L’été des pas perdus

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4e de couverture : « Madeleine a un grand-père dont elle est très proche. Mais depuis quelques temps, il change, il oublie les choses : pour lui, passé et présent se confondent.
Le temps d’un été Madeleine et lui vont cheminer ensemble. »

Madeleine comprend vite que Gramps a un souci qui n’est pas dû à son grand âge, mais quelque chose de bien plus grave. Des pertes de mémoire, des absences comme s’il était ailleurs.
Seule avec lui la plupart du temps, elle l’emmène chez le médecin gérontologue dont il a déjà oublié le rendez-vous. Dans la salle de ce spécialiste (qui n’est pas celui des champignons !), elle observe et s’interroge : « il n’y a que des vieux, certains bien, d’autres miteux, piteux, malheureux. Qu’est-ce qu’il fait, mon grand-père pimpant, brillant, au milieu de ces croûlants ? »
Gramps prend la mouche, furieux et malheureux de croire que le médecin le prend pour un vieux fou, refusant de regarder en face la maladie qui lui grignote la mémoire : Alzheimer. Du moins on le devine, même si son nom n’est jamais cité.
Alors, parce qu‘ »il raconte, toujours il raconte, les mêmes histoires de lui quand il était petit, comme si c’était hier »,  (…) son village, les vaches, la mer, le bocage et la mer. Et sa mère, son père, sa chère grande soeur, ses deux petits frères (…). Les Allemands, méchants. Le mystère, la peur, les alertes (…), les bateaux, (…) les avions fous, les bombes, les grands soldats. La joie. », et qu’il rêve de retourner là-bas, en Normandie,  de l’y emmener pour lui faire découvrir les lieux de son enfance, Madeleine décide de réaliser ce rêve et de l’accompagner.  Nous voilà partis avec les deux personnages pour un road-trip normand jusqu’à Utah Beach.

La maladie se manifeste par intermittence, tout au long du récit où le passé et le présent finissent par se confondre. Mais peu importe « parce qu’on reste toute sa vie le petit qu’on a été.
Et qu’on a une maison où on a envie de rentrer : celle où on a grandi. Même si elle a disparu. Même si on n’en a pas eu. »

L’occasion aussi pour la petite Madeleine d’une belle leçon d’Histoire à travers celle de son grand-père, qui lui fait vivre le Débarquement comme si elle y était. La révélation aussi d’un mystère familial : la raison la plus probable de la disparition de l’autre Madeleine, la soeur de son grand-père…

Un roman sensible et magnifiquement écrit. Rachel Hausfater possède une vraie plume littéraire, très poétique, parsemée de rimes, mais pourtant simple, accrocheuse et accessible aux jeunes lecteurs.
Un récit où le personnage du grand-père n’est pas diminué par sa maladie, mais au contraire magnifié par son voyage pour retrouver le petit garçon qu’il a toujours été.

Une belle lecture !

Merci à Flammarion Jeunesse de m’avoir permis de choisir ce livre !

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La face cachée de Margo

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A travers les mots de Catherine Gibert

Margo et Quentin habitent à Orlando, en Floride. Ils sont voisins depuis qu’ils sont enfants, fréquentent le même lycée, et c’est leur dernière année avant l’université. Leur premier temps fort a été la découverte d’un cadavre quand ils avaient neuf ans. Un moment qui est a marqué Quentin à vie parce qu’il a eu la trouille de sa vie. Margo a abordé ce tragique événement d’une manière beaucoup plus étrange. Margo et Quentin ont maintenant seize ans. Quentin en pince pour Margot qui est devenue un mythe à ses yeux : le mythe « Mar-go-Roth-Spie-gel-man ». Mais si Margo aime bien Quentin, ça a l’air de s’arrêter là. Elle avait pour petit ami quelqu’un d’autre, mais pas de chance, il vient de la larguer. Furieuse, Margo décide de représailles et elle demande à Quentin de l’aider. Bonne pomme et fascinée par cette fille, il accepte. Une nuit d’aventure mémorable à travers la ville. D’autant plus mémorable que le lendemain, Margo disparaît. Quentin et ses meilleurs potes vont se lancer à sa recherche.

Voilà ma lecture blockbuster de l’année. Parce que je suis curieuse de savoir pourquoi John Green a tant de succès, qu’est-ce qui attire tant les ados dans ses romans? J’avais bien aimé Nos étoiles contraires (à un bémol près). Mais autant vous le dire tout de suite : je me suis plutôt ennuyée avec celui-ci. La vengeance de Margo est drôle et très imaginative (je me demande où l’auteur a été péché des idées pareilles!). Mais ensuite, le mystère « Margo » a fini par me peser. Ca tourne en rond pendant pas mal de pages avant que Quentin trouve un indice. J’ai trouvé l’héroïne assez détestable par son égoïsme et son estime de soi surdimensionnée. Quentin est trop benêt à mes yeux. Ses amis finissent par lui dire, d’ailleurs, que Margo ne mérite peut-être pas toute l’énergie qu’il investit pour la retrouver, ni les risques qu’il prend.
Seulement, Quentin idéalise Margo, il finit par s’en rendre compte et, au-delà de l’envie de la retrouver, il cherchera à savoir qui elle est vraiment.

Le roman aborde le thème de l’identité et du sentiment amoureux. De la face cachée que chacun a à l’intérieur de soi. Mais aussi de l’image qu’ont les autres de nous. De la part de fiction et de la réalité. Du fait qu’on tombe amoureux d’une image, d’un personnage qu’on se construit mais pas tout à fait de la personne réelle. Une quête initiatique qui fera grandir Quentin.
Tout cela aurait été certainement plus intéressant si le roman ne s’étirait pas en longueur, au milieu de considérations subalternes (comme les cuites des copains de Quentin, les « p’tits lots » qu’ils convoitent – comprendre : de jolies filles, expression assez étrange ! ).

Comme Margo est une reine de la fugue et du mystère égocentré , elle a laissé des indices, entre autres dans… un poème de Walt Whitman, dont elle a surligné des passages de différentes couleurs. Quentin lit et relit ce poème, se prend littéralement la tête et… le lecteur aussi, à force de répétition des lectures de Quentin, qui ne font pas avancer l’intrigue.

La seule chose qui m’a vraiment intéressée, ce sont les escapades des personnages dans des pseudotissements : des lotissements abandonnés. Les maisons hantées du XXIe siècle. Mais mieux que ça : il existe aux Etats-Unis des Villes de papiers (Paper Towns est d’ailleurs le titre original du roman). Les villes qui n’existent que sur la carte, comme Agloe, dans l’Etat de New York (sur la carte) : une ville « créée pour se protéger des plagiaires » ! Une manière de poser sa griffe. Sauf que tous les possesseurs d’une carte Esso se sont acharnés à vouloir trouver Agloe. Si bien qu’un jour quelqu’un a construit un magasin et qu’Agloe est devenue réalité – qui depuis est redevenue fiction…
Le personnage de Margo est à l’image de ces villes : une fille de papier.
Le roman aurait pu être beaucoup plus prenant si le lien entre les villes de papier et le personnage de Margo avait été plus recentré. Heureusement, il y a de l’humour parfois doublé d’un regard caustique sur la société de consommation : « L’avenue était bordée de milliers de boutiques qui vendent toutes la même chose : de la merde. »
Autre point positif : les ados qui liront ce roman sauront à coup sûr qui est Walt Whitman, Emily Dickinson et Sylvia Plath.

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Le mec de la tombe d’à côté

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Traduit par Lena Grumbach

4e de couverture : « Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures. »

Autrement dit, c’est l’histoire d’une intello, veuve précoce, qui rencontre un paysan de son âge, vieux garçon, n’ayant jamais vécu qu’entre les jupons de sa mère.  Et de surcroît elle s’appelle Désirée et lui Benny. Ca fait un peu cliché, non ?

Le récit alterne entre le point de vue de Désirée et celui de Benny. Le lecteur s’aperçoit ainsi rapidement du fossé qui sépare les deux personnages, malgré leur histoire d’amour. Cela dit, on sent que ça ne va pas vraiment virer à la tragédie ni au pugilat.

En fait, je ne sais pas trop pourquoi j’ai acheté ce roman, dont ni le titre (un peu glauque au premier abord) et encore moins la couverture ne me plaisaient. Sans doute à force de le voir partout et en tête des ventes. Bref, j’ai cédé à la curiosité. Et je dois dire que j’ai passé un bon moment. Mais sans plus. C’est divertissant, bien traduit, plein de fraîcheur et d’humour. Un vrai roman de vacances. Cependant, il m’a manqué un je-ne-sais-quoi qui aurait fait la différence. Notamment la fin qui n’a pas été, pour moi en tout cas, une grosse surprise. Même si j’ai trouvé le stratagème un peu tiré par les cheveux… C’est « gentil », quoi.

Donc un avis mitigé en ce qui me concerne.

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Les chaussures italiennes

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Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Fredrik Welin vit reclus sur une île de la Baltique. A soixante-six ans, sans femme ni amis, il a pour seule activité une baignade quotidienne dans un trou de glace. L’intrusion d’Harriet, l’amour de jeunesse abandonnée quarante ans plus tôt, brise sa routine. Mourante, elle exige qu’il tienne une promesse : lui montrer un lac forestier. Fredrik ne le sait pas encore, mais sa vie vient de recommencer. « 

Voici un roman pour le moins étrange : une atmosphère tout ce qu’il y a de dépressif mais pourtant Henning Mankell parvient à la rendre agréable et poétique. On peut être inquiet au début, lorsqu’on s’embarque en lecture pour rencontrer Fredrik Welin qui vit reclus depuis 12 ans sur une île suédoise, avec pour seules compagnes sa chatte, sa chienne et une fourmillière géante qui a pris possession de son salon… Même le facteur, hypocondriaque passe pour passer mais sans jamais apporter de courrier. Mais très rapidement un autre personnage fait son apparition : Harriett, l’amour abandonnée 40 ans auparavant, traînant avec elle un cancer incurable.

A vrai dire, peut-être vaut-il mieux ne pas être dans le même état dépressif que Fredrik pour lire ce roman… Pourtant notre héros va peu à peu revenir au pays des vivants, grâce à des personnages tous plus déjantés les uns que les autres, tous atteints d’une folie douce ! Je ne peux pas en dévoiler davantage.

Ce roman est une réflexion sur la vie et sur son pendant, la mort. Mais aussi sur la conséquence de nos actes sur nos destinées individuelles. Une écriture sublime et pourtant tout à fait simple. Un héros (ou plutôt anti-héros) particulièrement attachant. Et j’ai adoré le grand air iodé de cette île suédoise, avec ses tempêtes, ses saisons et ses oiseaux marins magistralement restitués.

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Tea-Bag

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Traduit par Anna Gibson

4e de couverture : « Dans un camp de transit de la côte espagnole, les migrants attendent patiemment d’entrer en Europe. Tea-Bag, la jeune Africaine, tente d’oublier les cris de ceux qui ont péri dans le naufrage qui les a menés sur cette plage. Lorsqu’un journaliste lui offre, contre son témoignage, un voyage en Suède, l’espoir renaît. Parviendra t-elle à infléchir le cours de son destin ? »

 

Pour une fois la 4e de couverture ne révèle rien de l’histoire et de sa teneur. Juste un aperçu du sujet. D’ailleurs, en la lisant j’avais un peu peur d’un roman un peu convenu et dont l’issue était un peu trop attendue… Mais je savais pouvoir faire confiance à Henning Mankell. Je n’ai pas été du tout déçue !!

En effet, le journaliste dont parle l’éditeur ici ne fait pas du tout partie de la narration, juste une apparition de quelques lignes au début du roman. Ensuite, on passe tout de suite à autre chose, avec l’irruption de Jesper Humlin, poète raté, trop bronzé pour ne pas paraître superficiel. Son éditeur décide qu’il doit écrire un polar. Mais cet être qui semble à la fois vile, mou et hypocrite n’a pas la franchise de vraiment dire ce qu’il pense à l’intéressé, de peur de ruiner totalement sa carrière, déjà pas brillante… Mais voilà qu’il rencontre un ami de longue date, entraîneur dans un club de boxe dans une banlieue suédoise. A partir de ce moment-là Jesper Humlin pénètre dans un monde qui lui était inconnu, une autre face de la Suède dont il ne soupçonnait même pas l’existence : celle des immigrés clandestins et leur histoire. D’ailleurs, dans son univers feutré Jesper Humlin ne s’imaginait même pas qu’il puisse y avoir des immigrés en Suède ! La rencontre va s’avérer percutante, au propre comme au figuré !!

Parce que les gens dont il  va faire la connaissance sont complexes, souvent inssasissables : Leïla l’Irannienne, Tea-Bag la Nigérianne et Tania de l’ex-Union soviétique ont toutes une histoire douloureuse. La confiance en l’autre, elles ne l’ont plu. Alors souvent elles « mordent ». Et elles vont se jouer de notre pauvre Jesper Humlin… La fin de l’histoire est inattendue et déjoue les clichés et le roman aussi, évidemment !

J’ai aimé ces quatre personnages attachants (parce que oui, même Jesper Humlin qui paraît au début un être détestable, finit par devenir sympathique par sa maladresse et sa naïveté). Tea-Bag, la Nigérianne est la plus attendrissante avec son joli sourire – dont elle sait jouer – mais qui est l’arme du désespoir. Tania est la plus difficile du lot par sa violence (elle est franchement pénible !). Leïla ne comprend pas son père qui a fui l’Iran pour trouver la liberté  mais dont il la prive en surveillant tous ses faits et gestes : jamais elle ne peut se déplacer seule, il faut toujours que ses frères la suivent.

Jesper Humlin, à l’instar de l’écrivain Henning Mankell, laisse la parole aux clandestines pour qu’elles racontent chacun leur histoire. Ingénieux procédé de mise en abyme ! Notre poète a l’intention d’écrire un livre sur leurs vies pour faire connaître la vérité au monde. Vous saurez vous-même en lisant ce fabuleux roman que l’on dévore littéralement, s’il y parviendra ou pas. Mais une chose est sûre : Henning Mankell a réussi sa mission ! Un livre qui ne s’oublie pas !

Décidément, je n’ai pas fini d’aimer les Nordiques – je me répète, mais ils sont géniaux !

Henning Mankell nous a quittés il y a quelques mois, mais Henning Mankell for ever pour son humanisme et l’intelligence de ses romans !

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Eva Moreno

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Traduit par Agneta Ségol

 4e de couverture :  » Mikaela disparaît après avoir rencontré son père pour la première fois… dans un hôpital psychiatrique. Cet homme chétif a-t-il vraiment tué une lycéenne il y a 16 ans ? En vacances dans une petite ville suédoise, l’inspectrice Eva Moreno recherche Mikaela, croisée en pleurs le jour de sa disparition. Difficile de lézarder quand le père s’évapore à son tour et qu’un cadavre est retrouvé sous le sable ! »

Sur la couverture de cette édition, on peut lire que l’auteur, Hakan Nesser, « occupe le premier rang des auteurs suédois », (d’après The Sunday Times). Je dois dire que ce roman, par la mise en scène d’une inspectrice suédoise qui se démène à la fois sur une enquête et sur sa vie privée et la mise en scène météorologique, m’a tout de suite fait penser à mon auteur suédois chouchou, Mons Kallentoft. Comme dans Eté, la Suède est ici en proie à une vague de canicule !

Mais la comparaison avec Mons s’arrête ici. Ce polar est d’une facture toute classique et sans grande surprise. L’héroïne et l’intrigue sont bien moins creusées que chez Kallentoft et il n’y a pas d’originalité d’écriture (rappelons que chez Kallentoft, les morts parlent au lecteur). Ca se lit facilement mais c’est assez fade. Et j’ai été un zeste agacée par une traduction qui nomme l’héroïne systématiquement par son prénom + son nom. En français, ça sonne faux. Reste un peu d’humour qui ne rend pas ce polar désagréable. Mais voilà, ce ne sera pas une lecture inoubliable et l’on n’apprend pas grand chose sur la Suède. Hakan Nesser n’occupera pas donc pas pour moi le premier rang des auteurs suédois.

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Le septième fils

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Traduit par Eric Boury

4e de couverture : « Einar, correspondant du Journal du soir, est envoyé en reportage dans la région des fjords du nord-ouest de l’Islande. Peu après son arrivée, des épisodes étranges se succèdent : une maison brûle, une tombe est profanée, une ex-vedette de football est assassinée. Avec son air ironique et désabusé, Einar apprivoise les habitants de cette région sinistrée par la crise et remonte le fil des événements. »

Quel beau voyage que nous propose là Arni Thorarinsson : une visite de la région des Fjords de l’Ouest, en Islande (évidemment !) sur les pas du journaliste Einar. Décidément, ces Nordiques et notamment ces Islandais sont vraiment très très forts et ce livre n’a fait que redoubler mon enthousiasme (déjà énorme !) à leur égard ! C’est bien simple : j’ai du mal à partir de cette contrée d’Europe glacée quand l’histoire se termine.

Ce roman fait suite au Dresseur d’insectes et c’est le troisième traduit en français jusqu’à présent. Einar, qui subit la crise de la presse écrite et ses restructurations, accepte d’aller se perdre dans cette contrée où s’aventurent seulement « 2% des étrangers » arrivant pour visiter l’Islande. Nous sommes fin octobre, mais déjà les tempêtes de neige alternent avec la pluie… Ambiance !
Mais malgré cette froidure, il se trouve que les maisons prennent feu… Tout de suite, beaucoup d’habitants y voient l’oeuvre des gothiques, ces ados qu’ils jugent comme étant des adeptes du diable (évidemment!). Mais les événements et les suspects se multiplient. Et la police ne lâche rien à la presse.
Einar, qui doit pouvoir écrire des articles dignes de ce nom,  décide donc d’enquêter lui-même et va à la rencontre de la  communauté hétéroclite de la petite ville d’Isafjördur. Pourtant, le journal ne le voit pas de cet oeil, parce que l’hôtel, c’est cher dans ce trou paumé ! Peu importe, Einar se fait héberger par un policier local, d’une humeur d’ours et haut en couleurs, mais toujours prêt à partager une bouteille de Brennivin (eau de vie aromatisée au cumin et surnommée la Mort noire) !

On apprend que dans cette région d’Islande, pourtant, »depuis longtemps, des gens viennent d’un peu partout travailler ici dans l’industrie du poisson : des Polonais, des Australiens. Ils ont [ même] fini par s’intégrer ». Et si certains parents s’inquiètent du langage bizarre que développe leur très jeune progéniture, il ne faut pas s’en inquiéter, c’est qu’elle est devenue bilingue puisqu’elle passe son temps entourée de petits Polonais à la maternelle !
Ici c’est effectivement l’industrie du poisson qui prédominait mais la région est en pleine mutation : « les revenus moyens de la population des Fjords de l’Ouest ont diminué : il y a vingt ans, ceux-ci figuraient parmi les plus élevés d’Islande alors qu’ils se classent maintenant parmi les plus faibles. Autrefois, il y avait des chalutiers dans chaque fjord, mais peu à peu, le système des quotas, la vente libre des autorisations de pêche et leur limitation ont sonné le glas des vieux villages de pêcheurs ». La mode est maintenant à l’industrie pétrolière et au tourisme. Tant pis si la population a diminué de 18% en 20 ans, c’est peut-être un moyen de faire descendre le chômage. Mais bien évidemment, tous les gens du cru ne sont pas du même avis.

J’ai adoré suivre Einar au jour le jour dans cette région iodée que le livre donne envie de visiter (je ne sais pas si c’est vraiment voulu par l’écrivain). J’ai adoré tous les personnages rencontrés, même si certains ne sont pas franchement sympathiques.  La fin est totalement surprenante parce que, évidemment, le coupable n’est pas du tout celui qu’on imagine… Ce qui est sûr, c’est que les femmes de ce roman ont un foutu caractère et Arni Thorarinsson une bonne dose d’humour : plus d’une fois je me suis surprise à éclater de rire ! Einar a une copine qui ne se laisse marcher sur les pieds !! La thématique des hommes battus est soulevée… peut-être le sujet du prochain roman ?

En tout cas une très belle étude sociologique et un titre qui renvoie à la magie et au sacré, comme  cela est expliqué dans le roman…

Dernière chose ô combien surprenante : à Isafjördur, dans le roman, il y a une Maison de l’Ecosse ! Et toc !
Alors, rien que pour ça, Iceland Power ! :-p !

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Le cercle intérieur

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Traduit par Max Stadler et Lucile Clauss

4e de couverture : « Île de Gotland. Une vingtaine d’étudiants s’affairent sur un site archéologique. Lorsque l’une d’entre eux, Martina Flochten, est retrouvée morte. Un meurtre rituel ? L’inspecteur Anders Knutas enquête. Mais il est vite confronté à des questions insolubles. Pourquoi ces marques sur le corps de Martina ? Pourquoi l’a-t-on pendue à un arbre ? D’autant que d’autres actes monstrueux viennent s’ajouter au meurtre : poneys et chevaux sont découverts décapités. Rien ne semble logique dans cette affaire. Knutas doit jongler entre les fausses pistes tandis que d’autres cadavres sont mis au jour. »

Ce roman policier est assez différent des romans nordiques que j’ai lus jusqu’ici dans la mesure où il se concentre essentiellement sur l’intrigue : le suspense en est le moteur. L’environnement sociologique est relativement laissé de côté, mis à part quelques allusions. Mais ce n’est pas plus creusé que cela : si l’on apprend que « la Suède n’est plus la patrie des blondinets qui mangent du pain azyme et qui dansent en costume traditionnel » et que l’île de Gotland, où se déroule l’action, est sujette à la spéculation immobilière et au bétonnage pour y développer le tourisme, l’intrigue n’est que vaguement reliée à cela.
L’auteure intègre un soupçon de mythologie scandinave, des vols dans un musée archéologique, pour tenir le lecteur en haleine – ce qui n’est pas inintéressant – et multiplie les pistes. On entre facilement dans le jeu et une fois le roman commencé, on a du mal à le lâcher. D’autant que dès le début, même sans avoir lu la quatrième de couverture, on sent qu’il va arriver quelque chose à l’héroïne, Martina. La menace pèse sur elle comme sur nous et de ce point de vue-là, c’est une belle réussite. La scène du crime n’est pas une grande ville nauséeuse, mais les environs d’un site archéologique où des étudiants travaillent.

La tension monte au fur et à mesure que les cadavres s’amoncèlent, la police se révélant inefficace, s’égarant sur de fausses pistes et ne s’inquiétant pas, comme le remarque un personnage, qu’on « bazarde des trésors historiques sur un marché lucratif et qu’ils disparaissent non seulement de Gotland, mais de la Suède en général ». Mais l’enquête est d’autant plus difficile que les premières victimes ne sont pas des humains mais des animaux…

Si j’ai passé un bon moment avec ce polar, j’avoue que j’ai trouvé la fin un peu surfaite parce que chaque piste lancée n’était pas assez creusée. Au final, on a donc l’impression que les idées ne sont pas assez reliée entre elles par des liens cohérents, ce qui est dommage car elles étaient bonnes. On a le sentiment qu’elles sont justes un prétexte pour essayer de terminer une histoire.

Un livre très agréable à lire, mais certainement pas inoubliable donc.

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Je ne porte pas mon nom

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Traduit par Catherine Lise Dubost

4e de couverture : « Rien de pire que l’ennui, même pour un dépressif notoire comme Dan ! Au repos dans sa villa de Chistianssund, acquise grâce à une brillante carrière dans la pub, le mystère s’invite dans sa vie. Son ami le commissaire Flemming fait appel à lui : une employée de son agence a été tuée et, étrangement, personne ne connaît son nom. Dan enquête… »


J’ai décidé cet été de me plonger dans la littérature danoise, littérature méconnue dans l’Hexagone (mis à part Karen Blixen – et encore, je me demande si tout le monde connaît sa nationalité – et évidemment le célébrissime Hans Christian Andersen –  parce que non, La Petite Sirène n’a pas été inventée par Disney mais fait partie d’une légende.).

Le pays lui-même reste énigmatique aux Français puisque ce n’est pas vraiment le pays de prédilection pour leurs vacances. Et pourtant, ce petit pays plat de 5 millions d’habitants vaut le détour. Heureusement, il y a Borgen, l’excellente série diffusée par Arte en ce moment même qui permet de lever le voile et peut-être aux gens d’aller visiter Copenhague.

Bref, mes lectures m’ont fait découvrir Anna Grue, donc Je ne porte pas mon nom est le premier livre traduit en français. Et quelle belle découverte ! Décidément ce sont les journalistes qui écrivent les meilleurs polars. Et ici, l’originalité c’est que celui qui mène l’enquête n’est pas un commissaire ou inspecteur de police, mais tout simplement Dan, un publicitaire dépressif, dont un meurtre sur son lieu de travail va redonner goût à la vie. Il faut dire que son meilleur ami est le commissaire Flemming. Mais, comme le constatera le lecteur, on ne peut pas dire qu’il soit très efficace. Dan prend donc la voie dangereuse d’une enquête officieuse qui nous parle du Danemark d’aujourd’hui et de ses problématiques.

Oubliez le pays des Vikings et de la Petite Sirène, ici on n’est pas vraiment dans la légende et le fabuleux mais plutôt dans le trafic et les embrouilles administratives. Evidement, comme elle écrit un polar, Anna Grue ne présente pas son pays sous le meilleur jour. Rendez-vous ici avec le travail dissimulé, les violences faites aux femmes, le trafic humain, le problème de l’intégration. Certes ce n’est pas une chose propre au Danemark, mais bizarrement, j’ai été un peu surprise qu’il y ait là-bas aussi, dans ce petit pays, autant d’immigrés clandestins, sans papiers (ou avec de fausses identités),  contraints de rester cachés, préférant vivre comme des fantômes de peur d’être expulsés, sachant le châtiment qui les attendent :

« Toutes ces femmes avaient trois points communs : elles étaient étrangères, elles vivaient cachées ici, à Christianssund et elles n’osaient demander aucune aide sociale de peur d’être expulsées du Danemark. (…) Si elles essaient d’aller à la police, on les renvoie au pays au plus tard trois mois après – et dans de nombreux cas, elles sont immédiatement renvoyées au Danemark, ou dans un autre pays, munies de nouveaux papiers ».


Le pendant de tout ça, évidemment, c’est qu’il y a des profiteurs. Mais j’ai aimé l’analyse fine d’Anna Grue, la manière dont elle montre comment certains d’entre-eux se présentent en bienfaiteurs, et comment, en fin de compte, la corruption a la vie belle. L’inefficacité de la police est aussi montrée du doigt, parce que les meurtres s’accumulent et l’équipe du commissaire Flemming n’en pédale pas moins dans la semoule !

Bref, pour une première présentation littéraire du Danemark, je n’ai pas choisi un roman qui fait dans la dentelle mais dans le réalisme. Je me suis régalée. Dan le dépressif est en plus un personnage attachant. Et en plus, il n’y a pas qu’un seul coupable. Mais chuuuut, j’en ai vraiment dit trop dans ce billet !

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Miséricorde

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4e de couverture : « Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux s’acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l’avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d’encre. Mais, faute d’indices, la police avait classé l’affaire. Jusqu’à l’intervention des improbables Carl Mørck et Hafez al-Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d’origine syrienne. Pour eux, pas de cold case … Couronné par les prix scandinaves les plus prestigieux, le thriller de Jussi Adler-Olsen, première enquête de l’inspecteur Mørck, est un véritable phénomène d’édition mondial. »

Cela faisait un moment que ce livre me faisait de l’oeil à chaque fois que je passais en librairie. La petite vignette du Grand Prix des Lectrices de Elle ne faisait que renforcer mon envie de découvrir Jussi Adler Olsen, d’autant que les autres livres qu’il a publiés ont l’air d’avoir autant de succès que celui-ci, signalé partout comme un best seller. Et en plus Jussi Adler Olsen est… danois !  Voilà beaucoup d’indices de tentation pour un seul et même écrivain ! Et hop, ce livre a embarqué avec moi dans l’avion…

J’ai rapidement été absorbée par ma lecture qui a réussi à me faire oublier l’affreux gamin qui gesticulait à côté de moi pour voir si son père accéderait à son caprice… En effet, ce thriller vous prend aux tripes dès les premières pages. Les personnages sont attachants, surtout les deux compères qui mènent l’enquête, Carl Mørck le Danois et Hafez al-Assad le Syrien (oui, vous avez bien lu !) au passé trouble, maîtrisant encore mal la langue danoise et roi de la gaffe. Son boss, Carl est aussi plein de préjugés donc cela n’aide pas mais donne un couple détonnant, avec un zeste de suspicion :

« Tu t’appelles Hafez al-Assad. C’est ce qui est écrit sur les papiers que les services de l’immigration ont établi à ton nom, en tout cas. »
« Ca doit pas être facile de traîner un nom pareil ? » « Le nom d’un dictateur qui a gouverné la Syrie pendant vingt-neuf ans ! Tes parents étaient membres du parti Baas ? »

On apprend que Hafez est un réfugié politique syrien mais que Carl l’ignorait car « le petit homme », comme il l’appelle (ce qui m’a passablement agacée) lui a caché la manière dont il est arrivé au Danemark, car sa vie lui a fait du mal et que c’est sa vie et pas celle de son boss.

Bon mais autant vous dire que c’est à peu près la seule chose que l’on apprend sur le pays de la Petite Sirène et que ce n’est qu’une anecdote secondaire dans ce thriller qui reste d’une facture très classique, et en fin de compte très anglo-saxonne. Je n’y ai pas retrouvé la « patte » nordique que j’ai l’habitude de fréquenter. Mis à part, peut-être que la victime qui est une femme politique, Merete Lyyngaard, qui incarne l’avenir du Danemark. On ne peut évidemment que penser à Borgen et son héroïne Birgitte, pour ceux qui connaissent cette excellente série danoise (postérieure à ce thriller, d’ailleurs).

Mais le comparaison s’arrête là. Ici on ne suit pas la vie publique et privée d’une femme politique, mais tout simplement l’enterrement vive d’une jeune femme qui se retrouve enlevée puis enfermée pendant cinq ans. Personne ne sait ce qui lui est arrivé, encore moins son petit frère handicapé.

Si j’ai aimé le suspense que j’avoue très bon, j’ai beaucoup moins aimé l’aspect un peu « gore » que prend ce thriller par moment. Je n’en vois pas l’intérêt. J’ai trouvé la fin un peu trop (attention SPOILER !)  « happy end » et miraculeuse pour être totalement crédible.

Une lecture divertissante mais sans doute pas inoubliable à mes yeux, j’ai lu nettement mieux avec Je ne porte pas mon nom de Anna Grue et je doute de renouveler l’expérience avec les deux autres romans qui sont la suite à celui-ci.

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