Anatomie d’un scandale – SarahVaughan

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Traduit par Marianne Kmiecik

James Whitehouse, sous-secrétaire d’Etat, ancien étudiant de la célèbre université d’Oxford réservée en grande partie à une élite « bien née », est accusé de viol par une de ses collègues, Olivia Lytton, du même parti politique, également issue d’une université prestigieuse : Cambridge. Les tabloïds s’emparent du scandale. Kate Woodcroft, avocate pénaliste et conseillère de la reine, est chargée de défendre Olivia Lytton. Pendant ce temps, Sophie Whitehouse, épouse de l’homme politique, ne veut pas perdre la face et veut croire à l’innocence de son mari. Elle a connu celui-ci quand ils étaient étudiants à Oxford, où elle était là principalement pour arriver à se « caser », avec un jeune homme du même milieu qu’elle.

Dans ce thriller psychologique, Sarah Vaughan dévoile la face cachée des personnages en jouant sur la narration, en mettant alternativement en scène Sophie, Holly, James, Kate et Ali. Cinq personnages. Et puis à la moitié du livre, la révélation sur l’identité réelle d’un de ces personnages vous amène à vraiment douter de l’innocence de James Whitehouse. La fin laisse penser que les salauds sont toujours rattrapés à un moment ou un autre par les horreurs qu’ils ont commises.

Ce thriller surfe sur la vague du « me too ». Il évoque aussi la notion de consentement, souvent mis à mal dans une affaire de viol, où la femme souvent accusé de l’avoir « bien cherché ». Sarah Vaughan peint un personnage masculin vraiment détestable, arrogant, imbu de lui-même, macho inconscient de la conséquence de ses gestes. Kate Woodcroft est un personnage féminin fort : elle est courageuse, traumatisée, sa vie et sa vocation initiale ont été bouleversées par ce qui lui est arrivé étudiante. Sophie est la femme détestable, plus préoccupée par le « qu’en dira-t-on ? », aveuglée non pas par son amour pour son mari, mais par son obsession de ne pas « perdre la face ». Elle se rend compte un peu tard de toute la manipulation dont elle a aussi été victime et de l’affreuse réalité .

Sarah Vaughan offre une galerie de portraits intéressante mais j’ai trouvé les personnages un peu trop caricaturaux et assez improbable le changement d’identité d’un des personnages (vous devrez lire le livre !). Ce point manque de vraisemblance. On ne sait pas ce que devient Olivia Lytton, comment elle vit l’après-procès. Elle disparaît de l’histoire !

Ce thriller tient en haleine et a le mérite de dénoncer les violences sexuelles faites aux femmes. Cependant, je lui ai trouvé quelques longueurs et j’aurais aimé des personnages un peu plus fouillés. Ce livre manque sans doute un peu d’originalité dans sa construction, malgré un sujet important et sensible qui m’est cher. En résumé : ça se lit bien mais ce n’est pas inoubliable.

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature anglaise | Tagué , , , | 2 commentaires

Pirate N° 7 – Elise Arfi

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Elise Arfi est avocate commise d’office, un métier qu’elle a choisi, plutôt que de passer l’agrégation et devenir enseignante, ou encore médecin. Elle a choisi de défendre les plus démunis. Pourtant, c’est une affaire hors norme qui lui tombe dessus, une affaire qui va bouleverser tant sa vie que l’idée qu’elle se faisait de la justice en France. En 2011, un couple de Français partis en catamaran faire le tour du monde, est attaqué par des pirates somaliens dans le golfe d’Aden. Lourdement armés de kalachnikovs et d’un lance-roquette, 9 individus pillent le bateau et une fusillade éclate à bord où il semble que le plaisancier ait essayé d’utiliser un pistolet d’alarme pour se défendre. L’homme est tué, la femme est prise en otage avant que la marne espagnole n’intervienne. Le skiff se renverse, le corps des chefs de l’expédition ne sont pas retrouvés, certains autres pirates sont repêchés et faits prisonniers. L’otage est lourdement traumatisée mais physiquement indemne. Les sept Somaliens sont transférés en France pour 96 heures de garde à vue. « Une loi édictée unilatéralement par la France permet et autorise ces arrestations et ces transferts sur son sol, sans recourir à une procédure d’extradition. » C’est ainsi qu’Elise Arfi se voit en charge du dossier du 7e pirate, déshumanisé sous le nom de « X SD », 3 lettre qui seront sa dénomination dans la procédure pénale. Il s’appelle Fahran Abchir Mohamoud. Il a 16 ans. Il va vivre une descente aux Enfers, non pas en Somalie, mais en France, pays qui se veut celui des droits de l’Homme. Lorsque son calvaire s’achève, il a 20 ans. Pour son avocate, c’est aussi « quatre années et 7 mois de douleur ».

Un récit saisissant et sidérant qui démontre que sur le territoire français, la vie d’un Somalien ne vaut rien, le traitement qu’on lui réserve en tant qu’être humain est au-delà du soutenable. J’ai été effarée par ce que j’ai lu. Elise Arfi ne se dédouane jamais de la gravité des faits qui sont reprochés à Fahran. Mais elle rappelle aussi le contexte somalien et le désespoir de sa population : « En 2011n la sécheresse s’abat sur la corne de l’Afrique, provoquant une famine qui tuera (…) 260 000 personnes(…) ». « (…) la misère du peuple somalien est telle après des années de guerre civile, qu’il est incroyablement aisé d’enrôler de pauvres diables (…) en leur promettant la moindre part d’un butin aléatoire ».

Une histoire effroyable que l’on penserait tirer d’une fiction, mais le réel rattrape ici l’imaginaire potentiel de tout écrivain en mal de roman noir ! On suit Fahran, transbahuté de la maison d’arrêt de Fresnes, à la prison de la Santé, qui est comme un cinq étoile du milieu carcéral, doté d’une » unité de soin psychiatrique, encadrée par des médecins engagés ». Ce ne sera pas de trop pour Farhan qui succombe doucement à la folie et la dépression, dans ce pays qu’il ne connaît pas, dont il ne parle pas la langue, et pour qui ne lui rend que coups et blessures, avec la belle hypocrisie de vouloir le soigner : un poumon en moins, un bras cassé. Elise Arfi ne cache pas que Farhan au fil du temps n’est pas un « client » facile : paranoïaque, obsessionnel, colérique, état psychique qui sont les conséquences de la violence qu’il subit en milieu carcéral.

Quant à l’auteure, elle dévoile ses moments de fatigue, de découragement, son impression d’être comme une OVNI dans ses plaidoiries, l’avocate qu’on montre du doigt. La fin laisse la porte ouverte à l’espoir.

La plume d’Elise Arfi est vive et efficace : on dévore ce récit de moins de deux cents pages, on oublie tout ce qui nous entoure. Puis on pose le livre mais on se surprend à scruter les rues de Paris, pour tenter de deviner si l’un des piétons que l’on croise ne pourrait pas être son « pirate N°7 ».

Un témoignage instructif et nécessaire qui donne une voix à ceux qui ne peuvent pas s’exprimer. Un livre doté d’un bel humanisme.

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Le chant des revenants – Jesmyn Ward

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Traduit par Charles Recoursé

Jojo, treize ans, vit chez ses grands-parents, dans une ferme du Mississippi, avec sa mère, Leonie, et sa petite sœur, « Kayla ». Son père purge sa peine au pénitencier d’Etat de Parchman. Pendant ce temps, Leonie, accroc à la drogue, est bien incapable de s’occuper de ses enfants. C’est Jojo qui s’occupe de sa petite sœur. Quand Michael sort de prison, Leonie met ses gamins dans la voiture, et part accompagnée avec son amie Gloria, une Blanche pas moins junkie qu’elle, pour aller chercher le père de ses enfants. Le détail qui à nos yeux n’aurait fait aucune différence mais qui, dans le Mississippi fait de cette famille une famille de parias : Leonie est noire, Michael est blanc. Si Jojo connaît ses grands-parents maternels qui lui servent de parents de substitution, il ne sait rien de ses grands-parents blancs, qui refusent tout contact avec leurs petits-enfants à cause de leur couleur de peau. Pourtant, à sa sortie de prison, Michael décide de prendre le taureau par les cornes, d’affronter son père, de lui présenter ses enfants. Pendant ce temps, la grand-mère maternelle de Jojo se meurt doucement d’un cancer. Leonie est hantée par l’assassinat de son frère Given, encore enfant au moment des faits, un meurtre déguisé en accident de chasse. Quant au grand-père de Jojo, il raconte à son petit-fils, l’histoire de Richie, gamin de douze ans, qui a pris trois ans « pour avoir volé de quoi manger », le plus jeune détenu de Parchman à l’époque.

« Là il n’y a que des odeurs salées : l’océan et le sang » , « ça sent la pluie et la cendre », la flamme rouge de ceux qui souffrent. Jesmyn Ward signe un roman époustouflant. A travers l’histoire dramatique de cette famille, hantée par ses morts, l’auteure redonne vie et droit à la parole à ceux qui ont succombé à la dure « loi » des fermes pénitentiaires du Mississippi, nouvelle forme d’esclavage pernicieux. Un road trip à travers le temps où présent et passé se rejoignent. Elle ouvre la porte de ces prisons à ciel ouvert, juste entourées de barbelés, où les prisonniers travaillent dans les champs sous les ordres des tireurs, prisonniers armés, pire que les autres, pas là pour une simple bagarre de comptoir. Certains n’hésitent pas à découper en morceaux les fuyards noirs. Ou pourquoi, pour avoir une mort digne, il vaut mieux qu’on vous tire une balle dans la tête avant que ces gardiens vous rattrape, quitte à faire disparaître votre cadavre dans l’estomac d’un chien alléché par l’odeur du sang.

Une écriture envoûtante et une analyse fine d’un problème viscéral dont les cicatrices du passé ne sont pas encore refermées.
Un roman polyphonique, qui a l’originalité de faire intervenir le fantastique. Le dénouement vous étreint la gorge. Il est impossible d’oublier ce livre une fois refermé. C’est sûr, le chant des revenants me hantera encore longtemps, comme le drame de cette famille.

Un immense coup de cœur pour cet ouvrage qui dénonce le racisme ordinaire au Mississippi, et la difficulté d’être noir, de manière originale et forte.
Jesmyn Ward est la digne héritière à la fois de Toni Morisson et de William Faulkner, c’est certain ! Mes mots ne sont pas assez forts pour dire tout le bien que j’en pense. Pour moi, ce roman confère au chef-d’oeuvre !

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature américaine | Tagué , , , , , | 6 commentaires

Gaspard de la nuit – Elisabeth de Fontenay

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« Autobiographie de mon frère », c’est ce qu’annonce le sous-titre. « Le moment est venu, je ne sais trop pourquoi, car il est vivant, d’écrire sur lui, de démêler ce que, d’ouï dire en secrets toujours à demi dévoilés et du fait simplement de notre enfance partagée, j’ai pu saisir de son désespérant silence, de sa persévération dans une irréversible absence à soi-même. En réalité, je sais que mon chagrin est brusquement devenu incompréhensible, au point qu’il me faut bien, maintenant, me souvenir et réfléchir, quitte à imaginer ce que j’ignore. »
C’est en ces termes que commence le récit d’Elisabeth de Fontenay, dont le frère, aujourd’hui âgé de quatre-vingts ans, est autiste. Elle choisit de « ne pas exposer son prénom », comme si le faire le mettait en danger. Elle choisit Gaspard pour l’initiale et par référence à Gaspard Hauser, cet adolescent recueilli en 1828 à Nuremberg, « tragique destin de ce fils de prince » , chanté par Verlaine ; et puis Gaspard de la nuit, titre d’un poème en prose bien connu, d’Aloysius Bertrand, en raison de l’alliance troublante du prénom avec la nuit.

Elisabeth de Fontenay livre un court récit d’à peine 130 pages. Pourtant la densité et l’érudition sont au rendez-vous. L’auteur privilégie une approche pluridisciplinaire, à la fois psychanalytique, philosophique, médicale et historique. Elle pointe du doigt le sort tragique réservé aux êtres différents, aux personnes handicapées, à travers l’Histoire. Du temps du nazisme, mais pas seulement. De la culpabilisation des mères, à l’ignorance, de la bêtise crasse à l’embarras, les motifs ont été variés pour faire disparaître dans l’ombre des innocents, au sens fort du terme.

Dans ce récit digne et pudique, l’approche très érudite risque malheureusement de ne pas le rendre accessible à tous les publics. C’est le seul défaut que je trouve à ce livre très profond et intime.

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature française | Tagué , , , | 2 commentaires

Madame, vous allez m’émouvoir – Lucie Tesnière

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En juillet 2012, lors d’un séjour chez sa grand-mère, Lucie Tesnière trouve les lettres envoyées depuis les tranchées par son arrière-grand-père, Paul, médecin pendant la Grande Guerre. Elle en connaissait l’existence mais ne s’y était jamais vraiment intéressée. L’approche du centenaire de la 1er Guerre mondiale lui a donné au départ l’idée de rassembler toutes ces lettres dans un livre qui serait préfacé par un historien. Mais en fouillant ces archives familiales, Lucie s’aperçoit que son arrière-grand-père, Paul Cabouat, a aussi été médecin dans la Résistance, responsable des services illégaux de santé dans le département du Gard. Intriguée, elle décide de prendre un congé sabbatique de sept mois et se lance dans une enquête sur son aïeul, qu’elle n’a jamais connu. « L’étincelle dont [elle] avait besoin (…) pour écouter [sa] voix et suivre ce qui [lui] donnait de l’énergie ». Elle « avai[t] envie de mener [sa] vie et pas la vie d’une autre ». Ainsi naît, Madame, vous allez m’émouvoir, Une famille française à travers deux guerres mondiales

Lucie Tesnière a accompli ce que beaucoup d’entre-nous aimerions pouvoir faire. Une généalogie historique familiale. Elle termine ainsi son ouvrage  :

« Ici s’achève notre histoire.
Ici commence la vôtre.
Je vous la souhaite aussi belle. »

C’est bien le paradoxe de ce livre qui est une enquête familiale et donc personnelle. Les témoignages et archives recueillis sont intéressants mais je suis restée extérieure à cette histoire, parce que justement, je ne fais pas partie de cette famille. Je n’ai rien appris de nouveau de ce que je sais déjà sur ces deux périodes de guerre mondiale.

J’ai donc un avis paradoxal sur ce livre. L’auteure a fait un sacré beau travail pour reconstituer la vie de ses aïeux (finalement il s’agit davantage de la vie des frères et sœurs de Paul, que de Paul lui-même) ; elle a une chance infinie d’avoir tant de photos et d’écrits, d’avoir un préfet, un médecin, un diplomate parmi eux, ce qui a rendu possible une reconstitution de leur vie pendant les périodes concernées. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est intéressant aussi du point de vue des aspects négatifs que l’on peut trouver dans une enquête familiale (Jean, préfet, a-t-il contribué à la première déportation des juifs en France?) et comment on gère ce qui est tabou ou tout simplement ignoré. Quelles conséquences cela peut-il avoir sur les descendants encore en vie et sur soi-même ?

Cependant, ce livre est finalement une enquête qui relève du domaine privé, du cercle familial. Je suis restée de marbre devant les photos très nombreuses qui parsèment le livre, parce que je ne connais pas ces gens. Les mots de Lucie Tesnière n’ont pas eu sur moi « la puissance émotionnelle rare » vantée par la quatrième de couverture. Il manque une dimension universelle à ce livre. Un point de vue objectif d’historien. On a tous, en général, des histoires à raconter sur nos aïeux pendant les deux guerres mondiales, des choses que l’on sait, sans avoir d’écrits. Mais peut-on en faire un livre qui touche le public ? Je suis petite-fille de résistants, moi aussi. Je pense que cela n’intéresse que ma famille mais pas le grand public. Je ne pourrai jamais mener d’enquête car je n’ai aucun carnet, écrits, ni même photos de cette période ; mes grands-parents n’ont croisé aucune personnalité connue, ils ne sont pas dans les archives publiques de la bibliothèque historique de la défense, ils n’ont jamais rédigé de décrets, ils n’ont jamais voulu écrire quoi que ce soit sur cette période. On a tous des « histoires de la guerre ». Mais elles sont toutes différentes. Madame, vous allez m’émouvoir aurait dû être sous-titré « Ma famille française à travers deux guerres mondiales » . Je ne comprends d’ailleurs pas le titre choisi par l’éditeur, qui n’a pas grand chose à voir avec le contenu du livre, si ce n’est ces mots prononcés par une personne à qui Lucie Tesnière a téléphoné, qui connaissait l’un de ses aïeux.

Mener une enquête sur sa famille est louable, c’est une démarche émouvante pour l’intéressée. C’est finalement savoir d’où l’on vient. Mais c’est de la généalogique « historique »  qui n’est pas forcément susceptible d’émouvoir la sphère publique.

Je suis passée à côté de l’intérêt de ce livre.

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature française, Non classé | Tagué , , , | 2 commentaires

Maîtres et esclaves – Paul Greveillac

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Kewei naît dans les années 50 dans un village du Sichuan. Fils de paysans « moyens riches », nous allons suivre le parcours dans la Chine du Grand Bond en Avant voulu par Mao Zedong, jusqu’à nos jours. Ou comment, en raison de ses dons pour le dessin, un adolescent va être récupéré par la dictature à des fins de propagande. Comment la porte de l’Ecole des Beaux Arts de Pékin va s’ouvrir miraculeusement à lui, alors que sa condition sociale ne lui permettait pas. Comment grâce à la réalisation d’une esquisse, La mariée parle, représentant Jiang Qing, l’épouse de Mao, il va être monté en épingle par ses professeurs membres du Parti et se retrouver du jour au lendemain à commander d’importants projets pour le pouvoir.

Maîtres et Esclaves est le roman d’apprentissage d’un apparatchik. L’histoire d’un jeune homme qui se rêvait maître en arts pictural et se retrouve esclave du pouvoir, par des rouages perfides qu’il ne maîtrise pas, dans lequel il se laisse piéger jusqu’à l’endoctrinement. « Sommes-nous maîtres de nos destins, esclaves de nos égos ? Maîtres de nos rêves, esclaves de ce qui les concrétise ? » Le personnage devient peu sympathique au fil des pages. Son parcours se jonche de traînées de sang. Il porte les cadavres de sa mère, sa femme, son fils sans même le savoir. Sa destinée est une tragédie. La Chine a changé mais lui est à présent tout seul.

Un roman à l’écriture dense, poétique et efficace, qui plonge le lecteur dans une page de l’histoire de la Chine qu’on pensait connaître, mais dont on ne connaît finalement que les noms des dignitaires au pouvoir. Mao Zedong, Zhou Enlai et Deng Xiaoping… Paul Greveillac donne à voir l’envers du décor, de manière à la fois instructive et agréable. On ne s’ennuie pas. Une très belle fresque qui hantera sans doute le lecteur longtemps.

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Une maison parmi les arbres – Julia Glass

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Traduit par Josette Chicheportiche

Morty Lear, auteur à succès de livres pour enfants, meurt accidentellement en tombant d’un arbre, dans son jardin. Il lègue à Tomasina Daulair sa belle demeure dans où ils vivaient ensemble depuis de vingt-cinq ans, mais aussi toute la gestion de son patrimoine artistique. Cette mort subite et ce leg inattendu vont bouleverser la vie de ceux qui étaient liés à l’artiste. Un acteur oscarisé devait incarner Morty dans son prochain film ; une conservatrice attendait une partie de ses oeuvres pour l’ouverture du nouveau musée du livre ; Tommy n’est pas l’épouse de Morty, mais à la fois une amie, une attaché de presse, une secrétaire et une sorte de gouvernante qui gère toute la logistique de la maison. Il est de notoriété publique que l’artiste était homosexuel, ce qui lève toute ambiguïté possible quant à leurs relations. Pourtant le lien de Tommy à Morty est très fort puisqu’ils se sont rencontrés dans un jardin de jeux pour enfants, dans le Brooklyn des années 70 : Morty lui avait demandé l’autorisation de dessiner son petit frère, Dani. Grâce à lui, Mort Lear, artiste encore confidentiel, va connaître la voie du succès et devenir un auteur culte, grâce aux aventures de celui qui deviendra le personnage d’Ivo et enchantera les enfants mais aussi adultes ! Dani s’estime à présent injustement lésé par l’auteur. L’acteur Nicholas Green vient à la rencontre de Tommy afin d’en savoir plus sur le personnage qu’il doit incarner, à la grande réticence de celle-ci. L’occasion aussi pour elle de réfléchir sur l’artiste qui a partagé son quotidien.

Julia Glass construit son roman comme un puzzle, où l’identité et le rôle des personnages sont révélés au fur et à mesure pour capter l’attention du lecteur. L’écriture est dense (comme un arbre !). Il faut un peu de patience pour rentrer dans cette histoire formidable, mais quelle récompense ! Des secrets, des zones d’ombre, et beaucoup d’humour. Certains personnages sont parfois comme des enfants pris le doigt dans la confiture! De grands enfants… 🙂 On se prend d’affection pour chacun d’eux.
Un roman riche en thématiques, comme la solitude, les blessures de l’enfance, l’inspiration artistique, la construction d’un personnage, les relations humaines, l’être et le paraître.
 A travers le personnage de Morty Lear, Julia Glass rend hommage aux écrivains qui marquent toutes les générations, de 7 à 77 ans. Elle aime promener le lecteur, mais ensuite nous plongeons avec délice dans l’intimité que son personnage veut bien nous révéler, car les grands artistes savent garder leur part d’ombre. Ce roman sort de l’ordinaire et réveille aussi l’enfant qui sommeille en vous.

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Les âmes englouties – Susanne Jansson

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Traduit par Marianne Segol-Samoy

Nouvelle lecture pour le Grand Prix des Lectrices ELLE et cette fois je vous embarque dans les tourbières de Suède.

Nathalie fait une thèse de biologie sur les tourbières d’Europe centrale et du nord. A cette occasion, elle quitte Göteborg où elle vit depuis plusieurs années pour retourner dans sa région natale, une région reculée, pétrie de tourbières, entre le Dasland et le Värmland. Est-ce vraiment sa thèse qui l’amène à retourner là-bas ? Nathalie elle-même s’avoue que ce n’est pas tout à fait le cas. Une succession de drames lui a fait quitter la région pour faire table rase du passé. Du moins le croyait-elle. Mais on ne peut pas oublier le décès étrange de sa meilleure amie doublé d’une tragédie familiale ? Nathalie loue une maison sur le domaine d’un vieux manoir qu’elle connait bien. D’un côté la forêt, de l’autre, la tourbière. Pas n’importe laquelle : une certaine tourbière appelée la Tourbière des Sacrifices. Elle se lie d’amitié (et même un peu plus) avec un jeune homme qui a pour habitude de faire son jogging dans le coin. Mais à la suite d’une étrange circonstance, il échappe à la mort près de la tourbière et se retrouve dans le coma à l’hôpital. La police voit rouge car au même endroit, plusieurs personnes ont disparu auparavant, comme avalées. Tracy, l’amie d’enfance de Nathalie semble elle-même y avoir été irrésistiblement attirée. Maya, photographe de police mais aussi artiste, va mener une drôle d’enquête, de même que Nathalie, pour des raisons différentes.

J’étais un peu réticente au début, mais à l’instar de cette tourbière maudite, je me suis laissée engloutir par cette histoire qui vous embarque dans un coin paumé de Suède ,  parsemé de « petites mares, tels des yeux remplit d’eau », dans « un paysage composé d’étendues brumeuses, de pins rabougris et de terres pentues », « un paysage qui ne séchait jamais (…) constamment gorgé d’eau », ou des gamines ont construit une cabane dans un lieu interdit. Voici Un thriller avant tout atmosphérique. Le personnage principal est un élément végétal, à savoir cette fameuse tourbière, qui ressuscite croyances populaires et peur du fond des âges. « A l’âge de fer on y faisait des offrandes aux dieux. On aurait même sacrifié des hommes. » « (…) la tourbière qui pendant des milliers d’années [a] été considérée comme un lieu possédant une âme ». Dans les années 2000, on y a retrouvé un cadavre, appelé depuis la Fille aux Airelles. Puis sept cadavres retrouvés. Rien de tel pour relancer le « mythe », les vieilles superstitions.

On croise un professeur de physique théorique et amateur de mécanique quantique, Göran Dahlberg, reconverti en chasseur de fantômes (ne riez pas !) mais pas comme ceux qu’on imagine. Ce bonhomme fou, à la fois effrayant et attachant, a compulsé nombre de livres sur le sujet, dont un écrit par quelqu’un qui porte son nom : Fréquenter les fantômes de Göran Dahlström (Att umgås med spoken), cité en introduction du roman. On comprend à la fin du roman pourquoi ça l’intéresse. Nathalie a aussi rendez-vous avec les fantômes du passé. Malgré les pieux retrouvés dans les cadavres des tourbières pour empêcher les âmes de revenir hanter les vivants, elle va faire face à la réalité.

J’ai apprécié l’allusion écologiste de cette histoire, mais qui aurait peut-être pu être approfondie au lieu d’être à peine effleurée : celle des conséquences des disparitions des tourbières. Nathalie explique qu’elle « mesure les émissions de gaz à effet de serre sur des tourbières », qu’elle « va mesurer la quantité d’azote, de protoyde d’azote et de méthane émise par la tourbière. Le protoxyde d’azote et le méthane sont des gaz à effet de serre bien plus puissants que le dioxyde de carbone. Ils ont une plus grande influence sur le climat. « Sans les gaz à effet de serre on ne pourrait pas vivre sur terre. Il ferait trop froid. Le problème, c’est que la hausse de la température moyenne fait que les processus dans le sol s’accélèrent, ce qui engendre une augmentation de l’émission  de gaz à effet de serre et donc une augmentation du réchauffement global. »


Ceux qui veulent en apprendre un peu plus sur la différence entre la mousse et la sphaigne, les différentes tourbières, eh bien c’est intéressant aussi. Ceux qui ne savent pas qu’on retrouve régulièrement des cadavres intactes dans les tourbières, eh bien ce n’est pas de la science fiction et ce livre explique pourquoi (moi je le savais déjà, pour avoir visité quelques musées en Irlande et en Suède (ou au Danemark, je ne sais plus) où sont exposés les plus anciens. Ce roman donne envie d’aller jeter un oeil au musée de Karlstad, d’ailleurs.

J’ai aimé cette atmosphère gothique, à la sauce suédoise, avec le vieux manoir et ces histoires de fantômes. La résolution de l’intrigue est un peu convenue certes (mais je me suis trompée sur le supposé coupable), mais l’essentiel n’est peut-être pas là. C’est tout le reste. Alors je pardonne à Susanne Jansson de n’avoir pas tant creusé que ça ces deux héroïnes humaines pour faire la place belle à la nature. J’ai aimé le clin d’oeil du dernier paragraphe. On passe un bon moment avec ce livre, pour qui aime la nature et les coins perdus.

Susanne Jansson est journaliste et photographe free-lance. On le sent à la lecture de ce thriller assez documenté. C’est son premier roman. Il sort le 21 février. Je lirai sans doute les autres, si elle en écrit.

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Publié dans Grand Prix des Lectrices de ELLE 2019, Littérature suédoise | Tagué , , , | 4 commentaires

Shtum – Jem Lester

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Traduit par Emmanuelle Ghez

Quand on parle d’autisme, on l’associe aujourd’hui presque toujours au syndrome d’Asperger. Celui qui calcule plus vite que son ombre, est capable d’apprendre des choses compliquée en masse et en peu de temps, bref un surdoué ayant un problème de communication aiguë, pour faire bref, parce que je suis pas spécialiste. Le personnage de Rain Man du film de Dustin Hoffmann, par exemple.
Jem Lester a un enfant autiste. Ce qui l’a poussé à écrire Shtum, c’est justement qu’il « en avai[t] plus qu’assez qu’on [lui] demande quel était « le talent particulier » de [son] fils ». Après la naissance de son fils, il a « assisté à l’élévation de l’autisme – dans sa forme Asperger surtout – au rang de phénomène branché. [Il a ] entendu des gens utiliser l’autisme pour justifier un comportement exécrable, comme une insulte, ou comme une médaille d’honneur à faire porter à leur enfant ». Ces attitudes l’exaspéraient « probablement autant que ceux qui doivent faire face quotidiennement aux malentendus et aux ravages que cela provoquait ». Il a décidé d’écrire Shtum : un roman qui a pour personnage principal un enfant mutique, telle est la gageur à relever,et aussi pour sujet « bien d’autres choses ».

Le dernier mot du roman, comme son titre,  est « shtum ». C’est mot qui vient du yiddish et signifie, « sans voix, » « silencieux », « mutique »…

Shtum  raconte la longue bataille des parents de Jonah, Ben et Emma pour faire admettre leur enfant autiste de 10 ans dans un internat adapté à son cas. Une bataille contre les services sociaux, la municipalité, les marchands d’espoir, les charlatans en nombre, prêt à tout pour se faire de l’argent sur le dos du malheur des autres. D’après Emma, il faut que le couple se sépare car selon elle, les chances d’admission dans les internats adapté est plus élevé si le père est déclaré séparé. Ben accepte de jouer le jeu, retourne vivre chez son père avec Jonah à sa charge. Un coup de massue mais il se dit que c’est pour le bien de son fils.

Le roman de Jem Lester ne se contente pas de nous faire assister à la bataille juridique du couple pour obtenir gain de cause, même si c’est l’un des fils ténus du roman. L’histoire est racontée du point de vue du père, Ben, et par ce biais l’auteur lève progressivement le voile sur ses personnages, en particulier sur la famille de Ben.

Ben est un homme fragile, alcoolique avant l’arrivée de Jonah, peu volontaire, en proie à des problèmes de communication avec son père. Il a été licencié de son job dans le marketing, a repris la boîte paternelle, contraint et forcé. La grossesse surprise d’Emma et l’arrivée de Ben le fragilise encore davantage, submergé par l’attention que nécessite Jonah, il ne peut faire face au quotidien, ne vérifie même plus que ses clients ont payé les factures. Bref, c’est vraiment très difficile.
On assiste au quotidien du couple qui ne peut lâcher une seconde des yeux leur enfant sous peine de retrouver une pièce chamboulée, lui-même barbouillé d’excréments ou d’aliments de la tête aux pieds, bref, vous voyez à peu près le tableau…

Peu à peu leur couple se délite, un malheur supplémentaire tombe sur Ben : le cancer incurable de son père, très attaché à son « Jojo ». Ce n’est plus une personne dépendante mais deux. Un surprise l’attend du côté d’Emma (vous devrez lire le livre !), mais aussi de sa propre famille, puisque le roman s’achève sur la révélation d’un secret de famille  qui vous mènera jusqu’en Hongrie, près du lac Balaton.

J’ai déjà lu d’autres romans sur l’autisme, je crois que le dernier en date est La surface de réparation d’Alain Guillot, mais qui traite du syndrome d’Asperger. Shtum vous plonge dans la vérité crue des troubles sévères du spectre autistique, sans contrepartie de don extraordinaire. De l’enfer vécu par les parents et en même temps de l’amour immense qu’il porte malgré tout à leur enfant. Du schisme entre ce qu’ils voudraient et ce que leur offre la réalité, tendue par un nerf de guerre comptable : l’argent.

Shtum est un roman poignant. Le piège aurait été de tomber dans le sentimentalisme et le pathos. L’écriture sans fioriture donne à voir une vérité sans filtres. Pourtant Jem Lester accroche le lecteur par son humour et sa tendresse. Il parvient à combler le vide de cet enfant incapable de s’exprimer et de communiquer en donnant voix à son père, ce qui donne lieu à de jolis moments.

« Au moins je suis arrivé à cette lucidité : je crains les mots plus que tout. Je peux leur donner le sens que je souhaite, les tordre à ma convenance, me flageller avec, m’en servir comme excuse pour boire, pour pester contre le monde entier, pour me retirer du monde. Si seulement les autres utilisaient les mots que j’ai envie d’entendre, je serais heureux. Mais j’ai autant de chances d’arriver à faire parler Jonah que d’entendre Emma ou mon père prononcer les paroles dont je pense avoir besoin. (…) Les mots perdent leur sens si on ne dit pas sa propre vérité et deviennent des armes si l’on essaie de dire aux autres la leur. A travers son silence, Jonah me permet de l’écouter – il n’y a pas de murs de mots à escalader, pas d’autodéfense de son être réel. Il faut que je suive son exemple; le silence me permettra d’échapper à l’appel du regret et du châtiment qui résonne en moi. »

« Apparemment, mon nom est Jonah Jewell. Je le sais parce qu’ils répètent ce son quand ils me regardent et que je suis en train d’examiner quelque chose. La lumière me fascine, surtout quand elle se divise en plusieurs couleurs et qu’elle se reflète sur une feuille d’arbre tout près de mon oeil. »

Il y aurait encore beaucoup à dire, mais je vous laisse découvrir cette pépite. Ce roman a emporté le City University Prize for Fiction en 2013 et c’est le premier roman de Jem Lester, qui est journaliste et vit à Londres.

C’est une vraie belle découverte et je ne peux que vous inviter à tenter l’aventure Shtum !

Je remercie les éditions Stéphane Marsan .

 

 

 

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Edith & Oliver – Michèle Forbes

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Traduit par Anouk Neuhoff

Edith et Oliver font connaissance de manière peu commune : lui « en sous-vêtements : son caleçon dessine une tache de coton blanc dans la pénombre » ; elle, avec une dent en moins et quelques chouchis de pronchiachions, du sang séché autour de la bouche, une moustache de bière maquille sa lèvre supérieure. Oliver ramasse la molaire de cette femme qu’il ne connaît pas et avec qui il se trouve en drôle de situation, dans la cuisine de l’Empire Theatre de Belfast. Elle se présente : « Che m’appelle Edith » . Elle le reconnaît : « Vous êtes Oliver Fleck… l’illuchionniste ». Nous sommes en 1906.  Nous allons suivre le couple jusqu’aux années 20.

Michèle Forbes nous emmène en tournée, avec des artistes de théâtre d’un genre aujourd’hui disparu, de ceux qui enchantaient les spectateurs du début du XXe siècle avec des numéros de prestidigitations de tous genres. Oliver est un illusionniste passionné qui ne cesse de vouloir inventer de nouveaux tours, toujours plus forts, toujours plus impressionnants. Il veut devenir connu et reconnu. Edith est une pianiste virtuose, qui l’accompagne dans ses numéros. Un couple fait pour la scène : « Elle a le sens du rythme. Elle comprend du premier coup et sait exactement ce qu’il faut faire. Cette précision si essentielle, il est évident qu’elle l’a dans le sang. » Dans la vie, ils tombent amoureux après cette drôle de rencontre lors d’une soirée trop arrosée. Edith donne naissance à deux jumeaux, Archie et Agna. C’est au tour d’Oliver d’être épaté : « Il n’en croit pas ses yeux. Deux ! Pas un, mais deux ! Pas juste un enfant, mais soudain ses enfants. » Lui qui était un peu inquiet sur son avenir se sent requinqué ! Il faut dire que les temps sont durs pour les artistes comme lui : petit à petit, le cinéma qui fait son apparition détourne l’intérêt des spectateurs. Les directeurs de théâtre sont de plus en plus frileux, méfiants et paient de moins en moins. Les tournées se font de plus en plus longues et le public de plus en plus difficile à satisfaire. Même le numéro du Gâteau Cuit dans un Chapeau qui faisait fureur, ne le satisfait plus !

L’histoire se déroule jusqu’en 1922, on s’attache à cette famille d’artistes, on voit grandir les enfants, on finit par les connaître, on a envie d’aider Oliver à trouver de nouvelles idées, mais aussi de lui dire de se réconcilier avec son frère. Le personnage cache une enfance difficile. Michèle Forbes fouille les âmes, livre des personnages forts et courageux, passionnés, mais fragiles aussi.

L’auteure possède un réel sens du drame et des émotions. Je vous le dis tout de suite, cette histoire est une tragédie ! Les rebondissements successifs m’ont laissée assommée pendant quelques jours (c’est le seul reproche que j’ai à faire, mais c’est une histoire magnifique et tout à fait réaliste).

L’écriture ciselée, portée par un grand sens du détail permet de visualiser et ressentir tout l’univers artistique d’une époque, mais aussi l’ambiance des villes que parcourt Oliver.

J’ai adoré traîner dans ce Belfast disparu de l’Empire Theatre, du Royal Theatre. D’aller aux Bains turcs, de découvrir le City Hall (l’hôtel de ville) comme je ne l’ai jamais vu, de me faufiler avec Oliver dans le jardin botanique de l’époque, Jardin d’Eden, sur la piste d’Edith : « Il suit sa voix dans la Fougeraie du Ravin tropical où la chaleur étouffe les sens et où l’humidité emplit sa tête et sa gorge. » Je sais qu’il suffira que je rouvre le livre pour m’y plonger de nouveau car l’écriture de Michèle Forbes a ce don magique de vous emporter dès que vous lisez ses lignes.

Un roman riche en émotions qui s’achève sur des « mots de neige ». Je vous laisse les découvrir.

L’année 2019 commence en force car voici mon deuxième coup de coeur en quelques semaines et c’est mon premier coup de coeur irlandais de l’année !

Cerise sur le gâteau : Michèle Forbes sera au Centre culturel irlandais le 19 février pour parler de son roman (pour en savoir plus, c’est ici).

Pour ceux qui souhaitent découvrir son premier roman, Phalène fantôme, bonne nouvelle puisqu’il est sorti en poche, collection La Petite Vermillon. Vous trouverez la chronique sur le blog.

Merci aux éditions de la Table Ronde, j’ai passé un vrai bon moment !

 

 

 

 

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