Je m’appelle Leon – Kit de Waal

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Traduit par Isabelle Chapman

 

Kit de Waal est irlandaise par sa mère et antillaise par son père. Elle vit à Birmingham. Elle a travaillé pendant 15 ans dans le domaine du droit, notamment comme magistrate ! Un profil atypique qui m’a attirée. Elle s’est beaucoup investie dans des affaires ayant trait à l’enfance, comme l’adoption et le placement. Elle a écrit plusieurs nouvelles qui ont souvent été primées. Je m’appelle Leon est son premier roman, paru en français en 2016.

Carol, la maman de Leon vient d’accoucher. C’est son deuxième enfant. Le père n’est pas le même que celui de Leon, presque 9 ans. Nous sommes le 2 avril 1980. Leon est à la maternité. Il est émerveillé par ce petit frère, prénommé Jake, au grand désespoir de Leon, qui aurait préféré que ce soit Bo, comme le héros de Shérif fais-moi peur, sa série préférée ! Il se présente à son nouveau petit frère, comme lui demande l’infirmière, pendant que Carol est partie fumer…  « Leon ne sait pas trop quoi dire sur le papa du bébé pour la simple raison qu’il ne l’a jamais vu, alors il lui parle de leur mère.
(…) Elle est très belle. Tout le monde le dit. Je trouve que tu lui ressembles. Moi, non. Je ressemble à mon papa. Maman dit qu’il est de couleur mais papa dit qu’il est noir, moi je dis qu’ils se trompent tous les deux : il est marron foncé et moi je suis marron clair. Je t’apprendrai les couleurs et aussi à compter.
(…) Tu a les cheveux blonds et elle a les cheveux blonds. »

Carol, déjà bien perdue avant la naissance de Jacke, va complètement perdre les pédales et sombrer dans une profonde dépression. La fameuse dépression post-partum ? Pas seulement. Plutôt un sentiment d’abandon total, contrairement à la naissance de Leon : « Byron passait tous les jours quand Leon était petit. Il faisait la cuisine. Il était génial avec Leon. Ca me permettait de souffler. (…) Après quand il a été sous les verrous, j’ai commencé à déprimer et ils ont voulu que j’aille dans un centre deux fois par semaine. Alors que j’étais toute seule à la maison avec mon bébé et que je me sentais comme une merde », dit-elle à son amie Tina. Le père de Jake refuse d’assumer son rôle, et pour cause : il est déjà marié :  « Je ne voulais pas d’autre enfant à la base et je veux sûrement pas une autre femme dans ma vie. (…) Laisse tomber, Carol, j’te dis. »  Malgré ses efforts pour essayer de remonter la pente, Carol s’avère incapable de s’occuper de ses gamins. Elle oublie d’envoyer Jake à l’école, elle oublie de les nourrir. Un jour Leon monte voir Tina qui habite au-dessus pour lui demander de l’argent pour faire des courses. C’est le début d’une vie bouleversée. Tina compose le numéro d’aide à l’enfance. Leon et Jake sont séparés. Leon part vivre en famille d’accueil ; Jake va être adopté.

Le drame des adultes vu par un petit garçon. C’est la focale choisie par Kit de Waal. Leon porte sur le monde qui l’entoure un regard naïf, étonné. Ce qu’il veut par-dessus tout c’est retrouver Jake, son petit frère adulé. C’est un gamin intelligent et il comprend, malgré son jeune âge, que le monde est plutôt compliqué et parfois injuste. Pourquoi lui a-t-il été placé en famille d’accueil alors que Jake a été adopté ? Les assistants sociaux, qui visitent régulièrement Julia, expliquent à  Leon qu’il ne reverra pas Jake et que c’est pour son bien qu’ils ont décidé de le proposer à l’adoption ! Alors Leon s’interroge : pourquoi pas lui ? Peut-être parce qu’il est noir, alors que son frère est blanc ?  Peut-être parce que c’est plus facile de « caser » un bébé blanc qu’un enfant noir ? Mais pourquoi ?

Sur son chemin, Leon va croiser deux hommes qui vont devenir ses amis : Tutfy, un jardinier métisse, comme Leon, qui va lui apprendre les rudiments pour faire pousser les haricots d’Espagne « empereur écarlate », et M. Delvin, un Irlandais voisin de Tutfy dans les jardins partagés. Les deux hommes ignorent tout de la vie de Leon. Le gamin assiste à leurs engueulades, notamment à propos de la grève de la faim, qu’on devine être celle de Bobby Sands et autres blanket men. Ils se disputent aussi à propos des émeutes raciales qui ont eu lieu :  Tutfy a beau expliquer qu’il n’y ait pour rien, l’occasion fait le larron…  Pendant ce temps, Leon mûrit son plan pour retrouver son petit frère…

Un roman qui, malgré la noirceur du sujet, adopte un ton léger car il est vu par les yeux d’un gamin innocent. C’est peut-être le tour de force de Kit de Waal avec cette histoire. Nous découvrons les erreurs commises par les services sociaux dits de l’aide à l’enfance, qui justement, ne sont pas du tout à l’écoute de ceux qu’ils sont censés aider. Leon est placé dans deux familles d’accueil : deux femmes au grand coeur, Maureen et Julia vont s’occuper du petit bonhomme et lui donner tout l’amour qu’elles ont. Cependant, étant elles-mêmes en difficulté, la vie n’est pas facile pour elles non plus.

Le racisme au Royaume Uni est également présent en arrière fond. De la difficulté d’être noir dans les années 80, dans l’Angleterre de Thatcher. C’est sidérant !
Cependant, c’est une belle histoire que raconte Kit de Waal car Leon ne sait pas ce qu’est le racisme, il est guidé par l’amour pour son demi-frère, il se projette dans l’avenir avec lui, malgré son absence il s’adresse à lui, raconte ce qu’ils feront ensemble plus tard. Il se fait aussi de beaux amis, sans distinction de couleur. La fin est jolie et pleine d’espoir. Les personnages sont attachants. J’ai beaucoup aimé, bien que la thématique ne soit pas nouvelle. Kit de Waal évite l’apitoiement et le côté « gnangnan » que pourrait aussi avoir ce type d’histoire. Le ton est juste et original.  On ne sort pas accablé, c’est quelque chose que je trouve très important dans un roman.

Kit de Waal a écrit un deuxième roman, encore non traduit : The trick to time (2018).

 

 

 

 

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Shadowplay – Joseph O’Connor

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En juin dernier, en allant voir Donal Ryan au Centre culturel irlandais, le hasard – plutôt bien foutu ce jour-là ! – m’a mis sous le nez le dernier Joseph O’Connor, Shadowplay, dans une célèbre librairie du quartier latin. Couverture sublime, écrivain sublime dont j’ai lu tous les livres, le résumé me fait écarquiller les yeux, le livre sent bon l’encre d’imprimerie (oui je fais partie des lectrices qui sniffe parfois les livres !), je ressors avec ce petit pavé de 300 pages caractère 10. Comment résister, je vous le demande ?

Je me suis plongée dans cette histoire seulement le week-end, parfois le soir quand il faisait un temps à mourir dehors, parce qu’à mon avis, ce roman ne peut pas s’apprécier autrement que flanqué sous des couvertures pendant que le vent souffle, ou dans un endroit calme. Ce qui ne veut pas dire que l’histoire ou la prose de l’auteur soit difficile à comprendre. C’est juste que le sujet ne m’inspirait pas d’autres conditions.

Dracula, qui ne connaît pas Dracula ? Mais que savez-vous de son « papa », l’Irlandais Bram Stocker ? Pas grand chose, même pas qu’il était irlandais, peut-être – sauf si vous allez en Irlande où l’on ne manquera pas de vous rappeler que Dracula est irlandais ! 🙂 Mais on ne vous dira rien de plus. Et pour cause. On ne sait que peu de chose sur la vie de cet homme. Il y a bien eu quelques tentatives de biographie etc, mais ça reste assez peu finalement, au regard de tous les écrits suscités par Dracula. (Bram Stocker – Dans l’ombre de Dracula d’Alain Pozzuoli ; From the Shadow of Dracula – A life of Bram Stocker, Paul Murray). C’est donc une aubaine pour un écrivain d’en faire la matière d’un roman ! A la réflexion, je suis même assez surprise que personne n’y ait pensé avant. Mais en fait, je suis assez ignare sur le sujet. En tout cas, si un roman existe déjà, il n’a pas dû marquer les esprits

Bram Stocker est né le 8 novembre 1847 à Clontarf et mort à Londres le 20 avril 1912.
Bien heureusement, Joseph O’Connor ne nous raconte pas sa vie de sa naissance à sa mort : ce serait cruellement ennuyeux. De même qu’il n’entreprend pas de faire la biographie de Bram Stocker. Il mélange faits réels et fiction. Le roman n’est pas purement chronologique. C’est quelque chose d’assez baroque dans sa composition. Il se découpe comme une tragédie en trois actes (« Eternal Love »; « Do We Not Bleed ? »; « Arriving at Bradford »), mais en prose sans didascalies, incluant lettres, coupures de journaux, voix, changement de point de vue et un épilogue sur les derniers jours de la vie de Bram Stocker. Les trois protagonistes de la « pièce » sont présentés en quelques lignes :
« Abraham « Bram » Stocker, clerk, later a theatre manager, part-time writer (…) never known literary successs » ;
Henry Irving, « the greatest Shakespearian actor of his era » ;
Ellen Terry, « the highest pay actress in England, much beloved by the public. Her gost is said to haun the Lyceum Theatre ».
Puis quelques lignes du fils d’Ellen Terry en préambule finissent de vous mettre en appétit : « In every being lives, there is a second self very little known to anyone. You who read this have a real person hidden under your better known personnality, and hardly anyone knows it (…). It is your secret self ».

Joseph O’Connor commence l’histoire en 1908 où Bram Stocker écrit une lettre à sa très chère amie Ellen Terry pour s’excuser du retard de sa réponse, lui expliquant qu’il ne va pas très fort, des soucis d’argent, qu’il a rêvé de qui elle sait… Nous, lecteur, ne comprenons pas d’emblée les propos. Peu importe, l’auteur nous fait remonter le temps. Bram Stocker est fonctionnaire au château de Dublin. Il s’intéresse au monde du théâtre, et pendant son temps libre, écrit des chroniques sur les pièces qu’il voit, (à défaut d’écrire lui-même pour le théâtre, son rêve) jusqu’au jour où il assiste à la représentation de Hamlet, par le fameux acteur shakespearien Henry Irving, chef de la troupe du Lyceum Theatre à Londres. Il ignore encore que cela va chambouler sa vie. Irving lui écrit pour lui fixer rendez-vous. Il lui propose de devenir l’administrateur du Lyceum Theatre. Florence, sa fiancée et presque épouse voit cela d’un très mauvais oeil : est-ce bien raisonnable de quitter son emploi stable de fonctionnaire pour accepter un job à temps partiel à Londres ? C’est bien trop tentant pour Bram (on le comprend !) et il accepte.
La famille déménage donc de Dublin à Londres. Première surprise pour Bram : le théâtre est dans un sale état. Le quartier n’est pas génial. Il a du pain sur la planche ! Et puis, quelques temps plus tard, il a vent d’atroces meurtres perpétrés dans l’East End. Celui qu’on appellera Jack the Ripper est à l’oeuvre (je raccourcis beaucoup) ! Florence lui reproche d’être trop absent, de la négliger elle et son fils qui a à présent 9 ans. L’ambiance à la maison devient trop lourde et Bram décide d’aller vivre un temps au Lyceum. Enfin, Henry Irving s’avère être un boss autoritaire, alcoolique, imbu de lui-même, toujours prêt à rabaisser les autres. Et puis il y a belle Ellen Terry, l’actrice la mieux payée d’Angleterre, qu’Irving a embauché alors que le Lyceum a déjà tant de mal à s’en sortir. Enfin, il y a Mina. Mina est l’âme errante du théâtre. Celle qui voit un type squatter son grenier la nuit, parfois pleurer, déchirer des feuilles, observer la nuit par la lucarne. Devinez qui c’est ? 🙂

Je ne peux pas vous dévoiler toutes les surprises contenues dans ce roman mais c’est jubilatoire. J’ai adoré Bram dont Joseph O’Connor brosse un portrait tendre, celui d’un homme tourmenté, malheureux, mais qui « encaisse ». Du moins, on croit. Il entretien un relation qu’on dirait aujourd’hui « toxique » avec Henry Irving, même si celui-ci l’interpelle en l’appelant « old thing », « Auntie ». Un jour Ellen l’emmène visiter un asile où un type a pour habitude de mordre jusqu’au sang…( LOL). Je ne vous dirai pas comment s’appelle le type, c’est trop drôle !
La nuit, Bram arpente Londres.

Londres qui est également un personnage du roman. Une Londres inquiétante, gothique à souhait où il ne fait pas bon porter sur scène Docteur Jeckyll & Mister Hide. Qui vous dit qu’elle n’inspire pas Jack the Ripper qui est peut-être parmi le public ? Peut-être même que Bram est lui-même l’éventreur de ses dames ? C’est ce que soupçonne un policier qui le surprend en train de suivre une femme à la sortie d’une librairie (moment d’anthologie pour le lecteur, surtout quand il découvre ensuite le nom de cette femme !). Il est bizarre notre Bram : il se planque derrière des lunettes et une casquette ni vu ni connu et se fait passer pour un lecteur qui voudrait lire un roman de Bram Stocker ! Et ensuite il suit la femme qui a dit adorer un de ses livres (Le ver blanc, je crois). Et il se fait tauper par un flic. Jubilatoire ! Il faut bien être romancier irlandais pour avoir une blague littéraire pareille à faire !

Enfin, j’ai aimé Mina, qui hante les pages : « Mina was a maidservant what was murdered there (…). Scottish girl, in service, felle in with a viscount and then a baby come along and he strangled the both of them and walled’em up in the cellar. Bad luck to distrub her. »
Croyez-vous aux fantômes et à leurs pouvoirs inspirants ?
« She screams her name at him nineteen times, a black magical number. He thinks it’s just the wind in the eaves.

Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina
Mina Mina Mina Mina
Mina Mina Mina Mina
Mina
Mina

(Notez que Mina sera l’un des personnage de Dracula.)

J’ai détesté Henry Irving. Même si la fin pourrait faire changer le lecteur d’avis sur son compte (même s’il dit que le Lyceum était sa vie et sa famille). C’était peut-être un acteur génial, mais manipulateur, finalement. En tout cas sous la plume de l’écrivain. Quant à Ellen Terry, dont Joseph O’Connor prend le parti de supposer, à l’instar d’autres, qu’elle a entretenu davantage que des relations professionnelles avec Henry Irving, cette femme faite personnage est aussi belle que sympathique et généreuse. Mais ce n’est pas elle qui a retenu le plus mon attention. Ce roman est bien davantage qu’une histoire d’amour.
Enfin, on croise notre cher Oscar Wilde au détour de quelques pages !

C’est avec regret que je me suis séparé des personnages, après tant de semaines passées en leur compagnie. On en oublie qu’ils ont vraiment existé.
Joseph brouille à merveille fiction et réalité dans une prose enchanteresse, à la fois sombre et lumineuse, drôle et triste, dramatique et tendre. L’histoire prend des allures de thriller par moment, pour vous faire ressentir l’ambiance paranoïaque qu’il régnait dans le Londres de Jack the Rripper.

Une histoire qui donne envie de (re)découvrir l’oeuvre du papa de Dracula.

Un très beau roman gothique, qui a reçu le Prix du Roman de l’année 2019 en Irlande en novembre. En lice pour le Costa Novel Award. Fingers crossed !

Il sort en France le 8 janvier sous le titre Le bal des ombres, aux éditions Rivages , 550 pages

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(traduction Carine Chichereau). Je ne le relirai pas en frenchy, j’avoue, mais si Joseph O’Connor est dans le coin, j’irais bien l’écouter parler de son roman et me faire dédicacer mon livre.

(Je crois bien que mon clavier est devenu dingue entre le français et l’anglais. Tout est souligné en rouge sang. Je m’excuse d’avance pour les éventuelles coquilles !)

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Les fils de la poussière – Arnaldur Indridason

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Traduit par Eric Boury

Voici le tout premier volume des aventures du commissaire Erlendur Sveinsson, bien connu de tous les fans à présent. Publié en Islande en… 1997 ! Ce qui veut dire que La Cité des jarres, le premier publié en français, n’est pas le premier.  Bien contente d’avoir pu enfin le lire – il a paru en grand format lors de la rentée littéraire de l’automne 2018, mais existe en poche aux éditions Points depuis quelques mois !

Dani interné en hôpital psychiatrique depuis très longtemps, se suicide sous les yeux de son frère, Palmi. Au même moment, un vieil instituteur, Halldor, brûle vif dans sa maison. Grand émoi à Reykjavik, quand on parle de meurtre.  Erlendur, vieux flic bougon, flanqué d’un fringuant collègue formé aux Etats-Unis, Sigurdur Oli, sont chargés de l’enquête.

Si je vous dis que l’on retrouve un certain nombre de thèmes fétiches d’Indridason dans cette première histoire, je vais avoir l’impression d’enfoncer une porte ouverte ! Mais sachez quand même que l’on retrouve le thème de l’enfance maltraitée et celui du poids de la culpabilité.

Vous saurez aussi qu’en Islande il était de coutume de donner de l’huile de foie de morue aux élèves pour les rendre plus résistant aux maladies (et pas qu’en Islande, d’ailleurs, ma mère n’est pas islandaise et a subi le même régime !). L’huile de foie de morue transformée en gélule, c’est plus facile à avaler, n’est-ce pas ? Mais êtes-vous bien sûr de ce que vous avalez ? C’est le fil ténu de l’intrigue.

Indridason, comme a son habitude, creuse le passé des personnages, des deux frères Palmi et Dani, de leurs amis, de celui qui fût leur instituteur, Halldor. On plonge des années auparavant, quand les deux hommes n’étaient que des enfants, élèves dans une école où leur avenir était plutôt un no future.

« On a passé notre enfance dans les logements sociaux de Grenid, on les appelait comme ça, les Taudis, poursuivit Solveig, assise dans son salon avec Palmi. Notre classe était très soudée. On habitait le même quartier et on se connaissait depuis toujours. Nos parents étaient la plupart originaires de la campagne, ils n’avaient pas fait d’études et occupaient des emplois mal payés. (…) Beaucoup de familles avaient de gros problèmes, la plupart des garçons de notre classe en étaient issus. (…) On venait pour la plupart de familles à problèmes où la mère était la seule à travailler, le père était parti Dieu sait où. L’alcoolisme était galopant, les gamins n’avaient aucun mal à se procurer du brennivin. On était livrés à nous-mêmes après les cours et, bien souvent, on ne rentrait à la maison que la nuit venue. Le système de groupes de niveau et des classes de cancres avait été créé pour nous. »

Alors une classe de cancres issus d’un milieu pauvre qui deviennent du jour au lendemain de brillants élèves assidus, c’est plutôt bizarre…
Le revers de la médaille est  pourtant sévère et non moins étrange quand  on remarque que la plupart sont devenus schizophrènes, voire ont mystérieusement disparu.

La fin m’a plutôt surprise ! Un peu dans la veine de La cité des jarres. Assez différente des autres volumes de la série. Mais j’ai passé un très bon moment avec Erlendur et ses troupes mais aussi Palmi, libraire attachant, rongé de culpabilité.
Erlendur n’est pas encore un personnage très affiné. Un peu plus brut de décoffrage que bien des volumes plus tard. Il est déjà divorcé et a déjà ses deux enfants qui partent en vrille. Il n’est pas tendre avec son collègue Sigurdur Oli qu’il prend un peu de haut.  Je préfère le Erlendur « d’après ».

Il y a également pas mal de rebondissements. On est davantage dans le suspense digne d’un thriller. Ce qui est aussi assez différent des futures aventures où l’intrigue est un prétexte à bien autre chose.

Un volume que doivent lire tous les addicts de la série. C’est sûr !
On se demande pourquoi on nous a caché si longtemps celui-ci. 🙂

Je pleure car j’ai aujourd’hui terminé de lire toutes les aventures de mon commissaire chouchou !

 

 

 

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Rien qu’une vie – Graham Norton

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Traduit par Sarah Champion

Encore un auteur irlandais que je n’avais jamais lu. Mais bon, c’est son premier roman, paru au printemps dernier en France aux éditions Stéphane Marsan (en 2016 pour la Grande Bretagne).  Graham Norton est comédien et animateur TV. Parcours atypique donc.

Des ossements sont trouvés par des ouvriers sur le chantier de construction d’une nouvelle résidence dans le petit village de Duneen. Il ne se passe jamais rien là-bas, à part les commérages. Donc stupeurs, tremblements mais curiosité exacerbée. On prévient le représentant des forces de l’ordre locale, le sergent Patrick James Collins. Surnommé « PJ ». Il prévient les pointures de Cork et voit débouler dans son village le commissaire Linus Dunne. A priori, ils ne sont pas faits pour s’entendre. Du moins c’est tout de suite ce que pense PJ : « Ce type était un connard fini. Tout en lui respirait l’arrogance : ses cheveux gominés, son nez aquilin, long et fin, son costume et sa chemise fraîchement repassée. Qui portait des chaussettes assorties à sa cravate ? » Il faut dire que PJ a de quoi être complexé : il n’aime pas son surpoids, son obsession pour la bouffe que lui mijote Mme Meany. Pourtant il va devoir faire avec.

Les ossements font remonter à la surface une vieille histoire : celle de la disparition de Tommy Burke, un jeune homme volatilisé du jour au lendemain. Certains disent qu’il a pris le train pour Cork suite à une histoire de coeur brisé. Les restes ont été trouvés sur la ferme qui appartenait à sa famille, avant qu’il ne la reprenne au décès de ses parents.
Cette histoire, c’est pas de pot pour les frères Flynn qui avaient l’intention de construire le lotissement sur le terrain de l’ancienne ferme. Dans les années 90, ils avaient repris la petite société de construction de leur père et le boom économique du Tigre Celtique leur avait permis de se faire un petit magot. Mais le krach boursier est passé par là : à présent, leur seule fortune se résume à leur voiture et leur maison. Tout le monde les boude. Ce chantier devait être leur grand retour.

Et puis, il y a les soeurs Ross qui vivent toutes les trois dans leur domaine. Une scène mémorable a opposé par le passé Evelyne à Bird Riordan, une vraie bataille de chiffonnière qui se crêpent le chignon pour le même homme : Tommy Burke. Il faut dire que pour Bird, Tommy était l’occasion de sa vie…

Et puis, il y a Mme Meany, si discrète.

Graham Norton brosse un tableau mordant, drôle et tendre d’une petite communauté en émoi. Sa plume mordante ne rate pas une occasion de nous faire rire (en tout cas, moi il m’a fait rire). L’intrigue tient la route et les rebondissements font de ce livre un bon « page turner ». L’auteur n’hésite pas à creuser le passé de ses personnages, qui nous surprennent.  Il y a deux bonnes femmes pas sympathiques dans cette histoire : Evelyn, la garce qui se prend un râteau et sa soeur complétement fêlée. Je me suis davantage attachée à Mme Meany (la femme de l’ombre va vous surprendre !) et à Bird. J’ai adoré PJ, avec ses réflexions à l’emporte pièce mais plus perspicace qu’il n’y paraît. Même Linus devient intéressant. Ah, puis il y a une idylle entre PJ et un témoin de l’enquête (je ne vous dis pas laquelle) le met dans un situation délicate. Surtout quand cette femme est mariée. Double galère.

« Tel un caméléon obèse en uniforme de policier, son visage tout entier prit la même teinte que l’empreinte rouge du baiser qui se détachait sur sa joue. »

La fin laisse présager la suite des aventures des deux compères. J’espère. C’est peut-être une une lubie de ma part !

On passe un bon moment avec ce roman sans prétentions, mais au charme fou .

 

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10 ans

28 novembre 2009-28 novembre 2019. Le blog a 10 ans. Eh oui, ça passe vite !

Je ne suis pas en mesure d’en écrire des kilomètres car le hasard fait que je suis en Irlande.

10 ans 1 blog, 2 plateformes. Plus de 453 articles sur cette plateforme. Et comme je n’ai pas les chiffres, je me demande si ce n’est pas davantage (il y a aussi ceux – quelques-uns – que je n’ai pas rapatrié depuis l’ancienne plateforme Canalblog). Mais peu importe : le « moteur » c’est l’envie. Et l’amateurisme total.

J’espère pouvoir continuer encore quelques années. 😊

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Bad Girl – Nancy Huston

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Bad Girl « Classes de littératures » est un récit à la lisière invisible entre la fiction et l’autobiographie. Le lecteur qui connaît l’oeuvre de Nancy Huston s’aperçoit rapidement que le narrateur qui apostrophe une petite Dorrit n’est en fait qu’une seule et même personne : l’auteure qui s’adresse à son moi même pas encore née.

« Toi, c’est toi. Dorrit. Celle qui écrit. Toi à tous les âges, et même avant d’avoir un âge, avant d’écrire, avant d’être un soi. Celle qui écrit et donc aussi, parfois, on espère celui/celle qui lit.
Un personnage. »

Nancy Huston choisit un point de vue original en s’adressant au foetus qu’elle a été, ce bébé non désiré dont il a été question de se débarrasser. Mais qui s’accroche. Tout ce qu’elle peut. « S’accrocher, Dorrit, sera l’histoire de ta vie. »

Avec beaucoup d’humour, Nancy Huston raconte l’histoire improbable de la rencontre de ceux qui seront ses parents. Elle remonte l’arbre généalogique pour tenter de cerner ce qui a pu faire d’elle ce qu’elle elle devenue. La relation difficile à sa mère, qui l’abandonne à l’âge de six ans, un père largué et adultère, un  grand frère, Stephen qui sera son modèle, sa bouée de sauvetage, celui qui lui apprendra à lire à 4 ans et par là ouvrira la grande histoire de sa vie : la littérature. Le divorce de ses parents quand elle a dix ans. Le remariage de son père, fils de méthodiste, à une Allemande catholique romaine. Le déracinement d’une enfant trimbalée partout par les déménagements successifs à travers le Canada et à l’étranger. La littérature comme point de repères. La folie dans une famille de barrés. Le trauma de la prime enfance qu’on se trimballe toute sa vie. L’envie d’écrire pour être entendue. Puisqu’on ne l’écoute pas.

« Te fera immanquablement disjoncter le fait de n’être pas entendue lorsque tu parles (…)

Te rendront capable de meurtre (ou presque ces employés de la poste, de la banque, de n’importe quelle entreprise ou administration, qui t’ignorent ou te répondent comme des automates (…) ».

Les phrases s’alignent, brèves, incisives, poétiques, cash, crues, percutantes, moqueuses. Les évocations se succèdent sans souci de chronologie, (ben oui, quand on n’est pas née, le temps n’a finalement pas d’importance, on sera mais on n’est pas encore).

« Tu liras matin et midi, soir et nuit. Tu liras en marchant, en mangeant et en allant aux toilettes, tu liras avec une torche électrique en te cachant sous ton lit, tu liras dans le bus, dans le train, et sur le siège de la voiture, si tu pouvais lire en dormant et en jouant au piano tu le ferais aussi. »

Basel Van der Kolk, psychologue néerlandais « dit que le trauma vous conduit à perdre toute motivation, donc tout affect, et vous paralyse. (…) Il dit que le but de l’émotion est la motion, le mouvement : nous rapprocher ou nous éloigner les uns des autres. » Il dit que contrairement à la notion freudienne selon laquelle parler de son trauma aiderait à le surmonter (…) sont plus efficaces (…) la danse, le théâtre, le rolling et le yoga. Des trucs de corps ».

« Oui les femmes devenaient barjos plus souvent que les hommes, mais certains hommes devenaient barjos aussi. Le grand-père d’Alison, par exemple (fils de la dame qui hurlait à la lune). Totalement barjo.
Peut-être sa mère sorcière était elle-même devenue Barjo avant de venir au Canada, voire née barjo, et avait-elle transmis à son fils les gènes de sa barjoterie ? Peut-être as-tu hérité toi aussi, Dorrit, un peu de cette barjoterie de son arrière-arrière-grand-mère ? (Avoue-le : dans ton for intérieur, n’as-tu pas toujours eu un peu envie de hurler à la lune ?) »

Comme tous les autres livres de Nancy Huston lus jusqu’à présent (ça doit être mon 4e), j’ai vraiment beaucoup aimé. C’est original, intelligent, intellectuel certes, mais ça fait sens sans donner mal à la tête. On se laisse embarquer par sa prose avec un plaisir non dissimulé. J’ai beaucoup souri, signe d’une lecture réussie !

Ce livre date de 2014.
J’espère quand même un jour arriver à aller l’écouter parler de son oeuvre !

 

 

 

 

 

 

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I am, I am, I am – Maggie O’Farrell

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Traduit par Sarah Tardy

J’ai laissé passer la déferlante du printemps dernier qui nous a mis sous le nez, en boucle, le dernier livre de Maggie O’Farrell. Car au bout d’un moment, quand on voit toujours le même livre en boucle sur les réseaux, perso, ça me saoule un brin et je m’en détourne. D’autant qu’au même moment sont sortis d’excellents romans irlandais qui sont passés presque inaperçus sur le web.

Il me restait dans ma PAL 4 livres d’auteurs irlandais publiés entre août 2018 et le printemps dernier : Miracle du sang de Lisa McInerney ; D’os et de lumière de Mike McCormack ;  Rien qu’une vie de Graham Norton ; I am, I am, I am de Maggie O’Farrell. Sauf qu’en écrivant ces lignes, je m’aperçois qu’en fait il y en a 5 car j’ai oublié Les amants de Coney Island de Billy O’Callaghan (planqué dans ma liseuse) :p . J’étais limite en panne de lecture en train de tourner en rond devant ma bibliothèque, incapable de choisir mon prochain roman irlandais. J’ai demandé aux copains sur Instagram et ils ont majoritairement désigné Maggie O’Farrell. Donc, voilà, je l’ai ENFIN lu ! 🙂

J’ai lu tous les romans de l’auteure sauf un (le fameux « sauf un » qui fait suer !). Ils sont tous chroniqués sur le blog. J’ai eu des hauts et des bas avec Maggie O’Farrell, je trouve ses livres assez inégaux. Sans doute une des raisons supplémentaires qui ne m’a pas fait me jeter dessus à sa sortie.

Comme tout le monde le sait déjà, I am, I am, I am n’est pas un roman, mais une autobiographie centrée sur « 17 rencontres avec la mort », comme l’indique le sous-titre. 17 fois où l’auteur a croisé la Grande Faucheuse venue pour elle ou ses enfants.  Les chapitres se focalisent sur diverses parties de son corps et développe la manière dont elles ont été meurtries : le cou (1990 et 2002) ; les poumons (1988,  2000 et 2010) ; la colonne vertébrale, les jambes, le bassin, l’abdomen, la tête (1977) ; le corps tout entier (1993) ; le ventre (2003) ; bébé et système sanguin (2005) ; le système sanguin (1991) ; la tête (1975) ; le crâne (1998) ; les intestins (1994) ; le système sanguin (1997) ; cause inconnue 2003 ; le cervelet (1980) ; ma fille aujourd’hui.

La construction  d’un point de vue anatomique et anachronique est indéniablement originale. Certains récits sont émouvants et/ou révoltants, notamment ceux liés à la maternité, à la maladie neurologique contractée par l’auteure. Mais la « surprise » est finalement le dernier chapitre, dédié à la maladie de sa fille, atteinte d’une forme grave d’allergie à tout, qui lui fait risquer sa vie à chaque seconde, la forme la plus visible étant un eczéma aggravé. Dans les remerciements, on découvre qu’une donation sera faite à la Anaphilaxis Campaign grâce aux recettes de ce livre.

On ne peut pas rester indifférent au calvaire de la petite atteinte d’anaphylaxie et à la vie de ses parents, en état d’alerte permanent.
« Ma fille souffre de réactions allergiques, de divers degrés de gravité, douze à quinze fois par an en moyenne. Je tiens un journal détaillé. Ma fille est née avec un déficit immunitaire, ce qui signifie que son système ne réagit pas suffisamment face à certaines choses, et trop face à d’autres. Un simple rhume pour les autres enfants signifie un séjour à l’hôpital pour elle, avec un respirateur artificiel et perfusion. » Cette maladie signifie aussi un bébé défiguré par son eczéma, une plaie vivante.
« A l’âge d’un mois, son corps était comme piégé dans un plâtre blanc et cru, celui de l’eczéma. Sa peau craquait lorsqu’elle pliait le poignet, le bras, la jambe ; la maladie avait envahi le moindre millimètre de peau, la moindre fissure (…). L’eczéma dans sa forme la plus grave peut être dangereux voire mortel » pendant que la pédiatre se contente de prescrire froidement la même crème totalement inefficace. Et vous, lecteur, vous bouillez de colère, à l’instar de l’auteure (pour avoir vécu le même genre de situation de médecin incompétent, incapable de vous donner une adresse de spécialiste) !
Un espoir émerge le jour où Maggie O’Farrell parle du problème de sa fille à une amie qui lui conseille l’adresse du meilleur spécialiste qui exerce en médecine privée. Là, moi-même je sais qu’on s’assied sur tous ses principes et qu’on fonce, même si on doit y laisser  beaucoup d’argent. Même si cette médecine à double vitesse vous révolte.

L’autre récit qui m’a marquée est celui où elle explique son accouchement (« Ventre, 2003), dans un hôpital qui lui refuse la césarienne. Elle a beau expliquer qu’elle a une maladie qui l’empêcheront d’accoucher par voie basse, les médecins lui refusent sous prétexte que c’est « la césarienne est un culte, une mode. Qu'[elle] a lu trop de magazines féminins » ! (Je rêve !!!) Le médecin ajoute qu’une césarienne est un acte chirurgical lourd. Et alors ??? On devine toute de suite les histoires de gros sous qui se cachent derrière de telles affirmations. 😦
« Les médecins, dissimulés derrière un rideau hissé à la hâte, laissaient des empreintes de pas rouges en se déplaçant. L’une d’entre eux, une jeune femme nord-irlandaise, qui paniquait, était en train de dire, « Je ne peux pas, je ne peux pas, je ne sais pas comment faire. » «  (déjà, youpi, c’est hyper rassurant !)
« (…) j’étais allée à mon rendez-vous avec la chef de clinique d’un grand hôpital londonien (la même chef qui, quelques mois plus tard, s’exclamerait « Je ne peux pas, je ne peux pas », je ne sais pas comment faire, pendant que je serais en train de saigner sur la table d’opération). Je lui avais expliqué qu’enfant j’avais contracté un virus à cause duquel j’avais passé un an en fauteuil roulant et gardé une faiblesse musculaire ainsi que des dommages nerveux et cérébraux. Les neurologues et les pédiatres qui m’avaient suivie à l’époque m’avaient dit que, si je voulais un jour, avoir des enfants, il me faudrait une césarienne. (…) A peine étais-je arrivée à la moitié de mon discours que la chef de clinique m’a interrompue d’un ton nerveux.
« Il faut que j’en parle à un spécialiste », a-t-elle dit avant de sortir en trombe du cabinet. » Et le spécialiste de répondre : « Vous n’avez aucun problème, a-t-il conclu après deux pas. Vous accoucherez normalement. » Le médecin va jusqu’à mettre en doute sa maladie, lui demande des preuves. Moi, je faisais des bonds en lisant ces lignes ! Maggie O’Farrell souffre l’ataxie. Comment un homme, et une femme, de surcroit médecins, peuvent imaginer qu’elle fabule ? Comment est-ce possible qu’encore au XXIe siècle, dans des pays développés on vous nie en tant que femme de disposer d’une méthode d’accouchement qui vous permet d’éviter d’y laisser votre vie (et celle du bébé) ? Comment peut-on se permettre de vous laisser souffrir en toute connaissance de cause et au nom de quotas ?
« Mourir en couches semble être un danger totalement daté, une menace extrêmement lointaine entre les murs des hôpitaux  des pays développés. Mais une enquête récente a classé le Royaume Uni 30e sur 179 pays en matière de taux de mortalité maternelle. Au Royaume Uni, les femmes ont une chance sur 6 900 de mourir en donnant naissance à leur enfant, ce qui surpasse de loin les risques encourus en Pologne. (…)
La cause la plus répandue de mortalité maternelle dans le monde est l’hémorragie post-partum. »
On peut remercier Maggie O’Farrell de dénoncer ces pratiques et attitudes d’un autre âge. Pour des raisons économiques.

Ces deux récits qui m’ont fait le plus réagir, qui avaient le plus d’intérêt parce qu’ils dénoncent des attitudes médicales inacceptables. Parce qu’il faut se battre comme un diable pour obtenir des diagnostics fiables devant des médecins incompétents qui refusent de vous donner le nom d’un confrère pour une raison ou une autre.

Les autres historiettes où Maggie O’Farrell raconte ses agressions, sa noyade (ratée), sa dysenterie amibienne et d’autres choses (dont je ne me souviens déjà plus), m’ont laissée beaucoup plus indifférente, sans doute parce que c’est davantage autocentré. Souvent, mon attention divaguait ailleurs, sans que je sache vraiment identifier pourquoi, si ce n’est que je m’ennuyais et que je me demandais pourquoi elle nous racontait ça.
Dans un registre similaire, Emilie Pine m’a beaucoup plus touchée car il y a une dimension féminine universelle dans ses essais, même si elle parle d’elle, que je n’ai pas retrouvé ici.

Un avis mitigé, donc pour une lecture en dents de scie où je me serai bien contentée que de certains chapitres .
Le but affiché de ce livre est de récolter des fonds pour la recherche contre l’anaphylaxie (on peut totalement le comprendre) et de dénoncer des pratiques médicales douteuses (du moins c’est ce que j’en ai perçu). C’est pour moi tout l’intérêt de cette oeuvre.

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Friterie-Bar Brunetti / Je ne suis pas un héros – Pierre Autin-Grenier

Je suis curieuse : j’aime bien découvrir de nouveaux auteurs. Cette rentée littéraire est plutôt riche en la matière dans ma pile personnelle, avec les auteurs irlandais  dont j’ai parlé dans mes précédentes chroniques. Mais il n’y a pas que l’Irlande dans la vie (n’est-ce pas ? 😉 ), il y a aussi des auteurs méconnus en littérature française.

Je vous présente donc  Pierre Autin-Grenier est né en 1947 à Lyon et décédé en 2014. Auteur de prose poétique, de récits et de nouvelles. Il a publié notamment Le radis bleu (2005)

Je me suis plongé dans Friterie-Bar Brunetti, à peine plus de 100 pages. Un hommage aux bistrots et autres troquets bien franchouillards. Eh oui, si les Irlandais se plaignent de la disparition des pubs, la France voit ses cafés suivre le même chemin. Pierre Autin-Grenier les fait revivre d’une prose haute en couleurs, pleine d’humour et de poésie. Du pilier de bistrot, à l’ouvrier qui vient se rincer le gorgeon, en passant par  dame Loulou montée sur talon d’escarpin, rien ne manque. Poésie de comptoir.

« Quand je pense aussi à ces pauvres bougres qui s’essoufflent jour après jour à boursicoter comme broutent les baudets au bout d’une corde et, le kiki serré d’angoisse, taquinent le C.A.C. pour tenter de s’en sortir, étendre au-delà de leur paillasse un empire de pacotille, qui grenouillent à perdre haleine dans l’immobilier pour vendre du sommeil au fleuron de l’immigration et tirer de ce manège matière à nourrir dans la rudesse une triplette de rejetons, mâles et femelle confondus, tandis qu’ayant moi-même abandonné tout projet de projéniture dans les limbes je donne l’apparence d’un qui se goberge de bons vins, sans cesse ne songe qu’à faire bamboche avec la bohème du faubourg aux frais, bien sûr, de la princesse, se la coule douce au soleil sous les palétuviers roses et ne montre en cela nulle marque de repentir ni n’a seulement souci du temps qui passe, alors, oui, c’est quasiment comme une sorte de honte qui me vient !

C’est comme ça que m’est arrivée cette idée saugrenue de quand même brosser à ma façon quelques histoires maintenant anciennes et tellement oubliées de la Friterie-bar Brunetti, maison fondée en 1906 au 9 rue Moncey et aujourd’hui disparue. »

« Domi, notre cantonnier, accroché à balai et brouette toute la sainte journée et qui connaît mieux la place du Pont que mulot son terrier comme s’amuse à le rappeler madame Loulou, il a sa vie durant voyagé de la sorte entre pavé, caniveaux et comptoirs ; deux coups de balai un coup de rouge vite fait bien fait et une portion de frites sur le pouce avalée, le voilà regonflé qui repart l’automne à la feuille morte, l’hiver à gadoue, à pas grand-chose l’été. »

Un texte court, des phrases à la « Marcel » (celui de la Madeleine) mais un ensemble très travaillé qui a su me séduire et m’étonner.

Je ne suis pas un héros ou la réalité vue par l’absurde. Le concept, qui fait mouche et je l’apprécie Je ne l’ai pas lu d’une traite, je l’ai picoré au gré de mes envies.  L’humour, encore lui, fait mouche !

« Une andouillette abandonnée par ses parents »
« Alors tout d’un coup je me suis senti comme une andouillette abandonnée par ses parents. Et même par l’humanité toute entière. Seul dans un poêlon oublié sur le gaz au creux duquel le beurre commence à brûler. Je réclamais une lichette de vin blanc pour adoucir cette douleur d’être né, aussi ce grésillement nauséabond de vie autour de moi. »
L’homme-andouillette a du souci à se faire… 🙂

Deux livres à la prose très recherchée, qui sortent de l’ordinaire,  dont on prend plaisir à la lecture.

Merci aux éditions de La Table Ronde d’avoir réédité ces oeuvres dans la collection « La Petite Vermillon ».

A découvrir.

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Jours d’hiver – Bernad MacLaverty

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Traduit par Cyrielle  Ayakatiskas

Gerry et Stella, originaires d’Irlande du Nord, vivant à Glasgow partent quelques jours se reposer à Amsterdam. Gerry et Stella ne sont pas de jeunes tourtereaux mais des personnes âgées, un couple qui semble vivre ensemble depuis toujours. Ils ont un fils adulte qui vit au Canada, ils sont grand-parents.

Stella est croyante, catholique. Gerry ne croit pas et a penchant pour l’alcool, même un sérieux problème. Mais ne voyez pas en lui l’ivrogne qui frappe sa femme, ni qui part en cacahuète dès qu’il a un coup dans le nez. Il veille sur Stella, s’inquiète dès qu’il la perd des yeux. Filer à l’anglaise, c’est souvent ce que va faire Stella pendant ce séjour dans la capitale néerlandaise, où Bernard MacLaverty nous plonge dans l’intimité de ce couple âgé.  Un voyage de couple ou un voyage de deux âmes seules ? Sortir de leur routine, de leur décor va-t-il rapprocher Gerry et Stella qui vivent comme deux vieux potes ? Le voyage va-t-il, au contraire, creuser le fossé et tuer le couple ?

On va suivre les personnages à travers les rues encombrées d’Amsterdam et sourire de leurs agacements. Gerry visitant le Rikjsmuseum c’est quelque chose !

« La technique de Gerry consistait à parcourir les galeries en tournant systématiquement à gauche jusqu’à ce qu’il ait visité toutes les salles. Au début, ils marchèrent ensemble. Mais parfois Gerry dédaignait des murs entiers de tableaux, leur accordant à peine un coup d’oeil, et Stella lui emboîtant le pas en se demandant pourquoi il faisait cela.
« Des bourgeois imbus d’eux-mêmes, déclara-t-il. Les natures mortes hollandaises… des tableaux de légumes qui ressemblent à des visages.« 

Bernard MacLaverty prend son temps, s’attarde aux détails minuscules qui n’ont rien d’anodin, avant de dévoiler le drame qu’ont dû affronter Stella et Gerry. Le jardin secret de chacun d’eux. On n’est pas vraiment dans une histoire feel good.

Chaque détail est l’occasion pour les personnages de s’échapper en rêveries, et de nous faire basculer, nous, lecteurs, dans une autre dimension spatio-temporelle. Sans transition. C’est un peu perturbant au début mais c’est par ce jeu de décalage, de clair et d’obscur, de divagations mentales que sera mis en lumière le drame.

L’auteur mêle adroitement l’histoire nord-irlandaise à l’histoire personnelle des personnages, pris dans la tourmente de faits qu’ils ne peuvent maîtriser, mais auxquels ils ont survécu, ou du moins pensent avoir survécu. Car des blessures invisibles mais indélébiles sont ancrées dans leur psyché et leurs corps maltraités. Leur traumatisme est encore une plaie à cautériser, un bloc de glace à rompre (il y a pas mal de références au froid, sous forme de glaçon ou de neige dans le roman, le titre lui-même en français ou VO : Midwinter Break…).

J’ai eu un gros faible pour Gerry, du mal avec Stella, surtout au début.  Puis elle m’a fendu le coeur, forcément ! Gerry avec sa bouteille et ses bleus au menton, sa maladresse, ses conclusions à l’emporte-pièce  est un vieil Irlandais craquant !

Un très joli roman,  subtil, minutieux, aux personnages attachants. Un portrait tendre et réaliste d’un couple âgé, pas du tout gnangnan.
Bernard MacLaverty questionne l’amour, la solitude, la fuite,  la foi, les blessures intimes, la difficulté de vieillir – ensemble ou seul.

Sourire quand, en plus, je trouve une référence à un roman de Joseph O’Connor dans l’histoire!

Jours d’hiver a obtenu le prix du livre de l’année 2017 aux Irish Book Awards. C’est le premier livre que je lis de l’auteur (faut dire qu’il en écrit un tous les 20 ans environs !)

Ma 10e lecture pour la rentrée littéraire et mon 5e roman irlandais pour cette rentrée d’automne.

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Notes à usage personnel – Emilie Pine

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Traduit par Marguerite Capelle

Emilie Pine, il y a quelques semaines, je ne savais même pas qui c’était. Et puis, le Centre culturel irlandais me l’a mise sous le nez sur Internet pour annoncer qu’elle serait là le 14 novembre pour présenter son livre, Notes à usage personnel. Une brève présentation attire mon attention. « J’ai peur d’être cette femme qui dérange. Et peur de ne pas déranger assez. J’ai peur. Mais je le fais quand même. »Anne Enright la cite en recommandation. Déjà, pour moi c’est une sacré référence !  Je lis la suite de la présentation. Je suis alors complètement intriguée et  impatiente que le livre sorte. J’ai laissé toutes mes lectures en plan dès que j’ai pu me le procurer. Dévoré en 2 jours, traîné partout,  presque sous la douche. Là pour pas grand monde jusqu’à ce que je l’ai fini.

Emilie Pine est professeure de théâtre contemporain à l’Université College de Dublin.
Ce livre a été publié en 2018 par une maison d’édition indépendante. En Irlande, « un phénoménal bouche à oreille le propulse en tête des meilleurs ventes. » En novembre, il est consacré Irish Book of the Year ! Il est finaliste du Prix Michel Déon. C’est son premier livre.

Ce n’est pas de la fiction mais un recueil de 6 essais où elle nous parle d’elle, de son histoire, de sa famille. Le genre de perspective assez casse gueule qu’il n’est pas donné à tout le monde de réussir. « Notes sur l’intempérance », « Les années bébé », « Se parler ou pas », « Saigner & autres crimes », « Quelque chose en moi », « Ceci n’est pas au programme ».  Voilà ce qui vous attend.
Je ne vais pas vous faire un résumé de chacun des essais, juste vous parler des trois qui m’ont le plus marquée.  J’ai peur de ne pas en parler assez bien. Cette chronique ne sera pas à la hauteur du livre, de toute façon.

« Notes sur l’intempérance » : Emilie Pine évoque son père, personnalité forte, égoïste et alcoolique. Ses parents se sont séparés quand elle avait 5 ans et sa soeur à peine quelques mois. Portant, cela n’a posé aucun problème à cet homme, au contraire bien content de mettre de la distance avec sa famille, en partant s’installer à Corfou. L’auteure raconte « l »expédition » en Grèce, pour elle et sa soeur, des années plus tard,  pour s’occuper de ce père malade, hospitalisé dans un établissement digne du tiers monde, le tirer d’un guêpier, le faire soigner et finalement lui sauver la vie. De son aveuglement. De la nécessité d’écrire sur lui et de lui soumettre. « C’est beau. Et courageux », répondra-t-il.  J’ajouterai aussi bouleversant.

« Bouleversant, c’est ce qui ressort aussi des « Années bébé »  où l’auteure aborde sans tabou son infertilité, son renoncement à devenir mère. Il est question du poids de la société, mais aussi du fait qu’en Irlande l’avortement était encore interdit et qu’on accorde plus d’importance au foetus qu’à la mère et au droit à l’information sur ce qui se passe dans son corps ! Il est question de sa galère à elle, de la mise en péril de son couple à force de vouloir à tout prix un enfant, de cette impression de se transformer en machine à sexe jusqu’au dégoût de soi-même. Emilie Pine raconte tout cela avec crudité, une bonne dose d’humour et de tendresse.

« Je fais pipi sur de bandelettes et dans des flacons d’analyse. Je me pisse sur la main quand le jet refuse de m’obéir. J’écarte grand les jambes pour le sexe, pour le spéculum du médecin. (…) Je suis pleine de crainte, d’espoir, de honte. J’ai peur d’être vide, ou d’être emplie de ce qu’il ne faut pas. J’ai peur de m’évanouir, de m’affaiblir, de faillir. Je ne sais pas quoi faire de tous ces sentiments. » « Nous avons tous deux voulu un bébé, et nous avons tous deux essayé très dur, et nous avons tous deux vécu le chagrin de la fausse couche. Et maintenant nous devons tous deux affronter autre chose : la réalité, et nos sentiments à l’idée de n’être peut-être jamais parents. (…) Mi-janvier, R et moi échangeons un regard. C’est un long regard, un regard chargé, un regard tendre plein de compassion mutuelle. C’est un regard qui confirme : pas de FIV. (…) Je n’aurai jamais de bébé. Cette réalité m’angoisse. Et j’ai du chagrin. Et je suis heureuse. (…) Un jour de l’année dernière, je suis rentrée du travail et j’ai trouvé R en train de ratisser des feuilles dans le jardin. Il a souri et j’ai remarqué dans la lumière vive de l’automne les nouvelles mèches argentées sur ses tempes. Et j’ai réalisé. Nous sommes en train de vieillir ensemble. »
Complètement retournée par ces pages, par le courage que cela nécessite d’arriver à mettre en mot une réalité si intime, avec tant de justesse.

On pense commencer à connaître la « dame », jusqu’au moment où on lit « Quelque chose en moi » : « la personne fofolle {qu’elle a été] dans sa prime jeunesse » . Même son compagnon ne connaît pas toute l’histoire, ni sa famille. J’avoue que là, je n’en suis pas revenue ! L ‘adolescence n’est pas une période facile et c’est celle de tous les dangers. Mais ce n’est pas tout le monde qui se fait virer de 5 collèges en 3 ans, qui passe de la jeune fille solitaire avec des vêtements de seconde main à la teufeuse de course, la jupe courte, le verbe haut, qui se shoote au speed, qui boit des alcools très sucrés et se nourrit exclusivement de Mars pour tenir debout, fière de pouvoir prétendre que la faim n’a aucune emprise sur elle. Elle couche avec tous les types louches qu’elle ne connaît pas. Fugue. Fait la manche. Trouve refuge dans des squats. Sèche de plus en plus les cours jusqu’à se faire virer, donc. Sa mère ? Sans doute trop occupée pour se rendre compte que sa fille est au bord du gouffre. Une gamine éperdument seule. Elle s’en est tiré seule : à 18 ans elle laisse tomber la drogue. La réalité sordide de sa situation la fait changer de direction.

« Le speed que je prenais me mettait les entrailles de plus en plus en vrac. J’étais incapable de dormir ou de rester immobile à cause des crampes. Je tremblais. Je me sentais ravagée. Je me suis réveillée un matin, j’ai pris une dose d’acide. Il y a quelque chose qui ne va pas, ai-je pensé, au moment même où je le faisais. J’étais confronté à un choix : tout ou rien. J’ai choisi rien. (…) Mais sans la drogue – surprise, surprise – le reste  n’était plus vraiment supportable. Les raves en entrepôt dont j’étais devenue adepte, et les squats où je vivais, étaient des endroits sordides quand on était clean. »
Ecrire ses pages ont été « une expérience très douloureuse » avoue-t-elle. « J’écris ceci aujourd’hui pour me réapproprier ces parties de moi que j’ai si profondément niées pendant si longtemps. J’écris ceci pour briser la loi du silence que j’ai respectée pendant tant d’années. J’écris ceci pour enfin me sentir présente dans ma propre vie. J’écris ceci parce que c’est la chose la plus puissante que je puisse imaginer faire. Enfin, j’écris ceci parce que je ne peux pas remonter le temps. »
 » J’ai été abimée mais je m’en suis sortie. J’ai passé mes examens de fin d’enseignement secondaire. J’ai obtenu une place dans une université irlandaise, où je me suis sentie chez moi. Je suis allée à des cours et des séminaires et j’ai rencontré des gens qui pensaient, comme moi que lire et parler bouquins était une activité valable. »
Emilie Pine est universitaire. C’est le contraste entre ces deux personnes qu’elle est qui est saisissant.

Je vous laisse vous-même découvrir les autres essais, dont l’excellent « Ceci n’est pas au programme » ou la vie d’une femme universitaire dans un milieu d’hommes.  Seul bémol : la traduction de cet essai m’a agacée parce que ce n’est pas parce qu’il y a une dimension féministe  qu’on est obligé de mettre de l’écriture inclusive là-dedans…  C’est contreproductif, et ça ruine complètement l’intelligence du contenu. Point de vue personnel.

Ce livre se lit comme un roman mais parle de la réalité féminine à travers une histoire personnelle qui touche à l’universalité, pourtant. Même si on n’a pas toutes vécu tout ce qu’elle raconte. Même si on est toutes différentes par notre histoire. On s’y reconnaîtra. De la violences faites aux femmes. Du corps féminin. Du sang. De sidération. De rébellion. De dépression. De séparation. De nos peurs. De sexe. De ruptures. D’addiction. D’amour. De la difficulté d’être une femme.

Un livre courageux et nécessaire.

« J’ai peur de reconnaître que je suis jeune, mignonne et impuissante. J’ai peur d’assumer tout ce qu’il y a de difficile, tout ce qu’il y a de moche, tout ce qu’il y a de déplaisant. J’ai peu de me dévoiler. J’ai peur qu’on me prenne en pitié. Qu’on m’en veuille. Qu’on m’engueule. J’ai peur d’être cette femme qui dérange. Et peur de ne pas déranger assez. J’ai peur. Mais je le fais quand même. »

Rendez-vous au CCI le 14. J’ai une journée surchargée mais j’irai quand même. 🙂

Voici donc mon deuxième coup de coeur irlandais en cette rentrée littéraire.

C’est ma 9e lecture de rentrée littéraire.

Le prochain livre irlandais que je présenterai sera Jours d’hiver de Bernard Maclaverty.
(Ce sera le 5e de cette rentrée littéraire « irlandaise » 🙂 )

 

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