Parutions irlandaises post-confinement et autres trouvailles

Un petit billet qui sera mis à jour au fur et à mesure sur mes repérages en matière de littérature irlandaise après la Fin du Monde, c’est-à-dire, le 13 mars dernier où tout a sérieusement commencé à partir en vrille à cause de ce virus encore mystérieux dont on taira le nom. 🙂

Il faut que le monde du Livre renaisse de ses cendres. C’est pas du gâteau ! Mais quand on est un grand lecteur (du moins un lecteur qui lit plus que la moyenne nationale), on ne peut pas croire à un pays où les livres ne paraîtraient quasiment plus faute de moyens, où les librairies fermeraient toutes les unes derrière les autres. C’est même juste impossible. Alors, même si très franchement il est encore compliqué pour beaucoup de se rendre en librairie (ben vouais, tout le monde n’a  pas la chance d’avoir une librairie au pied de chez soi, il faut aussi le hurler haut et fort pour que dans toutes les villes de pays, il y ait au moins une librairie plutôt qu’un bar à ongles, si vous voyez ce que je veux dire…!) , ça n’empêche pas de commencer à s’intéresser aux publications « post-confinement ». Essentiellement en matière de littérature irlandaise car, sérieux, j’ai fini de lire toutes les parutions de l’an dernier qui traînaient chez moi. Je commence à trouver le temps long…. Ok, on peut lire les parutions plus anciennes, mais il manque un peu de croustillant dans la vie, non, sans nouvelles parutions irlandaises ?

Tout d’abord un anachronisme par rapport au titre de la chronique : un « pauvre » roman paru juste avant la Fin du Monde (que j’ai acheté en version électronique et qui sera ma prochaine lecture) : Le chant de la Pluie, de Sue Hubbard, aux éditions Mercure de France, traduit par Antoine  Bargel (paru le 12 mars, pas de pot, ou du pot ? )

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Présentation éditeur : « C’est sur la côte ouest de l’Irlande, au sein d’une nature sauvage, âpre et magnifique à la fois, que Martha, qui vit et enseigne à Londres, est venue faire le point sur sa vie. Son mari, irlandais, brutalement décédé, possédait là-bas un cottage, dans son village natal, face à l’océan et aux inquiétantes îles Skellig. Il y allait souvent – seul? – et elle plus rarement.
Il y a la pluie, les embruns, les feux de tourbe, d’incroyables couchers de soleil, les pubs enfumés où tout le monde chante de vieilles balades. Et des rencontres, souvent inattendues… »

Encore une nouvelle plume parue en France en avril : Dans la joie et la bonne humeur de Nicole Flattery (traduite par Madeleine Nasalik), aux Editions de L’Olivier. C’est- un recueil de nouvelles

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Présentation éditeur : « Lors d’un été caniculaire marqué par une invasion de mouches, une adolescente connaît ses premiers émois auprès d’un ouvrier australien engagé par son père.
Une enseignante explore les vicissitudes des rencontres amoureuses en ligne alors que la fin du monde approche.
Un ancien mannequin revient dans sa ville natale pour travailler dans un lieu qui n’a de station-service que le nom…
Les huit nouvelles de Dans la joie et la bonne humeur déroutent et interrogent. Si les femmes qu’elles mettent en scène sont souvent cantonnées à des rôles trop étriqués pour elles, elles ne sont pourtant jamais dupes. »

Le très attendu Andrew Meehan, avec A la première étoile aux éditions JoëlleLosfeld à paraître le 4 juin (traduit par Elisabeth Peellaert).

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Présentation éditeur : « C’est l’été à Paris. Une jeune fille revient à elle dans la cuisine du restaurant où elle travaille. Amnésie : elle ne se souvient plus de rien, et son accent irlandais est le seul indice qu’elle possède. Commence un jeu de piste dans lequel elle tente de retrouver son identité, lorsque tout à coup elle voit surgir un homme au visage familier à la sortie d’une boulangerie. »
Elle va alors essayer de retrouver cet homme mystérieux. Cessant de se rendre au travail, elle se met dans des situations absurdes, tantôt cocasses et tantôt plus délicates, pendant que sont révélées au lecteur des scènes de la vie qu’elle a oubliée. L’histoire est construite à la manière d’un puzzle, et l’intrigue se resserre à mesure que l’héroïne perd pied… »

 

Une grosse surprise pour le mois de novembre (j’en reparlerai dans le billet de rentrée littéraire), avec, après des années de silence, le retour de Claire Keegan  ! Oui, oui ! Ce genre de petites choses sort le 4 novembre aux éditions Sabine Wespieser (traduit par Jacquelin Odin)

Extrait présentation éditeur : « Dans une petite ville de l’Irlande rurale, Bill Furlong, le marchand de bois et charbon, s’active à honorer ses commandes de fin d’année. Aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise et père de famille, il a tracé seul son chemin : accueilli dans la maison où sa mère, enceinte à quinze ans, était domestique, il a eu plus de chance que d’autres enfants.
En cette veille de Noël, il va déposer sa livraison au couvent où les sœurs du Bon Pasteur – sous prétexte de les éduquer – exploitent à des travaux de blanchisserie des « filles de mauvaise vie » ».

Je sais qu’un livre de Dermot Bolger était prévu à la rentrée d’automne (à suivre), mais également Sinead Gleeson (auteure la veine d’Emilie Pine)… Je ne sais pas si c’est maintenu ou pas. Fingers crossed ! Sinon, ben je sais ce que je ferai lors de mon prochain départ irlandais (mais quand ? 😦 ).

Autres repérages hors littérature irlandaise : les fans de Sex and the City seront ravis avec la parution de la suite, avec une héroïne qui a pris de la bouteille ! No sex in the City ? de Candace Bushnell (traduit par Marie Hermet ) paraît chez Albin Michel le
17 juin. Si vous voulez vous fendre un peu la poire, c’est peut-être par là qu’il faut aller voir…

No sex in the city ? par [Candace Bushnell, Marie Hermet]

Présentation éditeur :  » Si vous pensiez qu’avec le temps Candace Bushnell s’était assagie, vous avez tout faux ! Vingt ans après avoir brisé les tabous et sacrément libéré les mœurs, l’auteure du best-seller légendaire Sex and the City revient… et elle n’a pas pris une ride. Ou presque. Car elle aborde ici les problèmes rencontrés par les quinquas qui se retrouvent seules sur le marché de l’amour. Finie l’ère de la performance, du coup d’un soir et de la frivolité, bienvenue dans  le désert du… No Sex in the city ? Avec l’humour et le franc-parler qui la caractérisent, Candace Bushnell nous prouve le contraire, exemples à l’appui et solutions clés en main ! Un livre jubilatoire. »

Aux éditions de La Table Ronde, collection « La non pareille »,  deux nouveautés qui attirent forcément l’oeil : Alice McDermott, avec Jamais assez, traduit par Cécile Arnaud  : « Une langue sur la dernière coulure de caramel dans un pot vide. »
(à paraître le 4 juin)

Jamais assez

Et Richard Russo, avec  Et m*** ! traduit par Jean Esch, pour une histoire qui se passe au lendemain de l’élection de Donald Trump… J’aime beauoup les détails de l’objet livre…
En librairie le 4 juin également.

Et m*** !

Voilà. Le billet sera mis à jour au fur et à mesure que l’horizon littéraire va s’éclaircir. Mais ça donne déjà à voir. 🙂

Littérature islandaise (outre le dernier Arnaldur Indridason qui a rejoint ma PAL, bien évidemment) : Einar Mar Gudmundsson (l’auteur des Rois d’Islande), avec Un été norvégien (traduit par Eric Boury), paru en mai chez Zulma.

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Présentation éditeur : « Ils sont jeunes, islandais, pétris d’idéaux, poètes en devenir, fêtards et amateurs de Bob Dylan. Haraldur et Jonni prennent la route. Leur voyage doit les mener jusqu’en Inde, en passant par Rome et les îles grecques. Ils commencent par se faire embaucher dans les montagnes norvégiennes, et squattent chaque fin de semaine à Oslo, où la bière est en vente libre. En cet été 1978, les dernières utopies sont encore bien vivantes, mais peut-être plus pour longtemps. Haraldur écrit ses premiers textes… et tombe amoureux d’Inga.
Roman initiatique, Un été norvégien brosse le portrait d’une Beat Generation nordique en pleine désillusion. Reste la littérature, et l’amour ! »

 

 

 

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La daronne- Hannelore Cayre

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Semaine de retour à une semi-liberté à défaut de retour à une vie totalement normale. Beaucoup de blogueurs, booktubeurs ou bookstragrameurs disent s’être rués en librairie. Encore faut-il avoir la chance immense d’avoir une librairie près de chez soi. Et également le temps d’y aller si on travaille en zone rouge, zone où les transports sont encore restreints et les contraintes grandes. Très sincèrement, on a la tête ailleurs quand il faut jongler avec toutes les nouvelles interdictions et autres distanciations sociales. J’espère que le mois de juin sera un peu plus propice, et en attendant, je continue à piocher dans ma bibliothèque (tout en faisant quelques repérages à distance sur de futures publications dont je ferai sans doute une chronique s’il y a assez de matière ).

Bref, au dernier Livre Paris, j’étais allée écouter Hannelore Cayre. Elle m’avait fait beaucoup rire et donc j’avais acheté son dernier roman en date : La daronne.

Patience Portefeux a 53 ans. Elle a pas mal galéré dans la vie, à l’instar de ses parents, issus de la diaspora juive de Tunisie. Ses « fraudeurs de parents aimaient viscéralement l’argent ». Première phrase de l’incipit. L’argent va effectivement être le leitmotiv de cette histoire un peu surprenante qui va nous mener dans les bas fonds du trafic de drogue de petites frappes, le monde du deal de cannabis et dérivés.

Patience comprend et parle les dialectes arabes mieux que la plupart des « bledards » de l’Hexagone, nés en France en vérité et ne connaissant que quelques mots ou expressions de la langue de leurs parents. Elle trouve d’abord du taf comme interprète dans les tribunaux, pour les audiences de comparution immédiate. Dégoûtée par le système, sous-rémunérée, limite au black, selon elle, on finit pourtant par lui confier un autre registre que les comparutions immédiates : la traduction des gardes à vue et des écoutes téléphoniques de la police : elle comprends les 17 dialectes arabes, chose rare. Elle se retrouve à traduire essentiellement les écoutes pour la brigade des stups dans les locaux du 36 Quai des Orfèvres.

Patiente, la Francaise qui parle arabe est la personne au-dessus de tout soupçon. Pourtant, elle va franchir la ligne rouge sans trop savoir pourquoi, si ce n’est pour sympathie pour la petite dame qui s’occupe de sa mère à l’EHPAD, sans que celle-ci n’en sache rien, mais dont le fils trafique comme d’autres vont travailler. Patience se retrouve à jouer le rôle de la Juive intrépide adulé par sa mère.

J’ai aimé le personnage de Patience, qui porte tel un fardeau son héritage familial, celui de la Tunisie française disparue de son père et de la Vienne juive de sa mère. Enfant de « métèques, des rastaquouères , des étrangers » sans le sou qui n’avaient d’autres choix que d’accepter n’importe quelle conditions de travail ou alors maguouiller à outrance ». « Le peuple de la route. » Patience vit cet heritage comme un « je-t’aime moi non-plus ». Patience le jour, la Daronne la nuit. Seulement c’est quand même bien le bordel dans sa tête, ce qui fait que j’ai fini par me perdre en route. Elle m’a fait rire et sourire pour finalement me lasser…. Pourtant j’ai aimé son côté décalée.

Si l’humour est décapant, j’avoue que l’ensemble du roman m’a paru brouillon. Les personnages des dealers forcément maghrébins a fini par virer à la caricature. Oui, la vie est pleine de caricatures, mais est-il nécessaire d’en rajouter une couche en littérature ? Il y a du second degré sur toute l’histoire mais ce roman ne m’a pas convaincue plus que ça, malgré son Grand Prix de la littérature policière et Prix « Le Point » du polar européen. Finalement j’aurais apprécié davantage de finesse.

Bref, il me manque quelque chose qui aurait fait la différence.

Hannelore Cayre est avocate pénaliste.

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Villa Chagrin – Gail Godwin

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Traduit par Marie-Hélène Dumas

 

Voici l’un de mes achats de confinement, Villa Chagrin, de l’Américaine Gail Godwin que je n’avait jamais lue. Une île en Caroline du Sud, voilà ce qui m’a attirée ! Ma liseuse a donc repris du service, toutes les librairies étant alors fermées.

Marcus a 11 ans 5 mois 4 jours quand il perd sa mère dans un accident de voiture. De père inconnu, le gamin est d’abord placé en famille d’accueil. Puis la tante de sa mère, Charlotte, va bouleverser son destin en le recueillant chez elle, sur une île perdue de Caroline du Nord où elle vit seule, presque recluse. Tante Charlotte est artiste peintre, bohème. La compagnie de ses oeuvres lui suffit. Elle en vit, grâce à une galerie d’exposition virtuelle. Recueillir son petit-neveu va lui permettre de mettre un petit pécule de côté. Au début, c’est ce que pense Marcus : qu’elle ne l’accueille chez elle que pour l’argent. Il ne sait encore pas que cette femme excentrique mais libre va mettre du piment dans sa vie, remuer beaucoup de choses dans son esprit, en lui parlant d’une maison maudite sur l’île, surnommée « Villa Chagrin » par les habitants.

Villa Chagrin est une vieille maison, qui est passé entre les mains de plusieurs propriétaires. Les derniers ont été victimes de l’ouragan Hazel qui a ravagé les lieux en 1954. Personne ne sait exactement ce qui s’est passé, on dit que les parent étaient partis à la recherche de leur fils, un adolescent, mais que celui-ci n’a jamais été retrouvé. On dit qu’il serait mort dans l’incendie de la maison. On dit qu’il aurait mis le feu à la maison. On dit qu’il n’était pas à l’intérieur, On dit beaucoup de choses sur lui et sur cette histoire qui a valu à la maison le surnom qu’elle porte aujourd’hui, Villa Chagrin. Tante Charlotte apprend à Marcus que des livres ont été écrits sur le sujet dans les années 70. Il n’en faut pas plus au jeune garçon pour s’intéresser au sujet, et se rendre à la bibliothèque pour en savoir davantage.

« Tu pourras y chercher des histoires sur les gens qui ont disparu dans un ouragan. Quant aux fantômes, il y a cet homme en gris qui apparaît sur la plage avant chaque tempête. Certains disent qu’il porte l’uniforme des confédérés, d’autres que ce sont des vêtements gris ordinaires. S’il regarde droit vers ta maison, elle ne sera pas emportée. S’il détourne les yeux, mieux vaut évacuer les lieux. »

Marcus va devenir hanté par l’adolescent disparu, d’autant que son fantôme lui apparaît, inlassablement vêtu d’une chemise rouge passé, d’un jean et de boots. Des apparitions perturbantes, qui vont l’entraîner à la recherche d’un autre garçon : lui-même. Il ne parle à personne de ces apparitions, par peur du psychiatre. Il y a une raison.

Peu à peu on découvre le passé de Marcus : une violente brouille avec son meilleur ami, Siffleur (parce qu’il souffre d’asthme !), un gamin friqué alors que lui vit dans une grande pauvreté avec sa mère qui trime dans une usine de fabrique de meubles. Une curiosité malsaine de Siffleur va être à l’origine d’un drame qui hante Marcus autant que de connaître le nom de son père.

Marcus est mystérieux. Tout comme Tante Charlotte et Lachicotte, voisin et ami de Charlotte. Il va devenir un père de substitution pour Marcus. Tante Charlotte va se lancer dans un projet secret. Elle interdit à quiconque d’entrer dans son atelier. Sauf que tout ne va pas se passer comme prévu…

Mystère, c’est bien le maitre mot de ce roman envoûtant qui creuse le passé, joue avec le temps et l’imagination. « On voit ce qu’on veut voir. Ou on imagine ce qu’on a vu », déclare Tante Charlotte à Marcus. Le garçon disparu il y a cinquante ans, l’homme à la peau tannée sur la plage, l’homme gris du temps des la guerre de sécession. On côtoie les morts et les vivants.
Il est beaucoup question des tortues cacouannes qui hante la plage de cette île depuis des millions d’années, selon le même rituel immuable.

Gail Godwin creuse les rapports que nous entretenons avec les morts. « J’avais beaucoup à apprendre sur les relations entre les morts et les vivants », dit Marcus.

« Nous travaillons de l’intérieur. Et je ne parle pas de l’intérieur de la maison. Mais de toi. Le bon côté, le seul bon côté de tout ça, c’est que tu n’as pas besoin de me voir ou d’imaginer à quoi je ressemble. Je suis  au-delà  de l’apparence. Je suis en toi pour pouvoir me camoufler derrière ton apparence à toi. »
L’autrice explore également la face sombre que nous avons tous au fond de nous. D’une manière originale. Qui est finalement ce garçon disparu ? Je dirai une sorte de faux jumeau de Marcus.

Villa Chagrin flirte avec le fantastique en laissant l’imagination reine.
Un roman d’apprentissage qui raconte la difficulté de grandir, mais aussi de vivre avec ses démons.

Je me suis sentie bien sur cette île mystérieuse, hantée par son passé où l’on pourrait croiser les planteurs de riz d’un temps révolu au détour d’un chemin.

Marcus, Charlotte, Lachicotte vont me manquer !

Gail Godwin est méconnue en France, pourtant primée aux Etats-Unis. Elle a écrit de nombreux livres : pour en savoir plus sur l’autrice, je vous renvoie chez son éditrice, Joelle Losfeld, ICI .

Une belle découverte qui a embelli mon confinement.

 

 

 

 

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Musique d’un puits bleu – Torborg Nedreaas

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Traduit par Régis Boyer

On entame notre 7e semaine de confinement. Je lis toujours comme un escargot. Néanmoins une belle occasion de lire les livres qui dorment dans la bibliothèque depuis trop longtemps. Encore un roman acheté à Livre Paris l’an dernier. L’aventure est au coin de la bibliothèque puisque j’ai découvert une auteure norvégienne quasi inconnue en France : Torborg Nedreaas (1906 – 1987). Musique d’un puits bleu a été publié en 1947 en Norvège et bien plus tard en France (2009 si j’en crois l’édition mais pourtant préfacé en 1980 par Régis Boyer). Je me suis volontairement abstenue de lire la préface pour garder mon impression personnelle de ce livre.

Herdis est une enfant de Bergen. La ville n’est jamais citée, mais on le devine par le noms des quartiers qui apparaissent au fil des lignes. Au début du roman, c’est une petite fille, attirée par un vieux puits à mauvaise réputation. Raison de plus, quand on est une enfant intrépide pour s’y intéresser !

« C’était seulement le nom qui était bleu. Pour le puits, il était noir, ou  gris argent, ou vert bouteile, ou brun tourbe. Autrefois, il y avait dessus un couvercle peint en bleu. C’est pour cela qu’on disait : le puits bleu. On disait : il ne faut pas au puits bleu, Petit-Lars est tombé dedans, une fois. La maman de Herdis disait : si tu vas au puits bleu encore une fois, ce sera une fessée.
Herdis se sentait attirée par le vieux puits comme par une aventure inconnue. (…) Il y avait de la musique au fond de ce puits. »

Arriva ce qui arriva et que l’on devine presque dès les premières lignes : Herdis tombe dans le puits.  J’ai tout de suite pensé à Alice au Pays des Merveilles. Ne vous imaginez pourtant pas que vous allez passer le reste du roman au fond du truc ! Elle en ressort. Le puits disparaît ensuite. Difficile de résumer avec précision Musique d’un puits bleu parce que c’est un roman complexe sous une allure de simplicité. Herdis est une fillette qui devient adolescente dans la Norvège du début du XXe siècle, au moment où éclate la Première Guerre mondiale, où ses parents se séparent. Un père germanophile, ce qui est mal vu ; une mère d’ascendance juive. La gamine est un personnage attachant, c’est une rêveuse, elle est curieuse. C’est aussi un caractère bien trempé. Elle attend avec impatience ce voyage au Danemark, seule avec son père. Ce père lui a également acheté une bicyclette. Peu à peu, elle sent bien que le monde, comme sa famille, ne tournent pas rond, elle perd sa naïveté, elle surprend les bribes de conversation des adultes. Ils sont bizarres, les adultes !

« (…) un jour aigre et orageux de janvier, tout lui fut arraché des mains. Les mauvaises énigmes remontèrent du puits et s’amoncelèrent pour former une unique vérité ardente qui se rua sur Herdis comme une méchante tempête glaçante, faisant voler en éclat tout ancrage, elle la chassa d’un mur à l’autre le soir meme où l’incendie faisait rage sur la ville (…) ».

De bonne élève assidue, elle se met à manquer l’école, ce qui étonne la directrice. Elle raconte des choses étranges. Son père fait une tentative de suicide. Et puis il y a cette crise d’appendicite. Et puis, il y a les trahisons, les mesquineries d’adolescentes, les petites blessures…

« C’est colossalement affligeant de n’avoir absolument aucun amoureux. Mais ce n’est quand même que la chose qui vient avant le pire de tout. Car le pire de tout, c’est d’avoir un amoureux qui ne veut pas de vous comme amoureuse. Et c’est comme du sel et du poivre qu’on verserait sur une plaie ouverte quand en plus de cela, il est amoureux d’une autre. »

Ce roman possède un charme désuet. Il émane de la plume de Torborg Nedreaas (à travers la traduction du maître de la littérature scandinave, Régis Boyer) une fausse simplicité, une vraie profondeur. 416 pages d’un roman d’apprentissage dense, qui m’a ravie, par son mystère et sa singularité. Suffisamment pour capter mon attention en ce moment difficile que nous vivons, où, contrairement à ce que l’on voudrait bien nous faire croire, le confinement n’est pas forcément propice à la lecture. Pourtant, ici cela a fonctionné : j’ai vraiment dégusté ce livre, qui se prête sans doute mal à une lecture dans les transports en commun, me semble-t-il.

Musique d’un puits bleu garde une partie de son énigme. J’ai beaucoup aimé ! Merci aux éditions Cambourakis d’avoir édité ce texte.

 

 

 

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Les buveurs de lumière – Jenni Fagan

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Traduit par Céline Schwaller

Certains cherchent à fuir l’actualité en lisant des romans sur des sujets légers. Cela se comprend. Finalement, moi c’est plutôt le contraire. Après D’os et de lumière de Mike McCormack qui évoque, entre autres, une épidémie, j’ai choisi Les buveurs de lumière de l’Ecossaise Jenni Fagan, dont l’oeuvre dormait sur mes étagères depuis un an, puisque j’ai acheté le livre à Livre Paris. La situation actuellement a fait qu’il m’est tombé dans les mains parce que finalement, je ne parviens pas à m’évader totalement. Un roman apocalyptique, c’est maintenant ou jamais, non ? Hier soir, nous en avons repris pour 4 semaines de confinement, après un mois passé chez nous.

Et voilà un sacré livre apocalyptique qui change de l’ordinaire et fait suffisamment peur puisqu’il se déroule dans un futur tout proche : l’histoire commencer en novembre 2020 par – 6 degrés et se termine le 19 mars 2021 par -56 degrés.

Une fable gothique à fibre écologique sur le réchauffement global et l’une des conséquences de la fonte de la calotte glaciaire :  l’hiver le plus rigoureux jamais enregistré sur la planète. C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de Dylan, géant orphelin ayant vécu toute sa vie dans un cinéma de Soho, avec sa mère Vivienne et sa grand-mère Gunn qui en étaient propriétaires. Il les emmène avec lui direction le nord de l’Ecosse à Clachan Fells… l’une dans un Tupperware et l’autre dans une boîte Carte d’Or ! C’est à Clachan Fells, dans une communauté qui vit en caravane, où sa mère s’était rendue avant de mourir, queDylan fait la connaissance de Stella, une gamine de 12 ans, gothique née dans un corps de garçon. Il fait aussi la connaissance de la mère de celle-ci, Constance, dont il tombera amoureux, malgré la différence d’âge et le fait que cette femme pourrait être sa mère. Constance, « cireuse de lune », comme la surnomme Dylan, vit des rebuts des autres, des vieux meubles et autres trouvailles qu’elle retape et rafistole pour les revendre. Et puis il y a ces mystérieux buveurs de lumière. Je ne révèle rien.

Outre l’ambiance de fin du monde, de milliers de gens qui meurent de froid, de la panique des gouvernants, etc., c’est aussi un roman sur le droit à la différence, les secrets de famille, la recherche de ses origines, le déni des gouvernants devant l’ampleur du désastre alors que « l’Antarctique est notre canari, en quelques sorte, il va montrer au reste du onde ce qui va se passer ». Malgré l’iceberg surnommé Boo, qui dérive dangereusement vers les côtes écossaises. Pourtant les humains s’accrochent à l’espoir d’un lendemain meilleur. « Il se sent vaseux et fatigué. Dès qu’ils seront tirés d’affaire, il ira dans une ville, juste pour se promener ; il ira dans un pub digne de ce nom et se fera faire de nouveaux tatouages – un pèlerin buveur de lumière, une enfant-loup, une cireuse de lune, un iceberg et un projecteur d’époque qui brille dans le noir. »

J’ai adoré ce roman, son univers décalé, ses personnages hors normes, libres et très attachants, le fond écologique. L’écriture est dense, fouillée. Cette histoire rappelle que l’Homme se croit invincible mais est en réalité très fragile.

J’ai lu ce livre au format poche aux Editions du Point : il a d’ailleurs reçu le Prix du Meilleur roman des lecteurs de Points 2019.

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Heimaey – Ian Manook

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En ces temps de crise sanitaire et de confinement obligatoire, je voulais lire quelque chose qui me fasse voyager et en même temps qui se lise facilement. Eh oui, pas si évident de rester concentrer et de lire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes ! J’ai choisi dans la PAL ce polar de Ian Manook, auteur que je n’avais encore jamais lu. Un bon gros pavé de presque 600 pages au format poche, de quoi se plonger dans un autre horizon, une autre culture : l’Islande.

Jacques Soulniz part en voyage avec son ado de fille, Rebecca, dans l’espoir de se rapprocher d’elle. La mère de la gamine s’est suicidée il y a des années, Becky a fugué etc. Les voilà partis pour un tour de l’Islande en bonne et due forme. Mais tout dérape rapidement. Becky s’avère une gamine très effrontée qui fait les 400 coups. Elle s’entiche d’un jeune garçon qui travaille au Blue Lagon. S’enticher, c’est pas vraiment le mot, d’ailleurs. Le jeune homme se dit que c’est une bien belle aubaine de voir une fille si peu farouche. Pendant ce temps, Soulniz voir rouge. Soulniz s’inquiète, tant pour sa fille  dont il découvre la personnalité finalement, que par les mystérieux mots déposés sur le pare-brise de leur voiture de location, que du macareux morts retrouvé dans le lit de Becky. Une personne s’acharne visiblement à leur pourrir le séjour. Un homme mort est « repêché » d’une solfatare. Kornélius, policier de son état mène l’enquête. Il croisera la route de Soulniz, qui lui-même cherche à savoir qui s’amuse à ces farces de mauvais goût. Soulniz connaît déjà l’Islande où il est venu pour un séjour mémorable quarante ans auparavant. On découvre peu à peu ce qui est survenu alors, sur l’île d’Heimaey lors de l’éruption de l’Eldefell.

J’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, qui à mon goût, manquent de profondeur. Un flic un peu ripou, une ado révoltée qui disparaît, une histoire d’amour et de jalousie. Des lituaniens trafiquants de drogue. Plusieurs fils dans cette histoire qui finit par être assez entortillée et un peu fouillis. Je ne peux pas dire que le livre m’a déplu, mais j’y ai trouvé malgré tout des longueurs, des digressions inutiles (commande éditeur ?). Le volume aurait pu être réduit à la moitié du nombre de pages. On finit par y perdre le suspense.

Ensuite, si vous ne connaissez pas l’Islande, vous y ferez tous les spots touristiques. J’ai revécu mon voyage grâce à ce livre. Il y est aussi question du folklore islandais, un peu. Nécropant et runes magiques.

Globalement, le polar m’a laissée indifférente. On est bien loin du roman noir social d’Arnaldur Indridason ou d’Arni Thorarinsson. Le genre de livre aussitôt lu, aussitôt oublié. Je préfère finalement les auteurs islandais qui écrivent sur l’Islande.

 

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Gaspard de Paris , « L’attaque des automates » – Paul Thiès

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Illustré par Benjamin Strickler

Une petite lecture distrayante pour les bambins en cette période difficile : la deuxième aventure de Gaspard de Paris. Je ne connaissais pas cette nouvelle série, mais la bonne nouvelle c’est qu’ont peu lire ce livre sans même avoir lu le premier volume.

Gaspard Saint Georges, 13 ans, est orphelin. Il vit à Montmartre chez le père Socrate qui l’a recueilli. Ses meilleurs amis sont une gargouille, une princesse et un autre orphelin qui travaille dans une boulangerie. Le père Socrate est antiquaire.
« Le soir, je lis beaucoup car je rêve de devenir un jour un GRAND écrivain, comme Monsieur Jules Verne ou Monsieur Victor Hugo. » explique Gaspard. « Le père Socrate m’encourage et me conseille. Il m’achète même des livres d’occasion, avec des reliures rouges et des pages jaunies.
Mais en fin de journée….
Je me balade sur les toits et je nettoie les cheminées des beaux quartiers.
Eh oui, je suis un petit ramoneur, avec un bonnet noir et une longue brosse de métal, qu’on appelle hérisson. » Il s’agit de son deuxième métier puisque tout le jour, il travaille dans la maisonnette du père Socrate à vendre un peu de tout.

On vadrouille dans les rues du Montmartre de la fin du XIXe siècle avec ce roman jeunesse tendance « steampunk » où le fantastique est au rendez-vous. De mauvais garçons vous attendent dans les ruelles, mais aussi des automates inventés dans un professeur diabolique. Le père Socrate disparaît. Gaspard et ses amis partent à sa recherche… Il est question en toile de fond, d’amitié, mais aussi du travail des enfants, de mythologie grecque, de gaz soporfique, d’inventions mécaniques géniales, de physique, de jeux d’apprentis sorciers.
Ce roman est aussi un bel hommage à Jules Verne (j’ai y beaucoup pensé et découvert après avoir refermé le livre que ce livre était dédié au célèbre écrivain et aux machines de Nantes ) mais aussi à Victor Hugo.  🙂

Enfin, j’aime beaucoup l’objet livre, tant par sa couverture que par la mise en pages qui a le souci du détail et des illustrations.

 

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Merci à Flammarion Jeunesse.
A partir de 8 ans, collection « Poche Père Castor », prochainement en librairie.

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D’os et de lumière – Mike McCormack

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Traduit par Nicolas Richard

Et voilà, j’ai terminé le dernier roman irlandais qu’il me restait à lire dans ma PAL des romans parus en 2019 !
Je termine en beauté avec le troisième roman de Mike McCormack, publié en Irlande en 2016 et lumineusement traduit en français l’an dernier. Le seul publié de l’auteur à ce jour dans l’Hexagone, d’ailleurs (ben alors ?)… Ce livre a été primé deux fois en Irlande « Book of the year » dans le cadre de l’Irish Book Award et couronné en 2018 de l’International Dublin Literary Award.

Mike McCormack vit à Galway mais a grandi dans une ferme de Louisburgh, dans le Mayo. C’est un habitant de ce village, Marcus Conway, qu’il me en scène dans son roman. Marcus est père de deux grands enfants, Agnès, artiste gothique et Darragh exilé en Australie. Il est marié à Mairead. Marcus est assis à la table de sa cuisine, seul, et écoute l’angélus. Il habite Louisburgh depuis 25 ans, il y a élevé sa famille, s’y est marié. Il a quatre heure devant lui avant que Mairead revienne du travail. En temps normal, il aurait été content de cette situation, « mais là, l’idée [le] met mal à l’aise »
« il doit y avoir moyen de remplir ce temps qui s’étale devant moi, couper court à ce malaise qui me ronge parce que
le journal,
oui
c’est ce que je vais faire
le journal du jour
prendre les clés de la voiture et me rendre au village pour acheter le journal, me garer sur la place devant la pharmacie et ensuite rester dans la rue et
c’est ce que je vais faire »

Marcus va vous raconter sa vie. Ne pas s’attendre à un poussif récit chronologique. Les frontières temporelles sont abolies, le lecteur suit le monologue intérieur du personnage, ses digressions mais pourtant cela n’a rien d’ennuyeux. Il est difficile de résumer ce roman sans l’escamoter. C’est l’histoire d’une vie qui vacille.
Marcus travaille au conseil du comté de Mayo (l’équivalent de notre conseil départemental) comme ingénieur civil. Tout va bien dans sa vie jusqu’au jour où Mairead est prise de ce que elle et lui pensent être une intoxication alimentaire. Mais peu à peu, c’est tout le village ou presque qui se met à vomir et à déféquer.

Il s’agit bien d’une épidémie, d’un virus qui commence à semer la panique. Imaginez ma surprise quand je vois cette thématique me sauter au visage en pleine crise sanitaire due à la pandémie COVID-19 !
Des pages savoureuses, mais effrayantes également sur l’inconscience dans les hautes sphères politique et financière, prêtes à tout, en dépit du bon sens, en dépit du respect de la nature et des hommes.

« la crise se répandait, le nombre de patients dépassait les quatre cents et commençait à sérieusement mettre sous pressions les services médicaux municipaux, un chiffre qui masquait ce que de nombreux observateurs estimaient être une gigantesque lame de fond de malades qui n’avaient pas été admis à l’hôpital mais dont la présence en creux se faisait sentir dans la vague croissante d’absentéisme au sein des secteurs public et privé (…) »

« les ingénieurs n’arrivaient toujours pas pour l’instant à identifier la source de la contamination (…)et en attendant la municipalité en faisait des tonnes à propose de la nouvelle station d’épuration des eaux de construction, une installation ultra-moderne qui serait implantée à côté de celle qui existait déjà (…) »

« (…) il avait été relayé sur les ondes nationales, chaque reportage teinté d’une pointe de joie malsaine en constatant qu’une ville qui s’était fait une réputation fort lucrative de Mecque culturelle, avec ses douze mois par an de festivals et de célébrations, étaient à présent frappée par une peste biblique (…) qui sanctionnait une espèce d’incompétence semblant affliger un lieu qui s’était toujours si pleinement consacré au carnaval(…) »

« un sujet qui manifestement s’éternisait si bien que la ville elle-même semblait désormais confite dans sa propre crasse (…)
sa rapide expansion urbaine lors de la décennie écoulée avec de vastes ensembles immobiliers le long de la route côtière qui avaient radicalement accru la consommation d’eau puisée dans la nappe phréatique de la ville, faisant baisser son niveau, si bien que sa pureté était davantage compromise par les quantités accrues d’engrais chimiques qui avaient ruisselé dans le lac durant les semaines de printemps de pluies incessantes (…) »

Marcus est un personnage attachant qui se bat contre des murs, une hiérarchie sourde. C’est aussi un époux désespéré qui cherche à sauver sa femme des bras de la Grande Faucheuse.

Marcus raconte son histoire un 2 novembre. Ce n’est pas un simple hasard. A vous de découvrir pourquoi !

Un livre qui évoque la politique politicienne, la folie, l’amour, les liens familiaux, la maladie, la souffrance, la mort, l’écologie, la course au profit, d’une plume virtuose et d’un seul souffle. Epatant !

A découvrir absolument !

C’est ma 3e lecture dans le cadre de l’Irish Readathon 2020.
Je remplis ainsi le 3e challenge : « lire un livre paru entre 2018 et 2020 » et aussi le challenge « lire un auteur irlandais primé »

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Confinement intérieur

Chronique spéciale. Parce que l’actualité rattrape la Science Fiction.

La semaine dernière c’était il y a mille ans. La semaine dernière je travaillais normalement, je préparais mon séjour dublinois, je lisais un roman irlandais dans le cadre de l’Irish Readathon, je soutenais avec enthousiasme aussi une liste pour les municipales. Le COVID 19 faisait déjà des dégâts, les gros salons littéraires étaient annulés, mais la vie continuait normalement avec des gestes barrières simples, on pouvait toujours aller au théâtre ou au cinéma. J’avais rencontré le réalisateur de Rosie Davis, le film écrit par Roddy Doyle, venu parler de son film au Trois Luxembourg.

Tout a commencé à partir en vrille jeudi 12 mars après-midi. Je regarde vite fait en travaillant l’actualité irlandaise et lis de travers un article annonçant la décision du 1er Ministre irlandais de fermer les écoles. Je me dis ok. Je reçois quelques heures plus tard un message du National Concert Hall de Dublin annonçant l’annulation de la rencontre avec Roddy Doyle. Coup au coeur et mille morceaux ! Je suis assommée. J’avais vu un post sur le mur de l’auteur quelques heures avant évoquant cette future rencontre. Je relis l’article irlandais et comprend l’ampleur de la décision du 1er Ministre : tous les établissements publics, d’éducation, culturels ferment. Je regarde vite fait l’appli Aer Lingus qui annonce que les vols sont maintenus. J’encaisse ma déception et me dis que ce n’est pas grave, Dublin et ses environs sont suffisamment riches pour partir quand même.

Ce jour-là, le Premier ministre irlandais fait son annonce fracassante depuis les Etats-Unis, le jour même où Donald Trump annonce la fermeture du territoire aux Européens hormis les Britanniques. Je trouve ça bizarre.
Le soir même à 20h, Emmanuel Macron annonce qu’il ferme toutes les écoles, collèges, lycées pour lutter contre l’épidémie du virus COVID-19, que les rassemblement de plus de 1000 personnes sont interdits, que les personnes âgées de 70 ans et plus doivent rester confinées chez elle et exhorte les proches à éviter les contacts avec elles. Il annonce également que toutes les dispositions sont prises pour que les gens qui ont des enfants de moins de 16 ans puissent garder leurs enfants à domicile et que les personnes à la santé fragiles doivent rester chez elles, que les déplacements doivent être limités au strict nécessaire, que les transports continueront à fonctionner. Je suis sidérée. Je suis agacée. Je ne comprends pas. Je trouve ça incohérent. J’ai l’impression qu’on me prive de ma liberté. Que j’ai juste le droit d’aller travailler car je ne suis pas fragile ni mère d’enfant de moins de 16 ans. Je trouve ça injuste. Je me demande comment je vais faire sans mettre ma santé en danger puisque c’est apparemment dangereux, ce virus. Je me demande aussi comment on va pouvoir assurer le travail de 99% du personnel absent pour cause de garde d’enfants etc.

Le vendredi 13 mars (sic !) c’est le grand désordre. Les directives étant comme inachevées. La journée est très spéciale. J’ai toujours espoir de pouvoir partir à Dublin. Je m’y accroche comme une moule à son rocher. A 13h Edouard Philippe annonce que les rassemblements de plus de 100 personnes sont interdits (je me demande s’il va passer au rassemblement à 2 personnes). Journée de Martienne.

Le samedi 14 mars, je fais quelques courses : les rayons sont vides. Plus de pâtes (j’ai jamais compris pourquoi les pâtes ?), presque plus de riz, plus de papier toilette (LOL), presque plus de chocolat (ah ben merde !), plus de farine, plus de savon liquide, plus de pommes de terre. Le supermarché est quasi désert. Je me dis que les gens sont idiots et égoïstes.
J’annonce que je refais mon programme dublinois. Je vois une grimace. J’entends des reproches irlandais : tu vas contaminer les gens. Je dis que je ne suis pas malade et que je pratique les gestes barrière depuis le début. Que si quelqu’un tousse (pratique du métro parisien), je me retourne. Que les avions sont nettoyés. Que je ne suis coupable de rien. Les informations irlandaises tombent comme un couperet : les Irlandais s’en prennent aux étrangers, aux touristes, à tous ceux qui ne sont pas confinés chez eux. Je vois défiler sur FB des messages de morale. Aer Lingus invite à reporter son voyage. Mais les vols sont toujours assurés. J’apprends que Dublin est une ville morte. Que les commerces censés être ouverts comme les pubs ou les commerces sont fermés parce que les Irlandais appliquent à la lettre les consignes sanitaires de leur gouvernement. Je me dispute parce que je trouve ça très moralisateur et raciste de s’en prendre aux étrangers et aux touristes. Je leur balance dans la tête que l’Irish Welcome c’est bien de la merde, juste un truc marketing, qu’ils me dégoûtent, qu’ils pourront toujours pleurer quand cet été il n’y aura plus du tout de touristes qui voudront venir chez eux. J’oscille entre la tentation du report et l’annulation. Mais j’ai plutôt envie de vomir. Je rumine.
Le soir, c’est chez des amis qu’on apprend qu’ Edouard Philippe a fait une nouvelle déclaration : tous les commerces non indispensables doivent fermier à minuit, on passe en phase 3 de la lutte contre le COVID 19. On se regarde tous. On n’est pas dans un restau, mais dans une maison, on prend du bon temps. On était déjà stressés, mais là on se sent coupables, alors qu’on n’a rien fait de mal, pourtant. Qu’on n’est pas des inconscients. Que de la journée, on n’a rien fait à part essayer de faire nos courses et s’occuper de nos enfants, excités et inquiets avec l’arrêt de l’école, les cours à distance etc.

Dimanche 15 mars : élections municipales dans une ambiance surréaliste. Assesseurs et personnels gantés, cartes d’identité et d’électeurs montrés de loin, l’ennemi c’est l’Autre, désert du bureau de vote ou 18% seulement se sont déplacés. Il fait beau. Les arbres sont en fleurs. Je me dis purée, c’est vrai, c’est le printemps ! Ma seule sortie fut les élections. Je consulte mes mails professionnels pour savoir si des consignes ont été données pour l’organisation du travail. Rien. Je suis fatiguée. Dublin, je n’ai plus du tout envie d’y aller. L’Irish Times montre du doigt l’inconscience des Français. Ca me saoule. Je réponds à deux ou trois commentaires sur internet en leur disant de balayer devant leur porte, qu’ils ont 2 morts pour presque 5 millions d’habitants, que nous en sommes à 149 pour 67 millions, qu’au lieu de nous conspuer et nous critiquer, ils feraient mieux de nous aider.. Que notre gouvernement n’a pas pris suffisamment tôt au sérieux l’ampleur de l’épidémie, – que l’OMS appelle maintenant pandémie – du COVID 19. Que certes, les gens sont inconscients ou insouciants mais qu’en Irlande, pas tous les Irlandais ne sont planqués chez eux non plus. Que je regrette le manque de solidarité entre les peuples. Que j’admire ces pauvres Italiens. Que je les plains. Que les Irlandais se prennent pour les perfect people of the world ! Je leur demande pourquoi l’Irlande ne ferme pas ses frontières ? Pourquoi l’Irlande n’annule pas ses vols ? Est-ce que l’Irlande n’est pas un peu hypocrite ? C’est à ce moment-là que je prends aussi conscience que l’Irlande était en avance sur la France pour la prévention de l’épidémie. Que le gouvernement a beaucoup plus insisté sur le fait que rester chez soi contribue à lutter contre la propagation du virus et à sauver des vies. Que c’est pour ça que j’ai vu fleurir des bannières #stayhome chez de nombreuses personnes sur FB. Nous, notre gouvernement prend des mesures au coup par coup et dans l’urgence. Dimanche soir, je ne sais d’ailleurs toujours pas que faire par rapport à mon travail. Que c’est la confusion. Des échanges tardifs un jour férié me font comprendre que le personnel serait autorisé à rester confiné chez lui. Je pense aux personnel des hôpitaux, aux employés des supermarchés qui doivent aller travailler.

Lundi, je reste chez moi. Je ne suis pas sortie de la journée. Une rumeur monte. La France passerait en confinement total, un décret serait en préparation au JO de mardi pour une mise en vigueur mercredi. Des hélicoptères ont survolé ma ville. Etrange. Les gens se sont encore rués dans les supermarchés où l’on ne peut rentrer que par petits groupes si j’en crois ce qu’on m’a dit, tout en respectant un mètre de distance entre chaque personne (ne me demandez pas comment c’est possible dans un supermarché). On m’a envoyé un photo de chars d’assaut sur un camion en Ile de France. La Poste est fermée. Je prends des nouvelles des miens pour savoir s’ils sont en bonne santé. On touche du bois, on est tous épargnés pour l’instant. Emmanuel Macron doit faire une nouvelle annonce dans quelques minutes.

Je n’ai pas beaucoup lu. Demain je travaillerai à distance. Du moins, c’est ce qui est prévu. Mais de quoi sera fait demain ? Hier c’était il y a un million d’années lumière. On nous a confinés de l’intérieur.

Je vous parle bientôt de l’excellent D’os et de lumière de Mick McCormack, qui évoque aussi une épidémie (je ne l’ai pas fait exprès). Ma colère envers les Irlandais s’éteint peu à peu. L’Irish Readathon continue. A bientôt. Take care. Stay Home.

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Sauvage par nature – Sarah Marquis

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En cette journée internationale des droits des femmes, je voulais quelque chose d’un peu vivifiant qui sorte des sentiers battus. J’ai lu Sauvage par nature de Sarah Marquis il y a un mois. Je dirais même plutôt dévoré ! Le titre m’a attirée. Je m’y suis un peu reconnue. Puis le sous-titre : « De Sibérie en Australie 3 ans de marche extrême en solitaire » : ça en jette. Je suis une adepte de la marche à pied, de la découverte là où mes pieds veulent bien me mener. Pas du tout dans des coins dangereux, mais je sais ce que c’est d’être seule avec soi-même dans un pays étranger, ce qui pousse à prendre le large pour aller voir au-delà du coin de sa rue (j’ai lu tout un tas de conneries psy sur le sujet qui m’ont bien fait rire), de dormir sous une tente un jour de tempête 😅. Je voyage depuis que j’ai 18 ans, depuis le jour où j’ai eu 3 sous de mon propre argent : ce fut des économies pour voyager. Avec des copines. En groupe. En couple. Solo. Je pourrais écrire sur quelques mésaventures qui me sont arrivées mais aussi sur tous les bonheurs que ça procure, sur la débrouillardise que cela développe, etc. J’ai un goût prononcé pour les romans d’aventures, de Nature Writing, ou qui se passent en dehors des frontières. A 13 ans, j’ai dévoré L’expédition du Kon Tiki de Thor Heyerdahl, Robinson Crusoe de Daniel Defoe est aussi un de mes potes littéraires de l’adolescence, etc. Bref, tout ça pour dire que le récit d’une femme qui a marché toute seule pendant 3 ans était le genre de récit fait pour moi !

Sarah Marquis est suisse. Elle est née en 1972. Elle avait la quarantaine quand elle a entrepris cette expédition. Il ne faut pas croire que ce genre de voyage se fait en partant le nez au vent, sans plans très minutieusement préparés. Cette préparation, justement, lui a pris la bagatelle de 2 ans et « a été fastidieuse. Vidée, exténuée, je me suis enfin assise dans l’avion qui me transporte en Mongolie, siège 24B… Je m’endors avant même le décollage ».

L’auteure dédie son livre à son chien (resté à Lausanne) et « A toutes les femmes de par le monde qui luttent encore pour leur liberté et pour celles qui l’ont obtenue mais qui ne l’utilisent pas ».

Sarah Marquis s’est posé la question de savoir ce qui la poussait à prendre ses pompes et à partir marcher. « L’explication est d’une simplicité presque logique et pragmatique. (…) Ma vie a été jusqu’ici un doux mélange d’excitation, de sueur, d’aventures pures, de torses nus où j’ai posé ma tête l’espace d’un instant (…). Cette existence a été pleine de choix. (…) la liberté de choisir ».

Et voilà, je suis partie en Mongolie dans les pas de Sarah Marquis. Pays fort peu sympathique quand on est une femme seule. J’ai ri comme une baleine quand elle raconte sa première rencontre avec un Mongol : le type lève sa tunique et se tape le ventre, un bon gros bidon bien tendu : signifie qu’il a les moyens, la richesse ! Ensuite, il pisse devant elle. Rien de sexuel là-dedans, ni signe de marquage de territoire. C’est en gros une sorte de bienvenue. Imaginez votre tête ! J’ai bu du thé noir, rance et fumé. Je sais comment arriver à boire quand il n’y a pas d’eau.

Le voyage de Sarah est semé d’embûches, les contrées qu’elles traversent sont hostiles. Elle tombe malade, se blesse. C’est bien difficile d’être une femme dans beaucoup de coins du globe, ce n’est pas un scoop. Ce récit en est une preuve. Sachez que si vous voyagez dans la Chine des Hans, seule, on vous prendra pour une prostituée !!! On est très bien accueillies dans la Chine dite des minorités mais ce n’est pas du tout le cas dans la Chine des Hans, pays pollué de manière hallucinante où les gens travaillent dans d’affreuses conditions. Quant au Laos, il est plein de dealers et ce n’est pas vraiment un bon plan de se trouver sur leur chemin au mauvais moment. Le pays le plus accueillant et le plus gai est apparemment la Thaïlande. Quand on sait la dictature qui sévit dans ce pays, c’est chapeau bas aux Thaïs .

J’ai été un peu moins intéressée par sa traversée des bushs australiens et l’espèce d’histoire d’amour de l’auteure envers « son » arbre.

Le récit possède également une forte dimension écologique. Ça m’a beaucoup plu, et ça résonne bien avec l’actualité.

La seule question que je me suis vraiment posé pendant une grande partie de ma lecture est : mais de quoi vit-elle pour pouvoir partir 3 ans comme ça ? Je suis bien naïve !!! C’est une expédition sponsorisée. Je l’ai compris quand Sarah tombe malade en Mongolie dans le désert de Gobi. Elle passe un coup de fil et hop, c’est magique, on vient la chercher pour la transférer au Japon pour se faire soigner. J’avoue : le mythe de la baroudeuse sauvage a sur le coup pris un peu de plomb dans l’aile !! 😉 D’ailleurs, ce n’est pas du tout sa première expédition. Elle a écrit tout un tas d’autres livres.

Néanmoins, c’est un récit très instructif et entraînant, une histoire vraie qui se lit comme un roman d’aventures, loin de toute image d’Epinal. J’ai beaucoup aimé.

Cette femme a eu le courage de lever toutes les barrières mentales que la société vous assigne pour être une vraie femme libre. Il faut avoir la tête mais aussi les jambes !

« Je savais tout au fond de mon coeur que ce départ était alors la seule façon d’être fidèle à ce feu qui brûlait en mon for intérieur. »

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