Un long long chemin

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Traduit par Florence Lévy-Paoloni

4e de couverture : « Willie Dunne est le fils d’un policier dublinois. Un garçon sensible, doué, doté d’une voix d’exception. Pas assez grand pour marcher sur les traces de son père comme policier, il s’engage comme volontaire pour combattre dans les tranchées, malgré l’amour infini qui le lie à une jeune fille avec laquelle il désire plus que tout se marier. De la bataille de la Somme jusqu’à la fin de la guerre, ou presque, il assiste à d’horribles combats. La guerre, dès lors, le façonne. Mais elle lui réserve également une surprise. »

Voici un roman d’apprentissage qui vous retourne comme une crêpe, vous êtes prévenus !
Willie Dunne est un petit bonhomme d’un mètre soixante-cinq, innocent comme un perdreau de l’année. Sa taille l’empêche d’entrer dans la police dublinoise. A 17 ans, il s’engage dans la guerre sans réelle conviction,  si ce n’est pour jouer un rôle et pouvoir revoir revenir à la maison la tête haute, pour que son père soit fier de lui.
Voilà donc Willie engagé pour faire la guerre à l’Allemagne aux côtés des Anglais. Or, c’est l’époque où la Grande-Bretagne a engagé la négociation du Home Rule, la loi qui accorderait une certaine indépendance à l’Irlande à l’intérieur du Royaume-uni. Certains Irlandais pensent que prêter main forte aux Anglais en s’engageant à leurs côtés dans la guerre contre l’Allemagne, favorisera l’accord du Home Rule. D’autres, au contraire, pensent que « les difficultés de l’Angleterre sont les occasions de l’Irlande ». Il faut dire que « le Parlement de Londres avait dit que le Home Rule s’appliquerait en Irlande à la fin de la guerre, par conséquent, (…), l’Irlande était pour la première fois en sept cents ans un pays de fait » .
Mais pour Willie, l’essentiel n’est pas là. Il s’engage parce que comme cela, il aura une place dans la société : s’il ne peut pas être policier parce qu’il ne fait pas un mètre quatre-vingts, eh bien, il peut être soldat. Nous sommes en 1915. Willie s’en va pour un long long chemin (« it’s a long long way to Tipperary », chantaient les soldats), rejoindre le champ de bataille boueux des Flandres, lui qui n’a jamais quitté l’Irlande,en traversant une Angleterre qui n’a rien à voir avec celle des histoires et des légendes…

Je peux vous dire que ce roman vous fait vivre la guerre des tranchées. Comme les soldats, le lecteur s’interroge longuement sur ce brouillard jaune qui ressemble à un brouillard de mer… avant de suffoquer ! Si le nom du gaz moutarde n’est jamais écrit noir sur blanc, soudain notre mémoire collective de ce que nous avons appris par nos arrière-grands parents ou par les livres d’Histoire rejailli (un de mes arrière grand-papa a été gazé, donc j’ai eu pendant toute cette lecture une pensée pour lui).
Sebastian Barry excelle à faire vivre ces événements et les émotions qui vont avec d’une manière époustouflante. On suit toute la souffrance du jeune Willie, qui d’un perdreau de l’année est bien vite ‘déniaisé » par la violence de la réalité. Un jeune homme pris dans la tourmente de l’Histoire, comme tant d’autres, quelque soit leur nationalité. Et il vit une double souffrance si l’on peut dire : parce qu’en Irlande, le temps ne s’est pas arrêté non plus : les Pâques sanglantes de 1916, la guerre civile qui s’ensuit. Le vent tourne : les soldats irlandais engagés dans l’armée anglaise sont conspués par beaucoup, traités de « Tommies » qui doivent rentrer chez eux ! Eux dont on a vécu toutes les souffrances endurées sur le terrain. L’écrivain parvient à restituer le contexte, sans juger ni les uns ni les autres, mais qui ne fait pas la part belle à l’Angleterre, c’est clair !

Un roman qui prend à la gorge par l’émotion qu’il dégage. Un livre aussi très bien documenté. Epatant et inoubliable !
Décidément, j’aime Sebastian Barry qui m’avait déjà bouleversée avec Le Testament caché. Un écrivain encore trop méconnu en France.
Et difficile d’écrire un billet à la hauteur de ce roman !

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L’homme des îles

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Traduit du gaélique Jean Buhler et Una Murphy

C’est en fouinant sur le net que j’ai découvert l’existence de ce livre, celui écrit par un habitant du Grand Blasket, Tomas O’Crohan. Il s’agit d’une biographie, mais bien plus que cela. Les îles Blasket ont été évacuées le 17 novembre 1953 parce qu’on y a jugé la vie des îliens comme étant devenue trop difficile. Cela fait donc plus d’un demi-siècle qu’elles sont inhabitées, si ce n’est pas des moutons redevenus sauvages, que des hommes vont tondre une fois par an. Elles sont redevenues le royaume de la faune et de la flore.

Pour situer, ces îles sont dans le prolongement de la péninsule de Dingle dans le Kerry (sud-ouest de l’Irlande) – voir ma chronique sur Peig.

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Ce livre est donc la mémoire du Grand Blasket (le plus grands des petits cailloux rudoyés par les vents et les pluies). Tomas O’Crohan n’a pas écrit ce livre de lui-même, mais à la demande de Brian O’Kelly, un homme de Killarney, sensible à la mémoire de ces îles où l’on parle irlandais et non pas anglais. Tomas O’ Crohan, né en 1856  a terminé ses écrits en 1926, et le livre est paru en 1929. Notre homme pose fièrement avec son ouvrage entre les mains sur la couverture !

Cet ouvrage a l’autre particularité d’être traduit directement du gaélique en français et non du gaélique en anglais puis en français. Les traducteurs (Jean Buhler et Una Murphy) l’ont souhaité pour coller au plus près de la version originale sans passer par une langue intermédiaire, bien qu’une édition anglaise existe depuis 1937. L’idée d’une version francophone date de 1949.

Au regard de ses cailloux posés sur l’Atlantique, on pourrait s’attendre à un récit relatant la difficile vie de ses habitants. Eh bien ce n’est pas le cas ! Il y a beaucoup de gaité et d’humour dans le récit de Tomas O’Crohan : jamais une plainte, jamais une lamentation, rien de tout cela. Au contraire, il y a de la joie de vivre dans ce livre, alors qu’on avalait à cette époque « des pommes de terre, du poisson une tombée de lait quand il y en avait », c’est tout. Pourtant ces îliens qui étaient à la fois des marins et des paysans ne ménagaeient pas leurs forces. La pêche était leur quotidien l’été. Le lecteur savoure les pêches aux homards, à la langouste mais aussi évidemment au poisson. Toutes ces bestioles marines vivent à profusion dans les eaux des Blaskets, ce qui finira par susciter la convoitise des « étrangers ». Quand ce n’est pas la pêche qui les monopolise, ce sont l’apparition de quelques phoques qui permettra de remplir le garde-manger. Quand ce n’est pas les phoques ou le poisson, ce sera les lapins bien gras qui pullulent dans le collines, sans oublier les oeufs de poules que l’on peut ramasser… sur les toits de chaume des maisons (eh oui, c’est que les poules du Grand Blasket sont assez dégourdies pour voler sur un toit de maison !). Parfois, les navires échoués sont des aubaines pour les îliens qui récupèrent leur chargement !

Parfois, une institutrice fait son apparition, mais jamais bien longtemps car elle trouve le moyen d’être demandée en mariage par quelqu’un de la « grande île » (comprendre « l’Irlande » ). Mais l’institution de l’éducation « nationale » trouve tout de même le moyen d’envoyer des inspecteurs, sous le regard étonné des gamins, surtout quand il s’agit d’un inspecteur à « quatre yeux » (avec des lunettes) !

Malgré cela, l’île n’échappe pas aux famines ni aux épidémies, ni aux accidents mortels. Tomas O’Crohan raconte comment il a eu 10 enfants qui lui ont tous été repris ou presque par la vie, tout comme sa femme. Passage très touchant où l’écrivain pourtant ne sombre pas dans le pathos.
Il explique également que tous les îliens, malgré la promiscuité du Grand Blasket (5 kms de long et 1 mile de large – et c’est la plus grande des îles!) s’entendaient bien. Ils se serrent les coudes pour chasser les autorités qui tentent de saisir leurs biens parce qu’ils ne paient pas le fermage en vigueur à l’époque : les pierres sont presque les meilleurs armes pour empêcher les intrus d’accoster, c’est bien connu !

« Je n’ai pas dit toutes les souffrances qui s’abattaient parfois sur nous », avoue Tomas O’ Crohan à la fin de son livre. Mais peu importe. Il a réussi son pari : rendre son écrit inoubliable et son île immortelle !
Autant vous le dire tout de suite : j’ai fini le livre les larmes aux yeux.
Je ne peux pas m’empêcher d’extrapoler sur ce qu’il aurait pensé aujourd’hui : il est mort en 1937 et il n’a donc pas connu l’évacuation des îles en 1957.

Je ne peux que vous recommander l’expérience de la lecture de L’homme des îles. Malgré quelques redites et petites longueurs parfois, c’est un magnifique témoignage !

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Peig

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 Traduit de l’anglais par Joëlle Gac

A vrai dire, je trouve que la couverture de l’édition française est plutôt ratée… Pourtant il suffit de retourner l’ouvrage pour trouver quelque chose de plus agréable : la photo d’une femme joviale, fumant…  la pipe (eh oui !) !
J’ai découvert ce livre en lisant L’homme des îles de Tomas O’Crohan et je pensais que c’était l’autobiographie d’une femme née dans les îles Blasket. Et c’est même l’annonce de la 4e de couverture :  » La vie de Peig Sayers (1873-1958). Femme des Iles Blasket ». Ca se discute ! Peig Sayers est née à Dun Chaoin (Dunquin), c’est-à-dire sur le « continent » irlandais, juste en face des Blasket (péninsule de Dingle). Et si elle a vécu la majeure partie de sa vie dans les îles en épousant un homme de là-bas, ici son autobiographie concerne surtout son enfance et sa vie de jeune femme à Dun Chaoin et Dingle où elle est partie travailler comme servante dans un magasin puis dans une ferme. C’est seulement page 210 (sur 290) que l’on entraperçoit un départ vers les îles et qu’ensuite elle raconte sa vie là-bas.

Cela dit, il s’agit d’un très beau témoignage sur la vie d’une femme irlandaise issu d’un milieu paysan de la fin du XIXe siècle, au tournant du siècle suivant. A la différence de Tomas O’Crohan, elle a vécu l’évacuation des îles.  Comme chez Tomas O’Crohan, ce livre laisse une impression de joie de vivre, malgré la dureté des conditions de l’époque et un attachement inconditionnel à son pays. Jamais Peig ne se plaint, elle est toujours optimiste et elle dotée d’un sacré caractère ! Peig, qui commence travailler comme servante à l’âge de douze ans voit tout d’abord dans ce travail une manière de rester indépendante. Cependant, son ambition facille assez rapidement après une expérience chez un patron bien peu attentionné envers son personnel. Lorsque son père la donne en mariage à un homme des îles, elle y voit une manière d’échapper à cette vie de servitude et d’être maîtresse de son propre foyer. A l’époque, les mariages arrangés étaient monnaie courante. Peig fait totale confiance à son père et à l’un de ses frères, Sean : ce qui est bon pour eux est bon pour elle, pense-t-elle. Elle aura, effectivement, une belle-famille tout à fait aimable et attentionnée.

Peig attire l’attention sur la difficulté de la vie dans les îles Blasket : elle explique qu’à cette époque, les gens n’avaient pour manger que du poisson et des pommes de terre – parfois du lait, mais c’était un luxe. Tomas O’Crohan en parle aussi dans son livre, mais, comme il est né là-bas et n’a pas connu autre chose, on ressent moins, chez lui, cette idée de manque de nourriture. Peg précise cependant que cela n’empêchait pas les enfants de grandir : c’est juste le manque de variété de nourriture, sans doute, qui l’a stupéfaite. Ce n’est pas tout à fait clair, en fait, car à quelques pages de distance elle se contredit. Tout d’abord, elle affirme qu’on ne manquait de rien dans l’île et, un peu plus loin, elle dit le contraire… Cela m’a frappée !

Cependant, cet ouvrage n’est pas un roman mais une autobiographie.  Elle a en plus la particularité d’avoir été retranscrite de l’oral, et plus précisément de l’irlandais. Peig ne savait pas écrire (bien qu’elle soit allée à l’école) : elle a dicté le récit de sa vie à l’un de ses fils. Le livre sera ensuite édité, sur l’idée de deux étudiantes irlandaises.

J’ai aimé la verve de Peig, avec ses « sapristi ! » et autres répliques bien senties ! J’ai moins aimé les notes en bas de page avec la traduction graphique et phonétique des noms de lieux et de personnes écrits en gaélique : ça alourdit un peu la lecture et cela n’a pas tant d’importance de savoir comment cela se prononce pour un francophone, d’autant qu’on se trompe presque toujours (parce que le gaélique est une langue tordue ) ! Reste que malgré la joie de vivre de la narratrice, il y a de forts moments d’émotions lorsqu’elle évoque la mort successive de ses jeunes enfants, puis celle de son mari et comment elle se retrouve seule, sans famille sur l’île. Reste les gens jetés à la rue comme des chiens lorsqu’ils ne pouvaient pas payer leur rente au propriétaire terrien, ce qui, à force de révolte et de résistance face à l’oppresseur, donna naissance à la Ligue Agraire en 1879 (puis devint la Ligue nationale irlandaise en 1882 et plaça l’auto-détermination en tête de gondole de ses revendications).
J’ai trouvé plus de gravité dans son récit que dans celui de Tomas O’Crohan.
Cependant, c’est la solitude dans laquelle elle se retrouve qui fera d’elle une grande conteuse. Pour distraire ses soirées, qu’elle partage avec l’unique survivant de la maison (son beau-frère), elle raconte des histoires, et avec talent, comme lui feront remarquer plus tard les étrangers de passage ! Le lecteur est témoin qu’elle sait accrocher son public !

On retrouve quelques histoires dans le récit et aussi deux annexées à la fin du livre.

Bref; une lecture hors du commun, un voyage dans l’espace et le temps et surtout un précieux témoignage d’une vie irlandaise sur la péninsule de Dingle, entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe.
Mes lectures autobiographiques auront changé et approfondi mon regard sur cette région d’Irlande, que j’ai l’habitude de fréquenter depuis presque dix ans maintenant. Je ne me doutais pas des précieux trésors littéraires qu’elle cache ! Décidément, les mois thématiques peuvent mener à des découvertes formidables !

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Peig Sayers

Photos prises par moi-même 🙂

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Un homme sur la plage

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Traduit par Sophie Foltz

4e de couverture : « Une femme, dans une maison isolée, à la sortie d’un village, au bord de la mer, en Irlande.
Il y a comme une magie du roman irlandais, qui place les êtres au cœur de tensions extrêmes.
Dans ce pays, chaque élément réclame sa part aux vivants : les exigences de la politique, du paysage, de l’amour, de tout ce qui, au terme du récit, prendra le nom de destin.
Chacun des personnages de ce livre paraît précieux, fragile.
Son héroïne, Helen, femme mélancolique, son fils, Jack, proche des milieux politiques extrémistes, ce jeune Damian, faune étrange qui ne semble que passer.
L’Anglais enfin, original défiguré par la vie et qui retape les gares désaffectées.
Avec Un homme sur la plage, Jennifer Johnston nous offre une violente romance. »

Helen Cuffe est une femme blessée par la vie : son mari, Dan, a été assassiné des années plus tôt, en 1975, à Derry. Enseignant en mathématiques, il était parti rendre visite à l’un de ses élèves, dont le père était inspecteur à la Royal Ulster Constabulary (RUC), les forces de police d’Irlande du Nord. On lui a tiré dessus par erreur sur la personne, c’était l’inspecteur qui était visé. Depuis, Helen s’est retirée dans un village perdu du Donegal où elle peint. Son fils, Jack, qui était enfant quand son père a été assassiné, lui rend visite de temps à autre. C’est un garçon ombrageux et secret (et pour cause, il appartient aux « Provo », branche de l’IRA extrêmiste) et ses fréquentations ne sont donc pas des meilleures.
Dans ce même village s’est installé un Anglais, Roger, que la vie n’a pas épargné non plus : blessé pendant la Seconde Guerre mondiale, estropié (borgne et manchot, rien que ça…). Sa seule passion est maintenant de redonner vie à la gare du village et à remettre en marche son aiguillage. Tous les habitants le prennent pour un original, voire un cinglé… Damien, un jeune Irlandais l’aide à retaper la gare et ils s’entendent à merveille.

On le devine, Helen et Roger sont faits pour se rencontrer. C’est évidemment ce qui va se passer. Les deux estropiés vont reprendre goût à la vie, dans les magnifiques paysages du Donegal, qui devient leur Paradis. Seulement d’autres à l’esprit étriqué, en ont décidé autrement…

Je viens juste de refermer ce roman et ouch,  quelle fin !
Pourtant, depuis le début on se doute qu’il va y avoir un drame… Ca monte en pression doucement, mais sûrement. Mais Jennifer Johnston, qui semble écrire un roman convenu renverse la tendance à la toute fin du livre. Elle y dénonce avec force la violence gratuite et le gâchis humain. Une folie irlandaise qui n’a plus lieu d’être. Le roman a été écrit en 1991.
J’apprécie le charme désuet qu’elle distille dans ce roman, qui contraste avec la violence du drame et rend l’histoire encore plus poignante. Une belle lecture.
J’ai découvert l’écriture de Jennifer Johnston il y a des années avec Petite musique des adieux qui m’avait déjà beaucoup plu. Une grande dame de la littérature irlandaise, c’est certain.

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Poussière tu seras

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Traduit par Patrick Raynal

4e de couverture : « Adrian Calvert, 14 ans, a disparu. Dans le salon poussiéreux du barbier, les lames de rasoir s’activent et les langues se délient : ce n’est pas la première disparition dans la région. Depuis plusieurs années, des jeunes manquent à l’appel dans l’orphelinat voisin. Personne ne sait ce qu’ils sont devenus. Récemment, la pluie cinglante a exhumé des os, autour d’une clinique désaffectée. Des os d’enfants… »

Quatrième de couverture un peu fantaisiste et qui dévoile dès la première phrase quelque chose qui aurait dû être tu. Passons…

Sam Millar, écrivain nord-irlandais pas tout à fait comme les autres s’il en est : ancien combattant de l’IRA, qui a été emprisonné à Long Kesh, la lugubre prison de Belfast, de sinistre mémoire. Il fit partie des Blanket Men. Il a survécu à la torture et se demande lui-même, avec le recul, comment c’est possible. Lire absolument son autobiographie : On the Brinks.

Ce polar, qui se déroule dans la cambrousse d’Irlande du Nord est l’histoire d’un jeune héros, Adrian Calvert, et de son père, ancien flic alcoolique et veuf qui cache un terrible secret. A la découverte de ce secret, Adrian s’enfuit. Et c’est le début d’une histoire incroyable.

L’univers de ce livre est en noir, blanc et rouge. La noirceur de l’histoire, la blancheur de la neige, des os (et de l’innocence), le sang du crime. Un récit percutant, c’est le mot qui revient dans la tête après la lecture.  Un suspense haletant qui en font un page-turner. « L’orphelinat avait fait partie du paysage urbain pendant des décennies, il avait même servi de de décor pour un film tiré d’un livre de Dickens. »
On frissonne par la rencontre de personnages inquiétants, vivant dans des lieux non moins glauques : un zeste de gothique avec cet orphelinat à présent en ruines, qui semble hanté par les enfants disparus et dont le survivant à une allure de fantôme, de banshee, bref de personnage fantastique, un zombie revenant de l’indiscible, accompagné d’un barbier, avec tout ce qu’engendre ce genre de personnage dans l’imaginaire collectif…

Une écriture sans gants, dans le sens où elle dit les choses sans fioriture, dans dissimulation. C’est du brut qui va avec l’ambiance (lecteurs chastes, passez votre chemin mais sachez que vous raterez quelque chose).

Un très bon polar, à l’intrigue bien alambiquée, qui vous embarque dans cet univers étrange et restera ancré dans votre mémoire un bon moment après avoir refermé le livre. Le tout inspiré d’un fait divers qui n’aurait jamais dû exister.

Ce livre a été selectionné pour le Prix du meilleur polar 2013 des Editions Points.

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La légende d’Henry Smart

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Traduit par Frédérik Hel Guedj

4e de couveture : » « Avec La Légende d’Henry Smart, Roddy Doyle nous offre le portrait d’un sauvageon pure gouaille – entre Oliver Twist et Gavroche -, né dans les bas-fonds de Dublin au début du siècle. Comme il n’a rien à perdre et qu’il a l’âme d’un desperado, il rejoindra les révolutionnaires qui firent trembler Dublin lors des émeutes de 1916. C’est ainsi qu’Henry Smart se fera le défenseur des humiliés, passera quelques semaines en prison, entrera dans la clandestinité aux côtés des partisans de l’indépendance, luttera contre les troupes anglaises venues éteindre les feux de la guerre civile. Confession d’un idéaliste floué, tableau d’une époque gorgée de sang et de haines, La Légende d’Henry Smart éclaire le passé irlandais d’une lumière bien sombre, loin des mythes et des lieux communs. » André Clavel, Le Temps « 

Encore une plongée dans l’histoire irlandaise de la fin du XIXe-début du 20e siècle puisque le roman s’achève sur la période de l’Etat libre irlandais de 1920.

Un style accrocheur, de l’humour et un personnage très attachant. Henry est effectivement un gamin pauvre des bas fonds de dublin, livré à lui-même à cause d’une mère complètement perdue, noyée dans ses grossesses à répétition et ses enfants morts et un père très gentil mais qui l’adore, mais handicapé (unijambiste) et trop pauvre également pour s’occuper de lui. Donc Henry s’aventure seul dans les rues de Dublin dès l’âge de 5 ans, avec son petit frère Victor, avec qui il forme un duo de choc.
Ses premiers mots de révolté de la vie, il les adresse au roi d’Angleterre et d’Irlande : « te faire foutre », sans comprendre le sens de ce qu’il dit. De fil en aiguille, Henry se retrouve engagé dans la lutte pour la cause irlandaise à l’âge de 14 ans (le fameux épisode de la prise de la Poste de Dublin de Pâques 1916) par le plus pur des hasards, un moyen comme un autre pour lui de survivre. Il y rencontre l’amour de sa vie, Miss O’Shea militante de la cause irlandaise avec qui il parcourra l’Irlande dans tous les sens et à vélo, sur le « Sans croupe ». Une vie à changer d’identité aussi, pour échapper aux vilains Blacks and Tans et leurs « auxies » (auxiliaires) envoyés par les Anglais pour mater les Irlandais. On croise au fil des pages Michael Collins et bien d’autres.

Il y a l’aspect historique de Pâques 1916 évdemment, (qui fêtera ses 100 ans en 2016), important pour l’histoire de l’Irlande, revu à la sauce Roddy Doyle…

J’ai pris un grand plaisir à lire ce roman dont le sujet reste au demeurant fort triste puisqu’il évoque la pauvreté irlandaise, l’état de délabrement dans lequel se trouve le peuple, les tentatives de tout un chacun pour s’en sortir.
Outre le personnage de Henry, j’ai beaucoup aimé celui de sa grand-mère (jeune grand-mère d’une quarantaine d’années !), dévoreuse de livres malgré sa pauvreté extrême, donnant des informations à son petit-fils en échange de livres, et pas n’importe lesquels, des livres exclusivement écrits par des femmes ! Assez rigolo.

Ce que j’aime avec Roddy Doyle, c’est que tous ses livres ont un style très différents. Rien à voir ici avec Paddy Clark ou La Femme qui se cognait dans les portes, c’est encore différent de tous les autres.

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Paula Spencer

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Traduit par Isabelle Delord-Philippe

4e de couverture :  » A Dublin, le boom économique des années 2000 efface peu à peu les traces de la pauvreté. Dans sa petite maison, où vivent encore ses deux enfants, Leanne et Jack, Paula livre sa guerre personnelle à son propre passé. Elle vient de fêter ses quarante-huit ans et a décidé que ça suffisait : elle ne laisserait plus l’alcool détruire sa vie. Depuis quatre mois et cinq jours – précisément -, elle ruse avec ce tueur à la fois séduisant et repoussant. Déployant mille stratégies pour l’abattre, elle mène une guérilla de tous les instants. Fascinés par son courage, enchantés par son piquant, nous partons avec elle à la reconquête du bonheur.
D’un sujet difficile, Roddy Doyle tire un roman d’une pétulance revigorante. Usant de cet humour décalé déjà à l’oeuvre dans la « triologie de Barrytown », il crée avec Paula Spencer un personnage inoubliable, symbole d’une Irlande surmontant lentement les traumatismes de son histoire. »

Roddy Doyle est surtout connu en France pour The Commitments (autrement dit, les « engagés »)  et Paddy Clake ha ha ha. Pourtant il a écrit quantité d’autres romans, que pour ma part, je préfère. Ce roman est la suite de La femme qui se cognait dans les portes et j’ai retrouvé avec plaisir Paula Spencer. Je précise qu’on peut tout à fait lire ce roman sans avoir lu la premier volume – même si c’est mieux de l’avoir fait !

Ce livre a été écrit, tout du moins publié en 2006, autrement dit en plein boom du Tigre Celtique qui ne savait pas encore qu’il aurait une fin catastrophique. N’empêche, Roddy Doyle n’a pas son pareil pour décrire avec humour le quotidien d’une femme irlandaise ordinaire et pauvre. Comme dans La femme qui se cognait dans les portes, on oublie totalement que l’écrivain est ici un homme : il parvient à se glisser dans une peau féminine avec tellement d’aisance que ça en est stupéfiant !

Paula, qui a jeté son alcoolique de mari à coups de pied au cul après des années de maltraitance, a toujours, dans cet opus, un caractère bien trempé mais aussi un coeur gros comme une maison.
C’est avec étonnement et curiosité qu’elle regarde la nouvelle Irlande cosmopolite, elle qui n’a jamais passé la frontière de Dublin et qui ne connaît même pas toute la capitale irlandaise. Elle fait des ménages et ses collègues de travail sont roumains et nigérians et, en plus, ce sont des hommes, observe-t-elle avec malice : « Voilà un autre grand changement, peut-être le plus grand de tous. Les hommes de ménages. Des Nigérians et des Roumains. » Elle n’hésite pas à engager la conversation avec les caissières du supermarché hard-discount de son quartier, où « les caissières sont presque toutes étrangères » et ça aussi, c’est un vrai changement. Notre héroïne ouvre son coeur au monde, sans a priori mais avec pas mal d’étonnement.

Peu à peu Paula acquiert une autonomie financière qui lui permet de se faire des petits plaisirs à elle et surtout aux siens. Elle découvre la société de consommation qui se développe comme un cheval au galop en Irlande – ce qui ne veut pas dire qu’elle n’existait pas avant non plus ! Les supermarchés sont mêmes ouverts 24h/24 pour certains.
Cependant, son quotidien n’est pas sans nuages : sa fille Leanne, qui a assisté petite au passage à tabac de sa mère lorsqu’elle était enfant, et qui s’interposait pour la protéger, est aujourd’hui une jeune femme très fragile… Jack (le plus jeune fils de notre héroïne) semble parfois douter sa mère. Paula doit affronter le regard critique de sa progéniture. Et comme si cela ne suffisait pas, une de ses soeurs doit aussi vaincre le pire…
Mais les femmes de ce roman sont toutes des femmes fortes ! Autant dire que la fin ne vous fera pas pleurer !!

Roddy Doyle nous livre ici un roman plein de tendresse et doté d’un humour qui fait mouche, le tout surmonté d’une bonne bouffée d’optimisme irlandais. A se prescrire sans modération !

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La femme qui se cognait dans les portes

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Traduit par Isabelle Delord-Philippe

4e de couverture : « Après le succès de sa trilogie de Barrytown et le triomphe de Paddy Clarke Ha Ha Ha, Roddy Doyle réussit un nouveau tour de force avec ce roman où il trouve – lui, un homme – le ton juste pour dire « Moi, Paula, trente-neuf ans, femme battue ». C’est avec un mélange d’humour – irlandais bien sûr – et de cruauté qu’il prend la voix de cette Paula Spencer, une Dublinoise dont la vie conjugale a été ponctuée de raclées, de dents et de côtes brisées, alcoolique au surplus et par voie de conséquence. Mais qui reste digne et garde la force de prétendre, à l’hôpital, après chaque dérouillée, qu’elle s’est « cognée dans la porte », un grand livre ».

Roddy Doyle réussit un tour de force littéraire pour évoquer un sujet délicat et difficile. La première chose surprenante que l’on constate une fois le livre terminé, c’est qu’on a complètement oublié, pendant la lecture, qu’il a été écrit par un homme ! Le récit à la 1ère personne n’y est sans doute pas pour rien, celui du témoignage et du vécu. Mais surtout les sentiments, les émotions féminines sont incroyablement restitués. Paula, Dublinoise, fait le récit de son enfance, de sa famille, de la rencontre de celui qui deviendra son mari, un certain Charlo Spencer, pendant les trois quarts du livre. On en vient même à se demander si le livre traite bien du sujet que l’on croyait et que le titre laisse deviner : celui d’une femme battue. En effet, pendant les trois quarts du livre il n’est pas question de coups et de maltraitance, mais de bonheur, de souvenirs d’école, d’enfance, de jeunesse et de fiesta que Paula et ses soeurs se racontent. Le présent se superpose au passé, les pistes temporelles sont brouillées. Puis la violence surgit et se déchaîne quand on ne l’attendait plus, d’un coup (c’est le cas de le dire!), sans explications. Charlo (nom prédestiné!) en colle une à Paula parce qu’elle lui a dit d’aller se faire ton thé lui-même. Tout au long du récit, ce sont alors des dents cassées, des yeux au « beurre noir », des cheveux arrachés, des coups de poings etc. Pour tenir le choc, pour ne pas commettre le pire, il y a l’alcool. Paula devient alcoolique. Une aubaine pour son abruti de mari, qui lorsqu’elle est trop amochée, l’emmène à l’hôpital en disant qu’ivre, elle s’est cognée dans une porte… Pourquoi Charlo agit-il ainsi se demande Paula et le lecteur avec elle. L’auteur ne donne aucune explication parce qu’il n’y en a aucune à donner et laisse le lecteur juger : Charlot n’a aucune excuse. Charlot est un assassin. Charlot est un malade. Charlot est un macho. La violence est purement gratuite. Le roman, malgré ce sujet délicat, est bourré d’humour et Paula a son franc parler. La manière dont elle parvient à se débarrasser de son tyran est hilarante et une juste vengeance pour les humiliations subies pendant des années. Pour maintenir un peu de suspens, je vous ne dis pas comment…

Je mets ce livre en première place de mon hit-parade des romans de Roddy Doyle pour adultes, loin devant Paddy Clake ah! ah!ah!, le livre qui a rendu Roddy Doyle populaire (mais que je n’ai pas trop aimé, sans doute parce que difficilement traduisible).

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Chimères

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Traduit par Stéphane Camille

4e de couverture : A vingt ans, Kathleen quitte sa terre natale sans se retourner. Croyant se libérer d’une Irlande qui peut briser les femmes et les enterrer vives sous le poids des traditions, elle rejoint Londres pour mener sa vie d’adulte du côté du vainqueur. Jusqu’au jour où, devenue journaliste, elle rentre au pays enquêter sur un scandale qui ne cesse de la fasciner: la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais au temps de la famine. Une passion folle, symbole de la revanche sociale de tout un peuple, qui ne tarde pas à se muer en questionnement sur le désir, l’exil, l’identité, la vérité…

Chimères (titre en v.o. : My Dream of You, tellement plus évocateur!) est pour moi le plus beau des romans de la très grande Nuala O’Faolain, un tour de force littéraire qui, par le mélange les genres, la mise en abyme entraîne le lecteur vers une quête, comme Kathleen, l’héroïne. Celle de la vérité.

Kathleen  qui écrit des articles pour un magazine de voyage, revient sur sa terre natale irlandaise pour enquêter sur une passion qui fit scandale juste après le Grande Famine : la liaison d’une aristocrate anglaise avec son palfrenier irlandais (cette liaison fait penser à une autre lady d’ailleurs…). Cette histoire, véridique, a donné lieu à un procès (« le procès Talbot »). Mais le thème du roman est bien plus qu’une simple histoire d’amour scandaleuse. Le lecteur, comme Kathleen, le découvre au fur et à mesure.

Cette histoire, dont Kathleen veut écrire le roman, l’entraîne dans une interrogation sur elle-même, sur la condition des femmes en Irlande, hier et aujourd’hui, sur le rapport à l’écriture, la vérité, le mensonge, la réalité, la fiction, sur le rapport à l’Autre, l’amitié, l’amour, sur l’histoire de l’Irlande, sur le sens de la vie…

Nuala O’Faolain est pour moi la plus grande écrivaine de l’Irlande contemporaine. J’ai lu tous ses romans et l’autobiographie qui l’a menée sur le devant de la scène littéraire : On s’est déjà vu quelque part ? Son décès prématuré en mai 2008 a suscité beaucoup d’émois en Irlande et pour cause !

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Le voyage de Felicia

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Traduit par Katia Holmes

4e de couverture : « Elle cherche Johnny. Désespérément, c’est-à-dire – paradoxe des mots – l’espoir chevillé à l’âme et au corps. Johnny et Felicia se sont connus au pays, en Irlande, à la faveur d’un mariage. Brève rencontre : ils s’aiment ou croient s’aimer; lui regagne l’Angleterre où il a trouvé du travail – sans laisser d’adresse. Elle décide de franchir la mer pour le retrouver.
Felicia erre dans la grande ville noire, autrefois fleuron de l’industrie anglaise triomphante, aujourd’hui cité dévastée par la crise, le chômage, le racisme, la violence. Johnny reste introuvable. Portée par une passion qu’alimente le seul souvenir d’un instant volé, Felicia finit par s’enfermer dans son rêve, sans espoir de secours, bientôt incapable d’empoigner la réalité qui s’offre. Inapte au métier de vivre, elle ne se soutient plus que de cet amour fantôme.
Son errance l’expose à d’étranges rencontres. Ainsi croisera-t-elle la route de Hilditch, inquiétant compagnon d’infortune, âme perdue dans ses fables – assassin peut-être. Il ne pourra pas l’empêcher d’aller jusqu’au bout de sa dérive : quête sans absolu, absurde descente aux enfers fouettée par tous les mauvais vents du sort, où même l’ordinaire solidarité humaine fait défaut – sinon entre paumés… et encore.
Aucun coup de tonnerre au long de cette tempête que l’on dirait filmée au ralenti et qui débouche sur un silence sidérant: ce silence auquel le monde d’aujourd’hui, en sa folie, refuse obstinément de prêter l’oreille. »

A regarder la couverture, on s’attend à un roman qui se déroule au XIXe siècle. Nous sommes pourtant dans les années 80, en Angleterre, aux environs de Birmingham. La 4e de couverture me semble beaucoup trop interprétative. Il s’agit ne s’agit pas, à mon humble avis, d’un roman sur le chômage, le racisme et la violence.

Felicia quitte son Irlande natale pour retrouver son amant. Tout simplement parce qu’elle est enceinte. Ce personnage m’a agacée tout le long du récit par son innocence poussée à l’extrême. La caricature de la pauvre fille qui débarque de sa campagne. Un effet voulu par Trevor dont on se rend compte à la fin du roman. Sur son chemin, elle croise l’inquiétant personnage de Mr Hilditch, vieux garçon, aux moeurs étranges, qui a tout du psychopathe et dont le passé est laissé à l’imagination du lecteur, ou du moins, ce dont il a fait de ses anciennes « amies ». Puis notre pauvre héroïne complètement paumée manque de peu de se faire embrigadé par des illuminés d’une secte religieuse, qui, une fois qu’ils tiennent leur proie, ne la lâche plus. Elle passe ensuite du temps en compagnie d’une clocharde irlandaise, débarquée il y a des années de son île, étrange reflet d’elle-même et d’un couple de drogués.

Ce roman a tout le long des accents de thriller psychologique.Le personnage de Hilditch est franchement flippant. Beaucoup trop propre sur lui au quotidien pour être tout à fait honnête. Ce qu’il arrive à faire faire à Felicia vous laisse pantois. Seulement la fin du roman révèle quelques surprises. Un roman d’apprentissage d’une fille des années 80 qui n’a rien d’un roman d’amour. Même s’il en reprend les codes, c’est pour mieux les retourner. J’ai beaucoup apprécié l’analyse psychologique fine de l’écrivain pour ses personnages, au-delà des apparences. Ainsi que la peinture qu’il fait de la société : la solitude des personnages, chacun dans leur univers, égoïstes, chacun à leur manière. Peinture pessimiste mais réaliste, hélas!

Le voyage de Felicia (Felicia’s Journey) a été écrit en 1994 et traduit en français en 1996 par les éditions Phébus. Il a obtenu de nombreux prix, dont le Whitbread et le Sunday Express Award pour ce roman.

Le cinéaste Atom Egoyan a tiré une adaptation du roman en 1999 (je ne l’ai pas vue) :

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