Tea-Bag

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Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Dans un camp de transit de la côte espagnole, les migrants attendent patiemment d’entrer en Europe. Tea-Bag, la jeune Africaine, tente d’oublier les cris de ceux qui ont péri dans le naufrage qui les a menés sur cette plage. Lorsqu’un journaliste lui offre, contre son témoignage, un voyage en Suède, l’espoir renaît. Parviendra t-elle à infléchir le cours de son destin ? »

 

Pour une fois la 4e de couverture ne révèle rien de l’histoire et de sa teneur. Juste un aperçu du sujet. D’ailleurs, en la lisant j’avais un peu peur d’un roman un peu convenu et dont l’issue était un peu trop attendue… Mais je savais pouvoir faire confiance à Henning Mankell. Je n’ai pas été du tout déçue !!

En effet, le journaliste dont parle l’éditeur ici ne fait pas du tout partie de la narration, juste une apparition de quelques lignes au début du roman. Ensuite, on passe tout de suite à autre chose, avec l’irruption de Jesper Humlin, poète raté, trop bronzé pour ne pas paraître superficiel. Son éditeur décide qu’il doit écrire un polar. Mais cet être qui semble à la fois vile, mou et hypocrite n’a pas la franchise de vraiment dire ce qu’il pense à l’intéressé, de peur de ruiner totalement sa carrière, déjà pas brillante… Mais voilà qu’il rencontre un ami de longue date, entraîneur dans un club de boxe dans une banlieue suédoise. A partir de ce moment-là Jesper Humlin pénètre dans un monde qui lui était inconnu, une autre face de la Suède dont il ne soupçonnait même pas l’existence : celle des immigrés clandestins et leur histoire. D’ailleurs, dans son univers feutré Jesper Humlin ne s’imaginait même pas qu’il puisse y avoir des immigrés en Suède ! La rencontre va s’avérer percutante, au propre comme au figuré !!

Parce que les gens dont il  va faire la connaissance sont complexes, souvent inssasissables : Leïla l’Irannienne, Tea-Bag la Nigérianne et Tania de l’ex-Union soviétique ont toutes une histoire douloureuse. La confiance en l’autre, elles ne l’ont plu. Alors souvent elles « mordent ». Et elles vont se jouer de notre pauvre Jesper Humlin… La fin de l’histoire est inattendue et déjoue les clichés et le roman aussi, évidemment !

J’ai aimé ces quatre personnages attachants (parce que oui, même Jesper Humlin qui paraît au début un être détestable, finit par devenir sympathique par sa maladresse et sa naïveté). Tea-Bag, la Nigérianne est la plus attendrissante avec son joli sourire – dont elle sait jouer – mais qui est l’arme du désespoir. Tania est la plus difficile du lot par sa violence (elle est franchement pénible !). Leïla ne comprend pas son père qui a fui l’Iran pour trouver la liberté  mais dont il la prive en surveillant tous ses faits et gestes : jamais elle ne peut se déplacer seule, il faut toujours que ses frères la suivent.

Jesper Humlin, à l’instar de l’écrivain Henning Mankell, laisse la parole aux clandestines pour qu’elles racontent chacun leur histoire. Ingénieux procédé de mise en abyme ! Notre poète a l’intention d’écrire un livre sur leurs vies pour faire connaître la vérité au monde. Vous saurez vous-même en lisant ce fabuleux roman que l’on dévore littéralement, s’il y parviendra ou pas. Mais une chose est sûre : Henning Mankell a réussi sa mission ! Un livre qui ne s’oublie pas !

Décidément, je n’ai pas fini d’aimer les Nordiques – je me répète, mais ils sont géniaux !

Henning Mankell nous a quittés il y a quelques mois, mais Henning Mankell for ever pour son humanisme et l’intelligence de ses romans !

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Eva Moreno

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Traduit par Agneta Ségol

 4e de couverture :  » Mikaela disparaît après avoir rencontré son père pour la première fois… dans un hôpital psychiatrique. Cet homme chétif a-t-il vraiment tué une lycéenne il y a 16 ans ? En vacances dans une petite ville suédoise, l’inspectrice Eva Moreno recherche Mikaela, croisée en pleurs le jour de sa disparition. Difficile de lézarder quand le père s’évapore à son tour et qu’un cadavre est retrouvé sous le sable ! »

Sur la couverture de cette édition, on peut lire que l’auteur, Hakan Nesser, « occupe le premier rang des auteurs suédois », (d’après The Sunday Times). Je dois dire que ce roman, par la mise en scène d’une inspectrice suédoise qui se démène à la fois sur une enquête et sur sa vie privée et la mise en scène météorologique, m’a tout de suite fait penser à mon auteur suédois chouchou, Mons Kallentoft. Comme dans Eté, la Suède est ici en proie à une vague de canicule !

Mais la comparaison avec Mons s’arrête ici. Ce polar est d’une facture toute classique et sans grande surprise. L’héroïne et l’intrigue sont bien moins creusées que chez Kallentoft et il n’y a pas d’originalité d’écriture (rappelons que chez Kallentoft, les morts parlent au lecteur). Ca se lit facilement mais c’est assez fade. Et j’ai été un zeste agacée par une traduction qui nomme l’héroïne systématiquement par son prénom + son nom. En français, ça sonne faux. Reste un peu d’humour qui ne rend pas ce polar désagréable. Mais voilà, ce ne sera pas une lecture inoubliable et l’on n’apprend pas grand chose sur la Suède. Hakan Nesser n’occupera pas donc pas pour moi le premier rang des auteurs suédois.

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Le septième fils

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Traduit par Eric Boury

4e de couverture : « Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l’Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements. »

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fjords de l’Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n’a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C’est bien simple : j’ai du mal à partir de cette contrée d’Europe glacée quand l’histoire se termine.

Ce roman fait suite au Dresseur d’insectes et c’est le troisième traduit en français jusqu’à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d’aller se perdre dans cette contrée où s’aventurent seulement « 2% des étrangers » arrivant pour visiter l’Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie… Ambiance !
Mais malgré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu… Tout de suite, beaucoup d’habitants y voient l’oeuvre des gothiques, ces ados qu’ils jugent comme étant des adeptes du diable (évidemment!). Mais les événements et les suspects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d’enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d’Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l’hôtel, c’est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d’une humeur d’ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnommée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d’Islande, pourtant, »depuis longtemps, des gens viennent d’un peu partout travailler ici dans l’industrie du poisson : des Polonais, des Australiens. Ils ont [ même] fini par s’intégrer ». Et si certains parents s’inquiètent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s’en inquiéter, c’est qu’elle est devenue bilingue puisqu’elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c’est effectivement l’industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : « les revenus moyens de la population des Fjords de l’Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d’Islande alors qu’ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs ». La mode est maintenant à l’industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c’est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J’ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c’est vraiment voulu par l’écrivain). J’ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n’est pas du tout celui qu’on imagine… Ce qui est sûr, c’est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d’humour : plus d’une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée… peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman…

Dernière chose ô combien surprenante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l’Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! :-p !

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Le cercle intérieur

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Traduit par Max Stadler et Lucile Clauss

4e de couverture : « Île de Gotland. Une vingtaine d’étudiants s’affairent sur un site archéologique. Lorsque l’une d’entre eux, Martina Flochten, est retrouvée morte. Un meurtre rituel ? L’inspecteur Anders Knutas enquête. Mais il est vite confronté à des questions insolubles. Pourquoi ces marques sur le corps de Martina ? Pourquoi l’a-t-on pendue à un arbre ? D’autant que d’autres actes monstrueux viennent s’ajouter au meurtre : poneys et chevaux sont découverts décapités. Rien ne semble logique dans cette affaire. Knutas doit jongler entre les fausses pistes tandis que d’autres cadavres sont mis au jour. »

Ce roman policier est assez différent des romans nordiques que j’ai lus jusqu’ici dans la mesure où il se concentre essentiellement sur l’intrigue : le suspense en est le moteur. L’environnement sociologique est relativement laissé de côté, mis à part quelques allusions. Mais ce n’est pas plus creusé que cela : si l’on apprend que « la Suède n’est plus la patrie des blondinets qui mangent du pain azyme et qui dansent en costume traditionnel » et que l’île de Gotland, où se déroule l’action, est sujette à la spéculation immobilière et au bétonnage pour y développer le tourisme, l’intrigue n’est que vaguement reliée à cela.
L’auteure intègre un soupçon de mythologie scandinave, des vols dans un musée archéologique, pour tenir le lecteur en haleine – ce qui n’est pas inintéressant – et multiplie les pistes. On entre facilement dans le jeu et une fois le roman commencé, on a du mal à le lâcher. D’autant que dès le début, même sans avoir lu la quatrième de couverture, on sent qu’il va arriver quelque chose à l’héroïne, Martina. La menace pèse sur elle comme sur nous et de ce point de vue-là, c’est une belle réussite. La scène du crime n’est pas une grande ville nauséeuse, mais les environs d’un site archéologique où des étudiants travaillent.

La tension monte au fur et à mesure que les cadavres s’amoncèlent, la police se révélant inefficace, s’égarant sur de fausses pistes et ne s’inquiétant pas, comme le remarque un personnage, qu’on « bazarde des trésors historiques sur un marché lucratif et qu’ils disparaissent non seulement de Gotland, mais de la Suède en général ». Mais l’enquête est d’autant plus difficile que les premières victimes ne sont pas des humains mais des animaux…

Si j’ai passé un bon moment avec ce polar, j’avoue que j’ai trouvé la fin un peu surfaite parce que chaque piste lancée n’était pas assez creusée. Au final, on a donc l’impression que les idées ne sont pas assez reliée entre elles par des liens cohérents, ce qui est dommage car elles étaient bonnes. On a le sentiment qu’elles sont justes un prétexte pour essayer de terminer une histoire.

Un livre très agréable à lire, mais certainement pas inoubliable donc.

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Je ne porte pas mon nom

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Traduit par Catherine Lise Dubost

4e de couverture : « Rien de pire que l’ennui, même pour un dépressif notoire comme Dan ! Au repos dans sa villa de Chistianssund, acquise grâce à une brillante carrière dans la pub, le mystère s’invite dans sa vie. Son ami le commissaire Flemming fait appel à lui : une employée de son agence a été tuée et, étrangement, personne ne connaît son nom. Dan enquête… »


J’ai décidé cet été de me plonger dans la littérature danoise, littérature méconnue dans l’Hexagone (mis à part Karen Blixen – et encore, je me demande si tout le monde connaît sa nationalité – et évidemment le célébrissime Hans Christian Andersen –  parce que non, La Petite Sirène n’a pas été inventée par Disney mais fait partie d’une légende.).

Le pays lui-même reste énigmatique aux Français puisque ce n’est pas vraiment le pays de prédilection pour leurs vacances. Et pourtant, ce petit pays plat de 5 millions d’habitants vaut le détour. Heureusement, il y a Borgen, l’excellente série diffusée par Arte en ce moment même qui permet de lever le voile et peut-être aux gens d’aller visiter Copenhague.

Bref, mes lectures m’ont fait découvrir Anna Grue, donc Je ne porte pas mon nom est le premier livre traduit en français. Et quelle belle découverte ! Décidément ce sont les journalistes qui écrivent les meilleurs polars. Et ici, l’originalité c’est que celui qui mène l’enquête n’est pas un commissaire ou inspecteur de police, mais tout simplement Dan, un publicitaire dépressif, dont un meurtre sur son lieu de travail va redonner goût à la vie. Il faut dire que son meilleur ami est le commissaire Flemming. Mais, comme le constatera le lecteur, on ne peut pas dire qu’il soit très efficace. Dan prend donc la voie dangereuse d’une enquête officieuse qui nous parle du Danemark d’aujourd’hui et de ses problématiques.

Oubliez le pays des Vikings et de la Petite Sirène, ici on n’est pas vraiment dans la légende et le fabuleux mais plutôt dans le trafic et les embrouilles administratives. Evidement, comme elle écrit un polar, Anna Grue ne présente pas son pays sous le meilleur jour. Rendez-vous ici avec le travail dissimulé, les violences faites aux femmes, le trafic humain, le problème de l’intégration. Certes ce n’est pas une chose propre au Danemark, mais bizarrement, j’ai été un peu surprise qu’il y ait là-bas aussi, dans ce petit pays, autant d’immigrés clandestins, sans papiers (ou avec de fausses identités),  contraints de rester cachés, préférant vivre comme des fantômes de peur d’être expulsés, sachant le châtiment qui les attendent :

« Toutes ces femmes avaient trois points communs : elles étaient étrangères, elles vivaient cachées ici, à Christianssund et elles n’osaient demander aucune aide sociale de peur d’être expulsées du Danemark. (…) Si elles essaient d’aller à la police, on les renvoie au pays au plus tard trois mois après – et dans de nombreux cas, elles sont immédiatement renvoyées au Danemark, ou dans un autre pays, munies de nouveaux papiers ».


Le pendant de tout ça, évidemment, c’est qu’il y a des profiteurs. Mais j’ai aimé l’analyse fine d’Anna Grue, la manière dont elle montre comment certains d’entre-eux se présentent en bienfaiteurs, et comment, en fin de compte, la corruption a la vie belle. L’inefficacité de la police est aussi montrée du doigt, parce que les meurtres s’accumulent et l’équipe du commissaire Flemming n’en pédale pas moins dans la semoule !

Bref, pour une première présentation littéraire du Danemark, je n’ai pas choisi un roman qui fait dans la dentelle mais dans le réalisme. Je me suis régalée. Dan le dépressif est en plus un personnage attachant. Et en plus, il n’y a pas qu’un seul coupable. Mais chuuuut, j’en ai vraiment dit trop dans ce billet !

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Miséricorde

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4e de couverture : « Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux s’acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l’avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d’encre. Mais, faute d’indices, la police avait classé l’affaire. Jusqu’à l’intervention des improbables Carl Mørck et Hafez al-Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d’origine syrienne. Pour eux, pas de cold case … Couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, le thriller de Jussi Adler-Olsen, première enquête de l’inspecteur Mørck, est un véritable phénomène d’édition mondial. »

Cela faisait un moment que ce livre me faisait de l’oeil à chaque fois que je passais en librairie. La petite vignette du Grand Prix des Lectrices de Elle ne faisait que renforcer mon envie de découvrir Jussi Adler Olsen, d’autant que les autres livres qu’il a publiés ont l’air d’avoir autant de succès que celui-ci, signalé partout comme un best seller. Et en plus Jussi Adler Olsen est… danois !  Voilà beaucoup d’indices de tentation pour un seul et même écrivain ! Et hop, ce livre a embarqué avec moi dans l’avion…

J’ai rapidement été absorbée par ma lecture qui a réussi à me faire oublier l’affreux gamin qui gesticulait à côté de moi pour voir si son père accéderait à son caprice… En effet, ce thriller vous prend aux tripes dès les premières pages. Les personnages sont attachants, surtout les deux compères qui mènent l’enquête, Carl Mørck le Danois et Hafez al-Assad le Syrien (oui, vous avez bien lu !) au passé trouble, maîtrisant encore mal la langue danoise et roi de la gaffe. Son boss, Carl est aussi plein de préjugés donc cela n’aide pas mais donne un couple détonnant, avec un zeste de suspicion :

« Tu t’appelles Hafez al-Assad. C’est ce qui est écrit sur les papiers que les services de l’immigration ont établi à ton nom, en tout cas. »
« Ca doit pas être facile de traîner un nom pareil ? » « Le nom d’un dictateur qui a gouverné la Syrie pendant vingt-neuf ans ! Tes parents étaient membres du parti Baas ? »

On apprend que Hafez est un réfugié politique syrien mais que Carl l’ignorait car « le petit homme », comme il l’appelle (ce qui m’a passablement agacée) lui a caché la manière dont il est arrivé au Danemark, car sa vie lui a fait du mal et que c’est sa vie et pas celle de son boss.

Bon mais autant vous dire que c’est à peu près la seule chose que l’on apprend sur le pays de la Petite Sirène et que ce n’est qu’une anecdote secondaire dans ce thriller qui reste d’une facture très classique, et en fin de compte très anglo-saxonne. Je n’y ai pas retrouvé la « patte » nordique que j’ai l’habitude de fréquenter. Mis à part, peut-être que la victime qui est une femme politique, Merete Lyyngaard, qui incarne l’avenir du Danemark. On ne peut évidemment que penser à Borgen et son héroïne Birgitte, pour ceux qui connaissent cette excellente série danoise (postérieure à ce thriller, d’ailleurs).

Mais le comparaison s’arrête là. Ici on ne suit pas la vie publique et privée d’une femme politique, mais tout simplement l’enterrement vive d’une jeune femme qui se retrouve enlevée puis enfermée pendant cinq ans. Personne ne sait ce qui lui est arrivé, encore moins son petit frère handicapé.

Si j’ai aimé le suspense que j’avoue très bon, j’ai beaucoup moins aimé l’aspect un peu « gore » que prend ce thriller par moment. Je n’en vois pas l’intérêt. J’ai trouvé la fin un peu trop (attention SPOILER !)  « happy end » et miraculeuse pour être totalement crédible.

Une lecture divertissante mais sans doute pas inoubliable à mes yeux, j’ai lu nettement mieux avec Je ne porte pas mon nom de Anna Grue et je doute de renouveler l’expérience avec les deux autres romans qui sont la suite à celui-ci.

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La princesse des glaces

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Traduit par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain

Erica est écrivain. Un jour, de retour dans son village natal, elle apprend la mort d’Alex, la fille qui l’avait tant impressionnée quand elle était gamine. Elle avait été sa meilleure amie avant qu’Alex rompe tout contact sans explications. Alex a été retrouvée dans sa baignoire, les veines tranchées. Pourtant, personne ne croit au suicide. L’inspecteur Patrick Hedström est chargé de l’enquête. Quelle n’est pas sa surprise de tomber sur Erica au cours de son enquête : c’est la fille dont il était amoureux quand il était ado ! Une dimension qui va s’ajouter aux écheveaux de l’énigme à démêler, et pas qu’un peu !

Les deux personnages sont au point mort dans leur vie sentimentale : Patrick est tout juste divorcé et sans enfant ; Erica vit quasiment recluse chez elle, soumise aux contraintes éditoriales de son prochain roman. Ses parents sont décédés et elle est en discorde avec sa soeur Anna concernant le devenir de la maison familiale. Paradoxalement, le meurtre d’Alex va redonner un sens à la vie de Patrick et d’Erica, tous deux lancés dans une enquête sur le voisinage mais aussi sur eux mêmes.

Cela fait des années que j’entends parler de Camilla Läckberg et de ce polar en particulier. Mais, comme Millenium, je n’arrivais pas à m’y « coller », parce que sans doute on en parlait trop. J’en attendais donc beaucoup, compte tenu des éloges entendues. J’ai bien apprécié le début, avec l’univers de l’écrivain en proie au doute de soi et des contraintes liées à la publication éditoriale :
« Personnellement, elle devait chaque fois faire un énorme effort pour s’installer devant son ordinateur. Pas par paresse, mais à cause d’une terreur profondément ancrée d’avoir perdu sa capacité depuis la dernière fois qu’elle avait écrit. »
« Le retard qu’elle avait pris avec son livre la stressait énormément (…) et elle se dit qu’elle allait soulager un peu sa conscience et écrire un moment. »
Erica est un personnage très attachant car l’image de l’écrivain est ici complètement démythifiée : c’est une personne comme une autre, même quelqu’un qui doute beaucoup de ses capacités – sauf en matière de cuisine ! De plus, c’est une gaffeuse. Elle empiète allégrement sur les plates-bandes de Patrick et le lui dit sans vraiment prendre conscience des conséquences de ses actes pour l’enquête.
Patrick est un gros nounours amoureux, qui n’arrête pas de se tortiller comme un ver de terre à la moindre émotion. Il n’arrête pas de se faire asticoter par sa collègue à cause de sa relation avec Erica. Les deux tourtereaux tombent en effet rapidement dans les bras l’un de l’autre (enfin, plutôt dans le lit!). Bon, c’était sympa, c’était amusant, mais à force de tirer trop sur la corde sentimentale, Camilla Läckberg en fait une caricature de couple « guimauve » à la limite de la crédibilité. Ce fut ma première déception ! Dommage parce que l’idée du couple écrivain-flic était plutôt amusante !

Concernant l’intrigue à proprement parler, elle est très emberlificotée et il faut aller jusqu’au bout du bout du livre pour avoir une résolution qui finalement laisse un peu perplexe. L’intrigue n’est pas un prétexte à la description de la société suédoise etc. (comme chez l’Islandais Indridasson ou chez Mons Kallentoft, pour citer un autre Suédois) : elle est bien au coeur de la narration et nous fait croiser foule de personnages. Camilla Läckberg revient sur le passé des personnages pour révéler des secrets de famille bien salaces et des ego surdimensionnés. Si l’intrigue m’a tenue en haleine, en fin de compte, je l’ai trouvée peu fouillée. C’est un lavage de linge de famille peu reluisant, mais pas vraiment davantage. Ce fut ma deuxième déception. Rien d’innovant là-dedans.

L’histoire se lit facilement par son style alerte et moderne. Mon oeil a néanmoins heurté une drôle de phrase : « Patrick se tortillait comme un ver de terre sur sa chaise ». Je ne sais pas si c’est moi, mais ça prête à confusion… C’est une broutille parce que le texte est bien traduit (= on oublie que le texte qu’on a sous les yeux n’est pas le texte original), mais ça m’a fait sourire !

Bref, une lecture bien partie au début mais qui finalement m’a un peu déçue. J’attendais beaucoup plus d’originalité et d’innovation, depuis le temps que j’entendais parler de ce livre. C’est dommage parce que l’idée de l’héroïne écrivain est vraiment sympa. Je ne me suis pas franchement ennuyée mais j’ai fini par me lasser un peu tout de même. A côté, Mons Kallentoft est beaucoup plus distrayant (et Arnaldur Indridason aussi, pour citer un écrivain islandais).

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Les anges aquatiques

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 Traduit par Frédéric Fourreau

A la fin de La Cinquième Saison, je me posais la question de savoir s’il y aurait une suite aux aventures de l’inspectrice Malin Fors. Alors, qu’elle ne fut pas ma joie quand, aux hasards des pérégrinations Internet, je suis tombée sur ce sixième volume, paru il y a peu. Un bon gros pavé de presque
500 pages, qui prend bien de la place sur les étagères…

Le problème récurrent avec une publication tous les un an et demi, c’est qu’on ne sait plus exactement où on a laissé les personnages. Et avec Malin, « l’enquêtrice le plus brillante de toute la police de Linköping [qui] possède un don rare de foutre en l’air sa vie privée et s’attirer des ennuis », il y a presque de quoi être inquiet : aurait-elle fait des siennes même entre deux volumes ? Bon, heureusement, pour les mémoires de linotte, la situation personnelle des personnages est brièvement récapitulé dans chaque volume. Ce qui n’empêche pas qu’il faut absolument lire les livres dans l’ordre parce que, justement, la vie des personnages occupent une dimension primordiale chez Mons Kallentoft. Elle influe sur la manière dont ils mènent une enquête dans l’équipe de police, sur la manière dont ils ressentent les choses, surtout pour Malin, femme ultra-sensible, dotée d’une sorte de sixième sens.

Patrick et Cecilia Andergren sont retrouvés sauvagement assassinés dans le jacuzzi de leur luxueuse villa du quartier de Hjulsbro à Linköping. Leur fille, Ella, cinq ans, reste introuvable. En fouillant la maison, l’équipe de Malin découvre le portrait de la gamine : type asiatique. En creusant davantage, Malin apprend qu’Ella est a été adoptée et qu’elle est d’origine vietnamienne…. tout comme Tess, la fille de Karin, de la police scientifique. Et hop, cette affaire d’enfants adoptées va embarquer Malin dans une nouvelle enquête qui la tient à coeur, d’autant que blessée lors de la précédente aventure, elle ne pourra plus avoir d’enfants. Ce qui n’est pas franchement du goût de Peter, son dernier compagnon. Alors pour faire face à l’horreur, à l’inadmissible et aux blessures personnelles, la tequila est aussi de retour dans la vie de Malin.

Autant vous dire qu’il ne se passe finalement pas grand chose dans ce polar dimension roman noir, ou plutôt que si vous cherchez un thriller, passer votre chemin. L’enquête prend son temps, piétine à souhait et pourtant, on ne lâche pas ce bon gros pavé très bien documenté sur la société suédoise contemporaine (pas étonnant, Mons Kallentoft est aussi journaliste !). La disparition de la gamine adoptée est l’occasion d’évoquer le scandale du trafic d’enfants entre le Vietnam et la Suède, jusqu’à ce que le pot aux roses soit découvert : celui des enfants volés à leur famille, un enfant contre un cochon… La Suède a rompu ses accords en matière d’adoption avec le Vietnam, mais pas le Danemark. L’occasion pour Malin de décharger sa haine des Danois, un pays de  racistes par excellence selon elle, puisqu’il a fermé ses frontières. Pour elle, Copenhague est « une ville de brique et d’immondices. De gaz d’échappement, de fumée de cigarette et de couenne de porc ». Et si Mons Kallentoft évoque par la voix de son héroïne, de manière récurrente, le cochon, le porc, ce n’est pas un hasard.

Malin est toujours aussi peu lisse (et donc d’autant plus crédible), mais les autres aussi, notamment Karin, que l’on découvre sous un autre jour. Personnage pétri de contradictions, et jusqu’à beaucoup de violence dans ce volume, on se dit que parfois elle exagère vraiment trop, qu’il faut qu’elle se calme sérieusement. A tel point qu’on se demande si ce ne sera pas là, vraiment, sa dernière enquête – mais il y a des scènes pas piquées des hannetons, qui valent le détour !

J’allais oublier que les morts parlent toujours mais on se demande pourquoi parce qu’ils ne donnent pas vraiment d’indices supplémentaires au lecteur, contrairement aux autres volumes, où la touche fantastique était franchement assumée et apportait une touche d’originalité. L’auteur devrait laisser tomber l’idée des morts qui parlent si ce n’est pas rien en faire, parce que l’idée qu’il y a derrière agace un peu.

Reste une bonne analyse du désespoir humain jusqu’à l’aveuglement. De l’agence d’adoption à l’agence du crime organisé au nom du fric.

Un volume plus réussi que La Cinquième Saison : je me suis régalée malgré mes quelques réserves.

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La 5e saison

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Traduit par Lucile Clauss et Emmanuel Curtil

4e de couverture : « Le printemps vient de commencer à Linköping. La célèbre inspecteur Malin Fors vit avec Peter, ne boit plus et envisage de faire un enfant. Mais ce calme est de courte durée. Très vite, les saisons se détraquent et la petite ville suédoise perd toute sérénité. Une femme atrocement mutilée est retrouvée au coeur de la forêt. Ses blessures rappellent l’affaire « Murvall ». Maria Murvall, murée dans le silence depuis qu’elle a été agressée avec une rare sauvagerie. Malin n’avait jamais pu l’oublier et s’était jurée de découvrir un jour quel monstre l’avait plongée dans cet état. Les cadavres se succèdent. Malin doit faire vite. Maria est-elle une pièce de cet horrible puzzle ? Qu’est-ce qui relie la mort de ces femmes ? Et surtout, quel être humain est capable d’une telle brutalité ? »

J’attendais avec une grande impatience la sortie du 5e volume des aventures de Malin Force, l’inspectrice suédoise tellement imparfaite (apparemment celui qui a écrit la 4e de couv ne connaît pas le féminin du mot inspecteur, soit dit en passant, ce qui est bien dommage car les romans de Mons Kallentoft sont des romans féministes !).

Eh bien j’ai été déçue ! Je dirai que je me suis même plutôt ennuyée, ce qui est un comble au regard du talent de cet écrivain suédois, qui a vraiment su créer un univers littéraire original, avec un zeste de fantastique. Certes Malin est toujours aussi attachante et toujours aussi indécise sur la voie à suivre concernant sa vie personnelle, mais l’intrigue s’enlise. Pendant 400 pages, on a l’impression de redites. Et finalement, la fin s’avère assez banale. Une petite visite dans une cité suédoise s’avère néanmoins intéressante. Karim, le boss de Malin, d’origine étrangère, envisage même de « terminer l’écriture de son livre sur la question de l’immigration en Suède ». Mais bon, cela ne va pas plus loin. Un peu de mafia russe, quelques hommes publics corrompus et le tour est joué. Cependant, Mons semble ici dénoncer la violence faite aux femmes à travers les crimes atroces sur lesquels il revient, à travers l’affaire Maria Murvall (on ne peut comprendre qu’en ayant lu Ete). Mais en même temps, à la lecture, il y a comme une pièce manquante.

Le seul vrai frisson ressenti concerne le devenir de Malin à la fin de ce volume…. Je me suis vraiment demandé si l’écrivain allait réserver le même sort à son héroïne que Henning Mankell à son inspecteur.

Malgré ma déception, sans doute me jetterai-je encore sur la suite des aventures de Malin, si Mons Kallentoft est décidé à les écrire. Et je vous encourage toujours à lire les précédents volumes qui sont un vrai régal !

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Printemps

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Traduit par Frédéric Fourreau

4e de couverture : « C’est l’affolement en ville. Une bombe vient d’exploser en plein centre de Linköping, tuant deux fillettes et blessant grièvement leur mère, Hanna Vigerö. Pour les enquêteurs, les pistes sont multiples. Acte terroriste ? Guerre des gangs ? L’investigation piétine. Et si l’attentat visait en fait la famille Vigerö ? Pour Malin Fors, il s’agirait d’une affaire plus personnelle. Malin aussi a ses problèmes. Elle lutte pour ne pas replonger dans l’alcool, sa mère vient de mourir. Et quand son père rentre de Ténérife, le secret que lui cachaient ses parents depuis toutes ces années fait enfin surface. »

Le sentiment que laisse ce quatrième opus (après Hiver, Ete et Automne) est qu’il est sans doute le meilleur de la série.

L’intrigue se déroule en mai 2010 et la Suède est touchée de plein fouet par la crise économique. Mons Kallentoft règle leur compte aux banques, au Monde du Fric, aux rapaces de la finance, aux tradeurs peu scrupuleux qui jouent avec l’argent des citoyens de tous les pays du monde.

Un attentat devant une banque de la petite ville provinciale de Linköping tue deux fillettes de six ans. La population est en émoi et presse la police de retrouver les responsables. Les hypothèses sont nombreuses mais la piste islamiste est rapidement écartée (n’en déplaise à certains). Une mystérieuse organisation, le Front de Libération de l’Economie, totalement inconnue jusque-là, est vite suspectée du pire.

Mais comme toujours, dans les romans de Mons Kallentoft, la réalité est encore plus complexe qu’il n’y paraît. Et c’est avec brio que l’écrivain démonte les rouages d’une intrigue qui ne laisse au lecteur aucun répit. Peu à peu de nouveaux personnages de l’ombre apparaissent, marionnettes du Mal personnifié : l’Argent, représenté sous les traits d’un vieillard aveugle et mourant mais qui a passé sa vie à martyriser jusqu’à ses enfants pour en faire des machines de guerre.
L’auteur reprend ici un thème qu’il affectionne particulièrement : l’enfance maltraitée, le tout dans une logique implacable.

Ce que j’apprécie aussi particulièrement dans cette série, c’est l’imperfection des héros et la complexité des personnages. Les romans de Mons Kallentoft vont au-delà des apparences et explications simplistes, dans un monde contemporain toujours plus complexe et ici sur une toile de fond d’une actualité brûlante. C’est aussi, paradoxalement, un univers au bord du fantastique, avec les narrateurs omniscients que sont les victimes décédées.

Le seul tout petit bémol que l’on peut reprocher à l’auteur ici,  c’est que la vie personnelle de Malin qui s’achève un peu trop sur une happy end, qui détonne d’autant plus avec le reste du récit. Mais bon, c’est le Printemps

A lire absolument !

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