2019 dans le rétroviseur

2019, ce fut :

◇ être jurée du Grand Prix des Lectrices ELLE pour la 2e fois et voir, pour la 2e fois 2 de mes coups de coeur primés : Le chant des revenants de Jesmyn Ward et d’aucune femme de Franck Bouysse ; voir son nom et un extrait de sa chronique dans le magazine, sa bouille sur la photo de groupe lors de la remise des prix ; rencontrer les autres jurées, se marrer ; se retrouver assise autour d’une table avec les lauréats ;😅

◇ une fantastique échappée belle à Deauville pour le festival « Lire & Musique » consacré à l’Irlande cette année, en présence de Roddy Doyle, Dermot Bolger, Michèle Forbes, Lisa Harding, Conor O’callaghan, Lisa McInerney (mais aussi le 2e jour Paul Lynch et Robert McLiam Wilson) et halluciner de voir tant d’écrivains irlandais de talent présents que du nombre de bouquins irlandais réunis – je ne suis pas prête d’oublier cette journée ;😍

◇ aller écouter Robert McLiam Wilson à la Maison de la Poésie interviewer quelqu’un dont j’ai déjà oublié le nom ;😊

◇ aller plusieurs fois au Centre culturel irlandais écouter Paul Lynch, Donal Ryan et Emilie Pine ;

◇ aller à « Livre Paris » parce que j’ai maintenant un pass permanent mais ne pas m’en souvenir comme d’une cuvée mémorable ;

◇ partir en road trip visiter le grand ouest canadien et embarquer Nancy Huston dans ma valise, découvrir la plume de Joseph Boyden et Richard Wagamese ; avoir évidemment un immense coup de coeur pour les Rocheuses canadiennes (mais pleurer devant la forêt en train de mourir d’un insecte ravageur dans la chaîne de montagnes plus à l’Ouest), kiffer Vancouver la mégapole cool et verte du bout du monde et flasher encore davantage sur Victoria et l’île de Vancouver où je veux absolument retourner ;

◇ mettre 3 guenilles dans un sac et partir solo revoir Londres et le grand sud irlandais qui me manquait tant : la très belle Cork en habit de fête, Cobh et Kinsale, être toujours accueillie avec le sourire ou une blague et c’est vraiment ça l’Irlande ; 😊

◇ avoir lu 58 livres dont 3 BD/romans graphiques – c’est beaucoup moins que certains mais c’est pas une course et tout dépend du nombre de pages et de la difficulté ; 😅

◇ lire 12 livres irlandais, fiction et non fiction ; 5 nordiques (3 Islandais, 1 Norvégien, 1 Suédois)

◇ écrire 57 chroniques ;

◇ plusieurs livres coups de coeur et un livre coup de gueule (Conversation entre amis de Sally Rooney, à qui je decerne le Prix de la Daube de l’année) ;

◇ 91 abonnés au blog (dont des abonnements mails que vous ne voyez pas) = 28 personnes se sont abonnées au blog soit davantage que l’an dernier) : qui a dit que les blogs littéraires étaient has been ?

◇ 8600 visites (un peu moins que l’an dernier mais davantage de commentaires : merci à vous ;

◇ suivre la mode Instagram mais s’agacer parfois du too much marketing et de ses dérives : ras le bol de voir toujours les mêmes bouquins en photos, on n’est pas dupes et de la professionnalisation de certains non plus ; mais c’est sympa pour échanger sur les livres moins visibles (même si je ne ferai pas une chronique sur IG : tapoter sur un smartphone, non merci et IG reste très éphémère contrairement à une chronique sur un blog) ; rester libre, mon credo ;

Quelques projets déjà en vue pour 2020, alors vive 2020 !

Faites ce qu’il vous plait, les autres sont déjà pris !

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Miss Islande – Auður Ava Ólafsdóttir

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Traduit par Eric Boury

1963 en Islande. Hekla porte le nom d’un volcan. Elle a 21 ans. Elle sait ce qu’elle veut faire de sa vie : écrivain. Elle est en route pour Reykjavík depuis sa terre natale, celle de la Saga des Gens du Val-au-Saumon. Dans l’autocar, elle déchiffre Ulysse de Joyce, avec dans l’idée de chercher la librairie anglophone de Reykjavík. Elle trouve un emploi de serveuse dans un hôtel-restaurant, afin de subvenir à ses besoins et trouver un logement, qu’elle partage avec un jeune homme homosexuel : David Jón John Stefansson Johnsson. Elle se rend à la bibliothèque et sympathise avec le bibliothécaire, Starkadur, qui est aussi poète. Celui-ci fréquente le Mokka, le café qui sert de QG aux poètes. Hekla le trouve bien sympathique, elle est attirée par lui car il fréquente un milieu littéraire. Elle déménage et ils s’installent ensemble dans une mansarde, plus près du fameux café. Hekla a également beaucoup d’affection pour Jón John qui fut aussi sa « première fois », quand ils étaient adolescents. Jón John est très tourmenté et vit très mal son homosexualité. Il se fuit en s’embarquant sur des navires avant de revenir, il est se bat, il boit, il est roué de coups. Les gens assimilent homosexualité avec pédophilie ! Hekla est le rayon de soleil du jeune homme. Derrière elle Hekla a laissé sa meilleure amie, Ísey. Celle-ci est déjà mère d’une enfant, malgré son jeune âge et bientôt enceinte du second à son grand désespoir. Elle admire la liberté d’Hekla et lui confie son désarroi d’avoir un avenir tout tracé : femme au foyer, rien d’autre. Comme toutes les femmes d’Islande. Pourtant elle aussi écrit, en cachette. La banalité du quotidien se transforme sous sa plume. L’écriture est son échappatoire. Hekla n’a pourtant pas la vie tout à fait rose : au restaurant, les clients masculins ont la main baladeuse et l’un d’eux la harcèle d’une drôle de façon : il veut qu’elle participe au concours de Miss Islande, ce qu’elle refuse catégoriquement. Pendant son temps libre, elle écrit avec, mais en cachette de Starkadur. Le jeune homme s’avère être un poète raté, qui ne voit pas autre chose dans une femme que quelqu’un qui peut lui servir de bonne. Une femme ne peut pas être poète, voyons ! Hekla encaisse un certain temps…

Hekla, Ísey et Jón John sont trois personnages très attachants ; j’ai eu beaucoup plus de mal avec Starkadur, assez imbu de sa petite personne, un peu jaloux quand il découvre que son amoureuse est douée pour l’écriture. Ce n’est pas le type foncièrement méchant mais il est agaçant. A l’instar de ce que pensent les autres hommes du pays, les femmes ne sont pas censés écrire. A ce titre, la fin du roman est un sacré pied de nez ! Ísey est le double de Hekla, ou plutôt ce qu’elle serait si elle n’était pas partie.

Auður Ava Ólafsdóttir évoque la condition des femmes dans l’Islande des années 60, un pays encore très isolé et conservateur. Elle peint deux personnages eux-mêmes isolés, qui débordent du cadre de vie qu’on voudrait leur assigner. Deux êtres humains libres et qui feront tout pour vivre comme ils l’entendent. Même s’il faut utiliser des subterfuges…

Hekla est libre comme un volcan : elle fait ce qu’elle veut. Il y a d’ailleurs beaucoup de volcans dans cette histoire (il y a certes beaucoup de volcans en Islande) et on assiste à la naissance de ceux des îles Vestmann, qui modifient le paysage… Il y a aussi des aigles (je ne sais pas trop quoi en faire, j’avoue), de la bouffe (j’adore !), des noms de rue, du vent, de la pluie, du soleil, des montagnes, de la neige, du verglas et des poètes !

« Toi, tu mets des pantalons et tu traces la route, Hekla. » Parce que pour vivre libre, il faut parfois partir.

La plume de l’auteure est à la fois poétique, piquante et non dépourvue d’humour. « Les mots m’évitent, dès qu’ils me voient, ils prennent la fuite comme un banc de nuages noirs poussés par un vent propice », se plaint Starkadur !
« Ils ont dépecé cinq cents cachalots cet été. Ce n’est pas un hasard si, quand ça pue la merde, les Islandais disent que ça sent le pognon. »

Une histoire de liberté, d’isolement, de création littéraire. Un roman féministe, aussi, évidemment.
C’est le troisième roman que je lis d’Auður Ava Ólafsdóttir (après Rosa Candida et Le rouge vif de la rhubarbe). Je crois bien que Miss Islande a détrôné, dans mon panthéon de l’auteure, Rosa Candida !
Je termine très bien mon année littéraire avec ce roman qui est encore un coup de coeur. 🙂
(et ma énième lecture de la rentrée littéraire, je ne sais plus la numéro combien !)

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Les invisibles – Roy Jacobsen

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Traduit par Alain Gnaedig

En attendant les nouveautés de janvier, je pioche dans ma bibliothèque. Il y trônait ce roman norvégien, Les invisibles, depuis plusieurs mois, d’un auteur que je ne connaissais pas.
Un petit voyage au large des Lofoten, dans des îles minuscules me tentait bougrement ! Me voilà donc partie sur l’île de Barrøy, du nom de la famille qui en est propriétaire. Le chef de clan est Hans, qui vit là avec son père, le vieux Martin, sa femme Maria et ses filles Ingrid et Barbro. Un caillou aride d’un kilomètre à peine, où l’on cultive un carré de pommes de terre, on fait du foin quand c’est possible, on ramasse la tourbe, on trait quelques vaches mais on vit surtout de la pêche, celle que l’on ramène et que l’on vend ou bien celle de l’Usine, qui nous fait vivre.

La vie et le décor semblent immuables, entre blizzard, tempête, et …canicule ! Pas de date, quelques allusions vagues. La nature dicte sa loi et les hommes font avec. Sur Barrøy, on disparaît et réapparaît – parfois. On devient père et mère sans avoir eu d’enfants, on devient adulte alors qu’on n’est qu’un enfant. On oublie d’aller à l’école. Et puis on y retourne. On construit des rafiots et des pontons. On s’engueule, on se bat et on se réconcilie. On est hors du grand tumulte du monde, on est invisible.

Cependant, le lecteur observe, subjugué la vie de ce microcosme à la beauté magnétique du froid. On est une famille indéfectiblement liée, avec ses secrets à peine esquissés sur la page d’encre. On a parfois voulu partir mais Barrøy en a décidé autrement.

Roy Jacobsen peint avec une minutie incroyable la vie de ses personnages confronté à Dame Nature, elle aussi un personnage à part entière. J’ai eu du mal à m’immerger dans le roman pendant une trentaine de pages (peut-être parce que les conditions n’étaient pas réunies). Il faut dire que l’écrivain est assez avare en virgules, et préfère la description et le discours rapporté au dialogue au style direct (ce qui au demeurant ne me pose aucun problème). Puis j’ai plongé et j’ai dévoré les pages pour suivre cette saga familiale au confin du monde. J’ai même retardé la fin parce que justement je ne voulais pas quitter ces gens ! 299 pages, c’est bien court !

Quelques petites remarques : j’aurais bien voulu en savoir plus sur le père de Lars, le fils « illégitime » de Barbro, lui même demi-frère de Felix, fils adoptif d’Ingrid. Pourquoi les femmes disparaissent avant de réapparaître ou deviennent folles ? C’est passé sous silence par Roy Jacobsen mais il s’amuse un peu avec elles. Quant aux hommes, ils meurent de leur belle mort ou carrément bêtement.

J’ai eu des soucis avec la traduction, parfois : ça m’a fait sourire de trouver des pies huîtrières. Je ne connais que l’huitrier pie, c’est-à-dire l’huitrier avec un plumage de deux couleurs dont du blanc. Seuls les connaisseurs de l’échassier (qui ne mange pas d’huître !) trouveront étrange de le voir rebaptisé.  Quant à « ce bref moment où l’île est le plus grande, où l’on peut marcher sur du sable blanc » = ???? coquille !….  ; ou « la mer (…) noire et lisse comme de la colle sous un ciel sans étoiles »… j’ai beau eu lire et relire, je n’arrive pas à imaginer ce que c’est de la colle sous un ciel sans étoiles ! Il manque une virgule, non ? – même si j’ai bien compris que c’est la mer dont il est question, mais balancé comme ça, ce n’est pas clair !  Peu de virgules chez Roy Jacobsen, c’est vrai… Bref, j’ai fini par trouver qu’il manquait un travail de correcteur dans ce texte (ce qui relève de l’éditeur). Cela dit, ça n’a pas gâché mon plaisir, mais un peu agacée à la longue. J’ai lu le livre en version poche chez Folio, composition du 4 février 2019 n°d’imprimeur  234335. Edité chez Gallimard pour le grand format.

Malgré ces remarques qui ne feront pas plaisir à tout le monde, Les invisibles est un  magnifique roman pour ceux qui aiment l’air froid et iodé, les tempêtes, les coins sauvages, et les sagas familiales. La bonne nouvelle est  qu’il y a une suite, Mer blanche ! Je ne connais pas très bien la littérature norvégienne, mis à part Herbjørg Wassmo et dans un autre genre, Anne B. Radge. Mais Roy Jacobsen est une invitation à en poursuivre la découverte.

Les Invisibles, mon coup de coeur nordique de fin d’année.
Il y en aura peut-être d’autres, nous ne semmes que le 27 décembre ! 😉

 

 

 

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Je m’appelle Leon – Kit de Waal

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Traduit par Isabelle Chapman

 

Kit de Waal est irlandaise par sa mère et antillaise par son père. Elle vit à Birmingham. Elle a travaillé pendant 15 ans dans le domaine du droit, notamment comme magistrate ! Un profil atypique qui m’a attirée. Elle s’est beaucoup investie dans des affaires ayant trait à l’enfance, comme l’adoption et le placement. Elle a écrit plusieurs nouvelles qui ont souvent été primées. Je m’appelle Leon est son premier roman, paru en français en 2016.

Carol, la maman de Leon vient d’accoucher. C’est son deuxième enfant. Le père n’est pas le même que celui de Leon, presque 9 ans. Nous sommes le 2 avril 1980. Leon est à la maternité. Il est émerveillé par ce petit frère, prénommé Jake, au grand désespoir de Leon, qui aurait préféré que ce soit Bo, comme le héros de Shérif fais-moi peur, sa série préférée ! Il se présente à son nouveau petit frère, comme lui demande l’infirmière, pendant que Carol est partie fumer…  « Leon ne sait pas trop quoi dire sur le papa du bébé pour la simple raison qu’il ne l’a jamais vu, alors il lui parle de leur mère.
(…) Elle est très belle. Tout le monde le dit. Je trouve que tu lui ressembles. Moi, non. Je ressemble à mon papa. Maman dit qu’il est de couleur mais papa dit qu’il est noir, moi je dis qu’ils se trompent tous les deux : il est marron foncé et moi je suis marron clair. Je t’apprendrai les couleurs et aussi à compter.
(…) Tu a les cheveux blonds et elle a les cheveux blonds. »

Carol, déjà bien perdue avant la naissance de Jacke, va complètement perdre les pédales et sombrer dans une profonde dépression. La fameuse dépression post-partum ? Pas seulement. Plutôt un sentiment d’abandon total, contrairement à la naissance de Leon : « Byron passait tous les jours quand Leon était petit. Il faisait la cuisine. Il était génial avec Leon. Ca me permettait de souffler. (…) Après quand il a été sous les verrous, j’ai commencé à déprimer et ils ont voulu que j’aille dans un centre deux fois par semaine. Alors que j’étais toute seule à la maison avec mon bébé et que je me sentais comme une merde », dit-elle à son amie Tina. Le père de Jake refuse d’assumer son rôle, et pour cause : il est déjà marié :  « Je ne voulais pas d’autre enfant à la base et je veux sûrement pas une autre femme dans ma vie. (…) Laisse tomber, Carol, j’te dis. »  Malgré ses efforts pour essayer de remonter la pente, Carol s’avère incapable de s’occuper de ses gamins. Elle oublie d’envoyer Jake à l’école, elle oublie de les nourrir. Un jour Leon monte voir Tina qui habite au-dessus pour lui demander de l’argent pour faire des courses. C’est le début d’une vie bouleversée. Tina compose le numéro d’aide à l’enfance. Leon et Jake sont séparés. Leon part vivre en famille d’accueil ; Jake va être adopté.

Le drame des adultes vu par un petit garçon. C’est la focale choisie par Kit de Waal. Leon porte sur le monde qui l’entoure un regard naïf, étonné. Ce qu’il veut par-dessus tout c’est retrouver Jake, son petit frère adulé. C’est un gamin intelligent et il comprend, malgré son jeune âge, que le monde est plutôt compliqué et parfois injuste. Pourquoi lui a-t-il été placé en famille d’accueil alors que Jake a été adopté ? Les assistants sociaux, qui visitent régulièrement Julia, expliquent à  Leon qu’il ne reverra pas Jake et que c’est pour son bien qu’ils ont décidé de le proposer à l’adoption ! Alors Leon s’interroge : pourquoi pas lui ? Peut-être parce qu’il est noir, alors que son frère est blanc ?  Peut-être parce que c’est plus facile de « caser » un bébé blanc qu’un enfant noir ? Mais pourquoi ?

Sur son chemin, Leon va croiser deux hommes qui vont devenir ses amis : Tutfy, un jardinier métisse, comme Leon, qui va lui apprendre les rudiments pour faire pousser les haricots d’Espagne « empereur écarlate », et M. Delvin, un Irlandais voisin de Tutfy dans les jardins partagés. Les deux hommes ignorent tout de la vie de Leon. Le gamin assiste à leurs engueulades, notamment à propos de la grève de la faim, qu’on devine être celle de Bobby Sands et autres blanket men. Ils se disputent aussi à propos des émeutes raciales qui ont eu lieu :  Tutfy a beau expliquer qu’il n’y ait pour rien, l’occasion fait le larron…  Pendant ce temps, Leon mûrit son plan pour retrouver son petit frère…

Un roman qui, malgré la noirceur du sujet, adopte un ton léger car il est vu par les yeux d’un gamin innocent. C’est peut-être le tour de force de Kit de Waal avec cette histoire. Nous découvrons les erreurs commises par les services sociaux dits de l’aide à l’enfance, qui justement, ne sont pas du tout à l’écoute de ceux qu’ils sont censés aider. Leon est placé dans deux familles d’accueil : deux femmes au grand coeur, Maureen et Julia vont s’occuper du petit bonhomme et lui donner tout l’amour qu’elles ont. Cependant, étant elles-mêmes en difficulté, la vie n’est pas facile pour elles non plus.

Le racisme au Royaume Uni est également présent en arrière fond. De la difficulté d’être noir dans les années 80, dans l’Angleterre de Thatcher. C’est sidérant !
Cependant, c’est une belle histoire que raconte Kit de Waal car Leon ne sait pas ce qu’est le racisme, il est guidé par l’amour pour son demi-frère, il se projette dans l’avenir avec lui, malgré son absence il s’adresse à lui, raconte ce qu’ils feront ensemble plus tard. Il se fait aussi de beaux amis, sans distinction de couleur. La fin est jolie et pleine d’espoir. Les personnages sont attachants. J’ai beaucoup aimé, bien que la thématique ne soit pas nouvelle. Kit de Waal évite l’apitoiement et le côté « gnangnan » que pourrait aussi avoir ce type d’histoire. Le ton est juste et original.  On ne sort pas accablé, c’est quelque chose que je trouve très important dans un roman.

Kit de Waal a écrit un deuxième roman, encore non traduit : The trick to time (2018).

 

 

 

 

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Shadowplay – Joseph O’Connor

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En juin dernier, en allant voir Donal Ryan au Centre culturel irlandais, le hasard – plutôt bien foutu ce jour-là ! – m’a mis sous le nez le dernier Joseph O’Connor, Shadowplay, dans une célèbre librairie du quartier latin. Couverture sublime, écrivain sublime dont j’ai lu tous les livres, le résumé me fait écarquiller les yeux, le livre sent bon l’encre d’imprimerie (oui je fais partie des lectrices qui sniffe parfois les livres !), je ressors avec ce petit pavé de 300 pages caractère 10. Comment résister, je vous le demande ?

Je me suis plongée dans cette histoire seulement le week-end, parfois le soir quand il faisait un temps à mourir dehors, parce qu’à mon avis, ce roman ne peut pas s’apprécier autrement que flanqué sous des couvertures pendant que le vent souffle, ou dans un endroit calme. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire ou la prose de l’auteur soit difficile à comprendre. C’est juste que le sujet ne m’inspirait pas d’autres conditions.

Dracula, qui ne connaît pas Dracula ? Mais que savez-vous de son « papa », l’Irlandais Bram Stocker ? Pas grand chose, même pas qu’il était irlandais, peut-être – sauf si vous allez en Irlande où l’on ne manquera pas de vous rappeler que Dracula est irlandais ! 🙂 Mais on ne vous dira rien de plus. Et pour cause. On ne sait que peu de chose sur la vie de cet homme. Il y a bien eu quelques tentatives de biographie etc, mais ça reste assez peu finalement, au regard de tous les écrits suscités par Dracula. (Bram Stocker – Dans l’ombre de Dracula d’Alain Pozzuoli ; From the Shadow of Dracula – A life of Bram Stocker, Paul Murray). C’est donc une aubaine pour un écrivain d’en faire la matière d’un roman ! A la réflexion, je suis même assez surprise que personne n’y ait pensé avant. Mais en fait, je suis assez ignare sur le sujet. En tout cas, si un roman existe déjà, il n’a pas dû marquer les esprits

Bram Stocker est né le 8 novembre 1847 à Clontarf et mort à Londres le 20 avril 1912.
Bien heureusement, Joseph O’Connor ne nous raconte pas sa vie de sa naissance à sa mort : ce serait cruellement ennuyeux. De même qu’il n’entreprend pas de faire la biographie de Bram Stocker. Il mélange faits réels et fiction. Le roman n’est pas purement chronologique. C’est quelque chose d’assez baroque dans sa composition. Il se découpe comme une tragédie en trois actes (« Eternal Love »; « Do We Not Bleed ? »; « Arriving at Bradford »), mais en prose sans didascalies, incluant lettres, coupures de journaux, voix, changement de point de vue et un épilogue sur les derniers jours de la vie de Bram Stocker. Les trois protagonistes de la « pièce » sont présentés en quelques lignes :
« Abraham « Bram » Stocker, clerk, later a theatre manager, part-time writer (…) never known literary successs » ;
Henry Irving, « the greatest Shakespearian actor of his era » ;
Ellen Terry, « the highest pay actress in England, much beloved by the public. Her gost is said to haun the Lyceum Theatre ».
Puis quelques lignes du fils d’Ellen Terry en préambule finissent de vous mettre en appétit : « In every being lives, there is a second self very little known to anyone. You who read this have a real person hidden under your better known personnality, and hardly anyone knows it (…). It is your secret self ».

Joseph O’Connor commence l’histoire en 1908 où Bram Stocker écrit une lettre à sa très chère amie Ellen Terry pour s’excuser du retard de sa réponse, lui expliquant qu’il ne va pas très fort, des soucis d’argent, qu’il a rêvé de qui elle sait… Nous, lecteur, ne comprenons pas d’emblée les propos. Peu importe, l’auteur nous fait remonter le temps. Bram Stocker est fonctionnaire au château de Dublin. Il s’intéresse au monde du théâtre, et pendant son temps libre, écrit des chroniques sur les pièces qu’il voit, (à défaut d’écrire lui-même pour le théâtre, son rêve) jusqu’au jour où il assiste à la représentation de Hamlet, par le fameux acteur shakespearien Henry Irving, chef de la troupe du Lyceum Theatre à Londres. Il ignore encore que cela va chambouler sa vie. Irving lui écrit pour lui fixer rendez-vous. Il lui propose de devenir l’administrateur du Lyceum Theatre. Florence, sa fiancée et presque épouse voit cela d’un très mauvais oeil : est-ce bien raisonnable de quitter son emploi stable de fonctionnaire pour accepter un job à temps partiel à Londres ? C’est bien trop tentant pour Bram (on le comprend !) et il accepte.
La famille déménage donc de Dublin à Londres. Première surprise pour Bram : le théâtre est dans un sale état. Le quartier n’est pas génial. Il a du pain sur la planche ! Et puis, quelques temps plus tard, il a vent d’atroces meurtres perpétrés dans l’East End. Celui qu’on appellera Jack the Ripper est à l’oeuvre (je raccourcis beaucoup) ! Florence lui reproche d’être trop absent, de la négliger elle et son fils qui a à présent 9 ans. L’ambiance à la maison devient trop lourde et Bram décide d’aller vivre un temps au Lyceum. Enfin, Henry Irving s’avère être un boss autoritaire, alcoolique, imbu de lui-même, toujours prêt à rabaisser les autres. Et puis il y a belle Ellen Terry, l’actrice la mieux payée d’Angleterre, qu’Irving a embauché alors que le Lyceum a déjà tant de mal à s’en sortir. Enfin, il y a Mina. Mina est l’âme errante du théâtre. Celle qui voit un type squatter son grenier la nuit, parfois pleurer, déchirer des feuilles, observer la nuit par la lucarne. Devinez qui c’est ? 🙂

Je ne peux pas vous dévoiler toutes les surprises contenues dans ce roman mais c’est jubilatoire. J’ai adoré Bram dont Joseph O’Connor brosse un portrait tendre, celui d’un homme tourmenté, malheureux, mais qui « encaisse ». Du moins, on croit. Il entretien un relation qu’on dirait aujourd’hui « toxique » avec Henry Irving, même si celui-ci l’interpelle en l’appelant « old thing », « Auntie ». Un jour Ellen l’emmène visiter un asile où un type a pour habitude de mordre jusqu’au sang…( LOL). Je ne vous dirai pas comment s’appelle le type, c’est trop drôle !
La nuit, Bram arpente Londres.

Londres qui est également un personnage du roman. Une Londres inquiétante, gothique à souhait où il ne fait pas bon porter sur scène Docteur Jeckyll & Mister Hide. Qui vous dit qu’elle n’inspire pas Jack the Ripper qui est peut-être parmi le public ? Peut-être même que Bram est lui-même l’éventreur de ses dames ? C’est ce que soupçonne un policier qui le surprend en train de suivre une femme à la sortie d’une librairie (moment d’anthologie pour le lecteur, surtout quand il découvre ensuite le nom de cette femme !). Il est bizarre notre Bram : il se planque derrière des lunettes et une casquette ni vu ni connu et se fait passer pour un lecteur qui voudrait lire un roman de Bram Stocker ! Et ensuite il suit la femme qui a dit adorer un de ses livres (Le ver blanc, je crois). Et il se fait tauper par un flic. Jubilatoire ! Il faut bien être romancier irlandais pour avoir une blague littéraire pareille à faire !

Enfin, j’ai aimé Mina, qui hante les pages : « Mina was a maidservant what was murdered there (…). Scottish girl, in service, felle in with a viscount and then a baby come along and he strangled the both of them and walled’em up in the cellar. Bad luck to distrub her. »
Croyez-vous aux fantômes et à leurs pouvoirs inspirants ?
« She screams her name at him nineteen times, a black magical number. He thinks it’s just the wind in the eaves.

Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina Mina Mina Mina
Mina Mina Mina Mina
Mina
Mina

(Notez que Mina sera l’un des personnage de Dracula.)

J’ai détesté Henry Irving. Même si la fin pourrait faire changer le lecteur d’avis sur son compte (même s’il dit que le Lyceum était sa vie et sa famille). C’était peut-être un acteur génial, mais manipulateur, finalement. En tout cas sous la plume de l’écrivain. Quant à Ellen Terry, dont Joseph O’Connor prend le parti de supposer, à l’instar d’autres, qu’elle a entretenu davantage que des relations professionnelles avec Henry Irving, cette femme faite personnage est aussi belle que sympathique et généreuse. Mais ce n’est pas elle qui a retenu le plus mon attention. Ce roman est bien davantage qu’une histoire d’amour.
Enfin, on croise notre cher Oscar Wilde au détour de quelques pages !

C’est avec regret que je me suis séparé des personnages, après tant de semaines passées en leur compagnie. On en oublie qu’ils ont vraiment existé.
Joseph brouille à merveille fiction et réalité dans une prose enchanteresse, à la fois sombre et lumineuse, drôle et triste, dramatique et tendre. L’histoire prend des allures de thriller par moment, pour vous faire ressentir l’ambiance paranoïaque qu’il régnait dans le Londres de Jack the Rripper.

Une histoire qui donne envie de (re)découvrir l’oeuvre du papa de Dracula.

Un très beau roman gothique, qui a reçu le Prix du Roman de l’année 2019 en Irlande en novembre. En lice pour le Costa Novel Award. Fingers crossed !

Il sort en France le 8 janvier sous le titre Le bal des ombres, aux éditions Rivages , 550 pages

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(traduction Carine Chichereau). Je ne le relirai pas en frenchy, j’avoue, mais si Joseph O’Connor est dans le coin, j’irais bien l’écouter parler de son roman et me faire dédicacer mon livre.

(Je crois bien que mon clavier est devenu dingue entre le français et l’anglais. Tout est souligné en rouge sang. Je m’excuse d’avance pour les éventuelles coquilles !)

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Les fils de la poussière – Arnaldur Indridason

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Traduit par Eric Boury

Voici le tout premier volume des aventures du commissaire Erlendur Sveinsson, bien connu de tous les fans à présent. Publié en Islande en… 1997 ! Ce qui veut dire que La Cité des jarres, le premier publié en français, n’est pas le premier.  Bien contente d’avoir pu enfin le lire – il a paru en grand format lors de la rentée littéraire de l’automne 2018, mais existe en poche aux éditions Points depuis quelques mois !

Dani interné en hôpital psychiatrique depuis très longtemps, se suicide sous les yeux de son frère, Palmi. Au même moment, un vieil instituteur, Halldor, brûle vif dans sa maison. Grand émoi à Reykjavik, quand on parle de meurtre.  Erlendur, vieux flic bougon, flanqué d’un fringuant collègue formé aux Etats-Unis, Sigurdur Oli, sont chargés de l’enquête.

Si je vous dis que l’on retrouve un certain nombre de thèmes fétiches d’Indridason dans cette première histoire, je vais avoir l’impression d’enfoncer une porte ouverte ! Mais sachez quand même que l’on retrouve le thème de l’enfance maltraitée et celui du poids de la culpabilité.

Vous saurez aussi qu’en Islande il était de coutume de donner de l’huile de foie de morue aux élèves pour les rendre plus résistant aux maladies (et pas qu’en Islande, d’ailleurs, ma mère n’est pas islandaise et a subi le même régime !). L’huile de foie de morue transformée en gélule, c’est plus facile à avaler, n’est-ce pas ? Mais êtes-vous bien sûr de ce que vous avalez ? C’est le fil ténu de l’intrigue.

Indridason, comme a son habitude, creuse le passé des personnages, des deux frères Palmi et Dani, de leurs amis, de celui qui fût leur instituteur, Halldor. On plonge des années auparavant, quand les deux hommes n’étaient que des enfants, élèves dans une école où leur avenir était plutôt un no future.

« On a passé notre enfance dans les logements sociaux de Grenid, on les appelait comme ça, les Taudis, poursuivit Solveig, assise dans son salon avec Palmi. Notre classe était très soudée. On habitait le même quartier et on se connaissait depuis toujours. Nos parents étaient la plupart originaires de la campagne, ils n’avaient pas fait d’études et occupaient des emplois mal payés. (…) Beaucoup de familles avaient de gros problèmes, la plupart des garçons de notre classe en étaient issus. (…) On venait pour la plupart de familles à problèmes où la mère était la seule à travailler, le père était parti Dieu sait où. L’alcoolisme était galopant, les gamins n’avaient aucun mal à se procurer du brennivin. On était livrés à nous-mêmes après les cours et, bien souvent, on ne rentrait à la maison que la nuit venue. Le système de groupes de niveau et des classes de cancres avait été créé pour nous. »

Alors une classe de cancres issus d’un milieu pauvre qui deviennent du jour au lendemain de brillants élèves assidus, c’est plutôt bizarre…
Le revers de la médaille est  pourtant sévère et non moins étrange quand  on remarque que la plupart sont devenus schizophrènes, voire ont mystérieusement disparu.

La fin m’a plutôt surprise ! Un peu dans la veine de La cité des jarres. Assez différente des autres volumes de la série. Mais j’ai passé un très bon moment avec Erlendur et ses troupes mais aussi Palmi, libraire attachant, rongé de culpabilité.
Erlendur n’est pas encore un personnage très affiné. Un peu plus brut de décoffrage que bien des volumes plus tard. Il est déjà divorcé et a déjà ses deux enfants qui partent en vrille. Il n’est pas tendre avec son collègue Sigurdur Oli qu’il prend un peu de haut.  Je préfère le Erlendur « d’après ».

Il y a également pas mal de rebondissements. On est davantage dans le suspense digne d’un thriller. Ce qui est aussi assez différent des futures aventures où l’intrigue est un prétexte à bien autre chose.

Un volume que doivent lire tous les addicts de la série. C’est sûr !
On se demande pourquoi on nous a caché si longtemps celui-ci. 🙂

Je pleure car j’ai aujourd’hui terminé de lire toutes les aventures de mon commissaire chouchou !

 

 

 

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Rien qu’une vie – Graham Norton

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Traduit par Sarah Champion

Encore un auteur irlandais que je n’avais jamais lu. Mais bon, c’est son premier roman, paru au printemps dernier en France aux éditions Stéphane Marsan (en 2016 pour la Grande Bretagne).  Graham Norton est comédien et animateur TV. Parcours atypique donc.

Des ossements sont trouvés par des ouvriers sur le chantier de construction d’une nouvelle résidence dans le petit village de Duneen. Il ne se passe jamais rien là-bas, à part les commérages. Donc stupeurs, tremblements mais curiosité exacerbée. On prévient le représentant des forces de l’ordre locale, le sergent Patrick James Collins. Surnommé « PJ ». Il prévient les pointures de Cork et voit débouler dans son village le commissaire Linus Dunne. A priori, ils ne sont pas faits pour s’entendre. Du moins c’est tout de suite ce que pense PJ : « Ce type était un connard fini. Tout en lui respirait l’arrogance : ses cheveux gominés, son nez aquilin, long et fin, son costume et sa chemise fraîchement repassée. Qui portait des chaussettes assorties à sa cravate ? » Il faut dire que PJ a de quoi être complexé : il n’aime pas son surpoids, son obsession pour la bouffe que lui mijote Mme Meany. Pourtant il va devoir faire avec.

Les ossements font remonter à la surface une vieille histoire : celle de la disparition de Tommy Burke, un jeune homme volatilisé du jour au lendemain. Certains disent qu’il a pris le train pour Cork suite à une histoire de coeur brisé. Les restes ont été trouvés sur la ferme qui appartenait à sa famille, avant qu’il ne la reprenne au décès de ses parents.
Cette histoire, c’est pas de pot pour les frères Flynn qui avaient l’intention de construire le lotissement sur le terrain de l’ancienne ferme. Dans les années 90, ils avaient repris la petite société de construction de leur père et le boom économique du Tigre Celtique leur avait permis de se faire un petit magot. Mais le krach boursier est passé par là : à présent, leur seule fortune se résume à leur voiture et leur maison. Tout le monde les boude. Ce chantier devait être leur grand retour.

Et puis, il y a les soeurs Ross qui vivent toutes les trois dans leur domaine. Une scène mémorable a opposé par le passé Evelyne à Bird Riordan, une vraie bataille de chiffonnière qui se crêpent le chignon pour le même homme : Tommy Burke. Il faut dire que pour Bird, Tommy était l’occasion de sa vie…

Et puis, il y a Mme Meany, si discrète.

Graham Norton brosse un tableau mordant, drôle et tendre d’une petite communauté en émoi. Sa plume mordante ne rate pas une occasion de nous faire rire (en tout cas, moi il m’a fait rire). L’intrigue tient la route et les rebondissements font de ce livre un bon « page turner ». L’auteur n’hésite pas à creuser le passé de ses personnages, qui nous surprennent.  Il y a deux bonnes femmes pas sympathiques dans cette histoire : Evelyn, la garce qui se prend un râteau et sa soeur complétement fêlée. Je me suis davantage attachée à Mme Meany (la femme de l’ombre va vous surprendre !) et à Bird. J’ai adoré PJ, avec ses réflexions à l’emporte pièce mais plus perspicace qu’il n’y paraît. Même Linus devient intéressant. Ah, puis il y a une idylle entre PJ et un témoin de l’enquête (je ne vous dis pas laquelle) le met dans un situation délicate. Surtout quand cette femme est mariée. Double galère.

« Tel un caméléon obèse en uniforme de policier, son visage tout entier prit la même teinte que l’empreinte rouge du baiser qui se détachait sur sa joue. »

La fin laisse présager la suite des aventures des deux compères. J’espère. C’est peut-être une une lubie de ma part !

On passe un bon moment avec ce roman sans prétentions, mais au charme fou .

 

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10 ans

28 novembre 2009-28 novembre 2019. Le blog a 10 ans. Eh oui, ça passe vite !

Je ne suis pas en mesure d’en écrire des kilomètres car le hasard fait que je suis en Irlande.

10 ans 1 blog, 2 plateformes. Plus de 453 articles sur cette plateforme. Et comme je n’ai pas les chiffres, je me demande si ce n’est pas davantage (il y a aussi ceux – quelques-uns – que je n’ai pas rapatrié depuis l’ancienne plateforme Canalblog). Mais peu importe : le « moteur » c’est l’envie. Et l’amateurisme total.

J’espère pouvoir continuer encore quelques années. 😊

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Bad Girl – Nancy Huston

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Bad Girl « Classes de littératures » est un récit à la lisière invisible entre la fiction et l’autobiographie. Le lecteur qui connaît l’oeuvre de Nancy Huston s’aperçoit rapidement que le narrateur qui apostrophe une petite Dorrit n’est en fait qu’une seule et même personne : l’auteure qui s’adresse à son moi même pas encore née.

« Toi, c’est toi. Dorrit. Celle qui écrit. Toi à tous les âges, et même avant d’avoir un âge, avant d’écrire, avant d’être un soi. Celle qui écrit et donc aussi, parfois, on espère celui/celle qui lit.
Un personnage. »

Nancy Huston choisit un point de vue original en s’adressant au foetus qu’elle a été, ce bébé non désiré dont il a été question de se débarrasser. Mais qui s’accroche. Tout ce qu’elle peut. « S’accrocher, Dorrit, sera l’histoire de ta vie. »

Avec beaucoup d’humour, Nancy Huston raconte l’histoire improbable de la rencontre de ceux qui seront ses parents. Elle remonte l’arbre généalogique pour tenter de cerner ce qui a pu faire d’elle ce qu’elle elle devenue. La relation difficile à sa mère, qui l’abandonne à l’âge de six ans, un père largué et adultère, un  grand frère, Stephen qui sera son modèle, sa bouée de sauvetage, celui qui lui apprendra à lire à 4 ans et par là ouvrira la grande histoire de sa vie : la littérature. Le divorce de ses parents quand elle a dix ans. Le remariage de son père, fils de méthodiste, à une Allemande catholique romaine. Le déracinement d’une enfant trimbalée partout par les déménagements successifs à travers le Canada et à l’étranger. La littérature comme point de repères. La folie dans une famille de barrés. Le trauma de la prime enfance qu’on se trimballe toute sa vie. L’envie d’écrire pour être entendue. Puisqu’on ne l’écoute pas.

« Te fera immanquablement disjoncter le fait de n’être pas entendue lorsque tu parles (…)

Te rendront capable de meurtre (ou presque ces employés de la poste, de la banque, de n’importe quelle entreprise ou administration, qui t’ignorent ou te répondent comme des automates (…) ».

Les phrases s’alignent, brèves, incisives, poétiques, cash, crues, percutantes, moqueuses. Les évocations se succèdent sans souci de chronologie, (ben oui, quand on n’est pas née, le temps n’a finalement pas d’importance, on sera mais on n’est pas encore).

« Tu liras matin et midi, soir et nuit. Tu liras en marchant, en mangeant et en allant aux toilettes, tu liras avec une torche électrique en te cachant sous ton lit, tu liras dans le bus, dans le train, et sur le siège de la voiture, si tu pouvais lire en dormant et en jouant au piano tu le ferais aussi. »

Basel Van der Kolk, psychologue néerlandais « dit que le trauma vous conduit à perdre toute motivation, donc tout affect, et vous paralyse. (…) Il dit que le but de l’émotion est la motion, le mouvement : nous rapprocher ou nous éloigner les uns des autres. » Il dit que contrairement à la notion freudienne selon laquelle parler de son trauma aiderait à le surmonter (…) sont plus efficaces (…) la danse, le théâtre, le rolling et le yoga. Des trucs de corps ».

« Oui les femmes devenaient barjos plus souvent que les hommes, mais certains hommes devenaient barjos aussi. Le grand-père d’Alison, par exemple (fils de la dame qui hurlait à la lune). Totalement barjo.
Peut-être sa mère sorcière était elle-même devenue Barjo avant de venir au Canada, voire née barjo, et avait-elle transmis à son fils les gènes de sa barjoterie ? Peut-être as-tu hérité toi aussi, Dorrit, un peu de cette barjoterie de son arrière-arrière-grand-mère ? (Avoue-le : dans ton for intérieur, n’as-tu pas toujours eu un peu envie de hurler à la lune ?) »

Comme tous les autres livres de Nancy Huston lus jusqu’à présent (ça doit être mon 4e), j’ai vraiment beaucoup aimé. C’est original, intelligent, intellectuel certes, mais ça fait sens sans donner mal à la tête. On se laisse embarquer par sa prose avec un plaisir non dissimulé. J’ai beaucoup souri, signe d’une lecture réussie !

Ce livre date de 2014.
J’espère quand même un jour arriver à aller l’écouter parler de son oeuvre !

 

 

 

 

 

 

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I am, I am, I am – Maggie O’Farrell

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Traduit par Sarah Tardy

J’ai laissé passer la déferlante du printemps dernier qui nous a mis sous le nez, en boucle, le dernier livre de Maggie O’Farrell. Car au bout d’un moment, quand on voit toujours le même livre en boucle sur les réseaux, perso, ça me saoule un brin et je m’en détourne. D’autant qu’au même moment sont sortis d’excellents romans irlandais qui sont passés presque inaperçus sur le web.

Il me restait dans ma PAL 4 livres d’auteurs irlandais publiés entre août 2018 et le printemps dernier : Miracle du sang de Lisa McInerney ; D’os et de lumière de Mike McCormack ;  Rien qu’une vie de Graham Norton ; I am, I am, I am de Maggie O’Farrell. Sauf qu’en écrivant ces lignes, je m’aperçois qu’en fait il y en a 5 car j’ai oublié Les amants de Coney Island de Billy O’Callaghan (planqué dans ma liseuse) :p . J’étais limite en panne de lecture en train de tourner en rond devant ma bibliothèque, incapable de choisir mon prochain roman irlandais. J’ai demandé aux copains sur Instagram et ils ont majoritairement désigné Maggie O’Farrell. Donc, voilà, je l’ai ENFIN lu ! 🙂

J’ai lu tous les romans de l’auteure sauf un (le fameux « sauf un » qui fait suer !). Ils sont tous chroniqués sur le blog. J’ai eu des hauts et des bas avec Maggie O’Farrell, je trouve ses livres assez inégaux. Sans doute une des raisons supplémentaires qui ne m’a pas fait me jeter dessus à sa sortie.

Comme tout le monde le sait déjà, I am, I am, I am n’est pas un roman, mais une autobiographie centrée sur « 17 rencontres avec la mort », comme l’indique le sous-titre. 17 fois où l’auteur a croisé la Grande Faucheuse venue pour elle ou ses enfants.  Les chapitres se focalisent sur diverses parties de son corps et développe la manière dont elles ont été meurtries : le cou (1990 et 2002) ; les poumons (1988,  2000 et 2010) ; la colonne vertébrale, les jambes, le bassin, l’abdomen, la tête (1977) ; le corps tout entier (1993) ; le ventre (2003) ; bébé et système sanguin (2005) ; le système sanguin (1991) ; la tête (1975) ; le crâne (1998) ; les intestins (1994) ; le système sanguin (1997) ; cause inconnue 2003 ; le cervelet (1980) ; ma fille aujourd’hui.

La construction  d’un point de vue anatomique et anachronique est indéniablement originale. Certains récits sont émouvants et/ou révoltants, notamment ceux liés à la maternité, à la maladie neurologique contractée par l’auteure. Mais la « surprise » est finalement le dernier chapitre, dédié à la maladie de sa fille, atteinte d’une forme grave d’allergie à tout, qui lui fait risquer sa vie à chaque seconde, la forme la plus visible étant un eczéma aggravé. Dans les remerciements, on découvre qu’une donation sera faite à la Anaphilaxis Campaign grâce aux recettes de ce livre.

On ne peut pas rester indifférent au calvaire de la petite atteinte d’anaphylaxie et à la vie de ses parents, en état d’alerte permanent.
« Ma fille souffre de réactions allergiques, de divers degrés de gravité, douze à quinze fois par an en moyenne. Je tiens un journal détaillé. Ma fille est née avec un déficit immunitaire, ce qui signifie que son système ne réagit pas suffisamment face à certaines choses, et trop face à d’autres. Un simple rhume pour les autres enfants signifie un séjour à l’hôpital pour elle, avec un respirateur artificiel et perfusion. » Cette maladie signifie aussi un bébé défiguré par son eczéma, une plaie vivante.
« A l’âge d’un mois, son corps était comme piégé dans un plâtre blanc et cru, celui de l’eczéma. Sa peau craquait lorsqu’elle pliait le poignet, le bras, la jambe ; la maladie avait envahi le moindre millimètre de peau, la moindre fissure (…). L’eczéma dans sa forme la plus grave peut être dangereux voire mortel » pendant que la pédiatre se contente de prescrire froidement la même crème totalement inefficace. Et vous, lecteur, vous bouillez de colère, à l’instar de l’auteure (pour avoir vécu le même genre de situation de médecin incompétent, incapable de vous donner une adresse de spécialiste) !
Un espoir émerge le jour où Maggie O’Farrell parle du problème de sa fille à une amie qui lui conseille l’adresse du meilleur spécialiste qui exerce en médecine privée. Là, moi-même je sais qu’on s’assied sur tous ses principes et qu’on fonce, même si on doit y laisser  beaucoup d’argent. Même si cette médecine à double vitesse vous révolte.

L’autre récit qui m’a marquée est celui où elle explique son accouchement (« Ventre, 2003), dans un hôpital qui lui refuse la césarienne. Elle a beau expliquer qu’elle a une maladie qui l’empêcheront d’accoucher par voie basse, les médecins lui refusent sous prétexte que c’est « la césarienne est un culte, une mode. Qu'[elle] a lu trop de magazines féminins » ! (Je rêve !!!) Le médecin ajoute qu’une césarienne est un acte chirurgical lourd. Et alors ??? On devine toute de suite les histoires de gros sous qui se cachent derrière de telles affirmations. 😦
« Les médecins, dissimulés derrière un rideau hissé à la hâte, laissaient des empreintes de pas rouges en se déplaçant. L’une d’entre eux, une jeune femme nord-irlandaise, qui paniquait, était en train de dire, « Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne sais pas comment faire. » «  (déjà, youpi, c’est hyper rassurant !)
« (…) j’étais allée à mon rendez-vous avec la chef de clinique d’un grand hôpital londonien (la même chef qui, quelques mois plus tard, s’exclamerait « Je ne peux pas, je ne peux pas », je ne sais pas comment faire, pendant que je serais en train de saigner sur la table d’opération). Je lui avais expliqué qu’enfant j’avais contracté un virus à cause duquel j’avais passé un an en fauteuil roulant et gardé une faiblesse musculaire ainsi que des dommages nerveux et cérébraux. Les neurologues et les pédiatres qui m’avaient suivie à l’époque m’avaient dit que, si je voulais un jour, avoir des enfants, il me faudrait une césarienne. (…) A peine étais-je arrivée à la moitié de mon discours que la chef de clinique m’a interrompue d’un ton nerveux.
« Il faut que j’en parle à un spécialiste », a-t-elle dit avant de sortir en trombe du cabinet. » Et le spécialiste de répondre : « Vous n’avez aucun problème, a-t-il conclu après deux pas. Vous accoucherez normalement. » Le médecin va jusqu’à mettre en doute sa maladie, lui demande des preuves. Moi, je faisais des bonds en lisant ces lignes ! Maggie O’Farrell souffre l’ataxie. Comment un homme, et une femme, de surcroit médecins, peuvent imaginer qu’elle fabule ? Comment est-ce possible qu’encore au XXIe siècle, dans des pays développés on vous nie en tant que femme de disposer d’une méthode d’accouchement qui vous permet d’éviter d’y laisser votre vie (et celle du bébé) ? Comment peut-on se permettre de vous laisser souffrir en toute connaissance de cause et au nom de quotas ?
« Mourir en couches semble être un danger totalement daté, une menace extrêmement lointaine entre les murs des hôpitaux  des pays développés. Mais une enquête récente a classé le Royaume Uni 30e sur 179 pays en matière de taux de mortalité maternelle. Au Royaume Uni, les femmes ont une chance sur 6 900 de mourir en donnant naissance à leur enfant, ce qui surpasse de loin les risques encourus en Pologne. (…)
La cause la plus répandue de mortalité maternelle dans le monde est l’hémorragie post-partum. »
On peut remercier Maggie O’Farrell de dénoncer ces pratiques et attitudes d’un autre âge. Pour des raisons économiques.

Ces deux récits qui m’ont fait le plus réagir, qui avaient le plus d’intérêt parce qu’ils dénoncent des attitudes médicales inacceptables. Parce qu’il faut se battre comme un diable pour obtenir des diagnostics fiables devant des médecins incompétents qui refusent de vous donner le nom d’un confrère pour une raison ou une autre.

Les autres historiettes où Maggie O’Farrell raconte ses agressions, sa noyade (ratée), sa dysenterie amibienne et d’autres choses (dont je ne me souviens déjà plus), m’ont laissée beaucoup plus indifférente, sans doute parce que c’est davantage autocentré. Souvent, mon attention divaguait ailleurs, sans que je sache vraiment identifier pourquoi, si ce n’est que je m’ennuyais et que je me demandais pourquoi elle nous racontait ça.
Dans un registre similaire, Emilie Pine m’a beaucoup plus touchée car il y a une dimension féminine universelle dans ses essais, même si elle parle d’elle, que je n’ai pas retrouvé ici.

Un avis mitigé, donc pour une lecture en dents de scie où je me serai bien contentée que de certains chapitres .
Le but affiché de ce livre est de récolter des fonds pour la recherche contre l’anaphylaxie (on peut totalement le comprendre) et de dénoncer des pratiques médicales douteuses (du moins c’est ce que j’en ai perçu). C’est pour moi tout l’intérêt de cette oeuvre.

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