Nord-Michigan

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Traduit par Sara Oudin

Joseph vit dans une bourgade perdue du le Nord-Michigan, près de la Pine River. Il a 43 ans, tente de s’occuper de la ferme de ses parents. Il est également instituteur, métier qu’il déteste et exerce par nécessité et non par vocation. D’ailleurs, au moment où l’on ouvre le roman, on sait déjà qu’il n’en a plus pour longtemps dans cette école. Joseph est un solitaire. Il préfère la pêche et la chasse à la compagnie humaine. Sauf en ce qui concerne les femmes… Quand une de ses élèves, Catherine, lui fait des avances, au lieu de les ignorer pour éviter les pires ennuis, il fonce sur l’occasion. C’est d’autant plus dangereux qu’il fréquente également depuis toujours (ou du moins une éternité) son amie d’enfance, Rosealee, qui est aussi sa collègue à l’école. Pourtant, il n’envisage pas vraiment de faire sa vie avec elle. Il habite avec sa mère, mourante, et qui décédera au cours de la narration. Quand il n’est pas avec ses maîtresses, Joseph adore également la compagnie d’une bouteille de whisky ou des poèmes de Keats et Witman, un échappatoire efficace.

L’histoire va tourner autour de l’indécision de cet homme à choisir entre Catherine ou Rosaelee. On découvre également au fur et à mesure le passé de Joseph, l’accident qui l’a rendu infirme et inapte à l’incorporation pendant la 2nd Guerre mondiale; ses petits frères et soeurs morts bébés des affres de la diphtérie, toute une histoire de famille douloureuse. Des souvenirs incessants qui hantent Joseph, l’empêchent de vivre et le conduisent à un comportement suicidaire. Bref, vous l’aurez compris, cet homme n’est pas vraiment un gai luron.

Jim Harrison offre une photographie de la vie dans le milieu agricole du Nord-Michigan à la fin des années 50. Le titre original du roman est d’ailleurs Farmer. Je dois avouer que ça ne fait pas très envie ! Entre alcool, ennui profond et dépression. J’ai vraiment eu du mal avec le personnage perpétuellement indécis, trop dépressif à mon goût. J’ai regretté que le roman focalise sur ses relations sexuelles avec Catherine et Rosaelee. J’ai fini par trouver ça indigeste. L’intrigue en elle-même ne m’a donc pas plu.

Par contre, j’ai vraiment apprécié la part belle que fait Jim Harrison à la nature et aux animaux. Des animaux qui paraissent parfois bien plus intelligents que les humains, comme l’anecdote sur un coyote qui roule dans la farine Jospeh, complètement fasciné par l’animal. La forêt est décrite avec un humour et une saveur culinaire sans pareil  :

« Les grouses étaient en somme de somptueux dîners sur pattes qui se baladaient dans la forêt en attendant d’être tuées et mangées. »

Jim Harrison met aussi l’accent sur les origines des gens qui peuplent ce village du Nord-Michigan : le père de Joseph était suédois; le médecin de famille est d’origine galloise. Le machisme des hommes n’est pas en reste : les fermiers considèrent les filles comme des bouches inutiles.

Une peinture sociale qui fait assez froid dans le dos, un roman à l’ambiance étouffante, (peut-être un peu trop à mon goût) malgré la nature sauvage qui peuple les pages. J’ai été un peu trompée sur le sujet par le titre français »Nord-Michigan », assez vague, et la couverture de cette édition de poche. Le roman focalise vraiment sur le personnage du fermier célibataire et dépressif.

C’est le premier roman que je lis de Jim Harrison. Je pense poursuivre malgré tout, puisqu’il est un géant incontournable de la littérature américaine  et que son attrait pour la nature et l’Histoire du Michigan, entre autres, ne peuvent que m’intéresser.

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Adama ou la vie en 3D

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e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
« 1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d’origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s’interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l’on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu’il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui… »

Quant j’ai découvert cette série sur le thème « Français d’ailleurs », ça a fait « tilt » ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J’ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d’origine malienne, d’autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu’un petit livre pareil, d’une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d’un CDI, qu’il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s’approcher d’un bouquin, sauf s’il s’agit d’un manga…. Un roman documentaire qui met en avant la vie et l’histoire de Français dont on parle peu et qu’en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un « rayon » sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l’ouvrage sur « L’immigration malienne en France ». Adama, l’adolescent de ce roman porte d’ailleurs le même prénom qu’Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l’Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l’histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu’à l’indépendance (1960), l’immigration en vers l’Hexagone, les lois « Pasqua » (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l’ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu’il repart là-bas le temps d’inaugurer une école, Adama lui demande de l’emmener. Son père fait mine d’établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu’Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l’épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
« J’ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c’est Kayes, et puis j’ai poussé dans la cité, la tour 7, c’est mon ventre à moi, et à l’instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : « Cet été, j’ai fait des milliers de kilomètres, j’ai suivi les menottes d’Ibrahima, j’ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j’ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j’ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d’ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu. » »

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c’est un chouia de manque de suspense dans l’histoire d’Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c’est l’aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Merci aux Editions Casterman !

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Carnets de thèse

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Jeanne est prof dans un collège en ZEP. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle est acceptée en thèse de doctorat. Euphorique, elle se met en disponibilité de l’Education nationale et se lance, sans le savoir, dans l’Enfer.

Cela faisait un moment que je lorgnais sur cette BD, j’ai craqué et je l’ai lue !
Les personnages sont caricaturaux à souhait. Jeanne cumule tous les handicaps et tous les déboires imaginables.
Elle n’est pas financée et accepte donc un poste d’enseignant vacataire, dans un domaine dont elle n’est pas spécialiste, pour en rajouter une couche  : il va falloir qu’elle donne des cours de littérature médiévale alors que sa thèse porte que Kafka ! Mais pour en rajouter encore une couche, l’administration de l’université s’aperçoit qu’elle ne peut pas donner des cours comme vacataire, une fois qu’elle les a donnés ! Ironie du sort, la solution pour manger va être d’intégrer ladite administration !
Le timing pour sa thèse va en prendre un coup, parce que donner des cours, évidemment, demande un minimum de préparation.  Mais travailler toute la journée comme secrétaire, c’est encore plus chronophage !

L’Administration de l’enseignement supérieur est vraiment un alien dans cette BD. Elle ne paie pas. Elle fait des erreurs.Les secrétaires sont des loques impitoyables.

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Et puis, il y a les profs…

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Et puis encore pas de bol pour Jeanne, son directeur de thèse est un fantôme

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Piètre personnage là aussi.

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Et puis au milieu de tout ça, il y a Jeanne qui se débat avec sa thèse proprement dite (son plan, ses fiches de lecture, une rédaction qui est aussi bordélique que sa tête), et qui se fait larguer par son petit ami qui a l’impression de faire un ménage à trois avec Kafka. Sans parler de ce que pense la famille qui ne comprend pas pourquoi Jeanne fait une thèse en littérature : ça va changer quoi au monde, hein ? Par contre, les thésards scientifiques, c’est du caviar !
Sans parler des normaliens à l’ego démesuré, chouchoux des directeurs de recherche, qui font de l’ombre aux autres thésards (mais ne s’en font pas moins exploiter).

J’ai globalement bien aimé cette BD qui m’a fait rire et sourire par son caractère outrancier et caricatural – où perce quand même une certaine vérité, même si ce n’est pas très glorieux. Elle a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Mais je n’ai eu aucune bonne  surprise. J’ai donc fini par m’ennuyer un peu.

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Comme son ombre

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A travers les mots de Matthieu Farcot

Charlie Flint est psychiatre et enseignante à l’université d’Oxford. Du moins était. Une sombre affaire de meurtre, une erreur de jugement de sa part, lui a valu sa carrière. Un jour elle reçoit dans une enveloppe des coupures de presse relatant l’assassinat de Philip Carling le jour de son mariage avec Magda. Celle-ci est la fille de la responsable adjointe du département de philosophie, Corinna Newsman, elle-même ancienne tutrice de Charlie au collège St Skolastika de l’université d’Oxford quand elle était étudiante. Charlie a toujours eu de l’admiration pour cette femme de bien des points de vue… Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et Charlie est en couple avec Maria. Seulement voilà, elle en pince pour une certaine Lisa Kent. Universitaire elle aussi dans le « psy ». Quand elle reçoit la mystérieuse enveloppe, avec son imagination débordante, Charlie pense que c’est Lisa qui lui a envoyée. Et c’est le début d’une histoire qui va lui réserver bien des surprises, la renvoyer des années en arrière, le jour du décès d’une étudiante à Oxford. Tout ce remue-ménage intérieur va l’obliger à revisser sa casquette de profileur pour la police, à titre officieux. Elle va rencontrer une certaine Jay Stewart, qui a fait fortune via l’économie numérique en éditant des guides de voyage 2.0. Jay a également profité de la mode littéraire britannique des « mémoires d’infortune » pour raconter sa vie au grand public. L’occasion d’un succès retentissant. Mais comme tout est compliqué, Jay est aussi en couple avec Magda.
Une enquête qui va mener Charlie au bout d’elle-même.

Quand on s’engage à lire un Val McDermid, si on connaît un peu, on sait que ce n’est pas du polar bâclé et vite écrit. Sérieusement, je ne sais pas combien de temps elle a mis pour écrire ce pavé de plus de 500 pages en édition de poche, mais il fait fumer vos neurones ! Il y a beaucoup de personnages dès le début et tous demandent toute votre attention pour ne pas vous noyer. Mais on s’y fait et on parvient à prendre ses repères et à se mettre dans les rails du récit. Ou plutôt des récits. Parce qu’on lit les aventures de Charlie qui se déroulent sur une semaine, où pendant ce temps, Jay écrit la suite de ses mémoires d’infortune pendant que Charlie elle-même dévore, captivée, le premier volume mémoires de Jay. Le problème c’est qu’elle soupçonne cette femme d’être l’assassin de Philip Carling. C’est du moins ce dont est absolument convaincue Corinna, que Magda accuse d’homophobie.

Je dois avouer que ce polar m’a surprise. Je ne m’attendais pas du tout à cet univers lesbien et à la dimension « romance » qu’il comporte, sur fond de meurtres. Toutes les femmes de ce roman sont homosexuelles (sauf Corinna). C’est qui est étonnant, c’est que la quatrième de couverture du bouquin n’y fait absolument pas référence. Pourtant, ça pèse sur toute l’histoire. Pourquoi le mari de Magda a-t-il été assassiné ? Pourquoi Magda est en couple avec Jay alors qu’elle avait épousé Philip ? Charlie se débat avec ses sentiments : quitter Maria pour Lisa ou pas. Lisa joue avec les sentiments de Charlie en s’affichant avec Kathie. Corinna dit qu’elle n’est pas homophobe mais ça ne l’empêche pas de tout faire pour essayer de séparer Jay et Magda, quitte à persuader Charlie que Jay est une serial killeur : pourquoi un certain nombre de jeunes femmes ont-elles trouvé la mort en présence de Jay ?

Le thriller psychologique en lui-même est fascinant et machiavéliquement construit. Si au début tout a l’air clair, au fil des pages, on se met à douter de la noirceur des uns et de la blancheur des autres. Et puis il y a du gris. Val McDermid est de ce point de vue un redoutable écrivain qui arrive à vous retourner la tête sans que ce soit abracadabrant. Elle va même au-delà de vos surprises. Pas de sang en direct (deux coups de bombe lacrymogène), juste des faits rapportés et quand même un cadavre dans un placard (enfin, pas tout à fait un placard, mais je ne peux pas en dire plus sous peine de spoiler). Un polar de manipulations en cascade. Val McDermid interroge à la perfection la notion de culpabilité et les conséquences de nos actes sur autrui. Elle pointe aussi du doigt l’homophobie d’une certaine intelligentia qui s’en défend et des ravages dans les esprits de la religion et autres sectes à cet égard.

Contre toute attente, on se fait même une escapade sur l’île de Skye, comme pour s’aérer les neurones du milieu universitaire psychotique oxfordien. Un petit road trip le temps d’un week-end, avec Charlie et Maria, pour voir à quoi ressemble le « kiff » des alpinistes britanniques : la chaîne des Back Cuillin et son Sgurr Deag avec son « Pic In » (Pic Inaccessible). C’est là que j’ai retrouvé mes copains les midges remarquablement transformés en « moucherons » (sourire). J’ai tout un nuage qui me suit depuis Peter May (et même depuis Sans laisser de traces, le dernier Val McDermid que j’ai lu, où ils sont gentiment restés  midges avec une note en bas de page). Ca mérite presque une thèse du genre : « De la représentation du midge dans les romans écossais traduits en français ». En vrai, ça occupe même pas la moitié d’une ligne dans le roman mais compte tenu de ma lecture précédente, ça m’a fait sourire.
Une escapade très réussie, avec Charlie qui lit le roman de Jay, en particulier le passage où celle-ci évoque l’accident de montagne qu’elle a eu avec une de ses collaboratrices. En tout cas, sachez que « quand on aime grimper sur la neige et la glace, il n’y a rien de tel au Royaume-Uni que la chaîne des Cuillin en hiver. Rien. C’est le plus grand défi hivernal pour les alpinistes britanniques ».
Une bouffée d’oxygène écossaise, mais sur fond de mort quand même….

Heureusement, il y a aussi pas mal d’humour dans ce thriller psychologique. Notamment à travers le couple Charlie-Maria qui vaut quand même son pesant de cacahuètes :
« Comme toujours, Maria tartinait de Marmite ses toasts aux céréales. Elle désigna avec son couteau la grande enveloppe matelassée posée à côté de l’assiette de Charlie. « Le facteur est passé. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as arrêté les cornflakes pour ces trucs, ajouta-t-elle en pointant son couteau vers les barres de céréales. On dirait des protège-slips pour masochistes. » »
Quand Charlie raconte ses lectures c’est quelque chose :

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Il y a une habile mise en abyme des personnages du lecteur et de l’auteur sachant maintenir le premier en haleine dans ce roman. Charlie découvre stupéfaite qu’elle adore Jay-écrivain et que celle-ci a un talent dingue pour rendre les gens « addict » à ses mémoires.

On s’attache facilement à l’héroïne. Elle a un côté roublard mais un coeur en or, quitte à se planter une fois de plus.

Le seul reproche que je peux faire à ce livre, c’est quand même quelques longueurs dues aux tergiversations sentimentales de Charlie. Ca finit par ennuyer. Même s’il y aura, ironiquement, plus obsessionnel qu’elle.

Un thriller psychologique façon brainstorming, à la fois noir, suffocant, mais non dénué d’humour, diaboliquement construit. On comprend le titre français à la fin.
Une lecture surprenante et hors du commun.

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L’île du serment

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 A travers les mots de Jean-René Dastugue

Peter May renoue ici avec son sujet de prédilection : l’Ecosse des îles. Ce roman sommeillait dans ma liseuse depuis sa sortie en septembre dernier et je me demande maintenant pourquoi je ne me suis pas jetée dessus tout de suite ! Un bon gros pavé bien tourbé en dépit de ce que peut laisser penser l’évocation de l’archipel québécois de La Madeleine….

Sime est un flic québécois anglophone mais aussi francophone. Il est envoyé enquêter sur l’île d’Entrée où les gens parlent exclusivement la langue de Shakespeare, parce que tous ont des racines écossaises, comme Sime. Tous ses collègues sont francophones mais ce n’est pas un problème.
Un meurtre a eu lieu sur cet îlot de l’archipel de la Madeleine (2 kilomètres de large sur 3 de long, on a vite fait le tour!). Tout de suite, avant même d’avoir les preuves, la police pense que la coupable est Kirsty Cowell, l’épouse de la victime. Mais Sime est persuadé du contraire. Pourtant rien n’est rationnel, tout relève du sentiment, de l’intuition : quand Sime rencontre Kirsty, il pense la connaître depuis toujours. Pourtant, ce n’est pas réciproque.

Sime est insomniaque et se remet difficilement de son mariage raté avec Marie-Ange, de surcroît sa collègue de la police scientifique, présente sur les lieux. Dépressif et insomniaque, pour un flic ça n’aide pas à y voir clair, d’autant que ce qui se passe à côté de l’enquête va prendre de plus en plus d’importance, jusqu’à presque faire oublier au lecteur la raison d’être de Sime sur l’île…
En effet, Sim est insomniaque, mais parfois il ferme quand même les yeux. Pourtant ses rêves le laissent sur les genoux au réveil : il revit les histoires racontées par sa grand-mère, à propos de son arrière arrière arrière grand-père, originaire de l’île d’Harris et Lewis en Ecosse.
Au fil du roman, le récit « écossais » prend de plus en plus d’importance et vous fait quitter le Québec du XXIe siècle pour vous plonger de l’autre côté de l’Atlantique, au milieu du XIXe siècle, au temps de la famine de la pomme de terre.

Deux récits dans le roman qui ne sont reliés que par les personnages de Kirsty et Sime. Et par des bijoux en cornaline ornés d’emblèmes. Peter May maintient  un double suspense : celui du meurtre sur l’île d’Entrée et celui qu’on pourrait appeler le « mystère de Kirsty ».
Mais en plus, ce roman est aussi un magnifique documentaire sur la dépossession et la déportation de milliers de paysans écossais gaélophone vers le Québec. Le tout corolé à une famine fabriquée de toute pièce pour tenter de les exterminer. Un passage très émouvant évoque Sime qui court après un cerf blessé pour tenter de nourrir sa  famille alors que des nobles coursent ce même cerf juste pour s’amuser, rapporter un trophée !
Dans le roman, il y a un type vraiment pas sympa qui sera à l’origine de tous les malheurs du Sime du XIXe siècle : un certain James Matheson, marchand originaire de Glasgow ayant fait fortune grâce au commerce du tabac, du coton et du sucre après la guerre d’indépendance américaine. En 1847, il rachète toute l’île de Lewis pour 190 000 livres.  Il dispose de tout ce qui est dessus comme il l’entend : bêtes, maisons, humains, terres. Un jour, il décide de vider le village de Bail Mhanais, parce que Sime fréquente sa fille Kristy.

Une page de l’histoire de l’Ecosse qui indigne devant le sort réservé aux paysans, chassés de leurs terres, affamés, obligés de s’embarquer, pour survivre, vers le Québec, parce qu’un mouton vaut plus que leur tête. Le voyage est décrit avec toute son horreur. Le sort réservé aux malheureux survivants de la diphtérie n’est pas vraiment réjouissant ni des plus accueillants. Pourtant, malgré et contre tout, ils parviendront à apporter leur pierre à l’édifice de leur nouveau pays : le Canada.

Un très bel hommage à ces gens !
On sent bien que l’intrigue du meurtre sur l’île d’Entrée n’est qu’un prétexte à l’évocation de cette page d’Histoire, même si tout se tient parfaitement et que les deux récits se rejoignent, le tout saupoudré d’un zeste de romantisme. Je suis partie très loin avec ce livre, le genre de bouquin qui vous déconnecte complètement du monde réel et vous fait râler si votre lecture est interrompue par une irruption du réel dans votre fiction (comme un horrible téléphone qui se met à sonner !). Et il y a une surprise : il faut aller absolument au-delà du mot « FIN » (présence incongrue de ce mot dans un roman que l’on ne comprend que lorsqu’on le dépasse…).

Bref un coup de coeur pour moi !

Bon, ensuite il ya quand même des choses qui n’incombent aucunement à Peter May mais à  l’éditeur et qui m’ont fait grogner :

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Pas besoin de commentaires…

Et puis un autre truc, plus personnel : l’irruption d’attaques de simulies dans le récit écossais du roman. Sérieusement, vous savez ce que sont des simulies ? Parce que moi non et j’ai fait le test sur plusieurs Français et une Québecoise, ce n’était pas plus concluant. Je pense que le mot original était midges. Si on prend le dictionnaire Harrap’s (pas toujours le meilleur, je sais, mais bon…) midge est traduit par « moucheron ». En Ecosse, en Irlande, un midge est un minuscule moucheron qui pique comme un moustique. Midge pour moi, ça sent les lacs et la tourbe. Je le considère comme intraduisible sous peine de plomber l’ambiance. Ca fait presque partie du patrimoine écossais au même titre que les backhouses (humour, hein!). Simulie, ça peut vous embarquer dans des zones tropicales… Il faut avoir subi les attaques des midges pour savoir vraiment ce qu’est cette besiole qui doit avoir des gènes de vampire (je peux donner des lieux où se faire vampiriser en Irlande pour ceux que ça intéresse !!) . Et comme on raconte en Irlande : « un midge tué et ce sont des centaines qui viennent à l’enterrement. » Tout ça pour dire qu’un midge vaut une note en bas de page pour expliquer la bestiole. 🙂
(Je ne critique que très rarement les traductions parce que je n’y connais rien et que c’est un sacré boulot – sauf si vraiment ça me saute à la figure).

Je pense que je peux conclure en disant que c’est une lecture où je ne me suis pas ennuyée trois secondes !

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Un hiver en enfer

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Edward habite à Ville d’Avray, dans la banlieue chic de Paris. Il fréquente en guise de lycée, un institut privé catholique de Rueil Malmaison. Il est issu d’un milieu aisé : son père est riche et connu, sa mère est une ancienne pianiste à succès qui a arrêté sa carrière à la naissance de son fils.
Tout pourrait aller pour le mieux pour cet ado qui semblent à l’abri des soucis matériels. Pourtant la vie d’Edward n’est pas un un long fleuve tranquille : sa mère est maniaco-dépressive et le néglige ; le gamin est atteint de la maladie des Troubles Obsessionnels Compulsifs : ses stylos doivent être alignés dans un certain ordre sur sa table pour qu’il puisse se concentrer sur un travail ; pour son handicap, Edward est surnommé « Ed le Taré » par une bande de racaille qui lui pourrit sa scolarité depuis qu’il va à l’école.

Evidemment,  Edward est tout sauf quelqu’un d’idiot mais c’est un adolescent très fragile et peu sûr de lui. Son univers déjà fragile s’écroule du jour au lendemain le jour où ses parents ont un accident de voiture : son père qu’il adulait à défaut de pouvoir aduler sa mère qu’il déteste, décède. C’est le début d’une descente en enfer et d’un thriller palpitant : sa mère sort soudain de sa dépression et devient une mère aimante, trop aimante : possessive. Les adultes en qui Edward avaient confiance disparaissent les uns après les autres mystérieusement. Edward voit rouge : pour lui sa mère est une tueuse ! Pourtant les psychiatres mettent les croyances d’Edward sur le trauma du décès de son père. Où est la vérité ? Edward est-il fou ? Sa mère est-t-elle vraiment cinglée ? Il faut dire qu’Edward, depuis la mort de son père, est devenu quelqu’un de violent,  ce qui ne l’aide pas à être pris au sérieux dans ses propos.

Jo Witek joue avec les nerfs du lecteur pendant longtemps avant que la vérité ne se fasse jour. J’ai longtemps douté sur ce que fait la mère d’Edward, selon les dires de ce dernier, on a du mal à y croire parce que c’est dingue (mais en même temps, on sait qu’il existe des mères qui tuent leurs enfants aussi et que la dépression peut engendrer des comportements déviants).
Et puis, au bout d’un moment, effectivement on se dit que la mère du gamin est complètement barrée (je ne dirai pas pourquoi, évidemment !). Pourtant, une grosse surprise attend le lecteur, une très grosse surprise (là non plus je ne peux pas dire laquelle !), révélée grâce à l’enquête de Garideau, une inspectrice de police qui fera tout pour ré-ouvrir le dossier de l’accident des parents d’Edward. Et heureusement, celui-ci a aussi un ami, un vrai, un génie, qui fera jaillir la vérité.

J’ai vraiment adhéré au suspense et dévoré ce bouquin. La chute de l’intrigue m’a vraiment surprise. Néanmoins j’oscille entre deux sentiments : c’est possible, mais tout de même, n’est-ce pas un peu invraisemblable ?

Mais à part cela, un roman réussi qui aborde la maltraitance enfantine, le choc post-traumatisme chez l’adolescent, la folie (où commence-t-elle, d’ailleurs ?), le harcèlement scolaire, la jalousie, l’injustice, la dépression. Le tout dans un milieu social favorisé et une banlieue  dite « chic ».

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A la poursuite du Grand Chien Noir

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A travers les mots de Marie Hermet
Illustré par Chris Judge

Simon et Gloria vivent avec leurs parents à Dublin. Ils ont un oncle qu’ils adorent, oncle Ben.  Un jour leurs parents annoncent qu’Oncle Ben va venir vivre avec eux, « le temps que les choses s’arrangent pour lui ». Oncle Ben a des soucis à cause de la récession qui ravage le pays. Les chiens de la ville ont senti le vent venir avant tout le monde, ou plutôt le Grand Chien Noir. Une drôle de chose arrivée dans la nuit, « dans un nuage – en fait c’était lui, le nuage ». Une drôle de chose qui « prit peu à peu la forme d’un chien et la forme de chien devint un chien ». Rien à voir donc avec les sarcastiques chiens de Dublin (oui, « les chiens, surtout à Dublin, sont facilement sarcastiques. Vous n’avez qu’à bien écouter leurs aboiements, en particulier le matin, vous verrez ») !
La vie familiale de Simon et Gloria va être chamboulée : Gloria doit partager sa chambre avec son grand frère et dormir sur un matelas à même le sol. Même si elle adore Oncle Ben, son lit et sa chambre lui manquent ; Simon n’apprécie pas trop de devoir dormir dans la même pièce que sa petite soeur, même si c’est quand même bien rassurant pour un gamin qui a peur du noir. Oncle Ben est triste, leurs parents semblent inquiets. Les soirées se remplissent de chuchotements et de murmures. Les deux gamins tentent de percer le mystère de tout cela et un jour, ils entendent leur grand-mère déclarer que « le Grand Chien Noir de la Dépression s’est installé sur les épaules » de Ben. La grand-mère n’en est pas à sa première rencontre avec ce chien là, mais elle ne l’a pourtant jamais vu aussi féroce et virulent. Toute la ville est atteinte : le Grand Chien Noir a tout simplement volé le coeur à rire de Dublin.
Les enfants se sauvent dans la nuit pour attraper le Grand Chien Noir et récupérer le coeur à rire de la ville. C’est le début d’une trépidante aventure, fantastique à souhait mais dans un contexte très réel et contemporain. L’occasion d’un road trip dublinois nocturne peuplé de mots aux pouvoirs magiques, de rires, de frissons et d’animaux qui parlent.

Les vrais animaux de Dublin, qu’ils soient sauvages ou domestiques sont tous adorables.

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Lui, c’est Fang, un gentil bâtard énorme mais inoffensif. Fang est un chien « trop content » pour être le Grand Chien Noir. Il a une manière bien particulière de manifester son enthousiasme  (allez, je le dis : il pète) ! Un chien anglais ne ferait jamais ça, mais n’oubliez pas, vous êtes à Dublin !

Et quand on est à Dublin, on ne peut pas faire l’impasse sur les mouettes, à moins d’être sourd et aveugle. De vrais petits soldats qui aideront Simon et Gloria, et tous les gamins de la ville qu’ils entrainent dans leur aventure, à combattre le Grand Chien Noir de la Dépression.

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Au Zoo de Phoenix Park, on croise Kevin le suricate sautillant qui encourage tout ce qu’il peut les gamins.

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On rencontre même un troll, sous le pont de bois de Bull Island,  dont le Grand Chien Noir a déprimé sa maman !

Les animaux et les enfants sont les héros de Roddy Doyle. Grâce à eux, le lecteur se paie de bonnes tranches de rire dans une cavalcade nocturne un peu loufoque, qui semble sans fin, à travers les rues de la ville, puis les docks, la plage, Clontarf… (il y a même un gentil faux vampire dans l’équipe!).

Et puis il y les batailles de mots magiques, presque dignes d’un bataille de Clontarf !
Le mot magique le plus célèbre en Irlande  est traduisible par Génial (en VO, brillant), que les Irlandais vous servent à toutes les sauces et toutes les occasions. Un mot chargé d’optimisme et d’humour, un mot qui fait rire, qui illumine la vie les visages. C’est LE mot des enfants de Dublin pour combattre le Grand Chien Noir. Le mot qu’ils vont hurler et brailler dans les rues noires. Un mot chargé d’énergie positive et de joie de vivre que le Grand Chien Noir de la Dépression déteste. Un mot qui les entraînera à faire des concours d’expressions loufoques pour garder le moral.

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Le Grand Chien Noir, son expression à lui, est tout le contraire de « génial » : c’est « Bons à rien », « nuls » . L’insulte pour tenter d’atteindre psychologiquement les gens qui finissent par croire, effectivement qu’ils le sont. L’expression consacrée pour tuer. Une expression noire, méchante, toute moche. A l’image du Grand Chien Noir

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Un roman bourré d’humour, joliment illustré qui fait la part belle à l’avenir de l’Irlande : les enfants.

Un roman original dans sa conception, un peu foufou – mais ça c’est totalement irlandais ! Une belle manière d’expliquer la crise économique aux enfants, avec humour et une touche d’optimisme non négligeable.  Un roman dublinois d’ailleurs dédié aux mouettes de Dublin.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à retourner visiter Dublin pour la énième fois, et à écouter attentivement tous les chiens, les mouettes, les flamants roses et les suricates…

Il se trouve que j’avais acheté ce roman avant même de savoir qu’il serait publié en France. Je l’ai donc lu deux fois et je me suis éclatée deux fois, comme une gamine !
Roddy Doyle vous donne le coeur à rire, le coeur à rire de Dublin !

Un joli livre jeunesse pour la rentrée littéraire.

A lire de 10 à 110 ans.

Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour l’envoi du livre.

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D’après une histoire vraie

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Delphine, qui a publié Rien ne s’oppose à la nuit, est victime de son succès, dépassée par les événements au point d’en être fatiguée et déprimée. Au Salon du livre, elle s’entend refuser une signature à une lectrice. Quelques jours plus tard, elle rencontre une étrange femme chez une amie. Elle ne sait pas encore qu’à cause d’elle, sa vie va changer. Cette femme c’est L. Un écrivain nègre pour des célébrités. Delphine est fascinée par le personnage qui est son presque exact opposé, du moins au début. L. est une femme sophistiquée, toujours tirée à quatre épingles et au grand pouvoir de séduction. Dès le début, on est mal à l’aise avec cette personne très intrusive, qui veut tout savoir de la vie de Delphine, jusqu’aux choses les plus personnelles. On sent bien qu’il y a un truc qui cloche. Comme par hasard, L. se trouve souvent où est Delphine : en bas de chez elle, à Monoprix etc. Drôles de coïncidences. Puis Delphine s’aperçoit que physiquement L. se met à lui ressembler de plus en plus.
Un jour, L. demande à Delphine de l’héberger temporairement, le temps qu’elle retrouve un autre logement. Complètement sous l’emprise de cette femme, fascinée parce qu’elle est celle à qui elle aimerait ressembler, qu’elle a besoin qu’on la prenne en main sa dépression et sa solitude (ses enfants sont partis faire des études un peu loin, elle n’habite pas avec François, son compagnon), elle accepte.
Peu à peu L. vampirise l’auteur de Rien ne s’oppose à la nuit, au point de lui dicter la manière et les sujets sur lesquels elle doit écrire. Au point que justement, Delphine ne parvient plus à écrire une ligne, à ouvrir un fichier Word ou à répondre à ses mails. Et voilà que L. se fait passer pour elle, lui fait mentir à son éditrice, se rend à sa place à une rencontre lycéens, répond à son courrier…. « L. était une méduse légère et translucide, qui s’était déposée sur une partie de mon âme », raconte Delphine.  Et j’en ai largement assez dit.

J’avoue que je ne fais pas dans l’originalité avec cette lecture : on voit ce livre partout en cette rentrée littéraire. Mais j’avais adoré Les heures souterraines et No et Moi. Je n’ai pas lu Rien ne s’oppose à la nuit.  Donc voilà un De Vigan que je lis après des années après ses premiers romans. Et qui m’a laissé une impression ambivalente pendant toute ma lecture.

C’est très à la mode de brouiller les pistes en mettant un narrateur-écrivain qui porte le même nom que l’auteur du livre, de mêler fiction et réalité, et de jouer sur l‘effet de réel. Amélie Nothomb le fait souvent (cf le truculent Pétronille), ou encore Eric Reinhardt (L’amour et les forêts) pour ne citer qu’eux. Donc de mon point de vue, Delphine de Vigan n’a rien inventé. On note qu’elle met en exergue Misery et La part des ténèbres de Stephen King. Evidemment, on ne peut que penser à Misery au fur et à mesure qu’on avance dans le roman qui vire au fur et à mesure au thriller.
Mais le suspense est arrivé trop tard à mon goût, même si la fin est très réussie et c’est ce qui fait la force de ce livre. Je me suis souvent un peu ennuyée parce qu’il ne se passait rien, que ça tournait en rond avec l’emprise de L. sur Delphine, avant que l’action ne reprenne le dessus, façon boomrang.

Le personnage de L. est vraiment flippant, vraiment glauque. Et quand L. se met à ressembler  tellement physiquement à Delphine qu’elle peut prendre sa place lors d’une rencontre écrivain-lecteurs, et que personne n’y voit goutte, là j’ai vraiment commencé à douter de la crédibilité de la chose. Je ne peux pas vous dire pourquoi mais il y a une raison à cela qui a sa solution dans la fin du roman.

Saurez-vous un jour qui est L. ? C’est une bonne question ! Et de ce point de vue, le livre m’a plu par sa fin, qui est une pirouette très habile. En tout cas, faites attention à vous…

Quant à la dissertation sur « seule la littérature permet d’accéder à la vérité » mais « toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion », ça n’a rien de très nouveau comme réflexion. Les (ex) étudiants en littérature connaissent Le récit est un piège de Louis Marin (1978), pour ne citer que lui.

Delphine de Vigan joue avec une réalité multiple qui attache l’attention émotionnelle du lecteur. Un roman habile mais dont certaines longueurs ont gâché mon plaisir.

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Magique aujourd’hui

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Nous sommes dans les années 2050. Tim est chercheur. Il travaille « sur les facultés d’adaptation en situations extrêmes », en particulier sur « le cas d’un Japonais qui vit depuis 2011 dans la zone interdite autour de Fukushima ».
Tim est un hyperconnecté. Le puissant Mouvement de Deconne-x-ion surveille les addictions et dès qu’il estime que vous dépassez les limites, hop, il vous envoie direct en cure de désintoxication déconnexion. Ces gens-là sont des obsessionnels : ils passent leur temps à « réduire eux-mêmes leur temps de connexion » et à « prôner un usage très limité des machines intelligentes ». L’ironie de l’histoire, c’est que ces mêmes personnes ont été les premières à faire la queue des décennies auparavant le jour de la sortie d’une tablette, d’un ordinateur, d’un smartphone dernier cri…
Tim vit avec Today, un androïde qui l’aide aussi bien dans son travail que dans sa vie quotidienne. Il y est très attaché et entretient avec lui une relation fusionnelle. Hors de question pour le le Mouvement de Deconne-x-ion ! Voilà Tim mis en cure d’office. Today se retrouve livré à lui-même, pour la première fois de son existence.

Le lecteur suit alternativement les aventures de Tim Bix, mis au « vert » chez Mme Hauvelle (qui ressemble à une tatie Danielle)  et celles de Today, enlevé par ex-cantatrice désabusée.

Les humains de ce récit sont bien peu sympathiques – mis à part Tim pour qui on se prend vite d’empathie et un couple de Néerlandais philantrope. Les deux femmes auxquelles sont confrontés Tim et Today sont pour le moins acariâtres, frustrées et elles ne font pas dans la dentelle.  Le jeune homme se débat comme un beau diable avec les travaux ingrats que lui assigne Mme Hauvelle. En particulier celui d’arracher du bambou.  Le bambou, la plante qui, par excellence cache bien son jeu : vous croyez en avoir fini avec elle, mais c’est une illusion. Le bambou c’est traître et sans fin. Tim s’en aperçoit rapidement. S’il réapprend aussi à profiter de la nature, à réfléchir sur lui-même, il ne peut cependant oublier son Today d’amour pour qui il se fait un sang d’encre, parce qu’il pense que lui-même se fait un sang d’encre ! Tous les moyens seront bons pour tenter de se connecter avec lui…

De son côté Today, désorienté par l’absence prolongée de Tim, sort de la maison. Pas de bol, il tombe sur Mirène, l’ex-cantatrice, dépressive et calculatrice, qui voudrait bien le faire travailler à sa place : il faut dire que le boulot actuel de cette femme est quelque peu frigorifiant et déprimant. Seulement, cette femme est tellement insupportable que la cohabitation avec Today tourne court. Un petit extrait de la manière dont elle lui parle :

« – Ben dis-donc ! Quelle sorte d’artiste es-tu, qui ne sait ni ranger ni jeter ?
– Que voulez-vous jeter ?
– Mais tout, petit abruti, tout ! Toute ma vie n’est qu’un déchet, une fumisterie monstrueuse. »

« Tu as déjà été amoureux peut-être ? D’une friteuse programmée ? »

J’ai adoré les scènes entre Mirène et Today, qui sont « tordantes ». Surtout quand le narrateur explique une chose (que n’a pas compris Mirène) qui a pour effet de déclencher une action de Today qui la rend dingue.

Vous l’aurez compris, on adore Today ! Il est gentil, serviable, perdu et a une patience d’ange. Mais… (hé!  hé! ne comptez pas sur moi pour vous raconter la fin, sachez juste que j’ai failli en louper mon arrêt de bus – l’addiction n’est pas forcément là où l’on s’imagine qu’elle est!…).

Un roman malicieux, bourré d’humour, qui amène la réflexion sur le monde connecté, de manière ludique, avec finesse, justesse et philosophie.
Un Mouvement de Deconne-x-ion, s’il devait exister, aurait du souci à se faire…
Entre le bambou et le grille-pain, allez savoir lequel cache le mieux son jeu !

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Septembre sous les étoiles

Un mois littérairement pétillant pour la fan de littérature irlandaise que je suis : en à peine quinze jours, j’ai assisté à deux rencontres littéraires.

L’adorable Robert McLiam Wilson nous a présenté l’incroyable Paul Lynch, dans une ambiance très convivale. Le duo nous a fait rire et captivés.

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Si vous n’avez pas encore lu La neige noire, le roman qui m’a scotchée en cette rentrée littéraire, je ne peux que vous inciter à le faire. La plume de Paul Lynch est vraiment magistrale (il me reste à lire son premier roman, ce qui ne saurait tarder!)

Et puis, samedi dernier, par une belle soirée de pleine lune (!!), avec, entre autres,  ma copine de Lettres d’irlande et d’ailleurs,  nous avons pu écouter une dame de plume et de caractère, et pas des moindres : Edna O’Brien ! Elle n’a rien perdu de son humour ni de sa verve !

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Elle était interviewée par une journaliste du Monde, dans le cadre du Festival des écrivains du monde. Mais en fait, dès qu’elle a commencé à parler, il n’y avait plus beaucoup de place pour les questions !

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Elle a eu une vie incroyable et aussi du courage ! Un destin hors norme dont on peut se rendre compte en lisant son autobiographie, Fille de la campagne.
(en complément, un très bel article d’un journaliste Libé, écrit en 2013, à l’occasion de la sortie du livre, ici).

En tout cas, on peut remercier le Centre culturel irlandais de Paris de nous faire vivre ces beaux moments !
C’est que je m’habitue bien à ces petits rendez-vous littéraires – en compagnie de fans de littérature irlandaise, de surcroît !
Alors quand on est bien gâté, évidemment, on se demande : « La prochaine fois, c’est quand ?? » 🙂
Je cherche désespérément un podcast sur le site de France Culture, radio qui était présente pour l’événement… (Snif !)

Un sacré beau mois de septembre !

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