Morwenna

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Traduit par Luc Carissimo

4e de couverture : « Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privée à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir magique des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre. »

J’étais à la recherche de littérature galloise (parce que je retourne au Pays de Galles cet été, pour en découvrir le Nord) quand je suis tombée sur ce livre, avec un bandeau annonçant : « Un chef-d’oeuvre : Prix Hugo, Prix Nebula, British Fantasy Award ». Let’s go, adjugé vendu ! Pourtant j’innove en ce qui concerne le genre, parce que je ne lis jamais de Fantasy et je déteste Game of Thrones ou les choses de ce genre-là.

Morwenna a une famille compliquée dont elle explique peu à peu l’histoire dans le journal intime que nous avons entre les mains et qui couvre la période du 5 septembre 1979 au 20 février 1980. Elle a perdu sa soeur jumelle, Morganna, écrasée par une voiture. Morwenna en réchappera mais avec une jambe boiteuse. Elle ne peut se déplacer qu’avec une canne.  Elle n’a pas été élevée par ses parents mais par Grampar et Granmar. Son père, elle ne l’appelle pas « papa » mais « Daniel ». Celui-ci décide de lui faire quitter le Pays de Galles et l’envoie en pension dans une école anglaise. Changement de langue et de décor pour la gamine. Plus de vallées industrielles polluées mais un paysage plat en pleine campagne.
(En 1975, Morwenna et Morganna ont jeté un sort à l’usine de charbon locale,  Phurnacite parce qu’elle avait pollué l’air et tué la nature : une simple fleur jetée dans une mare et le lendemain l’usine fermait avec des licenciements en masse.)
Mais même le changement de décor ne pourra faire oublier à Morwenna la perte de sa soeur jumelle. Elle n’a pas pu faire son deuil et en plus, en Angleterre, elle arrive difficilement à voir les fées. Parce que Morwenna a ce don. Elle essaie pourtant de les trouver, elle les appellent en gallois avant de se dire que peut-être, ici, elles ne parlent qu’anglais ! Elle découvre que sa mère est une sorcière qui lui veut du mal. Alors pour fuir tout ça et se reconstruire, Morwenna se réfugie dans les livres de SF : elle a de la chance parce qu’entre la bibliothèque de l’école, celle de la ville, la librairie et l’argent que lui donne son père, elle sera comblée. Surtout quand on lui propose de participer au club de lecture. Elle y rencontrera des gens bien plus intéressants que ses camarades de pensionnat, un certain jeune homme en particulier, va capter son attention….

Un roman d’apprentissage à la sauce fantasy. Une héroïne très intelligente et attachante. Des « fées », dont Morwenna a une connaissance encyclopédique sans pour autant savoir qui elles sont vraiment. Un univers très réel d’un côté et une plongée fantastique au coin de la page. Je me suis laissée prendre au jeu grâce aux phrases de la gamine qui font mouche.

Pourtant, j’ai eu du mal avec le style de l’auteur, cette écriture très alambiquée parfois qui vous fait perdre le fil. Et surtout, j’ai eu vraiment du mal avec l’énumération des romans de SF qui occupe une grande partie du roman. Ca m’a fait un peu l’effet d’un catalogue (d’autant plus inutile pour moi que je suis une « bille » en SF!). Morwenna est une grande lectrice capable de lire deux livres par jour. On comprend donc qu’elle en parle beaucoup puisque c’est son loisir principal et surtout son échappatoire. Mais bon, lui faire citer et re-citer des tonnes de référence SF est un peu indigeste à la lecture. Voici les principaux défauts que j’ai trouvés au roman.

Le reste est très distrayant, plein de charme et non dénué de réflexion.
L’histoire d’une (re)naissance originale. Mais pour moi peut-être pas le chef-d’oeuvre annoncé. J’ai dû passer à côté de quelque chose.

Quelques extraits :

« Il désire vous voir, ai-je dit aux fées en gallois. »

« Ils [les elfes] parlent, enfin ceux que je connais parlent, mais ils tiennent des propos bizarres, et uniquement en gallois. Généralement. J’en ai rencontré un à Noël qui parlait anglais. »

« L’auteur n’est pas responsable de ce que l’éditeur met sur la couverture. »

« Un beau garçon comme ça, en chemise rouge à carreaux, qui lisait, réfléchissait et parlait de livres, c’était plus rare qu’une licorne. »

« Les fées ont tendance à être soit très belles soit absolument hideuses. »

« Les bibliothèques sont vraiment géniales. Mieux même que les librairies. »

« Cette école rendrait n’importe qui communiste.
J’ai lu Le Manifeste du parti communiste aujourd’hui, il est très court. Vivre dans cette société serait comme vivre sur Anarres. Je suis partante tout de suite. »

« Selon Miss Carroll, T. S. Eliot travaillait dans une banque quand il a écrit La terre gaste, parce qu’être poète ne paie pas. »

« Porter un uniforme sept jours sur sept, c’est comme être en prison. »

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Et je danse, aussi

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 C’est en regardant une célèbre émission télévisée d’actualité littéraire que j’ai découvert que l’auteur de Terrienne (à savoir Jean-Claude Mourlevat) avait eu une idée un peu farfelue : envoyer un mail à Anne-Laure Bondoux (le premier qu’envoie Pierre-Marie Sotto à Adeline Parmelan) et d’attendre sa réaction. Anne-Laure Bondoux, alors plongée dans l’écriture d’un roman, se prend au jeu d’un roman épistolaire à quatre mains. Je dois dire que ça m’a bien intriguée de savoir ce que ça pouvait donner. Donc je me suis jetée dessus.

Pierre-Marie Sotto, écrivain célèbre et Prix Goncourt trouve un jour dans sa boîte aux lettres une mystérieuse enveloppe avec au dos l’adresse email de son expéditrice, une certaine Adeline Parmelan. Pensant qu’il s’agit d’un manuscrit, il répond à sa mystérieuse interlocutrice qu’il n’ouvrira pas l’enveloppe puisque lire ce genre de document relève du boulot d’un éditeur et pas de celui d’un écrivain. N’empêche, Pierre-Marie Sotto ne se doute pas encore que ce premier courriel est le début d’une longue correspondance, celle de ce roman épistolaire de près de trois cents pages que nous tenons entre nos  mains…

Les deux personnages principaux se dévoilent peu à peu. Surtout Pierre-Marie, l’écrivain connu et reconnu mais en panne d’écriture depuis plusieurs années. Il a déjà correspondu avec une lectrice, avant Adeline, mais celle-ci est partie en Irlande pour suivre son mari ! Pierre-Marie a cessé de lui écrire car il trouvait que sa prose collait « sans doute trop près à sa réalité » : « Je lui aurais volontiers pardonné de s’inventer un peu. »
Pourtant notre écrivain est celui qui s’invente le moins dans sa correspondance avec Adeline. Ainsi, il lui dévoile pourquoi il a cessé d’écrire et pourquoi, un jour, il a réussi à décrocher le Goncourt. Ben oui : Pierre-Marie a eu une muse en la personne de sa cinquième épouse ! Une belle Italienne, traductrice, qui s’est fait la malle, sans prévenir. Il ne sait pas pourquoi ni même si elle est encore vivante. Depuis, il se morfond et s’ennuie.

Pierre-Marie est un personnage très sincère pour un écrivain. Il ne cache rien. Il va jusque à corriger les inexactitudes de sa vie privée qu’Adeline a trouvé sur Internet : « Marié trois fois ? C’est faux je l’ai été quatre. Et j’ai six enfants » « Ma troisième femme est norvégienne (…) Choc des cultures. Nous nous sommes séparés en bons amis. Nos trois enfants sont bilingues. »

Mais bon, le pauvre gars, maintenant , il est tout seul et en plus il ne parvient pas à écrire !  Adeline lui prend le pouls, tente de lui donner de l’allant :
 » Soyez écrivain dans le silence et le désarroi, soyez écrivain sans un mot, sans une virgule ».
« Depuis quand vos personnages vous emmerdent-ils ? Depuis quand avez-vous perdu votre flamme ? Voulez-vous un briquet ? »
« Tenez, pourquoi n’écrivez-vous pas des histoires pour les enfants ? Vous voilà seul dans votre maison vide (…) avec votre satané chat ».

Adeline, cette mystérieuse correspondante 2.0, sait ménager des surprises à l’écrivain comme au lecteur, parce qu’elle ne manque pas d’imagination et que sa vie est compliquée. Même si elle reproche à Pierre-Marie de la percevoir comme un personnage de roman, elle n’est pas tout à fait innocente dans ce jeu-là, et que son interlocuteur d’écrivain découvre la vérité sur ce qui elle est réellement la terrifie.
« Ce que je voulais dire hier, c’est que je ne suis pas une héroïne échappée d’un roman de Zola ou de Dickens : je suis comme des millions de gens qui se débrouillent avec ce qu’ils ont. » C’est marrant, il a une drôle de bouille son petit ami dans la réalité…

Les deux protagonistes vont finir par s’attendre l’un l’autre sur leur boîte électronique, s’attendre comme on attend la suite d’un feuilleton addictif. Ils vont semer des poussins (comprendre : faire des digressions sur des sujets à évoquer) qu’ils se promettent de récupérer plus tard. Des personnages secondaires apparaissent. Les intrigues se multiplient.

A un moment donné, je me suis demandé comment Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux allaient retomber sur leurs doigts d’écrivain, emportés par leur plume imaginative et percutante : il y avait des poussins partout ! Et l’impression que les créateurs des personnages s’amusaient beaucoup. La fameuse enveloppe a même disparu de la trame narrative, du moins passe largement au second plan. Normal, puisque Pierre-Marie se fait un « film » sur Adeline. Mais finalement, celle-ci le ramène à l’origine de leur rencontre virtuelle, préférant prendre les devants sur la réaction de l’écrivain s’il ouvre l’enveloppe…. Effectivement, on n’est pas au bout de nos surprises !

Evidemment, on imagine que c’est un peu « casse-binette » d’écrire un roman à quatre mains. Il doit falloir vraiment bien s’entendre. Pourtant, ici tout se tient et l’on sent que les deux auteurs se sont beaucoup amusés. Et c’est ce qui ressort de ce roman épistolaire : le fun, sur fond d’histoire d’amitié. Une correspondance truculente, pleine de répliques qui font mouche.

Un roman sur le pouvoir de l’imagination et de la création, où la fin de l’histoire sera d’ailleurs… à imaginer par le lecteur.

Une lecture qui met de bonne humeur.

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Les filles de l’ouragan

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Traduit par Simone Arous

Dana Dickerson et Ruth Plank sont nées le même jour au même endroit : le 4 juillet 1950, dans le New Hampshire. Elles ont été conçues un jour d’ouragan. Elles ne sont pas jumelles, juste « soeurs d’anniversaire ». Leurs familles respectives sont dissemblables. Dana est délaissée par ses parents : sa mère est une artiste pour qui l’art est plus important que ses enfants ; son père est immature et passe son temps enchaîner les projets irréalisables en rêvant de gloire. Ruth est issue d’une famille de gens de la terre qui ont réussi : Farm Plank est réputée pour la culture de la fraise. Un jour, les Dickerson quitte le New Hampshire pour aller s’installer en Pennsylvanie. On peut penser que s’en est fini des liens entre les deux familles, qui avaient l’habitude de se voir une fois par an pour la date d’anniversaire de Dana et Ruth, sous la pression de Mme Plank. Pourtant. Aussi différentes soient-elles, ces deux familles semblent avoir leur destin lié. La vie des deux soeurs d’anniversaire ne sera pas un long fleuve tranquille, mais à l’image de la météo du jour de leur conception…

Nous suivons la vie de Ruth et de Dana des années 50 à nos jours, par un jeu d’alternance de voix narrative. Une manière pour Joyce Maynard de peindre ce coin d’Amérique au fil du temps, d’aborder plusieurs problèmes auxquels seront confrontés les jeunes femmes dans cette Amérique-là, liées par un drame familial dont elles n’ont pas connaissance.
Ruth tombe amoureuse de Ray Dickerson, le frère de Dana, de plusieurs années son aîné. Sa passion pour cet homme ira de paire avec la passion qu’elle se découvre pour la peinture. Elle perçoit la vie à travers le prisme de l’art. Elle goûtera les années hippies, la liberté, l’érotisme, dans une cabane sur une île canadienne, avec Ray,  jusqu’à ce qu’un jour sa mère la ramène brusquement sur terre, brisant son couple, sa vie et son inspiration artistique.
Dana ne s’intéresse pas aux garçons, mais aux filles. C’est une terrienne, jusque dans son apparence trapue. Elle intègre l’Ecole d’agriculture du New Hampshire, fait la connaissance de Clarice qui deviendra sa compagne. Elle perd de vue son frère Ray et prend ses distances avec ses parents qu’elles ne considèrent pas.

Difficile de parler de ce roman sans raconter toute l’histoire!
En tout cas, on ne s’ennuie pas trois minutes et la prose de Joyce Maynard nous fait visiter cette Amérique rurale. Elle aborde des thèmes comme la spéculation immobilière qui n’aura de cesse de harceler les fermiers, de vouloir leur faire vendre leurs terres pour y construire des lotissements ; l’endettement de ceux-ci suite à des années de sécheresse : le père de Ruth a longtemps été fier de pouvoir faire tourner sa ferme sans emprunter un seul dollar aux banques, mais hélas !, son idéal sera mis à mal…
Et puis, être homosexuelle et femme est vraiment quelque chose de tabou, en particulier dans le monde du travail, même s’il est universitaire : Clarice en fera la difficile expérience.

Le mariage hétérosexuel (ça va sans dire dans cette Amérique puritaine !) et les enfants sont le modèle de la famille et la famille prime avant tout dans cette Amérique-là. Même Ruth finira par s’y plier, mais pour combler l’exaltation artistique qui l’a quittée.

Enfin, on en apprend un rayon sur la culture de la fraise, en particulier la naissance d’une nouvelle variété, plus savoureuse et plus résistante ! Tout cela est lié à à l’intrigue, à la famille qui en renaîtra, sous une forme différente, contre vent et ouragan. Sacrée mise en miroir !

Les deux héroïnes sont attachantes, l’histoire ne vous fait difficilement lâcher le roman avant de l’avoir terminé. J’ai vraiment aimé cette saga familiale américaine et j’apprécie vraiment la prose de Joyce Maynard, découverte avec L’homme de la Montagne (merci Festival America !). J’ai adoré l’ambiance rurale de ce bouquin. Le genre de livre qui vous donne envie d’aller cultiver du maïs et des fraises dans le New Hampshire, ça c’est clair !
Le seul reproche que je peux faire qu’on devine peu ou prou l’intrigue bien avant la fin parce qu’il y a trop d’indices pour que l’on n’y pense pas ! Mais en même temps, ce n’est pas tout à fait ce à quoi on s’attend….

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A cause, ou plutôt grâce à ce roman, je vais poursuivre sur ma lancée de découverte de la littérature américaine des grands espaces.

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Nord-Michigan

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Traduit par Sara Oudin

Joseph vit dans une bourgade perdue du le Nord-Michigan, près de la Pine River. Il a 43 ans, tente de s’occuper de la ferme de ses parents. Il est également instituteur, métier qu’il déteste et exerce par nécessité et non par vocation. D’ailleurs, au moment où l’on ouvre le roman, on sait déjà qu’il n’en a plus pour longtemps dans cette école. Joseph est un solitaire. Il préfère la pêche et la chasse à la compagnie humaine. Sauf en ce qui concerne les femmes… Quand une de ses élèves, Catherine, lui fait des avances, au lieu de les ignorer pour éviter les pires ennuis, il fonce sur l’occasion. C’est d’autant plus dangereux qu’il fréquente également depuis toujours (ou du moins une éternité) son amie d’enfance, Rosealee, qui est aussi sa collègue à l’école. Pourtant, il n’envisage pas vraiment de faire sa vie avec elle. Il habite avec sa mère, mourante, et qui décédera au cours de la narration. Quand il n’est pas avec ses maîtresses, Joseph adore également la compagnie d’une bouteille de whisky ou des poèmes de Keats et Witman, un échappatoire efficace.

L’histoire va tourner autour de l’indécision de cet homme à choisir entre Catherine ou Rosaelee. On découvre également au fur et à mesure le passé de Joseph, l’accident qui l’a rendu infirme et inapte à l’incorporation pendant la 2nd Guerre mondiale; ses petits frères et soeurs morts bébés des affres de la diphtérie, toute une histoire de famille douloureuse. Des souvenirs incessants qui hantent Joseph, l’empêchent de vivre et le conduisent à un comportement suicidaire. Bref, vous l’aurez compris, cet homme n’est pas vraiment un gai luron.

Jim Harrison offre une photographie de la vie dans le milieu agricole du Nord-Michigan à la fin des années 50. Le titre original du roman est d’ailleurs Farmer. Je dois avouer que ça ne fait pas très envie ! Entre alcool, ennui profond et dépression. J’ai vraiment eu du mal avec le personnage perpétuellement indécis, trop dépressif à mon goût. J’ai regretté que le roman focalise sur ses relations sexuelles avec Catherine et Rosaelee. J’ai fini par trouver ça indigeste. L’intrigue en elle-même ne m’a donc pas plu.

Par contre, j’ai vraiment apprécié la part belle que fait Jim Harrison à la nature et aux animaux. Des animaux qui paraissent parfois bien plus intelligents que les humains, comme l’anecdote sur un coyote qui roule dans la farine Jospeh, complètement fasciné par l’animal. La forêt est décrite avec un humour et une saveur culinaire sans pareil  :

« Les grouses étaient en somme de somptueux dîners sur pattes qui se baladaient dans la forêt en attendant d’être tuées et mangées. »

Jim Harrison met aussi l’accent sur les origines des gens qui peuplent ce village du Nord-Michigan : le père de Joseph était suédois; le médecin de famille est d’origine galloise. Le machisme des hommes n’est pas en reste : les fermiers considèrent les filles comme des bouches inutiles.

Une peinture sociale qui fait assez froid dans le dos, un roman à l’ambiance étouffante, (peut-être un peu trop à mon goût) malgré la nature sauvage qui peuple les pages. J’ai été un peu trompée sur le sujet par le titre français »Nord-Michigan », assez vague, et la couverture de cette édition de poche. Le roman focalise vraiment sur le personnage du fermier célibataire et dépressif.

C’est le premier roman que je lis de Jim Harrison. Je pense poursuivre malgré tout, puisqu’il est un géant incontournable de la littérature américaine  et que son attrait pour la nature et l’Histoire du Michigan, entre autres, ne peuvent que m’intéresser.

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Adama ou la vie en 3D

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e4Texte : Valentine Goby
Illustration : Olivier Tallec
Cahier documentaire : Catherine Quiminal


4e de couverture :
« 1988, Saint-Denis, en banlieue parisienne. Adama est un collégien d’origine malienne, passionné de musique. Né en France, il ne connaît presque rien du pays de ses parents. Mais le Mali le fascine, et il s’interroge : pourquoi tant de gens veulent quitter ce pays que l’on dit magnifique ? Pourquoi risquent-ils leur vie pour entrer en France et travailler pour un salaire de misère ? Un jour, son père lui annonce qu’il va retourner au pays pour inaugurer une école. Adama rêve de partir avec lui… »

Quant j’ai découvert cette série sur le thème « Français d’ailleurs », ça a fait « tilt » ! Je ne connaissais pas cette série que Casterman réédite au format poche. J’ai donc choisi de recevoir ce livre consacré aux Français d’origine malienne, d’autant que je travaille dans une ville où cette communauté est assez importante. Je me suis dit qu’un petit livre pareil, d’une soixantaine de pages, aurait parfaitement sa place sur les étagères d’un CDI, qu’il saurait attirer les gamins pas toujours prompts à s’approcher d’un bouquin, sauf s’il s’agit d’un manga…. Un roman documentaire qui met en avant la vie et l’histoire de Français dont on parle peu et qu’en général on connaît mal, même si on les côtoie tous les jours.

Côté documentaire, on en apprend vraiment un « rayon » sur le Mali, pays de musiciens et de chanteurs, notamment grâce au dossier à la fin de l’ouvrage sur « L’immigration malienne en France ». Adama, l’adolescent de ce roman porte d’ailleurs le même prénom qu’Adama Drame, le maître du djembé. Un pays multi-ethnique, peuplé de Touaregs, de Maures, et de Peuls (populations nomades qui débordent les frontières du Mali) mais aussi des Bambaras (majoritaires), de Malinkés, de Dogons et de Soninkés. Ces derniers constituent les principaux migrants maliens en France. On apprend pourquoi ceux sont eux qui arrivent dans l’Hexagone. Le Mali, un pays culturellement riche et multi-linguistique.
Une chronologie récapitule les principales dates de l’histoire du pays, depuis la colonisation française en 1880 jusqu’à l’indépendance (1960), l’immigration en vers l’Hexagone, les lois « Pasqua » (1993), la guerre civile actuelle menée par des terroristes islamistes sur une partie du Mali.

Côté fiction (qui sert de support au dossier documentaire de la fin de l’ouvrage), on a affaire à un ado curieux de ses origines depuis le jour où il a vu son ami Ibrahima embarqué par la police. Il cherche à comprendre pourquoi et se met à rêver de partir au Mali. Le jour où son père annonce qu’il repart là-bas le temps d’inaugurer une école, Adama lui demande de l’emmener. Son père fait mine d’établir un deal : pour partir, Adama devra obtenir 12 de moyenne générale. Un ressort narratif qui met un peu de suspense dans le récit mais on se doute bien qu’Adama va partir. Et ce voyage va lui donner de l’épaisseur et une identité et lui permettre de grandir :
« J’ai grandi dans le ventre de ma mère, et son ventre c’est Kayes, et puis j’ai poussé dans la cité, la tour 7, c’est mon ventre à moi, et à l’instant où je parle toutes ces lumières et tous ces ventres se superposent sous mes yeux, faudrait que je la place dans mon devoir, tu vois.
Quelque chose comme : « Cet été, j’ai fait des milliers de kilomètres, j’ai suivi les menottes d’Ibrahima, j’ai traversé le jaune de la carte, je suis retourné dans le ventre de ma mère plein de charters tristes et de terre brûlante, j’ai touché mes premiers seins de fille. Et aussi, j’ai collé en surimpression le profil bleu gaz et nuit de ma mère, et la fenêtre criblée d’ampoules de notre cuisine, tour 7, et dans cette image, je me suis reconnu. » »

Un texte magnifiquement écrit par Valentine Goby, un docu-fiction très riche. Le seul reproche que je peux faire c’est un chouia de manque de suspense dans l’histoire d’Adama pour tenir le lecteur récalcitrant en haleine. On sent bien que c’est l’aspect documentaire qui prime sur le reste.
En tout cas, très intéressant !
Merci aux Editions Casterman !

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Carnets de thèse

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Jeanne est prof dans un collège en ZEP. Jusqu’au jour où elle apprend qu’elle est acceptée en thèse de doctorat. Euphorique, elle se met en disponibilité de l’Education nationale et se lance, sans le savoir, dans l’Enfer.

Cela faisait un moment que je lorgnais sur cette BD, j’ai craqué et je l’ai lue !
Les personnages sont caricaturaux à souhait. Jeanne cumule tous les handicaps et tous les déboires imaginables.
Elle n’est pas financée et accepte donc un poste d’enseignant vacataire, dans un domaine dont elle n’est pas spécialiste, pour en rajouter une couche  : il va falloir qu’elle donne des cours de littérature médiévale alors que sa thèse porte que Kafka ! Mais pour en rajouter encore une couche, l’administration de l’université s’aperçoit qu’elle ne peut pas donner des cours comme vacataire, une fois qu’elle les a donnés ! Ironie du sort, la solution pour manger va être d’intégrer ladite administration !
Le timing pour sa thèse va en prendre un coup, parce que donner des cours, évidemment, demande un minimum de préparation.  Mais travailler toute la journée comme secrétaire, c’est encore plus chronophage !

L’Administration de l’enseignement supérieur est vraiment un alien dans cette BD. Elle ne paie pas. Elle fait des erreurs.Les secrétaires sont des loques impitoyables.

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Et puis, il y a les profs…

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Et puis encore pas de bol pour Jeanne, son directeur de thèse est un fantôme

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Piètre personnage là aussi.

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Et puis au milieu de tout ça, il y a Jeanne qui se débat avec sa thèse proprement dite (son plan, ses fiches de lecture, une rédaction qui est aussi bordélique que sa tête), et qui se fait larguer par son petit ami qui a l’impression de faire un ménage à trois avec Kafka. Sans parler de ce que pense la famille qui ne comprend pas pourquoi Jeanne fait une thèse en littérature : ça va changer quoi au monde, hein ? Par contre, les thésards scientifiques, c’est du caviar !
Sans parler des normaliens à l’ego démesuré, chouchoux des directeurs de recherche, qui font de l’ombre aux autres thésards (mais ne s’en font pas moins exploiter).

J’ai globalement bien aimé cette BD qui m’a fait rire et sourire par son caractère outrancier et caricatural – où perce quand même une certaine vérité, même si ce n’est pas très glorieux. Elle a le mérite de mettre le doigt là où ça fait mal. Mais je n’ai eu aucune bonne  surprise. J’ai donc fini par m’ennuyer un peu.

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Comme son ombre

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A travers les mots de Matthieu Farcot

Charlie Flint est psychiatre et enseignante à l’université d’Oxford. Du moins était. Une sombre affaire de meurtre, une erreur de jugement de sa part, lui a valu sa carrière. Un jour elle reçoit dans une enveloppe des coupures de presse relatant l’assassinat de Philip Carling le jour de son mariage avec Magda. Celle-ci est la fille de la responsable adjointe du département de philosophie, Corinna Newsman, elle-même ancienne tutrice de Charlie au collège St Skolastika de l’université d’Oxford quand elle était étudiante. Charlie a toujours eu de l’admiration pour cette femme de bien des points de vue… Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts et Charlie est en couple avec Maria. Seulement voilà, elle en pince pour une certaine Lisa Kent. Universitaire elle aussi dans le « psy ». Quand elle reçoit la mystérieuse enveloppe, avec son imagination débordante, Charlie pense que c’est Lisa qui lui a envoyée. Et c’est le début d’une histoire qui va lui réserver bien des surprises, la renvoyer des années en arrière, le jour du décès d’une étudiante à Oxford. Tout ce remue-ménage intérieur va l’obliger à revisser sa casquette de profileur pour la police, à titre officieux. Elle va rencontrer une certaine Jay Stewart, qui a fait fortune via l’économie numérique en éditant des guides de voyage 2.0. Jay a également profité de la mode littéraire britannique des « mémoires d’infortune » pour raconter sa vie au grand public. L’occasion d’un succès retentissant. Mais comme tout est compliqué, Jay est aussi en couple avec Magda.
Une enquête qui va mener Charlie au bout d’elle-même.

Quand on s’engage à lire un Val McDermid, si on connaît un peu, on sait que ce n’est pas du polar bâclé et vite écrit. Sérieusement, je ne sais pas combien de temps elle a mis pour écrire ce pavé de plus de 500 pages en édition de poche, mais il fait fumer vos neurones ! Il y a beaucoup de personnages dès le début et tous demandent toute votre attention pour ne pas vous noyer. Mais on s’y fait et on parvient à prendre ses repères et à se mettre dans les rails du récit. Ou plutôt des récits. Parce qu’on lit les aventures de Charlie qui se déroulent sur une semaine, où pendant ce temps, Jay écrit la suite de ses mémoires d’infortune pendant que Charlie elle-même dévore, captivée, le premier volume mémoires de Jay. Le problème c’est qu’elle soupçonne cette femme d’être l’assassin de Philip Carling. C’est du moins ce dont est absolument convaincue Corinna, que Magda accuse d’homophobie.

Je dois avouer que ce polar m’a surprise. Je ne m’attendais pas du tout à cet univers lesbien et à la dimension « romance » qu’il comporte, sur fond de meurtres. Toutes les femmes de ce roman sont homosexuelles (sauf Corinna). C’est qui est étonnant, c’est que la quatrième de couverture du bouquin n’y fait absolument pas référence. Pourtant, ça pèse sur toute l’histoire. Pourquoi le mari de Magda a-t-il été assassiné ? Pourquoi Magda est en couple avec Jay alors qu’elle avait épousé Philip ? Charlie se débat avec ses sentiments : quitter Maria pour Lisa ou pas. Lisa joue avec les sentiments de Charlie en s’affichant avec Kathie. Corinna dit qu’elle n’est pas homophobe mais ça ne l’empêche pas de tout faire pour essayer de séparer Jay et Magda, quitte à persuader Charlie que Jay est une serial killeur : pourquoi un certain nombre de jeunes femmes ont-elles trouvé la mort en présence de Jay ?

Le thriller psychologique en lui-même est fascinant et machiavéliquement construit. Si au début tout a l’air clair, au fil des pages, on se met à douter de la noirceur des uns et de la blancheur des autres. Et puis il y a du gris. Val McDermid est de ce point de vue un redoutable écrivain qui arrive à vous retourner la tête sans que ce soit abracadabrant. Elle va même au-delà de vos surprises. Pas de sang en direct (deux coups de bombe lacrymogène), juste des faits rapportés et quand même un cadavre dans un placard (enfin, pas tout à fait un placard, mais je ne peux pas en dire plus sous peine de spoiler). Un polar de manipulations en cascade. Val McDermid interroge à la perfection la notion de culpabilité et les conséquences de nos actes sur autrui. Elle pointe aussi du doigt l’homophobie d’une certaine intelligentia qui s’en défend et des ravages dans les esprits de la religion et autres sectes à cet égard.

Contre toute attente, on se fait même une escapade sur l’île de Skye, comme pour s’aérer les neurones du milieu universitaire psychotique oxfordien. Un petit road trip le temps d’un week-end, avec Charlie et Maria, pour voir à quoi ressemble le « kiff » des alpinistes britanniques : la chaîne des Back Cuillin et son Sgurr Deag avec son « Pic In » (Pic Inaccessible). C’est là que j’ai retrouvé mes copains les midges remarquablement transformés en « moucherons » (sourire). J’ai tout un nuage qui me suit depuis Peter May (et même depuis Sans laisser de traces, le dernier Val McDermid que j’ai lu, où ils sont gentiment restés  midges avec une note en bas de page). Ca mérite presque une thèse du genre : « De la représentation du midge dans les romans écossais traduits en français ». En vrai, ça occupe même pas la moitié d’une ligne dans le roman mais compte tenu de ma lecture précédente, ça m’a fait sourire.
Une escapade très réussie, avec Charlie qui lit le roman de Jay, en particulier le passage où celle-ci évoque l’accident de montagne qu’elle a eu avec une de ses collaboratrices. En tout cas, sachez que « quand on aime grimper sur la neige et la glace, il n’y a rien de tel au Royaume-Uni que la chaîne des Cuillin en hiver. Rien. C’est le plus grand défi hivernal pour les alpinistes britanniques ».
Une bouffée d’oxygène écossaise, mais sur fond de mort quand même….

Heureusement, il y a aussi pas mal d’humour dans ce thriller psychologique. Notamment à travers le couple Charlie-Maria qui vaut quand même son pesant de cacahuètes :
« Comme toujours, Maria tartinait de Marmite ses toasts aux céréales. Elle désigna avec son couteau la grande enveloppe matelassée posée à côté de l’assiette de Charlie. « Le facteur est passé. Je ne comprends toujours pas pourquoi tu as arrêté les cornflakes pour ces trucs, ajouta-t-elle en pointant son couteau vers les barres de céréales. On dirait des protège-slips pour masochistes. » »
Quand Charlie raconte ses lectures c’est quelque chose :

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Il y a une habile mise en abyme des personnages du lecteur et de l’auteur sachant maintenir le premier en haleine dans ce roman. Charlie découvre stupéfaite qu’elle adore Jay-écrivain et que celle-ci a un talent dingue pour rendre les gens « addict » à ses mémoires.

On s’attache facilement à l’héroïne. Elle a un côté roublard mais un coeur en or, quitte à se planter une fois de plus.

Le seul reproche que je peux faire à ce livre, c’est quand même quelques longueurs dues aux tergiversations sentimentales de Charlie. Ca finit par ennuyer. Même s’il y aura, ironiquement, plus obsessionnel qu’elle.

Un thriller psychologique façon brainstorming, à la fois noir, suffocant, mais non dénué d’humour, diaboliquement construit. On comprend le titre français à la fin.
Une lecture surprenante et hors du commun.

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L’île du serment

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 A travers les mots de Jean-René Dastugue

Peter May renoue ici avec son sujet de prédilection : l’Ecosse des îles. Ce roman sommeillait dans ma liseuse depuis sa sortie en septembre dernier et je me demande maintenant pourquoi je ne me suis pas jetée dessus tout de suite ! Un bon gros pavé bien tourbé en dépit de ce que peut laisser penser l’évocation de l’archipel québécois de La Madeleine….

Sime est un flic québécois anglophone mais aussi francophone. Il est envoyé enquêter sur l’île d’Entrée où les gens parlent exclusivement la langue de Shakespeare, parce que tous ont des racines écossaises, comme Sime. Tous ses collègues sont francophones mais ce n’est pas un problème.
Un meurtre a eu lieu sur cet îlot de l’archipel de la Madeleine (2 kilomètres de large sur 3 de long, on a vite fait le tour!). Tout de suite, avant même d’avoir les preuves, la police pense que la coupable est Kirsty Cowell, l’épouse de la victime. Mais Sime est persuadé du contraire. Pourtant rien n’est rationnel, tout relève du sentiment, de l’intuition : quand Sime rencontre Kirsty, il pense la connaître depuis toujours. Pourtant, ce n’est pas réciproque.

Sime est insomniaque et se remet difficilement de son mariage raté avec Marie-Ange, de surcroît sa collègue de la police scientifique, présente sur les lieux. Dépressif et insomniaque, pour un flic ça n’aide pas à y voir clair, d’autant que ce qui se passe à côté de l’enquête va prendre de plus en plus d’importance, jusqu’à presque faire oublier au lecteur la raison d’être de Sime sur l’île…
En effet, Sim est insomniaque, mais parfois il ferme quand même les yeux. Pourtant ses rêves le laissent sur les genoux au réveil : il revit les histoires racontées par sa grand-mère, à propos de son arrière arrière arrière grand-père, originaire de l’île d’Harris et Lewis en Ecosse.
Au fil du roman, le récit « écossais » prend de plus en plus d’importance et vous fait quitter le Québec du XXIe siècle pour vous plonger de l’autre côté de l’Atlantique, au milieu du XIXe siècle, au temps de la famine de la pomme de terre.

Deux récits dans le roman qui ne sont reliés que par les personnages de Kirsty et Sime. Et par des bijoux en cornaline ornés d’emblèmes. Peter May maintient  un double suspense : celui du meurtre sur l’île d’Entrée et celui qu’on pourrait appeler le « mystère de Kirsty ».
Mais en plus, ce roman est aussi un magnifique documentaire sur la dépossession et la déportation de milliers de paysans écossais gaélophone vers le Québec. Le tout corolé à une famine fabriquée de toute pièce pour tenter de les exterminer. Un passage très émouvant évoque Sime qui court après un cerf blessé pour tenter de nourrir sa  famille alors que des nobles coursent ce même cerf juste pour s’amuser, rapporter un trophée !
Dans le roman, il y a un type vraiment pas sympa qui sera à l’origine de tous les malheurs du Sime du XIXe siècle : un certain James Matheson, marchand originaire de Glasgow ayant fait fortune grâce au commerce du tabac, du coton et du sucre après la guerre d’indépendance américaine. En 1847, il rachète toute l’île de Lewis pour 190 000 livres.  Il dispose de tout ce qui est dessus comme il l’entend : bêtes, maisons, humains, terres. Un jour, il décide de vider le village de Bail Mhanais, parce que Sime fréquente sa fille Kristy.

Une page de l’histoire de l’Ecosse qui indigne devant le sort réservé aux paysans, chassés de leurs terres, affamés, obligés de s’embarquer, pour survivre, vers le Québec, parce qu’un mouton vaut plus que leur tête. Le voyage est décrit avec toute son horreur. Le sort réservé aux malheureux survivants de la diphtérie n’est pas vraiment réjouissant ni des plus accueillants. Pourtant, malgré et contre tout, ils parviendront à apporter leur pierre à l’édifice de leur nouveau pays : le Canada.

Un très bel hommage à ces gens !
On sent bien que l’intrigue du meurtre sur l’île d’Entrée n’est qu’un prétexte à l’évocation de cette page d’Histoire, même si tout se tient parfaitement et que les deux récits se rejoignent, le tout saupoudré d’un zeste de romantisme. Je suis partie très loin avec ce livre, le genre de bouquin qui vous déconnecte complètement du monde réel et vous fait râler si votre lecture est interrompue par une irruption du réel dans votre fiction (comme un horrible téléphone qui se met à sonner !). Et il y a une surprise : il faut aller absolument au-delà du mot « FIN » (présence incongrue de ce mot dans un roman que l’on ne comprend que lorsqu’on le dépasse…).

Bref un coup de coeur pour moi !

Bon, ensuite il ya quand même des choses qui n’incombent aucunement à Peter May mais à  l’éditeur et qui m’ont fait grogner :

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Pas besoin de commentaires…

Et puis un autre truc, plus personnel : l’irruption d’attaques de simulies dans le récit écossais du roman. Sérieusement, vous savez ce que sont des simulies ? Parce que moi non et j’ai fait le test sur plusieurs Français et une Québecoise, ce n’était pas plus concluant. Je pense que le mot original était midges. Si on prend le dictionnaire Harrap’s (pas toujours le meilleur, je sais, mais bon…) midge est traduit par « moucheron ». En Ecosse, en Irlande, un midge est un minuscule moucheron qui pique comme un moustique. Midge pour moi, ça sent les lacs et la tourbe. Je le considère comme intraduisible sous peine de plomber l’ambiance. Ca fait presque partie du patrimoine écossais au même titre que les backhouses (humour, hein!). Simulie, ça peut vous embarquer dans des zones tropicales… Il faut avoir subi les attaques des midges pour savoir vraiment ce qu’est cette besiole qui doit avoir des gènes de vampire (je peux donner des lieux où se faire vampiriser en Irlande pour ceux que ça intéresse !!) . Et comme on raconte en Irlande : « un midge tué et ce sont des centaines qui viennent à l’enterrement. » Tout ça pour dire qu’un midge vaut une note en bas de page pour expliquer la bestiole. 🙂
(Je ne critique que très rarement les traductions parce que je n’y connais rien et que c’est un sacré boulot – sauf si vraiment ça me saute à la figure).

Je pense que je peux conclure en disant que c’est une lecture où je ne me suis pas ennuyée trois secondes !

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Un hiver en enfer

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Edward habite à Ville d’Avray, dans la banlieue chic de Paris. Il fréquente en guise de lycée, un institut privé catholique de Rueil Malmaison. Il est issu d’un milieu aisé : son père est riche et connu, sa mère est une ancienne pianiste à succès qui a arrêté sa carrière à la naissance de son fils.
Tout pourrait aller pour le mieux pour cet ado qui semblent à l’abri des soucis matériels. Pourtant la vie d’Edward n’est pas un un long fleuve tranquille : sa mère est maniaco-dépressive et le néglige ; le gamin est atteint de la maladie des Troubles Obsessionnels Compulsifs : ses stylos doivent être alignés dans un certain ordre sur sa table pour qu’il puisse se concentrer sur un travail ; pour son handicap, Edward est surnommé « Ed le Taré » par une bande de racaille qui lui pourrit sa scolarité depuis qu’il va à l’école.

Evidemment,  Edward est tout sauf quelqu’un d’idiot mais c’est un adolescent très fragile et peu sûr de lui. Son univers déjà fragile s’écroule du jour au lendemain le jour où ses parents ont un accident de voiture : son père qu’il adulait à défaut de pouvoir aduler sa mère qu’il déteste, décède. C’est le début d’une descente en enfer et d’un thriller palpitant : sa mère sort soudain de sa dépression et devient une mère aimante, trop aimante : possessive. Les adultes en qui Edward avaient confiance disparaissent les uns après les autres mystérieusement. Edward voit rouge : pour lui sa mère est une tueuse ! Pourtant les psychiatres mettent les croyances d’Edward sur le trauma du décès de son père. Où est la vérité ? Edward est-il fou ? Sa mère est-t-elle vraiment cinglée ? Il faut dire qu’Edward, depuis la mort de son père, est devenu quelqu’un de violent,  ce qui ne l’aide pas à être pris au sérieux dans ses propos.

Jo Witek joue avec les nerfs du lecteur pendant longtemps avant que la vérité ne se fasse jour. J’ai longtemps douté sur ce que fait la mère d’Edward, selon les dires de ce dernier, on a du mal à y croire parce que c’est dingue (mais en même temps, on sait qu’il existe des mères qui tuent leurs enfants aussi et que la dépression peut engendrer des comportements déviants).
Et puis, au bout d’un moment, effectivement on se dit que la mère du gamin est complètement barrée (je ne dirai pas pourquoi, évidemment !). Pourtant, une grosse surprise attend le lecteur, une très grosse surprise (là non plus je ne peux pas dire laquelle !), révélée grâce à l’enquête de Garideau, une inspectrice de police qui fera tout pour ré-ouvrir le dossier de l’accident des parents d’Edward. Et heureusement, celui-ci a aussi un ami, un vrai, un génie, qui fera jaillir la vérité.

J’ai vraiment adhéré au suspense et dévoré ce bouquin. La chute de l’intrigue m’a vraiment surprise. Néanmoins j’oscille entre deux sentiments : c’est possible, mais tout de même, n’est-ce pas un peu invraisemblable ?

Mais à part cela, un roman réussi qui aborde la maltraitance enfantine, le choc post-traumatisme chez l’adolescent, la folie (où commence-t-elle, d’ailleurs ?), le harcèlement scolaire, la jalousie, l’injustice, la dépression. Le tout dans un milieu social favorisé et une banlieue  dite « chic ».

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A la poursuite du Grand Chien Noir

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A travers les mots de Marie Hermet
Illustré par Chris Judge

Simon et Gloria vivent avec leurs parents à Dublin. Ils ont un oncle qu’ils adorent, oncle Ben.  Un jour leurs parents annoncent qu’Oncle Ben va venir vivre avec eux, « le temps que les choses s’arrangent pour lui ». Oncle Ben a des soucis à cause de la récession qui ravage le pays. Les chiens de la ville ont senti le vent venir avant tout le monde, ou plutôt le Grand Chien Noir. Une drôle de chose arrivée dans la nuit, « dans un nuage – en fait c’était lui, le nuage ». Une drôle de chose qui « prit peu à peu la forme d’un chien et la forme de chien devint un chien ». Rien à voir donc avec les sarcastiques chiens de Dublin (oui, « les chiens, surtout à Dublin, sont facilement sarcastiques. Vous n’avez qu’à bien écouter leurs aboiements, en particulier le matin, vous verrez ») !
La vie familiale de Simon et Gloria va être chamboulée : Gloria doit partager sa chambre avec son grand frère et dormir sur un matelas à même le sol. Même si elle adore Oncle Ben, son lit et sa chambre lui manquent ; Simon n’apprécie pas trop de devoir dormir dans la même pièce que sa petite soeur, même si c’est quand même bien rassurant pour un gamin qui a peur du noir. Oncle Ben est triste, leurs parents semblent inquiets. Les soirées se remplissent de chuchotements et de murmures. Les deux gamins tentent de percer le mystère de tout cela et un jour, ils entendent leur grand-mère déclarer que « le Grand Chien Noir de la Dépression s’est installé sur les épaules » de Ben. La grand-mère n’en est pas à sa première rencontre avec ce chien là, mais elle ne l’a pourtant jamais vu aussi féroce et virulent. Toute la ville est atteinte : le Grand Chien Noir a tout simplement volé le coeur à rire de Dublin.
Les enfants se sauvent dans la nuit pour attraper le Grand Chien Noir et récupérer le coeur à rire de la ville. C’est le début d’une trépidante aventure, fantastique à souhait mais dans un contexte très réel et contemporain. L’occasion d’un road trip dublinois nocturne peuplé de mots aux pouvoirs magiques, de rires, de frissons et d’animaux qui parlent.

Les vrais animaux de Dublin, qu’ils soient sauvages ou domestiques sont tous adorables.

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Lui, c’est Fang, un gentil bâtard énorme mais inoffensif. Fang est un chien « trop content » pour être le Grand Chien Noir. Il a une manière bien particulière de manifester son enthousiasme  (allez, je le dis : il pète) ! Un chien anglais ne ferait jamais ça, mais n’oubliez pas, vous êtes à Dublin !

Et quand on est à Dublin, on ne peut pas faire l’impasse sur les mouettes, à moins d’être sourd et aveugle. De vrais petits soldats qui aideront Simon et Gloria, et tous les gamins de la ville qu’ils entrainent dans leur aventure, à combattre le Grand Chien Noir de la Dépression.

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Au Zoo de Phoenix Park, on croise Kevin le suricate sautillant qui encourage tout ce qu’il peut les gamins.

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On rencontre même un troll, sous le pont de bois de Bull Island,  dont le Grand Chien Noir a déprimé sa maman !

Les animaux et les enfants sont les héros de Roddy Doyle. Grâce à eux, le lecteur se paie de bonnes tranches de rire dans une cavalcade nocturne un peu loufoque, qui semble sans fin, à travers les rues de la ville, puis les docks, la plage, Clontarf… (il y a même un gentil faux vampire dans l’équipe!).

Et puis il y les batailles de mots magiques, presque dignes d’un bataille de Clontarf !
Le mot magique le plus célèbre en Irlande  est traduisible par Génial (en VO, brillant), que les Irlandais vous servent à toutes les sauces et toutes les occasions. Un mot chargé d’optimisme et d’humour, un mot qui fait rire, qui illumine la vie les visages. C’est LE mot des enfants de Dublin pour combattre le Grand Chien Noir. Le mot qu’ils vont hurler et brailler dans les rues noires. Un mot chargé d’énergie positive et de joie de vivre que le Grand Chien Noir de la Dépression déteste. Un mot qui les entraînera à faire des concours d’expressions loufoques pour garder le moral.

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Le Grand Chien Noir, son expression à lui, est tout le contraire de « génial » : c’est « Bons à rien », « nuls » . L’insulte pour tenter d’atteindre psychologiquement les gens qui finissent par croire, effectivement qu’ils le sont. L’expression consacrée pour tuer. Une expression noire, méchante, toute moche. A l’image du Grand Chien Noir

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Un roman bourré d’humour, joliment illustré qui fait la part belle à l’avenir de l’Irlande : les enfants.

Un roman original dans sa conception, un peu foufou – mais ça c’est totalement irlandais ! Une belle manière d’expliquer la crise économique aux enfants, avec humour et une touche d’optimisme non négligeable.  Un roman dublinois d’ailleurs dédié aux mouettes de Dublin.

Maintenant, il ne me reste plus qu’à retourner visiter Dublin pour la énième fois, et à écouter attentivement tous les chiens, les mouettes, les flamants roses et les suricates…

Il se trouve que j’avais acheté ce roman avant même de savoir qu’il serait publié en France. Je l’ai donc lu deux fois et je me suis éclatée deux fois, comme une gamine !
Roddy Doyle vous donne le coeur à rire, le coeur à rire de Dublin !

Un joli livre jeunesse pour la rentrée littéraire.

A lire de 10 à 110 ans.

Mille mercis à Flammarion Jeunesse pour l’envoi du livre.

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