Terrienne

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Etienne Virgil, écrivain, prend en stop Anne Collodi, 17 ans. Il la trouve étrange par ses questions directes et très personnelles. Elle lui dit se rendre à Campagne. Etienne la dépose à un croisement. Intrigué, il refait la route dans le sens inverse sans retrouver ledit croisement. Etienne est quelqu’un de rationnel, il croit à peine à ce qu’il écrit dans ses romans, alors dans la réalité…
Anne Collodi cherche sa soeur Gabrielle, disparue mystérieusement il y a un an juste après son mariage avec un type étrange. Gabrielle n’a laissé aucune trace. Pourtant, un jour alors qu’elle écoute NRJ, Anne reçoit un message par ondes radio de sa soeur.
C’est le début d’une folle aventure dans un univers parallèle, immatériel, un autre espace-temps peuplé de gens qui ressemblent aux humains, mais qui justement sont dépourvus d’humanité. Un monde où tout est aseptisé et désincarné. Dans cet ailleurs, on ne respire pas, on vit en apnée perpétuelle ; on ne rit pas, on cliquète. On ne se mouche pas, on ne tousse pas, on n’achète rien. On mange des choses insipides. Un monde sans surprise où tout est programmé et sous contrôle, depuis la conception in-vitro entre deux « compatibles », jusqu’à la mort, par crémation. Un monde où l’on finit par mourir d’ennui et non de maladie. Un monde uniformisé, jusque dans les vêtements. Aucune originalité n’est bien vue. Pour Halloween, on se déguise en Terrien : cet être sale et puant, infesté de microbes et aux moeurs bestiales…

Jean-Claude Mourlevat propose ici un bon gros pavé où l’on ne s’ennuie pas trente secondes : on pénètre avec un mélange d’effroi et de curiosité dans cet univers cauchemardesque. J’ai aimé le clin d’oeil à La Barbe Bleue (annoncé dès le début du roman) : l’héroïne s’appelle Anne et cherche sa soeur prisonnière d’un homme puissant qui se débarrasse des femmes qu’il fait capturer dès quil s’en lasse. J’ai aimé aussi l’allusion à l’auteur de Pinocchio, puisque l’héroïne a pour nom de famille Collodi et fait elle-même référence à la notoriété de son nom. Sans parler du personnage de l’écrivain (dépressif) auteur du Saut de l’ange. Le lecteur, à l’instar de l’héroïne, exécute ce saut, se prend au jeu de la fiction avant de repasser la frontière psychologique qui le sépare du monde réel. Une dose de physique quantique saupoudré d’humour  et le tour est joué.

Vraiment une belle découverte qui convertira les réfractaires à la science fiction les plus aguerris.
Mais attention, la réalité dépasse parfois la (science) fiction ! C’est aussi ce que suggère le roman en filigrane …

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Le chat qui ne mangeait pas de souris

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Illustration : Barry Moser
Traduction : Marie Hermet

Skilley est un chat des rues de Londres : un bon gros matou bien égratigné, la queue définitivement tordue par une porte. Son plus farouche adversaire est… un autre chat londonien, une racaille rousse et borgne au nom explosif : Pinch.
Dans Fleet Street, il y a l’auberge la plus réputée de toute l’Angleterre victorienne : Ye Olde Cheshire Cheese. Comme son nom l’indique, on peut y déguster le fameux Cheshire. On y croise aussi un fameux écrivain, M. Charles Dickens, qui a l’habitude de venir y gribouiller les premières pages de ses romans qu’il n’arrive jamais à commencer (mais aussi Thakeray ou Wilkie Collins)…
C’est aussi là qu’a élu domicile tout un escadron de souris, au grand désespoir de M. Henry, le propriétaire de l’auberge. Il est en quête d’un chat qui pourra chasser toutes ces dévoreuses de fromage. Skilley, SDF très intelligent, se débrouille pour se faire sa place de chat (chasseur de souris) au Ye Olde Cheshire Cheese. Seulement Skilley cache un lourd secret qui lui fait honte, que Pip, une petite souris intello et orpheline devinera sans peine. Et c’est le début d’aventures aussi fabuleuses que farfelues, qui, je vous le garantis, fera votre bonheur de lecteur, quel que soit votre âge !

J’ai découvert ce livre par hasard, au gré de mes pérégrinations en librairie. En quête d’un cadeau. La couverture m’a tout de suite attirée à cause du chat (j’aime les chats! ). J’ai ouvert le roman et mes yeux ont dû s’arrondir de surprise. En feuilletant je suis tombée sur de jolies illustrations so english. J’ai lu le résumé qui évoque une histoire de chat. Il ne m’en n’a pas fallu plus pour embarquer le bouquin.

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Un roman où les héros sont des animaux doués de parole et de raison. Et pas qu’un peu. Il va leur falloir une sacrée dose d’ingéniosité pour cacher le secret de l’un et trouver un stratagème pour aider une créature emblématique de la Tour de Londres (mais je ne peux pas vous révéler son identité sous peine de spoiler). Leur ennemi commun ne sera pas tant les hommes que l’affreux Pinch, prêt à tout pour arriver à ses fins : manger des souris et se débarrasser de Skilley. La seule chose que tout ce petit monde animalier n’a pas remarqué (ou si peu), c’est cet écrivain barbu en quête d’inspiration… Cela leur réservera une surprise de taille. Et au lecteur aussi !

On ne rate pas une miette (de fromage) de tout le petit manège qui se déroule sous nos yeux : on s’en délecte ! Je suis tombée raide dingue de cette histoire, racontée avec beaucoup d’humour, au texte soigné et ciselé mais aussi joliment illustré. Une histoire d’amitié (soi-disant) impossible entre un chat et une souris, où parfois tout part « complètement en quenouille« , dans un suspense haletant. Puis ça rebondit. Dans la typographie et dans les mots (apprêtez-vous à tordre le cou parce que les auteurs se sont beaucoup amusés).  Il y a des rumeurs de fantômes, il y a le Londres des bas-fonds victoriens, dans ce roman hanté par Dickens tant dans l’auberge que dans le texte. Un roman à plusieurs niveaux de lecture que les fans de Dickens repéreront rapidement..
En tout cas, vous ne regarderez jamais plus votre chat de la même manière et si une souris court à travers la maison, il y a de fortes chances que les deux soient des amis pour la vie…

Sincèrement, je nourris de grandes espérances quant au devenir de ce livre !
Un petit bijou et un coup de coeur.

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Debout-payé

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4e de couverture : « Debout-payé est le roman d’Ossiri, étudiant ivoirien devenu vigile après avoir atterri sans papiers à Paris en 1990.
C’est un chant en l’honneur d’une famille où, de père en fils, on devient vigile à Paris, mais aussi en l’honneur de la communauté africaine avec ses travers, ses souffrances et ses différences.
C’est l’histoire politique d’un immigré et du regard qu’il porte sur notre pays, à travers l’évolution du métier de vigile depuis la Françafrique triomphante jusqu’à l’après 11-septembre.
C’est enfin le recueil, sous forme d’interlude, des choses vues et entendues par l’auteur lorsqu’il travaillait comme vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Elysées.
Une satire à la fibre sociale et au regard aigu sur les dérives du monde marchand contemporain, saisies dans ce qu’elles ont de plus anodin – et de plus universel. »

Sortie d’abord discrète début septembre 2014 (aucun media professionnel n’en a parlé, dans tout le tintoin de la rentrée littéraire), ce bouquin a connu un succès fulgurant au point d’être en rupture de stock un peu plus d’une semaine après sa sortie. C’est suite à une interview de l’auteur sur France Inter et quelques éloges sur Facebook que j’ai décidé de le lire. Pourtant j’ai cru que je n’y arriverais pas : j’ai écumé 3 librairies, une grande surface (ok, on peut rêver!) et ratissé le web : c’était : « niet, y’a plus » ou alors des petits malins qui essayaient de se faire du fric sur le dos des lecteurs. Je dois mon salut à un libraire de Rennes mais si j’avais patienté une semaine de plus, j’aurais pu le trouver à peu près partout. Parce que maintenant toute la presse en parle  et il a fait l’objet d’un nouveau tirage. Il a été dit tellement tout que je ne vois pas bien ce que je vais pouvoir ajouter, surtout que la quatrième de couverture dit l’essentiel…

Je vais dire que c’est caustique, poil à gratter à souhait, truculent. On lit ce livre avec des sourires et des rires francs. La société de consommation et la communauté ivoirienne de Paris sont décortiquées par le regard acide d’un vigile qui n’a pas les yeux dans sa poche ni les oreilles d’un sourd. L’écriture est vive et inventive, parsemée de parler ivoirien (« Moi je n’achète pas les jeans wôrô-wôrô qui vont se gâter vite là! ») . On se délecte des observations décapantes d’Ossiri. Elle sont entrecoupées par le récit de l’immigration africaine en France des années 60 à l’après-11 septembre : on assite à la création du statut de « sans-papiers » due à la création de la carte de séjour par un certain Poniatowski ; au petit « trafic » entre Ivoiriens pour le métier de vigile en France jusqu’à son éradication due indirectement à la tragédie du 11-Septembre et à la montée de la paranoïa; on revit même la très médiatique occupation de l’église Saint-Bernard représentée par ce qui sera l’icône du sans-papier : un Sénégalais, un certain Mamadou qui « s’appelait Diop en réalité mais un négro, ça s’appelle Mamadou, c’est plus simple et plus facile à prononcer. Il avait une bonne tête le Mamadou, et il parlait français sans un trop fort accent et beaucoup mieux que la plupart des analphabètes avec lesquels il s’était fourré dans la chapelle ». « Depuis lors, à chaque nouvelle expulsion médiatisée, tout le monde rêvait d’être The Mamadou : syndrome MSB, Syndrome Mamadou de Saint Bernard« , parce que l’histoire de Mamadou se « conte-de-fée-isa » : il obtint des papiers comme par magie et « gagna des millions de francs bien français dans une étrange histoire de plagiat de nom de domaine avec Vivendi Universal ».
Une petite pensée pour les habitants d’une certaine ville pas si loin de chez moi et je sais maintenant qu’on n’a pas idée d’avoir les yeux verts parce que certains monstres des contes africains ont les yeux verts !

Un livre qui sort de l’ordinaire en pleine rentrée littéraire.
La seule chose qui m’a déplu c’est la jaquette (oui, je sais, je suis pénible !) mais j’ai apprécié toute l’originalité de la couverture couverte de texte et le verso de la jaquette,

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ainsi que « l’achevé d’imprimé » :


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🙂
(Ed. Le Nouvel Attila)

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Le bonheur de A à Z

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Traduit par Marie Hermet

Candice Phee vit à Albright, petite ville près de Brisbane en Australie. Elle a douze ans et n’a pas d’amis dans sa classe ni en dehors. Les autres élèves la surnomme « gogolita ». Pourtant Candice n’est pas du genre à se plaindre et se trouve très bien toute seule. Elle n’aime pas beaucoup parler. Elle préfère écrire des mots sur un bout de papier quand elle estime que c’est trop compliqué pour elle de s’exprimer oralement.  Un jour, un nouvel élève arrive dans la classe. Son nom : Douglas Benson. Celui qui brisera la routine de sa vie et la sortira de son isolement. C’est aussi le moment que choisit Miss Bamford, la prof de français, pour donner un devoir à la maison : « écrire un paragraphe de [sa] vie pour chaque lettre de l’alphabet. Vingt-six paragraphes au total, commençant chacun par une lettre de A à Z ». Son devoir, le lecteur l’a entre les mains. Et quel devoir !

Parce que Candice est tout sauf bête. Elle a même une intelligence qui semble largement supérieure à la moyenne. Elle est juste différente et a conscience de sa différence. Elle scrute le monde qui l’entoure avec précision mais avec une perspective particulière qui n’appartient qu’à elle. Son oncle, elle ne l’appelle pas « tonton » mais systématiquement « Riche Oncle Brian » alias « ROB ». Douglas est « Douglas Benson d’une Autre Dimension ». Parce que Douglas est persuadé de venir d’un autre monde, un monde alternatif d’une autre dimension. Ses vrais parents seraient ailleurs. Ici, ce ne sont que des fac-similés de parents qu’il a à la maison…
Candice est d’une franchise à toute épreuve. Douglas Benson d’une Autre Dimension va pouvoir s’en rendre compte dès les premiers mots échangés :
 » – Tu peux garder un secret ? a chuchoté Douglas Benson.
– Non, j’ai dit en chuchotant moi aussi.
– Oh.
J’ai repris mon travail. Un minute plus tard, nouvelles tapes sur le bras.
– Même pas un peu ?
– Non.
– Oh.
Il y a eu un troisième essai.
– Tu veux que je te dise mon secret quand même?
– Non.
– Oh. »
Douglas Benson d’une Autre Dimension la trouve bizarre et pour lui ça tombe bien parce que lui aussi se considère comme bizarre. « On pourrait être amis. Des amis bizarres. » Et les voilà les meilleurs amis du monde de cette histoire bourrée d’humour.

On découvre peu à peu que la famille de Candice s’est fracassée en plein vol suite à un drame dont ses parents ne parviennent pas à se remettre. On découvre que c’est aussi ce drame qui a fait de Candice ce qu’elle est actuellement. On découvre une famille où il y a de la jalousie et des rancoeurs. Une famille où le bonheur semble avoir fui pour toujours.
Douglas Benson s’est aussi fracassé la tête et depuis il n’est plus le même. Candice adore d’ailleurs son crâne pleine de bosses, qu’elle décrit très souvent.
Mais plutôt que de continuer à vivre une vie fracassée, pleine de douleur et de chagrin, la gamine se donnera comme mission de ramener le bonheur autour d’elle : « Je veux partir à la poursuite du bonheur, je veux l’attraper, le retenir par le col de sa chemise et le tirer de force jusque chez moi. »

Sa vision optimiste du monde et son inconscience du danger parfois, vont l’aider et nous faire vivre des aventures pour le moins cocasses.

Deux adolescents étranges mais les plus attachants du monde ! Un livre qui vous fracassera fera mourir (de rire). C’est vraiment ce qui a failli m’arriver ! Le chapitre le plus dangereux pour moi a été celui intitulé « K comme Kacha ». Méfiez-vous de Candice quand elle décide de ressouder sa famille en faisant du jambalaya (d’après une recette que lui a imprimé Douglas) :  les émissions de télé-réalité culinaire en perdraient leur audience ! C’est assez économique comme plat, version Candice : « Je ne sais pas comment c’est arrivé, mais il restait plus de choses dans leur assiette à la fin du repas qu’au début. » …
Mais de toute façon, ça la change des hamburgers où « on vous promet la lune (dans ce cas un hamburger ultrasexy) et on vous donner une crotte ».
Ce n’est pas Ersatz-Poisson (son poisson rouge) en pleine crise mystique qui dira le contraire…

Une écriture qui fait mouche dans une ambiance loufoque. Ce roman est un concentré de bonne humeur. Barry Jonsberg se garde bien de nommer ce qu’a Candice et même Douglas et d’appeler ça une maladie. Au lecteur de se faire son idée.

En tout cas, le roman Young Adult le plus drôle que j’aie lu cette année ! J’en redemande…
Ce livre a d’ailleurs été récompensé en Australie pour divers prix littéraires. Pour en savoir plus, c’est Ici.

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Frangine

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C’est la rentrée. Joachim rentre en terminale et Pauline en classe de seconde. Ils sont frère et soeur. C’est Joachim nous raconte au quotidien ce qui s’est passé en ce début d’année scolaire dans un lycée tout ce qu’il y a de banal, ni pire ni meilleur qu’un autre. Un lycée de la France d’aujourd’hui. Lui, il est plutôt à l’aise dans ses baskets, bon élève et observateur. Surtout quand il s’agit de sa petite soeur qu’il voit se renfermer, pleurer…  Très secrète, Pauline n’ira pas d’emblée vers lui pour expliquer ce qui lui arrive.

Et quand il le découvrira, Joachim décidera de toute façon de ne pas en parler à ses parents, pour les protéger. Ses parents ce sont Julie et Maline…
Julie travaille dans une jardinerie et Maline est éducatrice dans un centre de rétention fermé pour ados en déroute. Deux femmes ce qu’il y a de plus normal. Et aux yeux de Joachim et Pauline, une famille comme les autres, avec les mêmes problèmes que n’importe quelle famille : des engueulades, des problèmes de boulot, de la fatigue, des rires, des pleurs, des grand-parents, des souvenirs, des albums photos.  Enfin deux ados avec des problèmes d’ados. Joachim en pince pour une fille de son lycée. Mais Pauline se morfond.

Parce que Pauline est harcelée par ses camarades qui ont appris qu’elle avait deux mamans. On la traite de « gouine » (ben oui, si vous avez des parents homos, forcément, vous l’êtes, dans leur tête), on insulte ses parents, on la menace sexuellement, etc. C’est le fait des élèves, mais les adultes qui apprennent la violence psychologique subie par cette gamine ne volent pas non plus forcément à son secours. Heureusement, il y a un prof de sport, à qui Joachim va se confier. Heureusement aussi Pauline est quelqu’un de courageux, qui, malgré son accablement, trouvera le moyen d’affronter ses adversaires à sa façon (bonne partie de rigolade au rendez-vous pour le lecteur !)

Un livre que je n’aurais pas ouvert si je m’en étais tenue à la couverture que je trouve très moche. Mais pour en avoir entendu largement du bien, je l’ai ouvert et je ne l’ai plus lâché, absorbée par le ton percutant de Marion Brunet qui aborde un sujet d’actualité : l’homophobie.

Un roman sur l’intolérance, les préjugés et la bêtise. Cependant, Marion Brunet n’élude pas non plus les problèmes : les deux adolescents se posent inévitablement des questions sur leur père génétique; Julie et Malin ont dû se rendre à l’étranger pour mener à bien leur projet de fonder une famille ; c’est Julie qui a porté les enfant, mais est-ce que Malin se sent moins mère pour autant ? Bref, qu’est-ce qu’un père et qu’es-ce qu’une mère ? C’est quoi une famille ?

L’auteur démontrer aussi, à travers la figure des grands parents dans ce roman, que les familles hétéro-parentales ne sont pas forcément parfaites : les grands-parents sont divorcés ou alors ont rejeté leur fille quand elle leur a annoncé qu’elle était « gay » et qu’elle allait quand même fonder une famille.
Elle met en balance avec beaucoup de justesse la question de la « normalité ». En fin de compte ce qui fait le plus de mal à ces ados et leurs parents, c’est l’intolérance des autres.

Un roman primé dont j’ai apprécié le ton juste (pas du tout moralisateur), le franc parler , l’écriture dynamique et l’humour qui pointe par moments.

Un autre roman est paru récemment, La gueule du loup : je sais déjà que je vais le lire.

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Sans prévenir

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 Traduit par Marie Hermet

4e de couverture : « A quinze ans, Francis Wootton est passionné de vieux films, de musique rock et de lectures romantiques. Mais avant tout, il ne se prend pas au sérieux. Sans prévenir, un jour, la vie bascule. On lui diagnostique une leucémie. A l’hôpital où il entre pour son traitement, il rencontre Ambre, son caractère de chien, son humour, sa vulnérabilité. »

On a beaucoup comparé Sans prévenir à Nos étoiles contraires de John Green. La quatrième de couverture le stipule aussi.  Pour avoir lu John Green, je dirai qu’à part le thème de la maladie pendant l’adolescence, ces deux livres sont assez différents, tant par le ton du livre que par le caractère des deux adolescents malades. Je ne vais pas me livrer à une comparaison parce que ça ne rime à rien, mais j’ai trouvé celui-ci beaucoup plus gai.

Beaucoup de personnages peuplent ce roman. Francis nous décrit sa famille : un frère aîné qui ne s’est pas vraiment remis de la mort de Curt Cobain ; un père qui a quitté le foyer ; une soeur jumelle morte à l’âge de sept ans écrasée par un camion sous les yeux de sa mère… Et pour parfaire le tout, une leucémie qui lui tombe dessus, sans prévenir.
L’hospitalisation. Une chambre avec deux autres ados qui sont très différents de lui, moins matures. L’arrivée d’Ambre qui va bouleverser sa vie d’ado malade et le faire tomber amoureux pour la première fois alors qu’il se bat contre la maladie. Un amour réciproque, perturbé par leur cancer. Mais heureusement, le texte s’attarde pas sur la souffrance, les détails scabreux de la maladie, et si l’auteur décrit par moment les symptômes dus au traitement et les moments de grande fatigue deux adolescents, il s’attache surtout à décrire la vie et c’est ce que j’ai vraiment apprécié. Ca tourbillonne de vie, même. Beaucoup d’humour avec le franc parler de ces gamins qui continuent malgré tout de vivre leur adolescence comme (presque) tous les adolescents. Entre coups de gueule, moqueries et même une grosse bêtise qui les mènera visiter le poste de police. Le personnage d’Ambre est une vraie tête brûlée qui, en plus d’un caractère ombrageux, n’a pas peur de grand chose mais elle a le coeur sur la main. Francis, beaucoup plus discret, se réfugie dans la littérature, les vieux films, le rock. Leur film fétiche sera  Certains l’aiment chaud…

Des gamins attachants issus de milieu social différent. Deux mères hors normes toutes les deux, un peu déjantée chacune à leur manière, qui vont se regarder en chien de faïence avant de devenir amies. Deux familles qui finalement seront liées à vie, au-delà de la mort.

Je dois dire que la fin m’a vraiment surprise, interloquée même. Je suis revenue en arrière pour voir si j’avais bien lu. Mais oui…

Un roman qui ne s’achève pas sur la mort – même si on doit en passer par là pendant le récit – mais sur la vie qui continue.
Un livre avec beaucoup d’humour et quelques scènes savoureuses, loin de toute mièvrerie.

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Refuges

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Mila, jeune romaine de 17 ans, retourne, le temps d’un été, à Lampedusa, l’île où elle passait ses vacances enfant. Elle n’y avait pas remis les pieds depuis six ans. La maison familiale, la Pointe des Orangers, est toujours là. La famille est toujours là. Seul n’est plus là, le petit frère de Mila, mort d’une méningite alors qu’il était bébé.
La seule chose qu’elle redoute : passer quatre semaines avec ses parents, parce que juillet est depuis un mois funeste. « Depuis que Manuele était mort, c’était toujours la même chose : où qu’ils soient, Mila avait toujours l’impression que son père cherchait à remplir le temps, de manière tellement désespérée que c’en était presque comique. » La seule solution pour Mila d’échapper à l’ambiance morbide est de trouver un vélo est de partir explorer l’île. Gina, sa tante, va réaliser son voeu et lui prêter une vieille bicyclette  Bianchi, d’un vert un brin kitch.
Sa mystérieuse cousine Paola, étudiante au visage de Madone, lui révèlera les secrets de Lampedusa, île paradisiaque, surnommée l’île du Salut.

Les aventures de Mila et de Paola sont entrecoupées, au fil de la lecture, par huit voix, venant de l’autre côté de la Méditerranée, d’Erythrée plus précisément. Les voix  de jeunes de leur âge, qui décrivent le calvaire de leur vie dans leur pays natal et leur espoir de trouver une existence plus humaine en Europe. Prendre tous les risques, quitte à le payer de sa vie, ce sera toujours mieux que vivre en Erythrée. Ces huit voix, nous les retrouveront embarquées dans un Zodiaque pour une traversée de l’Enfer.

La narration joue sur le contraste entre la douceur de vivre qui émane de Lampedusa, avec son soleil, ses plages de rêve, le bleu du ciel, les fleurs partout, la langueur des habitants et l’horreur décrite par les Erythréens. Mila a une histoire familiale compliquée depuis la mort de son petit frère, une famille brisée et figée dans la douleur. Elle cherche en Lampedusa un refuge et un espoir d’un futur plus serein. Les migrants Erythréens portent cet espoir en eux également. Le lien entre les deux histoires est de cet ordre : Lampedusa, l’île du Salut, l’île des refuges.

C’est l’énigmatique Paola à la beauté quasi mystique, qui révèlera à Mila la face cachée de cette île italienne aux confins de l’Europe : l’île des migrants clandestins, fuyant un véritable camp de travail forcé dans leur pays. Une véritable gifle pour Mila, la gifle qui l’aidera à grandir, surtout quand elle apprendra par la bouche de sa cousine qu’une loi votée en 2006 (la loi Bossi-Fini) a opéré « un durcissement des conditions d’accueil des migrants en Italie ». Une loi qui a « conduit à la mise en place de poursuites judiciaires pour toute personne, notamment les pêcheurs qui, recueillant un migrant, se retrouve de fait complice d’immigration illégale ».

Un roman magnifiquement écrit, qu’on ne lâche plus, sur un sujet d’actualité, comme souvent avec Annelise Heurtier. On se laisse porter facilement par la poésie de Lampedusa, on est tenu en haleine par les voix des migrants et horrifié par leur condition. Une lecture où l’on ne s’ennuie pas une minute et où l’on finit outré par la loi votée par le gouvernement Berlusconi de l’époque. Heureusement, un livre qui porte l’espoir dans les dernières pages.

Une lecture que j’ai apprécié même si mon horizon d’attente était un peu différent : je m’attendais à un récit davantage centré sur les conditions de vie des migrants survivants à Lampedusa, sur l’accueil réservé, le récit d’une rencontre, ce genre de choses-là.

En tout cas, un roman qui a le mérite de rappeler l’horrible réalité des migrants fuyant leur pays : s’ils fuient, c’est pour tenter de sauver leur vie, pas pour «  »profiter » des aides sociales des pays européens », comme le dit  très bien l’auteur à la fin du livre. Annelise Heurtier rappelle également que la loi Bossi-Fini « entre en contradiction avec plusieurs textes internationaux tels que la Convention des Nations unies sur les réfugiés », entre autres.

Merci aux Editions Casterman !

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Morwenna

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Traduit par Luc Carissimo

4e de couverture : « Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghurst, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privée à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Là, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir magique des livres de science-fiction. Delany, Zelazny, Le Guin et Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Un jour, elle reçoit par la poste une photo qui la bouleverse, où sa silhouette a été brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est une sorcière, sa propre mère qui plus est ? Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre. »

J’étais à la recherche de littérature galloise (parce que je retourne au Pays de Galles cet été, pour en découvrir le Nord) quand je suis tombée sur ce livre, avec un bandeau annonçant : « Un chef-d’oeuvre : Prix Hugo, Prix Nebula, British Fantasy Award ». Let’s go, adjugé vendu ! Pourtant j’innove en ce qui concerne le genre, parce que je ne lis jamais de Fantasy et je déteste Game of Thrones ou les choses de ce genre-là.

Morwenna a une famille compliquée dont elle explique peu à peu l’histoire dans le journal intime que nous avons entre les mains et qui couvre la période du 5 septembre 1979 au 20 février 1980. Elle a perdu sa soeur jumelle, Morganna, écrasée par une voiture. Morwenna en réchappera mais avec une jambe boiteuse. Elle ne peut se déplacer qu’avec une canne.  Elle n’a pas été élevée par ses parents mais par Grampar et Granmar. Son père, elle ne l’appelle pas « papa » mais « Daniel ». Celui-ci décide de lui faire quitter le Pays de Galles et l’envoie en pension dans une école anglaise. Changement de langue et de décor pour la gamine. Plus de vallées industrielles polluées mais un paysage plat en pleine campagne.
(En 1975, Morwenna et Morganna ont jeté un sort à l’usine de charbon locale,  Phurnacite parce qu’elle avait pollué l’air et tué la nature : une simple fleur jetée dans une mare et le lendemain l’usine fermait avec des licenciements en masse.)
Mais même le changement de décor ne pourra faire oublier à Morwenna la perte de sa soeur jumelle. Elle n’a pas pu faire son deuil et en plus, en Angleterre, elle arrive difficilement à voir les fées. Parce que Morwenna a ce don. Elle essaie pourtant de les trouver, elle les appellent en gallois avant de se dire que peut-être, ici, elles ne parlent qu’anglais ! Elle découvre que sa mère est une sorcière qui lui veut du mal. Alors pour fuir tout ça et se reconstruire, Morwenna se réfugie dans les livres de SF : elle a de la chance parce qu’entre la bibliothèque de l’école, celle de la ville, la librairie et l’argent que lui donne son père, elle sera comblée. Surtout quand on lui propose de participer au club de lecture. Elle y rencontrera des gens bien plus intéressants que ses camarades de pensionnat, un certain jeune homme en particulier, va capter son attention….

Un roman d’apprentissage à la sauce fantasy. Une héroïne très intelligente et attachante. Des « fées », dont Morwenna a une connaissance encyclopédique sans pour autant savoir qui elles sont vraiment. Un univers très réel d’un côté et une plongée fantastique au coin de la page. Je me suis laissée prendre au jeu grâce aux phrases de la gamine qui font mouche.

Pourtant, j’ai eu du mal avec le style de l’auteur, cette écriture très alambiquée parfois qui vous fait perdre le fil. Et surtout, j’ai eu vraiment du mal avec l’énumération des romans de SF qui occupe une grande partie du roman. Ca m’a fait un peu l’effet d’un catalogue (d’autant plus inutile pour moi que je suis une « bille » en SF!). Morwenna est une grande lectrice capable de lire deux livres par jour. On comprend donc qu’elle en parle beaucoup puisque c’est son loisir principal et surtout son échappatoire. Mais bon, lui faire citer et re-citer des tonnes de référence SF est un peu indigeste à la lecture. Voici les principaux défauts que j’ai trouvés au roman.

Le reste est très distrayant, plein de charme et non dénué de réflexion.
L’histoire d’une (re)naissance originale. Mais pour moi peut-être pas le chef-d’oeuvre annoncé. J’ai dû passer à côté de quelque chose.

Quelques extraits :

« Il désire vous voir, ai-je dit aux fées en gallois. »

« Ils [les elfes] parlent, enfin ceux que je connais parlent, mais ils tiennent des propos bizarres, et uniquement en gallois. Généralement. J’en ai rencontré un à Noël qui parlait anglais. »

« L’auteur n’est pas responsable de ce que l’éditeur met sur la couverture. »

« Un beau garçon comme ça, en chemise rouge à carreaux, qui lisait, réfléchissait et parlait de livres, c’était plus rare qu’une licorne. »

« Les fées ont tendance à être soit très belles soit absolument hideuses. »

« Les bibliothèques sont vraiment géniales. Mieux même que les librairies. »

« Cette école rendrait n’importe qui communiste.
J’ai lu Le Manifeste du parti communiste aujourd’hui, il est très court. Vivre dans cette société serait comme vivre sur Anarres. Je suis partante tout de suite. »

« Selon Miss Carroll, T. S. Eliot travaillait dans une banque quand il a écrit La terre gaste, parce qu’être poète ne paie pas. »

« Porter un uniforme sept jours sur sept, c’est comme être en prison. »

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Et je danse, aussi

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 C’est en regardant une célèbre émission télévisée d’actualité littéraire que j’ai découvert que l’auteur de Terrienne (à savoir Jean-Claude Mourlevat) avait eu une idée un peu farfelue : envoyer un mail à Anne-Laure Bondoux (le premier qu’envoie Pierre-Marie Sotto à Adeline Parmelan) et d’attendre sa réaction. Anne-Laure Bondoux, alors plongée dans l’écriture d’un roman, se prend au jeu d’un roman épistolaire à quatre mains. Je dois dire que ça m’a bien intriguée de savoir ce que ça pouvait donner. Donc je me suis jetée dessus.

Pierre-Marie Sotto, écrivain célèbre et Prix Goncourt trouve un jour dans sa boîte aux lettres une mystérieuse enveloppe avec au dos l’adresse email de son expéditrice, une certaine Adeline Parmelan. Pensant qu’il s’agit d’un manuscrit, il répond à sa mystérieuse interlocutrice qu’il n’ouvrira pas l’enveloppe puisque lire ce genre de document relève du boulot d’un éditeur et pas de celui d’un écrivain. N’empêche, Pierre-Marie Sotto ne se doute pas encore que ce premier courriel est le début d’une longue correspondance, celle de ce roman épistolaire de près de trois cents pages que nous tenons entre nos  mains…

Les deux personnages principaux se dévoilent peu à peu. Surtout Pierre-Marie, l’écrivain connu et reconnu mais en panne d’écriture depuis plusieurs années. Il a déjà correspondu avec une lectrice, avant Adeline, mais celle-ci est partie en Irlande pour suivre son mari ! Pierre-Marie a cessé de lui écrire car il trouvait que sa prose collait « sans doute trop près à sa réalité » : « Je lui aurais volontiers pardonné de s’inventer un peu. »
Pourtant notre écrivain est celui qui s’invente le moins dans sa correspondance avec Adeline. Ainsi, il lui dévoile pourquoi il a cessé d’écrire et pourquoi, un jour, il a réussi à décrocher le Goncourt. Ben oui : Pierre-Marie a eu une muse en la personne de sa cinquième épouse ! Une belle Italienne, traductrice, qui s’est fait la malle, sans prévenir. Il ne sait pas pourquoi ni même si elle est encore vivante. Depuis, il se morfond et s’ennuie.

Pierre-Marie est un personnage très sincère pour un écrivain. Il ne cache rien. Il va jusque à corriger les inexactitudes de sa vie privée qu’Adeline a trouvé sur Internet : « Marié trois fois ? C’est faux je l’ai été quatre. Et j’ai six enfants » « Ma troisième femme est norvégienne (…) Choc des cultures. Nous nous sommes séparés en bons amis. Nos trois enfants sont bilingues. »

Mais bon, le pauvre gars, maintenant , il est tout seul et en plus il ne parvient pas à écrire !  Adeline lui prend le pouls, tente de lui donner de l’allant :
 » Soyez écrivain dans le silence et le désarroi, soyez écrivain sans un mot, sans une virgule ».
« Depuis quand vos personnages vous emmerdent-ils ? Depuis quand avez-vous perdu votre flamme ? Voulez-vous un briquet ? »
« Tenez, pourquoi n’écrivez-vous pas des histoires pour les enfants ? Vous voilà seul dans votre maison vide (…) avec votre satané chat ».

Adeline, cette mystérieuse correspondante 2.0, sait ménager des surprises à l’écrivain comme au lecteur, parce qu’elle ne manque pas d’imagination et que sa vie est compliquée. Même si elle reproche à Pierre-Marie de la percevoir comme un personnage de roman, elle n’est pas tout à fait innocente dans ce jeu-là, et que son interlocuteur d’écrivain découvre la vérité sur ce qui elle est réellement la terrifie.
« Ce que je voulais dire hier, c’est que je ne suis pas une héroïne échappée d’un roman de Zola ou de Dickens : je suis comme des millions de gens qui se débrouillent avec ce qu’ils ont. » C’est marrant, il a une drôle de bouille son petit ami dans la réalité…

Les deux protagonistes vont finir par s’attendre l’un l’autre sur leur boîte électronique, s’attendre comme on attend la suite d’un feuilleton addictif. Ils vont semer des poussins (comprendre : faire des digressions sur des sujets à évoquer) qu’ils se promettent de récupérer plus tard. Des personnages secondaires apparaissent. Les intrigues se multiplient.

A un moment donné, je me suis demandé comment Jean-Claude Mourlevat et Anne-Laure Bondoux allaient retomber sur leurs doigts d’écrivain, emportés par leur plume imaginative et percutante : il y avait des poussins partout ! Et l’impression que les créateurs des personnages s’amusaient beaucoup. La fameuse enveloppe a même disparu de la trame narrative, du moins passe largement au second plan. Normal, puisque Pierre-Marie se fait un « film » sur Adeline. Mais finalement, celle-ci le ramène à l’origine de leur rencontre virtuelle, préférant prendre les devants sur la réaction de l’écrivain s’il ouvre l’enveloppe…. Effectivement, on n’est pas au bout de nos surprises !

Evidemment, on imagine que c’est un peu « casse-binette » d’écrire un roman à quatre mains. Il doit falloir vraiment bien s’entendre. Pourtant, ici tout se tient et l’on sent que les deux auteurs se sont beaucoup amusés. Et c’est ce qui ressort de ce roman épistolaire : le fun, sur fond d’histoire d’amitié. Une correspondance truculente, pleine de répliques qui font mouche.

Un roman sur le pouvoir de l’imagination et de la création, où la fin de l’histoire sera d’ailleurs… à imaginer par le lecteur.

Une lecture qui met de bonne humeur.

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Les filles de l’ouragan

les filles de l'ouragan

Traduit par Simone Arous

Dana Dickerson et Ruth Plank sont nées le même jour au même endroit : le 4 juillet 1950, dans le New Hampshire. Elles ont été conçues un jour d’ouragan. Elles ne sont pas jumelles, juste « soeurs d’anniversaire ». Leurs familles respectives sont dissemblables. Dana est délaissée par ses parents : sa mère est une artiste pour qui l’art est plus important que ses enfants ; son père est immature et passe son temps enchaîner les projets irréalisables en rêvant de gloire. Ruth est issue d’une famille de gens de la terre qui ont réussi : Farm Plank est réputée pour la culture de la fraise. Un jour, les Dickerson quitte le New Hampshire pour aller s’installer en Pennsylvanie. On peut penser que s’en est fini des liens entre les deux familles, qui avaient l’habitude de se voir une fois par an pour la date d’anniversaire de Dana et Ruth, sous la pression de Mme Plank. Pourtant. Aussi différentes soient-elles, ces deux familles semblent avoir leur destin lié. La vie des deux soeurs d’anniversaire ne sera pas un long fleuve tranquille, mais à l’image de la météo du jour de leur conception…

Nous suivons la vie de Ruth et de Dana des années 50 à nos jours, par un jeu d’alternance de voix narrative. Une manière pour Joyce Maynard de peindre ce coin d’Amérique au fil du temps, d’aborder plusieurs problèmes auxquels seront confrontés les jeunes femmes dans cette Amérique-là, liées par un drame familial dont elles n’ont pas connaissance.
Ruth tombe amoureuse de Ray Dickerson, le frère de Dana, de plusieurs années son aîné. Sa passion pour cet homme ira de paire avec la passion qu’elle se découvre pour la peinture. Elle perçoit la vie à travers le prisme de l’art. Elle goûtera les années hippies, la liberté, l’érotisme, dans une cabane sur une île canadienne, avec Ray,  jusqu’à ce qu’un jour sa mère la ramène brusquement sur terre, brisant son couple, sa vie et son inspiration artistique.
Dana ne s’intéresse pas aux garçons, mais aux filles. C’est une terrienne, jusque dans son apparence trapue. Elle intègre l’Ecole d’agriculture du New Hampshire, fait la connaissance de Clarice qui deviendra sa compagne. Elle perd de vue son frère Ray et prend ses distances avec ses parents qu’elles ne considèrent pas.

Difficile de parler de ce roman sans raconter toute l’histoire!
En tout cas, on ne s’ennuie pas trois minutes et la prose de Joyce Maynard nous fait visiter cette Amérique rurale. Elle aborde des thèmes comme la spéculation immobilière qui n’aura de cesse de harceler les fermiers, de vouloir leur faire vendre leurs terres pour y construire des lotissements ; l’endettement de ceux-ci suite à des années de sécheresse : le père de Ruth a longtemps été fier de pouvoir faire tourner sa ferme sans emprunter un seul dollar aux banques, mais hélas !, son idéal sera mis à mal…
Et puis, être homosexuelle et femme est vraiment quelque chose de tabou, en particulier dans le monde du travail, même s’il est universitaire : Clarice en fera la difficile expérience.

Le mariage hétérosexuel (ça va sans dire dans cette Amérique puritaine !) et les enfants sont le modèle de la famille et la famille prime avant tout dans cette Amérique-là. Même Ruth finira par s’y plier, mais pour combler l’exaltation artistique qui l’a quittée.

Enfin, on en apprend un rayon sur la culture de la fraise, en particulier la naissance d’une nouvelle variété, plus savoureuse et plus résistante ! Tout cela est lié à à l’intrigue, à la famille qui en renaîtra, sous une forme différente, contre vent et ouragan. Sacrée mise en miroir !

Les deux héroïnes sont attachantes, l’histoire ne vous fait difficilement lâcher le roman avant de l’avoir terminé. J’ai vraiment aimé cette saga familiale américaine et j’apprécie vraiment la prose de Joyce Maynard, découverte avec L’homme de la Montagne (merci Festival America !). J’ai adoré l’ambiance rurale de ce bouquin. Le genre de livre qui vous donne envie d’aller cultiver du maïs et des fraises dans le New Hampshire, ça c’est clair !
Le seul reproche que je peux faire qu’on devine peu ou prou l’intrigue bien avant la fin parce qu’il y a trop d’indices pour que l’on n’y pense pas ! Mais en même temps, ce n’est pas tout à fait ce à quoi on s’attend….

newhampshiremap

A cause, ou plutôt grâce à ce roman, je vais poursuivre sur ma lancée de découverte de la littérature américaine des grands espaces.

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