Mon père est parti à la guerre

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Traduction : Catherine Gibert

Alfie fête ses cinq ans le jour du début de la Grande Guerre. Il ne comprend pas pourquoi tous les adultes sont si affolés, tristes ou excités. A l’heure où il raconte son histoire, il a neuf ans et essaie de se rappeler comment était la vie à Londres, dans sa rue, comment c’était avant que la vie de sa famille ne change radicalement.
Alfie est un petit garçon très intelligent. Il assiste médusé à son monde qui s’effondre. Il observe le petit théâtre du monde en guerre de son oeil d’enfant. Il ne comprend pas pourquoi sa meilleure amie, Kalena,  et son père, l’épicier d’origine tchèque chez qui il a l’habitude d’aller acheter des bonbons, sont soudainement chassés de sa rue par les autorités britanniques et déportés à l’île de Man. Ils ne sont pas allemands. Mr Janacek a quitté son pays par amour pour une Anglaise et les Anglais, maintenant le chassent ! Comme ils banissent sa fille qui possède la nationalité britannique. C’est absurde !

Le père d’Alfie s’est enrôlé, persuadé comme nombre de ses compatriotes, que la guerre ne durerait pas, que tout serait fini à Noël (c’est d’ailleurs ce qu »il entend à longueur d’année, pendant cette guerre, qui, pourtant, n’en finit pas !). Au début des lettres arrivent. Puis plus rien. Alfie mène l’enquête auprès de sa mère, Margie : où est son père ? Est-il mort ? Il soupçonne effectivement très fortement sa mère de lui dissimuler le décès son père. Margie lui raconte qu’il est en mission secrète et que c’est pour cela qu’il n’envoie plus de lettres.
L’ambiance à la maison se dégrade : Margie travaille dur à l’hôpital pour soigner les soldats. Mais comme ça ne suffit pas, elle fait aussi des « extras » en tous genres. Alfie décide en cachette d’aller cirer les chaussures à la gare pour ramener un peu d’argent, qu’il glisse ni vu ni connu dans le porte-monnaie de sa maman. En observant et en écoutant, il finira par découvrir la vérité. Encore plus effroyable que ce qu’il pouvait imaginer. Pourtant, intrépide, il se lance dans l’aventure, oubliant sa peur.

Un magnifique roman jeunesse qui allie suspense et documentation sur l’Angleterre de la Grande Guerre. Alfie mène l’enquête pour trouver ce qu’est devenu son père et il réussit !
John Boyne, merveilleux conteur (forcément, il est Irlandais!), arrive à faire passer le message de l’effroyable avec tact, sans pour autant dissimuler la vérité. La guerre ça tue de plusieurs façons : physiquement et psychiquement. La guerre, ça rend fou. J’ai aimé la manière dont il aborde la psychose traumatique du soldat et le message pacifique qui se cache derrière. La guerre c’est quelque chose d’effroyable au-delà de ce qu’on peut imaginer. Aflie trouvera du renfort dans sa détresse pour sauver son père auprès du meilleur ami de celui-ci : Joe Patience, objecteur de conscience, qui lui explique : « Je n’ai pas été mis au monde pour tuer mon prochain », même si on l’a jeté en prison pour cette idée-là, pour refuser d’aller à la guerre, alors que s’il tuait quelqu’un dans la rue, on l’aurait jeté en prison pour avoir tué. Même si tout le monde lui claque la porte au nez pour ses idées, lui jette des pierres etc.  Brillante démonstration de l’absurdité des choses en temps de guerre.

Un très bel hommage aux soldats de la Grande Guerre. Un jeune héros très attachant, qui croisera même Llyod George. Une trame narrative habilement menée.
Un roman coup de coeur.

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Les chiens de Belfast

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Traduit par Patrick Raynal

4e de couverture : « En 1978, à Belfast, une femme est violée puis tuée par des inconnus, son cadavre laissé en pâture aux chiens errants. Nul n’a payé pour ce crime horrible. Mais vingt ans plus tard, une mystérieuse blonde sème les cadavres un peu partout en ville… Pour Karl Kane, détective privé qui mène l’enquête sur l’une des victimes, il vaudrait mieux ne pas barrer la route à ce qui a tout l’air d’une vengeance en règle. »

C’est avec un an de retard, mais j’ai enfin rencontré le détective privé belfastois Karl Kane !  Un personnage haut en couleurs, et en proie à des crises hémorroïdaires qui lui pourrissent la vie. Heureusement qu’il a Naomie (son assistante mais pas que…) qui finit par lui prendre un rendez-vous chez le toubib. Non mais sans blagues : si on a une carrure de détective privé et qu’on jure toutes les trois secondes sur sa virilité, on n’a pas peur du docteur !

Rappelez-vous que le créateur de Karl Kane fait parler ses personnages « cash ». Ames sensibles s’abstenir mais vous raterez encore un bon polar à la sauce Sam Millar.
Karl Kane, tout détective viril qu’il pense être, se voit embarqué un peu malgré lui dans une sordide affaire où les cadavres s’accumulent, jusqu’au cadavre de la personne qui lui a demandé l’enquête (c’est « ballot » !).  En même temps, Karl Kane n’a pas trop le choix des enquêtes qu’il mène car son cabinet de détective est accablé de dettes et les factures à payer s’accumulent. C’est donc presque plus les enquêtes qui le mènent que le contraire !
Au fil des pages, il est question d’une mystérieuse blonde qui hante les pubs de Belfast en buvant du drambuie. Elle semble cacher d’autres cordes à son arc. Et comme si ce n’était pas suffisant, il y a beaucoup de gens dans l’univers belfastois que fréquente Karl Kane qui se dissimulent derrière de faux noms. A commencer par la personne qui lui a demandé d’enquêter (décidément, ce n’était pas un cadeau ce « client »!). Et puis, la police de Belfast est pourrie jusqu’à l’os. Mais le meilleur est pour la fin !

Derrière ce roman très noir, ce héros viril, on devine un personnage au grand coeur, plus fragile qu’on ne le pense. Il découvre une histoire douloureuse, tellement affreuse qu’elle l’atteint au coeur, le laisse au bord de la crise cardiaque :
« Son coeur faisait ça de temps en temps, il trébuchait, battait irrégulièrement. Ca n’arrivait pas souvent, peut-être une ou deux fois par mois, et ça le laissait momentanément la tête un peu vide. Pas cette fois. Cette fois il se sentait dangereusement proche de la mort
Pauvre fille…« 

Pourtant l’humour n’est jamais absent dans les romans de Sam Millar. Le lecteur a tout de même droit à quelques moments sacrément drôles, notamment dans les échanges entre Karl et Naomie qui ne manquent pas de piquant quand ils s’agacent mutuellement :
« C’est toi qui bredouilles un galimatias incompréhensible, genre Mary Poppins sous LSD ! » .
Heureusement que Naomie est le genre de femme à porter le pantalon. Du coup, ils forment à eux deux une équipe de choc au milieu d’une foule de personnages qui ne leur veulent pas du bien.

Sans doute le roman le plus noir que j’aie lu de Sam Millar, avec Poussière tu seras. Un roman qui montre une corruption à tous les étages à Belfast, jusque chez ceux qui sont censés veiller sur vous. Un roman qui vous passera l’envie d’appeler les flics si vous séjournez dans la ville et que vous avez des problèmes !

Par moments s’il n’était pas rappelé que le roman se passe de nos jours et à Belfast, j’aurais pensé qu’il se passait dans les années 50 aux Etats-Unis. L’histoire se déroulait d’ailleurs dans ma tête en noir et blanc, comme un bon vieux film américain, avec une blonde aux cheveux crantés à l’écran (mais qui boit du Drambuie !)
Par moments aussi, ça m’a fait penser à du Tex Avery aussi !!

Alors je ne sais pas si c’est mon imagination mais ce fut ma lecture des Chiens de Belfast. : un mélange d’humour irlandais et de roman noir américain, de Tex Avery, le tout arrosé de Drambuie.
Un bon moment de lecture même si ce n’est peut-être pas mon roman préféré de Sam Millar qui reste pour l’instant The Redemption Factory.

Un roman noir façon expresso très serré. A découvrir.

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Un voyage à Berlin

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Traduit par Bruno Boudard

4e de couverture : « Au gré de leurs pérégrinations dans Berlin, Liam et Una se retrouvent. Una est atteinte d’un cancer. Ce sera son dernier voyage. Chacun fait don à l’autre de sa propre histoire et de ses secrets avec pudeur, franchise, humour et tendresse. Una rêve d’assister à une représentation de Dom Carlos de Verdi, dont le personnage principal lui rappelle son frère aujourd’hui disparu. Liam, quant à lui, est obnubilé par le mariage de sa fille auquel, par égoïsme, il s’oppose.
On ne peut, en lisant ce texte ne pas penser à l’infini tendresse qui liait Hugo Hamilton à la grande romancière irlandaise Nuala O’Faolain, qui s’est éteinte en 2008. »

Un livre sorti il y a un mois et dont personne ne parle en France : pas un article dans la presse « traditionnelle », pas une interview. Silence total. Ca me choque parce que Hugo Hamilton n’est pas un inconnu, ni ici, ni en Irlande où il est l’un des plus grands auteurs de son pays. Et puis, comme le dit la quatrième de couverture, on ne peut pas ne pas penser à Nuala O’Faolain qui se cache derrière les traits de Una et ce n’est pas une inconnue non plus en Irlande Nuala !!  C’est « juste » une journaliste connue, qui, un jour, a décidé de prendre sa plume pour raconter son enfance, sa vie  personnelle et intime, à la première personne, dans laquelle beaucoup d’Irlandaises se sont reconnues. Si vous n’avez jamais lu On s’est déjà vu quelque part – journal d’une femme de Dublin et J’y suis presque, je ne peux que vous inciter à le faire.

Le narrateur ici, c’est Liam qui accepte d’accompagner Una à Berlin, une ville qu’elle veut absolument découvrir avant de mourir du cancer qui la ronge. Vêtue de Converse rouges et d’une casquette qui la fait ressembler à Steven Spielberg, Una se laisse pousser par Liam, dans son fauteuil roulant à travers Berlin, sous l’oeil professionnel et bienveillant d’un chauffeur, que tous les deux ont décidé de surnommer Manfred. Una ne se sépare jamais d’un sac à main un peu particulier qui se résume à un grand sachet en plastique transparent fermé par une glissière, où elle fourre toutes ses affaires et ses médicaments.

Pourtant ne vous attendez pas à faire une visite touristique de la capitale allemande en compagnie de ce couple détonnant. En effet, nos deux Irlandais n’ont pas vraiment la tête à Berlin mais bien ailleurs. Una précise que ses « poumons sont en Roumanie [sa] tête à New York, [ses] pieds à Berlin et le reste à Dublin ». A chaque fois qu’Una fixe son regard sur un monument ou un tableau, le texte rebondit, s’échappe ailleurs, se joue de la géographie et du temps pour permettre aux personnages d’évoquer leurs blessures intimes.
Una est obsédée par son frère mort, persuadée jusqu’à la fin de ses jours qu’il a été tué par son père et sa mère. Elle raconte son enfance difficile, entre une mère alcoolique et un père journaliste violent. Elle raconte comment ils ont fait d’elle, malgré eux, ce qu’elle est : une femme libre (au caractère sacrément bien trempé et jusqueboutiste), une femme qui « voulait voir les femmes gagner la liberté d’être elle-même, sans avoir à porter des bébés si elles ne le désiraient pas, de devenir artistes, écrivains ou musiciennes au lieu de sacrifier leur existence entière à élever des enfants, ainsi que l’avait fait sa mère ».
Liam raconte son père très sévère : pas de fish & chips parce que le fish & chips n’est pas fait à la maison mais cuisiné ailleurs, alors hors de question ! Un oncle jésuite qui a « fauté ».  Une enfance douloureuse qui faisait qu’il se sentait étranger en Irlande. On devine forcément un trait autobiographique de l’écrivain car Hugo Hamilton est de père irlandais (ultra-nationaliste) et de mère allemande. Ce qui lui a valu bien des déboires en Irlande quand il était enfant (il faut lire Sang mêlé et Le marin de Dublin). Liam est aussi obsédé par Maeve, sa fille, du moins l’a-t-il cru pendant longtemps, parce qu’il dira à Una quelque chose que personne ne sait, mais qui a fait basculer sa vie d’adulte.

Si vous vous attendez à un roman sur la maladie, ce n’en est pas un. Ce n’est pas non plus une histoire de couple. C’est avant tout une histoire d’amitié sincère et fidèle jusqu’à la mort :
« Nous n’étions pas liés l’un à l’autre, ni ne vivions sous le même toit, tels des amoureux, nous n’étions pas mariés ni apparentés d’une quelconque manière, comme avec sa famille. Nous étions bon amis, c’est tout. Nous nous sommes rencontrés à un moment où notre vie était un peu en vrac. Elle était mon aînée en livres, en tout. » « Nous nous sommes trouvés des atomes crochus simplement en échangeant, en riant ensemble, je suppose. »

Un roman où l’humour est loin d’être absent, superbement écrit, fidèle à l’image que l’on garde de Nuala O’Faolain, qui transpire à travers les traits de Una pour chaque lecteur qui a lu ses livres et ses articles (réunis dans Ce regard en arrière) . Le roman d’une grande lectrice, « qui avait la faculté de lire comme si rien ni personne n’existait au monde, en dehors de son livre », d’une journaliste à l’oeil aguerri sur son époque et finalement d’un grand écrivain.

Un magnifique hommage par le très discret Hugo Hamilton qui écrit ici un roman à la fois très intimiste et très pudique. Un livre dont on savoure Every Single Minute (titre original).

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Le coeur qui tourne

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Traduit par Marina Boraso

4e de couverture : « Bobby Mahon était une figure respectée du village. L’ancien contremaître de l’entreprise locale est désormais, comme la majorité des habitants, au chômage. Sans indemnités ni espoir de retrouver du travail. La crise qui frappe de plein fouet l’Irlande comme toute l’Europe déchire les liens de sa communauté autrefois soudée. Les langues se délient, les rumeurs circulent, les tensions et les rivalités émergent. Et, faute de pouvoir s’en prendre au patron qui a mis la clé sous la porte, Bobby devient la cible d’hommes et de femmes démunis et amers. Jusqu’à l’irréparable… »

Je vais avoir un problème majeur avec ce roman : comment en parler ? Ce n’est pas que je sois amnésique ou atteinte d’Alzheimer ou je ne sais quel problème de mémoire mais faute de pouvoir faire mieux, je l’ai lu en plusieurs fois. Ce n’est certainement pas la façon dont il faut lire ce livre, pas si épais que ça (180 pages) mais qui met en scène vingt-et-un personnages, soit presque tout un village irlandais de l’après-Tigre celtique ! Un roman polyphonique – la mode veut qu’on dise « roman chorale », mais bof, ça me fait penser à des gens qui pousseraient la chansonnette, ce qui n’est pas franchement le cas car ils poussent plutôt des gueulantes, à tour de rôle et avec le bagou irlandais.
Pensez donc, le mec qui faisait vivre tout le village grâce à son entreprise, s’est fait la belle avec la caisse, laissant en plan ses ouvriers, qui n’ont plus qu’à aller pointer au chômage. Et comme si ça ne suffisait pas, ils découvrent qu’en plus, le gangster n’a pas rempli les formalités administratives pour les déclarer. Donc, point de chômage. La vie des gens s’effondre. Et comme dans un village, tout le monde se connaît depuis belle lurette, le passé ressurgit on refait le portrait de chacun. L’amertume est capable de tout.

Le point de vue de chaque personnage qui prend la parole éclaire d’un jour nouveau le portrait du « voisin » qui a été fait par un autre. Au lecteur de se faire son avis, à condition de s’y retrouver car chaque personnage s’exprime une seule fois et vingt-et-une personnes, ça fait beaucoup. Pourtant, tout se tient parfaitement. Une vraie performance littéraire même si je pense qu’il faudrait que je le relise une deuxième fois pour tout comprendre parce que le puzzle est complexe.
Bref, c’est du costaud. En plus c’est à la fois drôle, sarcastique, haut en couleurs et tragique.

J’ai décidé de laisser la parole à Lily, sans doute celle qui m’a le plus fait rire :

« Quand j’étais à la maternité pour accoucher de mon cinquième enfant, une fouille-merde de sage femme s’est débrouillée pour me faire dire le nom du père. » (parce qu’elle était sous tranquillisant !)

« Il y a quelque chose d’inexplicable  dans l’attirance entre un homme et une femme. On ne peut jamais le définir. Comment est-ce que j’ai pu m’enticher bêtement d’un gros lourdaud mal fichu comme Bernie McDermott ? » (Ben oui, on se le demande !)

« Quand on tombe dans les orties, on ne risque pas de savoir d’où vient la piqûre. »

« J’aime tous mes enfants comme l’hirondelle aime le bleu du ciel. »

Bon allez, je donne aussi la parole à Jason qui a quelques soucis de santé :
« On m’a diagnostiqué un choc post-traumatique avec hyperactivité associée à un déficit de l’attention, trouble bipolaire, scoliose, psoriasis, tendance aux addictions et j’en passe » (un sex-symbole, quoi !)

C’est le premier roman traduit en français de Donal Ryan. Je pense qu’on entendra de nouveau parler de lui. Ce roman a été élu meilleur livre de l’année en Irlande en 2013. Il a été finaliste du Man Booker Prize en Angleterre et lauréat du Guardian First Book Award.

Un vrai bon roman, même s’il nécessite une bonne mémoire. A lire d’une traite ou à lire une deuxième fois.

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Academy Street

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Traduit par Madeleine Nasalik

Tess a sept ans quand sa mère décède de la tuberculose, dans l’Irlande des années 40. Dès cet instant, la petite fille a le sentiment que sa vie sera difficile, comme si le sort en était jeté. C’est d’ailleurs comme une malédiction qu’elle interprète le regard insistant d’une petite fille des gens du voyage à son égard. Tess lui tire la langue (espérant attirer son attention) et plus tard, elle apprend que la gamine est morte. Elle en perdra l’usage de la parole pendant quelques temps.
Dès les premières pages, la vie de Tess semble être sous le signe de la malédiction, de la solitude, du silence et de la mort. Elle s’imagine même que c’est Easterfield, la vieille maison où vit la famille qui « a cet effet-là, tout le monde y devient silencieux ». Son instituteur lui apprendra que des gens y sont morts, du temps de la Grande Famine, enterrés dans le domaine après avoir été couverts de chaux pour éviter la propagation de la maladie…

Sa soeur aînée s’envole pour New-York où elle a trouvé du travail par le biais d’une tante. A son tour, sur les traces de sa soeur, Tess s’envole outre Atlantique, laissant sa famille en Irlande. Là-bas, elle devient infirmière, celle qui par son métier même soigne les maux des autres. Elle se fait des amis. Mais se sent toujours seule. On pense, pendant un moment que Tess va rompre sa solitude, avec l’arrivée dans le récit d’un beau jeune homme, originaire de Dublin, avocat. Elle se sent pousser des ailes pour changer sa vie. Mais c’est un fiasco et l’oiseau, après avoir obtenu ce qu’il voulait, disparaît, lui laissant, au passage, un embarrassant souvenir, le genre de souvenir qui fera s’éloigner sa famille restée en Irlande…

Le plus agaçant dans cette histoire, c’est que Tess ne se révolte pas. Elle n’a rien d’une femme exceptionnelle. Si elle n’entre pas dans le « moule » de la femme mariée avec des enfants, stéréotype de l’époque, ce n’est pas  par choix. Elle sera mère célibataire et indépendante davantage parce qu’elle accepte son sort faute d’arriver à faire aboutir désirs personnels, ses voeux les plus chers. Elle a quelque chose qui dépasse un peu l’entendement. Même son fils Théo qui dira : « Ca ne t’est jamais venu à l’idée que ce sont peut-être les autres qui se sentent dépassés par toi ? »  C’est mon sentiment via-à-vis de ce personnage.

Des années 40 à nos jours, Mary Costello  peint le portrait d’une femme désepérement seule et fataliste. Le traumatisme du décès de sa mère pendant son enfance lui fera porter sa vie comme un fardeau, pendant que la mort s’amoncelle autour d’elle.
Une écriture qui s’attache aux détails avec beaucoup de poésie. Un roman qui accorde une grande importance aux bruits, aux jeux de lumières, au passage des saisons, au temps qui s’écoule inexorablement.
La vie de Tess n’est pas décrite avec pathos, juste donnée à voir.  Mais la fin du roman est  tellement tragique que le lecteur en a les larmes aux yeux. Prit par surprise, il se révolte et se dit que la vie de Tess n’est pas juste.

Voici le premier roman de Mary Costello traduit en français. Une belle découverte qui ne laisse pas de marbre. Pour ma part j’ai trouvé Tess agaçante sans pourtant la trouver antipathique. On se prend même vraiment d’empathie pour ce personnage un peu trop accablé par la vie quand arrive la fin du roman.
Un tour de force littéraire.

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L’âme noire

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A travers les mots de Tim Robinson

4e de couverture : « La mer rugit lugubrement autour des rivages d’Inverara, petite île située sur les côtes d’Irlande. Un étranger, blessé dans son corps et son esprit par l’explosion d’un obus, vient loger chez un couple dont les années de mariage ont été dépourvues de joie. L’arrivée de l’étranger va déchaîner leur passion. Car à mesure que le printemps adoucit la beauté sauvage de l’île, l’homme prend conscience de la beauté de la brune Mary – frémissante de vie à l’approche de l’été. Jamais elle n’a aimé un homme avant lui et l’éveil de la sexualité de cette femme le grise. »

J’ai découvert l’écriture de Liam O’Flaherty bien avant le blog, avec Insurrection. En lisant cette quatrième de couverture, je savais d’avance qu’elle était à côté de la plaque : bien surpris celles et ceux qui voudront lire un roman de type Harlequin et autre romance chaude ! Liam O’Flaherty n’écrit pas des histoires légères et encore moins grivoises….  Ici à peine 260 pages dans ce format poche et pourtant, c’est ce qu’on appelle un roman consistant, que l’on met un temps à digérer.

Certes il s’agit d’une histoire d’amour, mais avant tout d’un roman âpre, à l’image de la rudesse de la vie sur cette île d’Inverara, rythmée par les saisons. L’histoire commence en hiver et se termine en automne. La Petite Mary est l’épouse de John le Rouge. On l’appelle ainsi non parce qu’elle est petite mais au contraire parce qu’elle est de grande taille. Elle détonne dans le paysage tant par son physique que par son origine sociale. Tous les habitants d’Inverara sont des paysans. La Petite Mary est la fille naturelle d’un grand propriétaire terrien. Un soir de beuverie John le Rouge s’est laissé persuader de l’épouser (mais on ne sait pas pourquoi) : il le regrettera pour la vie, maudissant pour toujours ses lèvres qui ont dit « oui ». Le mariage ne sera jamais consommé.
Un bref aperçu du romantisme de la Petite Mary :

« Tous les invités étaient partis en chantant, fortement éméchés, et il avait essayé d’étreindre Mary, mais elle lui avait asséné en plein front un coup qui l’avait envoyé trébucher contre le mur de la cuisine. » (ambiance !…)

Les deux personnages se détestent cordialement. John le Rouge est aussi laid que la Petite Mary est belle. On se moque du premier, soupçonné d’être impuissant (puisqu’ils n’ont pas d’enfants). On se méfie de la seconde à cause de sa beauté et du sang qui coule dans ses veines.
Tous les personnages de l’île n’attirent aucune empathie. Même pas cet étranger qui va venir perturber malgré lui la vie en huis clos des îliens, dont l’activité favorite est de s’envoyer des verres de cognac (*) dans les shebeens. Fergus O’Connor a été envoyé à Inverara sur les conseils de son médecin, pour soigner son âme traumatisée par la guerre : « Partez donc dans l’Ouest pêcher le poisson. Cela vous fera plus de bien que de classer des bouquins. » Il ne sera désigné que très peu de fois par son nom de famille, son prénom n’apparaît qu’une seule fois car il est et restera l’Etranger.

L’Etranger est avant tout The Black Soul . Limite schizophrène. Pourtant la Petite Mary va tout de suite être attirée par ce type qui ne lui accorde aucune attention, ou bien est très désagréable avec elle. Donc, elle emploie les grands moyens : la sorcellerie, sauce irlandaise (évidemment!) :

« (…) elle referma la porte et s’approcha sur la pointe des pieds du lit de l’Etranger, regardant autour d’elle comme si elle allait commettre quelque honteux forfait. Elle tira un charme de son corsage. Sa mère le lui avait donné le jour de son mariage. Il était dans sa famille maternelle depuis d’innombrables générations (….). Elle plaça le charme sur le lit. Elle remplit d’eau une tasse qu’elle posa sur une chaise à côté du lit. Puis elle pressa le charme contre son coeur avant de le baiser. C’était une pierre plate et jaunâtre, couverte d’inscriptions que l’on disait gravées en Ogham Craombh, l’antique écriture des druides. Sa mère lui avait dit qu’à l’origine le charme avait été donné à une princesse Firbolg par un guerrier Tuatha de Danaan, en échange de son amour, et qu’il avait le pouvoir de sauver de la mort ou des desseins du diable l’amant de celle qui le possédait. (…).
Par trois fois elle trempa la pierre dans l’eau et par trois fois elle la pressa contre les lèvres de l’Etranger en adressant une prière à Crom. Et bizarrement, après la troisième application, il remua, puis il se tourna sur le côté et ouvrit les yeux. »

Soupir d’aise de la lectrice ferrue de mythologie irlandaise devant ce charmant passage !!  Le seul passage charmant (dans tous les sens du terme) du roman car ensuite ça vire au tragique mais je ne vous dévoilerai pas la fin de l’histoire, même si je peux dire qu’on passe du noir à une teinte de gris ambiguë…. La fin  a tout d’un thriller, contrairement au reste.

Il est difficile de parler de ce roman car en fin de compte il ne s’y passe pas tant de choses que ça. Mais paradoxalement il est dense. A l’instar des personnages, la nature et en particulier l’océan sont des créatures à part entière qui habitent la plume de Liam O’Flaherty. Parce que, comme il le dit, Inverara est « fille de l’Océan »« Inverara reposait dans le sein de l’Océan, telle une jouvencelle endormie dans les bras de son amant. »

« En haut des falaises, face à  la mer, là où l’air salé avait le parfum d’un élixir du pays des fées, poussaient d’autres plantes dont personne ne connaissait les noms. C’étaient des petites fleurs tendres ; elles naissaient en l’espace d’une nuit pour mourir à la fin du jour. Elles étaient aussi délicates au toucher qu’une aile de papillon, aussi bariolées qu’un oeuf de macareux. »

L’écriture d’O’Flaherty est riche, ciselée, poétique, ensorcelante, tourmentée et noire. Mais au détour d’une phrase, un peu d’humour (« Sur mon âme, vous êtes aussi peu sociable d’un Anglais. »). A l’image de la complexité de son auteur. On prend un vrai plaisir à lire ce roman écrit en 1924.
J’ai trouvé d’occasion un recueil de nouvelles (Les Amants/The Pedlar’s Revenge) et le plus célèbre The Assassin. Donc je n’ai pas fini de vous parler de l’Homme d’Aran, qui inspira John Ford pour l’adaptation cinématographique du Mouchard.

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Pour en savoir plus sur Liam O’Flaherty, c’est ICI

Pour en savoir plus sur l’histoire irlandaise du cognac, c’est ICI

Enfin, je vous invite à chercher Inverara sur une carte….

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A la mémoire de Liam O’Flaherty, à Inishmore (îles d’Aran) Photo prise par moi-même (tous droits réservés)

 

 

 

 

 

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La neige noire

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A travers les mots de Marina Boraso

Barnabas Kane est un fermier du Donegal. Mais à seize ans, il était « employé sur les chantiers des gratte-ciel » de New York, alors en pleine explosion de construction immobilière. Il y rencontra sa femme, Eskra. Ils ont maintenant un fils, Billy, et vivent dans ce comté d’Ulster. Nous sommes dans les années 40, la guerre faire rage, la restriction est à l’oeuvre, la vie est dure. Pourtant, ce n’est presque rien à côté de ce qui va arriver à cette famille. Dès le début du roman, on sent une menace diffuse. La jument semble s’être blessée, Billy s’est coupé et Barnabas qui pioche la terre, ramasse un caillou qui ressemble au croc d’une bête archaïque. Et puis c’est le drame : la grange prend feu de façon inexplicable, un homme y trouve la mort : le vieux Matthew Peoples, un employé de Barnabas. Mais aussi toutes les vaches, seul bien de la famille sur cette terre aride et inhospitalière. Un sillage de feu qui ne va pas s’en tenir là et incendier le quotidien des Kane, en les consumant lentement à travers un récit hors normes.

C’est le premier roman que je lis de Paul Lynch et je ne suis pas encore tout à fait sûre de m’être remise de cette plume époustouflante qui vous laisse sans voix.  Le genre de livre, où, sonné après l’avoir refermé, vous vous demandez ce que vous allez bien pouvoir lire après ça.

L’Irlandais est amateur de longues phrases proustiennes, pour décrire l’austère Donegal, où la terre et les hommes sont liés comme d’un seul bloc, où le passé est ancré dans le présent, où les ossements font partie de la vie. Les personnages du village sont rudes et entourbés : d’« antique[s] faciès modelé[s] par la langue du vent et de la pluie. Sous le parchemin de [leur] peau, ce ne sont pas des os qui se devinent, mais du bois de tourbe, comme s’il[s] avai[en]t été engendré[s] par la mousse. » Des êtres de pierre, d’os et de cendres. Des fantômes d’un autre temps, dont le plus menaçant ne cessera de répéter à Barnabas, en parlant des ruines des maisons de la Famine dont il a pris les pierres pour tenter de reconstruire sa grange : « Ces pierres, ce sont nos ossements ». Pour lui, c’est un « vol [qui] ne peut entraîner [qu’]une malédiction », car « prendre ces pierres, c’est profiter du malheur d’autrui. Elles font partie de la terre, ce sont nos antiques reliques qui doivent rester dans nos mémoires », rugira le vieux Goat Mclauglin. Barnabas, ahuri, expliquera que lui aussi il est menacé par la faim et que prendre ces pierres qui ne servent plus à personne, c’est sauver sa vie et celle de sa famille ! Rien à faire, on lui répondra de se méfier de la colline…
Les personnages de ce village sont complètement effrayants. Même la veuve du vieux Matthew Peoples ressemble à une sorcière qui jette des sorts, n’hésitant pas ravager sa chevelure mèche après mèche devant tout le monde, quand Eskra l’accuse d’être responsable de la mort de son chien, Cyclope, d’avoir massacré ses abeilles par une attaque de guêpes, d’avoir volé ses draps neufs pour remettre ceux cendrés par l’incendie, où on semble apercevoir le visage du vieux Matthew. Ces villageois d’un autre monde (d’un outre monde) en voudront à mort à la famille Kane : tous les prétextes sont bons pour ne pas les aider, ils leur reprocheront d’être des « faux pays » (des immigrés). La miséricorde de Dieu, c’est juste à la messe (mais il n’est jamais question de messe dans le roman), pas au quotidien. Un coup de scalpel de Paul Lynch sur l’hypocrisie de ces personnages monstrueux.

Un roman couleur de cendres où l’ancienneté du paysage, les montagnes semblables à des « créatures archaïques remuant dans leur sommeil, invent[en]t en rêve leur propre mythologie ».

Paul Lynch réactualise avec un immense talent le roman gothique (qui n’a pu que me faire penser aux romans de Dermot Bolger, soit dit en passant !). La noirceur laisse parfois place à l’humour : quel délicieux moment de lecture ai-je eu avec l’anecdote du « beurre des tourbières » en tartine !
(Le beurre des tourbière existe bel et bien : c’est le beurre en baratte que les gens avaient mis dans la tourbe pour le conserver et qu’on a retrouvé des centaines d’années après dans la tourbière. On peut en voir dans les musées irlandais.)
Sans parler des cotes de boeufs qu’un villageois offrent avec insistance à Barnabas qui a vu toutes ses vaches carbonisés sur pied… Le lecteur rit jaune, comme le personnage. Je me suis aussi attachée aux animaux qui peuplent ce roman, au même titre que les humains, les larmes aux yeux pour Cyclope, le chien borgne des Kane.

La famille Kane n’est pas parfaite mais on les plaint d’autant d’accablements, de se heurter sans cesse à des murs d’incompréhension. Pourtant Paul Lynch ne fait de cette famille une famille modèle : Barnabas a fait une bêtise qui participe de sa perte sans en avoir touché mot à son épouse; Eskra est aussi le reflet de son mari;  Billy raconte sa vie d’ado dans un carnet et quelque chose que personne ne sait, sauf deux autres…
Un univers de personnages mystérieux. A ce titre, la fin révèle une surprise. Un livre où l’on ne s’ennuie pas une minute car Paul Lynch ménage du suspense.

J’ai fini ma lecture le coeur au bord des lèvres.

Un roman que je classe comme un immense coup de coeur et qui m’a fait découvrir un écrivain au talent hors du commun.

A lire absolument.

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Des vies parallèles

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A travers les mots de Josée Kamoun

Lara a quarante ans, son compagnon vient de la quitter, un an auparavant elle a perdu sa mère. Bref, de quoi avoir le moral dans les chaussettes. Et elle l’a. Un jour, en zappant les programmes de télévision, elle tombe sur un reportage sur la catastrophe de Tchernobyl, où les survivants et les familles des décédés sont interrogés. A ce moment précis, ce qu’elle appelle « l’effet Tchernobyl » se produit dans son esprit. Loin de cautériser les plaies de sa vie, ce reportage les ouvre comme elles ne l’ont jamais été. Les souvenirs de son enfance et adolescence et le secret de ses parents qu’elle a découvert à l’âge de 12 ans remontent à la surface.
C’est grâce à l’atelier d’écriture auquel elle participe pour « sauver » ses dimanches qu’elle parvient à poser des mots sur ses blessures. L’idée d’écrire tout cela. Mais très vite elle s’interroge, se rend compte que dans la réalité les souvenirs remontent en vrac, sens dessus dessous, de manière anachronique, alors que dans une fiction, ils sont bien rangés, se succèdent de manière claire et ordonnée.
Elle s’aperçoit aussi de l’effet du temps sur les événements, le jeu de la mémoire qui transforme la réalité, atténue ou accentue certaines choses.

Lucy Caldwell est nord-irlandaise. C’est le premier roman que je lis d’elle, découverte par hasard en me examinant les rayonnages d’une grande librairie, assez surprise de trouver un nom si inconnu dans cette grande enseigne, et le dernier exemplaire de la pile ! Trop tentant, surtout quand on voit le nom de Belfast (et se dire que pour une fois ce n’est pas un polar sanglant).

J’ai aimé la mise en abyme du travail de l’écrivain et l’originalité de la construction de ce roman raconté à la première personne du singulier (Lara s’interroge sur comment écrire le secret de ses parents et les répercussions sur sa vie à elle, et sur sa vie d’adulte), puis, au milieu du livre, le basculement à la troisième personne pour donner la parole à sa mère par le truchement de la fiction.

L’histoire en elle-même reste assez banale :une histoire de double vie, d’un homme qui n’a pas pu faire un choix entre deux femmes et celle d’une femme trop amoureuse mais très malheureuse de la situation pour arriver à se sortir toute seule du piège qui se referme sur elle, s’enfonçant toute seule de plus en plus.
Le personnage de la mère de Lara agace et fait pitié à la fois, évidemment, en raison de la situation dans laquelle elle se met.
S’il n’y avait eu que cette intrigue, j’aurais jugé ce roman peu original. Mais il y a tout le reste et quelques jolies phrases qui atteignent leur but par la vérité qu’elles évoquent ou le comique de la caricature volontaire :

« La fiction nous permet d’échapper à nous-mêmes pour aller vers le monde. »

« Les maîtresses sont des femmes fantasques, follement séduisantes et françaises. »

Et puis, il y a Belfast (une ville que je déteste) :

« Des journées pareilles, on n’en a pas à Belfast, surtout en septembre. On n’en a déjà pas en juillet, ni en août, putain ! Tu sais qu’ils vendent des vacances aux Egyptiennes sur l’idée que la douce pluie irlandaise fera des merveilles sur leur teint. S’il ne pleut pas au moins la moitié du temps, on les rembourse. »

« En jouant des coudes, nous nous sommes faufilés dans une venelle pavée, encadrée par d’énormes paniers de fleurs suspendus ; elle était noire de monde.
« C’est le Duke of York, m’a-t-il crié. Ils ont de bons groupes en live, le jeudi, si jamais tu reviens. » Nous avons fendu la cohue et tourné à droite dans une rue plus large, et il m’a désigné des bars au passage. Le Black Box, qui avait une bonne programmation musicale, lui aussi ; le Spaniard, et puis, là-bas, le Merchant Hotel, mais celui-là, je le connaissais puisque j’étais descendue au Premier Travel Inn, en face. (…) le marché Saint George, particulièrement intéressant le samedi, avec des tas de stands dans l’esprit des marchés ruraux, un poissonnier correct, divers étals de gâteaux et de produits artisanaux ».

Il est rare qu’on présente Belfast comme une ville sympathique. Personnellement je ne suis pas encore capable d’avoir cette approche.

Un roman nord-irlandais qui n’est pas un polar, construit de manière originale pour mettre à nu le processus de création de l’écrivain.
A découvrir.

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Peace, Love, Freedom

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(dessin génial de Sophie Lambda)

 

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Les premières aventures de Sherlock Holmes : L’ombre de la mort (tome 1)

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A travers les mots de Marie Hermet

Le jeune Sherlock Holmes est envoyé par son frère aîné, Mycroft, le temps d’un été, chez son oncle, dans le fief familial des Holmes. Sherlock traîne un peu des pieds, mais Mycroft lui explique que c’est pour son bien : leur mère est malade et leur père doit partir faire la guerre aux Indes. Sherlock a toute confiance en son frère. Afin que le jeune homme poursuive ses études, Mycroft fait engager un précepteur, Aymus Crowe. Sherlock ne le sait pas encore, mais cet homme va l’aider à devenir un détective hors normes en lui enseignant l’art de l’observation, de la logique et de la déduction. Il se trouve qu’il est aussi le père d’une charmante jeune fille qui monte à cheval comme un homme : Virginia. Cela ne peut que plaire à Sherlock ! Il croise sur son chemin un gamin des rues de son âge, orphelin, Matty, qui deviendra son compagnon d’aventures et son meilleur ami.Et voilà tout ce petit monde entraîné dans une bien étrange affaire…

Il se passe en effet des choses étranges. Sherlock découvre le cadavre d’un homme recouvert de bubons, dans la forêt; puis deux autres avec les mêmes symptômes, près d’une usine à vêtements. Et puis il y a cet étrange poudre jaune près des cadavres… Tout laisse à penser à un début d’épidémie de peste bubonique ou de variole. Mais il y a aussi ces ruffians qui rapidement vont s’en prendre au jeune Sherlock, pour la première fois de sa vie confronté à la mort.

Le roman débute dans la campagne anglaise de la fin du XIXe siècle mais rapidement le lecteur prend la route vers la capitale, Londres, pour pousser jusqu’à… Cherbourg ! Un bon road trip comme je le aime et une vraie surprise d’atterrir en Normandie et d’apprendre que Sherlock est français pas sa mère !
Un bon road trip parce que ce roman jeunesse est très bien documenté sur l’Angleterre de l’époque, donc on est rapidement immergé dans l’ambiance, on va jusqu’à sentir l’odeur de la bière et le bourdonnement des abeilles. Oui, vous avez bien lu : des abeilles. Et si vous n’y connaissez rien en la matière, vous en apprendrez un rayon… Et qui dit abeille, dit pollen :
« Les abeilles (…) prennent le pollen et le transportent jusqu’à la ruche sous forme de petites balles attachées à leurs pattes arrières. Les plantes en bénéficient parce que chaque abeille, en volant de fleur en fleur, laisse tomber un peu de pollen provenant des étamines de l’une et du pistil de l’autre. C’est ainsi que l’abeille aide à la reproduction. Sur leurs pattes arrières, les abeilles ont des poils qui forment une sorte de petit panier ; elles malaxent le pollen pour former des petites pelotes. C’est ce qu’on appelle le « pollen d’abeille ». »
J’ai trouvé ces explications très claires pour le jeune lecteur (et terriblement d’actualité!).
Une aventure qui vous entraînera aussi un peu vers l’histoire de l’Empire britannique, qui n’a pas que des amis…

A cet aspect documentaire s’ajoute un suspense trépidant : on ne s’ennuie pas une minute.

On garde dans un coin de l’esprit le Sherlock Holmes adulte créé par Conan Doyle. Le jeune Sherlock Holmes inventé par Andrew Lane n’a rien de fantaisiste. L’écrivain explique son intention à la fin de l’ouvrage : « Mon intention, dans le livre que vous avez entre les mains, et dans ceux qui vont suivre, est de trouver à quoi ressemblait Sherlock avant que Conan Doyle ne le présente au public. Quel genre d’adolescent était-il ? Quelles écoles a-t-il fréquentées, et qui étaient ses amis (…) Arthur Conan Doyle a très peu parlé des années de Sherlock, et la plupart de ses émules en ont fait autant. On ne sait pas grand chose de sa famille ou de l’endroit où il a vécu. Nous savons qu’il descendait par sa mère du peintre français Vernet, et qu’il avait un frère, Mycroft, qu’on rencontre dans certaines histoires. Cela m’a donné la liberté de créer pour Sherlock une histoire compatible avec les indices que Doyle nous a laissés, et aussi avec l’homme que son personnage allait devenir ». Riche idée !

Ce premier volume des aventures du jeune Sherlock Holmes est publié depuis peu au format poche par Flammarion Jeunesse.

Moi, je me suis régalée avec ce roman d’ambiance et d’aventures ! Il saura plaire à tous les amateurs de littérature anglaise.

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