Le mur invisible – Marlen Haushofer

traduit par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon

Après avoir lu pendant le premier confinement Les buveurs de lumière de Jenni Fagan, j’ai lu Le mur invisible pendant le second. Ce roman est devenu un classique de la littérature dystopique post-apocalyptique, comme il est à la mode d’appeler une certaine science-fiction ainsi aujourd’hui. Le mur invisible a été publié en 1963. Il traduit les angoisses de la guerre froide et la peur de la destruction de la planète par les armes militaires. C’est ce qu’on nous dit à la fin de l’ouvrage dans une analyse du livre par Patrick Charbonneau. Pourtant, le lecteur d’aujourd’hui ne trouvera pas un trace de toute cette ambiance de guerre froide. Je l’ai lu sans prendre connaissance de cette analyse. J’avais plutôt en tête nos deux confinements.

Une femme, la narratrice, commence à écrire un journal, sans plus avoir une exacte notion du temps. Elle suppose qu’elle est le 5 novembre. Elle dit écrire pour ne pas devenir folle. C’est le seul moyen, à ses yeux, « de ne pas perdre la raison » et conjurer la peur. Pas pour être lue. Elle doute qu’elle le sera un jour.

Elle était chez sa cousine et le mari de celle-ci quand c’est arrivé. Hugo et Louise possèdent un domaine de chasse en forêt, où ils aiment se rendre pour décompresser. Hugo est du genre hypocondriaque. La narratrice l’aime bien, non parce qu’il est chasseur, mais parce qu’elle partage son amour de la forêt. Bref, ils avaient l’habitude de passer du bon temps au chalet tous les trois. Ce jour-là, quand elle rejoint ses cousins au chalet, elle est accueilli par Lynx, le chien. Mais pas de trace de ses maîtres. Bien évidemment, quand leur absence perdure, elle s’inquiète et commence à explorer les alentours. Le chien devient nerveux. En voulant poursuivre son chemin, elle se cogne la tête contre quelque chose de froid et lisse : un mur invisible. C’est ainsi qu’elle le nomme. La peur la saisit, elle ne pense qu’à quitter cet endroit. Mais finalement elle renonce très rapidement à la fuite. Elle va faire sa vie là, sous cloche. Avec un chien, une vache qui attend un veau, des chats. Elle va planter des patates et se nourrir de patates au lait…

Je crois que si j’avais lu ce roman avant La foret de Jean Hegland ou Manuel de survie à l’usage des jeunes filles de Mike Kitson, je l’aurais sans doute apprécié davantage. En effet, si je me suis prise au jeu au début, j’avoue que j’ai fini par m’ennuyer ! Ce roman mériterait d’être raccourci ! Il ne se passe pas grand chose. On suit la narratrice avec ses animaux, tous devenus des animaux de compagnie, au sens fort. Certains meurent, d’autres naissent. Elle observe leurs caractères différents. Elle sème les pommes de terre, des haricots et surveillent leur croissance. Elle connaît la faim. Elle se restreint, est obsédée par la peur de manquer de nourriture. Mais jamais elle ne pense à sortir de là ! Voilà en fait ce qui m’a dérangée ! De l’autre côté du mur invisible, elle s’est rendu compte que les gens étaient morts. Mais tout de même…. Elle ne se demande même pas vraiment si elle est seule. C’est un peu l’ellipse totale à ce sujet. Elle y songe à peine. Ce devrait être obsessionnel…. Comme le fait de vouloir s’enfuir quitte à se fabriquer une combinaison ou un masque au cas où un gaz mortel serait répandu de l’autre côté du mur. Je me suis même demandé comment ça avait été possible pour elle d’arriver au chalet et de ne pas pouvoir en repartir. L’ellipse est un peu gênante.

On ne saura jamais le pourquoi ni le comment de ce mur. On reste confiné avec elle dans cet extérieur forestier. L’écriture de Marlen Haushofer est agréable. Mais rester avec son personnage à manger des patates au lait , parfois des haricots et des pommes ne m’a pas rassasiée. J’ai terminé ce roman avec une sensation de faim et l’esprit plein d’interrogations.

Un roman avec un goût d’inachevé.

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Ce qu’il faut de nuit – Laurent Petitmangin

Je me suis laissé influencer par ce roman dont je n’ai vu (à défaut de les avoir vraiment lues) que des critiques positives, voire élogieuses. Depuis, ce livre a obtenu le prix Stanlislas et celui que vous voyez en bandeau.

Une critique à froid pour moi car j’ai lu ce roman il y a plusieurs semaines. A froid aussi, parce que, bof, je m’attendais vraiment à quelque chose de plus fouillé et avec davantage d’analyse sur la société ou/et le pourquoi du comment on en arrive à ce drame.

Nous sommes dans un bled de Lorraine. Le narrateur est veuf, père de 2 enfants. Fus est l’aîné. Celui avec qui il allait au foot au club local tous les dimanches. La « môman » est morte d’un cancer, après des mois à l’hosto où ils allaient la voir. C’est pas la joie. Lui, le père, il est monteur de câbles à la SNCF. Quand il n’est pas au foot, il est à la cellule du PS. Au fil du temps, les réunions de cellule se sont effilochées. C’est devenu un peu vide de sens tout ça, on y passe plus de temps à critiquer les « cocos » (communistes) qu’à débattre et avoir des projets. Mais bon, les potes sont là-bas. Il y va davantage pour les voir que pour le reste. Tracter ? Un autre siècle. Et puis, sa femme est mourante, il va reprendre le taf quand même, obligé. Il faut s’occuper de Fus et de son petit frère, Gillou. Les gamins grandissent sans leur mère (qui meurt). Et lui se noie dans son chagrin.

Fus continuera ses études dans le coin. Finalement c’est plus pratique. Paris, c’est loin. Nancy aussi. C’est la Ville etc. Une décision qu’il (lui, le père) regrettera plus tard, mais trop tard. Fus se fait de nouveaux potes et il se met à changer. Le père n’aime pas du tout ses nouvelles fréquentations, mais, après avoir perdu sa femme, il semble craindre de perdre son fils. L’ambiance devient tendue à la maison, les fréquentations de Fus taboues. Vous comprenez, lui le militant PS a un fils qui fréquente les mecs du FN. La honte.

Pourtant c’est Fus qui trouve un logement à Gillou à Paris, quand il est admis dans une grande école. Le père était mort de trouille de ne pas arriver à le loger, faute de moyens. Et puis un jour, Fus rentre salement amoché. L’hosto, encore ce putain d’hosto. A cause des « antifa ». Ce sont eux qui ont fait ça. La spirale infernale est en marche…

On ne peut pas dire que ce soit un roman très gai. Ni très explicite. Chacun mettra ce qu’il voudra là-dedans : Fus a viré FN car il n’a plus de mère et que son père ne s’occupe pas de lui, trop accaparé par son propre chagrin ? Rien ne le dit. Le père n’est pas un cas social ni même un « beauf » : militant et ouvrier à la Sncf. On a vu pire ! On ne saura jamais pourquoi Fus s’est mis à fréquenter ces mecs. Parce qu’il s’ennuie ? Des jeunes de son âge, de la compagnie, toujours mieux qu’être seul ? Les parents de ces jeunes ont a priori l’air comme tout le monde : leur tronche n’est pas tatouée d’un insigne nazi. Aucun acte militant clairement explicite.

Je suis vraiment restée sur ma faim ! Et puis le style un peu « cul terreux », genre « la môman », « le Jérémie » m’a bien saoulée ! Ok, je connais certains parlers de France, je ne connais pas l’accent lorrain, mais c’est pas la peine d’en rajouter… ça fait caricature, avec une impression de mépris. Pas d’analyse sur l’état de la société ni de la France des ex-hauts fourneaux. C’est juste un drame familial. Loin d’être inoubliable à mes yeux. En tout cas dans la manière dont cela est conté.

Ce roman n’est pas sans rappeler Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu, prix Goncourt 2018. Y aurait-il une mode du « roman lorrain » ou un nouveau genre littéraire que l’on pourrait appeler ainsi ?

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La lectrice disparue – Sigríður Hagalín Björnsdóttir

Traduit par Eric Boury

Júlía et Ragneiður se retrouvent enceintes du même homme, un certain Orlygur. C’est dans le « Reykjavik d’avant le tourisme, (…) le Reykjavik d’avant les technologies de l’information » que Julia a rencontré Orlygur, dans ce « Reykjavik des poètes, des fabricants de gnôles de contrebande et des chèques en bois« . Orlygur se dit réalisateur, acteur aussi, bref, un artiste, un esthète endimanché un jour de neige et verglas. Vous voyez le genre de loustique ?… Vous croyez qu’Orlygur va finir par lui sauter dessus ? Pourtant, s’ils se fréquentent, c’est Júlía prendra les devants. Mais sera humiliée. Pourtant, un revirement de situation, et Júlía, cette gamine, quitte le domicile familial pour emménager avec cet homme de dix ans son aîné dont elle finit par tomber enceinte. Elle, la fille aux rangers, la dure à cuire qui refuse d’avorter contre l’avis de tous, celle qui se gave de « mauvaise littérature » pour se venger de ce mec, se prend un upercut le jour où elle reçoit l’appel d’une certaine Ragneidur. Celle-ci lui explique qu’elle est enceinte d’Orlygur. « Putain de bordel de merde (…) espèce de salope ! » Orlygur ne dément pas la chose, n’étant pas l’homme d’une seule femme. Revirement de situation de nouveau. Ragnheiður et Julia se rencontrent, se plaisent et vont faire face à la situation, emménagent ensemble. Vous pensez qu’elles ont viré lesbiennes ? Non, non !

Un couple de femmes qui n’en est pas un pour élever deux mioches : Edda et Einar. Un petite famille non conventionnelle. Edda est toujours le nez dans les livres alors qu’Einar peine à déchiffrer le moindre écrit. Une petite famille non conventionnelle, avec une gamine qui souffre d’hyperlexie et l’autre de dyslexie ! Edda peine à communiquer avec autrui. Les seuls personnes qu’elles fréquentent sont les êtres de papier qu’elle rencontre dans les livres. Jusqu’au jour où, l’adolescence passant par là, elle décide de devenir une autre. Les réseaux sociaux sont une aubaine. Elle parvient à drainer des milliers de followers à sa suite, une star du web qui ouvre largement la porte sur sa vie privée pour maintenir sa notoriété, gagner du fric. Un vrai boulot à temps plein… Hop, son mariage avec Ragnar est largement diffusé sur Internet. Pourtant, un jour, plus d’Edda ! Elle disparaît, plantant là son mari et leur nouveau né, ses folowers plein d’inquietude. Dépression post-parthum dirons certains. Est-ce bien le cas ?

Sigríður Hagalin Björnsdóttir amène à réfléchir à notre rapport à l’écrit, de l’Antiquité à nos jours. Elle fait porter à son héroïne disparue un prénom qui aussi une oeuvre majeure de la littérature islandaise médiévale , l’Edda de Snorri. « Edda » a plusieurs significations plus ou moins mystérieuses (« livre d’Oddi », thèse généralement rejetée, mais aussi « arrière-grand mère », entres autres, en passant par « aieule de tout savoir sacré » selon Régis Boyer – voir Wikipedia) . On dit souvent que « nous assistons actuellement à l’agonie du livre (…). La lecture est en recul que ça nous plaise ou non. Nous sommes témoins de la plus importante révolution intellectuelle depuis l’invention de l’imprimerie qui a permis aux gens du commun il y a presque six siècles d’accéder à l’écrit. » L’autrice remonte la source jusqu’aux Sumériens, première civilisation à avoir inventé l’écriture et Socrate qui considérait que l’écrit au détriment de l’oralité était fait pour asservir le peuple. Cependant, ne prenez pas peur : ce roman n’est pas un livre indigeste de philo ! Sigridur Hagalin Bjornsdottir amène à réfléchir à notre rapport à l’écrit, de l’Antiquité à nos jours. Elle fait porter à son héroïne disparue un prénom qui aussi une oeuvre majeure de la littérature islandaise médiévale , l’Edda de Snorri. « Edda » a plusieurs significations plus ou moins mystérieuses (« livre d’Oddi », thèse généralement rejetée, mais aussi « arrière-grand mère », entres autres, en passant par « aieule de tout savoir sacré » selon Régis Boyer – voir Wikipedia) . On dit souvent que « nous assistons actuellement à l’agonie du livre (…). La lecture est en recul que ça nous plaise ou non. Nous sommes témoins de la plus importante révolution intellectuelle depuis l’invention de l’imprimerie qui a permis aux gens du commun il y a presque six siècles d’accéder à l’écrit. » L’autrice remonte la source jusqu’aux Sumériens, première civilisation à avoir inventé l’écriture et Socrate qui considérait que l’écrit au détriment de l’oralité était fait pour asservir le peuple. Cependant, ne prenez pas peur : ce roman n’est pas un livre indigeste de philo !

Sigríður Hagalin Bjornsdottir offre un roman distrayant, avec une bonne part de thriller : nous suivons Einar à la recherche de sa soeur Edda, qui emmènera à New York, à la rencontre d’un mystérieux professeur. Einar se souvient, nostalgique, de sa soeur lui contant des histoires, lui qui n’arrivait pas à lire. A son tour, il lui racontera, sur un enregistrement, le secret dont il doit soulager son coeur.

Même si l’auteure destructure l’écheveau temporel de son récit en mille brins de laine, le lecteur finit par renouer les liens qui les unit les uns aux autres.

J’ai beaucoup aimé ce roman polymorphe qu’il est vain de vouloir classer dans un genre littéraire bien défini. J’ai aimé le jeu des doubles inversés qui émaillent le roman, l’esprit de sororité qui fait la place belle aux femmes. En revanche, je n’ai pas trop su quoi faire avec Orlygur, le personnage masculin à l’origine de l’histoire et des drames. Paradoxalement. Un petit coup de griffe aux réseaux sociaux et aux « stars » nées d’un nombre de like, ce trompe-l’oeil et cet asservissement des temps modernes.

Un roman singulier où l’on ne s’ennuie pas. Une de mes lectures marquantes de l’année.

NB : j’ai fait ce que je pouvais avec l’alphabet islandais. Il manque de O à tréma et autres… sorry ! 🙂

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Le blog a 11 ans !

Eh oui, un an de plus, dans une ambiance toute autre que celle de l’an dernier, l’année 2020 étant sans doute la plus pourave depuis ma naissance. Et je ne suis sans doute pas la seule. On fait avec, on s’adapte tant bien que mal à cette crise sanitaire et ses contraintes. On a la santé, on a l’air de ne pas être sensible à ce virus couronné. On croise les doigts ! Mais pas d’Irlande depuis un an alors que j’aurais dû m’y rendre 3 fois cette année. La littérature reste plus que jamais un excellent refuge pour d’autres horizons.

Voilà, le 497e billet (sans compter ceux non rapatriés de l’ancienne plateforme Canalblog quittée il y a maintenant 5 ans) pour fêter un blog-anniversaire.

A l’heure où l’immédiateté de l’image des comptes Bookstagram est sans doute beaucoup plus à la mode que la rédaction bloguesque et le temps que prend l’écriture d’une chronique et sa mise en page, je suis tout de même heureuse de voir que mon petit blog d’amatrice pas du tout rémunérée pour faire quoi que ce soit, est toujours fréquenté ! Novembre confiné bat des records, d’ailleurs ! ❤

Je vous en remercie tous : ceux qui passent par là par hasard, ceux qui sont se sont abonnés au blog, ceux qui laissent des commentaires comme ceux qui n’en laissent pas.

Je ne pense pas m’arrêter encore. J’ai quelques projets en cours de maturation et 2021 commencera en fanfare avec Le Mois de la littérature libanaise ! La retraite bloguesque n’est pas encore pour moi ! Alors vivement les 12 ans du blog ! Cheers ! 🍾

NB : comme je ne suis pas totalement ringarde et que je suis le mouvement, vous pouvez me retrouver également sur Insta ( compte Maevedemilleetunelectures) où je partage mes lectures d’une autre façon, mais toujours en complément du blog.

A bientôt, pour un peu de littérature islandaise !

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Les fureurs invisibles du coeur – John Boyne

Traduit par Sophie Aslanides

Je rattrape mon retard de lecture en matière de parutions irlandaises relativement récentes, dans le peu pas encore lu. En attendant une nouvelle fournée 2021 qui semble se faire attendre.

A la rentrée littéraire d’automne 2018, dans le monde d’Avant où il se passait encore quelque chose de réjouissant, parut en France Les fureurs invisible du cœur de John Boyne, auteur que j’adore et qui ne m’a jamais déçue ! Un bon gros pavé qui m’a un peu effrayée par la taille, ou peut-être que ce n’était pas la priorité de mes envies du moment, quand il paraissait encore beaucoup de littérature irlandaise en France. Oui, depuis, ça s’est un peu tari, non ? Oui-non. En tout cas, j’ai lu beaucoup de trucs qui n’en valaient pas trop le détour depuis l’an dernier (entre l’innommable Conversation entre amis, Un bateau dans les arbres et Dans la joie et la bonne humeur, j’avoue qu’il y avait de quoi être dégoûté de la littérature de l’Eire. J’attends depuis de longs mois de nouveaux romans de mes auteurs fétiches.

Donc, après avoir dévoré l’excellent dernier Claire Keegan tout mince, j’ai sorti de ma bibliothèque Les fureurs invisibles du cœur qui y dormait depuis quelques mois : un bon gros pépère de 853 pages au format poche me tiendrait jusqu’au 1er décembre. Je l’ai bouffé en un peu plus de 15 jours. Sans confinement en journée pour moi.

John Boyne nous fait voyager dans le temps, à Dublin, à Amsterdam et à New York de 1945 à 2015. Nous faisons d’abord brièvement connaissance avec Catherine Goggin, 16 ans, chassée de Goleen, son village du West Cork par le curé du village, bannie devant toute la population. Catherine est enceinte. Elle tait le nom du père. Elle prend le car pour Dublin et rencontre un jeune homme avec qui elle sympathise. Catherine, malgré son âge est une jeune fille forte. Mais elle ne connaît pas Dublin, elle n’est jamais allée en ville, n’a jamais quitté son village. Sean est sympathique et peut l’aider pour l’hébergement, le temps qu’elle trouve un travail. Catherine déploie tous les talents dont elle est capable pour se faire embaucher au salon de thé du Dail, où trainent tous les élus de l’Assemblée irlandaise. Elle a de la chance car la directrice comprend parfaitement sa situation, malgré la comédie qu’elle lui joue. A la maison, Catherine doit se faire accepter de Jack Smoot, l’ami et même petit ami de Sean, qui voit d’un mauvais œil cette femme au sein de leur couple.

Nous sommes donc déjà avec trois personnages atypiques, qui détonnent dans le conformisme imposé par la société : une fille enceinte hors mariage et deux homosexuels. Nous laissons ces trois personnages à leurs occupations pour avancer sept ans plus tard.

1952. Un autre narrateur prend la relève et nous raconte son histoire à la première personne. Ce jour de 1952, à Dublin, il rencontre pour la première fois Julian Woodbead, fils d’avocat du même âge que lui, et une petite fille dans un manteau rose pâle. Deux personnages qui seront absolument cruciaux dans la vie de Cyril Avery. Cyril, le narrateur, est le fils adoptif de Charles et Maude, directeur des Investissements et Portefeuilles Clients de la Bank of Ireland et écrivaine snob qui trouve rien de plus vulgaire que la popularité. 🙂 Charles et Maude aiment bien Cyril, mais depuis le début ont mis les choses au clair : ils ont fait un acte de charité en l’adoptant, rien de plus. Charles n’arrête pas de lui répéter qu’il n’est pas un « vrai Avery ». Et Cyril n’aura de cesse de répéter à n’importe qui faisant référence à ses parents, que ce sont ses parents, mais adoptifs, jusqu’à en faire un tic de langage. 

Julian est un petit garçon haut en couleur, très mûr pour son âge et qui parle comme un adulte. Un vrai perroquet. On sent déjà en lui une forte arrogance, il s’intéresse déjà au sexe et a un fort pouvoir d’attraction sur Cyril. Celui-ci ne sait pas encore mettre un mot sur les sentiments qu’il éprouve pour Julian. Nous suivons les deux compères plusieurs années. Julian entraîne Cyril dans ses quatre cents coups d’adolescent. Cyril sait maintenant qu’il est amoureux de Julian mais n’a pas la force de lui avouer. Il a bien tenté. Mais à chaque fois, quelque chose est venu troubler le bref instant où il aurait pu tout lui dire. Il tente aussi de le dire plusieurs fois à sa petite amie par défaut etc, . Il trouve enfin la force de l’avouer à un homme d’église au confessionnal. La scène est à la fois tragique et cocasse. J’ai adoré cette scène pleine d’humour, qui m’a fait rire aux larmes qui rappelle la force de l’interdit, de ce que c’était d’être homosexuel en Irlande dans les années 50 (-60-70-80-90 !) !

Le lecteur traverse les décennies avec en toile de fond la société. On rencontre le monde littéraire qui fait scandale au fil du temps . Brendan Behan alcoolique (comme il se doit) et particulièrement vulgaire (je ne connais pas beaucoup la réputation de cet auteur, mais la façon dont il se conduit dans le livre est choquante ! LOL !) ; puis Edna O’Brien à travers ses romans jugés sulfureux à l’époque, Colm Toibin avec Histoire de la nuit… (il est encore sur mes étagères celui-ci !!) Je me suis régalée ! Et puis Maude Avery, décédée depuis des lustres devient celle dont les romans s’arrachent comme des petits pains ! Le pire de ce qu’elle aurait souhaité !

On croise le SIDA. On voyage à Amsterdam où s’enfuit Cyril à un moment crucial de sa vie où il décide enfin de vivre comme il le souhaite, en dépit des pressions exercées sur lui et d’un pétrin dans lequel il s’est mis tout seul en raison des préjugés de la société. Amsterdam, et les Pays Bas sont l’exact opposé de l’Irlande : tout est permis, l’homosexualité ne se cache pas.
John Boyne ne cesse de rappeler ainsi le poids qui a pesé sur les homosexuels dans un temps et un pays où l’homosexualité était interdite et vous valait des peines de prison (cf. Oscar Wilde, sauf que là, on n’est plus au XIXe siècle !). La souffrance psychique d’être homosexuel à cause du regard de la société. On assiste à un meurtre en pleine rue aux Etats-Unis ! On croise des gens qui pensent que le SIDA c’est l’affaire des gays !

C’est aussi l’histoire d’une trahison par laquelle, finalement, Cyril trouvera la force de vivre pour lui-même et non à travers l’ombre de son meilleur ami et amour de toujours, Julian. L’obligation de fuir un pays mentalement trop étriqué pour s’épanouir et arrêter de se faire mal.

Je n’ai pas aimé Julian que j’ai trouvé trop arrogant et prétentieux, égoïste. Trop sûr de lui. Jusque sur son lit de mort, ce mec est imbuvable ! C’est voulu par John Boyne, je suppose. L’exact opposé de Cyril à qui on s’attache. Un homme cabossé par la vie mais qui a un cœur assez grand pour accepter tout le monde. Maude m’a fait rire avec son snobisme qui cachait sans doute une grande fragilité. Je ne sais pas si cette autrice a vraiment existé (malgré le petit extrait cité en préambule du roman auquel le livre ne cesse de faire référence Comme l’alouette (Like to the Lark, paru en 1950). En tout cas, elle n’est pas sur le « torchon  » (lisez le livre, vous saurez de quoi je parle !).

Un roman qui fait également de beaux portraits de femmes libres (la mère de Cyril, la patronne du salon de thé, Alice, l’épouse malmenée qui aura la force de trouver le pardon auprès de son ex, Cyril, et Maude la snob misanthrope qui se contretapait le coquillard de ce que ce bas-monde pouvait penser d’elle !)

J’ai beaucoup aimé également l’analyse très fine de l’histoire sociale de l’Irlande. La plume de John Boyne se fait tour à tour crue, pleine d’humour, sentimentale. Un coup de griffe aussi à « l’ancienne » Irlande. Aujourd’hui, et avant la France, les homosexuels ont obtenu le droit de se marier. Quel chemin parcouru ! John Boyne n’oublie pas ce progrès social et l’évolution des mentalités.

Ce roman est une épopée sentimentale dans laquelle on ne s’ennuie jamais. On en sort fort ému. J’ai dû laisser passer quelques jours avant d’entamer une nouvelle lecture tant je me suis attachée aux personnages, en particulier à Cyril.

Un coup de cœur que je vous conseille en ces temps de confinement ! Un livre doudou intelligent loin de toute mièvrerie sur le droit à la différence et à la liberté.

Entre parenthèse un petit clin d’oeil à John Irving à qui se roman est dédié.

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Ce genre de petites choses – Claire Keegan

Bill Furlong vit à New Ross depuis toujours. Nous sommes en 1985 en Irlande où les fermetures d’usines et autres licenciements vont bon train. Cependant Bill a beaucoup de chance : il vend des produits de chauffage, du charbon au bois, en passant par la tourbe et les affaires fonctionnent bien ! Bill a la quarantaine, il est marié et heureux avec Eileen dont il a 5 filles. Bill a de la chance, c’est un peu comme s’il avait une bonne étoile qui le suit depuis sa naissance : son sort aurait pu être tout autre. Sa mère, enceinte à 16 ans, a été bannie par ses parents mais accueillie par son employeur, une veuve protestante propriétaire d’une « big house ». Sans enfant, elle s’occupera de Bill comme s’il était son fils. Une âme généreuse qui évitera donc le pire à la mère et au fils dans cette Irlande étriquée des années 40. Mais 40 ans plus tard, rien n’a changé…

Claire Keegan s’attache à décrire soigneusement un environnement d’habitudes. Les gens vaquent à leurs occupations sans réfléchir, de manière mécanique. Il en est de même dans le foyer de Bill : nous sommes en pleine période de Noël, ça ronronne. Eileen prépare le traditionnel gâteau irlandais de Noël, puis demande à ses filles d’écrire leurs lettres au Père Noël… Le jour d’après elle s’occupera des tartelettes. Bill est très occupé à l’extérieur, le froid arrive et les commandes vont bon train. Un jour où il livre au couvent, il surprend des jeunes filles à genou en train de cirer le sol. Elles semblent en piteux état, des gueuses en uniforme d’un autre temps. Troublé par cette scène, Bill se remémore son passé chez Mrs Wilson. Noël le renvoie aussi au Noël où il avait reçu en cadeau Un chant de Noël de Dickens…

Bill essaie de parler de cette scène à sa femme, assez peu encline à l’écouter sur ce genre de petites choses… Comme pour la pauvreté galopante que Bill observe autour de lui (les clients lui demandent des crédits ou lui font des cadeaux en nature faute de pouvoir payer), la réponse est qu’il y a des gens qui ont le chic pour se mettre tout seul dans des situations difficiles.

Bill continue son train-train, hanté par la scène qu’il a vu, jusqu’au jour où un deuxième événement va déclencher quelque chose en lui, le grain de sable bénéfique qui va perturber la routine et le pousser à agir en sachant pertinemment que dorénavant rien ne sera comme avant : il risque de perdre des clients, de se faire des ennemis, de se mettre le clergé sur le dos, de se faire jeter par sa femme, mais il s’en fout : il le fait. Et ramène le soir de Noël un cadeau pas comme les autres. L’imagination vous appartient puisque le récit se termine là-dessus. (J’extrapole un peu sur ce qui risque de se passer, d’ailleurs…).

Les personnages de Claire Keegan ne sont pas des gens méchants ou mal intentionnés. Ce sont juste des Irlandais ordinaires coincés dans les carcans qu’on leur a inculqués, d’une société corsetée par l’Eglise et l’emprise qu’elle s’est permise sur la vie privée des gens. A tel point qu’ils sont gênés à l’évocation de certains sujets jugés tabous. Par la peur aussi. Bill finit par mettre sa morale catholique en phase avec ses actions pour en finir avec l’hypocrisie, se sentir en phase avec sa conscience profonde. Il a eu la chance de ne pas être un enfant bâtard maltraité ou vendu à l’étranger à des personnes fortunées en mal d’enfant. L’autrice montre comment finalement cela va l’aider à franchir le pas et à écouter ce que lui dicte son coeur en dépit de ce que la société pourra en penser.

« Était-ce possible de continuer durant toutes les années, les décennies, durant une vie entière, sans avoir une seule fois le courage de s’opposer aux usages établis et pourtant se qualifier de chrétien, et se regarder en face dans le miroir ?« 

« Cette histoire est dédiée aux femmes et aux enfants qui ont subi la claustration dans les blanchisseries de Magdalen en Irlande ». Certains vont dire que c’est du déjà-vu, un topos de la littérature irlandaise contemporaine. Je ne suis absolument pas d’accord avec cette vision des choses. Certes d’autres écrivains ou cinéastes irlandais ont déjà évoqué le sujet. Néanmoins, la plupart des archives sur le sujet ont disparu. Donc il n’y aura jamais trop d’écrits. Le héros ordinaire de cette histoire est un homme, ce qui me plaît aussi. Claire Keegan rappelle en note qu' »on ignore combien de filles et de femmes ont été cachées, incarcérées et forcées de travailler dans ces établissements : 10 000 est l’estimation la plus basse. (…) On ne sait pas combien de milliers de nourrissons sont morts dans les foyers pour mères et bébés (…) Il a fallu attendre 2013 pour que le gouvernement irlandais, en la personne d’Enda Kenny, présente des excuses. » Ah oui, au fait, il y a un clin d’oeil à Enda dans l’histoire qui m’a fait sourire ! 😁

La force de ce récit est d’aborder les choses avec du recul, de manière dé-passionnée, tout en dénonçant les faits mais avec subtilité. Il y a aussi un clin d’oeil à Dickens dans cette histoire.

Bref, j’ai adoré et je vous le recommande.

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Trouvailles de reconfinement… et de rentrée littéraire

Même pas eu le temps d’écrire le traditionnel billet de rentrée littéraire ! Mais il n’est jamais tout à fait trop tard pour bien faire, surtout quand on est re-con-finé (re-confit ? re-con-fi-nez, choissisez ce qui vous convient le mieux !) tout le week-end et que le reste du temps on doit aller bosser, comme si de rien n’était.
Bref, devant l’Absurde, on a besoin de lectures, même si là aussi, ça se mérite d’avoir une nouveauté sous la main ! N’empêche, dans cette ambiance surréaliste, le ministère de la culture a décidé à l’arrache dans le milieu de la semaine de donner la possibilité aux libraires indépendants de livrer gratuitement leurs clients. C’est donc avec joie que je me suis rendue sur le site leslibraires.fr pour commander…. le dernier Claire Keegan, Ces petites choses-là, traduit par Jacqueline Odin, aux éditions Sabine Wespieser sorti le 5 novembre et faire par la même occasion travailler une librairie de mon département. Je n’étais pas si rassurée avec le Colissimo livresque (j’ai eu trop de soucis avec Colis Poste), mais tout s’est passé à merveille. J’attendais ce livre depuis de nombreux mois ! Je n’étais même plus certaine qu’il sortirait, vu les circonstances.

« En cette fin d’année 1985 à New Ross, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, a fort à faire. Aujourd’hui à la tête de sa petite entreprise et père de famille, il a tracé seul sa route : élevé dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants nés sans père.Trois jours avant Noël, il va livrer le couvent voisin. Le bruit court que les sœurs du Bon Pasteur y exploitent à des travaux de blanchisserie des filles non mariées et qu’elles gagnent beaucoup d’argent en plaçant à l’étranger leurs enfants illégitimes. Même s’il n’est pas homme à accorder de l’importance à la rumeur, Furlong se souvient d’une rencontre fortuite lors d’un précédent passage : en poussant une porte, il avait découvert des pensionnaires vêtues d’horribles uniformes, qui ciraient pieds nus le plancher. Troublé, il avait raconté la scène à son épouse, Eileen, qui sèchement lui avait répondu que de telles choses ne les concernaient pas.Un avis qu’il a bien du mal à suivre par ce froid matin de décembre, lorsqu’il reconnaît, dans la forme recroquevillée et grelottante au fond de la réserve à charbon, une très jeune femme qui y a probablement passé la nuit. Tandis que, dans son foyer et partout en ville, on s’active autour de la crèche et de la chorale, cet homme tranquille et généreux n’écoute que son cœur. »

Autre trouvaille de confinement, islandaise, cette fois : La Lectrice disparue de Sigridur Hagalin Bjornsdottir (l’autrice qui a écrit L’île). Le livre vient de sortir en plein confinement, aux éditions Gaïa, traduit par Eric Boury. J’attends de le recevoir. Commandé le même jour que le livre de Clarie Keegan, dans une autre librairie, réputé envoyé, mais no news. Pas pressée, j’ai des réserves, tellement contente d’avoir pu le commander et qu’on me l’expédie…

« Edda, une jeune Islandaise, disparaît un beau matin, abandonnant son mari et leur bébé. Quand la police découvre qu’elle s’est rendue à New York, son frère Einar part à sa recherche. Ce sauveteur chevronné a l’habitude de pister des disparus, mais il évolue cette fois-ci dans un environnement étranger et sa dyslexie ne lui facilite pas la tâche. Peu à peu il comprend que la disparition de sa sœur est liée à sa vieille obsession pour les textes et que la clé pourrait se trouver dans un livre. Mais lequel ? Naviguant entre l’Islande des années 1990 et le New York contemporain, cette enquête aux allures de thriller décrit le lien spécial qui unit certains êtres et aborde la question de l’influence de l’écrit sur le développement humain, nos interactions avec les autres, et celle de sa possible disparition dans le monde connecté. Subtil, imaginatif et profond. »

Sinon, quelques autres sorties irlandaises, repérées avant même qu’elles soient publiées mais dont je n’ai pas parlé. Le deuxième roman de Mary Costello, La Capture, traduit par Madeleine Nasalik, aux éditions du Seuil. Trouvé d’occasion via Marketplace sur Amazon, et vendu par …. un libraire. Aheum ! Quelle ne fut pas ma surprise quand je pensais commander à un particulier. Le 1er roman de l’autrice ne m’avait pas emballée plus que ça, je ne suis pas sûre que celui-ci le soit davantage, mais je suis curieuse !

« Luke O’Brien, professeur de lettres et spécialiste de Joyce auquel il rêve depuis des années de consacrer un livre, est en pleine crise existentielle, en proie à l’angoisse de la page blanche et aux tourments provoqués par une vie amoureuse compliquée. Il a quitté Dublin pour s’installer dans une vieille demeure à la campagne, au bord de la rivière Sullane, sur les terres familiales dont il est le dernier héritier, non loin de sa chère tante Ellen.
Un matin, une jeune voisine frappe à sa porte : Ruth. Coup de foudre. Soudain la vie reprend, s’emballe, s’illumine d’espoirs que Luke croyait à jamais disparus de son existence. Mais lorsqu’il présente la nouvelle élue de son cœur à sa tante Ellen, celle-ci réagit mal. Très mal. Et exige qu’il cesse immédiatement de la fréquenter. Pourquoi ? En cherchant à répondre à cette question, Luke va s’engager sur un chemin intérieur vertigineux.
Portrait de l’artiste en jeune homme égaré à la croisée des chemins, bouleversante histoire d’amour et de fantômes, doublée d’une méditation sur notre place au sein de la nature et du cosmos, La Capture confirme, après Academy Street (Seuil, 2015), l’immense talent de Mary Costello, qui compte désormais parmi les plus importantes figures du paysage littéraire irlandais. »

Et puis John Boyne, dont je dévore actuellement Les fureurs invisibles du coeur, traduit par Sophie Aslanides, paru au Livre de Poche, 850 pages. Un bonheur d’humour qui parle de choses très sérieuses, comme le droit à la différence, la quête d’identité. Un clin d’oeil à de nombreux écrivains irlandais, dont Brendan Behan (plus alcoolo que jamais mais également très vulgaire avec la gente féminine, John Boyne ne l’aimerait-il pas, était-il comme ça, je me pose la question ?). On croise également Edna O’Brien, ou du moins une référence à son oeuvre paru dans les années 60 et qui fait beaucoup causer… Bref, je me régale ! J’en reparle bientôt. En attendant un autre roman a paru en mai ou juin… L’audacieux Monsieur Swift, chez J.C. Lattès dont je n’aime pas la couverture !Sans doute ce qui me fait reculer à l’achat depuis de nombreux mois.

« Dans un hôtel berlinois, Maurice Swift rencontre par hasard le célèbre romancier Erich Ackerman qui lui confie son lourd passé, et lui permet de devenir l’auteur qu’il a toujours rêvé d’être.
Quelques années plus tard, Maurice Swift s’est enfin fait un nom ; il a désormais besoin de nouvelles sources d’inspiration. Peu importe où il trouve ses histoires, à qui elles appartiennent, tant qu’elles contribuent à son ascension vers les sommets.
Des histoires qui le rendront célèbre, mais qui le conduiront aussi à mentir, emprunter, voler. Ou pire encore, qui sait ? »

Autre sortie irlandaise à venir début 2021 : Constellations – Eclats de vie, de Sinéad Gleeson traduit par Cécile Arnaud, à paraître aux éditions de La Table ronde, le 11 février. C’est de la « non fiction » comme on dit maintenant. Je pense que ça ressemble au livre d’Emilie Pine Notes à usage personnel, ou au dernier Maggie O’Farrell I am, I am, I am. A suivre, mais je suis très curieuse de découvrir ce livre !

Je pense aussi que dans le cadre du mois de la littérature libanaise en janvier, je vais peut-être pouvoir parler de Cancion, d’Eduardo Halfon, à paraître aux éditions de La Table ronde, aussi, le 14 janvier. A voir.

En parlant de littérature libanaise, j’ai lu beaucoup de livres en octobre, dont l’excellent Beyrouth 2020, journal d’un effondrement de Charif Madjalani (paru chez Actes Sud en septembre ou octobre) que je vous recommande chaudement. On reparle de littérature libanaise en janvier, de toute façon ! Merci à toutes celles qui me suivent et se sont lancées dans l’aventure, via le blog ou Insta! Merci aux Libanaises qui me filent de tuyaux. A signaler également : un bel article dans le magazine Lire de novembre sur la littérature libanaise.

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Ouvrez les librairies ET les enseignes vendant des livres !

Dessin de Joann Sfar

Confinement N°2 depuis le 30 octobre. Déjà il a fallu accuser le coup !

Librairies fermées. Cri de guerre généralisé des libraires et du monde du Livre qui s’offusquent . Ok. 1er jour du confinement : les librairies s’aperçoivent que les grandes enseignes culturelles (Fnac, Cultura etc.) sont ouvertes. Et que les gens peuvent s’y procurer des livres, et dans les rayons des supermarchés aussi. Re-cri de guerre sur le thème de la concurrence déloyale, de l’injustice. Soit. C’est vrai, c’est injuste. Ça gueule tellement que… le gouvernement interdit la vente des livres aux grandes enseignes et aux supermarchés !! Je cauchemarde !!

Je vis dans une petite ville de banlieue parisienne sans librairie. Aucun libraire n’a voulu s’y installer, ce qui est tout de même incompréhensible car ce n’est pas un coupe-gorge. Cela ferait du bien à de nombreux lecteurs boulimiques, comme moi, d’avoir facilement accès à des livres et surtout de pouvoir trouver une ambiance « librairie », les conseils de professionnels, d’autres lecteurs. Ce serait le lieu de lien social et culturel qu’il nous manque ici, et qu’aucun réseau social ou grande enseigne ne peut remplacer.

Donc voilà, mon seul moyen d’acheter des livres ici, d’avoir un grand choix est de prendre ma voiture et d’aller à Cultura ou au Furet du Nord (toppissime ce Furet, d’ailleurs, même si ce n’est pas de la librairie indépendante). Si je veux trouver une librairie, je dois aller beaucoup plus loin. Pas pratique quand on travaille. Alors c’est souvent à Paris que j’achète des livres, souvent après le boulot, quand j’ai le temps, car pas de librairies non plus dans le quartier où je travaille. Le plus près est d’aller dans le quartier latin. J’avais la « fâcheuse » tendance d’y traîner 😊 quand on n’était pas dans cette crise sanitaire sans fin, qu’il y avait encore des rencontres littéraires. Une autre vie, quoi ! Tout est différent maintenant.

Si avant, ce n’était pas si évident d’acheter des livres facilement, maintenant c’est carrément foutu avec la fermeture de tous les rayons livres des grandes enseignes et des librairies !!! Je ne veux pas commander sur des sites en ligne car la Poste, cette épicerie bas de gamme qu’est devenu ce service public qui n’en est plus un, m’a joué plus d’un tour avec les livraisons qui vont de la perte de colis à défoncer la boîte aux lettres pour le faire rentrer dedans… On vit dans un monde où tout est devenu compliqué. Mon plan B est ma liseuse, qui vaut tous les clic & collect du monde ! Au moins, on est sûr d’avoir son livre sans délai ni complications. Sauf que ce n’est pas pareil que fureter entre les rayons de livres à la recherche de perles rares et qu’en plus, il est impossible de prêter un ebook sans prêter sa liseuse !🙄 En plus, ça reste assez cher pour ce que c’est : un fichier informatique.

Donc, comme bon nombre de concitoyens, on est privé de livres et du plaisir des rayons livresques, quel qu’ils soient ! Je rejoins Joann Sfar avec son dessin et je vais même plus loin : ouvrez les librairies ET LES ENSEIGNES VENDANT DES LIVRES ! Je comprends les libraires (du moins certains, je passe sur ceux qui pensent que le monde tourne autour de leur librairie et que tout lecteur achetant ailleurs est un connard !) mais ce n’est pas que les librairies qu’il faut ouvrir. Chacun est libre d’acheter où il veut. On est en démocratie (même si en ce moment je me pose beaucoup de questions !). Un libraire est un commerçant. La concurrence est là. Et alors ?

Je déplore le chacun pour soi, la jalousie et tous les trucs malsains qui en découlent. L’immense ignorance de ceux qui imaginent que tout le monde descend en bas de chez soi pour acheter des bouquins. Ça reste un luxe inaccessible à beaucoup, pas forcément faute de moyens (ceux qui n’ont pas l’argent ne franchissent pas les seuils de libraires, malheureusement). La fracture sociale est ignorée dans les beaux quartiers, où l’on trouve généralement des librairies. Ça braille contre Amazon (je n’achète plus depuis au moins 10 ans sur ce mastodonte), mais on comprend que certains le fassent quand c’est la solution à leur envie de lecture. On parle d’Amazon, mais jamais de Momox, basé en Allemagne qui casse le prix des livres, neufs ou d’occasion… Certains devraient clairement descendre de leur perchoir. C’est un fait. Leur seul argument de défense étant de fustiger les lecteurs qui achètent sur Amazon en disant que c’est leur choix de société. Un peu simpliste, voire carrément carricatural. Ceux-là, je n’acheterai pas chez eux. D’ailleurs quand en même temps, ils vendent leurs livres via ebay, ça me laisse songeuse. Ebay, c’est pas un gros truc pourri, fait pour engranger du pognon ? C’est bizarre comme procédé quand on dit vouloir défendre le local. Bref, en vérité, leur élitisme et leur contradictions les regardent et s’ils coulent ils auront le temps de réfléchir à leur vision du monde. Apparemment, ce n’est pas de rendre le livre accessible à chacun.

En tout cas, plus un livre disponible à l’achat autour de moi. 🤨Ceci n’est pas possible… On est où ?

Bref, rendez-nous nos livres !!!

Les bibliothèques sont fermées et personne ne gueule ! C’est étrange !

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Une histoire des loups – Emily Fridlund

Traduit par Juliane Nivelt

Pour une fois, je vais citer la 4e de couverture : « Madeline, adolescente un peu sauvage, observe à travers ses jumelles cette famille qui emménage sur la rive opposée du lac. Un couple et leur enfant dont la vie aisée semble si différente de la sienne. Bientôt, alors que le père de famille travaille loin, la jeune mère propose à Madeline de s’occuper du garçon, de passer avec lui ses après-midi, puis de partager leurs repas. L’adolescente entre petit à petit dans ce foyer qui la fascine, ne saisissant qu’à moitié ce qui se cache derrière la fragile gaieté de cette mère et la sourde autorité du père. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. »

L’image de couvertue et le mot « lac » m’ont accroché le regard et décidé à lire ce livre qui est un premier roman, paru en France lors de la rentrée littéraire de l’an dernier.

Madeline parle de cette histoire une fois adulte, des années après. Dès le début, on sait qu’il y a eu un problème puisqu’elle évoque un procès. Elle parle de sa scolarité, notamment d’un professeur, M. Grieson, qui a succédé à un autre, juste avant Noël. Un professeur d’Histoire charismatique qui décide de faire participer ses élèves au tournoi de L’odyssée de l’Histoire. Il faut que ce soit quelque chose d’illégal en rapport avec la Constitution. Madeline décide de parler des loups. M. Grieson paraît déconcerté et répond : « Évidemment. Tu es une fille de quatorze ans (…). Vous avez toutes un faible pour les loups et les chevaux. J’adore. » Aux yeux de l’adolescente, cet homme est énigmatique, du moins il l’intrigue. « Les loups n’ont absolument rien à voir avec les hommes, en fait. S’ils le peuvent, ils les évitent », dit-elle à la fin de son exposé. A l’automne suivant « le scandale Grieson » éclate. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé mais Lily, l’amie de Madeline est mêlée à tout ça. Par les ragots, on apprend qu’il a été accusé de pédophilie dans l’établissement où il exerçait précédemment. Il est licencié.

Quand elle n’est pas au lycée, Madeline garde Paul, le petit garçon des nouveaux voisns qui habite de l’autre côté du lac, dans ce coin boisé du Minesotat. Elle sympathise avec Patra, qui élève son fils quasiment seul, son conjoint étant toujours en déplacement pour son travail. Le gamin est étrange, presque effrayant. On se demande longtemps (trop longtemps) où est le problème. L’allusion au procès qui a eu lieu revient périodiquement sans qu’on soit vraiment davantage renseigné sur son objet.

Emily Fridlund déroule son roman avec une technique proche du sfumato. Un flou artistique appliqué au texte qui pourrait plaire s’il ne durait pas si longtemps. J’ai relativement bien accroché à la première partie du roman, pour cette ambiance mais je me suis noyée dans le lac dans la deuxième partie, j’ai perdu le fils du pourquoi du comment. Heureusement, il y avait une jolie peinture de cette région des Finger Lakes, de cette nature boisée et sauvage.

Il est question de maladie, de manipulation, de trahison, d’injustice, d’homicide. Mad a eu la malchance de croiser des gens pas clairs sur le chemin de son adolescence, qui continueront à la hanter indéfiniment dans sa vie adulte.

Un roman où je me suis finalement globalement ennuyée et dont il me reste peu de choses quelques semaines après l’avoir refermé.

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Tops & flops

J’ai beaucoup lu ces derniers mois, peut-être encore plus que d’habitude mais pas forcément eu le temps voire la motivation pour les chroniquer et aussi peut-être parce que faire des chroniques sur des livres qui n’en valent pas la peine n’est pas franchement enthousiasmant.

Dans la rubrique flop :

Toute la Toile s’enflamme pour Là où chantent les écrevisses qui raconte l’histoire d’une fillette qui grandit seule dans les marais de Caroline du Nord, devient une femme à l’écart de la société. 2 mois après avoir terminé ce roman best seller en voie d’adaptation au cinéma, il ne m’en reste pas grand chose si ce n’est quelques agacements et éclats de rire devant l’état de mièvrerie de ce roman, d’où mon incompréhension assez immense quand je vois des lectrices aguerries se pâmer devant ce livre. 🙂 Bon, on est quand même aussi plusieurs à ne pas l’avoir aimé ! Je n’ai pas aimé la tournure facile de cette histoire, sans vraiment de recherche, le manque de profondeur tant du style que des personnages. L’autrice laisse divaguer sa plume sans vraiment de recherche de cohérence. La fin me semble complètement invraisemblable. Bref, rien que le titre du livre aurait dû m’alerter ! Pour l’aspect Nature Writing, j’ai lu vraiment mieux ailleurs, ça n’a rien de transcendant.
Extraits : « Elle avait donné sa chance à l’amour ; maintenant elle voulait seulement remplir les espaces vides. Alléger sa solitude tout en protégeant son coeur. »
« Une partie d’elle-même avait envie de l’embrasser maintenant, de sentir sa vigueur contre elle. »
OMG ! L’heure est grave ! 🙂
« Elle voulait qu’il la touche de la même façon. Sa respiration s’accéléra. Personne ne l’avait jamais regardée comme il l’avait fait. Pas même Tate. » (Purée, si ça c’est pas du cliché très bas de gamme, c’est quoi ? 🙂

Dans la joie et la bonne humeur, recueil de nouvelles de l’Irlandaise Nicole Flattery est un univers assez particulier dans lequel je n’ai pas su rentrer et ce qui était censé être de l’humour m’a laissée de marbre. Lu et oublié ! 😦

Les fantômes de Reykjavik de mon chouchou Arnaldur Indridason : je n’en reviens pas d’avoir eu du mal à terminer ce livre, moi qui les dévore ! Le problème est que c’est une nouvelle série, le 2e tome, avec l’inspecteur en retraite Konrad. Sauf que dans mon esprit, ça s’embrouille avec l’histoire d’Erlendur. Ceci explique sans doute cela. J’avais pourtant bien accroché au 1er volume.

Attachement féroce ou les relations familiales et mère-filles compliquées et agitées de la famille juive de l’autrice, dans le Bronx. Elle raconte la vie du quartier, celle de ses parents communistes. J’ai eu des hauts et des bas avant de m’ennuyer franchement. Vivan Gornick n’a pas su me faire entrer dans la sphère de sa famille, lui donner la dimension universelle que j’attendais. Je me passerai de la suite.

Dans la rubrique top :

Complètement conquise par la plume sauvage et iodée de Catherine Poulain et son Grand Marin qui vous embarque en Alaska dans l’univers des marins pêcheurs, qui sent la sueur et le poisson, l’alcool et le machisme. Une femme dans leur univers, c’était pas gagné ! Un bol d’oxygène qui vous fait voir du pays.

Bouleversée par Le Consentement de Vanessa Springora. Je comprends mieux pourquoi certains éditeurs ont fait du tri dans leur catalogue depuis. Quelle claque !

Entre eux de Richard Ford, que j’ai lu avant de me rendre à l’Intime Festival de Namur pour en écouter la lecture par Reda Kateb est une merveille. C’est poignant sans tomber dans le pathos. Un magnifique hommage à ses parents, écrit en deux partie, à deux moments différents : le récit sur son père (mort en février 1960 d’une crise cardiaque) a été enclenché en 1981 lors de la mort de sa mère d’un cancer du sein. Le plus récent est celui qui est le plus loin dans le temps. L’histoire d’un marchand d’amidon, (devenu marchand d’amidon par hasard, si ma mémoire est bonne) toujours sur la route, où il rencontre sa femme et continue avec elle jusqu’à la naissance inattendue de Richard qui va bouleverser leur mode de vie. La famille part vivre dans le Sud, à La Nouvelle Orléans, alors que les racines familiales sont plutôt dans l’Arkansas et d’ascendance irlandaise du côté de son père. Un beau témoignage de la vie au début du 20e siècle, avec quelques photos.

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