dans le passé de la victime et découvre que celle-ci avait non seulement une double identité mais une double vie, peuplée de personnages aussi troubles que les circonstances de sa mort. Lorsqu’il apparaît que Phoebe, sa propre fille, est à son tour impliquée, Quirke se retrouve pris dans un piège qui, une fois de plus, fera ressurgir les démons du passé… »

J’ai découvert Les disparus de Dublin qui m’avait absolument enchantée. Il me fallait donc absolument lire ce deuxième tome des aventures du médecin légiste Quirke. Il faut avoir lu le premier pour mieux comprendre le deuxième car certaines allusions y font référence assez souvent. Cela dit, l’intrigue est totalement indépendante.

Deux années ont passé depuis Les disparus de Dublin. Phoebe a maintenant 23 ans et elle ne pardonne pas à Quirke ce qu’il lui a caché pendant si longtemps. Et elle s’agace particulièrement lorsque celui-ci s’intéresse à sa vie privée. Or Dublin est une petite ville en ces années 50. Les gens s’y croisent facilement. D’autant plus lorsqu’on est coquette et que l’on fréquente parfois un institut de beauté dont la propriétaire a été retrouvée noyée… Et tel père, telle fille, ou telle fille tel père ! Le mari de la victime n’est autre qu’un ancien camarade de classe de Quirke. Il vient le lui demander de ne pas autopsier sa pauvre défunte épouse. Ainsi, père et fille vont s’embarquer, chacun à leur façon et chacun de leur côté, sur une délicate affaire qui les mènera plus loin qu’ils ne l’imaginaient.

Par un subtil aller-retour présent-passé, l’écrivain dévoile peu à peu la vie que menait la victime, une jeune femme en apparence bien tranquille : Deirdre Hunt. Mariée à Billy pour s’échapper du sinistre quartier des Flats de Dublin et à un père un brin incestueux, elle ne voit pas de piège lorsque l’étrange Leslie White lui propose de s’associer à elle pour monter un institut de beauté : The Silver Swan (titre original du livre, d’ailleurs). Pensez donc, un univers de beauté, quand on vient des Flats, ça ne se refuse pas si facilement ! Seulement Leslie n’est peut-être pas aussi white qu’il le dit et il va lui faire faire de ces choses… oh ! my godness !

Les fils narratifs des différentes intriguent se lient peu à peu, dans une évidence implacable. Le lecteur devine le noeud de l’histoire mais dans une sorte de déni, ne veut pas y croire… Et pourtant !

C’est avec beaucoup d’humour caustique, d’ironie ravageuse que John Banville promène ses personnages dans ce roman noir aussi sombre que la Guinness, tout en jouant à merveille avec une thématique bien classique que je ne peux pas révéler sous peine d’en dire trop. Il manipule à merveille le lecteur et ce pauvre Quirke au grand coeur. L’inspecteur Hackett pensait également qu’il avait « une vision moins rose des êtres humains et de leurs actions ». Nous aussi et on s’est laissé berner !

Un roman noir sans doute moins fouillé d’un point de vue historique que le premier volume mais John Banville/Benjamin Black reste un conteur hors pair qui nous fait avaler ce pavé de 403 pages d’une traite sans pouvoir le lâcher avant de connaître le fin mot de l’histoire. Ses personnages sont si attachants, en plus, qu’on en redemande ! Vivement la suite des aventures de Quirke ! Je l’adore ce gros nounours solitaire qui sait si bien nous promener dans Dublin !

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , , , | Laisser un commentaire

La maîtresse de mon amant

41F9KTQB0JL__SL160_AA160_

Traduit par Michèle Valencia

4e de couverture : « Quand Marcus, jeune architecte au charme mystérieux, lui propose de partager son loft londonien, Lily accepte sans hésiter. Mais, dès son arrivée, elle éprouve un sentiment de malaise. L’appartement garde les traces de l’ex-petite amie de Marcus, brutalement disparue. Intriguée, Lily cherche à percer ce mystère. L’image de cette rivale la hante, la poursuit. »

Ce roman est divisé en quatre parties. Dont la première se situe avant la « révélation ». Et c’est la plus réussie. Maggie O’Farrell arrive à distiller un suspense infernale qui fait avaler les cent quatre-vingt-deux pages en un rien de temps. On se dit que l’on tient là un « page-turner » fascinant. Maggie O’Farrell adopte là le point de vue de Lily la nouvelle colocataire et aussi petite-amie de Markus, un bellâtre que l’on sent tout de suite trop propre sur lui pour être tout à fait honnête, surtout quand il affirme que Sinead, son ex, n’est « plus de ce monde ». Troublée Lily mène l’enquête, jusqu’à friser la folie. Le récit est à ce stade proche du fantastique et le lecteur ne sait plus trop à quel saint se vouer. Lily a-t-elle perdu la tête, est-ce la jalousie qui lui fait voir Sinead partout dans l’appartement et dans une librairie…

Soudain, au bout de ces 182 pages, THE révélation (que je ne peux évidemment pas dévoiler). Et THE catastrophe pour la suite du roman  (que je ne peux pas non plus dévoiler) qui tombe dans une platitude décevante. Plus de suspense. Et surtout une évidence tellement énorme qu’on se demande à quoi servent les trois autres parties du livre : Marcus est un coureur de jupons et un goujat de première. Bref, tout ça pour ça. Sans surprise finale, même dans le bush australien, qui frôle l’invraisemblance.

Une déception donc. Dommage. Parce que c’est pourtant sublimement écrit et j’ai vraiment apprécié la manière dont elle décortique chaque geste, chaque micro-événement.

Cette édition est épuisée. Peut-être la trouverez-vous en bibliothèque ou sur les sites de livres d’occasion.

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Turbulences catholiques

51Ki4+gcDEL

Traduit par Natalie Beunat

4e de couverture : « Dan Starkey a décidé de redonner une chance à son couple. Pour preuve, il s’engage à assumer la paternité de Little Stevie, le bébé que sa femme Patricia a eu avec son amant. C’est ce bon moment de félicité familiale que choisit le primat de Toute l’Irlande pour lui confier une enquête pour le moins inhabituelle sur une minuscule île aux oiseaux, battue par les flots. Sous la houlette du père Flynn, les rares habitants de cette terre isolée sont persuadés que le Messie est né chez eux et, qui plus est, se serait incarné en une petite fille répondant au prénom de… Christine. Quoi de mieux pour le journaliste qu’une retraite rurale grassement payée ? Et l’endroit idéal pour se mettre enfin à l’écriture de son livre ! Ce qui s’annonce comme un canular facile à déjouer vire peu à peu au cauchemar. Pour Dan, aux prises avec ses vieux démons que sont l’alcool et les femmes, ça tourne carrément à l’île de la tentation ! Au premier meurtre, l’ambiance bucolique prend du plomb dans l’aile. Quant au premier verre, il pourrait bien être le dernier… Avec ce thriller hilarant, Colin Bateman aborde sans complexe l’absurdité de l’intégrisme religieux. »

Contrairement à Stuart Neville (autre écrivain nord-irlandais) qui fait dans le « trash-pince-sans-rire », (même si Les fantômes de Belfast est tout à faire remarquable), Colin Bateman a toujours l’humour comme détonateur.
Son héros, Dan Starkey, journaliste de son état, imparfait au possible (évidemment, sinon ça ne serait pas drôle !) est souvent embarqué dans des aventures farfelues ou dans un pétrin dans lequel il s’est mis tout seul. Dans Divorce, Jack !, il avait déjà des démêlés avec Patricia son épouse. Parce que Dan a un souci majeur : il n’est pas vraiment fidèle ! Mais ici, sa femme a pris sa revanche et même plus : elle a eu  un gamin avec son amant ! Déjà vous voyez le tableau !! Mais Dan accepte d’élever ce rejeton, mais ce n’est pas tout : sous prétexte de recoller les morceaux de son couple et d’écrire le livre qui fera de lui « le digne représentant du roman made in Ulster », il accepte de jouer les agents secrets à la demande d’un homme d’Eglise et de se rendre sur une île nord-irlandaise, coupée du reste du monde… En effet, sur cette île, il s’en passe de belles : il y aurait une réincarnation du Messie sous les traits d’une petite fille prénommée Christine !

Quand j’ai commencé à lire cette histoire, je me suis demandée où Colin voulait m’embarquer avec un sujet aussi loufoque (so british, je trouve). Ca m’a fait un peu peur mais pourtant, son humour tout aussi déjanté que son sujet a atteint son but : j’ai fait la traversée sur l’île de Wrathlin et j’ai vécu l’angoisse de Dan, au milieu de personnages tous plus bizarres les uns que les autres…

Sous couvert d’histoire abracadabrante et d’humour décapant, Colin Bateman dénonce ici les agissements intégristes, quels qu’ils soient. Quand on rencontre le père Flynn, catholique à qui l’on a greffé un coeur de protestant pour lui sauver la vie, on a compris où l’auteur veut en venir…

J’ai bien aimé cette lecture originale, même si ce n’est pas mon livre préféré de l’auteur (le meilleur lu jusqu’à présent étant l’incontournable Divorce, Jack !). Reste l’ambiance d’une île coupée du reste du monde qui m’a bien plu, même si ces habitants ressemblent à des psychopathes en puissance qu’on n’aimerait pas avoir comme voisin !

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

La bicyclette de la violence

51nug6X0XdL._SX302_BO1,204,203,200_

Traduit par Stéphane Carn

4e de couverture : « Le jeune Miller boit trop. Il est gros et moche comme les sept péchés capitaux et ses proches sont tous morts plus bêtement les uns que les autres lors des deux dernières années. Aussi, lorsque son journal le mute pour raisons disciplinaires dans la banlieue la plus dure de Belfast ça ne lui fait ni chaud ni froid. Miller déteste de toute façon cette ville, les gens, les meurtres et les alertes à la bombe. Mais il reste un excellent journaliste ; le fouille-merde par excellence ; celui dont les questions vont réveiller les morts… »

Franchement, si vous voulez passer un bon moment avec un livre qui ne donne pas mal à la tête tout en étant très bien fait, je ne peux que vous conseiller de choisir celui-ci. D’abord, c’est absolument hilarant. Miller, journaliste de son état, qui se déplace sur un vélo (la bicyclette de la violence) pour faire ses reportages, est nettement moins bête qu’il en a l’air et c’est un crème, mais vraiment un crème de gars. Mais attention, si on le cherche, on le trouve ! Et celle qui le trouve, c’est la toute aussi déjantée et paumée Marie. Ce livre raconte leur histoire d’amour avec pour lieu d’action le blède glauque de Crossmaheart, 60 km de Belfast, où le rédac chef a exilé pour quelque temps Miller (ne cherchez pas sur une carte si cette ville existe, c’est pas la peine!).

L’histoire, je vous laisse la découvrir vous-même. Mais je vous préviens, votre petit coeur va se serrer et fondre à la fin. Non, vraiment la vie est trop trop injuste avec Miller et Mary.

J’ai bien l’intention de poursuivre ma découverte de Colin Bateman et c’est bien désolant que seuls 4 ou 5 livres soient accessibles en France car il en a écrit des wagons depuis celui-ci qui date de 1995 (paru en France seulement en 2004) !

Quelques extraits :
 » Il lui préparait des toasts à la banane, des sandwichs au jambon et au coleslaw. Un dimanche, il se risqua même à faire un poulet au micro-ondes. Il sortit du four une espèce de grosse pelote de ficelle, entourée de choux de Bruxelles explosés. »

 » – Hé, toi!
Webb fit la sourde oreille.
– Hé, Kojak !
Webb leva les yeux. « Oui. Quoi ? »
– Tiens, ricana Miller, d’une voix pâteuse, tu réponds pas quand je t’apelle, mais si je dis « hé, Kojak! », tu réagis au quart de tour! Tu ferais pas un complexe, rapport à tes cheveux, là ? »

« A cent mètres de chez lui, il avait repéré une épicerie Good Neighbour, tenue par une dondon à gueule de raie »

« Avez-vous vu Les Hommes du Président ?
– Avec Dustin Hoffman et Robert Redford? Vous connaissez un journaliste qui ait manqué ça!
– Alors admettons que je sois votre Deap Throat.
– Vous voulez que je baisse l’abat-jour?
– Le moment est mal choisi pour faire l’andouille! »

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | 2 commentaires

Divorce, Jack !

41DYWCTFF0L__SS500_

Traduit par Michel Lebrun

4e de couverture : « Dan aime bien sa femme Patricia mais l’amour n’a jamais empêché les sentiments et Dan craque un soir pour Margaret, qui est assassinée le soir même… Est-ce à cause de sa liaison avec Dan ? Est-ce l’IRA ? Un groupe d’extrêmistes protestants ? Un amoureux jaloux ? Il ne reste plus à Dan qu’à courir très vite pour sauver son mariage et sa peau. Mais à Belfast, c’est entre les bombes qu’on cavale. »

Ne pas se fier à cette 4e de couverture qui suggère un simple roman de gare. C’est bien plus que cela sans pour autant se prendre la tête !

Franchement, j’ai passé un agréable moment avec Dan Starkey, journaliste très très imparfait, bourré de faiblesses et c’est ce qui fait son charme. Un héros décalé dans un univers dangereux. Une espèce de « Gaston la Gaffe » à la sauce nord-irlandaise. Il doit faire face à la bande de Pat Coogan le Vacher qui règne sur le « Pays des Canailles » à Crossmaheart  : tout un programme ! Nous le suivons ainsi à travers les quartiers de Belfast (avis à ceux qui connaissent la ville !) et de sa banlieue glauque. Nous croisons de drôles de religieux, pas très catholiques et pas très protestants non plus. Et une foule de personnages hauts en couleurs.

Un roman bourré d’humour, (d’argot aussi) une intrigue haletante avec des rebondissements en cascade et une chute brillante. Bref, on ne s’ennuie pas un seul instant.

Le héros est un nord-irlandais « protestant » mais pas pour autant ennemi des Nord-Irlandais nationalistes. Colin Bateman dévoile au fur et à mesure au lecteur un univers de la corruption, où tout est beaucoup plus compliqué que ce qu’il y paraît. Et il ne fait de cadeau à personne. Un conseil : ne cherchez pas Crossmaheart  sur la carte de l’Irlande du Nord : ce village n’existe pas. Colin Bateman y concentre le Mal et les travers de l’Irlande du Nord. Un lieu imaginaire, donc « neutre ». Ce n’est sans doute pas un hasard.

Quelques titres sont traduits en français. Mais je suis assez attirée par Belfast Confidential qui est disponible seulement en VO.

Quelques mots sur l’auteur : Colin Bateman est donc écrivain mais aussi journaliste nord-irlandais. Il est né à Bangor, dans le comté de Down en 1962. Il a tenu une chronique satirique sur la société nord-irlandaise et a reçu le prix de la presse pour ses chroniques.

Un écrivain de polar qui mérite d’être mieux connu en France. Divorce, Jack ! a fait l’objet d’un film. Avis aux amateurs !

Publié dans Littérature nord-irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Les Bons Chrétiens

Les éditions Phébus ont eu la bonne idée d’éditer en poche le livre qui a fait connaître Joseph O’Connor aux Français en 1996 :

51exrFuEobL__SS500_

Traduit par Pierrick Masquart et Gérard Meudal

4e de couverture de l’édition grand format : « Treize nouvelles pour dire – entre les lignes, entre les mots (et par-delà l’aimable mensonge des façades)- ce qu’il en est des tourments de l’âme irlandaise aujourd’hui: en cette fin de siècle où d’autres formes de violences (intimes celles-ci) sont déjà à l’oeuvre. Histoire de nous préparer à des lendemains qui ne chanteront sûrement pas aussi bien qu’il aurait fallu »

(J’applaudis ici la lucidité du rédacteur de la 4e de couv au regard de l’Irlande de 2009 et bien sûr Joseph o’Connor !!!)

Treize récits travaillés au bistouri pour nous raconter, entre cruauté et compassion (et on forcément sans humour), cette Irlande d’après la bataille, qui s’arrange toujours pour montrer au monde un visage d’une exemplaire universalité (Nous sommes tous des Irlandais) lors même qu’elle se délecte mieux que jamais de ses particularismes têtus. Et pour donner la parole à quelques personnages inoubliables: prêtres au coeur brisé, homosexuels traqués par le conformisme ambiant, hommes et femmes infidèles, fanatiquqes de tous bords, joyeux plaisantins – la plupart fortement alcoolisés, tous atteints dans leurs rêves, et qui font de pathétiques efforts pour échapper à la noyade ».

Je dois dire que le rire est au rendez-vous de ces histoires pourtant pour le moins tragiques… Mais il s’agit d’un humour qui oscille entre cynisme et pathétisme amenant le lecteur à la réflexion… On n’en sort pas tout à fait indemne.

Mes préférées :

Les Collines aux aguets, qui laisse pour le moins perplexe de l’absurdité des événements;

Faux Départ, un road movie à travers la campagne irlandaise et… ses vaches : après cela on ne regardera plus jamais une vache irlandaise de la même façon !;

L’Evier, qui commence ainsi : « En rentrant du travail, il vit la vaisselle sale dans l’évier. Il comprit qu’elle l’avait quitté. »

Pour les fans de Joseph O’Connor, il s’agit d’un « incontournable » !

Le petit « plus » pour la fan de Joseph O’Connor que je suis, c’est que trouver ce livre quand je le voulais s’est avéré un parcours du combattant, ou plutôt une chasse au trésor car il était épuisé et non réédité.
(On s’amuse comme on peut, mais ça donne l’impression d’avoir une édition « collector » dans sa bibliothèque 🙂 )

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire

Sept hivers à Dublin

51H43FG9RBL__SL500_AA300_

Traduit par Béatrice Vierne

4e de couverture : « Petite fille, je croyais que c’était toujours l’hiver à Dublin et que l’été ne finissait jamais dans le comté de Cork.  » Enfant unique de parents anglo-irlandais, Elizabeth Bowen naquit à Dublin en juin 1899. Ce livre qu’elle publia en 1942 raconte ses sept premiers hivers dans cette ville. L’auteur évoque avec une franchise délicieuse sa famille et la vie quotidienne au 15, Herbert Place : la nursery baignée par les reflets du canal, les gouvernantes, les boutiques d’Upper Baggot Street et de Grafton Street, les cours de danse et les jours de fête. Entre 1923 et 1968, Elizabeth Bowen écrivit dix romans et près de quatre-vingt nouvelles. Son œuvre raffinée et originale la range parmi les plus grands écrivains de langue anglaise. »

L’Irlande, et Dublin en particulier, vue par une petite Irlandaise d’origine anglo-irlandaise (autrement dit ses parents sont les descendants des Anglais envoyés en Irlande par Cromwell au XVIIe pour « faire la plantation » – envoyer des colons britanniques pour coloniser l’île rebelle).

Elizabeth Bowen nous fait pénétrer dans son univers feutré, richissime. Une tout autre Irlande de celle dont on a l’habitude : « Ma mère n’était pas originaire du comté de Cork, non plus que de ceux de Tipperary ou de Limerick, comme tant d’autres épouses de la famille Bowen. La demeure ancestrale de sa famille, les Colley, établis en Irlande depuis le règne de la reine Elizabeth, était le château de Carbery, dans le comté de Kildare. (…) A l’époque du mariage de ma mère, les Colley habitaient le domaine de Mount Temple, à Clontarf. »

La description aussi d’un univers guindé, où les gens disent des choses davantage parce que, dans leur milieu, il est de bon ton de penser ceci plutôt que cela. Cependant, les parents d’Elizabeth sont un peu particuliers dans cet univers osmosé : « Les familles de mes parents partageaient le même point de vue de propriétaires terriens protestants et les mêmes opinions politiques unionistes. Mon père et ma mère étaient, cependant, deux fortes personnalités qui se distinguaient de tous les autres types familiaux. On sentait, certes, derrière eux le poids de la tradition qui, pour les affaires sans importance, modelait leur façon de penser. Mais sur les sujets qui les tenaient profondément à coeur, ils arrivaient à des conclusions qui leur étaient propres ».

C’est donc dans cet univers familial un peu particulier que grandit Elizabeth, entourée de nurses et de gouvernantes,dans la petite maison d’hiver de Dublin où « les tables étaient jonchées de livres » jusqu’à l’âge de ses sept ans où elle part vivre en Angleterre avec sa mère et prend conscience du monde.

J’ai pénétré là dans une Irlande qui m’est totalement étrangère, celle des Anglo-irlandais comme ils se nomment eux-mêmes. Deux peuples totalement différents sur une même île. « Ce ne fut qu’après la fin de ces sept hivers que je compris que nous autres protestants étions minoritaires (…) Mon père et ma mère évoquaient tous deux les catholiques romains avec une courtoise désinvolture qui ne leur accordait même pas la moindre dimension mythique. Leur existence me paraissait aller de soi, mais je n’en côtoyais guère et ils ne m’intéressaient absolument pas. Ils n’étaient, en somme, que « les autres » dont l’univers existait parallèlement au nôtre, mais sans jamais le toucher ».

Elizabeth raconte d’ailleurs que si on lui a parlé des fées, elle ignore tout des fées irlandaises, tout comme elle ignore tout des quartiers de la rive nord de la Liffey à Dublin. « Nul marécage, nulle jungle ne pouvait receler davantage de menaces que les quartiers tacitement interdits de votre propre ville. »

De très jolies descriptions de quartiers chics de Dublin qui donnent envie de faire plus attention à la prochaine visite de la ville.

 J’apprécie le recul qu’elle a sur l’univers dans lequel elle a grandi.

Publié dans Littérature irlandaise | Tagué , , | Laisser un commentaire