Maîtres et esclaves – Paul Greveillac

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Kewei naît dans les années 50 dans un village du Sichuan. Fils de paysans « moyens riches », nous allons suivre le parcours dans la Chine du Grand Bond en Avant voulu par Mao Zedong, jusqu’à nos jours. Ou comment, en raison de ses dons pour le dessin, un adolescent va être récupéré par la dictature à des fins de propagande. Comment la porte de l’Ecole des Beaux Arts de Pékin va s’ouvrir miraculeusement à lui, alors que sa condition sociale ne lui permettait pas. Comment grâce à la réalisation d’une esquisse, La mariée parle, représentant Jiang Qing, l’épouse de Mao, il va être monté en épingle par ses professeurs membres du Parti et se retrouver du jour au lendemain à commander d’importants projets pour le pouvoir.

Maîtres et Esclaves est le roman d’apprentissage d’un apparatchik. L’histoire d’un jeune homme qui se rêvait maître en arts pictural et se retrouve esclave du pouvoir, par des rouages perfides qu’il ne maîtrise pas, dans lequel il se laisse piéger jusqu’à l’endoctrinement. « Sommes-nous maîtres de nos destins, esclaves de nos égos ? Maîtres de nos rêves, esclaves de ce qui les concrétise ? » Le personnage devient peu sympathique au fil des pages. Son parcours se jonche de traînées de sang. Il porte les cadavres de sa mère, sa femme, son fils sans même le savoir. Sa destinée est une tragédie. La Chine a changé mais lui est à présent tout seul.

Un roman à l’écriture dense, poétique et efficace, qui plonge le lecteur dans une page de l’histoire de la Chine qu’on pensait connaître, mais dont on ne connaît finalement que les noms des dignitaires au pouvoir. Mao Zedong, Zhou Enlai et Deng Xiaoping… Paul Greveillac donne à voir l’envers du décor, de manière à la fois instructive et agréable. On ne s’ennuie pas. Une très belle fresque qui hantera sans doute le lecteur longtemps.

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Une maison parmi les arbres – Julia Glass

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Traduit par Josette Chicheportiche

Morty Lear, auteur à succès de livres pour enfants, meurt accidentellement en tombant d’un arbre, dans son jardin. Il lègue à Tomasina Daulair sa belle demeure dans où ils vivaient ensemble depuis de vingt-cinq ans, mais aussi toute la gestion de son patrimoine artistique. Cette mort subite et ce leg inattendu vont bouleverser la vie de ceux qui étaient liés à l’artiste. Un acteur oscarisé devait incarner Morty dans son prochain film ; une conservatrice attendait une partie de ses oeuvres pour l’ouverture du nouveau musée du livre ; Tommy n’est pas l’épouse de Morty, mais à la fois une amie, une attaché de presse, une secrétaire et une sorte de gouvernante qui gère toute la logistique de la maison. Il est de notoriété publique que l’artiste était homosexuel, ce qui lève toute ambiguïté possible quant à leurs relations. Pourtant le lien de Tommy à Morty est très fort puisqu’ils se sont rencontrés dans un jardin de jeux pour enfants, dans le Brooklyn des années 70 : Morty lui avait demandé l’autorisation de dessiner son petit frère, Dani. Grâce à lui, Mort Lear, artiste encore confidentiel, va connaître la voie du succès et devenir un auteur culte, grâce aux aventures de celui qui deviendra le personnage d’Ivo et enchantera les enfants mais aussi adultes ! Dani s’estime à présent injustement lésé par l’auteur. L’acteur Nicholas Green vient à la rencontre de Tommy afin d’en savoir plus sur le personnage qu’il doit incarner, à la grande réticence de celle-ci. L’occasion aussi pour elle de réfléchir sur l’artiste qui a partagé son quotidien.

Julia Glass construit son roman comme un puzzle, où l’identité et le rôle des personnages sont révélés au fur et à mesure pour capter l’attention du lecteur. L’écriture est dense (comme un arbre !). Il faut un peu de patience pour rentrer dans cette histoire formidable, mais quelle récompense ! Des secrets, des zones d’ombre, et beaucoup d’humour. Certains personnages sont parfois comme des enfants pris le doigt dans la confiture! De grands enfants… 🙂 On se prend d’affection pour chacun d’eux.
Un roman riche en thématiques, comme la solitude, les blessures de l’enfance, l’inspiration artistique, la construction d’un personnage, les relations humaines, l’être et le paraître.
 A travers le personnage de Morty Lear, Julia Glass rend hommage aux écrivains qui marquent toutes les générations, de 7 à 77 ans. Elle aime promener le lecteur, mais ensuite nous plongeons avec délice dans l’intimité que son personnage veut bien nous révéler, car les grands artistes savent garder leur part d’ombre. Ce roman sort de l’ordinaire et réveille aussi l’enfant qui sommeille en vous.

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Les âmes englouties – Susanne Jansson

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Traduit par Marianne Segol-Samoy

Nouvelle lecture pour le Grand Prix des Lectrices ELLE et cette fois je vous embarque dans les tourbières de Suède.

Nathalie fait une thèse de biologie sur les tourbières d’Europe centrale et du nord. A cette occasion, elle quitte Göteborg où elle vit depuis plusieurs années pour retourner dans sa région natale, une région reculée, pétrie de tourbières, entre le Dasland et le Värmland. Est-ce vraiment sa thèse qui l’amène à retourner là-bas ? Nathalie elle-même s’avoue que ce n’est pas tout à fait le cas. Une succession de drames lui a fait quitter la région pour faire table rase du passé. Du moins le croyait-elle. Mais on ne peut pas oublier le décès étrange de sa meilleure amie doublé d’une tragédie familiale ? Nathalie loue une maison sur le domaine d’un vieux manoir qu’elle connait bien. D’un côté la forêt, de l’autre, la tourbière. Pas n’importe laquelle : une certaine tourbière appelée la Tourbière des Sacrifices. Elle se lie d’amitié (et même un peu plus) avec un jeune homme qui a pour habitude de faire son jogging dans le coin. Mais à la suite d’une étrange circonstance, il échappe à la mort près de la tourbière et se retrouve dans le coma à l’hôpital. La police voit rouge car au même endroit, plusieurs personnes ont disparu auparavant, comme avalées. Tracy, l’amie d’enfance de Nathalie semble elle-même y avoir été irrésistiblement attirée. Maya, photographe de police mais aussi artiste, va mener une drôle d’enquête, de même que Nathalie, pour des raisons différentes.

J’étais un peu réticente au début, mais à l’instar de cette tourbière maudite, je me suis laissée engloutir par cette histoire qui vous embarque dans un coin paumé de Suède ,  parsemé de « petites mares, tels des yeux remplit d’eau », dans « un paysage composé d’étendues brumeuses, de pins rabougris et de terres pentues », « un paysage qui ne séchait jamais (…) constamment gorgé d’eau », ou des gamines ont construit une cabane dans un lieu interdit. Voici Un thriller avant tout atmosphérique. Le personnage principal est un élément végétal, à savoir cette fameuse tourbière, qui ressuscite croyances populaires et peur du fond des âges. « A l’âge de fer on y faisait des offrandes aux dieux. On aurait même sacrifié des hommes. » « (…) la tourbière qui pendant des milliers d’années [a] été considérée comme un lieu possédant une âme ». Dans les années 2000, on y a retrouvé un cadavre, appelé depuis la Fille aux Airelles. Puis sept cadavres retrouvés. Rien de tel pour relancer le « mythe », les vieilles superstitions.

On croise un professeur de physique théorique et amateur de mécanique quantique, Göran Dahlberg, reconverti en chasseur de fantômes (ne riez pas !) mais pas comme ceux qu’on imagine. Ce bonhomme fou, à la fois effrayant et attachant, a compulsé nombre de livres sur le sujet, dont un écrit par quelqu’un qui porte son nom : Fréquenter les fantômes de Göran Dahlström (Att umgås med spoken), cité en introduction du roman. On comprend à la fin du roman pourquoi ça l’intéresse. Nathalie a aussi rendez-vous avec les fantômes du passé. Malgré les pieux retrouvés dans les cadavres des tourbières pour empêcher les âmes de revenir hanter les vivants, elle va faire face à la réalité.

J’ai apprécié l’allusion écologiste de cette histoire, mais qui aurait peut-être pu être approfondie au lieu d’être à peine effleurée : celle des conséquences des disparitions des tourbières. Nathalie explique qu’elle « mesure les émissions de gaz à effet de serre sur des tourbières », qu’elle « va mesurer la quantité d’azote, de protoyde d’azote et de méthane émise par la tourbière. Le protoxyde d’azote et le méthane sont des gaz à effet de serre bien plus puissants que le dioxyde de carbone. Ils ont une plus grande influence sur le climat. « Sans les gaz à effet de serre on ne pourrait pas vivre sur terre. Il ferait trop froid. Le problème, c’est que la hausse de la température moyenne fait que les processus dans le sol s’accélèrent, ce qui engendre une augmentation de l’émission  de gaz à effet de serre et donc une augmentation du réchauffement global. »


Ceux qui veulent en apprendre un peu plus sur la différence entre la mousse et la sphaigne, les différentes tourbières, eh bien c’est intéressant aussi. Ceux qui ne savent pas qu’on retrouve régulièrement des cadavres intactes dans les tourbières, eh bien ce n’est pas de la science fiction et ce livre explique pourquoi (moi je le savais déjà, pour avoir visité quelques musées en Irlande et en Suède (ou au Danemark, je ne sais plus) où sont exposés les plus anciens. Ce roman donne envie d’aller jeter un oeil au musée de Karlstad, d’ailleurs.

J’ai aimé cette atmosphère gothique, à la sauce suédoise, avec le vieux manoir et ces histoires de fantômes. La résolution de l’intrigue est un peu convenue certes (mais je me suis trompée sur le supposé coupable), mais l’essentiel n’est peut-être pas là. C’est tout le reste. Alors je pardonne à Susanne Jansson de n’avoir pas tant creusé que ça ces deux héroïnes humaines pour faire la place belle à la nature. J’ai aimé le clin d’oeil du dernier paragraphe. On passe un bon moment avec ce livre, pour qui aime la nature et les coins perdus.

Susanne Jansson est journaliste et photographe free-lance. On le sent à la lecture de ce thriller assez documenté. C’est son premier roman. Il sort le 21 février. Je lirai sans doute les autres, si elle en écrit.

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Shtum – Jem Lester

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Traduit par Emmanuelle Ghez

Quand on parle d’autisme, on l’associe aujourd’hui presque toujours au syndrome d’Asperger. Celui qui calcule plus vite que son ombre, est capable d’apprendre des choses compliquée en masse et en peu de temps, bref un surdoué ayant un problème de communication aiguë, pour faire bref, parce que je suis pas spécialiste. Le personnage de Rain Man du film de Dustin Hoffmann, par exemple.
Jem Lester a un enfant autiste. Ce qui l’a poussé à écrire Shtum, c’est justement qu’il « en avai[t] plus qu’assez qu’on [lui] demande quel était « le talent particulier » de [son] fils ». Après la naissance de son fils, il a « assisté à l’élévation de l’autisme – dans sa forme Asperger surtout – au rang de phénomène branché. [Il a ] entendu des gens utiliser l’autisme pour justifier un comportement exécrable, comme une insulte, ou comme une médaille d’honneur à faire porter à leur enfant ». Ces attitudes l’exaspéraient « probablement autant que ceux qui doivent faire face quotidiennement aux malentendus et aux ravages que cela provoquait ». Il a décidé d’écrire Shtum : un roman qui a pour personnage principal un enfant mutique, telle est la gageur à relever,et aussi pour sujet « bien d’autres choses ».

Le dernier mot du roman, comme son titre,  est « shtum ». C’est mot qui vient du yiddish et signifie, « sans voix, » « silencieux », « mutique »…

Shtum  raconte la longue bataille des parents de Jonah, Ben et Emma pour faire admettre leur enfant autiste de 10 ans dans un internat adapté à son cas. Une bataille contre les services sociaux, la municipalité, les marchands d’espoir, les charlatans en nombre, prêt à tout pour se faire de l’argent sur le dos du malheur des autres. D’après Emma, il faut que le couple se sépare car selon elle, les chances d’admission dans les internats adapté est plus élevé si le père est déclaré séparé. Ben accepte de jouer le jeu, retourne vivre chez son père avec Jonah à sa charge. Un coup de massue mais il se dit que c’est pour le bien de son fils.

Le roman de Jem Lester ne se contente pas de nous faire assister à la bataille juridique du couple pour obtenir gain de cause, même si c’est l’un des fils ténus du roman. L’histoire est racontée du point de vue du père, Ben, et par ce biais l’auteur lève progressivement le voile sur ses personnages, en particulier sur la famille de Ben.

Ben est un homme fragile, alcoolique avant l’arrivée de Jonah, peu volontaire, en proie à des problèmes de communication avec son père. Il a été licencié de son job dans le marketing, a repris la boîte paternelle, contraint et forcé. La grossesse surprise d’Emma et l’arrivée de Ben le fragilise encore davantage, submergé par l’attention que nécessite Jonah, il ne peut faire face au quotidien, ne vérifie même plus que ses clients ont payé les factures. Bref, c’est vraiment très difficile.
On assiste au quotidien du couple qui ne peut lâcher une seconde des yeux leur enfant sous peine de retrouver une pièce chamboulée, lui-même barbouillé d’excréments ou d’aliments de la tête aux pieds, bref, vous voyez à peu près le tableau…

Peu à peu leur couple se délite, un malheur supplémentaire tombe sur Ben : le cancer incurable de son père, très attaché à son « Jojo ». Ce n’est plus une personne dépendante mais deux. Un surprise l’attend du côté d’Emma (vous devrez lire le livre !), mais aussi de sa propre famille, puisque le roman s’achève sur la révélation d’un secret de famille  qui vous mènera jusqu’en Hongrie, près du lac Balaton.

J’ai déjà lu d’autres romans sur l’autisme, je crois que le dernier en date est La surface de réparation d’Alain Guillot, mais qui traite du syndrome d’Asperger. Shtum vous plonge dans la vérité crue des troubles sévères du spectre autistique, sans contrepartie de don extraordinaire. De l’enfer vécu par les parents et en même temps de l’amour immense qu’il porte malgré tout à leur enfant. Du schisme entre ce qu’ils voudraient et ce que leur offre la réalité, tendue par un nerf de guerre comptable : l’argent.

Shtum est un roman poignant. Le piège aurait été de tomber dans le sentimentalisme et le pathos. L’écriture sans fioriture donne à voir une vérité sans filtres. Pourtant Jem Lester accroche le lecteur par son humour et sa tendresse. Il parvient à combler le vide de cet enfant incapable de s’exprimer et de communiquer en donnant voix à son père, ce qui donne lieu à de jolis moments.

« Au moins je suis arrivé à cette lucidité : je crains les mots plus que tout. Je peux leur donner le sens que je souhaite, les tordre à ma convenance, me flageller avec, m’en servir comme excuse pour boire, pour pester contre le monde entier, pour me retirer du monde. Si seulement les autres utilisaient les mots que j’ai envie d’entendre, je serais heureux. Mais j’ai autant de chances d’arriver à faire parler Jonah que d’entendre Emma ou mon père prononcer les paroles dont je pense avoir besoin. (…) Les mots perdent leur sens si on ne dit pas sa propre vérité et deviennent des armes si l’on essaie de dire aux autres la leur. A travers son silence, Jonah me permet de l’écouter – il n’y a pas de murs de mots à escalader, pas d’autodéfense de son être réel. Il faut que je suive son exemple; le silence me permettra d’échapper à l’appel du regret et du châtiment qui résonne en moi. »

« Apparemment, mon nom est Jonah Jewell. Je le sais parce qu’ils répètent ce son quand ils me regardent et que je suis en train d’examiner quelque chose. La lumière me fascine, surtout quand elle se divise en plusieurs couleurs et qu’elle se reflète sur une feuille d’arbre tout près de mon oeil. »

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je vous laisse découvrir cette pépite. Ce roman a emporté le City University Prize for Fiction en 2013 et c’est le premier roman de Jem Lester, qui est journaliste et vit à Londres.

C’est une vraie belle découverte et je ne peux que vous inviter à tenter l’aventure Shtum !

Je remercie les éditions Stéphane Marsan .

 

 

 

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Edith & Oliver – Michèle Forbes

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Traduit par Anouk Neuhoff

Edith et Oliver font connaissance de manière peu commune : lui « en sous-vêtements : son caleçon dessine une tache de coton blanc dans la pénombre » ; elle, avec une dent en moins et quelques chouchis de pronchiachions, du sang séché autour de la bouche, une moustache de bière maquille sa lèvre supérieure. Oliver ramasse la molaire de cette femme qu’il ne connaît pas et avec qui il se trouve en drôle de situation, dans la cuisine de l’Empire Theatre de Belfast. Elle se présente : « Che m’appelle Edith » . Elle le reconnaît : « Vous êtes Oliver Fleck… l’illuchionniste ». Nous sommes en 1906.  Nous allons suivre le couple jusqu’aux années 20.

Michèle Forbes nous emmène en tournée, avec des artistes de théâtre d’un genre aujourd’hui disparu, de ceux qui enchantaient les spectateurs du début du XXe siècle avec des numéros de prestidigitations de tous genres. Oliver est un illusionniste passionné qui ne cesse de vouloir inventer de nouveaux tours, toujours plus forts, toujours plus impressionnants. Il veut devenir connu et reconnu. Edith est une pianiste virtuose, qui l’accompagne dans ses numéros. Un couple fait pour la scène : « Elle a le sens du rythme. Elle comprend du premier coup et sait exactement ce qu’il faut faire. Cette précision si essentielle, il est évident qu’elle l’a dans le sang. » Dans la vie, ils tombent amoureux après cette drôle de rencontre lors d’une soirée trop arrosée. Edith donne naissance à deux jumeaux, Archie et Agna. C’est au tour d’Oliver d’être épaté : « Il n’en croit pas ses yeux. Deux ! Pas un, mais deux ! Pas juste un enfant, mais soudain ses enfants. » Lui qui était un peu inquiet sur son avenir se sent requinqué ! Il faut dire que les temps sont durs pour les artistes comme lui : petit à petit, le cinéma qui fait son apparition détourne l’intérêt des spectateurs. Les directeurs de théâtre sont de plus en plus frileux, méfiants et paient de moins en moins. Les tournées se font de plus en plus longues et le public de plus en plus difficile à satisfaire. Même le numéro du Gâteau Cuit dans un Chapeau qui faisait fureur, ne le satisfait plus !

L’histoire se déroule jusqu’en 1922, on s’attache à cette famille d’artistes, on voit grandir les enfants, on finit par les connaître, on a envie d’aider Oliver à trouver de nouvelles idées, mais aussi de lui dire de se réconcilier avec son frère. Le personnage cache une enfance difficile. Michèle Forbes fouille les âmes, livre des personnages forts et courageux, passionnés, mais fragiles aussi.

L’auteure possède un réel sens du drame et des émotions. Je vous le dis tout de suite, cette histoire est une tragédie ! Les rebondissements successifs m’ont laissée assommée pendant quelques jours (c’est le seul reproche que j’ai à faire, mais c’est une histoire magnifique et tout à fait réaliste).

L’écriture ciselée, portée par un grand sens du détail permet de visualiser et ressentir tout l’univers artistique d’une époque, mais aussi l’ambiance des villes que parcourt Oliver.

J’ai adoré traîner dans ce Belfast disparu de l’Empire Theatre, du Royal Theatre. D’aller aux Bains turcs, de découvrir le City Hall (l’hôtel de ville) comme je ne l’ai jamais vu, de me faufiler avec Oliver dans le jardin botanique de l’époque, Jardin d’Eden, sur la piste d’Edith : « Il suit sa voix dans la Fougeraie du Ravin tropical où la chaleur étouffe les sens et où l’humidité emplit sa tête et sa gorge. » Je sais qu’il suffira que je rouvre le livre pour m’y plonger de nouveau car l’écriture de Michèle Forbes a ce don magique de vous emporter dès que vous lisez ses lignes.

Un roman riche en émotions qui s’achève sur des « mots de neige ». Je vous laisse les découvrir.

L’année 2019 commence en force car voici mon deuxième coup de coeur en quelques semaines et c’est mon premier coup de coeur irlandais de l’année !

Cerise sur le gâteau : Michèle Forbes sera au Centre culturel irlandais le 19 février pour parler de son roman (pour en savoir plus, c’est ici).

Pour ceux qui souhaitent découvrir son premier roman, Phalène fantôme, bonne nouvelle puisqu’il est sorti en poche, collection La Petite Vermillon. Vous trouverez la chronique sur le blog.

Merci aux éditions de la Table Ronde, j’ai passé un vrai bon moment !

 

 

 

 

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Dura Lex – Bruce Desilva

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Traduit par Laure Manceau

Des assassinats sanglants de deux femmes et leurs filles en deux ans dans l’Etat de Rhode Island. La police est sur les dents mais c’est grace à Liam Mulligan, jeune journaliste au Dispatch, le journal local, que Kwam Diggs est arrêté pour meurtre et incarcéré. Signes distinctifs : c’est un adolescent de quinze ans au moment de son arrestation et il a commis sont premier meurtre à 13 ; il est noir. Le code pénal de Rhode Island a la particularité de préciser que tout délinquant juvénile incarcéré doit être libéré à 21 ans quel que soit son crime. Kwam Diggs s’avère être un cas d’école. Sa mère croit fermement en son innocence et harcèle la police et les journalistes pour qu’il soit libéré.

L’histoire se déroule des années 80 à septembre 2012 et prend rapidement une tournure politique et sociale : très tôt dans l’intrigue Diggs est arrêté et emprisonné. On apprend que le code pénal aurait été bafoué par des prolongations de peine sur des accusations montées de toute pièce. Après avoir été jeune journaliste sportif, Mulligan est journaliste d’investigation confirmé, et c’est au tour de son collègue, Mason, fils du fondateur du journal de vouloir faire ses preuves dans le domaine. Il décide d’aller interroger Diggs en prison, avec l’aide de la nouvelle avocate de celui-ci. Mason veut rassembler toutes les preuves prouvant que Diggs a été victime d’un coup monté. Dehors, l’opinion publique, sous la houlette de la star de la radio locale, commence à s’en prendre au Dispatch, mais aussi à faire pression sur la justice pour que Diggs reste en prison. Pendant ce temps, Mulligan ne veut pas voir Diggs sortir de prison. Depuis qu’il a été arrêté, grâce à lui, il n’a pas passé un jour sans penser à cet individu sordide. Il a lui même une amie qui a été tuée. Impossible à ses yeux que Diggs sorte de prison.Il mène une contre-enquête de son côté, avec sa collègue, une photographe borgne, suite à une agression.

Un polar rondement mené, qui allie suspens, fausses pistes et dilemme judiciaire. Faut-il céder à l’opinion publique ? Est-ce que la peur doit amener à des stratagèmes pour contourner la loi ? Faut-il appliquer la loi sur un dangereux individu quitte à mettre en péril la population ? Quel est le rôle de la presse d’investigation ? Cette histoire, inspirée de deux faits réels, donne à réfléchir.

En même temps, on suit l’évolution de la presse papier, avec les difficultés qui apparaissent au fil des années la menace du dépôt de bilan. La pression des lecteurs qui se désabonnent quand ils ne sont pas d’accord avec les articles publiés sur l’affaire Diggs. On assiste à la vie d’une rédaction, les commandes de « papier » du rédacteur en chef, les délais de publication, les retournements de situation qui font qu’on doit tout réécrire dans des délais contrains voire impossibles. C’est aussi ce qui fait l’originalité de ce polar d’où la police est absente.

La fin de l’histoire fait mouche.

Je me suis attachée aux deux journalistes et aux deux femmes qui les accompagne. C’est vraiment en polar qui vous prend aux tripes et vous amène à réfléchir. J’ai adoré !

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature américaine | Tagué , , | 2 commentaires

Les inséparables – Dominique Missika

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L’historienne Dominique Missika raconte l’histoire de la famille Jacob, en particulier des trois sœurs, Denise, Madeleine (alias Milou) et Simone qui ont survécu à la déportation. Une histoire qui ressemble à un roman tragique mais qui met en lumière ces femmes fortes dont on ne peut qu’admirer le courage mais aussi l’intelligence.

Il y est question de la déportation, mais aussi du retour des déportés, de l’indifférence de la population qui a hâte d’oublier la guerre, d’un sujet qui n’est pas abordé par les pouvoirs publics. Or, ce n’est évidemment pas envisageable pour Denise, Simone et Milou de tout oublier. Un autre enfer les attend. Comment survivre à la déportation, à la tragédie d’une famille décimée ? Comment arriver à supporter le regard des autres ? Comment témoigner et de quelle façon ? Un livre qui rappelle L’écriture ou la vie de Jorge Semprun, pour ne citer que lui. On le sait, Simone Veil a écrit ses mémoires. Mais ici, il s’agit d’un point de vue extérieur. Dominique Missika offre un regard inédit sur les sœurs Jacob et leur famille. Elle a compulsé des documents et nourri son livre de ses propres rencontres avec Denise et Simone à qui elle dédie son ouvrage.

C’est vraiment un beau livre, qui m’a bouleversée et appris des choses que j’ignorais sur cette famille. J’ai apprécié aussi que soit mis en lumière la question du retour des déportés en France, un sujet peu évoqué, il me semble. A mon sens, il n’y aura jamais trop d’ouvrages sur la déportation et ses conséquences sur les victimes.

Une écriture simple et percutante qui va à l’essentiel, sans ajouter de pathos, mais qui émeut malgré tout, fait sourire aussi du caractère bien trempé des sœurs Jacob, en particulier Denise et Simone : pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, on le sait !

Un livre accessible à tous, très documenté, avec beaucoup de références citées en annexe. A mettre entre toutes les mains. Du devoir de mémoire que nous devons aux déportés quels qu’ils soient.

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature française | Tagué , , , , , | 2 commentaires

Bilan 2018

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Encore une année de plus pour le blog ! Voici le rapide bilan de mon année littéraire :

J’ai lu 57 livres : un peu moins que l’an dernier en nombre (60) mais beaucoup de pavés ont été au rendez-vous cette année, surtout avec le Grand Prix des Lectrices ELLE.

J’ai reçu 12 « service presse » (j’ai mis la pédale douce tant que je suis jurée car les délais sont rigoureux et que j’aime aussi tenir mes engagements dans des délais raisonnables pour les SP).

J’ai reçu 19 livres grâce au magazine Elle et j’en attends encore 9. ♥

Je me suis procurée 28 livres neufs ou d’occasion. On m’a offert pas mal de BD dont je parlerai peut-être prochainement.

J’ai participé à 2 festivals et 1 salon, 5 rencontres littéraires. J’ai renoncé à Montreuil pour la première fois, faute d’avoir vraiment eu le temps de préparer quoi que ce soit.
2018 ce fut aussi de belles rencontres, souvent complétement impromptues qui vous font vous demander si le monde est si grand que ça. 🙂

2018, ce fut partir sur l’île de ce cher Arnaldur Indridason, où l’on prend conscience que l’homme est bien peu de choses face aux forces de la nature.

Concernant plus particulièrement le blog :
j’ai rédigé 67 chroniques (soit mon record depuis que j’ai rapatrié le blog sur WordPress), c’était 62 l’an dernier.
J’ai à présent dépassé les 400 chroniques (sachant que j’en ai aussi laissé quelques-unes sur l’ancienne plateforme sans les rapatrier).

Vous êtes toujours plus nombreux à passer dans le coin ! 🙂 Comme quoi, les blogs ne sont pas has been !

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2017

Je suis toujours 1ère sur Babelio en littérature irlandaise, avec 122 critiques de livres à ce jour. Cette année j’ai lu 7 nouveautés irlandaises (seulement, contre 11 l’an dernier). Ben oui, le Grand Prix des Lectrices n’y est pas pour rien mais je vais me rattraper d’ici quelques mois et même quelques jours avec le dernier Michèle Forbes ! Je suis ravie d’avoir découvert des plumes marquantes, dont, entre autre, Sara Baume, rencontrée en janvier, mais aussi Conor O’Callaghan qui est un auteur incroyable ! Une vraie belle plume littéraire tous les deux.

Insigne babelio irlande

42e en littérature nordique, avec 50 critiques.

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2018, ce fut la joie de rencontrer pour la première fois des auteurs islandais qui sont tous des « pointures » : Jón Kalman Stefánsson pour son fabuleux Ásta (j’ai tous mes doigts croisés car le roman est en lice pour le Grand Prix des Lectrices et pour l’instant c’est vraiment le meilleur que j’ai lu !) ; Audur Ava Olafsdottir, Arni Thorarnisson, mais aussi Mathias Malzieu que j’ai découvert fan de l’Islande et lauréat catégorie documentaire du Grand Prix des Lectrices Elle avec Journal d’un vampire en pyjama

Je ne vais pas vous redonner tous mes coups de coeur et mes coups de griffe littéraire car je trouve ça soporifique : vous les trouverez sans problème dans les chroniques. En tout cas, 2018 aura été marquée par la lecture de nombreuses nouvelles plumes et actuellement je suis en pleine découverte d’un auteur de polar américain, journaliste d’investigation de métier et dont je vous reparlerai prochainement car j’adooore Dura Lex. Il s’agit de Bruce Desilva, dont c’est le troisième livre traduit. Mais comment est-ce possible d’être passée à côté des deux autres, telle est ma question !?

En tout cas, je vous souhaite à tous une très belle année littéraire 2019 et tout ce qui va avec pour qu’elle soit réussie ! Au plaisir de vous lire ! 😉

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Ma dévotion – Julia Kerninon

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Helen et Frank se rencontrent à Rome, « à la villa Wolkonsky, où Nikolaï Gogol [a] écrit Les âmes mortes« . A l’époque, la villa abrite l’ambassade de Grande-Bretagne, où sont en train d’emménager leurs parents.  Le père d’Helen est ambassadeur, celui de Frank est premier conseiller. C’était pendant l’été 1950. Frank a 12 ans et s’adresse à Helen qui, on suppose, a le même âge : « Toi aussi, tu détestes ta famille ? »

Le livre débute sur Helen, âgée, qui tombe sur Frank sur un trottoir de Pimerose Hill à Londres, vingt-trois ans après leur séparation. Elle décide de lui raconter leur histoire. Et c’est parti pour presque 300 pages d’immersion dans leur vie. Frank et Helen ont été amis, puis amants, puis amis, puis amants, ou plutôt un mélange bizarre et pas très défini des deux. Helen est une bosseuse. Elle est admise à l’université d’Amsterdam, conformément à son souhait. Frank, lui, est recalé. Mais Helen parvient à persuader son père qu’il est bénéfique pour lui qu’il la suive là-bas. Frank ne fait rien, si ce n’est rêvasser pendant qu’Helen s’acharne au boulot. Cette dernière obtient du travail. Il veut être un génie. Il s’essaie à l’écriture d’un livre, à la poésie, mais sans trop de conviction ni de succès. Ils restent 16 ans dans l’appartement d’Amsterdam dans une relation étrange. Puis, par l’entremise d’un ami d’Helen, Frank se passionne pour la peinture et se met à peindre ses propres tableaux. Helen est soulagée : enfin, il fait quelques chose de sa vie. Un jour, il rencontre Annelieke Van Opstall, 33 ans, qui fait partie d’une famille d’industriels, « une dynastie dans le secteur de la métallurgie ». Elle a une galerie d’art et connaît des gens influents, riches. Et vous devinez la suite : Frank devient connu grâce à cette femme. Helen fait sa vie aux Etats-Unis où elle se marie et vit 5 ans auprès de quelqu’un qui l’aime. Sauf qu’elle est obsédée par Frank. Une rumeur lui parvient outre-Altantique et l’occasion fait le larron, elle rentre en Europe pour vivre en Normandie, avec Frank, dans la maison qu’il a acheté. Frank est à présent père d’un petit Ludwig, 7 ans au moment où Helen le rencontre.

Au début, on trouve Helen plutôt intelligente, courageuse, travailleuse, humble, effacée. Elle accepte de vivre dans l’ombre d’un homme qui fait bien peu grand cas d’elle. Mais il y a plusieurs événements dans cette histoire qui ont fait basculé mon jugement. J’ai fini par la trouver idiote, obtus, bornée, aveugle, frustrée, usurpatrice, égoïste et cruelle. On a envie de secouer ce personnage féminin et de lui dire d’ouvrir les yeux. Frank est un personnage pour lequel on a peu d’empathie aussi. Bref, ça fait deux personnages agaçants. Difficile d’aimer cette histoire, d’autant qu’au début, elle paraît fine. Mais elle termine un peu dans la caricature, la grosse ficelle, avec un autre personnage féminin qui est la « villageoise » au sens « monde paysan » qui va ravager Helen de l’intérieur, elle, la fille d’ambassadeur. La vraie victime du feu intérieur qui ravage Helen sera un innocent. Et on la déteste !

La plume de Julia Kerninon est érudite, vive, subtile, sérieuse, mais j’avoue que j’ai eu du mal à accrocher à cette histoire d’amour dévorant. Ou plutôt cette histoire de frustration. Car c’est une histoire d’amour à sens unique et ce qui ne peut qu’en découler. Des pistes ouvertes sont laissées en cours de route, sans exploitation du détail évoqué (les frères détestables d’Helen, quelle incidence sur sa vie adulte, pourquoi  ? ; le travail du personnage de l’artiste Frank Appledore n’est pas travaillé au-delà du fait qu’on sait qu’il est un peintre à succès ).

On voyage de Rome à Amsterdam, de Boston à la Normandie, de la Normandie à Londres. Il y a de nombreuses références à la littérature britannique (les Brontë, Dickens, Hardy , mais aussi le danois Andersen et tant d’autres)… Pourquoi avoir choisi deux personnages principaux britanniques et non pas français, c’est un peu bête, mais c’est aussi la question qui m’a aussi traversé l’esprit.

Bref, je reste sur ma faim et mon avis est donc mitigé.

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La loi de la mer – Davide Enia

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Traduit par Françoise Brun

Aujourd’hui tout le monde connaît le nom de Lampedusa, cette île mise sous les projecteurs des médias quand elle a vu s’accumuler les arrivées de migrants, morts ou vifs, en particulier ce 3 octobre 2013, dont personne sur l’île n’a vraiment envie de parler. C’est le jour où Lampedusa est devenue le centre du monde, un cimetière à ciel ouvert : 368 cadavres repêchés et 155 survivants.

Davide Enia, originaire de Palerme connaît bien cette île perdue au large de la Sicile et de la Tunisie : il y passait ses vacances enfant. L’auteur, écrivain, dramaturge et acteur, endosse ici le rôle de reporter dans ce récit autobiographique, qui ne s’en tient pas aux bateaux qui chavirent. Davide Enia part interroger les habitants de Lampedusa, des amis ou des inconnus pour les faire parler et convainc aussi son père, médecin en retraite, de l’accompagner pour faire des photos. Peu à peu l’omerta pudique sur ce 3 octobre 2013 se brise. Et celle d’un père et de son fils qui ont du mal à communiquer, également. Un récit de naufrages intime et humanitaire.

Ce qui arrive à Lampedusa, c’est vingt ans d’Histoire géopolitique, jusqu’à la tectonique des plaques qui voit l’Afrique avancer vers l’Europe (j’ai aimé ce détail !)

Davide Enia livre un récit sans voyeurisme, pudique, mais dont le souci de vérité n’épargne aucun détail. Un hymne à la vie, un hommage tant aux naufragés qu’aux habitants de la belle Lampedusa, à leur courage à tous. Un récit intime également qui permet d’appréhender l’Histoire au-delà des mots.

Un livre qui redonne leur humanité et un visage aux migrants, au-delà des chiffres auxquels les réduisent les médias et les politiques. Je ne peux que vous inciter à le lire.

J’ai envie de découvrir les autres livres de l’auteur, clairement !

Voir aussi la chronique de Fanny du Manoir aux livres

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